- Christine Ramadier
Il vous est peut-être déjà arrivé de refuser un poste ou une évolution de poste parce que vous ne vous sentiez pas à la hauteur, vous pensiez ne pas avoir les compétences, le temps, l'énergie ou toute autre chose et avoir regretté cette décision ensuite. Parfois, nous doutons de notre légitimité ou bien vous êtes entrepreneur et vous n'osez pas lancer certaines offres ou vous mettez un temps très important. des mois, voire des années avant de finaliser votre offre. C'est souvent ce qu'on appelle le syndrome de l'imposteur. Je suis Christine Ramadier, je suis coach certifiée et dans ce podcast avec Elsa, nous vous accompagnons à vous poser des questions, comprendre, décider et agir pour résoudre certaines croyances ou toute autre chose.
- Elsa Trinquesse
Bonjour à vous, bonjour Christine, ravie de vous retrouver. Et effectivement, je pense que cet épisode va encore parler à beaucoup d'entre nous.
- Christine Ramadier
Je l'espère.
- Elsa Trinquesse
Oui, parce que dans la situation que tu viens de donner, effectivement, ça parle. Ça fait écho à beaucoup de gens, je pense. Alors, comment tu pourrais définir simplement ce qu'on peut appeler le syndrome de l'imposteur ?
- Christine Ramadier
Le syndrome de l'imposteur, il intervient surtout dans le domaine professionnel. et parfois pas que, aussi personnel, mais on va s'intéresser surtout au domaine professionnel. C'est quand j'ai la perception de moi où je doute de ma légitimité, de mes compétences. Le syndrome de l'imposteur, c'est à partir du moment où je ressens un manque de légitimité dans n'importe quel domaine et vous vous demandez si ça vient d'un niveau élevé de mes exigences ou si c'est un manque de compétences en réalité.
- Elsa Trinquesse
Ce qui est assez troublant, c'est qu'en fait, ça ne concerne pas forcément que des gens qui sont débutants dans un domaine. On retrouve ça aussi chez des personnes qui sont parfois très compétentes, voire même très expérimentées, non ?
- Christine Ramadier
Absolument. Moi, j'accompagne des managers de très haut niveau dans des très grands groupes français et qui, malgré tout, souffrent du syndrome de l'imposteur. Parce que le syndrome de l'imposteur, il n'est pas sur toute ma fonction managériale, par exemple, ou toute ma fonction commerciale ou tout autre. C'est sur certains aspects de mon travail. Je peux par exemple être au top de mes compétences, par exemple d'analyse financière ou de construire des tableaux de bord. Et dès que je dois prendre la parole en réunion, là d'un seul coup, je n'ai plus ma légitimité. Ou si on me demande d'aller travailler sur un projet avec des équipes transverses et que je ne me sens pas remis en cause et ainsi de suite, c'est là où le syndrome d'imposteur peut intervenir.
- Elsa Trinquesse
Donc si on résume le problème, ce n'est pas vraiment le niveau réel de la personne, mais plutôt comment elle se perçoit ?
- Christine Ramadier
Exactement. Et c'est entre guillemets une bonne nouvelle, c'est que la majorité d'entre nous qui doutons de nos capacités, c'est parce que justement, nous voyons plus la complexité des missions. Vous savez que j'aime bien les biais cognitifs. Il y a un biais psychologique qui a été relevé en 99 qui s'appelle l'effet Dunning-Kruger, où en fait, ils se sont rendus compte que les personnes peu compétentes, elles se surestiment alors que les personnes qui sont compétentes ont tendance à douter de tout parce que justement, elles remettent en question leur niveau de compétence mais c'est aussi parce qu'elles ont un très haut niveau d'exigence. Et donc justement, c'est ça qui fait que parfois, on va leur proposer d'évoluer de poste ou de prendre une équipe plus importante à manager. ou tout autre projet professionnel, et quand elles vont avoir plutôt tendance à douter et à dire « mais non, je ne pense pas être capable de le faire » .
- Elsa Trinquesse
Et d'ailleurs, ce n'est pas toujours visible, ce n'est pas forcément un non. Ça peut parfois être un peu plus insidieux. On va hésiter, on va repousser, ou on attend, et puis ça finit par disparaître. Et en fait, on se freine, à ce moment-là ?
- Christine Ramadier
Absolument. Et c'est, il y a un mot qui arrive. Alors, je n'ai pas dédié encore un épisode, mais on pourra le faire plus tard à ce sujet-là. Mais il y a un mot qui est souvent lié au syndrome de l'imposteur, c'est la procrastination. C'est-à-dire que, justement, plus je progresse, plus je suis exigeante, plus je vais aller me comparer aux autres, plus je banalise ce que je sais faire. Et c'est là où justement je commence à douter de moi et j'ai un mécanisme par exemple d'auto-sabotage qui se met en place. Et je suis en train de procrastiner parce que je me fais peur moi-même et là on en revient au discours intérieur et à nos croyances. Mais j'ai un discours intérieur qui me dit mais non je ne suis pas capable ou alors si je le fais je risque ceci, je risque cela. Et donc là on remet à plus tard, donc on attend, on attend. avec tous les sentiments de culpabilité qui arrivent par-dessus et ainsi de suite. Et tout ça, ça vient aussi renforcer ce syndrome de l'imposteur.
- Elsa Trinquesse
Ok. Et donc, comment on fait pour ne pas rester bloqué, justement ?
- Christine Ramadier
Là, l'objectif, si vous sentez que dans un domaine, que ce soit la prise de parole en public, que ce soit le management, que ce soit de lancer vos offres en tant qu'entrepreneur ou tout autre projet, et ça peut même être au niveau personnel, c'est devenir président d'une association bénévole où vous êtes bénévole, certaines personnes vont refuser. Parce que c'est le syndrome de l'imposteur. Donc dès que vous commencez à voir qu'il pointe le petit bout de son nez, ce que je vous invite à faire, c'est déjà de reprendre la situation concrète. Qu'est-ce qu'on vous demande de faire ? Quelles sont les capacités, les compétences ou les talents qui sont nécessaires pour ce poste, pour cette activité ? Et listez ce que vous, vous savez faire. Qu'est-ce que vous savez faire dans votre travail, dans vos études ? Qu'est-ce que vous avez appris à faire ? Et simplement... demander aussi à votre entourage de vous refaire un retour, mais contextualisé, factuel, qu'ils ne vous disent pas, mais si tu peux faire ceci, cela, parce que tu es ceci, cela. Non, c'est OK. Là, on vient de te proposer un nouveau poste de manager. Tu peux tout à fait le faire parce que déjà dans tes dernières expériences, tu es quelqu'un d'organisé, tu as un bon relationnel, tu sais communiquer, fédérer autour d'un projet. D'ailleurs, tu le fais dans ton activité paraprofessionnelle ou hobby ou toute autre chose. Mais c'est demander à des personnes qui vous connaissent vraiment bien, que ce soit dans le milieu pro ou perso, de vraiment vous faire des retours contextualisés et factuels. Et puis, vous, de vous dire concrètement, là on me propose cette opportunité, si je fais un pas de côté, qu'est-ce qui réellement me manquerait ? Est-ce que j'ai besoin de méthodes ? Est-ce que j'ai besoin d'apprendre à utiliser les tableurs Excel d'une nouvelle façon ? Concrètement, il me manque quoi ? Et est-ce que c'est si inatteignable que ce que j'ai imaginé ? Est-ce que c'est clair, Elsa ?
- Elsa Trinquesse
Oui, c'est clair. C'est qu'en gros, il faut plutôt revenir sur le concret, le factuel, pour sortir de l'émotion qu'on peut ressentir.
- Christine Ramadier
Oui. Et si vraiment ce syndrome de l'imposteur est trop omniprésent et que ça fait deux fois que vous refusez une évolution de poste et tout ça, je vous encourage vraiment à vous faire accompagner par un coach ou un professionnel. Mais c'est important parce que si vous sentez que ça vous empêche d'évoluer professionnellement, que vous vous trouvez des excuses pour ne pas accepter des évolutions de poste alors que vos managers sont en train de vous dire que vous êtes doué et capable de le faire. Là, il y a un vrai problème potentiellement d'estime de soi, de confiance en soi, qu'il faut aller travailler. C'est important. Le syndrome de l'imposteur, ce n'est pas grave, on peut le surmonter. Mais quand c'est trop ancré et que vraiment vous n'avez que des regrets, il faut vous dire, dans cinq ans, par rapport à ma carrière, est-ce que je veux avoir des regrets ou avoir saisi des opportunités ?
- Elsa Trinquesse
Donc si on résume, le syndrome de l'imposteur, il ne dit rien du niveau réel que vous avez. Il parle surtout des exigences que vous avez sur vous-même. Et la bascule, elle est simple. Il ne faut plus attendre d'être prêt, en fait. Il faut avancer, malgré le doute. Exactement. C'est tout à fait ça. Et là, j'ai conçu une petite méthode qui, potentiellement, parlera à ceux qui se sentent concernés. C'est la méthode FACE. Parce que je suis quelqu'un, vous l'avez certainement compris, c'est important de faire face aux situations. Et donc, face, ça correspond à F pour "FAIT". Qu'est-ce que j'ai déjà fait ? Quelles sont mes capacités ? D'une manière générale, au niveau professionnel, relationnel ou tout autre domaine. Donc là, je fais l'inventaire de ce que j'ai déjà fait, de ce que je sais faire. Ensuite, le A pour "ANALYSER" qu'est-ce qui se passe en moi ? Qu'est-ce que je suis en train de me raconter par rapport à cette opportunité qu'on m'offre ? ou cette envie que j'ai de lancer cette offre-là ? Qu'est-ce que dans mon mental à moi-même, c'est quoi que je suis en train de me raconter comme histoire ? Est-ce que je me trouve des excuses ? Ou est-ce que c'est mon degré d'exigence ? J'attends que ça soit parfait, et ainsi de suite. Ensuite, il y a le C pour "CADRER". Cadrer mon niveau d'exigence. Quel est le niveau d'exigence qui est acceptable ? De quoi j'ai besoin pour pouvoir me rassurer ? Donc avec ce mot cadré, c'est de se dire qu'est-ce qui va me rassurer ? Comment est-ce que je vais travailler mon discours aussi intérieur ? Et puis le E de FACE, c'est pour "EXPÉRIMENTER". Il n'y a qu'une façon de gagner confiance en soi, quel que soit le domaine, c'est par l'action. Un pas à la fois, mais c'est de vous dire qu'est-ce que je peux expérimenter ? Qu'est-ce que je peux tester de faire ? Est-ce que je peux commencer à manager ne serait-ce qu'une seule personne ? Ou bien à prendre la parole déjà, à faire un jeu de rôle à la maison devant mes enfants, mon mari ou ma femme, et faire animer une 10 minutes de réunion ? Comment est-ce que je peux expérimenter pour voir qu'est-ce qui se passe ? Comment ça se passe ? Et surtout, vous rappelez. que 1, c'est toujours mieux que 0. Il vaut mieux avoir fait une petite chose et avoir testé, expérimenté, plutôt que de n'avoir rien fait. Donc, cette méthode FACE, c'est ce que je propose dans mes coachings de dirigeants et d'entrepreneurs, parce que réellement, elle est impactante. En effet, je pense qu'elle va parler à beaucoup, beaucoup de monde. Merci beaucoup, Christine. Je pense que tu vas encore avoir envie de laisser les auditeurs avec quelques questions.
- Christine Ramadier
Bien sûr, parce que... Le syndrome de l'imposteur, le meilleur moyen de l'aller le titiller un petit peu, c'est comme avec les croyances limitantes, les émotions et tout le reste, c'est de poser des questions. Donc, quelles preuves concrètes démontrent que vous n'êtes pas prêt ? Quel est le risque à ne pas accepter ? cette évolution de poste ou cette proposition ? Dans cinq ans, quels seront vos regrets par rapport à cette situation ? Et enfin, dans cette situation, seriez-vous aussi exigeant ou exigeante si c'était quelqu'un d'autre ? Je vous laisse réfléchir à tout ça. Et on se retrouvera prochainement pour un prochain épisode. Merci Elsa. Merci beaucoup Christine. Merci à vous les auditeurs et les auditrices. Je vous invite à laisser des petits commentaires et des étoiles sur vos plateformes préférées. Et surtout, si vous avez des remarques, des retours ou des partages d'expérience, vous pouvez les indiquer, notamment sur Instagram, sur comment se réaliser. Je serai ravie d'y répondre et de vous lire. A très bientôt pour un prochain épisode. Sur le syndrome du sauveur.