- Anne
Comptez sur ses proches, le podcast pour parler budget.
- Nina
Moi c'est Nina.
- Claire
Et moi c'est Claire.
- Nina
Nous sommes toutes les deux conseillères en économie sociale familiale à l'atelier budgétaire.
- Claire
Vous avez été nombreux à écouter les deux saisons de Comptez sur ses proches où nous abordions les impacts financiers quand vos proches vieillissent ou perdent de l'autonomie. D'ailleurs, elles sont toujours disponibles à l'écoute.
- Nina
Aujourd'hui, nous sommes de retour pour une troisième et dernière saison. Et cette fois-ci, nous allons aborder la question du maintien à domicile. Jusqu'à quand ? Comment ça s'organise ? De la vie en collectif, et toujours en lien avec le budget et le vieillissement.
- Claire
Alors c'est parti pour une série de 5 épisodes où nous vous présentons des situations concrètes qui seront éclairées par notre immersion auprès des experts dans leur lieu d'accueil et des témoignages de résidents et d'aidants.
- Nina
Oui, nous allons vous emmener en EHPAD dans les pôles ressources accueil de jour au cœur de leur quotidien. Et pour la bonne humeur, comptez sur nous !
- Claire
Ça va Nina ? Tu fais une drôle de tête.
- Nina
C'est M. Bouillon, il vient encore de reporter son rendez-vous. Sa femme ne va pas bien, il doit l'emmener chez le médecin. Ça fait plusieurs années qu'il l'aide au quotidien. Et là, j'ai l'impression que tout devient plus compliqué, plus lourd, plus urgent aussi.
- Claire
Oui, chez les aidants, on sent souvent ce moment-là arriver. Celui où on se demande si on va encore pouvoir tenir comme avant.
- Nina
Exactement. Il commence à se poser beaucoup de questions. Comment soulager un peu le quotidien ? Quelles solutions existent quand rester à domicile devient difficile ? Et surtout, comment anticiper la suite ? Et moi je me rends compte que je ne suis pas toujours à l'aise pour y répondre.
- Claire
C'est normal, ces questions-là elles n'ont rien d'évident. On a envie d'aider, d'orienter mais on ne connaît pas forcément toutes les options.
- Nina
Oui, et puis on n'a pas envie non plus de dire trop vite. Il faut envisager un établissement sans vraiment savoir ce que ça veut dire concrètement.
- Claire
Et si on allait chercher des réponses ensemble ? Justement, dans quelques semaines, c'est la semaine bleue. C'est la semaine dédiée aux seniors. Il y a des rencontres, des portes ouvertes, des professionnels disponibles pour échanger.
- Nina
Bonne idée ! Ce serait l'occasion de comprendre où se situe la limite du maintien à domicile, ce qui peut être mis en place avant d'entrer en EHPAD. D'ailleurs, tu peux nous rappeler Claire ce que veut dire EHPAD ?
- Claire
Eh oui, EHPAD veut dire établissement pour personnes âgées dépendantes. Allez c'est parti, on y va ! C'est bien, on a pu échanger avec des professionnels aux profils très différents, tous confrontés à ces mêmes situations.
- Nina
Et ce qu'on a compris, c'est que vieillir en perte d'autonomie, ça ne se résume pas à une seule solution. Rester chez soi, être accompagné autrement, envisager un établissement, tout ça dépend des personnes, des aidants et du moment.
- Claire
Dans cet épisode, nous allons donc vous parler des soutiens possibles, des relais qui existent et des questions à se poser quand le quotidien à domicile atteint ses limites.
- Nina
En échangeant avec les professionnels, on s'est rendu compte d'une chose essentielle. Il n'existe pas de moment précis. Pas de critères uniques qui diraient « à partir de là, on ne peut plus vivre chez soi ». Pour mieux comprendre comment ces limites se construisent, nous avons donné la parole à plusieurs professionnels au regard complémentaire. Vous pourrez tout d'abord entendre Rose de l'EPAD, l'Aériel de Biron à Capsieux, puis Stéphanie au Pôle ressources de Capsieux, et enfin Valérie, médecin-coordinateur à l'EPAD. Alors, commençons par Rose qui répond à ma question Quelle est la limite du maintien à domicile ?
- Rose
C'est variable pour chacun. La limite n'est pas la même pour l'ensemble des résidents et ou des familles. Cela peut être suite à des troubles cognitifs qui sont majorés, une mise en danger de la personne. Ça peut être aussi si elle est seule à domicile, s'il n'y a pas d'aidant.
- Stéphanie
Souvent, le maintien à domicile dépend complètement de l'aidant qui lui permet ça. Donc on va aussi tenir compte de l'état de santé physique et mentale de l'aidant. Et parfois... Enfin, je crois que les chiffres sont toujours les mêmes. Enfin non, je ne vais pas les annoncer, mais ces fameux 30% d'aidants qui partent avant l'aidé, c'est bien que leur rôle est lourd, épuisant. Et donc si on n'aide pas ces gens-là, du coup, c'est aussi des entrées en établissement un peu catastrophes, pas du tout préparées. Mais la limite, c'est aussi celui de l'aidant.
- Valérie
Je crois en une chose, c'est que le maintien à domicile le plus longtemps possible est la meilleure chose pour tout le monde. C'est une évidence. On peut mourir à la maison même tout seul si c'est notre choix et je pense qu'on doit le respecter. Ça me semble fondamental. Mais il faut que tout le monde soit au courant. C'est-à-dire que si vous êtes tout seul à la maison, que vous n'avez pas d'aidant et que les soignants risquent d'arriver le matin et de vous trouver décédés, il faut qu'ils le sachent. Il faut qu'ils en soient d'accord et il faut que la famille en soit d'accord. Après, si l'aidant est épuisé, c'est toujours compliqué pour eux de passer la main. Je pense que c'est important de leur proposer un accueil temporaire peut-être pour voir ce que ça va leur faire. Mais il faut leur expliquer aussi que si leur proche vient en accueil temporaire, eux, ils ne doivent pas passer toute la journée ici. C'est pour qu'eux puissent se retrouver, se reposer. Donc il y a des familles qui s'en saisissent et d'autres qui ne s'en saisissent pas. Et c'est compliqué. On peut juste leur expliquer, les accompagner, les écouter. C'est surtout ça. Nous on n'est pas là pour leur asséner des vérités.
- Nina
Donc qu'il y ait un aidant ou non, il faut un lien avec une structure pour rester chez soi le plus longtemps possible.
- Claire
Oui, et on est d'accord que quand tu dis structure, ce n'est pas forcément auxiliaire de vie. On parle aussi des accueils de jour ? des accueils temporaires et en tout premier lieu, des pôles ressources.
- Nina
Oui, oui, bien sûr. Et tu te souviens ? Karine, animatrice de l'accueil de jour de l'EPAD de Capsieux, parle même de lien.
- Karine
Le premier lien d'ailleurs, il est avec le pôle ressource. C'est la psychologue Stéphanie Berthaud qui fait une visite à domicile parce qu'on a eu une demande via trajectoire pour de l'accueil de jour ou un accueil temporaire. Il y a des activités aussi qui sont mises en place pour les aidants des formations. Il y a plein de choses qui, malheureusement, ne sont pas sues.
- Nina
Karine a raison. Les dispositifs sont nombreux et s'y retrouver peut être compliqué et démotivant.
- Claire
Oui, c'est certain, mais le pôle ressources est un vrai soutien. Rappelle-toi les mots de Marie-Pierre, la coordonnatrice du pôle ressources de l'EPAD du Sablonat à Bordeaux.
- Marie-Pierre
On se veut être facilitateur parce que c'est un vrai labyrinthe qui est le monde du vieillissement. Il y a peu de temps où des personnes âgées m'ont dit que, en fait, la vieillesse, ce n'est pas pour les mauvaiviettes. Et effectivement, il faut être un peu averti et savoir un petit peu être agile et se faire entourer. Et nous, on fait partie de cet entourage qui vont permettre soit d'être passeurs ou soit d'être facilitateurs dans leur parcours de vie et leur parcours d'aidant.
- Nina
J'aime beaucoup ce terme de facilitateur. Ça montre que les pôles ressources sont incontournables. Mais c'est dommage qu'ils soient si méconnus.
- Claire
Pour les découvrir plus en détail, prenons le temps d'écouter Stella et Marie-Pierre, toutes deux coordinatrices d'un pôle ressource, l'une en ruralité et l'autre en ville.
- Stella
Le pôle ressource, c'est un dispositif qui est porté par les agences régionales de santé et qui est toujours adossée à un EHPAD. Alors chaque pôle ressources a un peu sa spécificité. La façon dont on travaille aujourd'hui, alors on a un grand volet qui est ce qu'on appelle soutenir l'autonomie. Là c'est vraiment un travail qui se fait très en lien avec les partenaires qui vont nous orienter des personnes qui sont souvent dans le grand âge ou qui sont vraiment, toujours à domicile bien sûr, en perte d'autonomie. Et souvent il y a une situation d'ailleurs d'aidant et d'aider, il y a souvent des situations complexes. Donc pour nous c'est toujours une première visite à domicile, toujours dans l'idée vraiment d'être plus près de la personne, de rencontrer. Cette première visite elle permet vraiment d'évaluer les besoins, les attentes. Donc au début on ne sait pas trop pourquoi on y va et en fonction de ce qu'on va percevoir ça peut être plein de choses, ça peut être... une proposition pour intégrer certains ateliers du pôle ressources qui sont très adaptés pour les personnes ayant des troubles cognitifs. Et c'est un atelier qui fait un peu passerelle vers l'accueil de jour ou vers l'entrée en institution. Et puis, il y a aussi un travail qui est fait avec l'aidant. On n'a pas fléché forcément des actions spécifiques pour les aidants parce qu'on est sur un petit village. Et au début, en fait, il y avait l'idée de créer des groupes de parole, mais ça n'a pas fonctionné. Les aidants, ils peuvent être partout dans l'histoire, ils peuvent venir sur des groupes avec les seniors, faire des sorties culturelles, aller manger au resto, sur la gym des neurones. Ils peuvent être bénévoles Mona Lisa. Toutes les propositions qu'on fait, on s'est dit qu'ils peuvent.
- Stéphanie
Ce n'est pas cloisonné.
- Marie-Pierre
C'est la commune de Bordeaux, mais nous avons aussi Talence qui est juste derrière et nous avons aussi Bègles. Nous accompagnons donc des personnes âgées de plus de 60 ans, fragilisées. La fragilité touche de manière multidimensionnelle. On va travailler autant sur la question sociale, médico-sociale, financière. Et nous allons proposer des petites choses, des petits outils pour rester le plus longtemps possible autonome à la maison. Nous avons quelques missions dans ces Trois ou quatre missions que nous avons. La première est la prévention à la santé. Nous allons proposer des ateliers de prévention à la santé qui touchent à peu près tous les items de ce que fait chez nous la santé, la bonne santé. Nous allons travailler sur la cognition, la vision, l'audition, la mobilité et aussi sur la nutrition ou encore sur la timie, sur l'humeur. Nous allons travailler avec des ateliers de gestion de stress. Nous allons travailler aussi sur la lutte contre l'isolement et nous allons accompagner les aidants vers du répit.
- Nina
Et voilà, nous y sommes, le répit. L'indispensable que beaucoup d'aidants ont du mal à placer comme priorité.
- Claire
Pourtant, pour bien prendre soin des autres, il est nécessaire de prendre soin de soi.
- Nina
Oh Claire, tu sais toujours trouver les mots justes.
- Claire
Tu me taquines mais c'est quand même la réalité. Tu veux que je te rappelle les chiffres ? 30% des aidants décèdent avant les aidés.
- Nina
Bon d'accord, un peu de sérieux. Le répit de l'aidant peut être apporté par le dispositif d'accueil de jour de l'AIDÉ. Et les bénéfices sont à la fois pour l'aidant et l'AIDÉ, comme nous disent Karine et Claire. Toutes les deux aides-soignantes en gérontologie aux accueils de jour de Capcieux et de Bordeaux.
- Karine
Alors l'accueil de jour permet aux aidants principalement de donner du répit, c'est-à-dire que je vais chercher à domicile avec le camion, donc le master ou éventuellement l'autre véhicule. Je vais chercher les personnes à domicile. On arrive ici vers 10 heures à peu près, ils passent la journée avec nous. Je stimule à travers des activités ou des ateliers. Et ça permet de créer du lien social pour la personne. Ça permet de restaurer, de stimuler. d'aller chercher un petit peu toutes ces capacités restantes.
- Rose
L'accueil de jour, ce sont des personnes qui viennent de l'extérieur, qui viennent de chez elles et qui viennent faire des activités ici. Alors des activités cognitives, des activités sensorielles, des activités motrices. C'est des activités importantes parce que chez eux... Bien souvent, il y en a qui sont seuls et qui passent la journée comme ils l'expriment actuellement. Il y a beaucoup de personnes qui l'expriment comme ça. Je suis seule, je ne fais rien, je ne sors pas parce que j'ai peur de me perdre ou j'ai peur qu'il m'arrive quelque chose. Donc mes enfants m'ont bien dit de ne pas bouger. Alors ils arrivent ici, il y a ce côté, ce tissu social déjà qui leur apporte. Les activités aussi parce que chez eux tout seuls, ils n'ont pas envie de se mettre à faire beaucoup de choses. Donc ça permet pour eux un entretien de tous les jours qui leur permet aussi de conserver le domicile. Alors que s'ils étaient à domicile, ils ne feraient plus rien et les capacités aussi, ils les perdraient de plus en plus. Donc c'est important.
- Claire
Finalement, nos rencontres avec les professionnels attestent que le maintien à domicile est possible grâce aux dispositifs de soutien. Le pôle ressource a un rôle passerelle vers les dispositifs comme l'accueil de jour, l'accueil temporaire, les séjours de répit et dans un deuxième temps vers l'EHPAD.
- Nina
D'ailleurs, ça sera le thème de notre second épisode, de l'entrée à la vie en EHPAD, comment ça se passe ? Eh Claire, tu nous fais un petit récap ?
- Claire
Pour résumer, quand le maintien à domicile devient plus fragile, il existe plusieurs soutiens possibles. Les pôles ressources sont souvent un premier point d'appui. On peut y rencontrer une coordinatrice une psychologue, parfois une animatrice pour faire le point sur la situation et être orienté. L'accueil de jour permet, quelques heures ou quelques jours par semaine, d'accompagner la personne âgée tout en offrant du répit à l'aidant. L'accueil temporaire, lui, peut répondre à un besoin ponctuel pour tester un établissement ou faire face à une période plus compliquée. Et lorsqu'une entrée en EHPAD est envisagée, le dispositif Via Trajectoire permet de centraliser les démarches et de déposer un dossier auprès de plusieurs établissements. Vous en saurez plus dans l'épisode 2. L'essentiel à retenir, c'est qu'il n'y a pas de solution unique, mais des relais à activer au bon moment et jamais seul.
- Anne
Merci d'avoir écouté cet épisode de la saison 3 de Comptez sur ses proches, le podcast pour parler budget. Nous espérons que vous y avez trouvé des informations utiles pour vos démarches et des réponses à vos questions. Pour aller plus loin, toutes les ressources de l'épisode sont disponibles dans le descriptif. Notre association, l'Atelier budgétaire, remercie les partenaires qui rendent ce podcast possible. Merci au département de la Gironde et à la Commission des financeurs, Malakoff Humanis, la Carsat Aquitaine, la MSA de la Gironde et celle de la Dordogne et du Lot-et-Garonne. Sans oublier l'association Bonjour les Hirondelles Média pour la réalisation. Si vous avez apprécié cette écoute, n'hésitez pas à la partager avec vos proches et avec tous ceux qui en auraient besoin. Les saisons 1 et 2 sont toujours disponibles sur toutes les plateformes, Ausha, Deezer, Spotify, YouTube, Apple Podcasts. Et grâce à vos commentaires et à vos clics sur les réseaux, vous soutiendrez la diffusion de l'épisode. On compte sur vous ! A bientôt pour le prochain épisode. De l'entrée à la vie en Ehpad, comment ça se passe ?