- Speaker #0
Mesdames et messieurs, bienvenue à bord du podcast Comme un expat. Installez-vous confortablement, notre commandant de bord, Kéron, vous guidera à travers un tout nouvel épisode entre récits inspirants, conseils pratiques et réalité de la vie à l'étranger. Préparez-vous pour le décollage, bonne écoute.
- Speaker #1
Mon air frérot, c'est comment ? La forme ?
- Speaker #2
Très bien, et toi, ça va ?
- Speaker #1
Ça va, merci beaucoup d'accepter de participer à mon podcast, ça me fait super plaisir de te recevoir. Et puis en plus, on devait faire cet épisode depuis longtemps. On se connaît, on ne va pas se mentir, on va dire la vérité aux gens. On se connaît donc on devait faire cet épisode depuis longtemps. Mais vas-y, tu connais, c'était des fêtes, le bouclier était en vacances aussi. J'avais besoin de sortir un peu la tête de l'eau. Donc content que tu sois là aujourd'hui.
- Speaker #2
Ça me fait vraiment plaisir que tu m'invites sur ce podcast. Après, c'était les fêtes, t'as le droit de partir en vacances.
- Speaker #1
Exactement. En plus j'ai passé des bonnes vacances. Je suis allé au Brésil, il faisait chaud, plage, tu connais. Moi Coco, j'étais bien.
- Speaker #2
Nous on a eu des tempêtes, de la neige...
- Speaker #1
Mais bon... J'ai dit ça, j'expliquais tout ça direct. Est-ce que tu peux te présenter pour nos auditeurs s'il te plaît ?
- Speaker #2
Donc moi c'est Mohamer, j'ai 34 ans, je viens de la banlieue parisienne. Je suis au Canada depuis maintenant 5 ans. Là en fin janvier ça va faire 5 ans que je suis au Canada.
- Speaker #1
Bien sûr !
- Speaker #2
Exactement ! 50, c'est quelque chose en vérité, c'est beaucoup la drogue.
- Speaker #1
Ça devient un peu... Ça devient un peu beaucoup, ouais.
- Speaker #2
Ouais, des fous. Je suis arrivé directement à Toronto. Ouais.
- Speaker #1
C'est quoi qui t'a fait... Déjà, est-ce que tu étais déjà parti à l'étranger avant ça ? Est-ce que c'est ta première expérience ici à Toronto ? Et qu'est-ce qui t'a fait choisir le Canada et Toronto ?
- Speaker #2
C'est pas ma première expérience à l'étranger, donc j'ai fait un stage de deux mois en Malaisie pour mon BTS. Incroyable ! Voilà. Ensuite, pendant mes études supérieures, j'avais fait une année de césure et puis je suis parti trois mois à Londres pour améliorer mon anglais. J'avais pris des cours et puis à côté, je travaillais dans une emberge de jeunesse. Qu'est-ce qui m'a fait venir au Canada ? Donc j'avais un ami qui était ici et qui m'avait parlé du Canada. Après, dans les années 2015-2016... On entendait beaucoup de choses belles sur le Canada.
- Speaker #1
C'était l'époque où le Canada avait la cote.
- Speaker #2
Exactement. Donc, moi je me suis dit « Bon, après mon master, je vais partir au Canada » . Donc j'ai fait le PVT. Ensuite, il y a le Covid qui est arrivé. Je n'ai pas pu y aller en 2020. Et comme on avait un an pour aller au Canada, donc j'ai dit « Bon, je vais partir le plus tard possible » . Et je suis arrivé ici en janvier 2021, fin janvier 2021.
- Speaker #1
T'es arrivé pendant le Covid en vérité ?
- Speaker #2
Exactement. Donc moi je suis arrivé, j'ai pris un Airbnb de deux semaines à Mississauga. Ensuite, à partir de là, j'ai trouvé un logement à North York. À North York, c'était pas loin de Jane & Finch.
- Speaker #1
Ouais,
- Speaker #2
un quartier où il ne faut pas aller en vérité. Ouais, c'était... C'était un peu surprenant, mais au final ça s'est bien passé. Je n'ai pas eu de problème avec qui que ce soit.
- Speaker #1
Tu t'es pas fait braquer en tournant sur une ruelle ou un truc de ce genre ?
- Speaker #2
Non, non.
- Speaker #1
Je suis jamais allé, moi, j'avais été à Jen & Finch, mais on m'a dit qu'en vrai c'est le ghetto de fous là-bas.
- Speaker #2
Bon, après c'était le confinement, je ne sais pas. Et du coup j'avais trouvé un logement temporaire. À Mark Clark ? Exactement. Donc c'était dans un basement. Et à partir de là, j'ai commencé à chercher du travail. J'ai eu beaucoup de déceptions en fait parce que les entreprises ne recrutaient pas à cette époque-là.
- Speaker #1
À cause du Covid ?
- Speaker #2
Oui, ils recrutaient en télétravail mais honnêtement le marché de l'emploi était vraiment difficile. Donc moi qu'est-ce que j'ai fait ? Je suis parti dans un intérim et je suis parti bosser dans une usine.
- Speaker #1
Ok. Je ne t'ai pas posé la question, excuse-moi, mais de base, toi tu fais quoi sur... c'est quoi ton industrie ? Tu bosses dans quoi en vérité toi ?
- Speaker #2
Moi c'était dans la supply chain et dans le commerce international.
- Speaker #1
Ok. Donc quand tu viens ici, c'est pour tafé dans ça en vérité ?
- Speaker #2
Exactement. C'était un peu l'objectif.
- Speaker #1
Ouais,
- Speaker #2
ouais, bien sûr. Mais on a nos plans, mais parfois les plans ne se passent pas comme on veut. Et du coup, on fait... On fait comme on peut et on se débrouille. Je travaillais dans une usine qui produisait de la poudre pour faire de la peinture.
- Speaker #1
Ok. Ah ouais, ça, c'est totalement différent.
- Speaker #2
C'était surtout toxique. C'était pas bon pour la santé. J'ai arrêté au bout de deux semaines. Et j'ai trouvé une autre mission d'intérim pendant trois mois à Vaughan. dans une entreprise qui fabrique des fenêtres. Je suis resté trois mois, j'ai économisé un petit peu parce que je suis venu avec un peu un budget... Limité. J'économise un petit peu et je me suis débrouillé en fait. J'ai continué à postuler. Je voyais que le travail où je voulais travailler, ça prenait pas. Du coup, je suis parti faire du chauffage, installation de chauffage et de climatisation. Mais t'avais déjà posté dans ça en France ou t'as posté ici ? Je suis parti dans ma communauté. Moi je suis d'origine bosniaque. Donc je suis parti parler avec des gens de ma communauté. Ils m'ont entre guillemets embauché. Ensuite moi quand je suis arrivé j'avais quasiment personne. Le pote que je t'ai dit au début, lui il avait déménagé à Montréal.
- Speaker #1
D'accord. Et c'est-à-dire qu'en plus c'est marrant parce que depuis tout à l'heure j'écoute ton histoire et... T'as bougé à Toronto, mais en vrai t'as jamais vraiment vécu à Toronto j'ai l'impression. Parce que t'es arrivé, t'es allé à Mississauga, après t'es allé à North York, après t'es allé à Vaughan. Tu vois pour ceux qui connaissent pas Toronto c'est pas vraiment Toronto en vérité. Tu vois c'est plus ses alentours mais c'est pas tant Toronto que ça.
- Speaker #2
Oui j'étais parti un petit peu hors du centre-ville pour bénéficier peut-être d'un logement moins cher.
- Speaker #1
Ouais c'est ça aussi.
- Speaker #2
Et du coup, moi j'étais un peu tout seul pendant six mois et puis... Un jour je vais à Woodbine Beach tout seul. Je vois un groupe au loin. Et là j'entends clairement que les gens parlent français. Et après il me dit : "Vas-y viens te poser avec nous." Et de là en fait je commence à connaître des gens. Pas du fait d'aller à des barbecues à des sorties, enfin voilà. À des events. Et j'ai commencé à créer en fait un réseau. Et en fait je me suis rendu compte qu'il y a des personnes que j'ai jamais vues en France, que je les ai rencontrées à Toronto, on a des amis en commun en France. Ouais c'est toujours comme ça. Tu vois ? Donc... Moi j'ai des petits frères. Donc c'est incroyable. Et ouais du coup... Ensuite, j'ai déménagé à Toronto, au downtown. Et je suis resté dans ce logement pendant un an, un an et demi. Et là, je suis au Midtown.
- Speaker #1
Tu sais, tu as fait six mois ici, six premiers mois avant de rencontrer vraiment des Français, vraiment sociabilisés et tout ça. Ces six premiers mois, tu les as trouvés comment ? C'était dur ? Est-ce que tu t'es dit « Vas-y, est-ce que j'ai fait le bon choix en venant ici ? » Est-ce que tu as regretté ton choix ? Et quand tu commences à rencontrer des gens, donc six mois après, est-ce que ça t'aide à te sentir mieux dans la ville ?
- Speaker #2
Honnêtement, les six premiers mois, quand je suis arrivé ici, je ne connaissais personne, quasiment. C'était dur. Après, il y avait aussi le confinement. Oui, bien sûr.
- Speaker #1
Qu'est-ce qui a fait que tu n'as pas pris un billet de retour et que tu n'es pas rentré en
- Speaker #2
France ? Parce que je suis quelqu'un de persévérant. Je suis quelqu'un de persévérant et il faut y croire. Parce qu'on est venu pour progresser, entre guillemets, pour évoluer dans notre vie. Et il faut passer par des moments durs. ou ça va te forger en fait, tout simplement.
- Speaker #1
Et tu penses que ces six mois-là compliqués où vas-y t'avais pas trouvé un travail dans ton domaine, tu faisais des missions d'atterrissage main droite et à gauche, t'étais à Jen & Fitch, est-ce que tu trouves que ces six mois-là ils t'ont forgé ? Là maintenant que tu regardes en arrière, maintenant que t'as cinq ans d'expérience, est-ce que c'était des moments au final qui m'ont été utiles ?
- Speaker #2
Oui je dirais même... oui ça m'a... il n'y a pas que ça qui m'a forgé Mais tu te dis, j'ai fait peut-être des choix. Donc maintenant je vais travailler, je vais assumer, je vais continuer tout simplement.
- Speaker #1
Et pour revenir à toi, justement après ces six premiers mois, comment ça se passe ? Est-ce que tu arrives à trouver un travail dans ton domaine ? Là maintenant tu vis Midtown donc je t'ai rapproché un peu de Toronto. On l'a évoqué rapidement mais ça va mieux. Tu te sens, je pense, tu as rencontré des gens et tout donc ta aventure elle commence vraiment à partir de ce moment là je pense. Comment tu te sens après ces six premiers mois alors ? En sachant qu'on peut vider deux ans, on est sur la fin du Covid. T'en es où dans ta vie toi ici à Toronto ?
- Speaker #2
Donc moi après ces six mois Je continue à travailler, en fait, à me débrouiller. Dix mois avant la fin de mon PVT, je trouve un travail dans un service client. Donc, et là, c'était... le travail qui me permettait d'obtenir ma RP. C'était une des conditions pour avoir la RP, il faut travailler pendant un an dans un travail qualifié.
- Speaker #1
Il était qualifié celui-là ?
- Speaker #2
Il était qualifié. Ok,
- Speaker #1
parfait.
- Speaker #2
Du coup, j'ai travaillé pendant 14 mois. J'ai fait la mobilité francophone. Donc j'ai fait une erreur. Dans ma demande de mobilité francophone, donc pour les personnes qui veulent faire la mobilité francophone, c'est tout bête. La RH avait un mi-bilingue. Du coup, je fais le dossier en envoi. Donc je travaille encore, j'ai le droit. Puis je ressens un refus.
- Speaker #1
La mobilité francophone ?
- Speaker #2
Exactement.
- Speaker #1
C'est pas le mot que tu me refus ?
- Speaker #2
Et moi je me demande qu'est-ce que... Pourquoi ? Qu'est-ce qui s'est passé ? Du coup, j'appelle. Ils me disent que la raison c'est que tu as mis que tu étais bilingue français et anglais, mais tu n'as pas fourni de preuves comme quoi tu parles anglais. En gros, pour la langue française, on te croit que tu es français. Logique. Logique. Donc on n'a pas besoin de preuves, mais pour l'anglais, il te faut un test d'anglais.
- Speaker #1
Mais ça, tu ne savais pas ça ?
- Speaker #2
Non, ça je ne le savais pas. Et du coup, là je me retrouve sans statut.
- Speaker #1
Du jour au lendemain comme ça ?
- Speaker #2
Ouais, du jour au lendemain je me retrouve sans statut, sans travail, je perds mon travail.
- Speaker #1
Parce que attends, au moment où tu fais ta demande de mobilité francophone, ton PVT il est fini ?
- Speaker #2
Ouais, il est déjà fini.
- Speaker #1
Du coup, tu fais la demande de mobilité francophone en ayant un PVT fini, donc t'es sur un statut... bah t'es sur un bric je pense ?
- Speaker #2
Oui, un PC t'as dit.
- Speaker #1
Ouais exactement. Et après du coup c'est refusé et de là t'as plus le papier ?
- Speaker #2
Exactement.
- Speaker #1
Et là je pense que les problèmes commencent.
- Speaker #2
Sans statut, ouais ouais. Les problèmes commencent.
- Speaker #1
Incroyable. Comment tu... Tu peux pas faire un test d'anglais en chap-chap et tu leur envoies direct pour relancer le process ?
- Speaker #2
Bah si tu veux déjà pour me répondre ils ont pris du temps. Honnêtement à ce moment là j'ai pensé à refaire mon statut, chercher une mobilité francophone mais bon j'étais parti consulter un avocat
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #2
Mais c'était plus un charlatan qu'un avocat. Mais non. Il m'a mal informé, mais choisissez bien les avocats ou les conseillers en immigration. Voilà, il faut des gens avec des références, des preuves.
- Speaker #1
Déjà comme moi quoi, comme le podcast. Exactement.
- Speaker #2
Du coup... Il me donne une mauvaise information.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #2
Et moi, je suis là. Tu écoutes en réalité tous ces points. Exactement. Donc moi, je fais quoi ? Le jour où j'ai appris que j'avais plus de statut, je crois le lendemain, j'ai pris mon vélo, je suis parti downtown et chercher un travail. Et je tombe sur un mec qui était devant un bar. Un mec de la sécurité, je lui dis... Moi je le tape à l'épaule, je lui dis : "Excuse-moi". Il me regarde comme ça et il me dit : "Tu veux quoi ? " Je dis : "Je veux du travail." Il me regarde comme ça : "Tu veux faire quoi ? " Je dis : "Je veux faire de la sécurité." "T'en as déjà fait ? " Je dis : "Ouais j'en ai un peu fait..." Mais j'en ai fait.
- Speaker #1
Les gens qui nous écoutent en plus ils te voient pas. Moi j'étais en face de moi. Frérot t'es... hein ? T'es balèze hein !
- Speaker #2
Arrête !
- Speaker #1
J'suis une grosse frère, je tombe direct là ! C'est fini ! Paradis direct !
- Speaker #2
Non, et puis il me dit donne-moi ton numéro, je te rappelle.
- Speaker #1
Tu lui as dit que tu n'avais pas de papier à ce moment-là ou même pas ?
- Speaker #2
Ouais moi je lui ai dit, je lui ai dit moi tu ne me demandes pas de carte d'identité, il n'y aura rien, il me dit t'inquiète. Du coup il me fait bosser, donc il me teste, tout se passe bien.
- Speaker #1
Ça me fait rire parce que tu me dis qu'il me teste mais j'avais demandé... C'est quoi le test ?
- Speaker #2
Tu dois mettre des droits aux gens ? Non, non. En fait, c'est plus comment tu interagis avec les clients. OK, je capte. En même temps, c'est leurs clients et en même temps, tu dois faire appliquer les règles. C'était quoi ? C'était un bar ? C'était une boîte ? Ouais, c'était un bar. Et de là, je fais de la sécurité. En même temps, parfois, je fais encore des chantiers, donc la rénovation. J'ai même fait du catering, donc un peu de la restauration.
- Speaker #1
Tout ça sans papier ?
- Speaker #2
Évidemment !
- Speaker #1
Mais la question que j'allais te poser c'est, quand tu perds tes papiers, tu ne dis pas... Vas-y, je rentre en France.
- Speaker #2
Pourquoi tu ne rentres pas tout simplement en France ? Parce que je ne voulais pas rentrer en France, parce que je sais que j'étais à deux doigts d'avoir la RP. Et du coup, pendant un de ces jobs, je rencontre un Mexicain. Et lui, il me dit qu'il connaît une avocate qui est spécialisée dans l'immigration. Il me dit par contre c'est 150$ la demi-heure ou l'heure, je sais plus. Ouais,
- Speaker #1
prix d'avocat. J'ai une parenthèse. À ce moment-là, ça fait combien de temps que t'es sur le sol canadien mais que t'as pas de paquet à peu près ? Juste pour avoir une idée.
- Speaker #2
Un mois, deux mois ? Non, non, ça va faire 8-9 mois.
- Speaker #1
Tu fais 8-9 mois comme ça à travailler à l'Ordre des Vosges ?
- Speaker #2
Je suis resté ici sans statut pendant un an et demi.
- Speaker #1
Incroyable. La débrouillardise. Mais c'est bien, c'est ça qu'on veut entendre aussi, c'est bien.
- Speaker #2
Pendant un an et demi, je suis resté ici sans statut
- Speaker #1
Tu avais peur des contrôles,
- Speaker #2
des trucs comme ça ? Ah non, non. Moi, il y avait la police qui venait des fois quand il y avait des bagarres ou bien des fois des clients un peu alcoolisés, il fallait les mettre dehors. Des fois, la police, elle venait. Je n'avais pas peur, mais j'avais une petite pression. Mais mon chef me disait : "T'inquiète, ils vont rien faire. Ils sont avec nous."
- Speaker #1
Je te pose la question parce que j'aime bien parce que c'est super intéressant. Souvent, les gens pensent que partir à l'étranger ça va être un long fleuve tranquille. Ça va être tranquille, pas de problème, pas de galère. Et c'est vrai que moi récemment sur mon podcast, j'ai reçu beaucoup de gens qui avaient des belles histoires, qui n'avaient pas forcément galéré. Après on galère tous mais il y a des échanges différents tu vois.
- Speaker #2
Exactement.
- Speaker #1
Ce que tu nous racontes jusqu'à présent, c'est la vraie galère. Parce que là on en parle comme ça en rigolant mais en vrai pendant 6-7 mois travailler au black sans papiers etc. Moi la question que je voulais te poser par exemple c'était par rapport aux sous. Quand t'es comme ça au black les gens te payent au cash mais t'avais pas de soucis de paiement ? Tu vois ce que je veux dire ? Ils te mettaient pas à l'envers "Ouais je te paye la semaine prochaine mais je te paye pas" tu vois ce que je veux dire ?
- Speaker #2
Non non non moi j'ai... Enfin ils étaient rigolos avec moi.
- Speaker #1
Incroyable, c'est bien. T'as de la chance, parce que c'est pas tout le monde qui est...
- Speaker #2
Ils étaient rigolos avec moi. Après, ils savent à qui ils le font.
- Speaker #1
Bien sûr.
- Speaker #2
Tu vois ? Donc, moi et moi, ils m'ont vraiment beaucoup apprécié. Ils ont voulu me faire une mobilité francophone en tant qu'agent de sécurité. Enfin, ils voulaient faire un micmac, mais au final, moi, j'étais parti voir cette avocate-là que je te disais tout à l'heure. Et elle m'a dit « Mais monsieur, qu'est-ce que vous attendez pour postuler, pour vous mettre dans le bassin ? » - Moi,
- Speaker #1
j'ai fait le vaccin pour la RP.
- Speaker #2
- Ouais, pour la RP. Parce que j'avais tout. Elle me dit : "Passez vos tests de français, d'anglais." Et c'est là que j'ai compris en fait que la personne que je suis parti voir avant, lui il m'a un peu mal orienté. Et là tu te dis : "J'ai perdu des mois alors que si je serais parti voir, j'aurais payé un avocat." Un conseiller d'immigration, il m'aurait donné la bonne information. Donc parfois on n'économise pas, on perd. Donc des fois, il faut payer un petit peu pour gagner du temps.
- Speaker #1
De fou, de fou.
- Speaker #2
Et du coup j'ai...
- Speaker #1
C'est incroyable ce que tu viens de dire.
- Speaker #2
Du coup j'ai réalisé qu'en fait j'avais perdu 8 mois, 7 mois, 8 mois à galérer... Et ouais, c'était décevant pour moi. Ensuite je m'en vais faire mes tests et de là je postule. En même temps je reçois une lettre qui me dit on sait qu'en gros vous êtes sans statut, il faut partir du pays. Et du coup là j'ai un peu peur mais bon je reste serein. J'ai dit...
- Speaker #1
Parce que tu t'es mis dans le bassin à ce moment-là quand tu as reçu cette lettre-là ?
- Speaker #2
Pas encore. Pas encore ? Je reçois la lettre, je me mets dans le bassin et après, quelques temps après, je tire au sort. Je dépose ma RP et là, je leur explique. Voilà, ça fait... Je leur dis, j'étais mal orienté, il s'est passé ceci, cela. Mais là, je quitte le Canada pour entrer en France et j'attends... En gros, je vais attendre la réponse en France.
- Speaker #1
Ok, suite à la lettre qu'il t'a envoyée,
- Speaker #2
tu te dis :
- Speaker #1
"Vas-y je vais pas faire le gars qui reste ici." Tu rentres et t'attends d'avoir la réponse de l'ARP. Quand tu la reçois, tu reviens.
- Speaker #2
Exactement. Donc après je rentre en France. C'était été 2024 pendant les Jeux Olympiques, c'est ça ?
- Speaker #1
Ouais, c'est ça.
- Speaker #2
Je reste pendant 6 mois en France.
- Speaker #1
C'est comment le retour en France quand t'as vécu à l'étranger pendant 2-3 ans ?
- Speaker #2
Honnêtement, ça fait du bien de revoir ses parents, sa famille, ses amis. On reprend un peu les habitudes.
- Speaker #1
Ils étaient au courant ta famille et tes amis que t'avais des galères de papier ?
- Speaker #2
Ouais, ils étaient au courant.
- Speaker #1
Ils t'ont pas dit « oh elle rentre » .
- Speaker #2
Si, ils m'ont dit « rentre » .
- Speaker #1
Mais toi tu voulais pas ?
- Speaker #2
Non, moi j'écoutais pas. Moi, je n'écoutais pas. Je me disais que si j'avais la RP, personne ne m'apprendrait.
- Speaker #1
Mais est-ce que tu n'es pas rentré uniquement parce que tu allais avoir la RP ou aussi parce que tu kiffais la ville ? Au-delà des papiers, au-delà de tout ça, est-ce que tu kiffais ta vie à Toronto ? Parce que c'est ça aussi la question.
- Speaker #2
Pour moi, Toronto, c'est une ville où il y a des opportunités à prendre.
- Speaker #1
Et quand tu rentres en France, c'est quoi le feeling ? Est-ce que t'es en colère contre toi-même par rapport au papier ? Est-ce que t'es dessus de devoir rentrer en France ? Dans quel mood t'es quand tu rentres en France, après tout ça ?
- Speaker #2
Moi j'étais content de rentrer en France. Honnêtement, j'étais content de rentrer en France, de voir ma famille, de passer du temps avec mes parents et puis avec la famille. Et quand je suis rentré en France, j'ai senti que j'étais fatigué. J'étais fatigué de cette vie à Toronto parce que j'ai beaucoup galéré en fait. Et après, quand tu rentres, quand tu vois tes amis et quand tu rigoles avec eux, c'est différent qu'ici. Tu te sens beaucoup mieux, tu te décompresses en fait. Après la routine, elle prend le dessus vite ? Et honnêtement, j'ai trouvé un travail en deux semaines.
- Speaker #1
En France ?
- Speaker #2
Ouais, sans forcer.
- Speaker #1
Grâce à quoi ? Parce que tu as posté de fou ou grâce à l'expérience Toronto ?
- Speaker #2
Grâce à l'expérience
- Speaker #1
Toronto. Et pendant ces six mois quand tu es en France, du coup, tu bosses. Comment ça se passe pour toi ? Est-ce que tu te dis, vas-y, peut-être que je vais finalement rester en France ? Est-ce que tu reçois ta RP ? Comment ça se passe ?
- Speaker #2
Moi, j'avais un objectif, c'était de revenir ici. avec l'ARP. Donc je reçois un email et dans l'email, on te pose des questions. Êtes-vous sur le territoire canadien ? Si oui. Ok. Sinon...
- Speaker #1
C'est les bonnes questions ça, c'est-à-dire que le dossier avance bien. Ouais,
- Speaker #2
ouais. Du coup, ils me disent, ouais, moi je réponds email et je dis que je vais revenir au Canada en novembre 2024. Ouais. Par contre, moi j'ai fait une erreur, c'est que il faut attendre le deuxième mail.
- Speaker #1
Oh, t'as fait beaucoup d'erreurs là ? On est déjà à 3 erreurs dans le podcast là. C'est quoi la troisième erreur ?
- Speaker #2
Il fallait que je reçoive un deuxième email, c'était la e-confirmation.
- Speaker #1
Ok je capte. En fait il t'a envoyé le mail pour savoir où tu étais pour pouvoir t'envoyer ta carte.
- Speaker #2
Exactement.
- Speaker #1
Mais il ne t'avait pas encore envoyé la confirmation.
- Speaker #2
Exactement.
- Speaker #1
Et il y a une différence entre les deux mails, ouais je capte. Ok c'était l'erreur tout le monde aurait pu la faire.
- Speaker #2
Voilà. Donc moi j'arrive...
- Speaker #1
T'es quand même venu.
- Speaker #2
Moi je suis quand même venu.
- Speaker #1
T'as pris le premier mail pour une... Pourquoi une confirmation ?
- Speaker #2
Ouais, moi je pensais que c'était une confirmation. J'ai dit c'est bon, j'ai la RP. Je rentre. J'étais content. Donc j'arrive le 1er novembre 2024 à l'aéroport.
- Speaker #1
Je sens qu'on va rigoler là.
- Speaker #2
J'arrive à l'immigration. Et ils me disent « Monsieur, mettez-vous sur le côté » .
- Speaker #1
Ok.
- Speaker #2
« Qu'est-ce que vous êtes venu faire au Canada ? » Et moi, je suis pas... Je suis RP. Et là, je passe les contrôles et finalement non. Donc, je dois attendre pour voir un agent. Donc là, à côté, il y avait un francophone qui s'embrouillait avec la douane. Ça commence à crier. Et là, tu as une... Bon, ils étaient anglophones. Puis tu as une dame qui arrive, elle parlait français. Donc, il lui a bien chauffé le cerveau. Elle finit avec lui, donc il le dégage du pays. Il dit « Tu dois quitter le pays » . et je sais pas il l'a ramené par une porte... - Une trappe,
- Speaker #1
une trappe cherchée dans la rue.
- Speaker #2
- J'ai dit bon c'est mon tour maintenant ! Et là le mec elle passe à côté et le mec qui regarde mon passeport et qui regarde mon dossier il lui dit ah je comprends pas est-ce que tu peux venir m'aider ? Et moi j'avais compris que c'est bon là je vais passer un sale quart d'heure. L'autre il lui a chauffé le cerveau et là moi c'est le dessert. Écoute la fin ! Maintenant moi j'arrive... Elle commence à me dire, qu'est-ce que vous faites au Canada ? On ne va pas accueillir tout le monde. Et puis elle me dit quoi ? Elle me dit, tu veux un anglophone ou un francophone ? Ben un francophone ! Là j'attends, je suis sur le banc, je stress, je stress de fou malade. Et là j'entends mon nom, enfin mon nom-prénom, "venez à tel guichet". J'arrive là bas, le mec il commence à me parler, il me regarde comme ça et il rigole. Et moi je suis là je dis mais pourquoi il rigole ? Et il me dit : "Mon nom de famille c'est de quelle origine ? " Donc moi je lui réponds Et là il commence à me dire, il commence à me poser des questions. Quand est-ce que je suis arrivé au Canada ? Il regarde tout aussi, je ne vais pas mentir. Et là il me dit écoute, il y a 20 ans j'étais comme toi, sauf que nous à l'époque on avait un PVT d'un an. Il dit moi je viens de Paris, j'ai ton dossier sous les yeux, je suis en train de le voir depuis tout à l'heure, je te pose des questions, je vois que tu ne mens pas, tu me dis les bonnes dates, enfin je lui dis les dates. pas exactement le jour exact mais voilà le mois et l'année.
- Speaker #1
Parce qu'ils ont tout dans leur...
- Speaker #2
Ouais ils ont tout, ça sert à rien de mentir. Donc qu'est ce que vous avez fait etc etc donc moi je lui réponds. Et là il voit qu'il y a eu un problème en fait avec mes empreintes et la photo que j'ai faite en France parce que quand tu reçois le mail tu dois aussi aller faire tes empreintes.
- Speaker #1
Ouais ouais bien sûr.
- Speaker #2
Du coup il me dit viens on va faire les empreintes et on va prendre notre photo. Et là on va faire les empreintes, il prend la photo et puis on revient. Il me dit : "Moi je peux pas te virer mais je peux pas non plus te laisser rentrer comme ça sans raison." Tu vois ? "Il faut que je sois impartial." Et là il me parle et il me dit : "Bah comme je suis français j'ai droit à... quoi qu'il arrive j'ai droit au visa de vacances pendant 3 mois je crois." je crois, ou 6 mois. Ouais,
- Speaker #1
le visa touristes, quoi.
- Speaker #2
Et là, il me dit, bon, je vais te donner un délai de 3 mois et je ferme les yeux sur les 1 an et demi sans statut. Et là, il me laisse rentrer avec un visa touristes pendant 3 mois.
- Speaker #1
Tu fais quoi pendant ces 3 mois-là ?
- Speaker #2
Donc pendant ces 3 mois-là... D'abord j'arrive le 1er novembre 2024, deux semaines après je tombe malade. J'ai une infection au foie due à une bactérie. Je ne pars pas tout de suite à l'hôpital parce que pour moi j'avais juste une petite fièvre.
- Speaker #1
Tu le sentais physiquement ? C'était juste une douleur passagère ou c'était un truc vraiment physiquement ?
- Speaker #2
Physiquement, j'étais HS. Physiquement, j'étais HS et du coup je tombe malade, je vais à l'hôpital, je réponds dans un mois. J'ai failli y passer.
- Speaker #1
Tu vas aller toi-même à l'hôpital ? Ou c'est quelqu'un qui te dit « vas-y, il faut que j'aille à l'hôpital consulter » ?
- Speaker #2
Non, j'appelle l'ambulance.
- Speaker #1
Tu fais un malaise chez toi ?
- Speaker #2
Non, non, je suis dans le mal. Ensuite, ils viennent me chercher. Je les appelle finalement.
- Speaker #1
Ok, d'accord, je capte.
- Speaker #2
Donc du coup, je vais à l'hôpital. Je reste pendant un mois à l'hôpital. Et là, je sors de l'hôpital et... Je peux même pas travailler. Je peux pas travailler, je peux rien faire. J'ai une infirmière qui vient le matin et le soir pour mettre l'antibiotique.
- Speaker #1
Ok, chez toi du coup,
- Speaker #2
elle vient te faire avoir et tu vas y sortir ? Et je suis comme ça en récupération pendant... 2 à 3 mois, sous antibiotiques. Et ouais, c'était vraiment dur. Surtout que les parents ne pouvaient pas venir, vu qu'ils font un visa. Après l'hôpital, ils ont fait une lettre. Et puis grâce à la lettre de l'hôpital, il a eu un visa express.
- Speaker #0
Incroyable !
- Speaker #2
Ouais.
- Speaker #0
Mais déjà merci beaucoup de nous parler de ça. Est-ce qu'au final ils t'ont dit ce que tu as eu à l'hôpital ou pas ?
- Speaker #1
En fait moi c'est une bactérie qui touche en fait les personnes âgées diabétiques et souvent originaire d'Asie, d'Asie du sud-est. Les médecins ne pouvaient pas savoir comment je l'ai eue. Peut-être à l'aéroport, peut-être j'avais mangé quelque chose, je ne sais pas. Ils ne savent pas, ils ne peuvent pas me dire ce que c'était.
- Speaker #0
Mais ils savaient ce que c'était quand tu es arrivé, ils savaient ce que c'était. Ils ne savaient pas ce que c'était en fait, qu'est-ce que c'est ça ?
- Speaker #1
Exactement, donc ils ont fait des tests quand je suis arrivé et je leur ai dit les symptômes. Et ils se sont conclus que c'était une bactérie. Et... Du coup, j'avais le foie qui était infecté. Ils m'ont mis un tube pour enlever l'infection avec les antibiotiques. Ils ont voulu m'opérer le foie, mais comme les antibiotiques et le tube travaillaient bien, ils ont dit non, on ne va pas opérer.
- Speaker #0
C'est... Tu sais, moi j'avais reçu il n'y a pas très très longtemps Margot. Oui, je connais, je connais. Que tu connais. J'avais reçu dans l'épisode, je ne sais plus si c'était pas très au début du podcast, qui avait eu un cancer. D'ailleurs, je passe un gros bisou parce que je sais qu'elle m'écoute souvent. Donc j'espère que tu as bien Margot. Je vous souhaite bonne année, pour le passage. J'avais reçu, elle nous avait parlé de son histoire par rapport au cancer, qu'elle était partie à l'hôpital, etc., qu'elle avait aussi failli y passer, tu vois. Je trouve qu'il y a un parallèle entre vos deux histoires parce que... Je pense que c'est jamais facile d'avoir un problème médical, et encore moins quand t'es à l'étranger. Ça doit être encore plus dur. Comment tu l'as vécu toi ? Après déjà toutes ces galères-là, l'histoire des papiers, etc. Est-ce que tu prends comme un deuxième coup de couteau ? Est-ce que tu te dis vraiment, est-ce qu'en vrai le Canada c'est en train de devenir un cauchemar ? Est-ce que c'est pas mieux que je rentre en France une bonne fois pour toutes et que je laisse le Canada de côté ? Parce que comment t'arrives justement à te... a toujours apprécié le Canada avec toutes ces histoires-là, en fait, toutes ces galères-là. Moi, personnellement, je serais à ta place, je serais dégoûté, je serais en mode : "Vas-y, le Canada, ça commence à me casser les pieds", tu vois, pour être poli. Comment toi tu digères tout ça, en fait ? Parce que je trouve que c'est vraiment fort d'arriver à digérer tout ça.
- Speaker #1
Comment je digère tout ça ? Bah, tout simplement, je me dis que la vie, c'est comme ça si c'était écrit comme ça, en fait. Donc, je dis : "Bah bah, je vais guérir et puis je vais... Je vais continuer à travailler, je vais continuer à aller de l'avant en fait. D'ailleurs je profite de ce podcast pour remercier toutes les personnes qui m'ont aidé pendant que j'étais malade. Après il y a mon père qui est arrivé, qui était resté un mois et demi avec moi. Il est resté avec moi. Après, quand il est parti, j'ai commencé à me sentir mieux. Donc le traitement était fini. Là je me suis mis à chercher du travail.
- Speaker #0
Ok, t'as même pas pris le temps de te reposer un peu, de revenir un peu à la vie ? Tu vois ce que je veux dire ?
- Speaker #1
Ouais, j'étais... Je prenais soin de moi, mais j'avais ce focus là, bon là faut que je bosse.
- Speaker #0
De toute façon tu peux pas bosser vu que t'as pas les papiers dans tous les cas.
- Speaker #1
J'ai eu la confirmation de la RP pendant que j'étais à l'hôpital.
- Speaker #0
Ok, incroyable tu vois ! Incroyable ! Il n'y a jamais un mauvais truc sans un bon truc en vérité frérot.
- Speaker #1
En fait le jour où je suis rentré à l'hôpital, je crois un ou deux jours après j'ai reçu la confirmation.
- Speaker #0
Tu vois lui c'est le commun il est ? Il n'y a jamais un mauvais truc sans un bon truc et il n'y a jamais un bon truc sans un mauvais truc.
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #0
Tu vois les deux ils sont ensemble.
- Speaker #1
Du coup j'ai ma RP. Bon, après, l'ARP passe sur le second plan. Il ne faut pas se mentir. Là, c'était qu'il fallait sauver ma vie. Tu vois ? Il fallait sauver sa peau, comme on dit. Et du coup, je me remets à chercher du travail. J'ai l'ARP. Ça ne va pas prendre. Donc, j'ai décidé de ne plus faire la sécurité.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Je me suis dit, ça, ça y est, c'est fini. Je ne vais plus le faire.
- Speaker #0
De toute façon, maintenant, tu as les papiers. Tu n'en as plus besoin.
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #0
J'avais une petite question. Je vais te couper, excuse-moi.
- Speaker #1
C'est pas grave.
- Speaker #0
Tu sais, vu tout ce qui s'est passé entre le moment où tu as perdu tes papiers et le moment où tu as eu ta RP, il s'est passé tellement de choses. Quand tu as la RP, tu vois quand tu as le papier dans tes mains là, parce que nous souvent les gens ne le savent pas mais avoir ses papiers c'est pas toujours facile. Des fois c'est long, tu peux avoir des galères, il faut renvoyer des documents, il faut payer, c'est aussi beaucoup d'argent tu vois. Ça prend de l'énergie. Toi quand tu traverses tout ce que tu traverses et tu reçois ta RP, est-ce que tu te dis ouais en fait c'était pas pour rien tout ça ? Est-ce que tu savoures le truc encore plus ?
- Speaker #1
Moi, j'étais content. J'étais content, mais même en France, j'étais sans papier pendant... Donc...
- Speaker #0
Ok, t'as l'habitude !
- Speaker #1
Bon, maintenant, j'ai mes papiers ici, j'ai mes papiers en France, je suis en règle partout !
- Speaker #0
Mais je te jure vraiment, c'est bien parce que notre génération n'a pas connu ça, tu vois. Nos parents, ils ont connu ça, les galères de papier et tout ça. Nous, notre génération, on a beaucoup moins connu ça parce que maintenant il y a la naturalisation dans quasiment tous les pays, ceci, cela. Et ça fait du bien aussi des fois d'entendre que ça existe, ça existe aussi pour nos générations, au même titre que les maladies, ça existe aussi pour nos générations. Parce que souvent, notre génération, on pense qu'on est invincible. Frère, on peut avoir les mêmes problèmes que les générations passées, c'est-à-dire problème de papier, problème d'argent, problème de santé. Et d'ailleurs, je reviens un peu rapidement sur ton histoire. Oui. Tu sais, nous on se connait en époque, etc. Donc moi je savais un peu par quoi tu étais passé. Et je sais aussi qu'on t'a fait une cagnotte quand tu étais à l'hôpital.
- Speaker #1
Est-ce que tu peux nous en parler un peu de ce que ça représentait pour toi ? Des potes à moi qui ont pris l'initiative de faire une cagnotte, j'étais pas au courant. Et qui m'ont d'ailleurs beaucoup aidé. Ils ont réussi à collecter une somme. Et cette somme là, comme je disais tout à l'heure, elle a permis de payer mon loyer et des frais d'hôpitaux. Par le biais de ce podcast, je voulais remercier toutes les personnes qui ont participé et qui se sont investies. Et vraiment merci beaucoup du fond de mon cœur parce que ça m'a énormément touché. Et ce geste-là, cette actrice-là a vraiment démontré qu'en tant que Français vivant à l'étranger, on est quand même solidaires entre nous et à la moindre galère, les gens sont prêts à se mobiliser, à nous aider. Voilà, merci à vous.
- Speaker #0
Comment tu arrives après derrière à te remettre dans la vie ou rechercher un travail ?
- Speaker #1
Tout d'abord, je commence à envoyer des candidatures, des CV, ça ne prend pas. Puis un jour, il y a mon téléphone qui sonne et puis c'est une recruteuse qui me dit qu'elle a un poste pour... pour moi dans une entreprise dans le secteur automobile.
- Speaker #0
Bien.
- Speaker #1
Et envoie-moi ton CV. Je lui envoie mon CV, mais je n'y croyais pas trop en fait.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Elle me dit « Je te rappelle la semaine prochaine » . Pour moi, la semaine prochaine, je me dis qu'elle va m'appeler. Elle ne m'appelle pas. Elle m'appelle la semaine d'après. Et là, elle me dit « J'ai une autre offre pour toi chez un des concurrents » . Donc, je passe mon entretien. J'ai le poste et moi je n'arrive pas à y croire en fait. Franchement, après avoir traversé tant de péripéties et de souffrances, je me dis « enfin la lumière au bout du tunnel ! » Et du coup, je suis recruté et là ils me disent « quand est-ce que tu veux commencer ? » Moi je leur donne une date et je leur dis « bon j'ai besoin d'une semaine en plus » . Et là, je rentre deux semaines pour voir ma famille en France. Du coup, je vais voir ma famille, je reste un peu avec eux et je reviens et je commence mon travail. Le travail que je fais actuellement.
- Speaker #0
Ça fait combien de temps que tu es chez eux ?
- Speaker #1
Là, ça va faire 7 mois que je suis avec eux. C'est fou parce que... 7-8 mois, quelque chose comme ça.
- Speaker #0
C'est fou et tu me diras ce que t'en penses par rapport à ce que je vais dire mais t'es là depuis 5 ans ? Et j'ai l'impression que c'est que maintenant que ton aventure commence vraiment,
- Speaker #1
non ? Entre guillemets,
- Speaker #0
ouais. T'as pas ce feeling ?
- Speaker #1
Si, si, si. Je me suis dit bon maintenant,
- Speaker #0
l'aventure... Parce que t'es en place, t'as tout le travail, t'en as pas fait, t'es en place maintenant.
- Speaker #1
Exactement, mais ouais c'est pas facile en fait, c'était vraiment très difficile d'avoir ce... Cette situation-là, je suis content. Je suis content.
- Speaker #0
Mais tu dois être plus que content là frérot, tu dois être fier de toi normalement. Après tout ça, tu peux qu'être fier de toi. Moi déjà j'écoute ton histoire et je suis fier de toi. Donc toi ça va être comment ?
- Speaker #1
Bien sûr je suis fier de moi. Mais là il faut passer à l'étape suivante. Il faut aller à l'étape suivante.
- Speaker #0
Fort. Mais... C'est fort ce que tu dis, je suis content de tout ce qui t'arrive parce que je pense que c'est mérité, tu n'as pas lâché le steak comme on dit.
- Speaker #1
Il ne faut jamais lâcher.
- Speaker #0
Aujourd'hui comment tu te sens maintenant ici à Toronto ? Est-ce que tu dois rester ici plus longtemps ? Maintenant que tu as eu tes papiers, que tu as eu l'objectif que tu étais venu chercher, est-ce que tu te dis « Bon, vas-y, je vais peut-être rentrer en France aussi. » Et après tout ce qui t'est arrivé, comment tu vois la vie maintenant ? Est-ce que tu vois la vie d'un nouvel œil ? Comment c'est dans ta tête, justement ?
- Speaker #1
Forcément, quand tu te prends un coup comme ça, tu réfléchis après et tu te dis que la vie, elle est précieuse. La santé, c'est précieux.
- Speaker #0
De fou !
- Speaker #1
Donc, faites du sport et mangez...
- Speaker #0
5 produits par jour.
- Speaker #1
Non, manger correctement. Et à long terme, peut-être rentrer en France.
- Speaker #0
On arrive doucement sur la fin de l'épisode du podcast. Et tu sais, il y a toujours une question que je pose à mes invités, c'est la question un peu phare du podcast. C'est quoi les conseils que toi tu donnerais à une personne qui veut partir à l'étranger ? Et c'est quoi que tu dirais aussi à... à toutes ces personnes qui sont à Toronto ou peu importe où, aux Etats-Unis, en Colombie, peu importe, qui sont français mais qui n'ont pas de papier et qui galèrent. C'est quoi le message que tu leur enverrais ? Parce qu'au final, on n'en parle pas souvent, mais t'as beaucoup de gens déjà au Canada et même à Toronto. Moi, je connais aussi beaucoup de gens qui ont galéré des papiers. C'est quoi un conseil que tu leur donnerais pour les gens qui passaient par là et qui aujourd'hui aient bien ?
- Speaker #1
Pour les gens qui n'ont pas de papier, qui n'ont pas de statut...
- Speaker #0
Qui sont passés par ce par quoi t'es passé ?
- Speaker #1
En fait, tout dépend de la mentalité de la personne. Si elle se sent capable de patienter, de lutter, et qu'elle sait au bout qu'elle va avoir un statut ou un visa ou un titre de séjour, qu'elle continue à se battre. Si la personne n'est pas sûre, j'irais de rentrer en France. Après, il y a des avocats pour ça. Ça coûte un petit peu, mais bon, ça vaut la peine.
- Speaker #0
Est-ce que tu penses que rentrer, c'est une défaite ?
- Speaker #1
Non, ce n'est pas une défaite. Non, ce n'est pas une défaite. Ce n'est pas une défaite de rentrer en France. Parfois, c'est peut-être mieux. Moi, le conseil que je donnerais aux jeunes Français... qui sont en France et qui veulent partir de la France parce que j'ai vu l'autre jour, il y a beaucoup de jeunes qui veulent partir de la France.
- Speaker #0
Oui, j'ai vu.
- Speaker #1
Ça commence à devenir apparemment inquiétant. Oui,
- Speaker #0
j'ai vu les chiffres aussi d'un point.
- Speaker #1
Après, entre ceux qui veulent partir et ceux qui se donnent vraiment les moyens, il y a un gap. Oui,
- Speaker #0
bien sûr.
- Speaker #1
Il y a une différence. Donc moi je conseillerais à ces personnes-là de choisir un pays, de se renseigner. sur les avantages et les inconvénients, parce que chaque pays a ses avantages et ses inconvénients. Aussi de regarder si le pays te convient par rapport à ta religion, par rapport au mode de vie, style de vie. Voilà, il faut prendre tout ça en compte et voir si ça nous va. Ce n'est pas parce que mon pote est parti... au Brésil que moi, le Brésil va me convenir.
- Speaker #0
Crois-moi, je suis allé au Brésil, le Brésil c'est un convient à tout le monde.
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #0
C'est un convient à tout le monde.
- Speaker #1
Ça c'est une question à se poser.
- Speaker #0
Non, c'est vrai, je suis d'accord.
- Speaker #1
Après il y a aussi les moyens et il faut être patient. Il faut être patient parce que beaucoup de jeunes ne sont pas patients vu qu'ils ont tout tout de suite maintenant.
- Speaker #0
Bien sûr. Incroyable. Frérot, merci beaucoup.
- Speaker #1
Merci à toi.
- Speaker #0
Ça m'a fait super plaisir de te recevoir. Merci pour ton invitation. Avec plaisir. Merci pour ta transparence, merci pour l'histoire qui va aider beaucoup de gens. Je pense que ton histoire peut parler à beaucoup de gens, elle donne de la force aussi à beaucoup de gens parce que toutes les personnes qui galèrent aujourd'hui peuvent se dire aussi... aussi que voilà, la galère c'est pas tout le temps. Il y a la galère mais après il y a aussi les récompenses, il y a des choses qu'on lâche pas.
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #0
Donc encore une fois un grand merci, ça m'a fait super plaisir de vous recevoir et puis pour vous autres, la team vous qui avez l'habitude de m'écouter vous connaissez déjà la chanson, vous êtes sur Comme un Expat ton podcast qui parle d'expatration avec des personnes qui la vivent et on se voit au prochain épisode !