Speaker #1Celle qui était enfant, c'est celle qui avait peur dans le noir, celle qui retenait son souffle sous les draps, à l'affût du moindre bruit. C'est celle qui rêvait d'un monde léger, mais qui sentait déjà que parfois la vie mort, pique, griffe. C'est celle qui regardait trop, qui sentait trop, qui savait trop tôt. À la petite que j'ai été, à la petite que je suis encore au fond de moi, je t'écris comme on tend une main dans le noir. Je t'écris parce que je me souviens de toi, parce que je t'ai jamais quitté. Je t'écris pour que tu n'oublies pas que je suis là, l'adulte que tu es devenu, celle qui veille enfin, celle qui te protège, celle qui se protège, celle qui a aujourd'hui les ressources pour être capable de dire et de faire ce que tu n'as pas pu. Je viens de dire aussi que c'est normal d'avoir mal. Longtemps, t'as cru que c'était une erreur, que t'étais différente, trop sensible, trop fragile, pas assez forte. Mais tu sais, la douleur, c'est la preuve que t'es vivante. Parce que la vie, c'est pas un fil lisse, c'est un tissu qui gratte parfois, qui blesse. et qui échauffe et qui caresse. Alors c'est normal d'avoir mal. Ce qui est encore plus normal, c'est de rire à gorge déployée, de danser dans ta chambre et de courir jusqu'à t'écrouler. Et t'as le droit à tout ça. À la douleur et à la joie, à la peur et au courage, au vide et à la plénitude. Et je veux que t'entendes ceci. Tu n'es pas seule. Tu as toujours cru que tu devais tenir toute seule, serrer les dents, rester sage. Mais tu n'étais pas seule. Il y avait déjà des regards, des mains invisibles, des présences silencieuses autour de toi. C'est juste qu'il faisait trop sombre que tu le vois. Et puis aujourd'hui, tu sais quoi ? Il y a moi. Je suis là pour t'entourer. Pour être ce bras qu'il te manquait. Alors t'as plus à lutter seul. Tu peux t'appuyer. Tu peux souffler. Et tu peux déposer ce fardeau qui n'était pas le tien. Parce que je sais. Ouais, je sais. T'as croisé le loup trop tôt. Il était pas dehors comme on te le disait. Il était dedans. Là où t'aurais dû être en sécurité. Alors je veux que tu saches que ce qui s'est passé... « C'était pas de ta faute. Jamais. Tu étais innocente. Tu avais juste des yeux trop grands pour voir et une peau trop fine pour supporter. Et puis t'as eu le courage de parler. T'as confié ton secret à mamie. Et même si tout n'a pas changé, même si c'était déjà trop tard, t'as fait ce qu'il fallait. T'as brisé le silence. » Et c'était déjà énorme. T'étais pas la petite fille cassée, t'étais la petite fille courage. Et moi aujourd'hui, je marche à côté de toi, et je t'applaudis, et je t'admire. Puis je sais qu'il y a maman. Il y a ses silences, ses manques et ses absences. Il y a ce que t'attendais. Des mots. qui sont jamais venues, et des bras qui se sont ouverts au mauvais moment. Et je sais que tu lui en as voulu, parce qu'elle était pas comme tu voulais, parce qu'elle était pas ce dont t'avais besoin, quand t'en avais besoin. Mais tu sais, elle aussi, elle portait ses blessures, elle faisait comme elle pouvait, puis parfois ça voulait dire mal faire. Puis tu sais parfois les adultes pensent que protéger, s'esterre, se fermer, se figer. Et je sais que ça t'a manqué. De l'amour, des gestes, des regards, des regards droits dans les yeux. Et des sourires, des sourires sincères, pas des sourires tristes. Mais tu sais, elle t'aimait, à sa manière cabossée. Et puis un jour tu pourras lui pardonner, pas pour excuser le passé, mais pour alléger ton propre cœur. Acceptez que c'est passé, puis tu sais tu aimeras. T'aimeras fort, vraiment. T'aimeras jusqu'à trembler, jusqu'à croire que tu n'es plus toi. T'aimeras et parfois ça fera mal, parfois ça t'arrachera le cœur, les tripes. Puis parfois aussi, quand tu aimeras, ça te donnera des ailes, ça te réchauffera tout entière et ça t'apaisera. Ça sera doux et puis tu croiseras des gens lumineux et puis d'autres. qui éteindront tes feux. Et toi, oui toi, tu continueras d'aimer, encore et encore. Et même quand ça fait mal, ça vaudra toujours la peine. Parce qu'il y aura la rencontre, parce qu'il y aura l'expérience, il y aura l'aventure. Aujourd'hui, je veux que tu respires, je veux que tu regardes autour de toi. Vas-y, tu sais la vie, c'est pas que des blessures, elle a des couleurs, des rires, des parfums de fleurs en été, des après-midi dorés et des soirs où les rires éclatent comme des bulles. Tu regardes la mer, tu vas sentir le vent dans tes cheveux, tu vas danser pieds nus dans l'herbe. Est-ce que la vie peut être belle ? Est-ce que la vie est belle ? Même au milieu des ombres, il y a toujours une lumière, une étoile, une étincelle qui refuse de s'éteindre. Et puis tu sais, t'as pas besoin d'être parfaite pour être aimée, t'as pas besoin de te taire pour être acceptée, t'as pas besoin de porter des fardeaux, surtout ceux des autres, pour exister. T'as le droit d'être, juste être, avec tes rires et tes larmes. Avec tes colères et tes élans, avec tes failles et tes lumières, tu as le droit de prendre ta place, toute ta place. Alors viens, donne-moi ta main, regarde-moi dans les yeux. Je suis toi, plus grande, je suis celle qui sait dire non maintenant, qui met des limites, celle qui se protège. Celle qui protège aussi la petite fille qu'elle a été et qu'elle est encore quelque part à l'intérieur. Je suis là. Je t'abandonnerai pas. Je t'ai choisi et je te choisis encore. Et je reste près de toi tant que t'as besoin de moi. Et tu sais quoi ? C'est ok d'avoir peur. Tu peux hésiter, trembler, reculer. C'est ok. Tu peux aussi prendre ton courage et avancer, parler, oser, dire. C'est ok aussi. Y'a pas de bonne manière de vivre. Y'a juste ta manière à toi. Et elle est largement suffisante. La petite fille que j'ai été, je veux que tu saches que je t'aime. Je t'aime dans tes silences et tes cris. Je t'aime dans tes larmes et dans tes rires. Je t'aime dans tes ombres et dans ta lumière. Tu es assez. Tu as toujours été assez. Tu le seras toujours. Pas celle que j'ai été enfant. Tu peux dormir tranquille. Tu peux relâcher tes poings, desserrer tes épaules, marcher plus légère. Je suis là avec toi. Et quand tu oublieras ? Quand tu faibliras, quand tu perdras espoir, je reviendrai encore te le redire. Tu n'es pas seul, tu n'es plus seul, tu n'as jamais été seul. La vie est parfois dure, mais elle est aussi magnifique. Et puis il y a toujours un demain, et tu as la force en toi de traverser. Tu as la force d'être, de devenir, tout ce que tu veux. Tu brilles 2000 fois.