- Speaker #0
Alors les emballages, c'était un projet très emblématique de plein de choses parce qu'en fait, chez Placo Isover, on fait des analyses de cycles de vie depuis une trentaine d'années. Donc on est très très conscient de l'impact environnemental de nos produits tout au long de leur cycle de vie. On sait du coup mettre le doigt sur ce qui fait mal. On peut donc communiquer à un service marketing ou un service développement des informations très importantes qui leur permettent ensuite de travailler. Les emballages dans l'isolation étaient un point noir. On arrivait à 10% d'impact carbone juste pour des emballages. Et puis quand on se dit que sur une palette, il y avait 8 kilos de PE, sachant que la laine de verre, c'est très léger, c'était quand même juste perturbant. Et donc ce sujet, on savait que c'était un sujet de changement, d'accompagnement au changement, parce que toucher aux emballages, c'est toucher à l'image d'un produit qu'on met sur le marché. Et quand on parle des personnes qui travaillent chez Isover, on les appelle les jaunes, ben oui, parce que la laine à l'origine, elle était jaune, et notre emballage était jaune, notre logo est jaune. Donc quand on a commencé à vouloir toucher aux emballages, on savait... que le chantier allait être au-delà d'un chantier développement durable, j'ai envie de dire, ou développement d'un nouvel emballage, vraiment un chantier d'accompagnement aux changements culturels, et que ça allait être puissant.
- Speaker #1
Bonjour
- Speaker #2
à tous, et bienvenue dans ce nouvel épisode de... cap sur le durable, le podcast positif qui inspire et guide la transition durable des entreprises. Aujourd'hui, je me trouve dans un lieu emblématique de l'industrie responsable. Je suis à la Tour Saint-Gobain, siège mondial du groupe Saint-Gobain. Cette magnifique tour est un véritable manifeste de durabilité où l'architecture se conjugue à la performance environnementale. Ici, tout est pensé pour minimiser l'impact environnemental. La tour est un véritable modèle de construction légère et durable. À lieu d'exceptions, format d'exceptions, aujourd'hui je ne reçois pas une, mais cinq invités. Nous allons parler d'Isover, le leader de l'isolation depuis 85 ans, et de sa transition écologique à travers l'évocation du chantier d'éco-conception des emballages, qui s'est révélé être un véritable outil d'accompagnement au changement culturel de l'entreprise. Pour vous parler de ce sujet passionnant, j'ai le plaisir d'accueillir Lucille Charbonnier-Cottler, directrice RSE et développement durable, Elodie Taboulot, Product Leader chez Zover France. Petit, ingénieur en éco-conception et analyse de cycles de vie. Margot D'Amido, acheteuse senior packaging. Stéphanie Masse, responsable communication, Isover et Placot. Restez avec nous, cet épisode promet d'être riche en enseignements. Bonjour Lucille, ravie de vous recevoir.
- Speaker #0
Bonjour.
- Speaker #2
Vous êtes la directrice RSE et développement durable chez Isover. Vous venez de fêter cette semaine 20 ans chez Saint-Gobain. Dans un post que vous avez publié la semaine dernière, vous parlez de votre doctorat comme pièce fondatrice de votre engagement environnemental. Pouvez-vous nous en dire un peu plus ?
- Speaker #0
Oui, c'est vrai. En fait, j'ai eu la chance à l'issue d'un VIE de pouvoir commencer un doctorat en sciences de gestion sur la façon dont un grand groupe pouvait créer des valeurs, et pas que de la valeur financière, si elle se lançait dans des démarches d'achat responsable. Et donc à l'époque, j'étais en charge des achats de bois dans une business unit en Allemagne, de la distribution bâtiment. Et donc à l'aune de cette expérience-là, j'ai travaillé pendant trois ans sur la démonstration de l'enjeu des achats responsables pour un groupe de distribution de matériaux, puisque moi j'étais vraiment dans la distribution bâtiment à l'époque, et particulièrement sur l'exemple du bois, qui était un exemple assez symbolique au début des années 2000. Et voilà, donc j'ai travaillé là-dessus et ce qui m'a permis derrière de pouvoir extrapoler lors de ma prise de poste en tant que directrice achat responsable pour les enseignes de la distribution bâtiment dans le monde, puisqu'à l'époque il y en avait beaucoup, de pouvoir adapter mes conclusions de thèse à tous les matériaux de la distribution bâtiment. Et cet engagement du coup est sociétal et environnemental et très fortement ancré en moi, certainement depuis tous ces exercices.
- Speaker #2
C'est très bien. Avant qu'on rentre dans le vif du sujet isovert, pouvez-vous nous repositionner isovert au sein du groupe Saint-Gobain et son rôle dans la stratégie durable du groupe ?
- Speaker #0
Tout à fait. Je suis en charge d'isovert et placoplâtre, ou des enseignes isovert et placoplâtre, plus isonate pour la fibre de bois, pour la France. En tout et pour tout, on représente un bon quarantième du chiffre d'affaires du groupe. Et donc, ce sont deux enseignes assez emblématiques, Isover et Placo, parce que les matériaux qui sont produits et distribués sont vraiment au cœur de la stratégie industrielle de Saint-Gobain et de l'histoire de Saint-Gobain. Et on a cette chance d'être au cœur des business. Et puis, on est en France et Saint-Gobain, même si c'est un groupe aujourd'hui très, très international, reste un groupe du 440 français avec pas mal d'installations en France, dont de la R&D. Et donc, on est souvent le laboratoire de plein de choses.
- Speaker #2
Très bien. Et donc, est-ce qu'on peut parler des piliers de la stratégie RSE d'Isover et Placo ?
- Speaker #0
Tout à fait. Le développement durable ou la RSE chez Placo Isover en France sont organisés autour de plusieurs piliers. On travaille sur la préservation des ressources, quelles que soient ces ressources, ressources naturelles ou ressources secondaires. On travaille sur tout ce qui est énergie carbone, évidemment. Et puis, on travaille aussi sur tout ce qui fait qu'on est un acteur citoyen du territoire. On est un acteur installé en France, avec des industries en France, avec des matériaux principaux qui viennent en général d'un rayon très court autour de nos usines. Et puis, en développant l'économie circulaire encore plus, on est un véritable acteur économique partout où nos usines sont installées sur le territoire français.
- Speaker #2
Très bien, donc trois piliers, préservation des ressources, énergie carbone, et puis l'acteur local de l'économie. Si on fait le lien maintenant avec ce chantier d'éco-conception des emballages, comment le reliez-vous à la stratégie de l'entreprise ?
- Speaker #0
Alors les emballages, c'était un projet très emblématique de plein de choses parce qu'en fait, chez Placo Isover, on fait des analyses de cycles de vie depuis une trentaine d'années. Donc on est très très conscient de l'impact environnemental de nos produits tout au long de leur cycle de vie. On sait du coup mettre le doigt sur ce qui fait mal. On peut donc communiquer à un service marketing ou un service développement des informations très importantes. qui leur permettent ensuite de travailler. Les emballages dans l'isolation étaient un point noir. On arrivait à 10% d'impact carbone juste pour des emballages. Et puis quand on se dit que sur une palette, il y avait 8 kg de PE, sachant que la laine de verre, c'est très léger, c'était quand même juste perturbant. Et donc ce sujet, on savait que c'était un sujet de changement, d'accompagnement au changement, parce que toucher aux emballages, c'est toucher à l'image d'un produit qu'on met sur le marché. Et quand on parle des personnes qui travaillent chez Isovert, on les appelle les jaunes, parce que la laine à l'origine était jaune, et notre emballage était jaune, notre logo est jaune. Donc quand on a commencé à vouloir toucher aux emballages, on savait que le chantier allait être au-delà d'un chantier développement durable, j'ai envie de dire, ou développement d'un nouvel emballage, vraiment un chantier d'accompagnement aux changements culturels, et que ça allait être puissant. Pour ça, on a travaillé à plusieurs échelons, on s'est fait accompagner par, à l'époque on avait ce qu'on appelait un un comité des parties prenantes externes opérationnelles. Donc, c'est des gens qui étaient issus de toute notre chaîne de valeur et on leur a présenté le sujet. Et ils nous ont énormément accompagnés et poussés en disant « Mais oui, mais bien sûr, vous ne pouvez pas être le leader de l'isolation, le leader de la laine de verre et ne pas enclencher ce genre de travaux. » C'est pour ça que les emballages, c'est vraiment un sujet hyper structurant et qui nous a amenés beaucoup plus loin. Après,
- Speaker #2
ce qui est moi, juste une petite précision, ce comité des parties prenantes externes, Il était composé de qui ?
- Speaker #0
C'était une douzaine de personnes, issues vraiment de toute notre chaîne de valeur, qui allaient de nos fournisseurs, fournisseurs de matières, fournisseurs d'installations industrielles, clients, transporteurs, bureaux d'études, recycleurs. Voilà, donc le client...
- Speaker #2
Il y en avait 20 ou 60 sur...
- Speaker #0
Voilà, ils étaient 12, donc c'était quand même limité, mais on avait des personnes qui représentaient à peu près tous les maillons de la chaîne, de la matière première au produit fini et à sa seconde vie. Et donc quand on a présenté le projet, évidemment... Ils trouvaient ça fascinant. Nous, on cherchait des appuis en interne pour faire en sorte que ce projet soit soutenu, supporté par le comité de direction, au-delà de la directrice développement durable. Moi, j'étais archi convaincue, mais il fallait absolument embarquer avec nous la directrice marketing, le directeur commerce, voire le directeur général, y compris le directeur de la logistique. C'était vraiment un projet, la directrice achat, évidemment. C'était extrêmement structurant parce que ça embarquait une population très large. Il fallait aussi pouvoir embarquer les usines parce qu'in fine c'est elles qui emballent. Il fallait que nos machines puissent supporter ce qu'on allait proposer. Il ne fallait pas qu'il y ait des dépenses énormes en termes de capex et de modifications d'installation. Mais voilà, il nous fallait un résultat environnemental, que ce soit sur l'impact carbone, l'impact prélèvement de ressources naturelles et cet accompagnement au changement sur notre chaîne de valeur, sur un territoire local avec des acteurs locaux puisqu'on le voulait, cet emballage circulaire. contenu en recyclé et recyclable et recyclé in fine. Parce que beaucoup d'emballages aujourd'hui sur le marché sont recyclables, mais absolument pas recyclés et.
- Speaker #2
On va rentrer effectivement dans la finesse, la compréhension de toutes ces étapes de ce projet énorme, puisque je crois que ça a duré cinq ans.
- Speaker #0
Quatre ans.
- Speaker #2
Quatre ans. Donc on va recevoir Elodie Taboulot, dans un instant qui était le chef de projet.
- Speaker #0
La pilote.
- Speaker #2
La pilote de ce projet de co-conception des emballages. Et donc elle va nous parler de toutes ces étapes. Je vous remercie.
- Speaker #0
Merci à vous.
- Speaker #2
Bonjour Elodie. Bonjour. Ravi de vous accueillir dans cette deuxième partie de notre entretien consacré à Isovert. Vous êtes le chef de projet emballage et vous avez piloté tout le programme d'éco-conception des emballages. J'aimerais Elodie qu'on affine un petit peu la compréhension du chantier. d'éco-conception des emballages. Lucie l'a planté le décor, nous a vraiment fait comprendre comment était né ce projet et pourquoi il était très ambitieux. J'aimerais maintenant comprendre avec vous, premièrement, quel était le point de départ de ce projet.
- Speaker #1
Ce chantier a commencé, avant que je sois chef de projet sur cette thématique, par deux collègues côté achat, qui avaient identifié qu'on utilisait beaucoup d'emballages de films plastiques chez Isover, et qui avaient identifié qu'il y avait quand même beaucoup d'améliorations à avoir sur cette thématique-là. Ils avaient identifié trois piliers, qui d'ailleurs sont restés les trois piliers sur lesquels on a continué à travailler, à savoir un premier pilier pour diminuer la quantité plastique, puisqu'on utilise quand même chez Isover 7 kg de plastique par palette de rouleaux. Ça apparaît énorme, mais sauf que cette quantité-là, ça nous permet... de mettre jusqu'à 10 fois plus d'isolant dans un camion et du coup de diminuer le nombre de camions sur les routes. Donc le premier pilier qui était de diminuer la quantité de plastique. Le second pilier qui était de rajouter de la matière recyclée pour utiliser moins de matière vierge et du coup valoriser plus nos plastiques. Et le troisième pilier qui est d'ailleurs le plus difficile à aborder qui était comment faire pour améliorer la recyclabilité de nos emballages plastiques.
- Speaker #2
Ok, Elodie, je voudrais qu'on prenne le temps de décrypter les principales étapes. de ce chantier d'éco-conception des emballages. Est-ce que vous pouvez nous les détailler ?
- Speaker #1
Alors, on a vraiment été étape par étape. Et après, les deux premiers piliers, on a été quand même assez rapide sur ces deux premiers piliers-là. On a été un peu plus lent sur le deuxième. On a été assez rapide sur les deux premiers piliers qui étaient ajout de recyclés et diminution de la matière plastique. Puisque dès été 2022, on a commencé à commercialiser des rouleaux d'isolant qui étaient emballés dans un plastique avec 30 % de recyclés, dans un film de polyéthylène avec 30 % de recyclés. et avec des largeurs un peu réduites. Donc on avait réduit de 5 cm les largeurs, ce qui nous a permis aussi d'ailleurs d'arrêter nos brûleurs à gaz. Donc d'avoir un gain en CO2 assez important. Et tout ça, ça a été lancé dès été 2022 sur plusieurs de nos gammes. Après, on a eu du coup Lucille qui en fin d'année nous a challengé sur le troisième pilier. Pour moi, le troisième pilier, c'était d'améliorer la recyclabilité de nos emballages en nous disant qu'elle souhaiterait avoir un peu complètement transparent. Et là, pour le coup, le projet a commencé à prendre une autre envahigure. puisque du coup on a commencé à travailler sur justement comment améliorer la recyclabilité de nos emballages plastiques. On a fait quelques essais avec une de nos usines en début 2023 sur plusieurs idées, mais qui du coup n'ont pas été validées pour différentes raisons. Et on a fait en octobre 2023 un workshop. Cécile avait beaucoup contribué à l'organisation du workshop. Dans ce workshop-là, on avait vraiment tous les départements qui étaient représentés, donc les achats, le développement durable, le marketing, le commerce et les usines. Et on avait invité aussi un fournisseur et ça a vraiment été un déclencheur. parce que là, on a vraiment travaillé sur le nouveau concept d'emballage isovert qui est, on a un film transparent, complètement transparent, quand en dessous, on peut marquer l'information, donc typiquement quand on a un revêtement craft en dessous, et avec maximum 10% d'encre quand il faut qu'on imprime sur le film pour que la recyclabilité du film soit toujours effective avec d'autres films transparents.
- Speaker #2
Donc ça a été, juste que je comprenne, de rassembler toutes ces personnes autour d'une table, ça a permis... au projet de récupérer l'adhésion un petit peu de tout le monde. Et chacun y a contribué en apportant sa connaissance spécifique.
- Speaker #1
Exactement. Et là, avoir le fournisseur, donc Margot avait invité un fournisseur, avoir un fournisseur avec nous qui donne les prérogatives pour que nos films de PE soient vraiment recyclables, ça a tout changé. Du coup, on a des collègues qui ont compris qu'il faut que ce soit transparent et qu'il y ait peu d'encre.
- Speaker #2
C'est un petit peu ce que disait Lucille tout à l'heure dans l'introduction. où elle disait que la nouveauté, c'est que l'emballage devient presque une composante du produit. Et il est considéré dans tous ses aspects, à la fois fonctionnels et toutes les contraintes, au même titre que les produits, d'où l'importance d'engager aussitôt possible les fabricants de ces matériaux, puisque c'est eux qui ont la connaissance en fait.
- Speaker #1
Exactement. Et après, pour le coup, la cerise sur le gâteau, ça n'a été que le lendemain de ce workshop, où on avait fait des équipes. et on avait fait à la main différents rouleaux, dessinés sur des rouleaux. On a eu après des clients et on a fait réagir des clients pour qu'ils sélectionnent les emballages, les prototypes qu'ils préféraient. Et c'est vrai qu'ils n'ont pas du tout choisi celui qui, nous, nous avait paru mieux. Ils en ont choisi un qui était encore plus sobre et qui allait encore plus loin. Et c'est ça après qui nous a orientés sur toute l'année 2023. où après on a fait des prototypes en usine, qu'on a fait tourner chez les clients, on a amélioré un petit peu, on a rajouté un petit peu de jaune, mais pas trop. Et ça a vraiment été un déclencheur.
- Speaker #2
C'était assurant de voir que le marché vous suivait et tout un travail pour lever les freins culturels en interne.
- Speaker #1
Oui, exactement. Et on a eu un gros travail pédagogique chez nous justement pour accompagner ce changement parce qu'on était très attachés au jaune. Et pour le coup, le slogan de la campagne qui a été trouvé, on est verdes et lâchées jaunes, c'est exactement ce qu'on ressentait. Parce que le jaune, pour nous, c'était tout. Et en fait, on a dû. lâcher le jaune pour pouvoir avoir des emballages vraiment profitables.
- Speaker #2
D'accord. Alors, est-ce qu'on peut rentrer un peu dans le détail ? Comment est-ce que sur la durée, sur ces quatre ans, vous avez piloté ce projet ? Qui a, on l'a vu tout à l'heure avec Lucie, embarqué toute la société ?
- Speaker #1
Exactement. Alors dès le départ, on a quand même embarqué plusieurs fonctions de la société parce que quand on veut changer les emballages à minima, on peut avoir un impact sur le process. Donc on a assez rapidement embarqué les usines. Et pour le coup, on a des usines qui étaient déjà appliquées, qui avaient déjà commencé à faire des tests, notamment pour rajouter de la matière recyclée. Donc les premiers qui ont été assez naturellement embarqués, c'était le développement, donc avec du développement côté usine, les achats et le marketing produit. Et après, petit à petit, on a intégré toutes les autres fonctions de la société, avec notamment le commerce. Et bien sûr le développement durable, mais qui s'est rattaché très naturellement à ce projet. Et ça a été un très beau projet d'entreprise, où vraiment tout le monde a apporté sa pierre à l'édifice. Et c'est ça aussi qui a fait qu'aujourd'hui on en est là et on a pu sortir de nouveaux emballages.
- Speaker #2
Beaucoup de fierté, j'imagine que ça a fonctionné. Mais il y a eu des défis, je pense, et j'aimerais bien qu'on les évoque, les principaux défis que vous avez rencontrés au cours de la vie de ce chantier.
- Speaker #1
Alors il y a eu en effet des défis et pour le coup pour moi le plus gros défi ça a été en interne. Et ça a été en interne plus côté commerce et marketing parce que les achats et développement durable assez rapidement du coup ils ont été partisans de se dire bah oui forcément il faut faire mieux et on peut faire mieux, on a ces voies là pour faire mieux. Donc les achats et développement durable ça a été très facile, vous avez été moteur dès le départ. Après ça a été un peu plus difficile côté marketing et commerce parce qu'une des conséquences pour être bien sur le pied étroit et pour améliorer le recyclage c'était d'être transparent. D'avoir un plastique transparent et ça... ça voulait dire lâcher le jaune. Et alors pour Isovert, pour Isovert en interne, et pour les clients Isovert, lâcher le jaune, qui est vraiment notre marque de fabrique, notre image de marque, ça a été très compliqué. Et on ne l'a pas fait honnêtement en interne, ça nous a pris plusieurs mois pour incuber cette idée-là. Les clients après ont été assez réceptifs, aussi parce qu'on avait fait tout le travail en amont chez nous, et qu'on était tous convaincus quand on allait les voir. Mais chez nous, ça a été vraiment la perte de plusieurs mois.
- Speaker #2
C'est une pure d'un surprise qui a été touchée, avec cette idée de lâcher le jaune, et il a donc fallu œuvrer pour fédérer. autour de cette belle idée de lâcher le jaune.
- Speaker #1
D'ailleurs, je me souviens, en anecdote, c'était vers Noël 2022. On venait de lancer les premiers emballages avec du recyclé et avec un peu moins de matière première parce qu'on avait réduit un peu la largeur de nos emballages plastiques rouleaux. Et c'était quelques jours avant Noël, à un mail de Lucille qui disait, l'année prochaine, on passe sur des emballages transparents. Et moi aussi, c'est comme ça. Et finalement, deux ans après, on est passé sur les emballages transparents. C'est vrai que...
- Speaker #2
Beau cadeau de Noël. Oui,
- Speaker #1
pour le cas de Noël. Mais honnêtement, il nous a fallu presque neuf mois avant de digérer et aussi d'arriver à trouver quelque chose qui soit faisable et qui soit porteur pour nous et pour le marché.
- Speaker #2
Je comprends. On va voir qu'avec Cécile, dans un instant, que les ACV ont été l'apport scientifique. qui a peut-être permis le point de bascule dans les mentalités, de dire, ben voilà, là on a une démonstration scientifique qu'on réduit nos émissions de 5%, je crois, ou peut-être... Oui,
- Speaker #1
mais c'était par rapport à la chute recyclée.
- Speaker #2
On va revoir ça dans le détail. Je voudrais qu'on passe avec vous, Margot D'Amidon. Vous êtes acheteur packaging pour Isover et Saint-Gobain. Et j'aimerais donc qu'on aborde avec vous la question des parties prenantes externes et en particulier des fournisseurs. Bienvenue. Merci. Margot, à quel moment avez-vous parlé du projet à vos fournisseurs ?
- Speaker #3
Alors nous, on a choisi de les intégrer vraiment très en amont, même en amont de l'atelier concept. Tout à l'heure, Élodie parlait des trois piliers. Il faut savoir que même pour définir ces trois piliers, nos achats, on s'appuie sur nos fournisseurs qui sont les experts finalement des emballages et plus spécifiquement des films polyéthylènes. Donc vraiment, on a choisi de les embarquer dès le début. On avait besoin de comprendre quelles étaient leurs contraintes. Et pour ça, il fallait qu'ils soient inclus dès le début, au moment où on a entamé notre réflexion sur cette thématique.
- Speaker #2
Ils sont nombreux, ces fournisseurs ? Oui,
- Speaker #3
je dirais plusieurs fournisseurs de films polyéthylènes. Alors, par souci d'efficacité, évidemment, on n'a pas pu inclure tout le monde dans cette phase amont. Donc, on s'est appuyé sur un petit nombre de fournisseurs. Le choix s'est fait sur le nombre de références qu'on pouvait avoir avec eux, l'historique, etc. Mais oui, une partie a été intégrée vraiment dès le début.
- Speaker #2
Et alors, comment vous les avez mobilisés ? Dans cette logique d'éco-conception, quels ont été les leviers stratégiques que vous avez actionnés pour que ça marche ?
- Speaker #3
Pour moi, il y a deux leviers. Le premier, c'est de dire que c'est la direction que se donne Saint-Gobain, et plus spécifiquement Isovert. Donc si vous voulez travailler avec nous dans la durée, il faut nous accompagner sur ces sujets-là. Et le deuxième, parce que je pense que c'est important, il faut toujours qu'un fournisseur... puissent y trouver aussi de la valeur ajoutée. L'idée, c'était de dire, vous avez des contraintes, qu'elles soient par exemple industrielles ou des contraintes en termes d'approvisionnement de la matière recyclée. Donc, plus tôt on vous met dans cette réflexion, plus tôt vous allez être capable de nous dire, nos contraintes, c'est ça, ça, ça et ça. Et essayer, s'il vous plaît, dans la mesure du possible, de les prendre en compte. Donc, c'est vraiment pour moi ces deux aspects.
- Speaker #2
Et donc, vos fournisseurs, ils avaient les solutions industrielles ou ils ont dû innover ?
- Speaker #3
Non, alors dans ce cas spécifique, pour l'instant, ce qui a été développé, ils avaient les solutions. Après, c'était plus de nous aiguiller sur, par exemple, la question qui a été très importante autour de ce projet, c'est comment on peut faire pour que nos emballages soient le plus recyclables possible ? Quelles sont vos contraintes ? Quelles sont les contraintes des collecteurs, des recycleurs et vous derrière, quand vous fabriquez à nouveau du film polyéthylène ? Donc, c'est vraiment sur cette question-là qu'on a voulu avoir leur réponse. Et en fait, finalement, sur ce projet spécifique, il n'y avait pas de l'innovation, mais c'est comment on peut les aider à ce que…
- Speaker #2
À boucler la boucle, en fait. Exactement. À mettre cette circularité en marche. Ce n'est pas si simple que ça. ça semble être, on demande et ça tombe, et bien non.
- Speaker #3
Exactement. Et j'appuierai que l'expertise de nos fournisseurs, elle est vraiment primordiale. Parce que quand nous, après, avec l'équipe du développement durable, des usines, du marketing, on présente un projet, finalement, s'appuyer sur des experts, ça a toujours, je trouve, plus de poids.
- Speaker #2
Plus d'impact.
- Speaker #3
Voilà, et d'impact, exactement.
- Speaker #2
Et une petite question pour prendre une vision un peu plus globale. Est-ce que vous avez été suivi par les autres acteurs de la filière de l'isolation ?
- Speaker #3
Alors oui, on observe que des acteurs ont le même type de démarche. Et j'ai envie de dire, c'est positif parce que finalement, ce qu'on a en place là, on parlait tout à l'heure du collecte, du recyclage. Si Isover le fait seul, ça n'a pas le même impact. Donc oui, on voit que c'est une démarche qui est assez globale.
- Speaker #2
Voilà, c'est surtout intéressant. Donc vous l'avez évoqué, mais on peut peut-être rentrer un petit peu aussi dans le détail. Pour bien comprendre, vous avez travaillé avec les... collecteurs de déchets. Donc, l'enjeu sur le versant collecte des déchets, c'est de massifier au maximum.
- Speaker #3
C'est ça. C'est de massifier et ça, c'est vraiment un point qui est primordial et qui est difficile. Pourquoi ? Parce qu'on sait que nos déchets de films PE, ils peuvent se retrouver un peu n'importe où dans la nature. Ils sont assez diffus. Et donc là, on doit travailler ces sujets avec différentes parties prenantes. Et c'est vrai que ça, c'est un challenge qui nous reste encore à creuser. Mais on travaille, tout à l'heure Elodie reviendra peut-être, mais on travaille vraiment sur le sujet.
- Speaker #2
Ok. Vous voulez revenir sur le sujet maintenant, Elodie ? Sur le sujet de la collecte, peut-être ? Parce que je trouve qu'effectivement, la boucle, elle se boucle. Une fois qu'on sait que le déchet est valorisé et aller capter ce déchet du sac PE qui enferme le rouleau d'isolant, ce n'est pas si simple.
- Speaker #1
Oui, en effet, ce n'est pas si simple. Et en fait, ce que nous ont expliqué les collecteurs, c'est que la collecte de déchets et les déchets, c'est aussi un business. Donc, pour que ce soit intéressant, il faut en effet émassifier et que le déchet est une valorisation. quand même importantes. Et là, pour le coup, tout allait un peu dans le même sens. Parce qu'en ayant un film transparent, ça nous permettait de massifier avec tous les autres films présents sur nos palettes, mais sur les palettes de tout le monde, parce que du coup, des films étirables pour stabiliser les produits sur les palettes, tout le monde en a. La plupart du temps, ils sont transparents. Donc ça nous permettait de massifier de manière à ce que tous les films transparents puissent vraiment être mis ensemble et d'avoir un déchet bien valorisé, parce qu'un film transparent, c'est beaucoup mieux valorisé qu'un film teinté dans la masse blanc, bleu, jaune ou noir.
- Speaker #2
Alors, est-ce que les industriels qui valorisent les déchets sont les mêmes qui vous vendent la matière première ? Enfin, le film est tirable.
- Speaker #3
Il y a vraiment les deux. Sur le marché, vous avez certains de nos fournisseurs qui sont capables eux-mêmes de regranuler du PE et d'autres qui passent par une autre voie, exactement. Donc, c'est encore plus complexe parce que là, encore une fois, on est en train de dire qu'il y a vraiment beaucoup d'acteurs autour de la table.
- Speaker #1
Et pour récupérer les déchets, généralement, entre les fournisseurs et les négoces ou les points où il y a des déchets, on a des collecteurs. qui, du coup, organise aussi tout ce qui est massification, récupération des déchets pour aller jusqu'aux fournisseurs. C'est vrai que la chaîne, elle est assez complexe. Et d'ailleurs, ce qu'on a fait dans le groupe de travail, c'est qu'on a vraiment sensibilisé tous nos départements, tous nos collègues, avec des interviews et des interventions des différentes parties prenantes, donc collecteurs, fournisseurs, pour bien arriver à comprendre qu'est-ce qu'il faut faire pour pouvoir...
- Speaker #2
Quel est le rôle de chacun ?
- Speaker #1
Quel est le rôle de chacun et qu'est-ce qu'il faudrait faire pour pouvoir justement améliorer ce pilier 3, donc améliorer la recyclabilité de nos PE. Mais la vraie recyclabilité, pas juste la recyclabilité théorique.
- Speaker #2
Pas le captage, mais vraiment la recyclabilité.
- Speaker #1
Oui, effectivement.
- Speaker #2
On vous suivra dans cette démarche parce que je pense qu'elle est encore en travail et ça fait certainement partie des prochains ou de la suite de ce chantier structurant.
- Speaker #1
Oui, en effet, parce que du coup, on est en train de faire des preuves de concept avec collecteurs et fournisseurs et négoces pour pouvoir avoir une boucle fermée. C'est-à-dire que du coup, on organise sur plusieurs mois des essais où on a identifié quelques négoces. On récupère les films plastiques de ces négoces via un collecteur avec qui on a pris un partenariat pour quelques mois. qui le rebasculent chez un de nos fournisseurs, qui du coup regranulent ces films plastiques pour les réintroduire dans nos films. Et ça, c'est quelque chose qu'on est en train de tester pour vraiment avoir une boucle fermée.
- Speaker #2
Donc ça en dit beaucoup de la place que vous souhaitez donner à vos fournisseurs sur les sujets de décarbonation ?
- Speaker #3
Totalement. Je dirais que chez Isover, on est convaincus que cette réduction des émissions de CO2, elle ne se fera pas sans nos fournisseurs. Alors malheureusement ou heureusement, mais en tout cas, ils occupent une part importante de nos émissions et c'est pour ça qu'on fait tout. Pour les embarquer, on a par exemple une journée dédiée à ce sujet où on invite certains de nos fournisseurs et puis on tourne tous les deux ans. Et on essaie de manière concrète, je pense que c'est important, de leur faire comprendre ce qu'on attend d'eux, de comprendre ce qu'ils ont déjà fait, ce sur quoi ils sont en train d'innover exactement, valoriser, qu'ils puissent partager aussi auprès d'autres fournisseurs ce sur quoi ils sont en train de travailler. Et je vais donner un petit exemple, mais par exemple, l'année dernière, on leur a fourni un toolkit pour les aider à construire leur propre feuille de route CO2 pour ceux qui n'avaient pas encore. pu travailler le sujet et d'aider à voir comment ils pouvaient mesurer leur émission. Parce que vraiment, c'est un sujet que nous, on va suivre de plus en plus Ausha et qui va devenir de plus en plus clé.
- Speaker #2
Vous imposez certaines certifications, comme Ecova 10, ça vous fournit ça ?
- Speaker #3
Complètement.
- Speaker #2
Complètement. Eh bien, pour finir, on va recevoir, ou je vais recevoir Cécile Petit, qui est ingénieure éco-conception spécialisée dans les analyses de cycles de vie, pour nous démontrer le rôle que ces ACV ont joué dans ce chantier emballage. Il a été était essentiel, me semble-t-il, parce qu'il a permis de faire passer des capes, en fait, de faire accepter, de passer à l'acceptation par la voie scientifique.
- Speaker #3
Exactement. On parlait tout à l'heure d'expertise de nos fournisseurs, mais là, c'est encore, vous le disiez tout à l'heure, mettre des chiffres sur une réalité. Et pour faire passer un message, un projet, forcément, ça aide et on pense que c'est primordial.
- Speaker #2
Merci Élodie, merci Margot. J'ai beaucoup aimé cette discussion avec vous. Je vais donner maintenant la parole à Cécile. À bientôt.
- Speaker #3
À bientôt, merci.
- Speaker #2
J'espère que cette première partie de l'interview d'Isover vous a plu. Retrouvez-nous dans deux semaines pour la suite et fin de ce témoignage engagé. Merci d'avoir écouté cet épisode de CSLD, le podcast positif qui inspire et guide la transition durable des entreprises. Si cet épisode vous a plu, pensez à vous abonner et à laisser un avis. Chaque partage permet de diffuser ces témoignages et d'encourager d'autres acteurs à passer à l'action. Ensemble, continuons d'explorer les transformations inspirantes. et mettons le cap sur un avenir durable. Retrouvons-nous dans 15 jours pour un nouvel épisode et d'ici là, prenez soin de vous et de vos idées.