- Alexandre Franco
Bienvenue sur Capté Podcast. Je suis Alexandre Franco. A travers ce podcast, je pars à la rencontre de femmes et d'hommes qui ont osé entreprendre. Ils partagent leur parcours, leurs réussites, leurs galères et surtout les petites étincelles qui ont fait la différence dans leur aventure. Si tu aimes découvrir des trajectoires inspirantes et des récits authentiques qui mêlent business, créativité et humain, tu es au bon endroit. T'as capté ?
- Marjolaine Feraille
Moi, quand j'étais plus jeune, je voulais changer le monde. Alors si tu veux te faire un shoot de puissance féminine, tu tapes Valentine Bonifacie. Cette femme, elle a une vie incroyable. Elle a été la première femme lanceuse de fusée. à Kourou en Guyane Elle faisait du calcul de lancement diffusé. Les TPE-PME qui sont dirigées par les femmes, elles sont plutôt plus performantes. Sur les boîtes de plus de 9 salariés en France, il y a 12% des patrons qui sont des patronnes. 12% ? C'est pas beaucoup. Oui,
- Alexandre Franco
c'est pas beaucoup.
- Marjolaine Feraille
Il y a un écart... fort quand même entre les entrepreneurs et les entrepreneurs. Les hommes, ils sont 30% à se rémunérer moins que le SMIC. Les femmes, c'est 67%. Donc, il y a une petite marge. C'est incroyable ce qu'elles font. En fait, la manière dont elles font bouger les lignes. Mais les femmes, quand elles entreprennent, c'est très souvent pour avoir un impact. Les écouter, les rencontrer, les admirer, parler d'elles, c'est tellement génial comme boulot.
- Alexandre Franco
Aujourd'hui, je reçois une femme qui n'est pas fondatrice d'entreprise, mais dont l'engagement a déjà permis à des dizaines de femmes de se lancer. Après un passage en politique, porté par un vrai combat pour la diversité, Marjolaine Feraille est aujourd'hui déléguée générale du réseau Les Premières. À travers l'action collective du réseau, c'est toute l'équipe des Premières qui encourage, accompagne et met en lumière celles qui y entreprennent. On va revenir sur ton parcours Marjolaine, parler de l'ambition nationale des Premières et surtout des réussites concrètes portées par ce collectif qui change la donne pour beaucoup de femmes. Marjolaine, bienvenue. Merci. Avec plaisir, je suis ravi qu'on se retrouve. On s'est connus à Johannesbourg, comme pour Alain Samy, que j'avais eu le plaisir de recevoir pour un épisode précédent. Pour moi, c'est des bons souvenirs. Tu étais déjà engagé auprès des entreprises lors de cette expatriation.
- Marjolaine Feraille
J'étais DG de la Chambre de commerce franco-sud-africaine. Donc, je travaillais sur comment se rencontrent et comment travaillent ensemble les entreprises sud-africaines, les entreprises françaises, des salariés français des entreprises sud-africaines, les salariés sud-africains des entreprises françaises. C'était absolument passionnant.
- Alexandre Franco
Et à l'origine de ton parcours, qu'est-ce qui t'a amené à t'engager au début politiquement, par exemple ?
- Marjolaine Feraille
Moi, quand j'étais plus jeune, je voulais changer le monde. Mais je veux toujours changer le monde, en fait. Je pense que les projets des femmes entrepreneuses ou entrepreneureuses, elles changent le monde. À l'époque, je pensais qu'on pouvait changer le monde. En tout cas, que la politique était une bonne manière de le changer. Donc, je me suis engagée d'abord en travaillant pour des hommes et des femmes politiques. Et puis ensuite, en étant politique aussi, une femme politique moi-même. Et puis à un moment, j'avais envie de me challenger. On est parti avec mon conjoint vivant en Afrique du Sud, où on s'est rencontrés tous les deux. Et là, je me suis rendu compte qu'il y avait aussi plein d'autres manières de changer le monde, que l'économie, c'était aussi une manière de changer le monde, que l'engagement associatif, c'était une manière de changer le monde.
- Alexandre Franco
Et c'est ce qui t'a amené justement à rejoindre Les Premières ?
- Marjolaine Feraille
Oui. Alors, le passage par l'Afrique du Sud, il est majeur dans ma compréhension de l'égalité femmes-hommes. En arrivant en Afrique du Sud, je pensais que j'étais une féministe plutôt aguerrie, plutôt conscientisée, qui savait ce qu'elle faisait. Je me suis pris quelques claques et je me souviens notamment, la première claque que je me suis prise, c'était une Sud-Africaine qui était la première femme qui avait été nommée partenaire par Mazars dans le Rauteng. Donc le Rauteng, c'est la région la plus riche de l'Afrique du Sud.
- Alexandre Franco
C'est le centre économique vraiment avec Johannesburg, avec Prézoria.
- Marjolaine Feraille
Absolument, c'est un des poumons économiques de l'Afrique. Donc être partenaire chez Mazars dans la Roteng, ce n'est pas n'importe quoi. Et cette femme, elle racontait qu'elle avait négocié sa première augmentation de salaire et sa première promotion à huit mois et demi de grossesse, juste avant de partir en congé mat. Parce qu'elle avait dit à son patron, moi, je sais ce que je vaux pour la boîte, donc donnez-moi envie de revenir. Et là, je me suis dit, waouh ! Moi, quand je suis partie en congé maternité, j'avais peur de l'annoncer à mes patrons à chaque fois. Donc là, j'ai compris qu'en fait, j'avais beaucoup à progresser, beaucoup à apprendre. Et en rentrant en France, j'avais envie de travailler sur l'égalité femmes-hommes, j'avais envie de travailler sur l'économie, j'avais envie de travailler dans une logique associative et de fédération. Et donc, les Premières, c'était parfait. Alors, les Premières, c'est un réseau d'incubateurs qui accompagne dans la création. le développement d'une entreprise ou la reprise à peu près 1300 femmes et équipes mixtes, donc on appelle équipes mixtes des équipes où il y a plusieurs personnes dont au moins une femme associée, sur 49 points d'implantation territoriale en France. Pour nous, ce qui est important, c'est de se dire que les femmes qui... Alors, on accompagne... Certains types de profils, on accompagne, on en parlera tout à l'heure je pense, uniquement des projets avec de l'emploi et une innovation. On ne va pas accompagner les indépendantes, les consultantes. Une des choses qui est importante pour le réseau des premières, c'est de se dire que l'entrepreneuriat, les femmes qui entreprennent, les femmes qui ont des beaux projets ou qui ont des belles boîtes, elles sont partout en France. Elles ne sont pas que à Paris, elles ne sont pas que en Ile-de-France et qu'elles ont tout type de profil. Elles ne sont pas que issues de l'école de commerce. C'est des femmes qui n'ont pas forcément un réseau, c'est des femmes qui n'ont pas forcément un entourage familial, qui n'ont pas forcément fait les études pour. On aime aussi l'idée que ce soit des femmes de tous les âges. Et donc on aime bien dans notre réseau l'idée qu'il y a une grande diversité de femmes qui entreprennent et l'idée d'accompagner une grande diversité de femmes. Et chez nous, les incubateurs qui sont en territoire ultramarin, donc la Guyane, la Martinique et la Guadeloupe, c'est des incubateurs, surtout le Guyane, d'ailleurs, très forts, très puissants. comptent beaucoup dans le réseau. Donc, dans le réseau Les Premières, toutes ces femmes qui créent en même temps ou qui développent leur boîte en même temps et qui discutent entre elles, elles discutent avec beaucoup de Françaises ultramarines.
- Alexandre Franco
C'est génial. C'est pour ça, justement, que je t'emmenais un petit peu sur la diversité. C'est que des fédérations comme ça, déjà, il n'y en a pas beaucoup. Et puis, elles sont aussi présentes sur tout le territoire, et même ultramarins. Je trouve que c'est hyper intéressant.
- Marjolaine Feraille
Alors, si tu veux te faire un shoot de puissance féminine... Tu tapes sur Google, ou sur un moteur de recherche, Valentine Bonifacie, c'est la présidente des Premières Guyane. Cette femme, elle a une vie incroyable. Elle a cinq enfants, je crois. Elle a commencé sa carrière professionnelle avant d'avoir 18 ans, en faisant des études chez Pigier. Elle a été la première femme lanceuse de fusée à Kourou, en Guyane. Elle faisait du calcul de lancement de fusée.
- Alexandre Franco
C'est génial.
- Marjolaine Feraille
Et elle a créé les premières de Guyane.
- Alexandre Franco
Et puis, c'est quoi ? C'est du secrétariat.
- Marjolaine Feraille
Elle apprenait le secrétariat et elle a été repérée parce qu'elle était forte en maths. Donc, elle a eu des cours de compta. Et puis après, elle s'est intéressée à l'informatique et elle est devenue lanceuse de fusée. Et si je te dis de taper son nom, c'est parce qu'il y a un reportage de France Télévisions sur sa vie et c'est assez incroyable.
- Alexandre Franco
Ouais, génial. Et tes missions concrètes en tant que déléguée générale sur les Premières ?
- Marjolaine Feraille
Alors moi, je dis souvent que je n'accompagne pas d'entrepreneuses. Je ne fais pas grand-chose. Je fais beaucoup de blabla. Plus sérieusement, je représente ce réseau. Donc, je parle de ce qu'on fait. Je parle de ce que c'est être une femme entrepreneuse, de la force des opportunités, de la puissance des projets entrepreneuriaux portés par les femmes, aussi des biais qu'elles ont et qu'elles peuvent subir. Et puis, je participe, je contribue avec d'abord le conseil d'administration des Premières, la présidente des Premières, Kelly Massol, le conseil d'administration. qui est composé à la fois de membres qualifiés et de présidents d'incubateurs régionaux. Et puis l'équipe des Premières, l'équipe opérationnelle, on cherche à coordonner les réseaux, à susciter le partage de bonnes pratiques.
- Alexandre Franco
Et justement, au niveau du territoire, comment ça s'organise ? C'est quoi ? C'est des webinaires, des réunions ? Justement, des personnes qui nous écoutent ?
- Marjolaine Feraille
Si vous voulez être accompagné, à quoi ça ressemble un accompagnement les Premières ?
- Alexandre Franco
Oui. Ou les premiers contacts qu'on peut avoir avec le réseau, par exemple.
- Marjolaine Feraille
Alors, on a vraiment dans l'idée de pouvoir vous accompagner à tous les stades de votre projet, depuis ce qu'on appelle l'idéation. Donc, j'ai une vague idée. Je ne suis pas sûre de pouvoir être entrepreneuse. Est-ce que c'est vraiment fait pour moi ? Est-ce que mon idée est la bonne ? Est-ce qu'il y a vraiment un modèle économique derrière ? Donc, là-dessus, on a un bootcamp, un programme de deux jours. Puis après, on a des programmes plus longs quand vous créez ou quand vous développez. On va mélanger chez nous une logique de... Monter en compétence entrepreneuriale, donc j'apprends à faire tout ce que je dois savoir faire comme entrepreneuse. Mais j'apprends vraiment, c'est-à-dire que ce n'est pas juste je te donne un modèle, tu dois savoir faire ton business plan et le refaire et le refaire toute seule. Et donc monter en compétence et en même temps du coaching sur à la fois la posture, sur ce qui est classique, mais aussi l'ambition, ce qui est un petit peu moins classique sur les projets entrepreneuriaux des femmes. On en parlera peut-être tout à l'heure. Et donc, c'est à la fois du... co-développement dans des promotions de 6, 8 entrepreneurs, parfois jusqu'à 10, et d'entretien individuel. Donc on mélange montée en compétences entrepreneuriales, coaching, co-dev, entretien individuel, avec énormément d'experts, de coachs qui travaillent pour nous et avec nous. Et c'est des programmes plutôt longs parce qu'on a, on pense que pour faire des femmes entrepreneurs puissantes, il faut mettre du temps.
- Alexandre Franco
Tu as des exemples de personnes que vous avez accompagnées qui justement non pour qui ça a changé vraiment leur vie ou même qui ont un impact sur le territoire là où elles sont, par exemple.
- Marjolaine Feraille
Des milliers, c'est toujours compliqué. Souvent, quand on me demande ça, je pense aux dernières dont j'ai entendu parler parce que je les ai en tête. Ta concurrence, hier, France Inter, au téléphone sonne, recevait une première Stéphanie Edmond-Mariette, qui est une première d'Île-de-France, qui a créé une agence immobilière sociale. Donc, son propos, c'est de dire, tes propriétaires privés, tu peux louer, enfin, tes propriétaires d'un bien, tu souhaites louer et tu peux louer via son agence immobilière qui s'appelle donc SEM Habitat Durable. Tu peux louer une grande association Croix-Rouge, Emmaüs, ce type d'asso. C'est beaucoup plus sécure que de louer un étudiant parce qu'en fait, même les publics prioritaires, ils sont accompagnés, tandis que l'étudiant, il est tout seul, il peut parfois faire n'importe quoi. Et donc, c'est plutôt une bonne affaire et ça marche très, très bien. et ça permet de développer le logement de type social en France avec une logique privée. Elle a eu beaucoup de mal à trouver son modèle économique et elle l'a trouvé grâce à nous et avec nous. Et aujourd'hui, c'est une entreprise puissante qui a des salariés, qui embauche, qui se développe sur l'ensemble du territoire français. Donc voilà, c'est un exemple.
- Alexandre Franco
Ouais, génial. Et je t'entendais dire justement dans une autre interview que souvent, les entreprises qui étaient montées par les femmes, était plus pérenne, était plus économiquement plus viable. À quoi c'est dû, ça ? Comment tu le...
- Marjolaine Feraille
Je suis contente que tu attires l'attention de tes auditeurs là-dessus, parce que en fait, l'égalité entrepreneuriale entre les hommes et les femmes, c'est une histoire d'égalité, mais c'est d'abord une histoire d'économie et d'opportunités économiques pour la France. Janvier dernier, dans Le Monde, il y a un article qui est sorti qui disait que si on avait l'égalité entrepreneuriale en France, si on avait des projets portés par les femmes qui étaient aussi soutenus par l'économie que ceux des hommes, on créerait en chiffre d'affaires 1250 milliards d'euros. Je pense qu'on en a besoin. Et de fait, les boîtes qui sont dirigées, les TPE-PME qui sont dirigées par les femmes, elles sont plutôt plus performantes. ce n'est pas non plus des écarts incroyables, mais légèrement plus performantes que celles des hommes. Par exemple, la croissance du chiffre d'affaires est supérieure. Elle est à 5,5 pour les femmes contre 4,8 pour les hommes en moyenne.
- Alexandre Franco
Ok. Oui, c'est concret. Même si ce n'est pas un écart qui est énorme, mais c'est... J'imagine que c'est une moyenne que vous avez mesurée sur... Alors,
- Marjolaine Feraille
ce n'est pas nous, c'est Women Equity, donc c'est de l'equity, ce ne sont pas des woke gauchistes, elles sont là pour financer des projets qui fonctionnent. C'est aussi ce qui est valable sur la croissance, sur l'excédent brut d'exploitation, c'est aussi valable pour les projets portés par les femmes, effectivement, tu en parlais sur la résilience, la moindre défaillance des entreprises. C'est pareil, l'écart n'est pas majeur, mais il est quand même là en faveur des femmes.
- Alexandre Franco
Et c'est quoi ? Ça s'explique dans la prise de risque ?
- Marjolaine Feraille
Alors moi, j'aime bien quand on parle de ça, de l'aversion au risque des femmes entrepreneurs. C'est vrai qu'on le voit dans l'expérience. Elles ont moins ce côté risque tout, les femmes entrepreneurs. En général, il y a tout type de femmes entrepreneurs. Moi, ça me fait souvent penser, je ne sais pas si tu te souviens, quand on était petit, ce truc qui tournait « Femmes au volant, morts au tournant » .
- Alexandre Franco
Oui. Oui, je me souviens.
- Marjolaine Feraille
Et pourtant, les statistiques des assurances, c'est que les femmes ont moins d'accidents. C'est un peu pareil avec les femmes entrepreneurs. C'est-à-dire qu'on se dit que ce ne sont pas des super entreprises, mais en réalité, quand on regarde les stats, avoir une aversion risque dans la vie, c'est plutôt pas mal.
- Alexandre Franco
Ça fait du bien de rétablir un petit peu les choses, justement. C'est super intéressant.
- Marjolaine Feraille
Puis ça se travaille, l'aversion risque, en vrai.
- Alexandre Franco
Aussi, oui. Et moi, je voulais parler aussi un petit peu de l'ambition des Premières. Dans le sens où aujourd'hui c'est Kelly Massol qui représente le réseau au niveau national. Et qu'est-ce que ça révèle ça de l'ambition des Premières ?
- Marjolaine Feraille
D'abord ça révèle beaucoup de ce qu'on est. C'est-à-dire que nous les Premières on a vraiment la conviction que derrière chaque femme qui entreprend, s'il y a une volonté, s'il y a une volonté d'y arriver, qu'il y a un travail sur le modèle économique, qu'il y a une puissance, une ambition possible en fait très très forte. Quel que soit l'environnement, Kelly, elle l'a entrepris. Elle n'avait pas fait de grande école, elle n'avait pas de réseau, elle n'a pas eu de financement au début, mais elle n'a pas lâché. Et donc ça, ça nous va bien, cette idée que chez nous, il y a plein de Kelly en puissance. Ça, c'est la première chose. C'est l'ambition qu'on a pour les entrepreneurs, ce qu'on accompagne. C'est une manière de leur dire, nous, on sait que vous pouvez y arriver. Et puis après, Kelly, elle est venue avec cette idée extrêmement... forte, qu'elle n'était pas là pour se mettre en valeur elle-même, mais qu'elle pouvait utiliser sa notoriété pour mettre en valeur les entrepreneuses, la diversité des entrepreneuses, la force des entrepreneuses. Et elle le fait très souvent se mettre au service du réseau. On a beaucoup de chance.
- Alexandre Franco
Médiatiquement, maintenant, elle représente quelque chose de très fort.
- Marjolaine Feraille
Il y a plein de choses qu'elle dit qu'on adore. On adore quand elle dit qu'il ne faut pas s'excuser. Quand la porte est fermée, tu la défenses. Il y a aussi quelque chose qu'elle dit souvent que j'aime beaucoup, c'est quand tu lui demandes un conseil sur ton entreprise un peu entre deux portes. Assez souvent, elle dit que ce n'est pas bien. Si tu respectes, tu te respectes toi et tu respectes ta boîte. Tu ne peux pas demander des conseils entre deux portes. Ce n'est pas comme ça qu'on fait.
- Alexandre Franco
Tu y vas de manière plus franche. Tu as des exemples de succès vraiment portés par le collectif sur des territoires, pareil, ou sur des groupes.
- Marjolaine Feraille
Alors, l'impact des entrepreneurs, il va au-delà de l'entreprise elle-même. Il y a évidemment les emplois qu'elle crée, mais les emplois, les fournisseurs avec qui elles vont travailler, mais pas que. Merci. Par exemple, je pense à deux entrepreneurs qui sont en Occitanie, qui ont créé une boîte qui s'appelle le Mouton Givré, qui travaille sur l'exploitation de la laine de mouton. En France, la laine de mouton, c'est une matière première qui est jetée, qu'on n'utilise pas. On a trois entrepreneurs qui utilisent la laine de mouton dans notre réseau. Donc, il y a les deux du Mouton Givré. Et puis, il y a une entrepreneur aussi qui s'appelle Euriel Morvézen, qui est aussi en Occitanie et qui a créé une boîte qui s'appelle Loulenn. Loulenn, elle fait des couettes en laine de mouton. Je le dis au passage pour tes auditrices qui ont mon âge ou qui sont un petit peu plus âgées, la laine de bouton, ce n'est pas du tout trop chaud, ça s'adapte à ta température en permanence. Et donc, c'est super bien quand tu as des bouffées de chaleur ou quand tu n'as pas besoin de la même température que ton conjoint ou ta conjointe. Bref, je ferme cette parenthèse. Donc, quoi étant laine de mouton et mouton givré, elles font des sacs isothermes, notamment des sacs isothermes pour tirier. Et elles sont en train de développer toute une filière en Occitanie autour de... De la laine de mouton.
- Alexandre Franco
Oui, j'ai dit ça.
- Marjolaine Feraille
Et de la durée... Oui, ça a vachement de sens en plus.
- Alexandre Franco
Tu as le côté écologique, etc. C'est hyper intéressant. Est-ce que tu vois encore des freins qui restent à lever pour l'entrepreneuriat des femmes ?
- Marjolaine Feraille
Ce n'est pas fini. Bien sûr. En fait, quand on regarde les stats aujourd'hui, on voit qu'il y a à peu près autant de femmes qui créent que d'hommes. Ça augmente chaque année. Donc, on est à 40, 60, 44. 56, ça dépend des statistiques. Par contre, quand on regarde finement ce qui se passe, les femmes, elles créent de la micro, elles créent de l'auto-entreprise. Il y a sur les boîtes de plus de 9 salariés en France, il y a 12% des patrons qui sont des patronnes. 12%, c'est pas beaucoup. Oui,
- Alexandre Franco
c'est pas beaucoup.
- Marjolaine Feraille
Quand on regarde la reprise d'entreprise, donc la reprise, c'est important parce que c'est l'équilibre dans les années qui viennent. Et avec la pyramide des âges qu'on a, il y en a beaucoup des boîtes à reprendre. La reprise dans la sphère familiale, c'est 20% d'une reprise par les filles. Donc, ça veut dire qu'il n'y a pas de garçons dans la fratrie dans ce cas-là, ou alors qu'ils sont vraiment trop bêtes quand on est à 20%. Et quand on est en dehors de la sphère familiale, on est à 5%. Donc, c'est vraiment très, très bas. Donc, on comprend qu'il y a un sujet d'ambition numérique sur les entreprises qui sont...
- Alexandre Franco
Est-ce qu'il y a encore une part d'autocensure ? Ou c'est vrai ? Quand je dis d'autocensure, c'est de ne pas se dire qu'on va prendre la place, justement, plutôt que le grand frère ou machin pour reprendre la boîte ?
- Marjolaine Feraille
Alors, c'est systémique. Les biens, en fait, ils sont dans la tête de tout le monde. Ils sont dans la tête du cédant, ils sont dans la tête de l'entourage familial, ils sont dans la tête de l'entourage amical, dans la tête des financeurs, dans la tête des formateurs, dans la tête des clients, des fournisseurs, des salariés et dans la tête de l'entrepreneuse ou de la repreneuse elle-même. Et même quand on sait, on continue d'avoir des biais. Ça se travaille, en fait, les biais. C'est très complexe à lever.
- Alexandre Franco
C'est pour ça que je veux en parler. C'est que, justement, il faut pas... Même s'il y a encore plein d'étapes à passer, il faut se rendre compte, justement, de ce manque d'égalité qui est encore très marqué.
- Marjolaine Feraille
Un des sujets qui nous obsède chez nous, c'est... c'est le niveau de rémunération des femmes entrepreneurs. Les femmes entrepreneurs en France aujourd'hui, elles sont 67% à se rémunérer moins que le chnique. 67%. Ça veut dire qu'une manière majoritaire et très largement majoritaire, l'entrepreneuriat pour les femmes, c'est une perte d'autonomie économique. Et ça, c'est grave. Tout à l'heure, dans ton générique, tu dis les entrepreneurs qui ont osé. Quand on dit aux femmes oser l'entrepreneuriat, si elles sont 67%... à ne pas se rémunérer suffisamment, ça veut dire qu'en fait, on leur dit « osez la perte d'autonomie économique, osez devenir dépendant de votre conjoint » .
- Alexandre Franco
C'est fort, c'est fort. Après, je sais que, j'ai vu aussi, il n'y a pas que, la plupart des entrepreneurs et entrepreneuses, en ce moment, il me semble qu'en indépendant, ont du mal à, ceux qui se lancent en micro, ceux qui sont sur des projets récents. ils ont du mal à se rémunérer. Il y a aussi un truc un peu systémique à la France par rapport à l'Espagne, même à l'Italie, etc.
- Marjolaine Feraille
Il y a un écart fort quand même entre les entrepreneurs et les entrepreneurs. Les hommes sont 30% à se rémunérer, moins que le SMIG. Les femmes, c'est 67%. Il y a une petite marge.
- Alexandre Franco
Et ça, ça se joue aussi même, par exemple, au niveau des levées de fonds, des choses comme ça. Ça se joue partout.
- Marjolaine Feraille
À tous les niveaux. Il y a une étude du Lab de BPI France qui date de trois ans sur les différences entre les dirigeants et les dirigeantes de TPE, PME. Et cette étude, elle raconte notamment que les différences de rémunération, c'est toutes les tailles de boîtes, tous les types de secteurs. Et c'est aussi, comme dans le salariat, corrélé au nombre d'enfants. Plus tu as d'enfants quand tu es un entrepreneur homme, plus tu te rémunères. Plus tu as d'enfants quand t'es une entrepreneuse femme, moins tu te rémunères, sauf une catégorie de femmes qui se rémunèrent, de femmes entrepreneuses qui se rémunèrent comme un homme. Est-ce que tu peux deviner quelle est la catégorie de ces femmes puissantes qui ont décidé de se rémunérer comme des hommes ?
- Alexandre Franco
À part si elles passent par les Premières, je sais pas.
- Marjolaine Feraille
C'est les femmes qui sont à la tête de familles monoparentales.
- Alexandre Franco
Eh oui, c'est terrible comme stat.
- Marjolaine Feraille
C'est un peu terrible pour vous les hommes,
- Alexandre Franco
je pense. Oui, aussi. Et pour mener à bien tout ça, vous avez des partenaires ?
- Marjolaine Feraille
Oui.
- Alexandre Franco
Tu parlais de BPI.
- Marjolaine Feraille
BPI France d'abord. Et BPI, on n'en parle pas assez. Mais sur le soutien, l'accompagnement, la création d'entreprises en France, c'est plus de 100 millions d'euros par an. Donc c'est quand même majeur. Que ce soit via le soutien aux associations comme les premières. ou via les prêts d'honneur, les dispositifs.
- Alexandre Franco
Et même, il me semble qu'en termes documentaires, justement de ressources, etc., c'est aussi très important ce qu'ils arrivent à donner comme informations et à transmettre.
- Marjolaine Feraille
Tu connais peut-être le coq jaune. Les entrepreneurs accompagnés en France, ils ont un symbole qui est le coq jaune avec une écharpe tricolore. Et ça, c'est un peu le symbole d'une association qui s'appelle, enfin d'un collectif qui s'appelle Capcréa, qui rassemble toutes les associations qui accompagnent les entrepreneurs. Et donc, vous pouvez taper Coqcréa. Alors nous, au premier, on l'appelle plutôt Coquette pour des raisons que tu peux deviner. Mais si vous tapez Coqcréa sur Internet, vous verrez tout un certain nombre de ressources, effectivement, pour la création. Alors donc, BPI France d'abord, BNP Paribas, gros soutien de l'entrepreneuriat des femmes. Je vous incite à regarder Connectors, qui est le réseau féminin de BNP, notamment sur LinkedIn, qui est un réseau ouvert, y compris à des femmes qui ne sont pas clientes de BNP, qui est très très fort en termes de proposition de valeur. Ensuite, on a la MAAF, Cova chez nous. On a JP Morgan, banque américaine, mais qui tient bon. Et puis, on a la Fondation Entreprendre, qui a un très gros soutien des Premières aussi. qui nous accompagne sur notre changement d'échelle. Donc on a pas mal d'amis. Le ministère de l'égalité femmes-hommes aussi, évidemment.
- Alexandre Franco
Tant mieux, tant mieux. Et qu'est-ce que tu as oublié ?
- Marjolaine Feraille
Excuse-moi, mais je ne sais pas pourquoi j'ai oublié ça, parce que c'est vraiment... On parlait tout à l'heure de la reprise, qui est un sujet qui nous est cher. On est accompagnés par la fondation de l'APEC, qui s'appelle NovaPEC cette année, pour ce programme de reprise.
- Alexandre Franco
L'APEC qui accompagne les cadres, c'est ça ?
- Marjolaine Feraille
L'APEC qui accompagne les cadres et qui est très sensible... à ces questions d'égalité et qui est très sensible aussi à un sujet qui nous est cher, c'est comment on offre une valeur aux femmes qui ont 55, 50, 55, qui ne trouvent plus tellement leur place en entreprise souvent et dont on maltraite le potentiel, en fait, très souvent dans l'économie française.
- Alexandre Franco
Justement, moi, j'avais envie de te poser une question. Quel conseil concret tu donnes à une femme qui hésite à se lancer aujourd'hui ? Alors, on a vu, il y a pas mal de... Il y a des enjeux économiques, etc., d'autonomie sur la rémunération. Mais au-delà de ça, justement, comment on encourage justement ?
- Marjolaine Feraille
Ma présidente Kelly Massol, une fois, on était en Normandie, et il y a une femme dans la salle qui lui a demandé, j'hésite, qu'est-ce que vous me conseillez ? N'y allez pas. Si vous hésitez, n'y allez pas, en fait. Il faut que vous soyez un peu sûr de vous. Je trouvais putain... Un bon conseil, non ? C'est vrai,
- Alexandre Franco
c'est vrai.
- Marjolaine Feraille
Non, plus sérieusement, au programme, au premier, on a un programme qui s'appelle Start, qui est vraiment fait, Startoutchoose, qui est vraiment fait pour ça. Quand vous hésitez, ça permet de vraiment tout poser sur la table. Et notamment, c'est question de modèle économique et de se dire, moi, est-ce que j'y vais, est-ce que je n'y vais pas ? Mais d'avoir une idée plus précise de là où on va.
- Alexandre Franco
Oui, au moins, tu poses tout et tu vois les risques, justement, et ça te permet de choisir en étant éclairé. C'est ça. Question un peu perso, qu'est-ce que ça t'apporte, toi, humainement et professionnellement ?
- Marjolaine Feraille
C'est assez génial, un boulot où tu rencontres au moins une femme entrepreneuse par semaine. Oui. Parce que... Je le racontais, au début je disais, ce qui m'intéresse c'est de changer le monde très modestement. C'est incroyable ce qu'elles font, la manière dont elles font bouger les lignes, toutes à leur mesure, là où elles sont, parfois beaucoup, parfois un petit peu. Mais les femmes, quand elles entreprennent, c'est très souvent pour avoir un impact. Elles vont répondre à des besoins qui ne sont pas couverts, elles vont y répondre différemment. Elles vont chercher des relations avec leurs équipes différentes. Et ça, c'est les écouter, les rencontrer, les admirer, parler d'elles. C'est tellement génial comme boulot.
- Alexandre Franco
C'était tes petits shoots de boost hebdomadaire, on va dire. Ouais, génial. Et pour revenir un petit peu justement sur l'aventure Afrique du Sud, Johannesburg, tu as un souvenir de femmes que tu as rencontrées justement là-bas. qui rentrent un petit peu dans ce modèle de s'affirmer, de prendre sa place vraiment.
- Marjolaine Feraille
J'en ai plein.
- Alexandre Franco
Ouais.
- Marjolaine Feraille
Mais j'en ai plein. Et alors, celles et ceux qui ont travaillé en Afrique du Sud savent qu'en Afrique du Sud, il y a une politique de discrimination positive.
- Alexandre Franco
C'est ça.
- Marjolaine Feraille
Qui a comme conséquence qu'il y a énormément de femmes à des postes de direction. Soit comme... patronne, soit dans des hauts postes de direction des entreprises. Et donc, ça permet d'être vraiment immergé dans un bain de femmes en position de puissance, de pouvoir. Et ça, c'est tellement un cadeau.
- Alexandre Franco
Ça fait du bien.
- Marjolaine Feraille
J'ai le souvenir de la directrice juridique, non pardon, de la DAF d'ENGIE, par exemple, qui était incroyable. De l'ancienne DIRCOM de Total, qui était incroyable. De Femmes chez Mazars, qui était incroyable. d'indépendantes aussi qui créaient leur boîte qui était incroyable. J'arrêtais pas de rencontrer des femmes incroyables.
- Alexandre Franco
Génial. Et justement, qu'est-ce que c'est Les Premières trop fières ?
- Marjolaine Feraille
C'est notre hashtag sur les réseaux sociaux en fait. C'est vraiment une manière de dire quand on voit une première qui réussit, qui gagne un concours, qui fait un truc chouette, petit ou grand, nous on le dit, première trophière. On aime bien, c'est important. Je pense que ça fait partie des choses qu'on ne sait pas assez faire, nous, les femmes, en général, pas que dans l'entrepreneuriat, se dire bravo. Il faut qu'on fasse plus souvent.
- Alexandre Franco
Pour suivre le hashtag Les Premières Trop Fières, comment on vous retrouve en ligne, sur les réseaux ?
- Marjolaine Feraille
C'est assez facile, c'est www.lespremieres.com pour le site internet, et après, sur les réseaux sociaux, c'est assez facile de nous trouver, c'est les réseaux Les Premières.
- Alexandre Franco
En sachant qu'il y a aussi tous les réseaux locaux, justement.
- Marjolaine Feraille
Absolument. Et nous, on aime tellement ça, en fait, l'idée que on ne se reprend pas pareil en Nouvelle-Aquitaine, en Guyane, en Auvergne-Rhône-Alpes ou en Ile-de-France, et que donc les communications des incubateurs régionaux sont différentes et ont toutes leurs spécificités.
- Alexandre Franco
Super. Merci beaucoup, encore une fois, Marjolaine.
- Marjolaine Feraille
Merci, Alex. Tu sais qu'au Premières, on dit souvent les hommes de qualité n'ont pas peur de l'égalité, donc tu es un homme de qualité.
- Alexandre Franco
Merci. Ce que je retiens de ces échanges, c'est à quel point l'accompagnement fait une différence. Il reste encore du chemin pour que toutes les femmes qui veulent entreprendre puissent le faire sereinement, mais les exemples que Marjolaine partage le montrent. Quand on est bien entouré, les projets avancent, les idées prennent forme, et les réussites deviennent très concrètes. L'engagement des Premières, c'est ça. Un soutien exigeant, structurant, collectif, qui permet à chacune de trouver sa place et d'aller au bout de son projet. Merci d'avoir écouté cet épisode de Capté podcast. Si ça vous a plu, abonnez-vous. C'est le meilleur moyen de soutenir le podcast et de ne rien manquer de la suite. Capté est disponible sur Apple Podcasts, Spotify, Deezer et sur toutes les plateformes d'écoute. On se retrouve le mois prochain pour une nouvelle conversation, un nouveau parcours, un nouveau déclic. A très vite !
- Jingle
T'as capté !