- Speaker #0
Bonjour à toutes et à tous, moi c'est Eva, bienvenue dans Carrément. Dans mon podcast, j'accueille des artistes de tous les horizons, que ce soit de la pop, du rock, de la chanson, du rap. On discute de la musique, de la vie d'artiste et parfois des actualités. Aujourd'hui, je suis très contente d'accueillir Otidi Ben, une autrice, compositrice, performeuse vocale et même directrice artistique. Bienvenue Otidi dans Carrément.
- Speaker #1
Coucou Eva.
- Speaker #0
Tu as une actualité brûlante parce que tu sors un nouvel album qui arrive... en décembre, donc c'est juste là. On va en parler. On va parler aussi de toutes les techniques vocales que tu emploies parce que tu es allée chercher aux quatre coins du monde. On va parler aussi de ta casquette de la directrice artistique et de la sobriété numérique et de plein, plein, plein d'autres choses. C'est parti ! Otili, tu as une façon de chanter très, très particulière. On va dire un peu chamanique, un peu magique. que tu mélanges avec de la musique électronique. Ça donne vraiment un côté très, très singulaire. Moi, mes questions que je me pose, c'est d'où vient cette fascination des chants traditionnels ? Parce que ce n'est pas juste des chants traditionnels françaises. Tu es allée les chercher un peu de partout. Il y a des chants diphoniques. Jusqu'hier, je ne savais même pas ce que c'était les chants diphoniques. Il y a des chants qui viennent de la Mongolie, un peu de partout. D'où vient cette fascination de vouloir apprendre ça et inclure dans ton spectacle ?
- Speaker #1
Au départ, je viens de Lod. Ce n'est pas la Mongolie ! Ce n'est pas la Mongolie, mais il y a eu un essor des langues régionales. J'ai pratiqué l'occitan de mon patois, de chez moi. Je trouve que chaque langue ou chaque façon de faire sonner la voix apporte une vision du monde. Et il me semble qu'aller explorer les possibilités vocales permet aussi d'enrichir l'intériorité et l'imaginaire. En tant qu'autrice et compositrice, on me demande, enfin, ou je me demande de créer. Et j'ai l'impression que ces sonorités, ces façons de placer la voix m'ont vraiment permis de développer une créativité singulière, comme tu le dis. Il y a aussi une légende familiale qui raconte qu'on a des ancêtres mongols. Il y avait cette fascination pour la mongolie.
- Speaker #0
Une légende familiale ? Oui, vous ne savez pas ? Il y a quelqu'un qui l'a dit ? C'est ça,
- Speaker #1
le grand-oncle qui a dit que c'est une histoire qui part de l'Italie. Ce n'est pas forcément vérifié. D'un côté, il y a la Mongolie, effectivement. Et de l'autre côté, du côté de mon père, il y a une histoire autour de la Kabylie. et... effectivement, moi, je n'ai pas l'impression de me sentir de quelque part en particulier, mais d'avoir des racines un peu multiples et une curiosité et un goût pour, oui, ces textures vocales, mais je pense que ça part aussi de l'oralité, de cette façon qu'on avait de transmettre les savoirs et comment un savoir qui se transmet par la voix et la parole, moi, me touche plus que... qu'autre chose en fait. Et effectivement, du coup j'ai voyagé, je suis allée à plusieurs endroits dans le monde et notamment en Mongolie pour essayer de perfectionner cette technique bien que j'ai commencé à Toulouse en vrai à faire du chant du phonique.
- Speaker #0
Alors comment, déjà est-ce que tu peux nous expliquer pour les chants du phonique, c'est quoi les chants du phonique ? Donc déjà, moi je t'ai dit ce que j'ai compris. En fait tu arrives à chanter des notes en même temps.
- Speaker #1
C'est ça.
- Speaker #0
Donc moi si je fais A, c'est une seule note, non ? Alors en fait,
- Speaker #1
pas tout à fait. Pour faire un son, il y a une multitude d'harmoniques qui le composent en fait. On peut diviser un son, c'est comme une équation mathématique. Ça se fait sur n'importe quel son ou instrument. On peut le comprendre facilement sur une guitare où on joue la corde à vide et puis on fait les harmoniques, ces petits sons. Oui, c'est ça le dégu.
- Speaker #0
Sur les guitares, on a des doigts, on a plusieurs cordes.
- Speaker #1
Mais tu divises le signal sur la corde ?
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #1
Tu la réduis dans sa longueur. Et c'est la même chose qui se passe dans la technique de chant que je pratique, qui n'est pas un vrai... Homi mongol, le homi c'est ce chant harmonique. Moi j'utilise plutôt une technique de chant que j'ai adaptée, qui est à deux cavités. Enfin, qu'on dit à deux cavités. Et en fait, je récupère le son, la vibration dans ma bouche, et je sépare le signal entre ma langue et mon palais. Du coup, sur un A comme tu le faisais. Donc là, il y a un octave possible, parce que je sépare le signal comme sur la corde de la guitare. Et du coup, après, c'est juste une division mathématique du son. Donc, avec un même bourdon, on a une certaine forme de gamme. Et le bourdon, c'est la note fondamentale. mais je peux changer de note aussi.
- Speaker #0
Pour tous ceux qui nous écoutent en audio, j'ai juste envie de vous dire qu'Otili vient de chanter ce que vous avez entendu. Là, il n'y a pas une guitare ou plein d'instruments. C'était vraiment les chants.
- Speaker #1
Oui. Alors, je l'intègre dans mes chansons depuis longtemps. Et c'est aussi pour ça que, dès mon premier album, c'était compliqué de mettre ma musique dans une case. Et en même temps, j'avais certains scrupules, parce qu'il y a toutes ces questions et qui sont légitimes pour moi de réappropriation culturelle ou pas. et en fait Comment en fait le métissage, toutes ces diasporas de populations et les métissages permettent qu'on s'enrichisse les uns les uns les autres. Et en même temps, j'avais un problème de légitimité en me disant, c'est parce que j'ai une légende qui dit qu'on est mongols, que je peux utiliser cette technique de sang. Puis en fait je suis allée en Mongolie, je me suis aperçue que ce n'était pas du tout.
- Speaker #0
Ils n'ont pas aimé, ils t'ont dit non c'est pas du tout ça.
- Speaker #1
Oui tu disais que c'était un bébé sans dysphorie. et puis bon il y avait beaucoup de misogynie je parle il y a une vingtaine d'années il y avait plein de choses encore assez rudes dans le rapport homme-femme que moi j'ai perçu en tout cas et la technique que j'utilise c'est pas vraiment le homie, c'est juste du chant harmonique, c'est pour ça que j'aime bien aussi dire chant harmonique parce que j'ai aussi bidouillé quelque chose au fil du temps par rapport à ma morphologie en donnant aussi des masterclass, en cherchant comment tout le monde peut faire du chant harmonique en fait donc
- Speaker #0
Il faut qu'elle aille prendre un cours avec toi. Je me disais, moi, chanter, c'est quelque chose. Chant harmonique, ce sera encore plus compliqué.
- Speaker #1
C'est un jeu. Après, quand tu fais de la guimbarde ou du didgeridoo, tu apprends à adapter la coulisse de la bouche, à placer ta vibration, ton chant, à lui donner du corps. C'est passionnant, en fait, parce que la voix, c'est ce qui nous... C'est une interface avec le monde, avec les autres. Il y a une malléabilité, il y a des possibles tellement multiples avec une voix. La plupart du temps, on va se figer dans un carcan, dans une apparence qui est aussi socioculturelle. C'est-à-dire, les femmes, elles vont avoir tendance à parler plus aiguë. Et on sait bien que si on veut se faire entendre, l'idée, c'est de placer sa voix plus grave. On le sent, en fait, que ça parle à différents endroits. Moi,
- Speaker #0
je me réjouis aussi de ce que tu as dit. utilisée d'un qu'il y a quelque chose qui change, quelque chose d'autre qu'on découvre à travers des différentes façons de chanter. Moi, je suis franco-polonaise, maintenant, mais polonaise, je me dis en Pologne, et je sens qu'il y a des choses qui changent au niveau de ma personnalité, si je parle polonais et français. Déjà, ma voix est un petit peu différente. Je t'aime beaucoup, Si tu utilises les chants, par exemple, diphoniques dans ta façon d'être, qu'est-ce que tu ressens ?
- Speaker #1
En fait, je vois ça comme un espèce de système d'engrenage qui se met en route. C'est un geste. chanter, c'est un geste. Donc on engage des choses comme si j'allais chanter. J'engage mon souche, j'engage mon corps, le périnée, plein de choses. Et l'endroit où la langue, où le type de son va résonner, modifie nos perceptions, nos sensations. Donc quand je fais du chant harmonique, je place ma langue différemment, j'ai cette vibration aiguë qui vibre dans mon front, je suis obligée d'envoyer de la puissance, de faire un son, tu vois, dense. plus il peut se diviser en harmonique parce qu'il y a plus de possibilités donc sachant juste l'endroit et comment ça résonne il y a forcément du plaisir dans le chant après tu vois hier j'étais en voiture et j'écoutais le concert de tout à l'heure pour rédiger un petit peu et je me disais j'ai encore des frustrations de placement de voix Il y a des moments où ça reste poussif et où je m'embarque dans ma propre émotion et je maîtrise moins bien. Alors oui, il y a toutes proportions gardées avec des non-chanteurs habituels, mais pour moi, c'est infini les possibilités de m'améliorer dans le chant.
- Speaker #0
T'es perfectionniste ?
- Speaker #1
Oui, mais de continuer, c'est des micro-mouvements. On parle de cartilage, il y en a 11 qui s'empilent, il y a les cordes vocales. Il y a tous les petits tendons, les résonateurs, les placements, en fait, c'est de l'orfèvrerie, en fait, c'est de la dentelle.
- Speaker #0
J'adore comment tu parles des chants de tête. J'ai l'impression que c'est vraiment un exercice presque sportif. C'est un geste. J'ai jamais voyé ça comme ça.
- Speaker #1
C'est un geste et je pense que ce geste-là, quand on joue mal du golf ou du tennis ou quand on nage pas bien, ça ne veut pas dire qu'on apprécie, quand ce n'est pas nager le papillon ou le crole. On peut tout à fait apprécier la sensation de l'eau sur le corps et tout ça. Et je pense qu'il faut chanter. C'est important pour tous et toutes d'être dans ce geste-là, cet engagement de la voix, parce qu'il nous met dans un état de corps unique, en fait, et multiple, surtout.
- Speaker #0
Je vois que toi, tu voulais être chanteuse pratiquement depuis plus de jeunes. J'ai trouvé une citation de toi en préparant cette interview. Tu disais, en évent, je rêvais déjà d'être chanteuse. accessoirement célèbre et assez riche pour avoir ma statue au musée Grévin. Donc, je ne te demande pas si c'est toujours ton rêve, mais qu'est-ce qui te fait rêver aujourd'hui dans ce métier de chanteuse ?
- Speaker #1
Ça s'est modifié pour les raisons qu'on peut vite connaître de déterminisme aussi social, de réseau. Après, je vis le chant et la transmission du chant, c'est vraiment un métier que j'aime à perfectionner. Ce qui me fait rêver aujourd'hui, c'est plutôt, je crois, d'inspirer la liberté d'explorer aux autres. J'aime aussi ce qui frotte. J'ai du mal à être touchée par les voix qui sont lisses et qui sont... où il y a trop de... ça manque de souffrance, je ne sais pas comment le dire. En fait, j'ai besoin de sentir le vécu dans la voix. et c'est toute une difficulté de faire quelque chose de... de propre et en même temps de garder son vécu dans la voix. Et cette subtilité-là, c'est passionnant. Et je crois qu'un de mes rêves, c'est de réussir à être de plus en plus juste, dans le sens pas juste dans un code harmonique, parce que, comme je le disais tout à l'heure, c'est parfois ce qui peut empêcher les gens de chanter, et c'est dommage, mais juste avec un instant, un espace, et puis une mélodie, ou quelque chose qu'on a à dire. Ce qui me passionne, c'est de vibrer avec d'autres voix aussi. J'ai l'impression d'apprendre énormément dans le non-verbal. Quand je vais chanter avec un chanteur mongol, j'avais fait tout un projet en 2015-2017 où je rencontrais des chanteurs et des chanteuses. C'est des passages ? Oui, passages à travers le monde. Et donc, je suis allée à La Réunion, en Mongolie, à différents endroits, à Mayotte. Et en fait, à chaque fois que... C'est comme notre rencontre aujourd'hui, même si on se connaissait déjà un peu avant. Et à chaque fois, ça nous modifie, ça nous agit, la rencontre avec l'autre. Et le chant et la vibration, encore plus, selon moi. Donc, si j'avais un rêve... Je suis quand même une femme de 42 ans aujourd'hui. Donc, mon rêve, c'est d'être au plus juste avec ce besoin et cette envie d'exister par le chant. Et en même temps, de trouver une façon d'être, peut-être de ralentir. J'ai l'impression de m'être beaucoup agitée pour ce succès, mais je pense aujourd'hui plus à un succès respectueux, respectueux de mon temps, de mon... de mon énergie, j'aime pas ce mot-là, mais de ma temporalité, et en même temps des autres. Travailler en équipe.
- Speaker #0
C'est bon d'être ensemble, une rencontre avec les gens qui t'animent aujourd'hui.
- Speaker #1
Avec les gens, mais avec aussi un espace. Par exemple, être en montagne, être à la mer.
- Speaker #0
J'ai vu qu'ils faisaient des installations, des différents projets.
- Speaker #1
Ou être en prison. Effectivement.
- Speaker #0
Au musée Grévin peut-être.
- Speaker #1
Alors du musée Grévin, ça vient parce que j'ai fait mon premier voyage à Paris avec mes grands-parents. Et d'ailleurs, la pochette du disque, c'est moi petite sur le carousel qu'il y a en bas du Sacré-Cœur.
- Speaker #0
La pochette du disque qui arrive ?
- Speaker #1
Oui. Et le disque s'appelle En Boucle. Et j'aime bien ce regard de la femme que je suis aujourd'hui sur la petite fille. Il faut dire aussi qu'on est pas mal biberonnés aux self-made women. Tu vas y arriver, tu vas réussir. C'est l'époque où commençaient les graines de stars, ce genre de trucs où vraiment on se disait « Waouh, je vais être une star et tout. » Moi, j'avais juste l'impression qu'il fallait que je gagne beaucoup d'argent pour pouvoir donner à ma famille. Il y a ma tante qui voulait une limousine rose, l'autre qui voulait... C'était ce genre de rêves qui sont... entretenu par un système capitaliste duquel aujourd'hui, moi, je ne me sens pas forcément proche. J'ai l'impression qu'il y a autre chose qu'on peut partager et qu'il y a aussi très peu d'élus parce que, pour Dieu le disait, c'est des déterminismes sociaux. Moi, je viens d'un milieu populaire et là où j'en suis aujourd'hui, dans cette forme de réussite... avec de la reconnaissance institutionnelle, une compagnie qui est conventionnée par le ministère de la Culture, des bourses d'écriture de la DGCA, des voyages. Je suis allée au Tadjikistan avec l'Alliance française. Tu vois, j'ai fait des trucs qui sont merveilleux. Il y a déjà un beau succès en vrai. J'adore parce qu'il y a des gens qui viennent me voir à la fin des concerts et me dire « Vous allez réussir ! » Et tu t'es dit « Ok, ça fait plus de 25 ans que je fais ce métier. » Mes premiers boulots d'été, c'était de jouer dans les bars ou dans la rue.
- Speaker #0
Il y a des conseils de temps en temps, genre peut-être qu'il faut le mettre sur YouTube.
- Speaker #1
Voilà, pourquoi on ne vous voit pas à la télé ? Il faut que je leur explique, en fait, c'est beaucoup d'argent et de la chance. Et je me sens chanceuse, même si je ne suis pas beaucoup passée à la télé. Voilà, je tiens à le dire.
- Speaker #0
Maintenant, tu es passée sur YouTube et YouTube te revendique la première télé depuis déjà deux ans.
- Speaker #1
Ça y est, tu as réussi. Je suis hyper contente que tu m'aies invitée, que je me suis invitée quand j'ai vu ce carrément. Et puis, j'aime trop l'expression. Trop bien. Carrément.
- Speaker #0
J'ai envie qu'on parle un peu de ton album qui arrive. Parce qu'on a parlé du chant que tu mélangeais jusqu'à maintenant avec la musique très électronique. Et là, il y a tout un changement qui arrive pour ton album, sur le 12 décembre, en boucle. Ça ne va pas être la musique tout à fait électronique, parce que là, tu vas un peu contre courant. Donc, ce que j'ai envie de dire, aujourd'hui, c'est très rare de voir un projet musical, un groupe qui n'a pas d'ordinateur sur scène. Et toi, tu te dis, bon, ça, j'ai déjà fait. Maintenant, j'ai envie d'avoir des artistes avec moi. Donc, tu as quatre artistes qui vont t'accompagner. Et c'est un projet tout en acoustique. Pourquoi ?
- Speaker #1
Pourquoi ? Effectivement, ça fait 20 ans que je geek. Je suis dans la recherche d'utiliser les possibles de l'informatique musicale, de la musique assistée par ordinateur. Il y a une partie de mes projets que je continue dans la geekerie. L'idée, c'était de reprendre mon répertoire qui avait été composé avec des machines et de le faire vibrer avec des musiciens. Après, j'ai quand même toujours joué avec des musiciens. Même si effectivement j'ai intégré l'ordinateur depuis de nombreuses années.
- Speaker #0
Mais t'es une femme orchestre, même toi tu disais ça, tu avais ton ordi, tes pédales, tu as fabriqué toi-même tes pédales ? Ah oui,
- Speaker #1
ça dépend, il y a eu différentes bidouilles.
- Speaker #0
Il y avait vraiment des bricolages que tu pouvais vraiment jouer sur scène. Donc je sais que sur les disques précédents il y avait des musiciens, mais sur scène c'était Bristal, Camarilla.
- Speaker #1
Et beaucoup de loupes, beaucoup d'utilisations d'empilements vocaux ou instrumentaux. ça rajoute des possibles en fait. J'ai l'impression que dans cette idée que je t'ai exprimée tout à l'heure de ralentir, d'être plus proche de ma propre temporalité, de plus sentir d'être dans l'intuitif, le fait de ne pas utiliser de machine, puis en même temps, la contrainte, c'est une grande liberté. Se donner une règle du jeu, allez, celui-là, je le fais sans machine, c'est l'éclate en fait. C'est super. Et là, le vie... Je vis ce concert un peu comme une rockstar en fait. J'ai l'impression que c'est la première fois que je suis libérée. Tu sais, j'étais tellement réflexion avec ces pédales, je jouais plein d'instruments. Les Ouïes aussi, j'ai pas mal utilisé les manettes de jeu pour me sampler. Les manettes de jeu ? Oui, pour pouvoir être libérée de la proximité de l'ordinateur.
- Speaker #0
Pour pouvoir bouger sur scène.
- Speaker #1
Exactement, donc tu prends des manettes de jeu, tu peux te sampler, lancer des programmes.
- Speaker #0
Qu'est-ce que tu fais avec tes mains maintenant ?
- Speaker #1
Je m'éclate, je vais partout, je vais dans le public. Je te dis, j'ai l'impression d'être une rockstar, d'avoir libéré quelque chose, une espèce de fauve intérieure.
- Speaker #0
Et à l'autre côté rockstar, en plus, c'est que c'est un disque un peu best-of.
- Speaker #1
Oui, c'est ça.
- Speaker #0
Et comment tu as choisi des chansons ? C'est ton sixième album d'ailleurs, donc tu as...
- Speaker #1
Eh bien oui, en vrai, pour moi, c'est pas vraiment... Pour moi, j'en ai fait trois. Il y avait des lives et il y a eu des BO de spectacle. Je vais faire mon quatrième bientôt. Mais en vrai, t'as raison, il y en a eu plus. Enfin, si on les compte. Pourquoi je suis partie sur ce best-of ? Comment t'as choisi des choses ? Dans la douleur. Non,
- Speaker #0
j'ai mal choisi. Qui on abandonne, qui on garde.
- Speaker #1
Horrible. J'ai quelques regrets. Il faudrait en faire un autre. Trois albums. J'avais plein de titres sur le premier album. il y a très peu qui ont cette édition, effectivement. J'avais tout trippé, parce que je fais aussi de la photo et tout. C'était une pochette, pas une pochette, du coup, une boîte avec un hublot, comme les bobines de films à l'ancienne. Et j'avais fait plein de photos, j'avais trippé sur les cartes du tarot et tout ça. Donc, il y avait plein d'images en mode ying et yang, mais séparées par une ligne. J'avais tout un concept. Et tu pouvais sélectionner les photos que tu voulais et les mettre pour changer ton photo, ton ambiance. Tu vois, tu mettais ça là et tu changeais ta photo. Donc voilà. 22 titres déjà. Celui d'après, il y en a 12 ou 13. Puis il y a Coeur encore avec le même... Ben ouais, ça fait beaucoup de titres à laisser de côté.
- Speaker #0
Donc comment t'as fait pour choisir ?
- Speaker #1
Je le gère avec ma frustration encore aujourd'hui.
- Speaker #0
Est-ce qu'il y avait une clé ? Est-ce qu'il y avait une thématique ? Bon,
- Speaker #1
il y en a un qu'on m'a demandé depuis longtemps, qui s'appelle Crayon, qui est un peu le morceau populaire... dont le label avec lequel je travaillais avait honte à l'époque parce que c'était vraiment le truc très chanson. Mais j'ai encore plaisir à le chanter aujourd'hui même si je ne l'écrirai pas aujourd'hui ce morceau là.
- Speaker #0
Pourquoi tu ne l'écrirais pas aujourd'hui ?
- Speaker #1
Pour moi il y a une forme de facilité, les textes ne sont pas tout à fait ciselés comme j'aimerais. Il y a quelque chose de direct. J'en sais rien. Qu'est-ce qu'il parle exactement ? Mais je l'aime quand même.
- Speaker #0
Pour ceux qui ne connaissent pas.
- Speaker #1
Il parle... Alors, comme souvent dans mes textes, il y a une première lecture possible. Et puis moi, j'ai mes petits secrets. J'ai beaucoup de petits secrets dans les textes. Donc, des infos secrètes que je dissimule dans de la poésie. Mais je sais ce que je veux dire. Et ce morceau-là, il parle... Moi, j'ai une grande fille là aujourd'hui. Je suis maman d'une fille qui a 22 ans et qui est atteinte d'une maladie qui s'appelle la mycoviscidose. Et le médicament qu'elle prenait s'appelle du crayon. Et moi, je faisais une espèce de vrai-faux jeu de mots avec ce crayon. Et qui était, comment on va écrire avec la colère et l'injustice quand on accueille un enfant à la vie et qu'il a une maladie qui est très grave et qu'on te dit... Et avec quelque chose comme ça, moi... qui m'amenait dans une forme de de combativité c'est un morceau pour dire en même temps je suis en colère mais cette colère je vais essayer d'en faire quelque chose, je vais essayer de pas me détruire avec et le morceau il dit blanc sur rouge rien ne bouge, rouge sur blanc, tout fout le camp il y a aussi cette idée de est-ce que je vais tout envoyer péter, est-ce que je vais finir dans des addictions en fait pour moi ça racontait tout cet endroit de je suis en train de vivre un truc qui est tellement disturbant, j'allais dire, tu vois le mot en anglais, le déroutant qui impacte et tout. Et comment je peux faire ? Et moi, ma façon, ça a souvent été d'aller chercher la rage, en fait, la combativité pour rester dans la vie, en fait, avec une espèce de hargne. On va tout péter.
- Speaker #0
Et t'as réussi.
- Speaker #1
Ça t'a aidé. Ça tient.
- Speaker #0
En tout cas, je suis contente que tu me parles, que tu expliques comment tu écris tes chansons. Parce que j'ai tout réécouté pour me préparer pour cette interview. Je suis même retombée sur une vidéo qui est sur ta chaîne YouTube qui présente ton spectacle.
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #0
Et donc... Oui, en boucle. Donc, il y a quelqu'un de ton équipe. On ne voit pas ses kips, parce qu'il y a tout le musicien qui dit un mot. Et à un moment, on ne voit pas ses kips, mais il dit. Je n'ai pas toujours saisi les sons des textes et des chansons de Tilly B. Et là, ça m'a fait du bien parce que je me suis dit, je ne suis pas toute seule, ça va. Donc, je suis contente que tu nous réexpliques. Pour toi, il y a ce côté que tu gardes tes petits secrets et tu essaies de les rendre les plus universels possibles. et avec une interprétation que chacun peut... trouver.
- Speaker #1
Effectivement, il y a ces degrés de lecture. Nicolas Jules, il dit ça aussi. Il dit, on ne comprend rien à ce qu'elle dit, mais c'est bien.
- Speaker #0
Moi,
- Speaker #1
je sais ce que j'ai à dire et j'aime donner des images comme un tableau impressionniste, par exemple, où tout l'art abstrait, en fait, on ne peut pas savoir de quoi ça parle précisément, mais est-ce que cette image-là a un impact sur toi ? Est-ce qu'elle te traverse ? Est-ce qu'elle t'amène des... des sensations, des odeurs, des images, ça, ça me plaît. Et effectivement, il n'y a pas une chanson où je n'ai pas quelque chose à dire, où je ne raconte pas quelque chose.
- Speaker #0
Je m'en doute qu'il y a des choses à dire. Mais voilà, mais tu n'as pas ce côté-là. Moi, j'ai parlé de ça, mon interprétation, c'est ça. Tu te dis, ok, de donner ces chansons aux gens, et qu'il ne reste pas ce qu'ils ont envie de recevoir.
- Speaker #1
Et ce qui est chouette, c'est qu'il y a des gens qui interprètent mes chansons d'une façon qui leur est propre, et ça me plaît beaucoup. Après, des fois, les messages sont quand même plus évidents que d'autres. Il y a aussi un goût du mot pour le mot. C'est comme si le mot devient un être à part entière, comme dans un décor. Ce sont des corps, tu vois. Il y a une place. Là, les mots, ils ont un pouvoir dans ton texte. J'ai des espèces de mots qui viennent me hanter.
- Speaker #0
C'est quoi ton mot qui t'hante ?
- Speaker #1
Actuellement... Qu'est-ce qui revient ? Il y a beaucoup d'histoires avec les cheveux. Si tu fais des analyses de textes, tu vois qu'il y a des mots, ils veulent rentrer en permanence dans tes textes. Ils ont besoin d'une place. J'aimais beaucoup le mot piscine. Il y a des choses... Après, j'ai fait beaucoup de natation quand j'étais gamine. Mais... C'est presque un peu mystique, peut-être, mais il y a un pouvoir propre au mot. C'est comme si... Ils avaient leur vibe et ils ont envie d'être là. J'imagine que toi, tu as des mots que tu préfères aussi.
- Speaker #0
Oui, bien sûr.
- Speaker #1
Puis ça change, ça transmute au final. Bien sûr. J'ai l'impression qu'aujourd'hui, je suis plus dans une forme de douceur aussi, par rapport à la combativité d'il y a vingt et quelques.
- Speaker #0
Justement par rapport à aujourd'hui. Donc, il y a ton album en boucle qui arrive le 12 décembre. Il va être disponible sur toutes les plateformes. Comment tu te sens ? Tu as hâte ? Tu es stressée ? Comment tu te sens ?
- Speaker #1
Comme souvent, je suis heureuse de voir que les choses projetées se réalisent. Cette forme de co-réalisation, j'ai prévu ça. Ça apporte de la sécurité que ça s'inscrive dans le marbre. Avant, c'était sur un vrai disque et tout. Tu as aussi des vrais disques ? La virtualité, elle amène quelque chose de plus ou moins... diffusent, ça diffuse les infos, ça les dissout. Et puis aujourd'hui, il y a tellement de propositions musicales valables, on a les hommes studios, on a des façons différentes de faire. Cet album-là, il a quand même été réalisé dans des conditions live. Cyril Pellegrin, qui a fait le mixage, et Mathieu Bameul, le mastering. Effectivement, c'est un peu un album à contre-courant. Moi, je vois une vibe un peu 70, tu vois, là-dessus, côté rappeur un peu brut, qui est moins lisse que ce qu'on peut entendre de voix ultra compressées, où on n'entend pas les paroles. Tu sais, il y a vraiment des modes dans les trucs qu'on entend. Et moi, ça m'ennuie rapidement. Donc, j'ai envie de proposer à Coq.
- Speaker #0
T'as envie de mettre un défi ou vraiment d'aller contre... Voilà, de faire de nouvelles choses.
- Speaker #1
Que ça puisse nettoyer un peu les oreilles de temps en temps, qu'on n'entende pas.
- Speaker #0
T'as raison, ça surprend comme ça.
- Speaker #1
Tu vois, il y a 15 ans, je faisais de la chanson World Electro. Aujourd'hui, il y a plein de gens qui utilisent effectivement les ordi sur Internet, sur scène.
- Speaker #0
Ah ben, il y a trop peu qui n'utilisent pas. J'ai l'impression que les musiciens autour de moi, ils font tous les formations et démarrent aussi. S'ils n'ont pas encore intégré l'ordinateur sur scène.
- Speaker #1
Après, entre nous, c'est aussi une histoire de moyens qui diminue.
- Speaker #0
Ah ben, complètement. On a moins d'argent. Vous avez la question comme ça, mais c'est aussi l'effet que programmer un artiste qui est tout seul sur scène ou qui s'en doit avec l'ordi, c'est beaucoup moins cher que programmer quatre personnes.
- Speaker #1
En vrai, ça a été aussi mon moyen de perdurer au début. de réussir à me faire une place, parce que je ne coûtais pas cher, j'étais embarquable, je jouais plus de...
- Speaker #0
C'est horrible d'aller dire comme ça ! C'est ça le monde de la musique !
- Speaker #1
J'ai tenu bon, et après, petit à petit, dès que j'ai pu intégrer des musiciens, c'est tellement plus chouette de bosser avec des musiciens ! Après, sur l'ordi, il y a toute la partie aussi temps réel, qui est hyper intéressante, de pousser des potards, j'ai essayé plein de choses aussi à l'époque, les kinects, donc les mouvements qui interviennent sur le son et tout ça. Du moment où ça engage le corps, c'est hyper intéressant, même sur du numérique en fait, parce qu'il y a du temps réel, ce qu'on appelle le temps réel, la modification de son, tous les contrôleurs, il y a un vrai truc trippant avec ça. C'est vrai,
- Speaker #0
on ne m'appuie pas juste sur un bouton play et ça fait de la musique. Moi je n'ai jamais fait ça,
- Speaker #1
je n'ai jamais quantifié mes instruments, je les jouais vraiment en temps réel, ce qui fout un peu le bordel entre nous par moments. Il y avait ce goût du risque, en fait, depuis toujours. J'aime que ce soit risqué. Et des fois, je me suis royalement vautrée en public.
- Speaker #0
C'est quoi la plus grosse galère qu'elle t'a eue sur scène ?
- Speaker #1
Une espèce de concours. Ce n'était pas un concours, mais c'était à Montauban. Il y a une époque où il y avait un festival à Montauban. Et c'était atroce parce que je ne m'entendais pas me sampler. Il y a eu un énorme orage. Et il y a eu des blancs. En fait, je n'entendais plus rien. Les balances, le problème avec les ordi et tout ça, c'est que t'as pas ton instrument qui fait du bruit vraiment, donc c'est pas comme si tu jouais la guitare sur toi et tu peux toujours te récupérer, tu vois.
- Speaker #0
Donc là, je nageais dans l'orage et j'entendais plus ce que je faisais. C'est des grands moments de solitude quand même, où il faut garder le cap. Aujourd'hui, je le fais très bien.
- Speaker #1
Est-ce que tu sais si les gens t'entendaient ?
- Speaker #0
Ouais, eux, ils m'entendaient, mais c'était le bordel. J'ai vécu un moment...
- Speaker #1
T'as pas gagné ce concours.
- Speaker #0
Ça aurait été drôle. Non, mais c'était un truc de pro, tu sais. Ou ils sont là pour choisir ou pas de te programmer, donc bon, c'était terrible.
- Speaker #1
Il y a toujours un enjeu, oui, donc il y a peut-être ce stress-là aussi, qu'ils sont là plus pour te juger quelque part, entre guillemets, que de vivre le spectacle.
- Speaker #0
Je vis moins d'enjeux aujourd'hui, parce que j'ai l'impression que je me suis prouvée avec tous ces risques-là, toutes ces traversées sur fil de fer, que je suis capable de transformer les couacs en moments de musique. Et c'est ça aussi la musique, c'est... C'est des silences, c'est des vertiges, c'est des erreurs. Et c'est ce qui me plaît aussi à jouer avec les autres, c'est comment on joue ensemble, comment on crée des instants uniques et précieux en fait. Parce que franchement aujourd'hui, inventer quelque chose en musique...
- Speaker #1
C'est possible ou pas ?
- Speaker #0
Bah après Sébastien Bach et franchement Beethoven, enfin Jean-Sébastien pardon pour les intimes. C'est déjà depuis longtemps que c'est difficile. t'écoutes les... L'Icto, tu sais les cailloux qui jouaient dans les grottes ? C'est trop beau, des espèces de vieux xylophones en caillasse. Déjà rien que là, on était loin dans la musique, et la polyrythmie, et la polyphonie. Aujourd'hui, il n'y a plus rien à inventer à part des moments précieux ensemble. Et pour moi, un concert, c'est un rendez-vous. Il y a des gens qui viennent au rendez-vous, moi je viens, puis on se fait beau du mieux qu'on peut. Avec nos mochetés, puis on se retrouve là.
- Speaker #1
Et on partage un moment ensemble.
- Speaker #0
Ça, on ne pourra pas, même si tout le monde a son home studio, on ne pourra pas enlever ces moments magiques où on est ensemble et le temps s'épaissit, on ne sait plus, tu vois ? On est dans l'ailleurs.
- Speaker #1
Donc toi, tu es plus...
- Speaker #0
C'est Alexandre Delper ou Dua qui dit ça, la présence dans l'ailleurs. C'est un peu ça qu'on cherche aussi, des moments suspendus. qui nous sortent de nos quotidiens.
- Speaker #1
Donc toi t'es plus scène que studio ?
- Speaker #0
Non, tu parles. J'ai mis des années à apprécier d'être sur scène.
- Speaker #1
C'est vrai ? En début tu stressais, t'aimais ?
- Speaker #0
C'était horrible. Je me disais mais pourquoi j'ai choisi ce métier ?
- Speaker #1
Ce qui est drôle, il y en a beaucoup comme on va dans le coulisse et tu les vois tout blanc avant de monter sur scène.
- Speaker #0
Ton apparence physique, se montrer, c'est tellement bizarre de faire ça. Donc non, j'aimais bien le studio. J'aime bien aussi être au service d'autres projets. Je compose pour de la danse contemporaine. Là, je me lance de plus en plus dans le pluridisciplinaire avec un prochain projet avec Nastasia Martin, l'autrice de Croix-Rouffov, sur littérature, anthropologie et musique. Et avec Romain Berthet, on fait un mélange de danse et de performance musicale. Ça s'appelle Impressionné. C'est une créa qui sort en janvier à la scène nationale de Gap. Et ça, comme je te disais, les nouveaux défis. C'est bon, je réussis à être rockstar avec un bouc, j'adore. C'est des concerts, ça tourne, je suis là, je tourne les cheveux, je me jette par terre. C'est génial.
- Speaker #1
C'est vrai, tu te jettes par terre ?
- Speaker #0
Ouais.
- Speaker #1
Tu slams aussi ?
- Speaker #0
J'ai jamais fait ça. Ça, il faut que tu fasses. Pour slammer, il faudrait un gros public. Peut-être qu'il faudrait que j'atteigne 1 500 personnes.
- Speaker #1
J'ai bien qu'on revienne à ton album en boucle, parce qu'il y a déjà des premiers extraits qui sont disponibles sur YouTube d'ailleurs. Donc il y a des premiers clips qu'on peut voir pour la chanson Définitif et au revoir. Et là, c'est assez original parce que tu as choisi, pas de te mettre en scène, mais on voit des vraies personnes. Donc on voit Julie Segalas et Pique-Mal et Salomé Chollet. Donc dans Définitif, on voit Julie qui fait un accouchement à la maison, tout simplement. Et tous les travails qui se font avant d'accoucher. Déjà moi c'était la première fois que je voyais ce genre d'images. Moi j'ai pas d'enfant. Et le deuxième clip, donc...
- Speaker #0
Au revoir.
- Speaker #1
Au revoir. C'est un saut en parachute.
- Speaker #0
C'est le premier saut de Salomé, qui est une sportive mondiale de highline. Qui fait normalement de la highline.
- Speaker #1
Mais maintenant ma question c'est encore... Pourquoi tu avais envie de montrer ces gens-là ? Pourquoi tu voulais faire ça ? Parce que j'imagine qu'il y a d'autres choses que peut-être tu ne voulais pas shooter en parachute. Ah, j'ai déjà fait. Tu as déjà fait ? Oui,
- Speaker #0
j'ai déjà fait de la saut en chute libre. J'adore, j'ai adoré.
- Speaker #1
Ok, donc ce n'est même pas ça. Qu'est-ce qui a fait que tu voulais mettre ces gens en scène ?
- Speaker #0
Cette idée d'en boucle, c'est cette reprise de répertoire, mais dans le vrai, Il y a quelque chose comme ça autour de... On n'a pas assez l'air de la télé-réalité et tout ça. Et la télé-réalité est devenue une forme de mise en scène. Là, ce sont des femmes qui m'ont offert ces images. Elles ont aussi visiblement choisi de se filmer, donc de se montrer, de garder une trace de ces moments. Donc déjà, moi, ça me parle de ma propre démarche, pourquoi je me montre. Ça reste des questionnements, je ne sais pas, je n'ai pas la réponse, tu vois. Elles offrent donc ces images, elles sont montées par Marie Lachaud, d'Equinox Productions. Ce ne sont pas des images ultra léchées, hyper produites et tout, mais par contre elles racontent quelque chose de l'instant très fort. Et c'est des moments où tu ne veux pas forcément tricher,
- Speaker #1
tu vois.
- Speaker #0
Et j'aimais bien cette idée autour des clips, on en a prévu quatre avec Marie, et on s'est dit on va travailler sur le vivant, donc du vivant dans nos cordes c'est ma compagnie, et du vivant c'est le label avec un point d'exclamation, du vivant. Point d'exclamation. Il y a cette idée de comment advient la vie, comment cette petite fille sur le carousel, elle se retrouve aujourd'hui chanteuse et elle revient sur son histoire et comment les cycles depuis des milliers et des milliers de générations se continuent. Il y a cette espèce de temps qui est courbe et qui se répète, cette boucle. Et ça me passionnait de me dire, aller je vais réutiliser un mythe les mythes de des quatre éléments qui sont usités, usés, poncés. Et comment on peut les mettre à aujourd'hui ? Donc, ce qui crée les éléments fondateurs de la vie, c'est l'eau, le feu, la terre et l'air. Et on s'est dit, allez, comment on pourrait le représenter aujourd'hui, en 2025 ? Et donc l'air, ben...
- Speaker #1
Sans parachute !
- Speaker #0
On n'en est plus au moulin à vent, aujourd'hui. Donc, on fait des trucs incroyables. La terre, il y avait vraiment cette idée de la maman, de la terre-mère, on dit beaucoup. Ces archétypes, en fait, moi, ça m'intéresse toujours de relier aussi la musique et nos spiritualités, parce que la musique, elle nous fait vibrer à des endroits. Elle peut être un soin, elle peut être moi, quand je suis déprimée, j'écoute des musiques mélancoliques. Quand je sens que j'ai besoin d'un petit coup de boost, je vais mettre de la techno. Tu vois, on est vraiment aussi, on va chercher ça pour nous... Pour nous mettre en mouvement, pour nous bouger. Et voilà. Ça me plaisait de faire ce parallèle. Et puis la suite, c'est des surprises. Les deux prochains, ce sera des surprises. Donc il y aura 4 clips au total. Il y aura forcément l'eau et le feu. Mais comment ?
- Speaker #1
L'eau, piscine. Moi, je l'ai mis sur la piscine.
- Speaker #0
Je ne peux pas te dire si tu as raison. Quand est-ce qu'il sort,
- Speaker #1
le troisième clip ?
- Speaker #0
Je pense que ce sera début du printemps. En fait, on fait une sortie. Il ne faut pas attendre. Oui. Il faut faire vivre la communication, comme on dit, n'est-ce pas ?
- Speaker #1
Bien sûr, elle est tournée aussi l'équipe. Voilà, elle est tournée.
- Speaker #0
On a une release parisienne le 17 février 2026, donc je pense que ce sera en lien avec cette sortie. C'est au studio de l'Hermitage.
- Speaker #1
Ah super, c'est un très beau lieu.
- Speaker #0
C'est des cabiles, ils sont adorables. On est toujours bien reçus, c'est un chouette endroit. J'aime bien la salle, donc je vous attends là-bas aussi.
- Speaker #1
Si vous êtes à Paris, 17 février, allez voir Otili.
- Speaker #0
Il y aura Dimoné avec moi. Ah bah super !
- Speaker #1
Il y a une autre question par rapport à ton clip définitif. Je te disais, moi c'est la première fois que je voyais une femme faire un travail avant accouchement, en plus à la maison. C'est un clip en plus qui était tourné en GoPro. D'ailleurs vous pouvez aller voir sous les réseaux d'Otili, il y a même des vidéos où Julie prend la parole, elle explique un petit peu sa démarche. Mais toi aussi tu as accouché à la maison en fait, donc il y avait quelque chose en lien avec ça, avec ton accouchement. Pourquoi tu voulais montrer un accouchement ? Oui, c'est la vie, mais c'est très intime.
- Speaker #0
Oui. Et en plus, je l'ai sorti le jour de l'anniversaire de ma fille. C'est 22 ans. Je suis tellement heureuse d'être maman. C'est une jeune femme incroyable. Et ce moment-là, où on l'a accueillie avec son père, effectivement, à la maison, il y a eu une grande puissance, force. Et d'autant après, avec la suite qui a été surmédicalisée. À cause de la maladie qu'elle avait, des problèmes déjà très très graves qu'elle a pu avoir, ce moment-là, il reste un moment inspirant et quand je me relie à ce moment-là, j'ai l'impression d'être puissante, j'ai l'impression de pouvoir m'abandonner aux forces élémentaires. Je ne sais pas comment dire, c'est quelque chose qui est un peu mystique en fait, c'est une initiation d'accoucher et ce n'est pas une maladie. Et aujourd'hui, on a vraiment la chance de pouvoir avoir ce type de choix parce qu'il y a beaucoup d'hôpitaux qui font un travail formidable dans les moments d'urgence, dans les moments... C'est merveilleux, en fait, d'avoir ces moyens-là. Et en même temps, on peut aussi accoucher quand on a fait tout. Selon moi, après, c'est tellement intime, effectivement, de choisir comment on a envie de donner la vie, d'accueillir nos enfants ou pas. Enfin, c'est... Je sais pas, moi j'aimais bien de voir cette femme dans sa démarche, qui a fait en plus une PMA avec un donneur, d'aller au bout d'une démarche et je la trouve hyper inspirante et j'ai pas à juger si c'est mieux ce qu'elle fait que quelqu'un qui veut une péridurale à l'hôpital. Il y a tous ces moyens là possibles et ça peut être une inspiration, c'est comme la voix, tu vois. Je peux décider de chanter, comme ça à Pincey, ou je peux décider de chanter. Et bah là c'est la même chose, c'est un choix que tu fais, tu donnes la vie à l'hôpital, à la maison et... Moi je milite pour le droit à choisir en fait, la liberté de choisir. Mais le droit aussi parce que du coup tu vois, il y a énormément de difficultés aujourd'hui pour les sages-femmes de proposer l'accouchement à domicile alors qu'il est moins coûteux. Il y a des assurances très très chères pour pouvoir pratiquer ce geste-là alors qu'il est séculaire en fait. Ça fait des milliers d'années qu'on accouche.
- Speaker #1
Oui, depuis toujours, on peut dire.
- Speaker #0
Ça fait un moment, je ne m'en rappelle même pas. Mais voilà, je trouve ça important de le montrer, de dire que c'est possible. Et je suis bien placée pour le savoir. Et ma louve Louane aussi, des fois, à l'hôpital, on en a besoin. Des fois, on en a moins besoin. Et c'est chouette de ne pas aussi sur-médicaliser nos moments précieux, nos moments mystiques. C'est quand même des moments de mystère. Tu te dis, mais comment c'est possible, ce truc ? Tu vois, c'est incroyable, ça nous relie à notre animalité aussi. Ah ouais, c'est fou. Moi, je me rappelle, le soleil se levait. Voilà, oui, j'ai accouché à quatre pattes chez moi. Puis mon bébé, qui avait les yeux grands ouverts, qui n'a pas pleuré. Cette lumière, c'était magique.
- Speaker #1
Et Julie, tu l'avais rencontrée comment ? C'est quelqu'un que tu...
- Speaker #0
Je n'ai jamais rencontré Julie. Par contre, la sèche-femme qui s'est levée entre nous, on s'est téléphoné, bien sûr, et tout. Mais c'est une amie. très chère de cœur qui s'appelle Antonia Beaumont qui fait le lien entre nous deux qui est une femme très inspirante qui s'est formée en Belgique dans la maison de naissance qui a proposé par moments l'accouchement à domicile et qui lutte aussi pour ce choix de comment on veut naître
- Speaker #1
Donc tu es allée voir dans ton ami, tu lui as dit est-ce que tu connais pas quelqu'un qui va accoucher ?
- Speaker #0
Et qui est aussi une artiste Julie, c'est une bijoutière C'est une femme incroyable. Après, elle en parlerait mieux que moi de son accouchement.
- Speaker #1
Mais bien sûr !
- Speaker #0
Et effectivement, comme tu dis, on ne voit pas tout. Oui,
- Speaker #1
allez voir ce qu'ils ont possible.
- Speaker #0
Ça me plaisait que les gens attendent de voir...
- Speaker #1
Ah oui, parce que j'avoue, j'en regarde et je me dis jusqu'à où elle va montrer en fait ? Qu'est-ce que je vais voir ? Dis rien, dis rien. Qu'est-ce que je vais voir ? Donc allez voir. Mais voilà, ça va. Ça va.
- Speaker #0
C'est intense. Et la vie, elle est faite de ces moments intenses aussi. Voilà, c'est bien de les montrer.
- Speaker #1
En tout cas, moi, ça m'a touchée, ça m'a interpellée. Donc, merci.
- Speaker #0
J'ai des femmes qui m'ont dit, j'ai plus d'utérus, mais tu vois, ça m'a parlé, j'ai eu l'impression de ressentir des choses. Et c'est ça aussi, en fait, l'art. C'est les endroits où on va... Peut-être ce ne sera pas j'aime ou je n'aime pas. Ce sera, ça m'a fait quelque chose. Ça a eu un impact sur moi, ça m'a traversée, ça m'a émue, ça m'a dérangée C'est à ça que sert l'art, c'est à nous questionner sur nos vies actuelles.
- Speaker #1
De nous sécouer aussi.
- Speaker #0
Pourquoi je vis ça ? De quoi j'ai envie aujourd'hui ? Moi j'aime l'art comme ça en tout cas.
- Speaker #1
Et donc parlant justement d'interpeller les gens, il y a quelque chose qui revient aussi chez toi, c'est la sobriété numérique, j'ai l'impression. Donc vraiment tu...
- Speaker #0
Dit-elle avec deux portables, quatre ordures...
- Speaker #1
Non, mais c'est intéressant parce que tu t'interroges sur la technologie que tu utilises, mais aussi sur ce que tu dis, comment on les remettre au service de l'humain. Donc déjà, il y a une thèse que ce n'est pas au service de l'humain aujourd'hui. Une hypothèse, tu veux dire ? Oui,
- Speaker #0
une hypothèse.
- Speaker #1
Et comment tu te sens aujourd'hui par rapport à toutes les technologies ? Est-ce que tu utilises ChatGPT ? Est-ce que tu es sur... Voilà, et t'es quand même sur les réseaux pour faire ta promo, pour parler de toi. Donc, tu t'es exposée sur les réseaux.
- Speaker #0
Politiquement, je trouve ça hyper compliqué parce que, comme j'ai tenté, j'ai commencé à l'évoquer autour des mécanismes du capitalisme, en fait, et de faire croire qu'on va être le meilleur et, tu vois, cette espèce de compétitivité. Idem avec ChatGPT. Je pense que... Le truc ? J'ai des peurs par rapport à ça. Je me suis renseignée parce que mon spectacle précédent, qui s'appelle Nébuleuse, et effectivement, il y a un EP qui a été enregistré et mixé par Gwenaëlle Coffey, qui est sur toutes les plateformes. Il y a Xavier Machaud en invité. On réfléchissait à ça, en fait. J'ai fait plein de collectages de paroles autour du portable, notre rapport à l'instantanéité, au fait que ça prend énormément de place dans nos vies. Il y a même une femme qui a appelé ça la prothèse. et effectivement tu vois on est On est là, on mange avec, on le pose sur la table.
- Speaker #1
Ma mère, elle dit toujours, c'est une laisse pour moi. Oui,
- Speaker #0
il y a quelque chose, c'est pas parce qu'on l'utilise et qu'il nous apporte une forme de facilité qu'on n'a pas l'effet secondaire. C'est comme les médicaments. Tu vois ce que je veux dire ? Tu vas prendre un antidouleur, après tu vas avoir mal au foie. Et bien là, on va plus vite pour obtenir une carte ou pour envoyer un message à quelqu'un. On a l'impression qu'il faut répondre tout de suite. Et encore,
- Speaker #1
est-ce qu'on va vraiment plus vite de temps en temps ? Ça dépend des GPS. Et sur notre téléphone, ça nous prend beaucoup plus de temps que d'aller prendre.
- Speaker #0
J'ai l'impression que c'est pas endogène pour nous, notre génération en tout cas. Et qu'on va voir comment ces outils peuvent être maîtrisés par nos jeunes générations. Des générations qui sont nées avec. Parce que nous, on est plutôt hébétés par l'objet. Même les personnes plus âgées. Il y a un sketch de Laura Felpin comme ça, où il y a la mamie qui envoie et qui fait sande, tu sais, qui envoie le texto. On n'a pas les mêmes imaginaires que peuvent avoir les jeunes.
- Speaker #1
Puis on a connu la vie sans... Moi, déjà, j'ai mon portable et puis j'ai 12 ans. Mais tu vois, déjà, je me souviens comment c'était quand on avait 12 ans. Ça nous servit plus à jouer en serpent, tu vois. Et t'es quand même envoyé des textos et tout, on avait des cartes qui étaient limitées et tout, c'était quelque chose...
- Speaker #0
Moi, j'ai connu la cabine téléphonique, Eva.
- Speaker #1
Oui, moi aussi. Moi aussi, je me souviens quand je suis partie à mon premier voyage à l'étranger, c'était d'ailleurs pour aller à Paris, et à l'école, donc ils nous expliquaient les codes qu'on pouvait taper pour appeler les parents. Donc déjà, j'imagine les parents, comment on appelait avec la cabine. Il y a un appel depuis la France, c'est votre fille qui appelle, est-ce que vous voulez répondre ? Payez ! Parce qu'à l'époque, si on appelait, on...
- Speaker #0
PCV.
- Speaker #1
Ouais, ouais. Donc oui, j'ai connu ça aussi. Effectivement, aujourd'hui, je vais par l'étranger. Dans mon abonnement, je peux avoir un GPS. On attend au Canada, on attend au Vietnam, on attend où tu veux. Donc ça change tout. On ne peut pas couper en vrai. On peut, mais il faut le vouloir.
- Speaker #0
Oui, il faut le vouloir. Et souvent, ça permet de recentrer notre attention aussi sur plein de choses. Moi, j'ai l'impression de me laisser vraiment déborder par les outils plutôt que de les utiliser. C'est un des rares outils, le téléphone. qu'on n'est pas capable de créer nous-mêmes en fait. Voilà, tu vois, le silex, je vais très très loin dans l'histoire, mais on était capable de créer nos propres outils, de les forger, de les tailler. Et là, c'est un truc qui est un faisceau de technologies tellement important et qui nous est présenté aussi comme quelque chose de très simple, avec le doigt, pim pam poum, alors que c'est une technologie faramineuse qui réunit un nombre de... d'anti-humanité avec tous les métaux, les façons de créer les cartes. C'est des aberrations humaines et écologiques, en vrai. Donc j'ai l'impression aujourd'hui qu'on doit accepter cette contradiction parce que sinon, t'es en dehors. Tu vois comment on fait pour être dans cette société ? En lien, garder le lien parce que c'est aussi un outil de lien. Et en même temps, prendre conscience que c'est dans les pires impacts euh Sur le climat, on envoie des textos, on en envoie quatre à la suite, ou des e-messages, et en fait ça retourne aux Etats-Unis, ça revient ici, ça passe par le satellite, et des fois on est juste à côté, et on apprend ça comme un jeu. Je trouve que l'inquiétant avec le numérique, c'est qu'on ne voit pas le trou se creuser. Il y a quelque chose comme ça de très proche, parce qu'on peut dormir avec, c'est notre réveil, et de très loin, parce que... On ne peut pas conscientiser la rapidité avec laquelle l'enchaînement d'actions se mobilise. C'est incroyable !
- Speaker #1
Toi, tu t'interroges sur ta présence numérique, sur les réseaux, pour sortir tes sons sur les plateformes ?
- Speaker #0
Pareil, mais même pour le disque par exemple. Ça fait dix ans que je voulais arrêter de faire des disques physiques parce qu'on n'écoute plus de disques.
- Speaker #1
Personnellement, je n'ai pas de lecteur chez moi. Tu as un lecteur chez toi ?
- Speaker #0
Dans la voiture.
- Speaker #1
Oui, dans la voiture.
- Speaker #0
Mais en fait, pour avoir certaines subventions, donc je suis aussi directrice de compagnie et de ce label et tout ça, eh bien, il faut un disque physique. Il y a encore des choses qu'on cherche à mettre à jour. Et des fois, on est loin derrière par rapport à comment il faudrait agir aujourd'hui. Et on le sait qu'on va dans le mur. Personne n'arrive à tirer le frein. Et moi la première, parce que je suis avalée par cette instantanéité et ce besoin de rapidité qu'on a d'interagir. Quand je laisse mes portables et mon ordi, au bout d'une semaine ou deux, je les oublie très facilement. C'est vraiment quelque chose de...
- Speaker #1
Je pense qu'on en a nombreux aussi à connaître ça. On s'est dit, on est parti en vacances, on n'a pas regardé notre ordinateur, notre téléphone. Qu'est-ce que c'était bien !
- Speaker #0
Tu sais que ce sont des... Des objets qui sont aussi faits pour provoquer de l'addiction.
- Speaker #1
C'est dit,
- Speaker #0
c'est clair. Il y a un magnifique bouquin qui s'appelle La fabrique du crétin digital de Michel Desmurgers. Je conseille à chacun et chacune de le lire parce qu'il y a des études qui sont faites sur le numérique depuis des années. Ou à Alessandro Barrico qui écrit The Game et qui parle de... Parce que forcément, on a envie qu'il y ait une issue positive à ça. Peut-être que, tu vois, comme toutes les inventions, j'ai pas envie d'être la vieille réac qui dirait « t'es nulle » . Mais quand même, on voit bien qu'il y a un impact écologique. Toute l'eau qu'il faut pour refroidir les centrales, les serveurs, c'est des trucs qu'on a... Tu vois, on se représente une espèce de hangar rempli de machins qui clignotent. Mais ça, ça a un coût énergétique de folie, en fait. Tout ça pour dire « bisous, je t'aime, bonne nuit » , tu vois.
- Speaker #1
Oui, c'est vrai. Et puis aujourd'hui, en tant qu'artiste, te dire, moi, je n'y vais pas sur les plateformes, sur Spotify, Deezer, sur ce que vous voulez, c'est impossible. C'est possible, mais... C'est possible,
- Speaker #0
mais c'est hors courant total.
- Speaker #1
Oui, et puis les gens, quand même, on découvre aujourd'hui majoritairement la musique comme ça. On écoute comme ça.
- Speaker #0
Après, les réseaux qu'on dit sociaux, c'est des choses, c'est des curseurs qui sont regardés par les programmateurs. Voilà, j'ai réfléchi à quoi dire dessus. Je trouve que les contenus se ressemblent, ils sont fades. J'ai fait mes premiers...
- Speaker #1
Tes premières faces caméra ? Voilà. Et comment tu les vis ?
- Speaker #0
Je préfère qu'on soit là à discuter toutes les deux, tu vois. Il y a quelque chose... Il y a une mise en abîme. Dès qu'on est deux à vibrer autour d'une conversation, il y a une mise en abîme qui est différente. Après, je le vois sur ce spectacle nébuleuse là, qui était vraiment un solo, mais avec un public. Intégrer le public dans une forme de solo, du coup c'était une rencontre de solitude. De réfléchir à ça, je commençais le spectacle avec la chaîne YouTube, donc c'était tout le monde sur ma chaîne YouTube, et en fait je parlais aux gens sur ma chaîne YouTube qui regardaient leur portable au milieu d'eux. Et il y avait une espèce de latence, déjà ça pétait le mythe de l'instantanéité, parce que quand tu fais du live ou du direct, c'est pas vraiment au moment... Il y a tous ces systèmes que je te disais, ça revient là, ça repasse par derrière. Et je trouvais ça chouette de juste te dire c'est quoi le vrai moment ? Ça faisait aussi prendre conscience de c'est quoi le live ou pas ? Et est-ce que moi j'arrivais à parler ? Tu vois, avec un micro, quand on fait un disque aussi depuis des années, on sait qu'on va adresser notre chant à plus grand, à plus loin. Il y a ça aussi. Et avec le numérique, c'est ça que ça nous donne, sauf qu'il y a l'image en plus. Donc on représente quelque chose qui va être vu plus tard dans le temps, plus loin, plus déformé. Ça peut être réutilisé ?
- Speaker #1
Oui, et puis ça va beaucoup plus vite quand même que les disques, parce que faire une face cam, là tu prends ton téléphone, tu t'enregistres et on y va. Et ton disque, tu le rétravailles.
- Speaker #0
Nos vidéos aussi, on les rétravaille. On peut, puis même les filtrer tout seul. Voilà,
- Speaker #1
mais il faut que ça... Tu ne travailles pas pendant des jours et des jours. Tu fais un petit retouche et puis on y va.
- Speaker #0
Mais tu as conscience que tu pars là plus grand que toi. Et finalement, je me dis, tu vois, les mains négatives... Il y a Marguerite Duras qui a écrit un très beau texte là-dessus, il y a un court-métrage qui parle des mains négatives. Et c'est les hommes et femmes des cavernes qui commençaient avec la bouillasse à exister sur les parois rocheuses. J'ai l'impression que ça n'a pas énormément changé. Ce face caméra et les mains négatives, on est dans un acte d'existence, on cherche encore le sens de la vie en fait. On cherche à être relié à plus grand que nous et aux autres et à laisser une trace. Et tu vois, finalement, on n'a pas beaucoup évolué sur ce plan-là. Moi, j'ai envie que... Qu'on puisse imaginer un futur vraiment désirable, inclusif, où tous et toutes on a conscience des choses. Mais effectivement, ça fait peur. La sobriété numérique, ça devrait être légiféré en fait. Parce que ces politiques, c'est pas uniquement à chacun en tant qu'individu qui est maintenant addict à ces pratiques, à ces outils. En fait, c'est des injonctions contradictoires permanentes. On te dit, bon, tu vois, ça craint, c'est pas super. Mais par contre, si tu ne fais pas deux postes par semaine, tu n'auras pas ta popote à la fin du mois. Moi,
- Speaker #1
je fais de l'accompagnement comme. Je ne dis pas ça comme ça, mais trois postes, des postes par semaine.
- Speaker #0
C'est une injonction contradictoire parce qu'on voit bien qu'il n'y a pas besoin de ça pour être un être humain, pour vivre, pour partager des bons moments de concert, de musique et tout ça. Et on sait que ça a un impact écologique. Et en même temps, il y a cette course à... Voilà.
- Speaker #1
les mains sur la paroi parce que moi je ne veux pas disparaître et parlons des moments de partage parce qu'au delà du numérique tu as toute une vie quand même et d'ailleurs pour me préparer tu m'avais envoyé un petit dossier de 36 pages de toutes tes activités j'ai failli faire une crise cardiaque je me dis comment je peux parler de tout ça donc tu as des spectacles qui arrivent tu as tout un planning pour 2026, 2027, 2028 des spectacles que tu vas faire ... Tu as des ateliers que tu animes, donc on peut apprendre à chanter avec toi par exemple. À écrire aussi, des outils d'écriture,
- Speaker #0
enfin apprendre à écrire. On peut vivre des moments ensemble pour écrire.
- Speaker #1
Donc c'est des cours de danse ? Non,
- Speaker #0
je ne donne pas des cours de danse, mais je travaille avec Lola Carrodin ou Romain Berthet.
- Speaker #1
Donc toutes ces activités, ça fait partie de l'activité de ta compagnie, du Vivant dans nos Cordes, dont tu es directrice artistique et la fondatrice, si j'ai bien compris. ça. Donc, tu as monté ta structure, vraiment pour encadrer tes activités, et justement pour proposer tout ça. Si tu peux nous dire rapidement, pourquoi ces actions culturelles ? Qu'est-ce que tu aimes dans tout ça ?
- Speaker #0
Ça fait sens à ce qu'on venait de dire juste avant, c'est-à-dire, exister pour exister, mais exister dans le regard de l'autre, et vice-versa, c'est vraiment des moments qui sont nourriciers, qui remplissent, qui enrichissent, qui bougent, qui permettent de... de se sentir vivant, complet, dans l'échange, et pas juste montrer quelque chose en fait. Et l'atelier, la démarche sociale, elle est hyper importante pour moi, et sur les deux dernières créations, je suis partie de collecte de vécu ou de récits autour du numérique, et là autour du corps, récemment avec Impressionné, et j'ai l'impression que ça me... Sans me donner des réponses, ça continue à alimenter ce besoin que j'ai de questionner nos modes de vie, nos façons d'être ensemble. C'est quoi un corps collectif ? Comment on peut...
- Speaker #1
C'est quoi un corps collectif ?
- Speaker #0
Tu vois, le corps c'est la chose qui nous rassemble et c'est politique un corps dans la société aujourd'hui. Un homme, une femme, une personne non binaire, trans... Quelqu'un de gros, de petit ? Comment on fait la place à toutes et tous de façon égale, équitable, valable ? Comment on valorise nos existences, quelles qu'elles soient, les personnes qui sont malades ? J'ai aussi un lien avec le handicap tellement fort depuis longtemps que je me dis, c'est pareil, les personnes qui sont incarcérées, pourquoi on choisit de les couper de la société ? C'est quoi faire société ? Ça va jusque là. Comment on peut faire société de façon au moins acceptable ? Parce que là, tu vois, aujourd'hui, on est vraiment dans des systèmes de domination tellement encore importants qu'il faut les questionner, il faut les questionner. Il faut continuer à questionner le patriarcat, il faut continuer à questionner la domination des riches sur les pauvres, le partage des richesses. Il faut continuer à questionner ça. Et l'art peut être un bon moyen. Et l'art peut être aussi un bon moyen de le faire dans le lien à l'autre et pas dans la confrontation. Donc quelque chose de voilà ce que je vibre, voilà ce que je t'offre. Ah ouais, moi ça me fait ça, tiens, je réponds ça. Et de pouvoir se toucher les uns les unes les autres. Du coup, l'endroit de l'empathie, il fait qu'on peut bouger, je pense. Et l'art provoque ça. La transmission dans les ateliers provoque ça. Quand on fait un atelier en EHPAD avec des maternelles. et qui a ses rencontres entre les anciens et la relève. Mais c'est hyper beau, ça donne du sens à ma pratique de chanteuse sur scène. Ça me nourrit, ça me donne de l'espoir, ça me donne de la perspective. Et puis la poésie, elle est partout. Voilà, je n'ai pas quelque chose de plus important à dire que Josette en Ehpad, qui est décédée maintenant, mais que j'adorais, tu vois. Chaque vie, elle a son importance, sa place. Donc restons en lien, restons connectés, on dit. Tu sais, ça est réutilisé ce truc, on va rester connectés. Mais en fait, ça veut dire quoi être connecté ?
- Speaker #1
Est-ce que c'est ça ?
- Speaker #0
Ou est-ce que c'est envoyer des textes ? Bien sûr.
- Speaker #1
Merci beaucoup de rester connecté avec moi et avec nous tous pendant une heure. J'ai pris beaucoup de plaisir sur cet échange et sur cette rencontre. Allez voir et écoutez Otidi sur tous ses réseaux, parce qu'elle y est quand même, sur Instagram, sur Facebook, sur Youtube. J'ai un site aussi. Et son site internet, où il y aura toutes ces dates qui arrivent. Et nouvel album, le 12 décembre. Merci beaucoup Otidi.
- Speaker #0
Merci Eva, merci à tous et toutes.
- Speaker #1
Moi c'est Eva, vous avez écouté Carrément. Si ce podcast vous a plu, vous pouvez vous abonner sur ma chaîne YouTube et sur toutes les autres plateformes également. Vous pouvez vous abonner, vous pouvez aussi partager les liens auprès de vos voisins, de vos amis, liker vos ennemis, mais vos amis, et mettre des petits commentaires, m'envoyer des messages, dire ce que vous en pensez. Je suis aussi sur Instagram et sur TikTok. Je vous dis à tout bientôt !