- Speaker #0
Bienvenue chez Cerveau Puissant, le podcast des phrases qui réveillent. Un espace où l'on parle de ce qui façonne une vie, des pas qu'on dépasse, des mots qui sauvent, des chocs qui révèlent, des valeurs qui tiennent debout. Chaque semaine, je vais chercher la phrase fondatrice d'une personnalité. Une phrase qui a construit, brisé, transformé ou sauvé. Parce que certaines paroles deviennent des boussoles, parce que tout commence par une prise de conscience, parce que chacun porte en lui une lumière en attente. Merci pour votre soutien incroyable depuis le lancement de Cerveau Puissant. Likez, commentez, partagez et boostez sur YouTube, c'est comme ça qu'on va continuer à grandir avec vous. J'ai la chance d'être soutenue pour ce podcast par l'agence de communication Surf. Armel DT est née sous X, elle est venue au monde pour être reconnue par sa mère biologique, puis... Elle a été adoptée quelques mois plus tard par une famille aimante qui lui a donné un nom, une maison, une place, une éducation, une vie. Mais que se passe-t-il quand on est aimé profondément aimé, qu'une partie de soi, pourtant, reste sans récit ? Que devient un enfant quand son histoire commence par un silence ? Dans son livre, Merveilleux Abandon, Armel raconte cette blessure originelle. L'abandon, l'adoption... Le changement de prénom, la quête des origines, mais aussi l'amour immense de ses parents adoptifs. Ce qui est bouleversant dans son livre, c'est que ce n'est pas un règlement de compte. C'est une tentative de vérité, de libération même. Une tentative de réunir les deux femmes qui ont fait d'elle ce qu'elle est, celle qui lui a donné la vie et celle qui l'a élevée. Aujourd'hui, on va parler de naissance sous X, de filiation, de secret, de mémoire. de pardon, et de cette question immense. Peut-on devenir pleinement soi quand une partie de notre histoire a été effacée ? Bienvenue chez Savo Puissant Armel. Bonjour Claire. Bonjour, je suis ravie de vous recevoir aujourd'hui. Ce livre magnifique, merveilleux, abondant, on va en parler pourquoi ce titre est si joli et évocateur. Mais avant tout, on commence toujours de la même manière, par une phrase qui vous tient à cœur et que vous avez envie de nous partager aujourd'hui.
- Speaker #1
Alors, en vous écoutant, j'ai envie de dire, être ici, là et dans le maintenant. Avoir cette capacité de s'émerveiller, d'être en vie. C'est une merveille d'être avec vous.
- Speaker #0
Moi, je suis ravie de vous avoir. C'est un peu un hasard, on le disait tout à l'heure, on s'est écrit rapidement. Moi, j'ai toujours été fascinée par le secret, le déni parfois. qu'il y a autour de l'abandon, c'est vrai que c'est quelque chose que les gens ont beaucoup de mal à assumer. Et en fait, au fond, on a tous un peu cette blessure d'abandon.
- Speaker #1
Oui, alors la blessure d'abandon, j'aime à dire qu'elle est universelle. Un deuil, un licenciement, vous vous faites plaquer, vous devez aussi abandonner des certitudes, vous êtes persuadé que votre boîte, vous allez bien là, puis elle ne marche pas, un dépôt de bilan. On est tous, en fait, en contact avec cette blessure. Moi, je dirais qu'elle est originelle. Moi, je pense qu'à peine ma respiration, une fois que je suis née, je me suis sentie abandonnée. Je crois même que je me suis sentie abandonnée dans le ventre de ma mère. Vous voyez, je l'appelle ma mère aujourd'hui, ma maman de naissance. Je crois que même un tout petit, dans le ventre de sa maman, il se sent attendu ou pas. Et moi, je crois que dès le départ, je me suis sentie abandonnée. Et ça a été très long le chemin pour pouvoir dire merveilleux abandon. Mais la plaisir d'abandon, elle est universelle. Elle fait partie du chemin de la vie.
- Speaker #0
Alors en fait, votre mère, elle tombe enceinte de vous parce qu'elle a été victime d'un viol.
- Speaker #1
Exactement. Alors elle ne me le dit pas complètement. Quand je la revois cette année en janvier avec ma fille Zoé, parce qu'on travaille sur un documentaire, elle me dit comme ça au milieu de l'entretien, « Oh, tu sais, parce qu'elle m'appelle Martine, parce que c'est le prénom qu'elle m'a donné à la naissance, j'ai été violée à 14 ans. » Alors j'entends, elle m'avait dit qu'en fait, elle était heureuse, amoureuse, mais ça c'était des années avant. Et puis après elle me dit, mais tu sais j'étais placée. Alors je dis, mais j'étais placée à quel âge ? Elle me dit, mais en fait j'étais abandonnée à 9 ans par mes parents. Donc là je dis, mais tu m'as eue à quel âge ? Elle me dit, à 15 ans. Et je t'ai abandonnée parce qu'en fait je ne pouvais pas, j'étais seule. Je t'ai attendue et cette phrase elle est terrible. dans un hôtel maternel parce que j'étais à la rue et seule et j'ai dû m'enfuir. Donc on peut dire que je crois qu'elle n'ose pas encore me dire que je suis née d'un viol. Mais en tout cas... Elle-même avait été abandonnée. Et ma conception vient d'un abandon, vient certainement d'un abus, quel que soit qu'il soit, on va dire. Ce n'est pas obligé d'être violé aussi physiquement. On peut aussi... En fait, je ne viens pas d'une histoire d'amour. C'est ça. Voilà, ça, c'est une certitude.
- Speaker #0
Et vous n'étiez pas attendue par vos deux parents, puisqu'à 15 ans, c'est quand même...
- Speaker #1
Non, elle a fait un déni de grossesse. Elle s'est aperçue de... de ma présence en elle à 5 mois et demi. Elle est tombée dans les pommes, dans le métro, et elle a été accueillie par les religieuses qui, à l'époque, avaient une maternité à l'Hôtel-Dieu. L'Hôtel-Dieu, autrefois, était une maternité. Voilà. Et donc, elle a été accueillie. En fait, moi, je n'avais jamais compris pourquoi sa maman n'était pas auprès d'elle. J'ai eu la réponse, puisqu'elle était en foyer. C'est un enfant, en fait, qui était seul. Parce qu'on va dire, à 14 ans, vous êtes un enfant.
- Speaker #0
Et alors vous, ce qu'on ressent dans tout ce livre, et vous le dites d'ailleurs, c'est que justement, votre mère a été abandonnée, elle vous a abandonnée, elle avait, on peut dire, pas vraiment le choix. Et donc vous, vous écrivez ce livre aussi un peu pour libérer vos enfants, vos petits-enfants, pour leur dire, c'est bon, le cycle est terminé. C'est vrai que c'est très beau. On sent qu'il y a comme un... Vous avez travaillé énormément sur vous et sur cette histoire au plus profond. En fait,
- Speaker #1
vous savez... Quand vous ne savez pas d'où vous venez, c'est très difficile de savoir où vous devez aller, où vous souhaitez aller. En fait, quand on est abandonné à la naissance, on va être adopté. En fait, tout enfant abandonné est adopté. Les enfants qui ne sont pas abandonnés ne sont pas adoptés. Donc, du jour au lendemain, l'adoption plénière efface votre passé et vous prenez une identité. Et les parents adoptifs, ce qui est tout à fait normal, vous demandent... inconsciemment d'être cette personne. Donc moi, pendant des années, j'ai voulu être Armelle de thé, Armelle de thé. Je suis Armelle de thé. Et en fait, au fond de moi, je sentais bien qu'il y a quelque chose qui n'allait pas. Et j'étais une maman difficile. Alors oui, j'ai donné beaucoup d'amour à mes enfants, mais au fond de moi, je leur en voulais d'avoir ce que je n'avais pas eu. Un papa et une maman qui s'aiment, puisque ça fait 35 ans qu'on est toujours avec mon mari avec qui j'ai eu ces trois enfants. Et à un moment, je me suis dit, quand ils sont nés, ça va. Enfin, à la naissance, je me suis dit, en fait... qu'est-ce que c'est cet enfant ? Un mois, deux mois, trois mois, quatre mois, cinq mois, six mois seul ? Qu'est-ce qui s'est passé ? Et j'étais qui avant ? J'ai bien vu que pour mes enfants et mes petits-enfants, il fallait que je me répare. Ce n'était pas que ma vie à moi. En fait, c'est cette histoire d'abandon, elle éclabousse tout le monde. Vous portez en vous une souffrance que vous mettez malgré vous dans votre ventre, malgré vous, cette souffrance, vous la passez. Et vos enfants, en fait, ils vivent aussi un flou. Et eux aussi, ils ont besoin de savoir quelle est leur histoire, leur lignée. Donc oui, j'ai ma lignée de bon papa et de bonne maman, comme ils appelaient mes parents, qui est merveilleuse, mais ils savent bien que physiquement, ils ne ressemblaient à personne. Comme moi, je ne ressemblais à personne. Donc, en fait, ils ne ressemblaient pas à leurs petits cousins et petites cousines de mon côté. Ils ne pouvaient pas s'identifier à cette armelle de thé en tant que personne à 100%.
- Speaker #0
Donc vous vous faites adopter très jeune, par une famille formidable.
- Speaker #1
Alors pour vous c'est très jeune.
- Speaker #0
Pour vous c'est trop tard.
- Speaker #1
Non, moi je vais vous dire, je trouve que c'est tard six mois. Six mois c'est très tard pour un enfant. Vous savez, Boris Cyrulnik, il parle des mille premiers jours. Désolé de vous reprendre, mais...
- Speaker #0
Non mais vous avez raison, c'est juste... En fait,
- Speaker #1
on pense que six mois c'est très tard, mais en fait, un an...
- Speaker #0
Oui c'est vrai, six mois de vie sans sa mère, sans ses parents, c'est... Non, vous avez raison.
- Speaker #1
J'étais seule. Pardonnez-moi. Et cette solitude, dans « Merveilleux Abandons » , j'appelle ça mon trou noir. Je l'ai encore. Quand j'y pense, je peux vous dire que ça peut même encore me couper la respiration. Parce que quand je vois un tout petit, vous avez eu des enfants, vous voyez bien. En fait, oui, c'est tard. Dans l'histoire du bébé, c'est tard. Après, en tant qu'adulte, on pourrait se dire que ce n'est pas tard. Mais ça l'est quand même.
- Speaker #0
Non, mais c'était par rapport, en fait, déjà, vous avez complètement raison et je m'excuse, c'est que c'est vrai qu'il y a des enfants qui sont adoptés parfois. Oui, c'est vrai. Et alors là, une mémoire encore plus large. Nous, c'est vrai qu'on dit que nourrissons a la mémoire, mais en tout cas, ce que je voulais dire, c'est que vous arrivez dans une famille, vous êtes encore un nouveau-né, et en fait, ce qui est vrai, c'est que dans votre enfance, on ne parle pas de votre adoption. Non, mais vous, vous avez, vous commencez à vouloir en parler. Alors en fait, papa et maman nous ont toujours dit qu'on était adoptés. Je suis incapable de vous dire le jour où ça n'a pas été ma chérie,
- Speaker #1
tu as 10 ans, nous avons quelque chose à te dire. Ça a été très fluide. Par contre, moi j'ai commencé à poser des questions, j'étais où ? Est-ce que j'avais un prénom ? Et en fait, mes parents n'étaient au courant de rien. Parce que l'adoption plénière efface toute votre vie d'avant et ils ne sont au courant de rien. C'est-à-dire qu'ils accueillent un enfant, ils ne savent pas du tout dans quelles circonstances il a été mis au monde. Ils ne savent pas du tout où ils ont été. Et moi, avec le recul, je me dis, pétard, quelle sacrée responsabilité en plus de l'adoption. C'est-à-dire qu'en fait, votre papa et votre maman, ils ne peuvent même pas vous rassurer.
- Speaker #0
Eux aussi, c'est le vide sidéral. Et alors, comment vous avez pour retrouver votre mère ? Alors,
- Speaker #1
ça, c'est une sacrée aventure. Parce que je suis un peu, on va dire, j'aime bien toujours faire un pas de côté. Parce que ça, c'est un peu, je dirais, l'ADN des enfants abandonnés. On a toujours besoin de lutter. On a toujours besoin de... On est des guerriers. Quand énormément de gens connus ont été abandonnés. Donc, à 30 ans... Hector naît, mon troisième. J'étais très dans mon espèce de petite névrose, de bonne femme. Oui, alors c'est une maman qui m'a mis au monde. J'ai mes deux filles. La première ressemble à mon mari parce que j'étais terrorisée, donc je ne peux pas me reproduire. La deuxième, c'est moi, c'est formidable. Et puis là, naît Hector. Et Hector, il a un mois, il a une semaine, pardon. Je le change et là, je découvre que c'est qu'un petit garçon. Il me fait pipi dessus. Parce qu'en fait, je ne fais pas attention et là, tout, tout. Il y a son petit zizi qui tourne et je me retrouve mais trempée. Et là, je me mets à fond dans l'arme. Et en fait, je regarde ce petit bonhomme et je me dis, mais Armel, en fait, il porte ta partie masculine. Il porte cet homme qui t'a conçu, qui est là, qui est aussi la responsable, enfin, qui est responsable du fait que tu sois là. Et là, je me dis, oh là là, ma cocotte, il y a un truc qui ne va pas du tout. Il faut vraiment que tu... penche sur le sujet. Donc je pars à la recherche et puis je crois beaucoup au signe. Je croise une de mes cousines qui me dit « Oh, tu sais, c'est merveilleux, tes parents ont reçu Marie-Odile, ta cousine qui a besoin d'adopter et ils l'ont mis en contact avec l'association et je la regarde, je fais « Oui, oui. » Et là, je lui demande le nom de l'association comme si... Et en fait, nous, Baron, on n'avait jamais parlé. Je reviens à la maison, à l'époque c'était le Minitel, en même pas 24 heures, je sais où est ma mère biologique. Et en fait je suis de formation journaliste, donc ça a été assez rapide. Et là je fais un truc incroyable, d'abord je me prends un petit 38 tonnes dans la figure parce que j'ai été, c'est vrai, adoptée par une famille aristocratique, donc je vis dans un monde absolument incroyable. Et là je découvre qu'elle habite Sartreville, qu'elle est femme de salle dans le plus petit lycée du coin. Et je me... renferme complètement sur moi et je prends des bains pendant un an. Pendant un an, je me mets en état fétal et tous les jours, le matin et le soir, je passe une heure dans mon bain. Et mon marine dit, mais qu'est-ce que tu fous, Julie ? Je ne sais pas, je ne peux pas faire autrement. D'angoisse ? De... Encaisser. Et en fait, après, quand je fais une thérapie, la psy, elle me dit, mais vous êtes remise dans l'état fétal de votre mère. Et un matin, je me lève et j'y vais. Et là, je fais ding-ding. Je sonne la porte sourde et je vois une petite bonne femme. Et je lui dis bonjour, je viens vous voir à propos d'un enfant que vous avez mis au monde le 27 juin 1967. Elle me regarde et elle me dit oui, vous avez raison. Et je lui dis c'est moi, je suis Martine. Et là je vois, elle tend les bras et elle me dit entre, entre. Elle me dit... Il n'y a pas une journée où je n'ai pas pensé à toi. Et là, je rentre, je déteste les Ausha, il y a une vingtaine de Ausha, et s'ensuit une conversation de trois heures, et je découvre en fait que cette femme rêvait de me retrouver. Et voyez, c'est là où la vie, elle vous... Comment dire ? Elle vous surprend parce que c'est difficile à vous dire, bon, mais je vais être honnête. Moi, quand je pensais à cette femme, je pensais à la salope.
- Speaker #0
Oui, qui vous a abandonnée.
- Speaker #1
Je pensais et je me disais, la salope. Et là, immédiatement, quand elle a ouvert la porte, qu'elle m'a regardée, qu'elle m'a tendue, j'ai eu comme une espèce de douche d'amour qui m'est tombée dessus.
- Speaker #0
Et alors, résultat, qu'est-ce que... Après, vous êtes en colère, vous vous dites, j'aurais dû y aller avant, j'aurais dû... Non, c'est mieux avant, vous vous dites, non, c'est comme ça. Non.
- Speaker #1
Je repars de là. À l'époque, je fumais, donc je suis dans ma petite Fiat Pranza, je fume une clope et je me dis « waouh ! » Mais ce n'est pas du tout l'histoire que tu t'es racontée. Moi, j'aurais rêvé que ce soit Jeanne Moreau, que ce soit les Didi, que vous voyez, on s'imagine. Et là, je me prends quand même la différence sociale énorme. Et à côté de ça, je me dis « enfin, ma cocotte, tu croyais que... » Qu'est-ce que ça pouvait être ? Avoir un enfant à 14 ans et l'abandonner, c'est forcément glauque. Et je rentre à la maison. Et je dis à Jérôme, mon mari, écoute, on va au resto. Et là, j'éclate de rire. La première chose, quand il me raconte, j'éclate de rire. Je lui dis, tu te rends compte, moi qui me suis pris toute ma vie pour la plus grande bourgeoise du monde. Je m'appelle Martine Patricia Dominique Bélanger et ma mère est une femme de salle. Et vraiment, et là, j'en rigole parce que je lui dis, mais en fait, je ne suis qu'une étiquette. Je me suis construite une étiquette. Et là, s'en suit un chemin qui va être très douloureux parce qu'à l'époque, je suis obtue. J'ai besoin de rester cette armelle de thé et je ferme la porte parce qu'en fait, elle me ment aussi. Ça, c'est important à dire. Je pense qu'elle essaye beaucoup de rentrer dans ma vie. Moi, je ne sais pas quoi faire parce que j'ai 30 ans. J'ai mes trois enfants. Et je me dis, en fait, je suis allée la voir juste pour lui dire, tu sais, Juanita. C'est merveilleux ce que tu as fait, merci de m'avoir gardé parce que je suis heureuse d'être en vie et après je me fais envahir et je ne sais pas très bien comment faire à 30 ans et puis je vais être honnête aujourd'hui je vais vous le dire je suis une grosse snob donc je n'assume pas de venir de là.
- Speaker #0
Oui et puis il y a aussi beaucoup d'émotions, il y a comment on rattrape 30 ans de vie, elle représente un mélange, je pense qu'il y a plein d'autres choses, vous ne vous connaissez pas, c'est pas parce que c'est votre... Mais à biologique, on peut ouvrir et commencer à faire des dîners, des déjeuners. Non, mais c'est super. Merci de me dire ça parce que c'est vrai que... Ça fait ce que vous vous donnez pour vous excuser. Mais il y a d'autres choses. Je pense que même quand bien même elle aurait été la reine de...
- Speaker #1
Oui, oui, la reine de la boxe.
- Speaker #0
C'est très bizarre en fait qu'elle ne connaît pas, de dire, viens, on devient meilleure amie du jour au lendemain. C'est très bizarre.
- Speaker #1
En fait, je m'aperçois qu'elle, le fait d'avoir été enceinte de moi, elle sait que je suis.
- Speaker #0
Bien sûr.
- Speaker #1
Moi, le fait d'être un nourrisson, malgré le fait que je ne suis pas... persuadée qu'on n'oublie pas les neuf mois dans le ventre de notre mère. En fait, je n'ai pas de souvenirs. Et j'avais fantasmé l'idée de vous êtes du sang, donc on ressent quelque chose. Et en fait, je me dis, elle a beau être de mon sang... En fait,
- Speaker #0
vous l'auriez croisée dans la rue,
- Speaker #1
vous ne vous seriez pas reconnue exactement. C'est terrorisant, je comprends. Parce qu'on pense que le fait de... On va se sentir. Voilà. Et en fait, oui, oui, oui. Et en fait, je ne ressens rien. Et je sens qu'elle a beaucoup, beaucoup d'envie pour moi. À cette époque, papa et maman sont encore en vie. Et je ne sais pas où la mettre. Je ne sais pas où la mettre. Et puis, c'est vrai qu'il y a cette difficulté de maturité. J'ai 30 ans et j'ai envie de rester cette armelle de thé. Et donc, je le mets de côté. Mais je me perds. Je deviens une énorme fêtarde. Je fume de paquets de clopes. par jour. Je brûle la vie et je me dis non, non, non, ça n'existe pas. Ce monde n'existe pas et ce n'est pas moi. Et je m'oblige tous les jours à répondre à l'image que je vois de moi dans les yeux de mes parents.
- Speaker #0
Je ne suis pas si malheureuse, mais il y a une espèce de dualité énorme. Alors justement, cette dualité, est-ce que quand vous étiez enfant, Vous aviez eu des prémices, vous ressentez des choses. Là, je pense plus à d'autres personnes qui sont, comme dans votre cas, abandonnées, adoptées, où vous ne vous sentez pas à votre place. Il y a des moments où est-ce qu'on peut en parler ?
- Speaker #1
Ah oui, maman est grande, blonde, les yeux bleus. Papa est british, il a lui aussi les yeux bleus. Il adore m'appeler mon petit Bruno, c'est charmant, mais moi ça me... Je me conforte que je ne suis bien pas sortie du ventre de ma mère. Et tout le monde me regarde en disant « Oh, la petite brunette ! » Et bien en fait, à cette époque, quand on vous dit ça, ça vous fait quelque chose, ça vous fait souffrir. Parce que de quoi vous rêvez quand vous êtes un enfant ? Et une petite fille, c'est ressembler à votre maman. Et moi, je ne le ressemble pas. Et donc, maman me dira toujours que je me suis mis à parler très tard. Et c'est ce que je dis un peu dans mon livre, je dis... En fait, je crois que j'étais dans un petit coin et j'avais trop peur de retourner d'où je venais. et qu'on me réabandonne. Ma sœur est née et grande blonde aux yeux bleus. Donc je me dis, bah merde, elle a bien la bonne version. Et moi je vois tout le temps que je ne suis pas. Et puis je raconte une anecdote d'un merveilleux abandon. Je dois remplacer ma sœur en tant qu'enfant d'honneur parce qu'elle est malade. Donc je mets la petite robe extrêmement jolie. Et puis on est en train de faire des photos, je suis dans le cortège et j'entends cette phrase qui m'est vraiment restée. Oh là là, la petite brunette, vraiment, qu'est-ce qu'elle est commune, elle gâche tout. Et là, je peux vous assurer que ça m'a... Oui, ça a été... Ça m'a... Voilà. Et là, vous avez le... Et je me dis, ben oui, en fait, tu ne ressembleras jamais à ta mère. Et je fais tout, je pense que c'est ce jour-là où je dis, tu seras la plus grande bourgeoise. Et en fait, on ne peut pas dire bourgeoise. Tu vas répondre à tous les us et coutumes. de l'éducation que tu reçois. Et comme on est dans une vieille famille aristocratique, je prends tous les codes.
- Speaker #0
Alors, est-ce que vous pouvez me lister ? Non, mais rappelez, quels sont tous les codes de l'aristocratie ?
- Speaker #1
Alors, c'est la noblesse de cœur. Ça, j'y tiens beaucoup parce qu'on ne va pas être du mauvais côté. C'est vraiment être tourné vers l'autre, s'oublier et se dire qu'en fait, j'aime cette phrase, maman me disait souvent, entends-tu le cœur de l'autre ? Ça, c'est la vraie noblesse. Et puis, savoir se tenir en société, parler correctement, se tenir droit. Quand j'étais enfant, on se tenait droit et on avait, quelquefois, aux pensions, parce que j'étais en pension, on vous mettait une règle derrière, et le tenir droit. Et puis, le cœur vaillant. Le cœur vaillant. Et puis, se dire qu'on a une part divine et qu'on a un rôle et qu'on est là pour se tourner vers les autres et faire du bien.
- Speaker #0
Alors vous m'épatez parce qu'alors moi, je m'attendais à ce que vous me fassiez une liste de courbés quand on voit les gens, des salutations, et en fait vous n'avez besoin de me citer que des valeurs extraordinaires. Ah oui. Et alors peut-être que moi je suis ignare, mais je m'attendais vraiment à des choses un peu plus superficielles.
- Speaker #1
Ça je vais dire c'est le mauvais côté de l'aristocratie, mais la vraie aristocratie c'est la noblesse de cœur. Je veux dire quelque chose qui va... Maman, elle me disait, tu as la chance d'avoir l'éducation que tu as. Tu te dois d'être bonne pour ton voisin. Elle m'a expliqué ce que c'était que les aristocrates. C'était des gens qui étaient... Je suis sûre qu'il y aura plein de commentaires terribles.
- Speaker #0
Évidemment.
- Speaker #1
Mais c'était les gens qui avaient cette chance d'être très gâtés. Alors, on ne dit pas que financièrement. Qui étaient pour... D'un ton abé, ils faisaient travailler les gens. Ils les aidaient. ils les accompagnaient. En tout cas, moi, c'est comme ça que j'ai été éduquée. Maman n'était pas snob, maman ne se prenait pas, ni papa, pour quelqu'un de supérieur. Il me disait, tu dois donner l'exemple.
- Speaker #0
Non, mais ce qui est très surprenant, et d'ailleurs, vous le dites très bien, c'est que c'est vrai. Donc, OK, là, on vous voit. Non, mais c'est vrai que votre mère, votre père, dans cette famille aristocrate. Et puis, quand vous découvrez qui est votre mère, là, on comprend. C'est un monde. Un monde de patates. C'est tout ce que vous rejetez, tout ce que vous ne voulez pas.
- Speaker #1
Mais c'est ridicule. Parce que, évidemment, si j'avais écouté... Alors, Juanita avait très envie de me voir, moi, mais elle ne refusait de voir papa et maman. Et papa et maman avaient envie de la rencontrer. Et c'est ce qui a été difficile aussi pour moi, et ce qui fait que, si, je crois que je lui ai tourné le dos. Et, en fait, je pense que, moi, bêtement, je suis restée sur la surface de mon éducation, et je n'ai pas... pas appliqué les bons préceptes de maman parce que j'aurais dû voir ce que je vois aujourd'hui de Juanita, son âme. En fait, c'est ça. J'aurais dû, on va en venir à l'abandon, mais abandonner tous ces préjugés que j'avais sur ce qu'elle renvoyait d'extérieur. Mais à l'intérieur, c'est une âme formidable. C'est déjà une personne louable de m'avoir mis au monde. Et ça, à 30 ans, j'en étais pas capable. Aujourd'hui, je peux peut-être sembler d'avoir un joli discours, mais j'étais pas... Oui, oui, j'ai été costaud avec elle. Oui, ça a été un peu violent de lui tourner le dos. Parce que je suis débarquée chez elle, puis après, je repars.
- Speaker #0
Oui, mais il y a toujours une... On reproduit... Comme elle vous a abandonnée, vous êtes apparue et vous avez lâchée, c'est... J'imagine, je suis pas psychanalyste, mais j'imagine qu'il y a beaucoup de mouvements... Voilà, l'important, c'est à un moment de savoir reconnaître. Oui, bien sûr. Alors, on a parlé de l'enfance. On a senti, en tout cas dans le livre, on sent qu'à l'adolescence, il y a une énorme révolte. Bon, quand on est adolescent, on appelle ça la crise de l'adolescence, mais j'imagine que la vôtre, elle, quand même, était un peu plus... Violente ? Est-ce qu'on peut... Comment cette violence est éclairée ?
- Speaker #1
Alors, quand vous êtes ado, déjà, vous avez du mal quelques fois à digérer vos parents, à les accepter. Moi, j'avais une petite couche en plus. Et un jour, j'ai dit un truc épouvantable à un moment. J'ai dit, mais vous... Alors, je vous voyais mes parents, évidemment. Je lui ai dit, mais vous ne m'avez pas mis au monde. De quel droit vous vous prenez pour ma mère ? Et là, ça a été très... En fait, ça a mis un arrêt. sur ma façon de me comporter après, parce que j'ai beaucoup de mal à revenir. Donc évidemment, crise d'adolescent, je me surmaquille, je m'habille mal, je mens, je vole, j'adore les gens les plus terribles à l'école. En fait, je veux tout, sauf être cet enfant parfait que j'étais avant. Et puis je suis tellement mal dans mon corps. En fait, aujourd'hui, je suis capable tellement mal dans mon corps. Je vois bien. que je n'arriverais pas à être comme maman. Donc, je fais tout l'inverse. Je me mets du liner super noir. Je vais même me faire... Je suis beaucoup plus brune à l'époque. Je vais me mettre rousse. Vraiment, même physiquement, je m'allume.
- Speaker #0
Et finalement, à un moment, vous découvrez l'amour de votre mari. Comment ça se passe la première fois que vous êtes enceinte ? La maternité terrorisée. Je n'en parle à personne,
- Speaker #1
mais je n'ai aucune connaissance de ce que je porte au niveau patrimoine génétique. Je me dis, mais qu'est-ce que j'ai en moi ? Et surtout, ai-je le droit de me reproduire ? Parce que quand, à l'époque, je suis un enfant abandonné, mais je ne connais rien de mon histoire, et donc vous vous dites, j'étais abandonné, donc forcément je sais que je dois être une tare. En fait, le mot abandon... Le mot « né sous X » , il vous met dans la honte, dans la culpabilité d'être. Donc en fait, vous crevez d'envie de vous reproduire pour justifier le fait que vous êtes quelqu'un de bien. Et à côté de ça, vous êtes terrorisé. Donc quand je mets cette petite capucine, ma merveille, au monde, très vite je m'aperçois que c'est le portrait craché de son père. Mais elle me rend mère. Elle me rend capable de me reproduire. Et ça, je dis bien ce mot. se reproduire, ça peut paraître animal, mais j'ai l'autorisation d'avoir une descendance. Et en fait, oui, oui, je suis terrorisée. Et à côté de ça, je découvre un truc incroyable. C'est qu'être enceinte, c'est comme ça. En fait, ça se fait tout seul. Vous ne conscientisez rien. Je continue à sortir, à faire la fête, je continue à pratiquer un sport et je découvre que fabriquer un enfant, ça se fait. Tout seul. Et là, pour la première fois, je me dis, je comprends peut-être qu'en fait, être enceinte, ce n'est pas ça le vrai job. C'est important, mais c'est après que ça va venir. C'est vrai, c'est vrai que nous maintenant, les mamans, quand on voit les femmes enceintes, on se dit, ça, c'est que la partie visible de l'iceberg.
- Speaker #0
Mais en fait, c'est...
- Speaker #1
Vous êtes d'accord.
- Speaker #0
Oui, c'est vrai. Avoir un enfant. C'est vrai, c'est vrai.
- Speaker #1
J'avais vu un scientifique hyper drôle, parce qu'à l'époque, je bossais à Europe 1, qui me dit, mais si on avait conscience du premier mois... C'est une bombe atomique qu'on a dans le corps. Quand on sait que c'est deux cellules qui vont devenir des milliards de cellules, voilà.
- Speaker #0
Est-ce que vous vous êtes sentie aimée différemment par vos parents ? Plus aimée, moins aimée ?
- Speaker #1
Ah, j'ai eu un amour inconditionnel. Alors, papa et maman étaient très âgés, ils étaient de 22. Donc, vous voyez, j'ai une mère biologique qui avait 15 ans et une maman adoptive quand elle m'a eu, elle avait 48 ans. Donc, en fait, c'est un homme et une femme incroyables parce qu'ils nous ont eus. très tard et ils ont eu le temps de construire leur vie de couple. Donc quand on est arrivé, ils sont tout pour nous. Ils sont tout pour nous, ils sont complètement tournés vers leurs enfants. Et puis, ils ont cette phrase tout le temps merveilleuse de nous remercier d'exister parce qu'ils savent ce que c'est. En fait, ils ont conscience de la joie d'accueillir un enfant. Donc on a été, mais quand je vous dis, un amour inconditionnel mais qui était dingue. Après... Il y avait cette pression de l'éducation qu'on avait. On était quand même... Il y avait un rang à tenir. Maman était hyper exigeante. Papa était plus cool. C'était un petit... Un peu un papa-maman. Moi, j'étais très, très proche de papa. Et lui, il était derrière. Il était à relativiser. Mais maman, il fallait... Voilà. Il y avait un statut à tenir. Et c'était difficile parce qu'en fait, quand vous êtes adopté, il y a plein de choses que vous n'avez pas... Enfin, je ne sais pas comment dire. Vous vous battez pour être cet enfant qui aurait dû être dans le ventre. Et vous ne le serez jamais. Donc en fait, moi j'ai envie de dire aujourd'hui... Aux gens qui m'écoutent et qui ont peut-être le projet d'adopter, c'est allez-y, c'est extraordinaire, mais gardez l'originalité de votre enfant, comme il faut le faire quand on est nous-mêmes, avec des enfants naturels. Ne jamais oublier que l'enfant porte en lui toute cette part innée qui ne changera pas.
- Speaker #0
qu'il faut accepter.
- Speaker #1
Alors justement, quand vous en parlez, qu'est-ce que vous pouvez recommander ? On sait que l'adoption aujourd'hui, ce n'est pas facile. Il y a la maternité ou la paternité entre les PMA,
- Speaker #0
c'est des longs parcours. Qu'est-ce que vous pouvez recommander aujourd'hui ? Parfois, on a peur d'adopter. Alors, moi, c'est pas parce qu'on est du lien, c'est pas parce qu'on a son patrimoine génétique dans l'enfant qu'on va avoir que ça garantit la réussite d'une relation. Il y a des gens qui viennent du lit de leur père et de leur mère et qui ne se voient plus. Ce n'est pas parce que l'enfant ne sait pas d'où il vient que ça va être non plus catastrophique. On peut avoir un enfant naturel qui s'avère terrible. Donc c'est avoir confiance, c'est s'abandonner dans cette vie de maternité parce que vous et nous, quand on a été enceinte, on ne savait pas comment allait être l'enfant. et quand on accueille l'enfant qu'on adopte, on ne sait pas non plus. C'est un mystère, la vie est un mystère. Et puis c'est de garder vraiment cette confiance en l'amour et se dire que de toute façon la famille et l'amour est protéiforme, on n'arrête pas de nous le dire, et l'adoption est une façon comme une autre de construire une famille. Et moi je vais beaucoup militer et je voudrais que dans cette période où on est en train de réfléchir avec le Knaop qui a fait et là toute une étude de la loi, de se dire, pousser à l'adoption, pousser à l'adoption. Et là, j'ai été contactée par deux mamans de naissance, avec qui je voudrais essayer de les faire témoigner sur mon fil Instagram, de dire qu'en fait, la mère de naissance, elle a sa place aussi. Moi, je vais très loin dans la réflexion. C'est dire pourquoi ça ne serait pas un projet de deux mères. J'ai un chapitre qui s'appelle « Né de deux mères » et c'est merveilleux. Et pourquoi on ne ferait pas comme en Polynésie ? En Polynésie, c'est la grand-mère, parce que c'est matriarcale, qui choisit avec la maman de naissance, les parents. Ils assistent à la naissance, ils coupent le cordon et ils ramènent le bébé chez eux au bout de deux jours. Et c'est extraordinaire. Ça veut dire que moi, j'ai des petites nièces qui ont été adoptées en Polynésie. Et bien, leurs parents peuvent lui raconter sa naissance. Et je voudrais vraiment... Dire aux deux, en fait les deux vous êtes primordiales.
- Speaker #1
Oui, en fait, la question que vous posez c'est pourquoi est-ce qu'il n'y aurait pas... Pourquoi il y a cette opacité en fait ? Pourquoi est-ce qu'on ne pourrait pas avoir un passage ? Pourquoi est-ce qu'on a besoin de mettre un mur entre une femme qui souhaite adopter son enfant pour quelque chose ?
- Speaker #0
Parce qu'il y a de la peur des deux côtés.
- Speaker #1
De jugement.
- Speaker #0
Alors il y a la peur je pense des parents adoptants qui veulent avoir leur enfant. Il y a ce côté possédé. J'ai eu la chance de rencontrer le professeur Mattei quand je possède... qui est donc le créateur de la FIV et qui disait que le mauvais côté de cette technique révolutionnaire qui est extraordinaire, c'est qu'en fait, les parents veulent leur enfant. En fait, jamais c'est votre enfant. Même quand vous mettez votre enfant au monde, il ne vous appartient pas. Et en fait, il va y avoir un projet d'un enfant. Donc en fait, les parents adoptants, s'ils veulent ne surtout pas avoir de lien avec la maman de naissance, c'est parce qu'ils ont... peur en fait que ça ne soit pas leur enfant.
- Speaker #1
Bien sûr.
- Speaker #0
Donc c'est déjà faire évoyer peut-être les mentalités en disant en fait on n'a pas un projet d'enfant à soi, c'est le projet d'un enfant et c'est de dire on donne de l'amour et les mamans qui donnent naissance, donc ces mamans de naissance, si on les mettait en lumière et si on ne leur disait pas vous abandonnez mais vous confiez, déjà ça irait beaucoup mieux. Je comprends, je comprends qu'elles ont envie de mettre au monde dans la discrétion Mais le problème, c'est que trop de discrétion et mettre un voile sur cette naissance, ça les met dans la honte. Donc il faudrait réfléchir et essayer ensemble de trouver un projet qui, l'enfant, les parents et la mère, qu'elles soient en projet commun. En tout cas, ce qui est sûr, c'est que ces dernières années, autour de moi, j'ai pas mal de gens qui ont été adoptés.
- Speaker #1
C'est vrai qu'ils sont très heureux dans leur vie. Ils ont des parents formidables. Mais ils ont une quête et ils n'ont pas la réponse à toute la question. Non. Je pense que c'est compliqué,
- Speaker #0
évidemment. Vous voyez, aujourd'hui, on a demandé, avec le collectif NéSousX, parce qu'on a un geste qui est très symbolique. Voilà qui je suis, tant que je ne savais pas. Je suis une moitié. Donc, on demande, par exemple, la levée de l'interdiction du test ADN en France. Vous savez, en France, il y avait interdiction de faire un test ADN. On demande cette levée d'interdiction pour les gens qui sont abandonnés, parce que quelquefois vous avez des maladies. qui sont héréditaires. Et on aurait besoin de savoir quel est notre patrimoine. Il y a des cancers. Et donc, on demande déjà ça. Et après, on demande... Et on essaye de faire comprendre que de ne pas savoir d'où on vient, c'est un handicap. Et de réparer, c'est toujours plus compliqué. Le secret, en fait, c'est une catastrophe. Moi, j'aime à dire, et j'ai éduqué mes enfants comme ça, on m'a un peu... Toute vérité est bonne à dire. Et moi, je trouve que c'est vraiment difficile de savoir comment ma mère m'a eue. Mais cette vérité, elle est plus facile à encaisser que le secret. Parce que moi, je me suis imaginé tellement de choses. En fait, le secret, vous savez, c'est un nid à merde. J'adore dire ça. C'est un secret. C'est du plus, en fait.
- Speaker #1
Moi, vous pressez une convaincue. Donc, c'est ce qu'on fait beaucoup. tout ça, on est en tant que... Le silence, le déni. Le silence, quand c'est pour ne pas blesser quelqu'un, c'est OK. Mais ça ne sert à rien de garder. Il faut savoir dire, il faut savoir expliquer. Sinon, ça crée trop de lèvres.
- Speaker #0
Mais c'est vrai que ces femmes, elles sont dans la honte. Donc, si on les accompagnait ?
- Speaker #1
Bien sûr. Mais tout ça, souvent, le secret, c'est aussi l'ignorance. C'est de ne pas savoir. Donc, on n'ose pas dire. On a peur d'être jugé. En tout cas, je pense qu'il y a plein de choses qui peuvent évoluer. Et c'est très courageux. De mettre autour de la table. Oui, exactement.
- Speaker #0
Et de mettre autour de la table des gens qui le vivent.
- Speaker #1
Ce qui est drôle, moi, c'est quand j'ai reçu, quand on a échangé, j'ai pensé à l'abandon, mais je pense aussi à... Il y a des naissances hors mariage, qui sont aussi une autre forme de secret. Donc, ce n'est pas vraiment un abandon, mais on n'est pas de son père, on est d'un amant. On peut mettre des années à le découvrir, voire jamais.
- Speaker #0
C'est pareil que 30% des naissances ne sont pas du mari.
- Speaker #1
Non, mais c'est vrai que... Troisième, pardon, excusez-moi. Exactement. Et c'est vrai que tu as peu crié, je pense, et j'imagine aussi beaucoup d'incompréhension à l'adolescence en tant que mère, en tant que femme. C'est un vrai sujet.
- Speaker #0
Les dons de gamètes posent un gros problème. Il y a plein d'enfants nés de dons de gamètes qui recherchent leurs origines. Et je crois que la loi a changé, qu'aujourd'hui, quand vous donnez... Oui, on doit pouvoir faire. Oui, il n'y en a plus. Il paraît qu'on n'en donne plus. Vous voyez, c'est quand même questionnant. Ça veut dire que vous voulez bien donner tant que vous n'êtes pas responsable. Quand même, vous donnez la vie. Moi, ça pose question quand même. Donc oui, je pense que pourquoi pas, il n'y a pas de honte de donner une gamètre. En fait, moi, ce que j'aime dire, c'est que quelles que soient les circonstances de la mise en route d'un enfant, la vie est une merveille. Et il n'y a pas de honte à donner la vie. Parce qu'en fait, c'est ça que vous dites. à une femme qui abandonne son enfant. C'est tu es honteuse. Tu es honteuse d'être tombée enceinte. Alors quelquefois, c'est dans des circonstances qui peut être un viol. Ce n'est pas de sa responsabilité. Mais donner la vie, il n'y a pas de honte. Moi, je voudrais revenir à la base de la base. Donner la vie est une merveille. Même quelles que soient les circonstances. J'aime à dire, s'il s'avère que jusqu'au bout du bout, Juanita m'explique réellement que je suis née... dans des circonstances, enfin, que j'ai été conçue, je ne m'en fous, en fait. Je suis tellement heureuse d'être en vie. Alors, c'est pour ça que ce livre s'appelle « Merveilleux abandon » .
- Speaker #1
Vous l'avez lu au début. Ce n'était pas facile de le citer. Est-ce qu'on peut juste en parler ? Donc là, on a compris qu'en fait, vous avez une énorme forme de reconnaissance, que vous avez su vous réconcilier avec cette mère qui vous a abandonné, parce que vous avez compris pourquoi. Vous avez aussi eu un énorme travail sur vous-même d'accepter en fait que... Si vous étiez resté dans sa vie, vous n'auriez absolument pas eu la chance de découvrir la vie que vous avez eue. Donc c'est ça que ça veut dire merveilleux abandon ?
- Speaker #0
Alors merveilleux abandon, ça veut dire plusieurs choses. J'ai travaillé sur le mot abandon. Dans abandon, il y a don. Donc ça, vous voyez, je l'ai découvert tardivement, mais c'est donc abandonner, c'est faire le don de quelque chose. Donc en fait, elle a fait le don de la vie. Déjà, ce n'est pas si négatif que ça. Et abandonner, il y a donner. Et il y en a. C'est intéressant quand on commence à regarder autrement. Les mots, ils ont toujours une signification autre. Et pourquoi il est merveilleux, cet abandon ? C'est que je n'ai commencé à être pleinement heureuse que lorsque, évidemment, j'ai su qui j'étais. Parce que cette petite Martine, ce petit bébé intérieur, ça pour moi c'est extrêmement important de parler de cet être indicible, que nous sommes tous, que personne ne peut vous raconter. Vous, on ne peut pas vous raconter le bébé que vous étiez, mais vous savez que vous avez été un tout petit fœtus. Il y a toute une partie de votre vie qui est mystérieuse, indicible, qui pour moi est le complément d'âme que nous avons. Donc quand je me suis retrouvée à accepter ce bébé intérieur, Cette petite martinette... Martine, cette tête que personne ne peut toucher, qui est une merveille. Maman adorait me dire, quand elle voyait une personne démunie dans la rue, elle me dit, n'oublie jamais que ça a été un bébé merveilleux. C'est la vie qui l'a abîmée. C'était un petit agneau et on lui a demandé d'être un loup. Moi, j'adore ça. Et donc, pourquoi je dis merveilleux abandon ? Parce que ma mère, Juanita, elle n'aurait pas pu me garder. C'est une certitude. Elle était un enfant placé. Elle m'a attendue seule. Dans cet hôtel maternel, on aurait habité dans la rue. Je ne sais pas ce qui se serait passé, mais elle m'a donc donné, elle a fait le don de ma vie. J'ai été une surgatée, une surgatée de tout. Et donc, c'est merveilleux parce que son geste m'a mis dans, ce que j'aime dire, une seconde chance. Et celle qui n'a pas eu une seconde chance, c'est elle. Et moi, par ce geste, il a été, c'est une seconde chance. Alors, bien sûr, on va me dire, oui, mais tu sais, Armel... Il y a plein d'exemples d'adoption qui se sont mal passés. On va se calmer. Moi, ça a été terrible aussi. Je ne vais pas dire que Jean et Suzanne, alors oui, ils ont été merveilleux. J'ai eu une adolescence compliquée. J'ai été abusée quand j'avais... Je le dis. Vous en parlez dans le livre. Voilà, dans le livre. Enfin, on a tous. Et moi, j'ai décidé de regarder ce qui est merveilleux dans ce qui m'est arrivé. Parce que de toute façon, je n'ai pas le choix. Je n'ai pas le choix. Pour mes enfants, mes petits-enfants, trouver la lumière. Moi, je suis quelqu'un qui suis connectée. Je n'ai pas honte à le dire. Depuis que j'ai reconnecté avec ce petit bébé intérieur, je n'ai jamais été aussi heureuse de ma vie. En fait, c'est mon complément d'âme. Ça se voit,
- Speaker #1
ça se ressent. Le livre, je pense que c'est un lit qui se lit, qui se relit. Là où vous l'avez très bien dit, c'est que chacun a son histoire personnelle. Chacun a son avancée par rapport à un abandon, quel qu'il soit dans sa vie. Moi, j'ai trouvé ça presque drôle, touchant. Non, mais c'est un vrai travail. Je recommande à tout le monde de le lire. Je pense qu'effectivement, il y a des choses à travailler sur la parole, sur le secret. De toute manière, il faut qu'on échange les uns avec les autres. Il n'y a pas de jugement. Mais votre histoire est formidable. C'est magnifique. Vous travaillez aussi beaucoup avec votre fille qui est illustratrice.
- Speaker #0
Alors, c'est Zoé Le Gavrian qui est donc avant tout actrice. Autrice. Elle avait fait Penningen avant de faire son petit chemin intérieur pour décider d'être actrice. Et c'était vraiment son... Elle est faite pour ça. Et puis quand, en fait, avec Jouvence, quand on a commencé à parler de ce livre, je me suis dit, j'ai un rêve fou. Est-ce que ma fille Zoé, qui est mon portrait craché, pourrait illustrer ? Et Jouvence, c'est une maison d'édition extraordinaire, m'a dit oui, bien sûr. Et quand j'ai proposé ça à Zoé, elle m'a dit oui tout de suite. Et ça a été incroyable parce qu'en fait, il y a des parties dans le livre où je décris, mais je ne sais pas... C'est compliqué. Et elle, elle vient faire la bonne illustration. Et c'est aussi pour raconter la blessure d'abandon. En tout cas, nous, les mamans, on porte beaucoup de choses. Et on donne du bon et du négatif. Et que l'adoption, ça ne concerne pas que la mère de naissance et l'adopter. Après, vous avez des héritiers et des héritières. Capucine, Zoé et Hector sont héritiers de mon histoire. Mon mari, ça n'a pas été facile non plus, parce qu'avoir une personnalité comme moi, vous avez plein de nombres, j'aurais pu divorcer dix fois. On imagine en vous entendant que vous avez mille vies. Voilà. Et donc, en fait, Zoé, elle s'est emparée du sujet. Elle a rencontré ma mère biologique. On travaille sur un projet de documentaire pour dire, en fait, que les héritiers, eux aussi, portent quelque chose. Et si je ne me répare pas, ils n'arrivent pas à se réparer. Et j'ai eu la chance d'avoir un petit-fils qui s'appelle Georges. Et je pense qu'en se réparant tous, Georges est l'héritier de cette histoire et il est libre. Toutes les chaînes sont coupées, tous les noms dits. Il n'a plus de projection normative. Je le regarde et je lui dis, « Mais mon petit bonhomme, tu es libéré de tout. »
- Speaker #1
C'est magnifique.
- Speaker #0
Voilà.
- Speaker #1
Merci mille fois pour toutes ces confessions. Il faut lire le livre, il y a plein d'anecdotes très puissantes.
- Speaker #0
Merci.
- Speaker #1
Et puis, je serais ravie de vous recevoir. Quand votre documentaire est prêt avec votre fille, pour qu'on reparle de ces sujets passionnants, en tout cas qui méritent d'être creusés. Merci beaucoup. Merci Armelle, à bientôt. Si tu as aimé ce podcast, abonne-toi pour ne rien manquer des prochains épisodes, soutenir Cerveau Puissant et suivre toutes les actualités, les échanges à venir et les contenus que je prépare pour continuer à nourrir ce qui fait vraiment la différence.