- Speaker #0
J'ai été effectivement repérée assez vite, non seulement par une maison de disques, mais aussi par une manageuse éditrice, par un entourage, comme tu disais. Et en fait, ça m'a permis de me rendre compte que je n'aimais pas ça. Parce que pour moi, le plus important dans ce que je fais, c'est d'être libre et d'être ultra honnête, ultra sincère. Je me souviens de mon directeur de label. c'est... Une des choses qu'il m'a dites c'est tu seras plus heureuse à être indépendante. Et à l'époque je l'ai très mal pris parce qu'il était en train de me virer de ma maison de disques. Oui, je vais te mettre en question. Il me virait en me disant ça et moi je le prenais très mal. Sauf que maintenant on est 12 ans après.
- Speaker #1
Et tu t'es dit qu'il avait raison.
- Speaker #0
Bien sûr. Mes deux meilleurs amis à qui j'avais fait écouter la moyenne, qui eux me connaissaient de ce que je faisais depuis longtemps avant et tout, quand je leur ai fait écouter la moyenne. ils m'ont dit « Mais tu ne vas pas sortir ça ? »
- Speaker #1
Bonjour à toutes et à tous, moi c'est Eva. Bienvenue dans Carrément, le podcast où j'accueille les artistes qui font vibrer la scène musicale actuelle. Je suis très contente aujourd'hui d'accueillir une artiste exceptionnelle, Virginie Nouré à Cala Pieta. Je suis très contente que tu aies accepté mon invitation. Tu es auteur, compositrice, interprète. Tu as sorti des albums, tu as écrit des bouquins, tu fais un spectacle avec un interprète chansigne pour les personnes sourdes et malentendantes. Tu animes des ateliers dans des EHPAD, dans des écoles. Tu as une boîte pour encadrer toutes tes activités et managé d'autres artistes. Est-ce qu'il y a des choses que j'ai oubliées ?
- Speaker #0
Sûrement, parce que je fais vraiment beaucoup de choses. Mais oui, à peu près tout ça, oui.
- Speaker #1
On a une occasion un petit peu spéciale, on va dire. On est mi-septembre. Il y a dix ans, tu as lancé ton projet La Pieta. Ça a commencé avec une chanson qui s'appelle La Moyenne, mais ce n'est pas la première chose que tu avais fait. Tu avais toute une autre vie musicale avant. Ça fait presque 20 ans que tu fais de la musique.
- Speaker #0
Ça fait plus de 20 ans.
- Speaker #1
Oui, donc tu étais dans un label, dans un gros label. Donc j'imagine que tu avais tout un entourage, plein de personnes autour de toi qui t'aidaient à faire marcher ton projet. Aujourd'hui, tu es artiste indépendante, donc c'est toi qui es un peu ton entourage, on va dire. Et ma première question c'est alors, est-ce qu'aujourd'hui tu es heureuse d'avoir choisi ce métier ? Et est-ce qu'avec du recul, en sachant tout ce que tu sais sur ces métiers et sur ces milliers, tu aurais fait exactement le même choix ?
- Speaker #0
Oui déjà parce qu'il n'y a pas de mauvais choix et qu'on apprend au fur et à mesure du temps et des expériences qu'on vit. Donc en fait il n'y a rien à regretter. Tout ce que je suis aujourd'hui, c'est parce que j'ai vécu tout ce que j'ai vécu. Et ça m'a permis de me connaître au fur et à mesure. Donc effectivement, dans mon début de carrière, il y avait un peu ce rêve qu'on avait. Quand je dis « on » , c'était une génération aussi, où on avait cette vision de la musique avec des grosses maisons de disques et où on rêvait d'être repérés et que d'un coup, on nous propulse. Merci. Et donc, c'est vrai que moi, j'avais un peu cet imaginaire-là parce que quand j'étais jeune, j'écoutais des groupes de rock, etc. Et j'avais l'impression que c'est comme ça que ça fonctionnait. Et puis, en fait, je pense que ça ne correspondait pas à ma personnalité. Et donc, effectivement, dans ce début de carrière où j'ai été effectivement repérée assez vite, non seulement par une maison de disques, mais aussi par une manageuse éditrice, par un entourage, comme tu disais. et en fait ça m'a permis de me rendre compte que je n'aimais pas ça. Parce que pour moi, le plus important dans ce que je fais, c'est d'être libre et d'être ultra honnête, ultra sincère. Et pour pouvoir l'être, j'ai l'impression qu'il faut cette indépendance. À partir du moment où on dépend d'autres personnes, j'ai l'impression qu'on est obligé de se trahir un peu. Et donc le chemin... de l'indépendance, avoir ma propre structure, être à la tête de ma structure, à la tête de mes projets. Pour moi, ça fait partie d'un choix artistique, finalement. Donc souvent, on a pu me dire que j'avais plein de casquettes différentes. Il y a des gens qui peuvent trouver ça paradoxal d'être artiste d'un côté, parce que dans l'imaginaire des gens, le côté artistique, c'est la tête dans les nuages. Et d'un autre côté, ce côté entrepreneur, très terre-à-terre, etc. Et donc ça peut paraître... paradoxal alors qu'en fait pour moi l'un nourrit l'autre moi j'ai l'impression que quand on est entrepreneur vraiment à la tête d'une entreprise il faut être ultra créatif et quand on est créatif Pour pouvoir l'être à 100% et être libre de sa création, j'ai l'impression qu'il faut être capable d'être dans toutes les parts de la création, y compris la partie production, etc. Donc oui, pour te répondre, je suis très contente, très heureuse même, de là où j'en suis aujourd'hui. J'ai l'impression d'être apaisée aussi, je pense, pendant longtemps, il y avait tout ça qui fourmillait, j'étais pas sûre de mes choix, etc. Et puis en vrai, c'est pas mal de vieillir. On en doute, mais en vrai, moi, je trouve qu'on est tellement plus confiants. Et donc, voilà, moi, je suis contente du chemin parcouru qui me permet d'être là où je suis aujourd'hui.
- Speaker #1
Et qu'est-ce que tu donnerais comme conseil à Virginie, qui a 17, 18 ans et qui commence la musique ?
- Speaker #0
Je n'ai pas de conseil à donner à cette Virginie-là, parce que Virginie, elle a reçu des conseils. Et c'est marrant parce que quand j'avais 20 ans, que j'ai commencé la musique, une des premières personnes que j'ai rencontrées et qui m'a donné sûrement les meilleurs conseils de ma vie, elle s'appelait Virginie, justement.
- Speaker #1
Virginie O'Claire.
- Speaker #0
Et ça a été ma première manageuse, éditrice. Alors en fait, son rôle véritable, c'était éditrice, mais dans le sens édition musicale. Mais en fait, elle manageait mon projet. Ça a été la première personne du métier qui a cru en moi. Merci. Et ça a été vraiment plus profond que juste des conseils professionnels. Parce qu'en fait, quand on a 20 ans, on n'est pas encore complètement fini.
- Speaker #1
Bien sûr,
- Speaker #0
le développement de notre cerveau, etc. Il n'est pas fini, en fait. Et moi, ça a vraiment opéré une bascule par rapport à ce que j'avais pu connaître dans ma vie, dans ma famille, dans l'entourage vraiment direct familial. Et la rencontre avec elle, elle a été déterminante. Tout ce que j'ai fait ensuite et ce que je fais aujourd'hui, ça a vraiment été par rapport à ce qu'elle m'a insufflé. Donc les conseils, je n'ai pas besoin de me les donner parce que j'ai eu la chance d'avoir une autre Virginie qui me les a donnés.
- Speaker #1
Mais c'est justement cette Virginie qui t'avait dit que c'est la crise des disques qui pourrait être l'amié pour toi, c'est de créer ta propre structure.
- Speaker #0
Oui, en fait assez vite, elle était visionnaire. Elle, pour le coup, c'était une vraie chef d'entreprise. elle était à... à la tête de chez Columbia pendant des années et puis après elle a monté sa propre structure donc elle était vraiment visionnaire, elle avait du recul et sur le métier, sur le marché de la musique c'était quelqu'un qui était vraiment ancré dans l'industrie il faut recontextualiser parce qu'on est au début des années 2000 ça fait grand merde de parler comme ça et à l'époque c'était vraiment la crise du disque parce qu'on vendait de moins en moins de disques Il y a de plus en plus de gens qui téléchargeaient illégalement. On n'avait pas encore Spotify, etc. Et donc les maisons de disques et le milieu de la musique en général étaient perdus sur le modèle économique qui était en train de se casser la gueule. Mais il n'y avait pas encore un nouveau modèle économique. Et donc elle, elle avait cette vision. Elle a vu que vendre des disques, ça s'effondrait et qu'il fallait envisager les choses différemment. Et puis je pense qu'elle a vu en moi cette... Cette capacité à être indépendante justement et donc elle m'a vraiment menée vers ça en me poussant à monter ma propre entreprise. Donc j'ai monté ma première SARL.
- Speaker #1
SARL carrément, moi je commençais avec une association. Toi tu ?
- Speaker #0
Non, on avait déjà monté une association avec mon groupe parce que de toute façon on est obligé d'avoir une structure associative pour moins de choses. Mais on a eu une petite association au tout début du premier groupe. Et puis avec Virginie Auclair, on a monté notre première SARL, ce qui était un peu lourd. Et je me suis plantée complètement parce que je n'avais aucune idée de comment on gérait une entreprise. Mais c'est bien de se planter parce que c'est comme ça qu'on apprend. Et moi, je me suis beaucoup plantée, donc j'ai beaucoup appris. Et donc, oui, elle avait cette vision. C'est elle qui m'a poussée à monter ma première entreprise. Et puis elle avait une phrase qui m'a marquée pour toujours. Son slogan, c'était de dire « un obstacle est une chance » . Et ça, je crois que cette phrase, il n'y a pas un jour de ma vie où je ne l'ai pas. Maintenant que moi-même, j'ai accompagné d'autres artistes, je fais de la transmission parce que je suis intervenante en formation dans les musiques actuelles, ce genre de choses, ça c'est une phrase que je transmets à mon tour. Et je pense qu'elle marque tous les gens parce que c'est une philosophie de vie en fait, que je n'avais pas avant et que je me suis appliquée ensuite.
- Speaker #1
Qu'est-ce qui t'a donné envie de faire de la musique ? Et là, j'ai un souvenir d'une interview de toi que je n'ai pas retrouvée en préparant cet échange avec toi. Mais il me semble que j'ai assisté au Tonka Attaché de presse, à une interview, où tu racontes l'histoire que tu es partie, tu habitais encore à Paris à ce moment-là, et tu allais voir un concert dans le sud. aux Arènes des Nîmes. Est-ce que c'est vrai ou pas ?
- Speaker #0
C'est tout à fait vrai.
- Speaker #1
C'était qui en concert ?
- Speaker #0
Alors, il y a une petite histoire derrière quand même. Quand j'étais ado, j'ai commencé à écouter beaucoup de musique, beaucoup de rock. Et moi, j'étais plutôt très bonne élève, très sage jusqu'à mes 16 ans. Et puis à 16 ans, je commence à écouter du grunge et à avoir un peu envie de sortir du carcan. Et en fait, j'ai une amie qui me dit « Ah, j'ai rencontré un groupe de rock en Angleterre, je les ai enregistrés. » À l'époque, on avait des magnétophones.
- Speaker #1
C'était ça ma question, en fait. Donc le nom du groupe, c'est Muse.
- Speaker #0
C'est ça. Mais en fait, c'est pas parce que je suis allée aux Arènes de Nîmes et que je les ai rencontrées. Je les avais rencontrées bien avant. Et donc en fait, l'histoire, c'est que cette amie les avait rencontrées en Angleterre. Elles étaient inconnues à l'époque. elle a juste fumé des clopes avec eux sur le port et ils lui ont dit tu veux venir en répète avec nous elle a enregistré la répète elle m'a fait écouter en me disant je suis sûre que toi tu vas kiffer et effectivement j'ai kiffé du coup comme ils étaient vraiment inconnus à l'époque donc on a échangé comme tu dis c'est un petit groupe c'est improbable et du coup j'ai commencé à parler avec eux à l'époque on n'avait pas encore les téléphones portables enfin on n'utilisait pas beaucoup mais sur MSN Non. et puis ils m'ont invité à des concerts d'abord les concerts à Paris et puis au fur et à mesure ils me disaient si tu veux venir sur un autre concert vas-y, donc j'ai commencé à aller un peu partout en France avec eux en fait et pas que en France d'ailleurs, je suis allée aussi en Angleterre je les ai vus dans des pubs c'était incroyable et puis ils ont commencé à avoir du succès et effectivement il y a eu un concert qui était aux Arènes de Nîmes où ils faisaient la première partie puisqu'ils n'étaient pas encore très connus et Et en deuxième partie, il y avait Pete Gervais et en tête d'affiche, il y avait Noir Désir. J'avais la chance d'être invitée par eux, donc j'avais un accès, all access comme on dit. Et je me suis retrouvée sur le côté de scène aux Arrhen de Nîmes pendant les concerts de ces trois artistes que j'adorais. Et effectivement, ça a été le jour du déclic où je me suis dit mais en fait, c'est génial. Et c'est génial de les voir jouer, mais en fait, je réalise que moi, ce que je veux, c'est pas les regarder jouer, c'est jouer à leur place.
- Speaker #1
Et c'est ce que tu as fait.
- Speaker #0
Et ouais.
- Speaker #1
Et Muse, tu gardes toujours contact avec eux ? Vous envoyez des messages ?
- Speaker #0
Non, pas du tout, non, non. Non, non. En fait, je les ai beaucoup suivis quand j'avais 16, 17. Et puis après, je passais à autre chose. Après, par contre, quelques années après, je suis retournée les voir. Une ou deux fois, et notamment il y avait un concert privé, je crois que c'était à l'Olympia ou un truc comme ça, et c'était très difficile d'avoir des places. Et du coup mes amis à qui j'avais raconté l'histoire et tout, ils me disaient « Tu dis que tu les as connus, t'as qu'à leur écrire » . Et donc c'est ce que j'ai fait, mais en me disant, entre-temps ils avaient un succès mondial, on était quelques années après et tout. Et en fait, Dom, c'est le batteur. avec lui que je parlais le plus, il m'a répondu tout de suite et il m'a dit, pas de souci, tu veux combien de places ? Et en fait, il m'a mis direct all access pour moi et mes amis. Je me suis retrouvée dans les loges de l'Olympia et je me souviens qu'ils m'ont vue et ils m'ont dit, Virginie ! Et ils m'ont pris dans leurs bras et mes amis, ils se sont dit, putain, en fait, c'était pas une dito. Incroyable.
- Speaker #1
J'ai envie de revenir un petit peu à tes débuts, à ton passé dans nos amazons de disques. Tu étais signée sous le nom d'Odile, donc chez un major, donc vraiment un gros label. Mais c'était pour toi une expérience bien difficile, j'ai envie de dire, même traumatisante. Au moment où ton premier album est sorti... Pour sortir un album, c'est quand même des mois et des mois de préparation, des questionnements, des doutes. Donc là, ça y est, le jour où il sort, toi tu t'es dit j'arrête la musique en fait, je ne veux plus faire ça.
- Speaker #0
Oui, mais bon, l'histoire a été très très compliquée parce que ce n'était pas que la question de la major, c'est aussi la relation que j'avais avec mon directeur artistique, plein de problèmes personnels. En fait, il y a plein de choses qui se sont imbriquées à cette époque-là. et puis... Justement, ma manageuse dont je parlais, Virginie Auclair, elle était décédée en fait, entre-temps. Moi, j'ai travaillé avec elle de 2004 à 2008, en gros, et elle est décédée début 2009. Et elle avait toujours dit, vous croyez que signer sur une maison de disques, c'est le Graal, alors qu'en fait, c'est le début du travail, parce que c'est quand on est dans la maison de disques, il y a énormément de travail, parce qu'il faut... gérer le rapport avec la maison de disques.
- Speaker #1
Donc c'est pas que t'as plein d'entourage qui fait tout pour toi ?
- Speaker #0
Non, c'est pour ça que c'est très important d'être entourée quand on a une maison de disques, d'avoir un manager qui fait l'interface. Sauf que moi, la mienne de manager était décédée, qu'elle avait fait tout le travail de représentation qui a permis que je sois connue de tous les gens des maisons de disques. C'est ce qui a abouti finalement sur une signature chez Sony. Mais entre-temps, elle n'était plus là. Sony avait fait le choix aussi de m'isoler. Ils n'avaient pas voulu signer mon groupe. Ils ont préféré me signer en solo. Et donc, moi, j'avais plus de groupe, j'avais plus de manager. Et j'étais seule face à une maison de disques qui, elle-même, se déchirait. Puisqu'on était donc en pleine crise du disque. Et donc, en fait, il y avait deux entités, puisqu'il y avait Sony et BMG, qui avaient fusionné. Et du coup, il y avait des rapports internes qui étaient compliqués. Parce que les labels étaient en train de fusionner, il y a des gens qui partaient, des gens qui arrivaient, et des gens qui étaient obligés, enfin il y a eu beaucoup de licenciements sur cette époque. Donc en interne c'était très compliqué, moi j'étais seule, donc tout ça, ça a fait un énorme bordel. Et puis après, je pense qu'à l'époque j'étais... Oui ça a été traumatisant, mais c'est plus les expériences personnelles que professionnelles qui ont été vraiment traumatisantes, parce que je vivais une... Une histoire personnelle violente, une histoire amoureuse, donc c'était très compliqué et je pense que je n'étais pas prête pour être dans une maison de disques à ce moment-là, même si j'en rêvais. Donc voilà, sur le moment, oui, je l'ai vécu comme quelque chose de traumatisant. Aujourd'hui, avec plus de dix ans de recul, je pense que je n'en veux à personne et que c'est juste que je n'étais pas... J'étais pas prête et je pense que j'étais pas à ma place en fait.
- Speaker #1
Mais tu vois, comme j'ai vraiment écouté tes interviews, tout ce que tu disais de cette période-là, il y a quand même des choses que tu te dis quand même, j'avais honte de moi, ils m'ont dit que j'avais pas de talons, que... Est-ce que tu as vraiment entendu ce genre de propos de la part de ton entourage ?
- Speaker #0
Oui, oui, mais encore une fois, j'étais dans un rapport très particulier avec une personne. Après... Il y a des choses difficiles en maison de disque, évidemment. Mais enfin, non, pas en maison de disque. En fait, c'est ce métier qui est difficile. C'est aussi des gens des médias, aussi des gens d'autres artistes. Il y a énormément de choses difficiles qu'on m'a dites. C'est d'autres artistes, en fait. C'est vrai,
- Speaker #1
tu as ressenti cette concurrence. C'est vraiment... Oui,
- Speaker #0
oui. Des choses extrêmement... méchante et violente etc ça a été beaucoup d'autres artistes et des gros artistes qui étaient déjà bien en place et c'est mais donc oui il ya des choses difficiles mais après je pense c'est normal toi tu as lu ou écouté des choses que j'ai pu dire à une époque et c'est sûr que cette époque m a marqué et que pendant longtemps j'ai j'en ai beaucoup parlé aujourd'hui je suis super sereine par rapport à ça, je pense que j'ai plus de recul. et que je ne me dis pas qu'il y avait des méchants et une victime. Je pense que je n'étais juste pas prête pour ça. Je me souviens de mon directeur de label. C'est une des choses qu'il m'a dites, c'est que tu seras plus heureuse à être indépendante. Et à l'époque, je l'ai très mal pris, parce qu'il était en train de me virer de ma maison de disques. Il me virait en me disant ça, et moi je le prenais très mal. Sauf que maintenant, on est 12 ans après.
- Speaker #1
Et tu t'es dit qu'il avait raison ?
- Speaker #0
Bien sûr. C'est ça qu'il avait vu et il avait raison. Parce que quand tu es directeur de label, à un moment donné, tu as un peu une vision. Je pense que je n'étais pas faite pour que plein de gens s'occupent de moi, me disent ce que je dois faire.
- Speaker #1
Ah ça, tu aimes bien faire plein de choses.
- Speaker #0
Oui, et puis j'aime bien être libre.
- Speaker #1
C'est quelque chose qui revient souvent chez toi. D'avoir la liberté pour vraiment gérer ton projet et tes projets comme tu as envie. Oui, tout à fait. J'ai une question par rapport à ton livre. Déjà, la moyenne, ça je peux la montrer. Donc là, c'est un livre que tu as écrit suite à cette période en label, où tu étais, comme tu dis, dans une relation toxique, tous ces moments qui étaient un peu douloureux pour toi. donc tu mélanges un peu Depuis avant ton vécu avec la fiction, le personnage de ce livre s'appelle Louise. Et là, il y a quand même un événement qui m'a bouleversée, ce livre. Et il y a un événement que tu décris. Je voulais bien que tu me dises si tu as vécu des choses similaires ou pas. À un moment, Louise, elle est comme toi. Elle quitte la maison des disques, elle s'est dit qu'elle allait vivre ailleurs. Mais avant vraiment quitter Paris, elle part à Cannes. Avec Thelma, elle se retrouve donc aller dans un bar où il y a plein de gens, des milliers de la musique qui reviennent. Donc, on va aller faire des after. Et puis, à un moment, elle se retrouve faire un after dans les hauteurs à Cannes. Et il y a un truc bizarre, en fait. Elles sont des selfies, en fait, dans cette soirée. Il y a plein de mecs. Et puis, à un moment, elle entend les filles. Là, on va passer aux choses sérieuses. Elles se disent, mais c'est quoi les choses sérieuses ? Et là, un des mecs leur dit, en fait... Moi j'organise deux orgies de luxe. Elle montre une carte des visites. Est-ce que c'est genre que dans l'histoire ça se termine bien dans ton livre parce que les filles arrivent à partir en courant et tout va bien. Mais est-ce que toi tu as déjà eu quelqu'un qui te donne une carte où c'est marqué j'organise des orgies de luxe ou tu étais vraiment dans ce genre de situation qui sont quand même horribles ?
- Speaker #0
Alors effectivement ce livre c'est ni un roman ni un... ni une autobiographie, c'est un peu un mélange des deux. Je n'avais pas envie de faire une autobiographie parce que je trouvais que c'était un peu pompeux et un peu jeune pour raconter ma vie. Et en même temps, effectivement, j'ai vécu quand même des choses romanesques dans ma vie. Que ce soit la rencontre avec Muse ou les choses vécues derrière. Donc j'avais envie d'en parler et que ce soit un peu mêlé à de la fiction. Donc effectivement, il y a du complètement vrai et il y a du moins vrai dans ce livre. Et effectivement, ce que tu racontes là, c'est 100% vrai.
- Speaker #1
Mais non !
- Speaker #0
Là, c'est pas de la fiction.
- Speaker #1
T'as vraiment quelqu'un qui avait une carte des visites qui donnait et se marquait des orgies de luxe ? Alors,
- Speaker #0
il n'y a pas écrit orgies de luxe sur la carte. Ah, c'était pas... Il y a le nom de son... Je ne sais pas comment on peut appeler ça. Son organisation. mais oui d'accord mais en lisant ça j'espère que c'est pas vrai avec des gens très connus milieu cinéma et musique ouais ouais mais je pense que c'est loin d'être les seuls ah bah oui on a eu MeToo quand même qui a eu donc c'était une réalité mais à la limite qu'ils organisent des orgies de luxe moi j'ai rien contre
- Speaker #1
qui va le plus choquer dedans c'est ce que j'ai pas dit d'ailleurs c'est ça que dans ce livre les défis elles sont pas au courant que c'est le but de la soirée c'est ça tu vois d'ailleurs dans d'autres cadres on
- Speaker #0
m'a proposé quand j'étais à Paris des soirées de luxe très libertines par des gens très très connus je ne citerai pas pas le nom parce qu'il y en a qui sont décédés il n'y a pas longtemps. Et donc, on m'a proposé et je n'avais pas envie. Peut-être que j'aurais pu avoir envie, on s'en fout. Il n'y a pas de jugement par rapport à ça. Par contre, là où c'était problématique, c'est qu'en fait, c'était un jeune mec qui venait de monter son label. et qui a bien marché derrière bon pareil je ne dirais pas les noms mais à l'époque il était en train de monter son label et donc il était là à Cannes pour faire du réseau etc et en fait nous à un moment donné de la soirée il nous dit ah bah ça vous dit de venir à un after nous on s'est dit cool c'est du réseau le gars il est sympa et effectivement c'est d'apprendre après coup que c'était un espèce de deal qu'il avait avec les gens de cette organisation que pour... Pour que lui ait le droit de venir dans cette soirée, il fallait qu'il ramène... C'est ça,
- Speaker #1
vous étiez à la marge des marchandises qu'il amenait pour sa carte d'entrée.
- Speaker #0
Oui, ça fait des choses à raconter.
- Speaker #1
J'espère que t'as réussi de partir en courant comme les filles de Pantone.
- Speaker #0
Oui, c'est ce qu'on a fait. L'histoire est véridique. On est vraiment partis en courant, il y a vraiment des chiens qui nous ont courus après. On a vraiment sauté par-dessus un portail et on a vraiment flippé pour le coup.
- Speaker #1
Donc après toute cette période-là, tu décides de venir à Montpellier pour t'installer. Et c'est là où tu débutes la Pietà. Mais au début, le projet c'est d'écrire un livre. Pour vraiment parler de tout ce qui s'est passé, donc il y a ce livre qui est sorti à la moyenne, mais tu ne comptes absolument pas de reprendre la musique.
- Speaker #0
Oui, alors en fait quand je suis arrivée dans le Sud, comme tu disais tout à l'heure, j'avais été marquée par ce que j'avais vécu et j'avais décidé d'arrêter la musique. Donc j'ai annoncé que j'arrêtais la musique et concrètement je ne savais pas ce que j'allais faire de ma vie du tout. Il se trouve que j'avais connu... par mon ancien compagnon avec qui j'ai été presque 10 ans. Sa famille était à Sète, donc j'avais connu Sète. Et sa famille, c'était un peu mon refuge. Et quand j'ai été très mal, au moment où j'ai annoncé que j'arrêtais la musique et tout, la première idée, c'était de venir se réfugier à Sète, chez eux. Ensuite, je me suis dit que j'allais déménager complètement, donc à Montpellier, parce que c'était plus pratique que Sète pour commencer. Mais du coup, quand j'ai débarqué ici, dans le sud, d'abord, je suis allée me réfugier dans cette maison à sept, dans cette famille qui me prenait vraiment sous son aile. Et je ne savais pas du tout ce que j'allais faire de ma vie, sauf que j'arrêtais la musique. En réalité, mon ancien compagnon, donc celui avec qui j'ai été dix ans, et qui est toujours resté mon meilleur ami, même quand on n'était plus ensemble et tout. m'a offert une carte son, une petite carte son, un petit clavier et il m'a dit au cas où quand même tu veux y faire de la musique.
- Speaker #1
Et tu as commencé avec ces claviers ?
- Speaker #0
Et du coup en fait en parallèle cet été là, c'était donc tout un été en 2014 où j'étais dans cette maison à Sète. Et entre deux baignades et des tentes, j'écrivais. Mais je ne m'étais pas dit que c'était un livre.
- Speaker #1
Ah oui, tu ne m'aimes pas.
- Speaker #0
C'est juste que j'écrivais.
- Speaker #1
Comme un journal intime. C'est ça.
- Speaker #0
Et puis du coup, j'avais ce petit clavier, cette petite carte son qui était là. Ah bah tiens, je vais rigoler. Et puis en fait, j'avais donc des bouts de texte que j'avais écrits, dont celui de la moyenne. Et donc... Avec ce petit clavier, j'ai commencé à faire des sons pour rigoler en MAO, ce que je n'avais jamais fait avant, donc musique sur ordinateur avec un logiciel. Donc à s'amuser avec des samples, à faire des sons comme ça. Et je me suis dit, tiens, puisque je chante mal, puisque j'avais ça dans ma tête, je vais juste parler. Et j'avais eu un déclic aussi parce que j'avais eu un gros coup de cœur pour un groupe qui s'appelle Kabaddi, qui m'avait marquée. qui était très sombre à l'époque, après ils ont un peu changé, mais à l'époque ils avaient fait un album très sombre. D'ailleurs, leur slogan c'était « Sad music for bad people » . C'était au moins ce qu'ils voulaient faire. Et c'était très sombre cet album, mais ça m'a beaucoup marquée. Je les ai vus jouer en acoustique dans une église à Paris, à Sainte-Eustache, et c'était la claque, j'ai pleuré à tous leurs concerts. Du coup, c'est ça qui s'est passé, c'est qu'un mois après j'étais à 7. avec ces petits samples, mes textes, et je me suis dit, tiens, peut-être je peux faire comme eux, plus slamé. Et donc j'ai tenté de dire mon texte de la moyenne sur des bouts de sons électro, et c'est comme ça qu'est né ce titre-là. Mais au départ, ce n'était pas du tout pour le sortir, et pendant presque un an, j'ai fait des trucs comme ça pour m'amuser, pas dans l'intention de sortir ça. Les textes, au fur et à mesure, ça devenait plus concret, mais c'était... pas sous forme de roman et moi à l'époque une fois que j'ai passé mes trois mois à sept à me poser ma conclusion c'était je suis pas artiste si je le fais c'est pour m'amuser mais maintenant il faut que je me trouve un vrai métier c'était quoi le vrai métier alors ? je me suis dit qu'est-ce que je peux faire ? j'ai fait un espèce de bilan de compétences toute seule je me suis dit je sors de mon expérience chez Sony, ce qu'on n'a pas dit c'est que j'avais fait un procès à ma maison de disques donc après ce qui s'est passé chez Sony j'ai fait un procès qui a duré deux ans donc c'est ça aussi qui m'a épuisée, qui m'a vidée c'était très compliqué, mais ce procès alors c'était très dur, moi en même temps ça m'a obligée à travailler avec un avocat je me suis fédérée et j'ai commencé à participer à toutes les réunions de la SACEM, de la GAM c'est la Guilde des Artistes Musiciens de la DAMI de la SPEDIDAM, j'ai commencé à m'intéresser aux droits des artistes pour... Parce que si je faisais un procès, c'est parce qu'il y avait eu des soucis contractuels. Et donc j'ai voulu comprendre tout ça. Donc quand je suis arrivée à faire mon petit bilan de compétence, je me suis dit bon, là j'ai quand même depuis des années appris plein de choses sur le métier de la musique. J'ai fait toutes les erreurs qu'un artiste ne doit pas faire. Peut-être que je pourrais aider des artistes à ne pas faire les mêmes conneries que moi. Et donc je me suis dit, je vais essayer que mon métier ça soit d'accompagner des artistes. Donc finalement... Reprendre ce que Virginie Auclair avait fait avec moi, j'avais envie de le faire pour d'autres. Donc quand je suis arrivée ici, c'était ça mon métier. Et officiellement, j'avais arrêté la musique. Alors, en sous-marin chez moi, j'en faisais un peu. Mais quand je suis arrivée ici et que j'ai rencontré des gens, que j'ai rencontré toutes les fédérations, tous les organismes, les salles de concert, je me présentais en tant que « Bonjour Virginie, productrice et manageuse d'artistes » .
- Speaker #1
T'accompagne à quel groupe ?
- Speaker #0
Un des premiers coups de cœur que j'ai eu en arrivant à Montpellier, que j'ai commencé à faire des concerts, j'habitais à côté du Rock Store en plus, donc c'était plutôt cool. Et une des toutes premières soirées, je crois que c'était là, fin septembre ou début octobre, c'était la reprise. Et il y avait des groupes locaux qui jouaient. Et donc j'y étais allée, il n'y avait pratiquement personne dans la salle. Et il y avait genre 6 ou 7 groupes locaux qui jouaient. Et donc, il y avait un groupe de rock que j'ai vraiment adoré, qui s'appelait Cursed. Et du coup, je suis allée leur parler à la fin du concert en leur disant bravo, est-ce que vous êtes accompagnée ? J'ai rien compris à ce qu'ils m'ont dit parce qu'ils avaient un accent du sud. Incroyable ! Et puis eux, ils n'ont pas trop capté qui j'étais et tout. Mais j'avais une vision pour le coup. Et je pense que tu vois, quand j'ai rencontré Muse, j'avais la vision que ça marcherait, ça a marché.
- Speaker #1
Pour l'écoute, il n'y a pas un compagnie,
- Speaker #0
malheureusement. Je ne dis pas que c'est grâce à moi que ça fonctionne. Par contre, je pense que j'ai la vision quand même de... Assez souvent, je repère un truc qui va fonctionner. Et donc, en l'occurrence, Cursed, ils n'ont pas cartonné en tant que Cursed. Par contre, Hugo, qui était le compositeur, auteur-compositeur-arrangeur, a monté un autre groupe où il est auteur-compositeur-arrangeur.
- Speaker #1
Qui s'appelle Bandi Bandi.
- Speaker #0
Donc, Hugo, j'ai tout de suite senti et vu qu'à la fois, il avait le charisme et le talent de composition et qu'il méritait. Donc, je suis devenue leur manageuse et j'ai adoré travailler avec eux.
- Speaker #1
Tu sais comment c'est d'être une artiste, tu sais comment c'est d'être une manager. Alors, c'est plus facile d'être manager d'artiste comme toi-même, tu es artiste ou pas du tout ?
- Speaker #0
Moi je pense que oui. Enfin facile je sais pas mais en tout cas je pense que dans ma manière de travailler avec les artistes, que ce soit quand je suis manageuse ou quand je fais du coaching scénique ou maintenant de la formation, je pense que plus que d'autres interlocuteurs je comprends ce que c'est d'être sur scène, ce que c'est d'écrire, ce que c'est de... Et je pense que quand on est coaché ou accompagné par des gens qui ne l'ont pas vécu, c'est plus compliqué, je pense.
- Speaker #1
Tu penses que tu es plus compréhensible ou au contraire, tu es plus exigeante ?
- Speaker #0
Ce n'est pas notre rôle d'être exigeant. On est là pour accompagner, pas pour exiger. Donc non, ni l'un ni l'autre. Je pense que c'est différent. Je pense qu'il n'y a pas mieux ou moins bien. en fait on fait On est tous singuliers et on fait avec notre vécu. Donc je pense que j'ai un profil particulier et que c'est à moi d'en faire une richesse. Voilà, c'est ce que j'essaye de faire.
- Speaker #1
Bon, Rebano, à ton livre, donc La Moyenne, le projet Pieta voit vraiment le jour avec le titre La Moyenne qui sort à un moment sur les réseaux et sur YouTube. mais toi alors Tu ne voulais pas faire de la musique. Qu'est-ce qui a changé ? Est-ce que c'était quelqu'un ?
- Speaker #0
Qu'est-ce qui s'est passé ? Encore une fois, ce n'est pas que je ne voulais pas faire de la musique. C'est que j'avais perdu toute confiance en moi. En faire et écrire, c'est ma passion. J'en ai besoin. J'ai jamais arrêté ça. Par contre, en faire mon métier, c'est autre chose. Je pense que c'est quelque chose qui est hyper important. De partager avec les artistes avec qui je travaille maintenant, c'est qu'il y a un monde entre être artiste ou vivre du métier d'artiste. Et souvent, il y a une énorme confusion. C'est qu'on croit, parce qu'on est artiste, que ça veut dire qu'à tout prix, il faut en vivre. En fait, parfois, le meilleur moyen d'être artiste, c'est surtout de ne pas en vivre. Parce que justement, à partir du moment où on essaye d'en vivre, c'est là où commence... les compromis, etc. Et donc, le propos artistique, c'est plus compliqué de le tenir. Donc, à l'époque, je continuais à écrire, à faire mes petits sons de mon côté, etc.
- Speaker #1
Avec ton petit synthé.
- Speaker #0
Et en parallèle, j'étais donc devenue manageuse d'artistes. Je précise que je m'étais formée pour ça. Du coup, j'ai fait des formations pendant un an de coaching scénique, de tournage.
- Speaker #1
Tu ne fais pas des choses à moitié. Si tu fais un procès, tu te formes de partout si tu manages.
- Speaker #0
parce qu'il y a aussi ce fameux syndrome de l'imposteur moi j'étais artiste qu'est-ce qui fait que d'un coup je peux devenir manageuse donc moi j'avais besoin d'asseoir le fait que j'ai fait des formations j'ai tout le bagage nécessaire pour pouvoir le faire et donc j'étais j'accompagnais des artistes donc il y avait Kirst, il y avait une chanteuse qui s'appelait Athénaïs et à l'époque il y avait un groupe OK. qui n'a pas duré super longtemps, mais qui s'appelait The Plans. Dedans, il y avait un guitariste qui était en fait la première personne que j'ai rencontrée à Montpellier, qui s'appelle Sylvain Bria, qui est à la fois multi-instrumentiste, ingénieur du son, réalisateur. Il fait plein de choses. Et en fait, lui, je l'ai connu parce qu'il était guitariste de ce groupe que j'accompagnais. Mais lui, à côté, faisait plein de choses. Et puis, on parlait beaucoup. Et en fait, lui, il n'arrêtait pas de me dire, mais attends, avec... Tout ce que tu as écrit avant, etc., je ne peux pas croire que tu n'écris plus. Et c'est lui qui, en fait, a repéré. Il me disait non, je ne te crois pas que tu arrêtes la musique. Je suis sûre que tu continues à faire de la musique. Et il insistait. Et je disais oui, je fais de la musique, mais pour moi maintenant. Et il me disait non, mais vas-y, fais-moi écouter, fais-moi écouter. Et c'est vraiment lui qui m'a poussée à lui faire écouter. Je lui ai fait écouter. Et il m'a dit, moi, je crois qu'il y a un vrai truc là dans ce que tu fais. comme je t'ai dit, moi je fais de l'arrangement, je fais de la réalisation. Est-ce que tu veux bien me donner le piste par piste ? d'un de tes morceaux et je fais un essai dessus pour produire ça mieux et tu me dis ce que t'en penses et donc ça il a insisté pendant plusieurs semaines j'ai fini par lui donner le piste-piste et il a fait un essai et je lui ai jamais donné de nouvelles et ça a duré vraiment longtemps et en plus on se côtoyait pour d'autres choses et il essayait de me dire bah alors t'as écouté je vais...
- Speaker #1
Tu avais écouté tout de suite en fait.
- Speaker #0
Bien sûr, je l'ai écouté tout de suite et c'était très bien. Mais je ne voulais pas. Et donc, il a vraiment insisté longtemps et j'ai fini par lui dire oui, c'est chanmé, mais je t'ai dit c'est pas ça que je veux faire. Il m'a dit écoute, vas-y, t'as quelques titres, on les met au propre comme ça, entre nous, à la maison, parce qu'à l'époque, il n'avait pas encore de studio, c'était un home studio. Et puis après, tu vois ce que t'en fais. Et c'est comme ça que je me suis retrouvée. Je me suis dit, oui, je vais me faire plaisir en le faisant, mais je ne suis pas sûre de le sortir. Et si je le sors, ça sera en cachette. Et c'est pour ça que le début de la Pietà, j'étais masquée et c'était anonyme. Donc, quand j'ai sorti le premier titre, La Moyenne, c'était il y a pile dix ans. Là, on est vraiment... C'est l'anniversaire.
- Speaker #1
Joyeux anniversaire.
- Speaker #0
Vraiment pile poil, c'était fin septembre 2015 et j'avais fait un clip pendant l'été, mais complètement homemade, j'avais vraiment tout fait à la débrouille. On avait fait Sylvain et moi à la maison, le son, le clip, j'avais tout fait toute seule à domicile. En plus c'était vraiment hyper hardcore, le clip était ultra trash, c'était vraiment un exutoire. J'avais besoin de sortir ce truc très... très dur parce que c'est un exutoire de tout ce que j'avais vécu avant. Et donc quand j'ai sorti ça, c'était vraiment, je veux pas que ça se sache. Donc personne ne le savait, même dans mon entourage, quasiment personne ne le savait. J'ai mes deux meilleurs amis à qui j'avais fait écouter la moyenne, qui eux me connaissaient de ce que je faisais depuis longtemps avant et tout. Quand je leur ai fait écouter la moyenne, ils m'ont dit, mais tu vas pas sortir ça ? Mais c'est horrible ! Alors qu'en plus... C'est mes deux meilleurs amis, genre Bisounours, qui m'avaient toujours dit quoi que je fasse. Ils m'avaient toujours dit « c'est génial ce que tu fais, ta chanson est trop bien » . Et là je leur fais écouter La Moyenne, ils me font « mais c'est horrible, tu vas pas sortir ça » .
- Speaker #1
Mais quand même tu t'es dit « bon, quand même je vais le faire » .
- Speaker #0
Pour expliquer un peu, au cas où il y a des gens qui regardent et qui ne connaissent pas, La Moyenne c'était complètement hors format. Moi c'est vrai que ce que je faisais avant La Pieta, C'était beaucoup plus... Ça a toujours été rock, mais c'était plus pop-rock. Donc il y avait quand même un format pop, avec un couplet, un refrain, une mélodie, etc. Là, d'un coup, la moyenne, c'est un titre qui durait six minutes et quelques, sans mélodie, avec un texte slamé, qui était très dur. Le texte était très brutal, voire violent. Le clip était extrêmement violent et de rebelle, quoi. J'ai vraiment fait une... J'ai mis une accumulation de tout ce qu'on n'a pas le droit de faire, quoi. Et puis, voilà, c'est aussi le fait d'être anonyme et masquée qui m'a permis de le faire. Il y a quelque chose, je crois, que j'ai pas dit souvent dans les interviews, etc., parce qu'on m'a souvent posé la question pourquoi t'avais un masque et tout ça. Et je crois qu'il y a un truc que j'ai pas dit souvent, c'est que le fait d'avoir un masque, Et d'être anonyme, ça me libérait de mes parents. Et ça peut paraître complètement con, mais en fait, je crois que j'avais toujours dans ma tête, quand on sort une chanson, j'avais toujours ce truc de petite fille, bonne élève, etc., qui ne veut pas décevoir ses parents. Et donc, je pense que je ne voulais jamais aller trop loin dans ce que je faisais. Le fait de sortir ça sans mon nom, ça me libérait. Je savais que mes parents ne seraient pas au courant. Et d'ailleurs... Mes parents, enfin, mon père est décédé entre-temps, mais ma mère, elle a su que j'étais la pieta. Je pense qu'elle a entendu la moyenne une fois, il y a trois ans, pour la première fois, tu vois. Mais non ! Ah bah oui, bien sûr, bien sûr. Pendant des années, c'était impossible pour moi que ma mère sache que je chante ça, quoi.
- Speaker #1
Et comment elle a réagi ? Alors ta maman ?
- Speaker #0
Je veux pas savoir.
- Speaker #1
T'étais pas à côté ? Non. Mais tu l'as envoyée ou elle avait...
- Speaker #0
Franchement, elle est venue l'année dernière sur un concert. Sur un concert solo, je crois que c'est la première fois, j'avais refusé qu'elle vienne au concert de la Pietà toutes les années d'avant. Donc non, elle ne savait pas. Elle est un peu âgée, elle n'est pas sur Internet, tout ça. Après, elle savait que je m'appelais Lapieta, mais ce n'est pas le genre. Elle ne connaît pas YouTube. Elle n'est pas allée chercher. Ça facilitait les choses pour qu'elle ne sache pas exactement ce que tu fais. Donc oui, il y avait une espèce de... Pour pouvoir être libre, on revient à la liberté, pour pouvoir être libre de tout, y compris du carcan familial, il y avait cet anonymat qui était nécessaire à ce moment-là. Et donc voilà, j'ai sorti ce titre de manière anonyme en me disant, j'essayais que les choses soient cohérentes quand même dans l'univers. Il y avait quand même un univers visuel et tout, parce que j'aime bien faire les choses à fond. Bah oui,
- Speaker #1
on voit bien.
- Speaker #0
Mais je ne pensais pas que ça redeviendrait mon métier. Et puis en fait, ce titre a buzzé très rapidement.
- Speaker #1
Tu as été sélectionnée pour les Inuits de Printemps de Bourges.
- Speaker #0
Ça c'est après, ça c'est plus tard. La première chose, ça a été les Transsévenols dans la région.
- Speaker #1
On fait un petit coco aux Transsévenols.
- Speaker #0
Exactement.
- Speaker #1
Donc il y avait les Transsévenols, mais après, il y a un moment aussi, tu es sélectionnée pour les Inuits de Printemps de Bourges, mais après, en ayant un spectacle complet. Donc ça a commencé à marcher en fait. Et tu t'es dit, déjà, mais avant, comme tu fais les Transs, C'est... C'est réparti en fait. Qu'est-ce que tu penses à ce moment-là ? Tu es contente ? Tu ne sais pas trop ? Qu'est-ce que tu t'es dit ?
- Speaker #0
En fait, pendant longtemps, j'ai continué à me dire, moi mon métier c'est manageuse d'artiste et je fais de la musique à côté. Et puis en fait, j'ai eu un... Effectivement, suite à la sortie de La Moyenne, il y a plein de gens qui m'ont contactée. Il y a plein de dates qui se sont bookées. Il y a un tourneur qui m'a contactée, qui a commencé à m'accompagner énormément. Et d'ailleurs, la Pietà a existé beaucoup grâce à lui aussi. Il s'appelle Lionel Bidabé. Ah oui,
- Speaker #1
tu as travaillé avec Lionel.
- Speaker #0
Ah oui, c'est lui tout le début. Mais ce qui est rigolo, c'est qu'il détestait ce que je faisais avant. Si j'avais sorti, et on se l'est dit plein de fois, si j'avais sorti la Pietà, sous mon nom, en tout cas en disant la Pietà c'est Virginie Noury, il n'aurait même pas écouté en fait. Et c'est ça que ça m'a permis aussi cet anonymat, c'est que tout ce que vu que j'avais eu un parcours déjà dans la musique, qu'en plus j'avais fait un procès à ma maison de disques, qu'à l'époque de ce procès là on m'a dit tu seras blacklisté de partout, personne ne voudra travailler avec toi, l'anonymat ça m'a permis aussi d'avoir une page blanche et de pouvoir recommencer à zéro et que personne n'avait un avis. sur est-ce que ce que je fais c'est bien ou pas. Et donc en l'occurrence, du coup, plein de gens qui détestaient Virginie Noury, en tout cas Virginie l'artiste, ont en fait adoré la Pietà. Donc pendant un moment donné, c'était schizophrénique parce qu'ils ne savaient pas que c'était moi et qu'au début, je ne voulais pas qu'on sache que c'était moi. Vraiment tout le début du projet. Je veux dire, même en coulisses, etc., je voulais garder le masque tout le temps.
- Speaker #1
Oui, carrément, même en backstage, tu étais masquée. En fait,
- Speaker #0
c'était très vite intenable, bien évidemment. Donc, ça s'est su très vite. Surtout que, du coup, les gens pensaient que j'étais la manageuse de la Pieta. Donc, c'était marrant, tu vois. La première fois que les Transsévenols m'ont contactée, en fait, moi, en tant que manageuse de Kirst et d'Athénaïs, j'avais rempli les dossiers. pour l'appel à accompagnement du dispositif des transsévenoles. J'avais rempli le dossier pour Athénéis et pour Kirst, parce que j'étais leur manageuse. Et au moment où j'envoie les dossiers, je me dis, tiens, j'ai qu'à envoyer aussi pour la Pieta. Mais comme ça, quoi. Encore une fois, en plus, la Pieta, c'était tellement vénère que je ne pensais pas. Et en fait, du coup, j'avais envoyé les trois. et sous le nom Le Petit Chat Noir et Corde, qui est le nom de ma structure. Et donc, quand les Transsévenols m'ont contactée, ils m'ont dit, ah bah Virginie, on a vu que tu t'occupes d'une artiste, la Pieta, en fait, c'est cette artiste-là qu'on a envie de sélectionner. Et moi j'étais dans la merde, comme si j'étais là, mais c'est moi, merde ! Donc au début, les premiers coups de fil, c'était marrant, parce que les gens ne savaient pas que c'était moi. Mais donc voilà, pour te répondre, pendant assez longtemps quand même, parce que la sortie de La Moyenne, c'était donc fin 2015, et en fait ça a été jusqu'à fin 2017 que j'ai continué à me dire, mon métier c'est, j'accompagne des artistes, et la piéta c'est à côté. Sauf que ça prenait beaucoup de temps, et que j'ai eu un... Un rendez-vous avec Clotilde de chez Paloma, qui est une salle de spectacle qui m'accompagnait, et Clotilde qui était chargée d'accompagnement. Et je me souviendrai toujours de ce rendez-vous. Pareil, c'était en septembre, c'était...
- Speaker #1
C'est le mois d'anniversaire là !
- Speaker #0
On reprend la nouvelle vie en septembre. Et donc, c'était septembre 2017. Elle me dit, est-ce qu'on peut faire le point des mois à venir ? Est-ce que tu peux me dire, sur les mois à venir, qu'est-ce qui... te fait gagner ta vie. Regarde là les cachets, les entrées d'argent que t'as sur les mois à venir, qu'est-ce qui te fait gagner ta vie ? Et effectivement, je faisais quasi une intermittence complète, plus qu'avec la piéta à fond quoi. Et donc elle m'a dit, peut-être que ton métier c'est artiste en fait.
- Speaker #1
Donc c'est là où tu t'es dit en fait...
- Speaker #0
Ouais, et puis ça a pris du temps à reprendre confiance, effectivement. Il y a eu énormément de gens qui ont cru en moi à cette époque-là, dans les choses déterminantes. Donc oui, il y a eu les Inuits du printemps de Bourges, mais il y a eu aussi beaucoup l'accompagnement de carrière de l'Assasem. En fait, c'est un accompagnement qui est très important et très rare. Donc c'est en fait le... Le directeur, ou maintenant c'est une directrice, mais à l'époque c'était Lilian Goldstein qui dirigeait la partie accompagnement des artistes à la SACEM. Et donc à la SACEM, ils ont des aides auxquelles on peut postuler, on remplit des dossiers, etc. Mais l'accompagnement de carrière, ça n'est pas un dossier qu'on peut remplir. C'est eux qui te repèrent. Ah, qui te sollicitent, ok. Et c'est eux qui te sollicitent. Ah ben c'est super. Et c'est très rare. Et c'est une grosse aide. Et en fait, en l'occurrence, Lilian Goldstein, qui s'occupait de ça à l'époque, m'avait appelée en disant, je crois en toi, je crois que tu es une grande artiste et je veux travailler avec toi. Et donc, il m'avait fait venir à la SACEM à Paris. Et j'ai eu un accompagnement de carrière en 2018 qui m'a beaucoup aidée parce que lui aussi, il me disait, je pense que quand tu seras alignée, que tu reprendras confiance en toi, tu vas retirer le masque. Et c'est ce que j'ai fait effectivement un an ou deux après. Donc oui, Lilian Goldstein, même si je l'ai beaucoup moins connue qu'une Virginie Auclair, mais ça fait partie des gens qui m'ont redonné confiance.
- Speaker #1
Donc quand tu as retiré le masque, c'était au moment où il y avait le deuxième album, L'Innamorata ?
- Speaker #0
Je l'avais retiré déjà un peu avant.
- Speaker #1
Un petit peu avant ?
- Speaker #0
Bien avant même d'ailleurs. En fait, ça a été par étapes. Parce que avant de faire le premier album de La Pieta, j'ai fait des EP, des mini-albums. Et en fait, c'est au moment du troisième EP, donc avant le premier album, que j'ai pour la première fois retiré le masque dans un clip, le clip de la chanson qui s'appelle La salle d'attente. En fait, j'ai bien aimé tout le temps faire quelque chose à laquelle on ne s'attendait pas. C'était un peu... C'était un peu mon leitmotiv, d'être là où on ne m'attend pas. Et donc vu que j'avais eu un peu un succès, entre guillemets, en tout cas un buzz, un public, par rapport au début de la Pietà qui était donc très électro-rock, slam, assez énervé, etc. J'ai eu envie de casser cette image-là en faisant quelque chose de complètement différent. Donc la salle d'attente, c'est la première fois que je faisais une chanson piano-voix, avec aucun autre élément qu'un piano. ma voix. C'était encore du slam mais du coup musicalement c'était très différent et du coup j'ai fait le choix de présenter cette chanson sans masque et en étant seule au milieu de l'opéra de Montpellier donc j'ai eu la chance d'avoir eu le droit de tourner ce clip dans l'opéra de Montpellier entièrement seule et sans masque mais je te dis que c'était par étapes parce qu'à l'époque j'avais retiré le masque parce que j'avais donc un masque de chat papier sur moi ... J'avais retiré, mais par contre j'avais écrit. Avant, sur le masque, il y avait des écritures. Là, j'avais retiré le masque, mais par contre pendant...
- Speaker #1
Tu écrivais sautant visage.
- Speaker #0
J'ai fait ça longtemps, c'était sacrément galère ça aussi.
- Speaker #1
Tu m'étonnes pour chaque concert.
- Speaker #0
Chaque concert, j'écrivais et surtout après, il fallait nettoyer. Je me suis arrachée la peau avec ça. Donc ça, c'était quand même... Ouais, c'était avant le premier album. Et puis après, au moment du deuxième album, j'ai carrément retiré les écritures, était plus... plus apaisée avec moi-même, je pense.
- Speaker #1
Mais t'étais complètement plus apaisée, t'es passée quand même de ces titres-là à des titres plutôt comme ça.
- Speaker #0
Oui. Après, pour moi, il y a quand même une logique, il y a un cheminement, parce que comme je te dis, c'est pas genre un album puis un autre. Non, il y a eu trois EP, un album...
- Speaker #1
Un Covid entraitant... Oui, bien sûr.
- Speaker #0
Et puis, en fait, ce que j'ai sorti avec L'Innamorata, donc le deuxième album de La Pieta, finalement, c'était beaucoup plus proche de ce que je faisais avant La Pieta. Donc, c'était pas que je faisais quelque chose de nouveau, c'est que je me retrouvais. et que c'était plus... Alors en fait, quand j'ai décidé quand même de sortir La Pieta, même si c'était avec un masque, ça y est, j'ai fait le choix de sortir publiquement les titres de La Pieta. J'avais un plan dans ma tête.
- Speaker #1
C'était quoi ton plan ?
- Speaker #0
Et mon plan, c'était que La Pieta, c'était un exutoire dont j'avais besoin. Mais du coup, ce n'était pas moi, Virginie. C'était... Un personnage, à un moment donné, qui raconte une histoire à un moment donné. Et c'est pour ça que, en fait, j'avais décidé de sortir que trois EP. Un livre, les trois EP et le livre étaient liés, racontaient la même histoire, et tout ça devait durer trois ans. Et donc, quand j'ai sorti, en septembre... C'était écrit, même, moi, je vais t'écrire mes trucs et tout. Quand j'ai sorti, en septembre 2015, La Moyenne... Dans ma tête, en septembre 2018, c'était fini.
- Speaker #1
C'était fini, d'accord.
- Speaker #0
C'était ça dans ma tête.
- Speaker #1
On est en 2025,
- Speaker #0
toujours pas. Entre temps, il s'est passé un truc qui s'appelle la vie. Et que, comme je disais, vu que ce plan-là, il était cohérent parce que j'avais mon métier à côté d'accompagnatrice d'artiste, etc. À partir du moment où la Pietà me faisait vivre, et puis plus que ça. Parce qu'en fait, La Pieta, c'est devenu deux musiciens, en plus de moi, plus une amie qui est devenue l'administratrice de ma structure. Parce que vu que La Pieta fonctionnait bien, il fallait grossir. Donc, en fait, au plus haut de tout ça, on va dire, il y avait une personne en CDI, deux personnes en CDD et trois intermittents du spectacle qui vivaient entièrement de La Pieta. Donc, dire... En fait, oui, mais moi, j'avais décidé que ça serait fini au bout de trois ans. Donc, merci, ciao. Ça demandait un courage que je n'ai pas eu.
- Speaker #1
Je pense que ce n'est peut-être pas que le manque de courage. Je pense que tu avais quand même envie de continuer.
- Speaker #0
Tu parlais de regrets. Oui, mais tu parlais de regrets. Ça, je pense que c'est un regret. Je pense que j'aurais dû, justement, avoir la force de confiance en moi. Et en ce que j'ai projeté pour dire La Pieta, c'est trois ans. Ce qui n'empêchait pas de continuer la musique. Mais en fait, ça aurait été... Tu vois ce que tu me dis, où tu me dis « Ah mais ton deuxième album est très différent du premier, etc. » Eh bien en fait, c'est parce que j'ai gardé le nom La Pieta. Alors qu'en fait, la bulle La Pieta, elle était cohérente sur les trois premières années. Après, j'avais besoin de faire autre chose. C'est peut-être à ce moment-là qu'il aurait fallu changer de nom. Mais c'était pas simple. Parce que tout le monde m'avait identifiée en tant que La Pieta. Et que du coup, on me programmait, on m'appelait pour me programmer.
- Speaker #1
Ça a commencé à marcher bien, tu continues à vivre de ça.
- Speaker #0
Parce que tu parlais des Inuits du printemps de Bourges, où du coup, j'avais joué sous le nom de La Pieta au printemps 2018. Il y avait un label canadien qui voulait nous signer. Normalement, on devait faire tout l'album là-bas. Au printemps de Bourges, c'est là où j'ai été repérée par France Inter. J'ai été invitée chez France Inter. J'ai eu un article dans Télérama. C'était difficile de dire,
- Speaker #1
ben non en fait.
- Speaker #0
Moi c'était trois ans et je ne prends pas tout ça. Avec du recul, tu vois, justement si j'étais face à un ou une artiste qui se questionnait comme ça, je lui dirais fais-le, arrête. Arrête ce nom-là. Parce que du coup ton projet il est cohérent. Et au contraire, c'est encore plus fort. Donc là, tu n'as pas arrêté, tu continues et tu prépares un nouvel album. Qu'est-ce qu'il y a sur cet album ?
- Speaker #1
J'avais envie, comme d'habitude, d'être libre. Et je me suis beaucoup questionnée sur est-ce que je fais un nouvel album. L'année dernière, j'ai vraiment eu envie d'arrêter. Alors pas d'arrêter la musique, parce que comme je viens de dire, je pense que je continuerai toujours. Mais en tout cas, de ne plus faire d'album, etc. Et donc je me suis vraiment posé la question et je me suis rendu compte que j'avais envie simplement de revenir à l'essentiel. Et comme je disais tout à l'heure, je pense qu'il y a une différence entre faire de la musique, être artiste ou vivre de sa musique. Aujourd'hui, je suis assez en paix sur le fait que j'ai envie d'être complètement libre artistiquement. et donc... qui me fait vivre, ça ne soit pas forcément que l'artistique. C'est pour ça que je développe de plus en plus ma structure, ma société et les activités annexes, pour pouvoir être complètement libre. Ce qui m'a permis d'avoir une liberté de création totale là sur l'album à venir, sans me poser la question de oui, mais est-ce que ça va être au format ? Est-ce que je vais pouvoir avoir des playlists sur Spotify ? Est-ce que... Je vais avoir des vues sur YouTube ? Est-ce que je vais avoir besoin d'avoir des médias, etc. ? Non. Là, j'ai eu envie de revenir à comment je faisais de la musique quand j'avais 18 ans. Et dans ma vie, en général, j'ai l'impression qu'avoir 40 ans, c'est hyper cool parce que j'ai l'impression que c'est avoir 2 fois 20 ans, en fait. Et du coup, j'ai l'impression de revenir vraiment à l'essentiel et j'ai retrouvé un plaisir dingue cette année. Donc, en gros, l'année dernière, j'ai proposé à mes musiciens, j'ai dit, OK, soit moi je refais pas d'album c'est pas grave je fais des maquettes chez moi avec ton petit santé qui est toujours là soit ça vous dit qu'on fasse un album ensemble mais dans le plaisir avec peu de moyens financiers du coup et en fait avec mes musiciens on s'entend très bien et j'ai de la chance qu'ils soient vraiment super et s'il y a un truc qui existe depuis 10 ans c'est aussi cette rencontre avec mes musiciens Et ils ont dit, vas-y, on y va et on s'éclate. Et donc, on est parti sur un truc complètement rock. Moi, j'avais envie de repartir sur la base de ce que je faisais quand j'avais 18 ans avec ma guitare. J'écoutais Hall et Nirvana et j'avais envie d'être Courtney Love. Et voilà, je suis revenue à cette base-là. Donc là, le prochain disque, il est court. C'est un mini disque.
- Speaker #0
Cinq titres ou plus ? Sept.
- Speaker #1
Donc c'est ni un EP, ni un album C'est entre deux,
- Speaker #0
mais t'es libre,
- Speaker #1
tu fais ce que tu veux Les chansons c'est ça aussi C'est qu'il y a des choses qui sont chantées, qui sont mélodiques Avec des formats courts Il y a des choses qui sont slamées, longues Donc il y a les deux Et le message Ça parle de liberté justement C'est d'ailleurs le nom de l'album Ça va être Livre Et ça parle de liberté De revendiquer euh Son identité, sa singularité, la première chanson de l'album, elle s'appelle La Norme. C'est le premier titre qui sortira et ça parle du fait de se sentir hors norme. Et je pense que c'est quelque chose que moi j'ai beaucoup ressenti dans ma vie, mais aussi je travaille avec beaucoup de gens aujourd'hui, je fais beaucoup d'actions culturelles, donc j'ai été beaucoup en lien avec des jeunes, des jeunes en difficulté, dans des maisons pour enfants. des jeunes dans des lycées, dans des collèges ou même des écoles primaires. Et c'est quelque chose qui revient souvent, l'impression d'être différent des autres et du coup d'être mal à l'aise, d'avoir l'impression d'être jugé ou alors d'être vraiment jugé quand il y a du harcèlement, etc. Donc il y a cette impression d'être pas dans la norme tout le temps qui fait que les réseaux sociaux participent énormément à ça. Je pense encore plus que dans ma génération. le... Le fait de voir à longueur de temps sur les réseaux sociaux la vie des autres, ça donne l'impression que notre vie, elle n'est pas aussi bien, elle n'est pas aussi parfaite, parce qu'en plus, c'est une vie qu'on met en scène, en fait, sur les réseaux sociaux. Donc, on est tous, chacun dans notre coin, dans un espèce de malaise de voir que les autres ont l'air d'aller super mieux. Sauf que, du coup... On rentre tous dans le jeu parce qu'on ne veut pas avoir l'air différent. Donc sur les réseaux sociaux... Oui,
- Speaker #0
c'est un moment où il y a des choses qui sont super parfaites. Voilà,
- Speaker #1
regarde, ma vie elle est géniale, super la rentrée ! Et puis en fait, intérieurement, on a tous l'impression que chez les autres c'est vrai, alors que du coup nous on est à moitié fake. Donc il y a tout ce sentiment de ne pas être dans la norme qui fait qu'on ne se sent pas bien. Et là, moi, ce que je revendique dans cette chanson-là, mais c'est un peu le message global, c'est D'être en paix avec ça, c'est au contraire, le fait d'être hors normes, c'est ce qui nous rend singuliers et c'est ce qui est notre force. En fait, c'est un message de résilience. Et c'est un peu la conclusion de tout ce qu'on vient de dire.
- Speaker #0
C'est parfait. Écoute, on termine avec ce joli message. Et pour la fin, on s'écoute à un extrait. Pas de temps de disque, parce qu'il n'y a pas encore d'extrait qu'on peut écouter, mais une reprise que vous avez faite.
- Speaker #1
Oui, avec plaisir.
- Speaker #0
Merci,
- Speaker #1
Virginie. Merci beaucoup. Très heureuse d'avoir été ta première invitée dans ton super podcast.
- Speaker #0
Merci.