- Speaker #0
Quand nos territoires ont été pensés, le changement climatique n'était pas une préoccupation. Alors, on a construit dans le lit des rivières, on a avancé sur la mer, on a densifié sans se soucier de la nature. Aujourd'hui, il est temps de s'adapter. Ce(ux) que l'eau déplace, c'est notre podcast pour vous en parler.
- Speaker #1
Si on veut s'adapter au changement climatique, c'est quoi la priorité ?
- Speaker #2
Comment aujourd'hui rendre notre territoire ?plus résilient ?
- Speaker #3
Le risque, en fait, ne s'est jamais produit. C'est-à-dire la convention de l'aléa confrontée à la présence des enjeux. Une mémoire du risque qui est finalement inexistante. C'est le fait que les gens savent et ne font pas.
- Speaker #0
Nous sommes cinq étudiants de master de l'école urbaine de Sciences Po. Et pendant un an, avec l'Institut de la Recherche de la Caisse des Dépôts et des Consignations, nous avons travaillé sur le sujet de la désurbanisation comme adaptation au changement climatique. Nous sommes allés voir les territoires à côté de chez nous qui sont de plus en plus exposés aux risques d'inondations et qui décident de retirer les habitations, de les déplacer, de se repenser, en prévision d'une catastrophe naturelle ou après l'avoir vécue. Entre bonnes pratiques et grandes difficultés, ces projets tout nouveaux doivent encore s'améliorer. Nous avons tiré de nos recherches quelques conseils pour aider les territoires à se recomposer. Alors, quatrième épisode. Peut-on transformer la vulnérabilité en opportunité ? Comment concrètement recomposer le territoire ? C'est parti !
- Speaker #3
Une fois réglées les questions de gouvernance, de financement et d'acceptabilité sociale, dans la recomposition territoriale, il faut penser à ce qu'il y aura après. Ce qu'on peut et ce qu'on veut pour bénéficier au territoire tout en conservant le résultat de la réduction des risques. Recomposer le territoire, c'est laisser l'opportunité à quelque chose d'autre d'advenir. Et le premier effet de la recomposition, c'est qu'un espace qui avait des usages spécifiques devient vide et qu'il faut réinventer ce qu'on pourra faire dessus, ce qui pourra être reconstruit, ce qui devra être laissé à la nature. Pas possible.
- Speaker #0
Michel Proust, maire de Ville-Gaillac.
- Speaker #3
Il fait que les gens... Dans le prix, il a fallu que la population se dise bien que de toute façon, ce qui va être démoli, il n'y aura plus rien. Donc, qu'est-ce qu'on va y mettre ? Il faut qu'on fasse quelque chose. Sur les espaces déconstruits, on ne peut pas tout faire. Parce qu'après le rachat d'une parcelle via le Fonds de prévention des risques naturels majeurs, le Fonds Barnier, on n'a plus le droit d'y construire. Parce que le but est justement qu'il n'y ait plus d'exposition au risque. Alors il faut penser à d'autres aménagements. À l'image de ce qui a été fait pour le déversoir de la Bouillie à Blois. Mais quand c'est pas possible...
- Speaker #0
Grégory Morisseau, ingénieur paysagiste.
- Speaker #3
Donc ça va être plutôt une résilience paysagère avec une autre forme d'usage, une agriculture qui est adaptée à l'inondabilité, des loisirs avec toute la temporalité qu'il y a derrière. Et en fait, il n'y a rien de plus résilient que la nature elle-même. Ce qui n'est pas résilient sont les enjeux humains, socio-économiques, qui sont souvent forts dans ces zones-là. Pour le terrain du déversoir, après la déconstruction des 130 habitations, la priorité pour les acteurs du projet est alors de rendre des espaces à la nature. En regard avec ce que l'espace a été.
- Speaker #0
Jérôme Cardinal, doctorant en aménagement du territoire.
- Speaker #3
contre l'aménagement, un petit peu réinventer une façon de faire la ville et de penser la ville à travers la Bouillie. Essayer de déconstruire aussi un mythe des grands projets énormes et grandiloquents. L'opération de la Bouillie est donc présentée comme un virage fort, où l'on décide de valoriser la nature pour diminuer l'exposition au risque d'inondation des quartiers alentours. D'ailleurs, c'est là un second effet de la recomposition, l'opportunité d'établir des liens profonds entre des espaces nouvellement créés et le reste du territoire, pour que les acteurs locaux et les habitants aient le sentiment de bénéficier pleinement de ces espaces, dans la perspective d'ajouter de l'agréable à la ville. Là-dessus, on peut distinguer les recompositions préventives, quand la catastrophe naturelle n'a pas encore eu lieu, et les recompositions curatives, quand les inondations obligent les habitants d'un territoire à se déplacer. Dans les recompositions préventives, il y a tout intérêt à valoriser les projets dans la capacité qu'ils ont à mettre la lumière sur le territoire. Ce n'est pas tous les jours qu'on déplace une maison, un quartier, voire un village entier. Alors les médias sont intéressés, et les projets les plus ambitieux deviennent les porte-voix de leur territoire et de leurs ambitions, comme pour le projet de la Basse Saâne, qui vise à reconnecter un fleuve côtier à la mer en Normandie.
- Speaker #0
Régis Leymarie, délégué adjoint Normandie au Conservatoire du Littoral.
- Speaker #4
Le territoire s'en plonge dans une stratégie d'adaptation permanente. Je veux dire que ce n'est pas un scénario qui est binaire, c'est que le symbole c'est ça, c'est que pendant les 25 prochaines années, il va continuer à s'adapter. On passe d'une logique fixiste qui a été celle de la... Pas depuis l'Anthropocène, depuis 1850. En fait, on a figé le trait de côte. On s'est dit, c'est pour ça que de tout compte, on n'y reviendra pas. Là, non. On repart dans une logique d'adaptation permanente.
- Speaker #3
Dans ce projet qui crée un ouvrage hydraulique, une station d'épuration et déplace un camping municipal, l'ambition est grande, les mots sont forts, relayés par des maires dont une partie majeure des ressources municipales est dédié à la recomposition des années durant. Il semble donc que recomposer le territoire soit moteur de fierté, une opération valorisée comme un événement majeur de l'histoire locale dont il faut faire perdurer la connaissance.
- Speaker #0
Camille Simon, responsable du projet Basse Saânne au Conservatoire du Littoral.
- Speaker #5
L'idée des chenillements doux, c'est de pouvoir utiliser ce support-là pour transmettre aussi un petit peu d'informations, pour rappeler. ce qui s'est passé sur les territoires, parce que dans 5-10 ans, en fait, on n'aura plus les traces des chantiers, comme là, on les voit, c'est assez marquant, mais on n'aura plus ces traces de chantiers. Et donc, pour une personne qui viendrait pour la première fois dans la vallée, elle n'aurait pas l'info d'historique. Et donc, l'idée, c'est aussi de dire, voilà, dans cette vallée, il s'est passé ça, on s'est adapté au changement climatique, on a décidé de faire de la recompensation faciale, et voilà ce qui s'est passé.
- Speaker #3
On voit donc qu'il y a une forme de marketing territorial qui se met en place pendant la réalisation du projet, avec l'idée que les villages se projettent, qu'ils s'adaptent pour le siècle à venir, en se mettant en avant par ce biais. Après les opérations préventives, il y a les opérations curatives, qui sont le moment de raconter autre chose que le traumatisme de l'inondation, de dire que le territoire continue à vivre, qu'il s'est adapté. C'est aussi le moment de se poser, de faire le point, comme l'ont fait les villages des vallées touchés par les inondations de 2020 dans les Alpes-Maritimes.
- Speaker #1
des prestataires que j'ai fait venir.
- Speaker #0
Céline Pelletier, directrice de projet à la direction interministérielle de la transformation publique.
- Speaker #1
...des ateliers. Et donc on a imaginé cette concertation comme un appel à projet. Et l'idée c'était de se dire, comment est-ce que vous vous voyez dans 20 ans dans ces vallées ? Et du coup, la manière dont vous imaginez vos vallées dans 20 ans, ça va déterminer le chemin qui reste à parcourir entre maintenant et le moment où vous imaginez vivre dans ces vallées. Et donc, on a fait un appel à projet. Donc, on a ouvert une consultation en ligne. Et ensuite, on a envisagé de monter des ateliers vraiment de prospective. Alors, à la fois par vallée, parce qu'il y a des particularités dans chacune de ces vallées. Et puis, des ateliers où il y avait des échantillons de chacun des habitants de chacune des vallées. Et puis après, un grand atelier de restitution où on a mélangé maires et habitants.
- Speaker #3
Les initiatives de réflexion de l'après ne viennent pas seulement des pouvoirs publics, puisque dans les Alpes-Maritimes, des associations se créent, comme Remontons la Roya, qui promeut la participation citoyenne dans le choix de l'avenir du territoire après les inondations.
- Speaker #4
Du bois pour se chauffer...
- Speaker #0
Charles Claudo, cofondateur de Remontons la Roya.
- Speaker #4
Ça a l'urgence. Et puis au milieu de tous ces groupes, il y a une jeune fille qui a proposé quelque chose qui s'appelait la Roya d'après, pour réfléchir à ce qu'on allait faire parce qu'on avait l'impression que c'était une espèce de table rase où tout était à refaire et où les enjeux étaient tellement importants qu'il fallait que les habitants aussi soient parties prenantes de la chose.
- Speaker #3
Cette implication des habitants a d'autres conséquences sur les espaces recomposés, renaturés. Des espaces souvent privés, occupés par des maisons ou d'autres bâtiments. Nous avons remarqué que la recomposition donne l'occasion de créer de nouveaux espaces publics qui seront utilisables par le plus grand nombre pour des activités sociales et non marchandes. Si on y rajoute l'intérêt du marketing territorial et l'opportunité de rendre des espaces à la nature, tous les éléments sont là pour traiter de la recomposition territoriale de manière positive, de la considérer pleinement comme une opportunité pour les territoires. Cette opportunité, c'est la porte de sortie pour les territoires meurtris par une catastrophe, comme dans la région de Carcassonne.
- Speaker #2
Moi, je prends souvent l'exemple de notre début de mandat.
- Speaker #0
Éric Ménassi. Maire de Trèbes.
- Speaker #2
En 2014, nous étions à la tête d'une commune qui avait pour ambition de croître démographiquement. Et puis 2018 est arrivé. Et depuis 2018, nous regardons le développement de notre cité, non plus par le prisme du développement démographique, mais par le prisme de la résilience urbaine. Comment aujourd'hui rendre notre territoire plus résilient ? C'est très simple. en arrêtant la surconsommation des espaces naturels. En travaillant sur les cours d'eau, non plus en les corsetant, comme c'était le cas en multipliant les digues, mais en redonnant des espaces de bon fonctionnement aux cours d'eau, en fait c'est de travailler sur des solutions fondées sur la nature. Non pas dans un dogme idéologique, simplement dans une réalité scientifique.
- Speaker #3
Alors, à la lumière de cette prise de conscience, appliquons la réalité scientifique aux territoires à risque que les inondations n'ont pas encore touché. À travers la recomposition, on voit ce qu'il est possible de changer dans les mentalités, dans la place de la nature, dans la valorisation et les dynamiques d'un territoire. Alors, multiplions les initiatives de recomposition territoriale préventive pour se protéger face aux catastrophes et pour se projeter collectivement vers les territoires de demain.
- Speaker #0
C'était le dernier épisode de Ce(ux) que l'eau déplace, le podcast issu de notre travail de recherche. Alors, si la question vous intéresse, on vous renvoie tout d'abord à notre rapport complet « Recomposer le territoire pour s'adapter aux risques » disponible sur le site de l'Institut pour la Recherche de la Caisse des Dépôts. Et on vous renvoie aussi à l'article sur la recomposition comme opportunité disponible sur le blog Regarde d'Expert. Vous pouvez réécouter les trois précédents épisodes sur la gouvernance, le financement et l'acceptabilité sociale. Vous en tirerez toutes les bonnes pratiques et pistes d'action pour mener des projets de recomposition territoriale. Merci de nous avoir écoutés. Ce(ux) que l'eau déplace, c'était un podcast de Nathan Arsac, Alice Bonzom, Maya Dehove, Corentin Deshaies et Alice Montuori. Montage, Raphaël Gaudenzi. Au revoir.
- Speaker #3
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