- Speaker #0
Bienvenue chez Cerveau Puissant, le podcast des phrases qui réveillent. Un espace où l'on parle de ce qui façonne une vie, des pas qu'on dépasse, des mots qui sauvent, des chocs qui révèlent, des valeurs qui tiennent debout. Chaque semaine, je vais chercher la phrase fondatrice d'une personnalité. Une phrase qui a construit, brisé, transformé ou sauvé. Parce que certaines paroles deviennent des boussoles, parce que tout commence par une prise de conscience, parce que chacun porte en lui une lumière en attente. Merci pour votre soutien incroyable depuis le lancement de Cerveau Puissant. Likez, commentez, partagez et boostez sur YouTube. C'est comme ça qu'on va continuer à grandir avec vous. J'ai la chance d'être soutenue pour ce podcast par l'agence de communication SAF. On se marie en pensant que ce sera pour toujours. Pourtant, selon les périodes, 4 à 5 mariages sur 10 peuvent se terminer par un divorce. Nous consacrons parfois un an à préparer notre mariage, mais combien de temps passons-nous à comprendre le contrat que nous sommes en train de signer ? Pourquoi connaissons-nous souvent mieux notre plan de table que notre régime matrimonial ? Aujourd'hui, je reçois Laurie Collin, avocate spécialisée en droit de la famille depuis plus de 18 ans et l'une des avocates les plus reconnues à Paris dans sa discipline. Laurie intervient dans les grandes ruptures de vie, les séparations, les divorces, les successions, les conflits liés à l'autorité parentale, à la résidence des enfants et à la transmission. Tous ces moments où une famille doit se réorganiser, où les équilibres changent, où il faut protéger, décider et parfois se reconstruire. Mais Laurie n'est pas seulement une avocate que j'admire. Elle a été mon avocate. Elle m'a accompagnée pendant ma propre séparation, à une période où il fallait comprendre vite, prendre les bonnes décisions. et ne pas laisser la peur ou l'émotion décider à ma place. J'ai découvert une femme d'une intelligence redoutable, précise, stratégique, capable de comprendre immédiatement les rapports de force et de voir ce que les autres ne voient pas encore. Avec elle, nous allons parler de ce que nous devrions tous connaître avant de nous marier, de nous séparer, d'hériter ou de prendre une décision concernant nos enfants. Parce que le droit de la famille intervient souvent au moment précis. où une vie bascule. Laurie, je suis honorée de te recevoir aujourd'hui.
- Speaker #1
Merci Claire pour cette introduction magnifique. Bravo.
- Speaker #0
Écoute, j'essaye d'honorer ta carrière, tes compétences et aussi tout ce que tu fais parce qu'on va en parler. Je pense que de toutes tes expériences, elles sont riches de beaucoup d'apprentissage humain et c'est de ça dont j'ai envie de parler aujourd'hui. Alors, on commence toujours de la même manière chez Cerveau Puissant par... Quelque chose qui te tient debout dans ton quotidien de femme et dans ton quotidien d'avocate, est-ce que tu pourrais nous le partager aujourd'hui ?
- Speaker #1
Alors oui, j'ai écouté un petit peu ton podcast, qui est formidable. Je n'ai pas moi de citations, je ne suis pas du genre à me lever le matin en citant Proust, Mallarmé ou Stendhal, mais j'ai effectivement des valeurs comme ça qui me portent, des petits mantras. Et j'ai été élevée par mon beau-père qui était skipper professionnel et qui disait tout le temps pas de blabla des résultats. Et ça, c'est quelque chose que je me répète souvent parce que je suis vraiment mue par cette espèce, dans ma pratique professionnelle et évidemment aussi dans ma vie personnelle par la force des choses, mais par cette espèce de souci d'efficacité en fait, d'efficacité pour moi et surtout parce que c'est un peu... mon truc dans la vie d'efficacité pour les autres.
- Speaker #0
Alors ce qui est vrai, c'est que pas blabla que du résultat, ça te définit extrêmement bien parce que c'est vrai que tu as quand même une carrière assez incroyable. Tu es considérée en vrai à Paris et je pense en France comme une des meilleures avocates en droit de la famille. Mais tout ça, c'est une ambition que tu as eue et que tu t'es promise très jeune ? Comment tu es arrivée dans cette carrière ?
- Speaker #1
D'abord, on est plusieurs très bons avocats en droit de la famille à Paris et en France. On a un barreau très sympa d'ailleurs à cet égard. Alors moi, je suis arrivée complètement par hasard au droit de la famille. Complètement par hasard. Je ne voulais pas particulièrement être avocat au départ, mais ma sœur, jumelle, qui est également avocat, avait commencé ses études de droit. Et un peu par mimétisme, je suis partie là-dedans aussi. Donc le droit, c'était un peu un hasard. Ensuite, je voulais faire plutôt de la propriété intellectuelle et donc pas du tout du divorce. Et je me souviens d'ailleurs que quand j'ai atterri complètement par hasard dans un cabinet qui ne faisait que du droit de la famille, j'avais le sentiment que c'était la femme de ménage du palais qui faisait les séparations, etc. Et j'ai eu un coup de foudre, pour reprendre ce champ lexical que j'utilise tout le temps, un coup de foudre pour cette matière. Et j'ai senti très vite que je pouvais apporter quelque chose et que c'est une matière qui me définissait totalement, en fait. Parce que j'ai cette passion des autres. J'ai cette passion d'écouter la vie des gens. Et d'ailleurs, dans les dîners, au bout de cinq minutes, j'ai tous les arbres généalogiques des uns, des autres, etc. Et ce n'est pas pénible du tout pour moi. C'est quelque chose que j'adore. J'adore écouter les gens. J'adore écouter des histoires de vie. Et ensuite, pas de blabla des résultats. Cette sensation, les premières fois, je me souviens très bien, ça fait 21 ans que je suis avocate. Cette sensation d'avoir réglé un problème, c'est hyper satisfaisant.
- Speaker #0
C'est vrai qu'on dit que dans une vie, il faut avoir un bon médecin, il faut avoir un bon comptable, et puis il faut avoir un bon avocat. Parce que cette sorte de situation, en fait, quand il y a des situations compliquées, et pas que dans le droit de la famille, avoir quelqu'un qui est capable de t'apporter une certaine clarté assez rapidement des solutions et des résultats, c'est essentiel pour te sauver souvent d'une vie qui peut être terriblement pénible.
- Speaker #1
C'est ça. Et alors, avant les résultats, et tu as parfaitement raison, tu as la clarté ou j'allais dire plutôt la visibilité. C'est-à-dire que quand les gens viennent me voir la première fois, donc ils sont dans une phase où... soit ils envisagent une séparation et ils ont besoin de savoir un peu où ils vont, parce qu'en réalité, je vais pouvoir les aider à prendre une décision parce qu'ils ont besoin d'avoir un chemin, ou alors ils sont déjà, à leur corps défendant généralement, plongés dans une séparation. Et là, j'utilise cette expression parce que je la trouve très parlante, c'est la machine à laver. Ils sont bousculés à droite, bousculés à gauche, ils ne savent absolument pas où ils vont. Et en fait, mon premier rôle et ma première responsabilité avant... de balancer des concepts juridiques, de donner des chiffres, de calculer pensions, etc. C'est de leur donner la feuille de route. Et de leur dire, voilà, ça va se passer comme ça. Ensuite, on va faire comme ça. On va faire par étapes.
- Speaker #0
Est-ce que tu peux nous donner une feuille de route typique, justement, du processus psychologique d'un éventuel besoin de divorce ?
- Speaker #1
Alors, d'abord... Le processus psychologique d'un éventuel besoin d'un divorce.
- Speaker #0
C'est-à-dire, merci pour l'avocate qui reprend les... Non, mais c'est-à-dire, quelqu'un arrive dans ton cabinet et il te dit, peut-être qu'un jour, j'aimerais avoir les étapes que représente un divorce. Et toi, tu vas dire, d'abord...
- Speaker #1
Quand quelqu'un s'interroge, quand quelqu'un a cette idée que peut-être il va se séparer ou être quitté, etc., et qu'il me demande comment ça va se passer, qu'est-ce qui va se passer ? Donc là, j'explique tout ce qu'il va falloir régler. Donc, il va falloir régler le logement. Il va falloir régler le sort des biens immobiliers que vous avez ensemble. Il va falloir évidemment s'occuper de tout ce qui concerne les enfants. Donc, comment vous allez vous organiser une fois séparés ? Qui va payer quoi ? Et je fais des schémas, moi. C'est un truc que j'ai toujours fait, depuis toujours. J'ai des blocs de papier jaune. Et il y a beaucoup de gens qui me disent « Ah, le fameux papier jaune ! » Et je fais des schémas, je fais des chronologies, et je suis hyper scolaire. C'est-à-dire que j'ai dans ma pratique quelque chose de très scolaire, parce que je pense que si on ne comprend pas ce qui va se passer, on ne peut pas accepter et on ne peut pas se projeter. Et en fait, tout l'exercice de la séparation, c'est la projection. Et moi, en dehors de mes qualités probablement juridiques, j'ai ce truc, je crois, que mes clients aiment beaucoup, j'accompagne. Je donne une vision et je soutiens beaucoup les gens. Et on me dit d'ailleurs souvent, en fait, tu es mi-psy, mi-avocat. Je ne sais toujours pas la proportion.
- Speaker #0
Alors moi, je confirme. Parfois,
- Speaker #1
c'est plus de 50% psy.
- Speaker #0
Je confirme. Moi, je dis souvent que, en tout cas, grâce à toi, en vrai, dans une situation compliquée pour moi, et comme je pense pour tous, en fait, se séparer, c'est terrible. Et ça remue beaucoup de choses, bien plus qu'on ne le pense, en fait, de ton histoire, de ton passé, de tes valeurs et de ce sentiment d'échec qu'on doit... quand même de manière générale dans la vie à tout s'accepter. Et c'est vrai que tu avais un accompagnement. Moi, tu as été un peu un rôle modèle au féminin d'une certaine manière d'apporter des résultats et des réponses stratégiques à des émotions, de sentiments de machine à laver. En fait, je n'arrivais plus à organiser mes pensées, mes sentiments. Et en fait, j'étais complètement perdue. Et je pense que tous tes clients, que ce soit les hommes ou les femmes, on est assez... L'échec de notre famille nous bouleverse terriblement. C'est un deuil, en fait.
- Speaker #1
C'est complètement bouleversant. Mais après, moi, je ne peux pas soutenir, et Dieu sait que je peux plaider tout et n'importe quoi, mais je ne peux pas soutenir qu'un divorce n'est pas un échec. Un divorce, c'est un échec. Mais encore une fois, et je suis... très à l'écoute, très humaine et en même temps, très dure. Très dure. Parce que je ne suis pas la bonne copine. Je ne peux pas être une bonne copine, en fait. Et je ne peux pas m'épancher et dire « Ma pauvre dame, c'est pouvantable si vous arrivez. » Non. À un moment donné, cheer up. Moi, je suis là aussi pour porter le truc, pour avoir suffisamment de recul, pour engueuler mes clients, d'ailleurs. J'engueule assez allègrement. Je confirme. Parce que c'est important de... C'est ce que j'apporte. Je les drive, je les réveille. Et j'ai quand même ce truc, et c'est peut-être un autre mantra, quelqu'un qui compte beaucoup pour moi, qui me l'a dit, même à titre personnel, plusieurs fois. Ça va bien se passer. En fait, moi, je veux que ça se passe bien. Et quand je veux que ça se passe bien, ça se passe bien. N'importe comment. Ça va bien se passer.
- Speaker #0
Et puis, Maïra, toi, tu es là pour prendre le lit sur le client, parce que tu connais tellement, comme tu dis, le schéma, le temps judiciaire, qu'en fait... Tu es là aussi pour gérer ça et tu connais toutes les étapes psychologiques de ton client. Et donc, tu le devances sur les éventuelles émotions et tout ce que ça peut représenter. Tu dis d'ailleurs, le temps judiciaire n'est pas du tout le temps de la famille. Et ça, c'est très vrai. En fait, on ne se rend pas compte quand on enclenche une procédure. Et c'est vrai de manière générale pour toutes les affaires judiciaires. On sait quand est-ce que ça commence. On ne sait jamais quand est-ce que ça finit.
- Speaker #1
Je dis même plus précisément, le temps judiciaire n'est pas un temps humain. Ce n'est pas un temps supportable, en fait. Et c'est la raison pour laquelle, dans ma pratique, je fais tout pour ne pas conduire mes clients au contentieux. Parfois, on n'a évidemment pas le choix, donc je gère évidemment beaucoup de contentieux, mais je fais vraiment en sorte de sortir la famille des tribunaux. Parce que, non seulement c'est insupportable sur le plan, d'abord financier, parce que ça coûte une fortune, sur le plan de la charge mentale, sur le plan des ulcères à l'estomac que tout le monde va se faire, mais ça abîme énormément. Parce que quand on met l'orteil dans cette machine judiciaire, oui, on est un peu broyé, mais on est aussi entraîné dans un espèce de système où il va y avoir une escalade de la violence. Et à la fin, quand ça se termine, parce qu'on ne sait pas quand ça se termine, mais ça se termine à un moment donné, moi j'ai cette image de gens qui ont été, mais rincés, et qui ne sont plus en capacité de se parler et qui sont quand même parents. Et de laisser des gens comme ça, parce qu'après on ne les voit plus, nous on se voit encore parce qu'on est devenus amis, on a été amis, mais tu ne les vois plus et tu te dis de laisser des gens sur le bas-côté, rincés, décomposés, qui vont se faire la gueule sur la photo de mariage de leurs propres enfants, moi c'est bouleversant, c'est l'inverse de ma pratique. C'est l'inverse de ma pratique. C'est pour ça que vraiment, j'ai cette culture de l'accord. J'ai cette culture de faire faire des concessions à mes clients parce que je leur dis, moi, je peux vous l'écrire ce qui va se passer. Si on va devant le juge, je vais vous l'écrire. Et c'est là où tu parlais de confiance tout à l'heure. Pour qu'une relation avocat-client fonctionne bien, il faut de la confiance. Parce que moi, je sais. Mes clients ne savent pas, ce n'est pas leur métier.
- Speaker #0
Alors, ce qui est très surprenant, c'est... Je ne sais pas si on peut dire que tous les cas sont classiques, mais ce qui est vrai, c'est qu'on voit un peu des schémas. Enfin, tu as un peu des familles. Je pense qu'une famille arrive où une femme, un homme, tu sais déjà un peu ce qui va se passer parce que tu as tellement d'expérience. Et en fait, tu peux déjà dire, enfin, tu pourrais mettre dans des types, tu vois la famille en disant ça, c'est la famille qui va y arriver facilement avec une médiation. Ça, c'est une famille, ils vont commencer à se faire des coups bas. Et ce qui est vrai, c'est là où tu as raison, c'est que si tu te mets dans la machine judiciaire, il y a un moment où comme... on doit être un peu plus violent, on doit être un peu plus tactique. Et en fait, si un commence à être tactique, l'autre répond. Et là, il y a une vraie escalade de violence. Et l'être aimé, l'ex-être aimé, ne se rend pas toujours compte de ce que l'autre va être capable. Et ça, c'est quelque chose, en tout cas, que moi, j'ai beaucoup découvert, où en fait, on se rend compte qu'on découvre l'autre sur les sujets, évidemment, d'argent dans certaines situations, de garde d'enfants. de panique, de plein de choses, où en fait, l'état de panique, on peut dire qu'il est normal, révèle la vraie nature des gens. Et on peut avoir passé 20 ans de sa vie avec quelqu'un, et sur des sujets d'argent, c'est un peu aussi le cas d'ailleurs dans les successions, et on peut voir des gens qui deviennent, qui brillent en fait.
- Speaker #1
Il y a deux choses. D'abord, moi je crois que, en contentieux, plus de la moitié de mes clients me disent, en parlant de... Leur femme, leur mari, le père ou la mère de leurs enfants. Je ne connais pas cette personne. Et il y a une écrivaine qui avait écrit un bouquin sur son divorce et qui commençait ce roman en disant qu'on devrait toujours commencer par divorcer de la personne qu'on va épouser. Comme ça, on sait très bien à qui on a affaire. Parce qu'effectivement, c'est des moments de vie qui font ressortir chez l'humain, ce qu'il y a de plus extrême en réalité. Mais je pense que c'est la peur qui crée ça. Surtout quand on a peur, dans ces moments, les moments de guerre, les moments de crise, etc. Quand on a peur et qu'on panique, il y a quelque chose de très animal qui ressort. J'allais dire en bien comme en mauvais. Et puis après, l'argent, c'est le sujet de conflit dans les familles. L'argent, le sexe, l'amour, le désamour, c'est quand même des sujets très, très compliqués. Et l'argent, encore une fois, en lien, je crois, avec la peur. La peur de manquer d'argent, la peur de s'appauvrir, la peur de diminuer de niveau de vie, la peur de voir l'autre continuer quand nous, on ne va pas y arriver. Enfin voilà. Et bon, c'est toutes ces craintes-là qu'on est là, nous aussi, les avocats en droit de la famille, on est là pour les apaiser, pour dire oui, il y aura un peu de ça, mais vous allez vous refaire. Il y a des mécanismes de compensation, il y a des mécanismes de rééquilibrage, etc. On est là pour rassurer aussi beaucoup.
- Speaker #0
Alors justement, quelle est la première erreur commise par une personne qui envisage de se séparer ?
- Speaker #1
De ne pas aller voir un avocat. Il faut aller voir un avocat.
- Speaker #0
Même pour consulter et même si ça ne se termine pas en divorce.
- Speaker #1
Pour avoir une vision. Après, personne ne commet d'erreur majeure. Évidemment, il y a autant de dossiers de divorce qu'il y a de familles. Il y a parfois des gens qui partent et c'était une mauvaise idée de partir. Pas parce que le domicile conjugal est abandonné, puisque ça, ce n'est plus une faute depuis très longtemps, mais parce que stratégiquement, c'est une connerie. Il y a des gens qui s'y prennent n'importe comment avec leurs enfants. Il y a un milliard de petites erreurs qu'on peut commettre. Il n'y a pas d'erreur majeure sauf insulter, battre, tuer. À part ça, il n'y a pas d'erreur majeure. Mais en revanche, on peut accumuler des petites erreurs qui font qu'on se retrouve au démarrage d'une séparation dans une mauvaise posture. C'est pour ça qu'il faut aller voir un avocat. D'ailleurs, on me pose toujours la question, qu'est-ce que je peux faire, qu'est-ce que je ne peux pas faire ? Vous ne pouvez pas insulter votre mari, vous ne pouvez pas le frapper. Monsieur, vous ne pouvez pas découper les affaires de votre femme. J'essaie de mettre aussi un peu d'humour là-dedans pour leur expliquer. Personne ne va commettre un acte tragique. Mais il faut garder la tête froide, faire les choses tranquillement et essayer de ne pas trop abîmer.
- Speaker #0
Garder des écrits aussi ? Plutôt que d'aller dans le verbal, il vaut mieux les mails, les textos ?
- Speaker #1
Ça peut servir. On est dans une ère, et ça je l'ai vu, parce que j'ai commencé il y a 21 ans, où l'écrit, c'est une bonne chose, mais c'est aussi hyper problématique. Parce que les gens s'écrivent, font hyper attention à ce qu'ils s'écrivent, ne sont pas naturels du tout, font relire par leurs avocats. Maintenant, ce n'est plus l'avocat qui relit, c'est Chadjepeté ou Claude. Moi, je vois direct. Et en réalité, tu peux... perds en spontanéité, les gens sont tétanisés et tu vois d'ailleurs quand la procédure s'arrête, les gens reprennent une communication normale. Enfin, ils se parlent normalement. Je ne reviendrai pas sur les trois points que tu as énoncés, mais toutefois, petit 1, je ne suis pas d'accord, petit 2, je ne suis vraiment pas du tout d'accord, petit 3, de quoi tu parles ? Et en fait, c'est une forme de communication violente, ça. Les cris créent quand même de la défiance et une forme de communication violente. Mais bon, c'est... Il faut passer par là, en fait. Tu n'as pas le choix. Moi, je ne peux pas dire aux gens arrêtez d'écrire ou qu'on y va. Il faut aussi passer ces étapes-là, ce chemin-là. Et on voit que le temps, comme pour tout d'ailleurs, vraiment s'en a vers.
- Speaker #0
Quelle est la... Bien sûr. Quelle est la... Et surtout, comme tu dis, on s'en remet toujours quoi qu'il arrive à la fin.
- Speaker #1
Oui. À peu près.
- Speaker #0
À peu près. Quand ce n'est pas trop grave. Là, je parle des divorces.
- Speaker #1
Il y a évidemment des cas extrêmes. Il y a des enfants très, très, très, très abîmés. Très, très abîmés. Et puis, des procédures qui se poursuivent après le divorce. Il y a des choses terribles en matière de droits de la famille. C'est pour ça qu'il faut être embêté ou armé, quand même.
- Speaker #0
Quelle est justement l'affaire qui t'a le plus, toi, affectée psychologiquement ou humainement ? Parce qu'un avocat reste évidemment un avocat.
- Speaker #1
Oui, les affaires qui m'affectent le plus, c'est les affaires de violence. Les conflits de loyauté très graves autour des enfants que je trouve dramatiques. Les ruptures de liens entre un enfant et un parent. Ça, ça m'affecte. Non, ça ne m'affecte pas. Je dois rester froide face à ça, mais je trouve que c'est très compliqué pour les gens. En fait, moi, ce qui m'affecte, c'est... C'est les conflits qui se poursuivent quand le procès s'est terminé. Ça, ça m'agace. Et il y en a beaucoup ? Oui, il y en a beaucoup. Il y en a beaucoup. Maintenant, on félicite les gens quand ils réussissent à se divorcer par consentement mutuel et qu'on les voit dans la même pièce et on dit « c'est extraordinaire ce que vous avez fait » . Oui, c'est vrai, mais ça devrait être la règle en réalité.
- Speaker #0
Et alors justement, quel est le meilleur souvenir que tu as avec… ?
- Speaker #1
Eh bien ça ! Les gens qui se respectent, les gens qui ont compris qu'il reste une équipe. Les signatures de divorce, j'en ai une là, il y a quatre jours, c'était joyeux. C'était ultra joyeux, on riait. Le mari et la femme étaient apaisés. On sentait que les enfants étaient cools. Voilà, ça c'est des... des choses sympas. Après, j'ai des très bons souvenirs de plaidoiries très amusantes, de grandes satisfactions face à des jugements, des arrêts, etc. Des satisfactions professionnelles plus personnelles, on va dire. Mais ce qui me satisfait, c'est de sortir les gens de la misère. Ça, j'adore. Ça, j'adore.
- Speaker #0
Alors, que devrait absolument comprendre chaque couple avant de se marier ?
- Speaker #1
Qu'il faut communiquer en amont, surtout, en fait. notamment sur tous les sujets éducatifs, financiers. Quand on décide de se marier, on ne se marie pas juste pour la robe blanche, les copains. Tu l'as dit, c'est amusant. On se souvient plus du plan de table. Oui, c'est certain. C'est comme les honoraires de l'avocat. Ils n'ont pas de difficulté, les gens, à payer des fortunes pour leur mariage, mais payer l'avocat qui va les divorcer, ça les rend complètement zinzin. Ce que je comprends d'ailleurs. Ce n'est pas une dépense à laquelle on aimerait échapper. Mais non, je crois qu'il faut pouvoir se dire, quand on se marie, qu'un acte fort qui suppose des devoirs, une mise en commun de niveau de vie, et il faut se dire les choses. Qui va payer quoi ? Comment on va gérer notre quotidien ? Comment on va répartir les tâches ? Alors c'est un peu pénible ce genre de discussion, on n'est pas obligé de les avoir tous les jours. Qu'est-ce que tu vas faire pour moi ? Qu'est-ce que je vais faire pour toi ? Comment est-ce qu'on a envie d'élever nos enfants ensemble ? Si on se parle de tout ça, on n'a pas trop de mauvaises surprises à la fin. Effectivement, moi, j'ai des femmes et de plus en plus aussi maintenant des hommes qui arrivent et qui ne savent pas dans quelle proportion a été acheté l'appartement. Est-ce qu'il y a un emprunt ? Je ne sais pas. Et votre mari, quels sont ses revenus ? Je n'en sais rien. Et comment vous fonctionnez ? J'ai une carte sur le... sur le compte de mon mari et vous dépensez combien par mois, je ne sais pas.
- Speaker #0
Ça, c'est un peu la majorité des gens qui viennent te voir, non ?
- Speaker #1
De moins en moins. Parce que d'abord, les gens sont beaucoup plus éduqués à ces trucs-là. Les femmes sont beaucoup plus indépendantes, beaucoup plus outillées sur ces questions-là. Parce que c'est les femmes quand même au démarrage. Bien sûr. Quand j'ai commencé, c'est les femmes qui ne savaient pas trop. Maintenant, elles savent. Très bien.
- Speaker #0
C'est marrant parce que toi, tu as ce sentiment-là, mais moi... J'ai quand même beaucoup d'échos encore de justement, je ne sais pas combien gagne mon mari, je ne sais pas, je ne connais pas, on n'en parle pas vraiment, c'est lui qui gère. Tu as raison, parfois, ça arrive que ce soit la femme, mais quand même, globalement, moi, je trouve que dans la majorité des cas, on se rend compte que ça reste encore les pots de yaourt. La femme dépense les habits des enfants, les activités scolaires et les courses. toutes les semaines.
- Speaker #1
J'avais parlé dans un précédent podcast de cette histoire de pot de yaourt qui m'a poursuivi dans des semaines, mon histoire de pot de yaourt. Oui, ce que je disais effectivement, si le mari paye, c'est des schémas hyper traditionnels mais qui existent évidemment encore aujourd'hui. Le mari paye l'appartement, les impôts, toutes les charges fortement fortes. Et la femme, la nounou, il est plein de bouffe. Et à la fin, alors, de moins en moins, parce que maintenant, on a des systèmes, je ne vais pas rentrer dans des sujets techniques, mais à la fin, quand tu divorces, tu te dis, ben voilà, en fait, c'est moi qui ai payé tout le prêt de l'appartement ou c'est moi qui ai payé tous les travaux de l'appartement. Donc, je dois récupérer tout ce que j'ai mis là-dedans. Et puis, j'ai payé tes impôts. Donc, tu vas me rendre tous les impôts parce que tu devais payer tes impôts. Et la femme, elle ne va pas faire vomir aux enfants les yaourts. Voilà. Donc, là, il y a déjà un déséquilibre qui s'est créé et qui dit déséquilibre, dit frustration. Et qui dit frustration, dit grande colère. Et qui dit grande colère, dit potentiel contentieux, et escalade de la violence, et la boucle est bouclée. Donc il faut essayer de dire, c'est pas juste. Ce n'est pas juste. Donc d'accord, vous avez raison sur le plan juridique, cher monsieur, mais est-ce qu'on ne peut pas envisager une solution qui consisterait à ce qu'on fasse un pacte ? Et c'est ça le vrai boulot de l'avocat. L'avocat en droit de la famille plaide, évidemment, porte la parole de ses clients, et la robe, le tribunal, etc. Mais la vraie vertu de l'avocat en droit de la famille, c'est la négociation, je crois.
- Speaker #0
De toute manière, quand on veut séparer, le premier truc un peu à faire, c'est aussi de se faire la liste des dépenses, de toutes les dépenses. Les budgets. Les budgets.
- Speaker #1
Les fameux budgets.
- Speaker #0
Et alors ça, c'est vrai que c'est un peu un exercice…
- Speaker #1
Indispensable.
- Speaker #0
Indispensable. Tu vois, dans les premiers conseils, c'est combien vous dépensez en couple, avec ou sans enfant. Enfin,
- Speaker #1
je veux dire,
- Speaker #0
vous devez savoir en fait.
- Speaker #1
Il faut évaluer le niveau de vie. Oui. Et c'est un exercice qui est salvateur. Moi, j'ai des clients qui le font et qui me disent « j'avais pas idée » .
- Speaker #0
Oui ?
- Speaker #1
Je ne l'avais pas aidé parce que... Ça permet d'abord d'identifier les besoins. Et ensuite, parce qu'un divorce n'a jamais vraiment enrichi personne, on essaye de faire en sorte qu'il n'y ait pas trop de bouleversements, mais ça n'enrichit pas particulièrement, de voir aussi, en tout cas pour les premières années, sur quel poste on peut faire des coupes. Donc ça, ça participe à ce que je te disais tout à l'heure de la visibilité. Et c'est un exercice ultra important.
- Speaker #0
Non, concrètement, ce qu'il faut quand même rappeler, en vrai, dans la majorité des cas, c'est qu'un divorce est quand même toujours un approvissement sur les premières années. Enfin, le temps de se remettre.
- Speaker #1
Tout le monde, qu'on gagne 1000 euros ou 10 000 euros par mois ou 20 000 euros, 40 000 euros par mois.
- Speaker #0
Les seuls bénéficiaires dans le cadre matériel, c'est les enfants qui, au lieu d'avoir une... Enfin, ils peuvent bénéficier de plus d'activités parce qu'ils vont faire des activités avec le papa et avec les mamans. Hors cadre, évidemment, émotionnel et affectif. Où la sépation est énormément ressentie. Mais sinon, pour chacun des...
- Speaker #1
Et encore, il y a eu un article très intéressant qui était sorti il y a quelques mois ou quelques années qui disait qu'effectivement, il y a quand même aussi un appauvrissement des enfants dans le sens d'une dégradation du niveau de vie de l'enfant. C'est-à-dire que mutualiser les dépenses, c'est le concept de la colocation en fait, c'est plus favorable que de ne pas les mutualiser. C'est compliqué d'offrir à un enfant les mêmes activités la semaine de l'échec de son père ou pendant la vacances, la semaine de l'échec de sa mère. C'est compliqué aussi. Donc, les enfants, effectivement, je pense, pâtissent quand même aussi au démarrage d'une baisse de niveau de vie. Après, sur le plan affectif, je trouve que... Alors, le divorce n'est jamais une vertu, évidemment, pour les enfants. C'est compliqué, mais ils sont tellement résilients. Mais bon, c'est des... Tu l'as dit. 4 ou 5 divorces sur 10. C'est quasiment 1 sur 2. Les enfants, maintenant, ne sont pas habitués, mais c'est des schémas qu'ils connaissent. Mais c'est vrai que la qualité du temps que l'enfant passe avec chacun de ses parents, séparé, peut être quelque chose d'ultra intéressant pour l'enfant de parents séparés, je trouve. Si on doit remonter le moral d'un enfant...
- Speaker #0
Exactement.
- Speaker #1
dont les parents viennent de se séparer, c'est en dehors de lui dire « t'as toujours ton papa, t'as toujours ta maman qui t'aime, qui sont là pour toi » , c'est de lui dire « tu vas passer un vrai temps de qualité avec chacun » , alors que quand tout le monde est en même temps et tout le monde vit ensemble, c'est pas que c'est plus bordélique, mais effectivement, chacun a ses trucs, chacun est dans sa routine et on est peut-être moins attentifs aux cotisations.
- Speaker #0
C'est vrai. Ça marche pas pour tout le monde. Bien sûr. Non, mais ce qui est important, c'est que c'est vrai que je pense que l'angoisse d'un parent quand tu se sépares, La honte l'a pas. peine, la tristesse, le deuil, la peur et la culpabilité. Tu culpabilises pour tes enfants d'être une mauvaise mère, un mauvais père, c'est terrible. Et c'est vrai que moi, je suis passée par là et en fait, là où je te rejoins, c'est qu'on peut avoir une merveilleuse famille recomposée. Et ça, il faut mettre de l'espoir dans les gens qui se séparent. On peut rater un moment de notre vie, on peut louper des étapes, on peut être très nul sur certains plans affectifs, mais on peut un jour retrouver l'amour. Et ça, c'est quand même hyper important parce que...
- Speaker #1
En fait, cette culpabilité dont tu parles, qui est évidemment hyper présente, mais qui passe. Elle passe. Mais c'est très judéo-chrétien. Cette culpabilité, c'est surtout, je crois, de mon expérience, la culpabilité de la fin de la famille. Alors évidemment, on a toujours peur d'être un mauvais parent. priver son enfant, ses enfants d'une cellule familiale classique. On a l'impression qu'on leur a coupé les deux jambes. Et en fait, effectivement, quand les gens se reconstruisent, parce qu'ils finissent évidemment par se reconstruire, qu'ils offrent un autre schéma, mais qui reste une famille. Parce qu'une mère et son enfant, c'est une famille.
- Speaker #0
Bien sûr. Un père et ses trois enfants, c'est une famille. Mais ce n'est plus une famille au sens traditionnel du terme. Donc, c'est vrai que quand le temps passe, c'est pour ça que la culpabilité redescend aussi à un moment donné et qu'on voit qu'on peut offrir des schémas qui rendent heureux les enfants, on commence à aller un peu mieux. Mais la gestion de la culpabilité, elle est compliquée. Elle fait partie des choses très compliquées au moment où on se sépare. Très compliquées.
- Speaker #1
Donc, c'est pour ça qu'il faut donner espoir à tous ces parents qui envisagent la séparation. Il vaut mieux. parfois se séparer quand... Ça peut être plus toxique pour des enfants, un couple qui ne s'entend pas bien, que des familles recomposées. Et puis aussi, je pense qu'il faut travailler humainement aussi sur soi en tant qu'adulte pour comprendre pourquoi on a été amené à ces erreurs-là et quels sont les schémas familiaux aussi ou les schémas invisibles qui nous poussent à avoir raté certaines choses pour mieux reconstruire après.
- Speaker #0
Oui, alors moi, je ne suis pas du tout une gourou du divorce parce que je le dis souvent, j'ai deux passions dans la vie, les divorces et les mariages. J'adore les mariages. J'adore ça. parce que je trouve ça hyper beau, hyper joyeux et peut-être que parce que comme je vois que des gens qui sont dans des parcours de vie compliqués qui ont des... Je digresse deux secondes, mais moi les gens me disent tes clients ils sont contents de toi. J'ai dit non mais mes clients ne sont pas contents en fait. Les clients ont des problèmes. Donc en fait, je n'ai pas de clients contents. J'ai des clients qui sont contents de la manière dont je travaille, mais je n'ai pas que les clients contents d'être dans mon bureau. Et d'ailleurs, il y a plein de gens que je vois À qui je dis, attendez, je vois bien que c'est complètement surmontable, votre histoire, je change un peu de casquette, c'est surmontable. Est-ce que vous avez envisagé une thérapie de couple ? Est-ce que vous avez envisagé des choses comme ça ? Vous savez qu'on peut pardonner telle ou telle erreur ? Je suis capable de livrer ces discours-là. Et je vois aussi des gens qui arrivent dans mon bureau, ils sont généralement des gens d'une cinquantaine d'années, et qui me disent, j'ai attendu que les enfants soient grands, que les enfants partent. Et qui ont perdu des années de vie dans des schémas familiaux hyper insatisfaisants, avec des enfants qui finissaient par dire, écoute maman, est-ce que tu peux divorcer ? Là, on ne supporte plus. Ou papa, là, il faut arrêter tout. Ou les gars, vous nous gonflez. Donc, c'est un peu un acte de courage de mettre fin à un mariage qui ne fonctionne plus. C'est un acte de courage. Et en même temps, c'est aussi un acte de courage de se battre pour son mariage. Donc, c'est toute l'ambivalence du truc.
- Speaker #1
Oui, c'est un vrai travail humain.
- Speaker #0
C'est très compliqué.
- Speaker #1
Alors, ce qui est important de rappeler, c'est qu'il faut, quoi qu'il arrive, consulter un avocat. En fait, en vrai, comme on consulte un notaire quand on se marie. Sachant que, et c'est important de le dire, une fois qu'on t'a consulté, toi ou une autre de tes confrères, tu es, et je ne sais pas si j'ai bien dit, mais tu es un peu obligée, la personne qui t'a consulté, de le défendre.
- Speaker #0
Alors non, ce n'est pas exactement ça. Si on vient me consulter et qu'on me fait des confidences, je reçois Monsieur Dupont. qui me fait des compétences, qui me raconte sa vie, qui me donne des chiffres. D'abord, je n'ai pas d'obligation d'être son avocat si je ne le souhaite pas.
- Speaker #1
Tu choisis tes clients.
- Speaker #0
Oui, je m'offre ce luxe-là, mais je n'ai que des clients sympas, moi. Que des gens sympas. Donc, moi, je ne suis pas obligée d'être son avocat. Lui n'est évidemment pas obligé de me choisir. Comme pour les médecins, il faut qu'il y ait un feeling, il faut qu'on soit en phase, il faut qu'il adhère à mon état d'esprit, à la stratégie que j'ai proposée. En revanche, si Mme Dupont vient me voir deux semaines plus tard pour que je sois son avocat, je ne peux pas. Je suis dans une situation qu'on appelle de conflit d'intérêt. Puisqu'ayant déjà reçu le mari, même si à la fin je ne suis pas son avocat, mari qui m'a fait des confidences, je ne peux plus défendre l'autre partie.
- Speaker #1
C'est quand même quelque chose de très stratégique pour pousser les gens, avant un divorce ou un divorce qui n'aura jamais lieu, consulter un avocat, comme ça au moins, tu te dis, si j'apprécie le contact avec cet avocat, je sais que c'est lui, c'est une recommandation de venir te voir, un, pour prendre connaissance de tout ce que ça représente, deux, peut-être se dire, en fait, il ne faut pas du tout qu'on divorce parce que ce n'est pas bon pour les enfants, c'est trop compliqué, on va faire une thérapie de couple. Il y a aussi beaucoup de cas où tu te rends compte que tu n'as pas du tout envie de t'embarquer là-dedans.
- Speaker #0
Il y a des gens que je ne revois plus.
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #0
Et je sais qu'ils ne l'ont pas divorcé.
- Speaker #1
Complètement. Parce que, comme tu le rappelles quand même, c'est une longue bataille coûteuse en émotions et évidemment financièrement. On sait quand ça débute et on ne sait pas comment ça termine. Et c'est vraiment une vraie... Moi,
- Speaker #0
je sais à peu près.
- Speaker #1
Oui, toi, tu sais.
- Speaker #0
Je leur dis, vous voulez vraiment savoir ?
- Speaker #1
Alors justement, est-ce qu'on peut être un mauvais conjoint et un très bon parent ?
- Speaker #0
Oui, absolument, absolument, complètement. Après, on peut philosopher sur ce qu'est un mauvais conjoint et on peut aussi beaucoup parler de ce qu'est un bon parent. Mais je pense qu'on peut ne pas s'être comporté correctement avec sa femme ou son mari et être un parent aimant, éduquant, bienveillant. Oui, bien sûr.
- Speaker #1
Donc ça aussi, il faut rassurer les gens.
- Speaker #0
Oui,
- Speaker #1
bien sûr. C'est pas parce que la personne s'est mal comportée qu'il va forcément mal éduquer les enfants.
- Speaker #0
Absolument.
- Speaker #1
Est-ce que la résidence alternée, c'est toujours la solution la plus équilibrée ?
- Speaker #0
Encore une fois, il y a autant de familles et de schémas d'organisation autour des enfants. La résidence alternée, c'est du cas par cas. Dans les grands principes, quand les conditions sont réunies, les conditions, c'est des enfants qui ne sont pas trop petits, qui sont repérés dans le temps, qui sont... outillés pour bien comprendre la vie chez maman, la vie chez papa, quand on a des domiciles qui sont relativement proches de l'école, quand on a des parents qui arrivent quand même à communiquer à minima sur tout ce qui concerne leurs enfants. La résidence alternée, qui est donc une organisation qui permet aux enfants d'être autant avec leur père qu'avec leur mère, est, j'allais dire, une très bonne solution. Moi, c'est ce que je pense et c'est ce que je plaide. On ne recommande pas avant de prendre la tendance. Le code civil, puisqu'on en revient toujours là, ne donne pas d'âge. J'ai obtenu des résidences alternées, je parle même de manière contentieuse, sur des enfants plus petits que 3 ans. On m'en a refusé sur des enfants de 7, parce qu'il y a des enfants de 3 ans qui sont prêts, qui sont dans des contextes où c'est possible, et des enfants de 7 qui ne le sont pas du tout. C'est pour ça qu'on ne peut pas coller des vérités. Mais si je dois donner une indication, effectivement, la résidence alternée. parce que ça permet une coparentalité effective, parce que ça permet aux enfants de rester aussi proches de leur père que de leur mère et qu'on a besoin dans une vie des deux parents quand on a la chance d'en avoir encore deux, je pense que c'est la meilleure solution. Mais comme pour tout, il y a des exceptions et ça ne convient pas à tout le monde. Il y a des parents qui sont très occupés, qui voyagent beaucoup, qui habitent loin, qui n'ont pas le temps. Tout le monde ne veut pas une résidence alternée non plus. Moi, je pense que c'est un schéma qui mérite d'être tenté. Après, c'est toujours la même chose, il faut observer ses enfants. Il y a des enfants, on va dire, ça va être une catastrophe la résidence alternée, ça se passe à merveille. Et des enfants qui n'ont jamais oublié un stylo de leur vie et qui partent en vrille complète dans le cadre d'une résidence alternée. Donc ensuite, il faut vraiment s'adapter. Les parents, c'est la seule chose qu'on demande. Les parents doivent s'adapter quand même aux enfants sur ces questions-là. Les enfants s'adaptent sur plein d'autres trucs. Mais sur cette question de l'organisation qu'on met en place. Et puis, moi, le conseil que je donne souvent à cet égard, c'est de ne pas s'arrêter à une forme d'égalité mathématique parce qu'elle serait révélatrice du parent qu'on est. Ce n'est pas parce qu'un père n'a pas une résidence alternée que c'est un mauvais père. Ce n'est pas parce qu'une mère a 24 heures de moins que le père qu'elle est défaillante. Ce qui est important, c'est la qualité du temps qu'on passe avec les enfants, ce qu'on leur apporte. Si on a un jour de moins, quatre jours de vacances de plus, ça ne change rien du tout. Rien du tout. Mais il ne faut pas s'arrêter à ces trucs-là. Mais comme les gens font de tout des affaires de principe, et que, tiens, encore un mantra, je dis toujours ça, je dis toujours, on ne devrait jamais faire de rien une affaire de principe. Jamais. Le meilleur moyen d'aller dans le mur, c'est ça. De dire, moi, mes clients qui me disent, c'est une affaire de principe, donc par définition, c'est une connerie. Parce que si ça n'est qu'une affaire de principe, on va pouvoir dépasser ça. Il ne faut pas faire des affaires de principe.
- Speaker #1
Pour quelqu'un qui n'a pas beaucoup de mantra d'hésitation,
- Speaker #0
tu m'en as quand même un baguère.
- Speaker #1
Merci beaucoup. Mais ça, tous les invités disparaissent. Et puis après, au fil, ça sort tout seul.
- Speaker #0
Un peu comme moi, tu arrives à détendre les gens. On a deux, trois qualités communes, visiblement.
- Speaker #1
Alors maintenant, on va parler d'une autre épreuve de la vie, les successions et la transmission. C'est quand même aussi une étape très importante qui, pareil, bouleverse les gens. Avec évidemment cette thématique aussi d'argent. Là,
- Speaker #0
c'est plus que de l'argent.
- Speaker #1
Oui, là, c'est plus que de l'argent. Il y a du deuil. Parfois, ça remue aussi des secrets de famille.
- Speaker #0
C'est plus que de l'argent, facialement. C'est-à-dire que les contentieux successoraux ne sont que des contentieux financiers. Et en réalité, c'est là où c'est plus dur encore, je crois, que les divorces et que les séparations. Puisqu'en réalité, c'est des conflits entre frères et sœurs, entre... enfants et beaux-parents, c'est des conflits très, très intrafamiliaux. C'est que ça dit complètement autre chose. C'est-à-dire que moi, quand je reçois des gens dans le cadre d'une succession, la première question que je pose, c'est qui est tombé du berceau ? Qui est celui qu'on a le moins aimé ? Qui est celui qui a été le plus gâté par maman ou par papa ? En fait, j'essaye de comprendre la frustration qui, généralement, remonte très, très, très, très, très, très, très loin. Et alors là, qui fait faire des choses complètement...
- Speaker #1
Tu peux nous raconter une anecdote, un truc improbable que t'as eu ?
- Speaker #0
Dans le cadre des successions... Ce que je trouve le plus tragique, sans mauvais jeu de mots, c'est toutes les questions de sépulture. C'est-à-dire des gens qui se battent pour des cendres. Savoir où on va mettre les cendres. Un conjoint survivant, la belle-mère d'une de mes clientes, qui était partie avec l'urne, et ma cliente n'a jamais su et ne sait toujours pas aujourd'hui où sont les cendres de son père. Ça, c'est terrible parce que ça touche au symbole.
- Speaker #1
Bien sûr.
- Speaker #0
Après, oui, après, c'est... Les successions, il faut parfois mieux en rire, même si c'est tragique, mais c'est l'argenterie, c'est la vaisselle, c'est compter les cuillères, c'est faire venir des commissaires priseurs et passer des journées entières dans des châteaux à mesurer les lithographies, à essayer de faire des lots, à faire des tirages au sort dans des chapeaux, enfin... à plaider des sorties d'indivision parce que c'est généralement le seul dans la famille qui a les moyens de reprendre les biens, ne les veut pas et c'est toujours ceux qui sont désargentés qui veulent absolument les conserver. Voilà, c'est que des problématiques comme ça. Et puis, c'est des problématiques de jalousie intrafamiliale. T'as reçu ça et moi j'ai pas reçu ça.
- Speaker #1
Alors c'est quoi le bon conseil ? Nos parents doivent être paritaires avec nous, ils doivent tenir des comptes. On a donné... 200 euros à Noël, donc il faut donner 200 euros à tout le monde. C'est quoi le meilleur conseil que tu peux nous donner ?
- Speaker #0
Encore une fois, sans rentrer dans les détails techniques, parce que ce n'est pas le lieu d'un cours de droit, mais en droit français, il y a des mécanismes qui permettent d'avantager dans certaines limites juridiquement posées, certains enfants sur d'autres, ou des tiers sur d'autres, soit son époux. Donc, pour les successions et les opérations de transmission, parce que je travaille aussi beaucoup en amont, en conseil là-dessus. C'est le même conseil que quand on se marie. C'est parler. C'est dire les choses à ses enfants. Parce que le fameux « après moi le déluge » , c'est quand même le grand classique. Et comme on ne peut plus faire parler les morts, par définition, sauf à être complètement mystique, et c'est compliqué, d'expliquer « j'ai fait ça parce que tu comprends, toi, t'es mariée, tu réussis bien, tes enfants réussissent bien, et ta sœur, elle est divorcée, elle gagne moins d'argent que toi. » elle a un problème avec ses enfants, elle a plus de frais, donc j'ai décidé que j'allais la gratifier davantage. Mais toi, je t'aime aussi, je me suis quand même beaucoup occupée de tes enfants. De parler, en fait, de se dire les choses, parce que tout ce qui ressort dans les successions, c'est des frustrations. Et des frustrations qui ressortent hyper violemment, dans des familles hyper éduquées.
- Speaker #1
Mais combien de familles se... classiques, j'ai envie de dire, se déchirent via une succession. Je ne sais pas, tu n'aimes pas les chiffres, mais...
- Speaker #0
Là, c'est très compliqué, parce que les successions sont réglées par des notaires. Donc, ça peut chauffer terriblement chez des notaires, mais sans partir au contentieux, parce qu'ils trouvent des solutions. L'avocat en droit des successions n'intervient que quand cette succession n'a pas pu se régler avec le notaire. Donc, c'est un contentieux qui est important, mais qui est quand même beaucoup plus rare que les divorces et les séparations.
- Speaker #1
Et ce qu'il faut rappeler, c'est exactement comme la consultation, c'est une consultation de prévention pour les divorces. En fait, il faut préparer sa mort. Il faut faire des consultations de succession.
- Speaker #0
Absolument. D'abord, il faut préparer sa succession en termes de transmission pour des raisons financières et fiscales évidentes, en toute légalité. Il faut consulter des notaires, des fiscalistes, des avocats aussi, comme moi, je peux le faire. Ça, c'est une première chose. Après, il y a énormément de choses qu'on ne peut pas anticiper. Il y a des gens qui m'appellent au cabinet, qui me disent « bonjour, c'est pour une succession » . Alors je dis « mais qui est mort ? » « Personne » . Ce n'est pas pour une succession, parce que si personne n'est mort... Il y a des choses qu'on ne peut pas anticiper et des choses qu'on ne peut pas travailler en amont. Plein de choses. On ne peut pas forcer quelqu'un à faire une donation, on ne peut pas forcer quelqu'un à rééquilibrer un schéma patrimonial. On sait où vont être les difficultés, en revanche, quand on prépare les choses. Mais il ne faut pas hésiter, d'ailleurs, à consulter, encore une fois, des notaires. et des avocats. C'est de la prévention. C'est toujours cette idée de la paix des familles. Parce que oui, après moi le déluge, mais... laissé un espèce de champ de bataille avec des enfants qui vont se foutre sur la gueule et qui vont transmettre aux générations. En plus, le contentieux successoral, c'est même plus le temps judiciaire inhumain. On est au-delà de tout. C'est des procédures qui peuvent durer 15-20 ans et qui sont transmises aux enfants. La transmission de la succession et de la procédure de succession.
- Speaker #1
Quelle est la procédure qui a duré le plus longtemps de ta carrière ?
- Speaker #0
Le divorce. La procédure de divorce contentieuse qui a duré le plus longtemps, c'est une procédure qui a duré presque huit ans et qui s'est arrêtée en première instance. C'est-à-dire que s'il y avait eu un appel et éventuellement un pourvoi en cassation, je pense que ça aurait pu durer encore plus longtemps. Enfin, ça, je ne pense pas. Ça aurait duré encore plus longtemps. Là, j'ai deux procédures qui ne sont pas terminées, qui en sont à sept ans pour l'une et six ans et demi pour l'autre. Il y en a une des deux qui va atteindre les dix ans. je pense. Et l'avocat que je suis est malheureux et frustré de ça parce qu'il y a une machine judiciaire qui est très compliquée à arrêter. Alors, c'est des procédures qui ont toutes connu le Covid. Donc, le confinement...
- Speaker #1
A ajouté du temps judiciaire en plus.
- Speaker #0
Les tribunaux ont fermé, on n'avait jamais vu ça. Même pendant la Seconde Guerre mondiale, ça n'a pas été le cas. Et ensuite, il y a eu... Il y a eu du temps pour retrouver un espèce de rythme. Ce ne sont que des procédures qui ont connu le confinement, mais ce sont des procédures dans lesquelles il y a des stratégies judiciaires qu'on appelle dilatoires, pour gagner du temps. Et ça, en tant qu'avocat, je n'arrive pas à l'arrêter. Je n'ai pas de moyens de l'arrêter. Je peux défendre, mais c'est très frustrant. Après, il y a eu des procédures dans le cabinet. dans lequel j'étais jusqu'à peu, on a eu des procédures de succession qui ont duré 16 ans, 17 ans.
- Speaker #1
Alors justement, quel conseil, si quelqu'un a envie de partir, mais qu'il n'en trouve pas la force, ce qui est très souvent le cas, quel conseil tu peux lui donner ?
- Speaker #0
D'être soutenu, d'être soutenu. Entouré et soutenu, c'est la seule chose. Et évidemment, de prendre des renseignements pour avoir de la visibilité. Parce que ça, c'est la lumière qui accompagne. Mais ce qui est le plus important, je crois, vraiment, c'est le soutien de sa famille, dans la mesure de ce dont on dispose, mais de sa famille, de ses proches, et d'avoir le sentiment de ne pas être jugé. Parce qu'on revient sur la culpabilité, mais encore aujourd'hui, même à notre génération, être divorcé, c'est un peu l'infamie.
- Speaker #1
C'est important de le rappeler. C'est un peu important de le rappeler parce que c'est vrai que avant de te remettre sur pattes, t'es quand même un peu... Enfin moi je me souviens, je passais mes étés en Bretagne et je voyais Riri, Fifi, Loulou quoi, je veux dire vraiment les familles. Et moi j'étais toute seule comme ça. Ça pince le cœur. C'est un truc. Ça pince le cœur. Et puis t'as tante Martha, tante Yvonne qui... Déjà elle a fait plus ou moins un bébé toute seule. Elle c'est pas mal. Et c'est vrai que après pareil, tu travailles ton égo. Ça t'apprend beaucoup, beaucoup sur toi. Là où je te rejoins, c'est que d'être seule avec un enfant, pour un père ou pour une mère, ça crée aussi des liens incroyables. Moi, j'ai une relation avec mon fils incroyable. Alors, je ne dis pas que c'est mieux que quand tu es en famille, mais je te rejoins. Je pense que c'est... En fait, à chaque situation, tu t'adaptes.
- Speaker #0
Sans trahir mon secret professionnel, mais ce que je trouve hyper... intéressant et admirable chez toi, c'est ce que tu as fait d'un schéma qui n'est pas traditionnel. C'est-à-dire que, oui, probablement, ton fils aurait été peut-être plus heureux avec un père, une mère qui s'aime, qui forme un foyer, etc. Mais aujourd'hui, il l'est totalement. Et tu ne te poses même pas la question de savoir ce qui se serait passé si ça avait été différent. Juste, ça fonctionne. Ça fonctionne. ça s'appelle transformer les cesse et puis après la famille recomposée, l'intégration parce que c'est dur une famille recomposée c'est très dur,
- Speaker #1
c'est très compliqué en tout cas je pourrais encore te poser 1000 questions mais mon petit doigt me dit que tu vas revenir parce que franchement il y a trop de sujets techniques il y a trop de questions à te poser c'est une matière extrêmement technique le droit de la famille c'est très humain mais c'est très très technique et comme tu le dis à chaque il faut venir consulter un avocat quoi qu'il arrive Moi, en tout cas, c'est vrai que de t'avoir eu à mes côtés dans des situations extrêmement compliquées et douloureuses m'a permis aussi de reconstruire et d'être la femme que je suis aujourd'hui. C'est important de le rappeler. On panique tous et en fait, dans certaines situations, on est largement capable de s'en sortir. Je te remercie mille fois pour toutes ces confidences.
- Speaker #0
Merci Claire.
- Speaker #1
Et j'espère te voir bientôt.
- Speaker #0
A très vite.
- Speaker #1
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- Speaker #0
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