- Speaker #0
Bienvenue dans Confidences d'entrepreneurs. Ici, on vous dévoile de l'intérieur ce qu'un entrepreneur traverse lors d'une opération marquante de son parcours. Je suis Thomas Fertin, entrepreneur et surtout dirigeant du cabinet de fusion-acquisition Conseil Finances et Transmissions. Chaque premier mardi du mois, nous revenons avec un invité entrepreneur sur son parcours tout en faisant un zoom sur une problématique ou une opération qu'il ou elle a dû traverser. Cela peut être une reprise familiale, une transmission, un dépôt de bilan ou bien même le retournement d'une entreprise. Aujourd'hui, je vous présente le parcours de combattante de Laure Babin, créatrice de la marque de basket Zeta. Pourquoi un parcours de combattante ? Elle va nous expliquer ce que c'est que de créer une marque de chaussures hyper innovante, avec des matériaux recyclés, quand on a 23 ans, qu'on est toujours étudiante, qu'on s'est toujours autofinancé alors qu'on n'avait pas d'argent. Entre système D, multiples astuces, hésitations, mais aussi grosse volonté de réussir et de progresser collectivement. C'est un épisode dont je suis très fier, qui est magnifié. par la transparence et la franchise de Laure, que je remercie profondément et je vous souhaite une bonne écoute. Bonjour Laure.
- Speaker #1
Hello Thomas.
- Speaker #0
Merci beaucoup d'avoir accepté mon invitation. On s'est rencontré à une table ronde sur l'entrepreneuriat à laquelle tu as participé en début d'année. J'ai tout de suite été marqué par ton franc-parler et surtout ta transparence, et ça je trouve ça admirable, et par rapport aux difficultés que tu as eues dans ton parcours. Donc si tu veux le bien, on va parler de ton parcours d'entrepreneur, de ton développement. sur un marché qui est hautement concurrentiel, qui est celui de la basket. Et de manière générale, faire un zoom sur un virage stratégique aussi que tu as fait l'année dernière pour pérenniser ton activité. On est ici pour apprendre à entreprendre, donc il y a des bonnes, des moins bonnes idées. Et l'idée, c'est de développer un peu tout ça. Mais je suis vraiment ravi de t'accueillir.
- Speaker #1
Merci, merci beaucoup pour l'invitation.
- Speaker #0
Pour commencer, est-ce que tu peux te présenter rapidement pour ceux qui ne te connaissent pas ?
- Speaker #1
Ouais, j'ai 29 ans, je suis angevine d'origine. Bordelaise depuis 2016. J'ai fait mes études à Bordeaux en management et j'ai créé Zeta l'année de mon master, master 2, quand j'étais étudiante. Après divers stages d'industrie de la mode et de la chaussure. Avec une profonde envie d'entreprendre, de liberté et puis une envie de changer les choses aussi, d'avoir un impact positif.
- Speaker #0
Justement, tu me tends la perche, mais est-ce que tu peux nous présenter Zeta ?
- Speaker #1
Zeta, c'est une marque de baskets et de chaussures. Depuis l'année dernière, on ne fait plus que de la basket. qui sont entièrement recyclés, véganes et fabriqués au Portugal à partir de matières innovantes. On s'est fait connaître pour le raisin, mais on a aussi développé d'autres matières à base de maïs, café et olives.
- Speaker #0
Super. Comment tu décrirais ton parcours à ce stade en un mot ? En un mot ou une phrase ? Allez, je t'autorise une phrase.
- Speaker #1
Les montagnes russes.
- Speaker #0
C'est une bonne définition.
- Speaker #1
Clairement. On est montés très très haut les deux premières années avec énormément d'engouement pour la marque. énormément de nouveautés pour moi qui découvraient ce milieu et toutes les facettes du métier d'entrepreneur. Ensuite, on a un peu stagné, on a un peu redescendu, il y a eu des hauts, il y a eu des bas. Donc, je dirais que l'entrepreneuriat, c'est les montagnes russes.
- Speaker #0
Et justement, comment tu définirais ton rôle, ton poste d'entrepreneur, chef d'entreprise, aujourd'hui, de manière générale ou au sein de ton entreprise ? Quand tu te présentes, tu dis dirigeante de la société, mais quel est ton rôle en tant que telle quand tu dois décrire ce que tu fais ?
- Speaker #1
J'ai le rôle de créative. Et je dois être visionnaire. Chez Zeta, c'est moi qui développe les produits, qui vais mettre en place les collaborations, qui vais mener les campagnes de communication. Donc je dois être visionnaire sur ce qu'on va lancer, sur la façon dont on va le lancer, comment on va le mettre en avant et amener de l'innovation pour pouvoir surprendre le consommateur.
- Speaker #0
Il y a trop de questions qui me viennent direct. On va continuer à suivre un peu le chemin. Qu'est-ce qui fait que tu as voulu entreprendre dès que tu étais étudiante ? Tu n'avais même pas encore fini tes études parce que tu as déjà entrepris. qu'est-ce qui t'a poussé dans le dos comme ça ? à entreprendre ?
- Speaker #1
Je viens pas d'une famille d'entrepreneurs. Mes grands-parents étaient instits, mes parents étaient instits. On est quatre enfants à la maison et mes frères et soeurs ont suivi des parcours très classiques. Longues études, CDI. Et moi, ça me faisait pas rêver. Et je crois que j'avais envie de sortir un peu de ce carcan-là. Et cette envie d'entreprendre, elle est venue très jeune, dès le BTS. J'ai commencé par un BTS après le bac. Et chaque année, chaque année de mon parcours, j'ai eu un projet entrepreneurial. Je suis pas allée au bout à chaque fois, mais j'ai eu, tu vois, le premier projet, c'était une marque de t-shirt en coton bio avec écrit... Le Marseillais et la Marseillaise, le Lillois et la Lilloise, parce que je m'étais rendu compte que les Français étaient très chauvins de leur région et de leur ville. Ensuite, il y a eu un projet de laverie collaborative, un projet d'application mobile, de rencontres pour les jeunes à l'étranger qui partaient en stage en Erasmus. Donc des idées d'entreprises, j'en ai eu plein. Il n'y en avait aucune qui faisait vraiment sens ou aucune pour laquelle j'ai réussi à aller au bout. Et en fait, dernière année de master, je me suis dit « Ok, je suis passionnée de mode, j'adore dessiner, j'adore créer. Je ne trouve aucun job qui vienne cocher tout ce que j'aime faire. » Et surtout, j'ai envie de faire bouger les choses parce que je m'étais rendu compte de plein de choses pendant mes stages à l'étranger, au Cambodge, au Pérou, aux Pays-Bas, dans des entreprises de vêtements ou de chaussures. Et je me suis dit, j'ai envie de changer les choses à ma façon. Donc, je suis rentrée en Master 2. J'ai intégré l'incubateur de mon école et je me suis dit, OK, tu as 12 mois pour mener ton BP, créer un prototype et lancer le projet.
- Speaker #0
Incroyable, c'est génial. Alors, j'ai un parcours un peu semblable où j'ai fait un MSC, moi aussi, entrepreneuriat. ou pareil, j'y étais pour aller créer une boîte intrinsèquement tu dirais que tu cherchais quoi ? De manière fondamentale, le premier truc ?
- Speaker #1
De la liberté et de la reconnaissance, je pense. J'étais quelqu'un qui manquait beaucoup de confiance en soi. C'est toujours un peu le cas aujourd'hui. Mais je manquais beaucoup de confiance en moi et en mes capacités. Je crois que j'avais besoin de me prouver que j'étais capable de faire les choses et de créer une boîte et d'avoir un impact positif.
- Speaker #0
Je pense qu'avec le recul, tu avais vraiment le feu sacré. Qu'est-ce qui a alimenté ce feu sacré de vouloir entreprendre ? Dès ton BTS d'ailleurs. C'était l'imagination dès le départ, l'envie de développer des projets ?
- Speaker #1
Oui, l'envie de créer quelque chose qui me serait propre, de pouvoir dire c'est moi qui l'ai fait. Oui, de mener un projet de A à Z, je crois que ça me plaisait bien. Et de voir toutes les facettes aussi du produit, de la com, la logistique, de la finance, même si je déteste ça. Je pense que c'était ça, oui.
- Speaker #0
Et pourquoi être allée dans le marché de la basket, qui est un marché ultra concurrentiel avec des mastodontes ? Il y a plus simple, quoi.
- Speaker #1
Oui. Je voulais faire de la mode parce que ça me passionne depuis très jeune. Je voulais être styliste quand j'étais plus jeune. Et mes parents m'ont dit, écoute, il y a des métiers qui seront un peu plus simples quand même, mais dans lesquels il y aura un peu plus de boulot. Donc j'ai suivi un parcours un peu plus classique avec du commerce, mais en me faisant la promesse de bosser dans la mode plus tard, de pouvoir rejoindre un peu ce domaine-là. Donc j'ai continué à dessiner beaucoup, à lire, à écouter les podcasts. J'étais très inspirée par Veja, qui je trouve est une marque admirable pour tout ce qu'ils mettent en place. Et en fait, au moment où j'ai dû définir le projet, j'ai fait un peu un état du marché de la mode et je me suis dit, ok, des marques de textiles, de vêtements éco-responsables, il y en a plein. Par contre, sur le marché de la basket, de la sneaker, qui est un produit vendu par millions, milliards chaque année, tout moins une paire de baskets dans sa garde-robe, il existe peu d'alternatives. Il existe des alternatives en matériaux biologiques, etc. Mais à l'époque, personne ne faisait du 100% recyclé, c'est-à-dire utiliser ce qu'on a à dispo pour en faire un produit désirable. Et c'est là où vraiment je me suis dit, il y a quelque chose à faire. Donc, j'ai commencé par... Faire un gros bench des matières à disposition qu'on pouvait utiliser. Et surtout, comprendre comment est-ce qu'on construisait une chaussure. Parce que j'y connaissais absolument rien. Donc j'ai lu, j'ai regardé des vidéos. Il n'existait pas encore l'IA en 2019. Donc j'allais sur les forums, les blogs. Et j'essayais de comprendre comment on construisait une chaussure. Et ensuite, lorsque j'avais identifié chacun des composants. Donc lacets, semelles intérieures, extérieures, tiges. J'ai essayé de comprendre comment est-ce que je pouvais trouver une alternative qui soit plus éco-responsable pour chacun des composants.
- Speaker #0
Parce que la différence avec Veja, c'est qu'ils utilisent des éléments véganes, c'est ça ?
- Speaker #1
Alors nous aussi on est véganes, mais c'est plutôt...
- Speaker #0
Mais eux ils ne sont pas trop dans le recyclage, c'est ça ?
- Speaker #1
Un petit peu si, mais c'est plutôt sur l'aspect matériaux biologiques et naturels. Typiquement ils vont aller sourcer au Brésil et ils vont utiliser du caoutchouc naturel d'Amazonie, qu'ils vont acheter à un prix plus haut que le prix du marché pour pouvoir payer justement les personnes qui travaillent, etc.
- Speaker #0
Oui, toi tu es plutôt dans utiliser ce qu'on a déjà dans nos poubelles, entre guillemets.
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #0
versus créer de la nouvelle matière pour l'exploiter.
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #0
Ok. C'était ça ton élément de différenciation finalement ?
- Speaker #1
Ouais. L'idée de base, c'était créer une basket zéro déchet, qui soit recyclée à partir du déchet et recyclable en fin de vie. C'était vraiment le cœur du projet.
- Speaker #0
Et est-ce qu'à ce moment-là, tu avais conscience de la montagne à gravir, du défi que ça représentait ?
- Speaker #1
Non, pas du tout. Je n'avais aucune idée de ce que c'était d'entreprendre en fait. Je me rends compte que la première année de développement, c'était peanuts à côté de ce que j'ai vécu depuis six ans. Ça n'a pas été facile. Je trouve que le cerveau a tendance à effacer, à mettre de côté les difficultés et en se souciant surtout des moments d'euphorie. Mais quand on creuse, et je regrette de ne pas avoir tenu un carnet, j'en ai parlé avec Camille Madége il n'y a pas longtemps, on regrette de ne pas avoir tenu de carnet avec vraiment tout ce qui se passe chaque mois parce que chez nous, il se passe beaucoup, beaucoup de choses. Et je sais que l'année de développement, j'ai eu pas mal de difficultés. Les refus des banques qui ne voulaient pas financer le projet, les matières que je ne trouvais pas. la difficulté à mettre au point ce produit qui était fabriqué par une matière innovante, la difficulté à trouver des usines qui allaient me faire confiance. Ça a été une année de développement qui était difficile. Et à plusieurs moments, j'ai eu envie d'abandonner. Et je me souviens d'un appel avec ma mère en 2019, justement, où je lui dis, « Maman, je ne vais pas y arriver. Je ne sais pas dans quoi je m'embarque. » Et elle me dit, « Écoute, Laure, si c'était facile, tout le monde le ferait. Donc, tu vas continuer et puis tu vas y arriver. »
- Speaker #0
C'est bien ça.
- Speaker #1
Et cette phrase, je l'ai toujours en tête. Et oui, l'entrepreneuriat, c'est difficile. Tout le monde n'entreprend pas. Ce n'est pas fait pour tout le monde. Et il faut bien s'accrocher. Il y a des moments hyper joyeux, évidemment. Mais il faut bien avoir confiance qu'il y a de grosses difficultés. Il faut s'armer de courage et de persévérance.
- Speaker #0
Et selon toi, c'est quoi le jour 1 où tu t'es dit, là, ça y est, je suis entrepreneur ?
- Speaker #1
Étonnamment, ça n'a pas été le dépôt des statuts juridiques. Pour moi, la marque, elle est née. Il y a deux moments, je pense qu'il y a le moment où j'ai reçu le premier prototype. En plein confinement, j'étais rentrée chez mes parents à la campagne et je reçois ce prototype par la poste qui vient tout droit du Portugal. Et je me souviens, j'ai filmé ce moment-là pour m'en souvenir, j'étais toute seule chez moi à ce moment-là. J'ouvre la boîte et c'est le produit physique que j'ai rêvé depuis des mois et des mois. Et là, j'en ai pleuré de... Ouais, je me dis mais tu l'as fait, c'était fou quoi. Ce sentiment de fierté que je cherchais, je pense aussi, en entreprenant. Ça, c'est un moment très fort. Et le second, c'est le moment où on a lancé la marque via une campagne de crowdfunding sur Ulule, donc le 7 septembre 2020. Et je parle toujours de cette date comme la naissance de Zeta, même si juridiquement, ça ne l'était pas. Parce que c'est le moment où le produit est rendu public. Et cette campagne, elle a explosé, elle a dépassé toutes nos attentes. Et c'est vraiment ce moment-là où la marque est née. Je pense que le moment où j'ai été entrepreneur, c'est le moment où j'ai eu le produit physique entre les mains. Et le moment où la marque est née, c'est le moment où elle a été rendue publique.
- Speaker #0
Tu vois, moi, c'est marrant. Quand on me demande, alors moi juridiquement, c'est le 13 janvier 2024. Techniquement, j'avais commencé un peu avant. Et pour moi, le démarrage, c'est le 6 février. C'est le jour où j'ai pris mes bureaux. Parce qu'en fait, j'avais embauché quelqu'un avant même d'avoir les statuts. Le cabis, plus exactement. Et je ne voulais pas qu'il travaille chez moi. Donc, j'ai cherché des bureaux. Et tu vois, quand j'ai fait mes visites, je me disais, bon, ok, tu te projettes. C'est un peu sympa. Tu visites tes propres bureaux, tu te projettes. Et le moment où j'ai pris les clés et qu'on a installé les PC, les chaises et les tables, tu te dis, ah ouais. Quand même, ça commence à avoir un peu de gueule. Alors que t'as rien fait, mais t'as juste claqué du poillon pour le moment.
- Speaker #1
Et puis t'emploies quelqu'un quand même. Moi je trouve que l'employer, créer des emplois, c'est une super reconnaissance pour une boîte. C'est une grosse fierté.
- Speaker #0
C'est clair. Comment est-ce qu'on passe de l'idée d'une étudiante qui veut un peu révolutionner le monde de la basket, en tous les cas d'un point de vue sourcing, de matière, à quelqu'un qui est capable de donner son numéro de CB pour l'acheter ou en tous les cas pour participer sur Ulule ? C'est quoi les phases un peu marquantes ? Alors tu l'as dit, il y a le premier prototype. Est-ce qu'il y a d'autres phases marquantes ? Genre ta première visite d'usine, tu ne sais pas ce qu'il faut regarder.
- Speaker #1
Oui, complètement. En fait, très rapidement, une fois que j'avais identifié ma proposition de valeur, commencé à mettre les premières brignes du BP, j'avais trouvé quelques matières pour les chaussures. Très vite, je suis partie au Portugal. J'avais identifié, j'avais envoyé je pense bien 200 mails aux usines. J'ai eu quatre réponses. Donc très vite je suis partie, j'ai pris mon sac à dos et je suis partie au Portugal, mais littéralement avec mon sac à dos. Aucune ressource puisque en fait je n'avais pas sollicité de banque encore à ce moment-là puisqu'on n'était qu'à l'étape de projet. Et j'ai fait du couchsurfing pour l'anecdote, j'ai dormi sur le canapé d'un portugais parce que je n'avais pas d'argent pour payer l'hôtel pendant cinq jours. Et super expérience d'ailleurs en passant parce que je suis tombée sur un mec génial et qui m'a beaucoup aidée sur place pour des contacts aussi. Et du coup j'arrive dans ces usines, je suis étudiante, évidemment je ne leur dis pas. je cache bien mon âge à ce moment-là, je dis que le reste de l'équipe est restée à Bordeaux, je crois. Et que je suis toute seule à venir de la marque. Et du coup, à ce moment-là, il faut savoir que dans les usines au Portugal, c'est des milieux qui sont assez patriarcaux. Souvent, c'est des usines qui sont détenues par les pères, les oncles, les fils, et puis les femmes à la couture et à la découpe. Donc j'arrive dans des milieux où j'essaie de m'imposer, c'est assez difficile. Il faut que j'essaie de convaincre sur un projet qui n'est pas encore développé. Et à ce moment-là, le troisième rendez-vous que je fais... Ça matche parfaitement avec l'usine que je rencontre, qui est une usine familiale d'une vingtaine de personnes. Ils comprennent directement l'essence du projet. Et le fils me dit, OK, on part ensemble. On va t'aider à mettre au point le prototype et on va lancer la marque ensemble.
- Speaker #0
Incroyable.
- Speaker #1
Et c'est une rencontre magnifique, puisqu'aujourd'hui, ça reste l'une des usines mère de Zeta. Et c'est lui qui a permis de donner naissance à la marque, parce qu'il y a cru aussi fort que moi, je crois.
- Speaker #0
Mais comment tu fais, alors que tu n'as pas vraiment d'expérience ? Quand tu es étudiante, tu es encore de la pâte à modeler. Comment tu fais pour designer ? créer, trouver les matières. Alors l'usine, ça s'est fait au feeling finalement, au matching avec le dirigeant, mais définir ta chaîne logistique, etc. Comment t'as fait pour ces de l'impro ?
- Speaker #1
On y va étape par étape. Le design, on fait des dessins, on prend des idées à droite, à gauche, on assemble, on définit un logo, on essaye quoi, on bidouille à droite, à gauche. Ensuite le prototype, il est mis au point avec les usines directement. Pour la chaîne logistique, au début, on fait des calculs dans la maison, dans le garage, voir si ça va passer. Puis en fait, le premier mois, on se rend compte qu'on explose les quantités du BP. Donc on va faire appel à un logisticien. En fait, on y va étape par étape. Et on se trompe beaucoup, on apprend, mais c'est vraiment de la débrouillardise. Après, je me souviens qu'au début, j'ai essayé d'aller voir le plus de personnes possible. J'ai été voir des couveuses à Bordeaux. J'ai été voir des incubateurs, des associations d'anciens chefs d'entreprise bénévoles. Bon, souvent, il faut le dire qu'ils ne comprenaient rien au projet parce que c'était des mecs qui avaient 70 ans et qui avaient monté des boîtes pas dans le même secteur que moi. Mais en fait, il faut essayer. Je pense que chaque rencontre va permettre d'aller un peu plus loin et on en tire toujours quelque chose.
- Speaker #0
Ça, c'est clair. C'était quoi le plus gros frein ? Ton âge, ton inexpérience, le fait que tu étais encore étudiante ? C'était quoi les principaux trucs ?
- Speaker #1
Le plus gros frein, c'était le fait que j'étais jeune, donc ça a été difficile de convaincre les différentes parties prenantes. Les usines, ça a été compliqué. Les banques, j'ai demandé des prêts qui étaient assez faibles au lancement, puisque il y avait beaucoup de bourriardises et je faisais beaucoup de choses par moi-même. Mais les banques ont complètement refusé de suivre. Le côté innovant qui faisait peur, les baskets en raisin, la proposition faisait rire, amuser plus qu'elle n'attirait, on va dire. Et puis le manque de réseau aussi. Je n'ai pas fait une grande école de commerce, donc je n'avais pas forcément le carnet d'adresse. Et puis, c'est mon premier job, donc je n'avais pas du tout de collègues ou de réseau. Donc le fait que j'étais jeune, ça a été la plus grande difficulté. Et puis le manque de confiance en soi, le manque de compétences. Je pense que ça aurait peut-être été un peu plus facile si j'avais eu un CDI comme premier job. Et j'aurais peut-être acquis d'autres compétences. Mais à la fois, ça m'a permis d'apprendre plein de choses, de mettre les mains dedans. Et aujourd'hui, lorsque je délègue, d'être capable de faire avant de laisser faire. Et ça, c'est méga important.
- Speaker #0
Je suis d'accord. Au bout de combien de temps tu t'es entourée justement ?
- Speaker #1
Assez rapidement, puisqu'on a lancé la campagne Ulule en... septembre 2020. Là, on a vendu 3000 paires en un mois.
- Speaker #0
Tu dis « on » . Tu étais donc toute seule ?
- Speaker #1
J'étais toute seule, mais j'inclus l'usine parce que c'était un projet commun et j'ai un peu du mal à dire « je » , je crois. À ce moment-là, on fait des volumes qui dépassent tout ce qu'on avait espéré. Et donc, six mois plus tard, Camille nous rejoint, qui est aujourd'hui notre DG. On a fait la même école. Elle, sur un parcours d'expertise comptable, elle était commissaire aux comptes dans un grand groupe.
- Speaker #0
Mais six mois plus tard, elle a fait juste son stage de fin d'études. pas non plus beaucoup d'expérience.
- Speaker #1
Elle est plus âgée.
- Speaker #0
Ah d'accord, pardon.
- Speaker #1
Et du coup...
- Speaker #0
Comment tu la rencontres ?
- Speaker #1
En fait, on a fait nos études ensemble. Enfin, on était dans la même école. Donc on se rencontre pendant des soirées étudiantes. Et c'est elle qui reprend contact avec moi, six mois après le lancement, en me disant, écoute, je pense que je peux avoir des choses à t'apporter. Incroyable. Côté finances, on prend un café et je lui dis écoute, je pense que je vais avoir besoin parce que là, ça commence à me dépasser. Je ne sais pas par où commencer. Ça arrive de partout. Il y a trop de choses à gérer. Elle me dit écoute, on peut commencer en free. Moi, je vais quitter la boîte dans laquelle je bosse. On peut commencer en free. On voit comment ça fonctionne. Et en fait, ça a été évident. On était et on est hyper complémentaires. On a des profils ultra complémentaires. Elle bosse sur la prod, la finance, la supply, la RH aussi. Là où moi, je vais être sur toute la partie créative, communication, marketing, produits, relations avec les fournisseurs, RSE. Donc aujourd'hui, c'est un binôme qui fonctionne super bien. Et très rapidement, ensuite, on a été au fil d'équipe. D'abord des alternants, puis ensuite Louis nous a rejoints sur la partie commerce et marketing. Et puis petit à petit, on a construit l'équipe comme ça.
- Speaker #0
Incroyable, c'est cool, c'est génial.
- Speaker #1
C'est une belle histoire, oui.
- Speaker #0
Parce que commencer avec une free, c'est rare quand même.
- Speaker #1
En fait, c'était plus de voir si on allait réussir à travailler ensemble.
- Speaker #0
Oui. Mais tu n'as pas non plus des moyens considérables au bout de six mois. Parce qu'elle, elle sort d'un gros cabinet d'expertise comptable, elle a quand même un salaire.
- Speaker #1
ouais mais en fait Alors, nous, on avait quand même un peu de trésor parce qu'en fait, la campagne nous avait permis de lever, pas lever, mais de pré-vendre pour 300 000 euros de chaussures, 270 000 euros. Donc, on commençait déjà avec un petit peu de trésor et on a lancé le site trois mois plus tard. Donc, en fait, ça a été assez rapide et elle, pour le coup, n'avait pas d'énormes prétentions dans le sens où elle était ultra motivée par le projet et par l'aspect RSE et le côté impact.
- Speaker #0
Est-ce que tu t'étais fixé un objectif au départ, sur la première année par exemple, le Ulule ? Tu avais fixé un objectif relativement bas pour pouvoir le valider j'imagine, mais est-ce que dans ta tête tu te disais que tu allais faire 300 000 ?
- Speaker #1
Non. Le BP, notre première année, c'était, si je ne dis pas de bêtises, c'était 150 000 euros.
- Speaker #0
Ok. La première année ?
- Speaker #1
Ouais. En fait, je m'étais basée sur ce que l'usine m'avait dit en disant « Écoute, si tu arrives à vendre X paires, je crois que c'était 2500 paires ou quelque chose comme ça, c'est déjà énorme par rapport à ce qu'on voit chez nos clients. » Et du coup, on a fait en un mois 3000 paires quasiment, ce qui représente parfois une année de production chez Desmarques.
- Speaker #0
Pour que les gens comprennent, pour ceux qui ne connaissent pas Zeta, est-ce que tu peux nous expliquer ? Tu nous as parlé des baskets à base de raisin. Est-ce que tu peux nous expliquer quand même comment tu as développé cette matière à base de raisin, etc. ?
- Speaker #1
En fait, ce sont ce qu'on appelle des cuirs végétaux, ce qui ne sont pas réellement des cuirs puisqu'il n'y a pas de matière animale. Mais ce sont des matières qui vont venir remplacer le cuir sur la tige de la chaussure, donc tout l'extérieur. Et donc la matière en raisin, elle est fabriquée à partir de mar de raisin. C'est tout ce qui va rester après la vinification. Donc les pépins, les pots, les résidus qui vont être séchés, déshydratés pour devenir une matière très sèche, broyée, puis intégrée à du coton et du PU pour devenir une matière qui va ressembler à du cuir. PU, c'est du polyuréthane. C'est une petite partie de plastique qu'on doit intégrer. Le pourcentage est entre 1 et 5% selon la matière.
- Speaker #0
Pour que ça se tienne ?
- Speaker #1
Oui, pour que ça se tienne, exactement. Et donc en fait, c'est un peu le même principe pour l'olive. On va faire la même chose avec des graignons d'olive, donc les résidus après le pressage de l'huile. Et le café, on va récupérer le mar de café.
- Speaker #0
Alors, c'était la question d'après, mais j'ai une question entre deux. Est-ce que c'était un choix qui était plus militant ou c'était un choix qui était plus stratégique de positionnement ? Le fait de partir sur du recyclage de matières organiques comme ça ?
- Speaker #1
Alors, je dirais militant, premièrement, parce qu'après tous les stages et tout ce que j'avais pu lire et comprendre dans l'industrie de la mode, j'étais persuadée qu'il fallait changer les choses et surtout qu'il y avait quelque chose à faire avec toutes ces matières qu'on avait déjà à dispo je suis pas la plus grande écolo mais j'ai grandi à la campagne je suis sensible à toutes ces problématiques là j'ai reçu une éducation sur tous ces sujets là et donc forcément c'était des choses qui me tenaient à coeur et que j'avais envie d'implémenter dans la boîte et j'étais persuadée que surtout il fallait y changer qu'il fallait avoir un impact à la fois environnemental mais aussi social, on en parle un peu moins mais je voulais vraiment qu'on ait des partenariats hyper... Pair fort avec nos usines au Portugal, qu'on connaisse nos artisans, qu'on sache qui a fabriqué les chaussures. Donc ça, c'était un sujet important et stratégique parce que 2020, c'était un peu la période où tout le monde s'interrogeait sur ses habitudes de consommation, sur la traçabilité des produits, sur l'importance de consommer plus local. C'était la période juste post-Covid. Donc, on répondait aussi aux attentes du marché.
- Speaker #0
Et du coup, je reviens sur le café. Tu as fait un partenariat avec Nespresso. comment ça s'est... parce que en gros pour reprendre un peu le... la timeline, t'as Ulule qui lance, tu lances ton site internet trois mois plus tard et très rapidement tu te mets sur des partenariats un peu plus visibles.
- Speaker #1
En fait c'était plutôt un concours de circonstances parce que on a eu un article du Sud-Ouest qui a fait un peu le buzz sur LinkedIn à cette période-là.
- Speaker #0
Je l'ai vu passer moi à l'époque.
- Speaker #1
Avec la photo où je tiens la grappe de raisin faite rive droite devant les bureaux du Sud-Ouest c'était rigolo. Et ce post a été relayé, cet article de journal a été relayé par quelqu'un que je ne connaissais pas. et il a fait je crois 3000 likes quelque chose comme ça. Et à ce moment-là, le PDG qui n'est plus aujourd'hui le PDG de Nespresso mais de Nestlé, Guillaume Lecun voit l'article passer sur LinkedIn il m'envoie un message, il me dit écoute j'ai du marre de café à dispo, je veux faire la même chose avec quelques milliers de tonnes je veux faire la même chose et je veux faire des baskets en café c'est quelqu'un qui est extrêmement visionnaire qui est plein d'idées et en fait à ce moment-là on s'est dit bon, il faut qu'on fasse quelque chose Merci. Et donc, on s'est mis à la recherche de fournisseurs qui seraient OK pour faire de la R&D. Parce qu'on n'a pas de service R&D en interne, c'est de la sous-traitance, qui serait OK de développer une matière à partir de café. Et donc là, ça a bien duré six mois. J'envoie des messages à tous les fournisseurs de matières un peu éco-responsables, mais pas que, aux labos en Europe, en leur disant, on a du café, il y a un espresso avec nous, il faut qu'on réussisse à mettre au point cette matière. Et là, je prends une cinquantaine de refus en me disant, mais alors, ça va vous coûter tant, ça va prendre tant d'années, on n'a pas envie de le faire, c'est trop compliqué. jusqu'à ce qu'il y ait un fournisseur dans le nord du Portugal qui nous dise « Ah mais nous, on a déjà fait des tests avec du café. On n'a pas terminé. On a un peu abandonné en cours de chemin. Mais on peut réessayer. » Et donc, on va mettre huit mois pour mettre au point la matière.
- Speaker #0
Décidément, le Portugal, terre d'avenir.
- Speaker #1
Oui, complètement. Ils sont trop forts et ils ont envie de faire plein de choses. Et donc, ils nous ont aidé à mettre au point cette matière qui est assez folle, qui est marron foncé. On voit encore le mar de café et qui se retrouve sur notre logo de la chaussure.
- Speaker #0
Et tu m'as dit, quand on a préparé l'interview, que ça avait fait un boom organisationnel chez toi. Assez énorme l'arrivée de Nespresso. Est-ce que tu peux nous en parler un peu ?
- Speaker #1
Oui, parce qu'à ce moment-là, on était trois dans l'équipe. Donc Camille et moi, principalement, à travailler. Et en fait, on a géré toute la collab de A à Z, toutes les deux. Ça a été un gros, gros chantier. Parce que travailler, on était... Et on est encore une start-up, mais on était très jeunes à l'époque. Très peu structurés, peu de process en place. Et il fallait travailler avec un gros groupe comme Nespresso, qui avait énormément de demandes et qui... avait besoin de... qu'il y ait beaucoup de process en place et qu'il y avait besoin de beaucoup de certification, beaucoup plus de rigueur que l'on avait à l'époque. Donc ça nous a imposé une certaine rigueur, ça nous a forcé à répondre à des échéances bien précises et à travailler sur un produit qui demandait davantage de process à mettre en place. Donc ça nous a beaucoup appris. Beaucoup appris et on a beaucoup appris des équipes Nespresso en Suisse.
- Speaker #0
Et du coup, tu as dû gérer une surcroissance suite à ça ou pas ?
- Speaker #1
Non, pas spécialement parce qu'on avait produit 3000 paires de chaussures, ce qui est une quantité qu'on produit en deux jours au Portugal. Donc ça a été un boom de visibilité par contre, parce qu'on a vendu sur tous les marchés en Europe. On n'a pas ouvert hors Europe tout ce qui était États-Unis, Australie. À l'époque, on ne souhaitait pas faire de transport aérien, donc on s'est fermé à ces marchés-là, ce qui était peut-être une erreur à l'époque, mais on était en raccord avec nos convictions écologiques. Et donc à ce moment-là, on a vendu sur un marché qu'on n'avait encore jamais atteint. L'Europe de l'Est, les Pays-Baltes. On avait des commandes qui tombaient de partout et c'était assez fou. Ils avaient mis en place dans chaque bureau de presse Nespresso dans chaque pays. Il y avait des events, il y avait des communiqués et des campagnes d'influence, beaucoup. Donc c'était assez fou en termes de visibilité.
- Speaker #0
Tout ça pour avoir produit 3000 paires ?
- Speaker #1
Oui, on s'était fixé 3000 paires de chaussures.
- Speaker #0
Putain, c'est énorme. L'engagement marketing d'énergie pour 3000 paires pour Nespresso, c'est incroyable.
- Speaker #1
Oui, et à la fois c'était une volonté d'avoir une collection capsule en édition limitée. Et puis pour eux, c'était une façon de montrer leurs engagements RSE, leur innovation.
- Speaker #0
Je ne sais pas si tu as écouté ce podcast de Veja chez Mathieu Stéphanie, qui est paru il y a 3-4 mois. Hyper intéressant, passionnant. Je mettrai le lien en description. Tu as lu, il disait, nos baskets étaient inconfortables au début, on le savait. Et on travaillait dessus pour s'améliorer. Et les clients ne nous en ont pas voulu. En gros, ce n'était pas un problème. Est-ce que toi, tu as eu ce problème-là aussi ? Comment tu l'as travaillé ? Comment tu as essayé de le résoudre ?
- Speaker #1
Pour le coup, on ne l'a pas eu. Il fallait que ce soit la caractéristique première de la marque. Aujourd'hui, on porte des chaussures. Nos pieds nous portent. C'est ultra important de sentir bien dedans. Et je pense qu'on sous-estime l'importance d'être bien chaussé. Parce que ça peut créer des problèmes de dos, de posture, etc. Donc, on a mis un gros point d'intention, un point de focus sur cette caractéristique-là. Donc, à choisir des semelles intérieures qui étaient très confortables. Avoir une chaussure qui était assez souple pour ne pas créer d'ampoule. Et surtout, dès que j'ai eu le premier proto, je l'ai fait tester à ma grand-mère, qui avait 80 ans à l'époque, en me disant si elle réussit à les porter et si elle les trouve confortables, tout le monde les trouvera confort. Sur le coup, ça n'a pas été un sujet d'amélioration chez nous.
- Speaker #0
Ouais, c'était à la base de ton raisonnement. Et tu vois, idem, dans ce podcast, il dit qu'aujourd'hui, une grande majorité de leurs clients ne viennent pas vers eux pour le caoutchouc naturel et le fait que les baskets sont bio. Est-ce que tu as cette vision-là aussi pour tes clients et à toi ?
- Speaker #1
Pour le coup, c'était vraiment au cœur de la stratégie de se dire qu'on n'avait pas envie d'avoir cette étiquette écolo, ni végane, ni écoresponsable. Évidemment, c'est intrinsèque à la marque puisque notre business model est basé sur ça. Mais dans le discours, dans l'image de marque, dans toute la direction artistique, on n'essaye pas de le mettre en avant plus que ça. On essaie surtout de mettre en avant l'esthétique du produit et le confort parce que les personnes qu'on essaie de convaincre sont justement les personnes qui ne sont pas sensibles à ces problématiques-là, qui ne sont pas sensibles aux problématiques. d'écologie et de responsabilité sociale. Et en fait, on s'est rendu compte très rapidement que ça fonctionnait parce qu'on a eu des clients qui sont venus nous voir, qui m'ont dit « moi j'ai acheté chez Nike, chez Adidas, et en fait maintenant je passe ces étapes parce que je les trouve trop belles, je les trouve trop chouettes, hyper confortables. » Et là on s'est dit « en fait, le pari il est réussi » . C'est dans ce moment-là qu'on s'est rendu compte qu'on allait atteindre notre objectif parce que forcément c'est beaucoup plus facile de convaincre des personnes qui sont déjà sensibles aux problématiques RSE et beaucoup plus difficile d'aller chercher les fans de grande marque.
- Speaker #0
Petite pause d'information, le podcast que vous écoutez est produit et soutenu par le cabinet de Fusion Acquisition, Conseil, Finances et Transmissions. Nous sommes le conseil des dirigeants et actionnaires dans leurs opérations stratégiques. Session d'entreprise. prise, acquisition, transmission interne ou réorganisation capitalistique. Notre rôle, piloter l'opération de la réflexion stratégique à sa réalisation. Nous accompagnons l'ensemble du processus, de la définition du projet, la recherche de partenaires, l'organisation des appels d'offres, les négociations, la coordination des différents conseils. Pour en savoir plus, rendez-vous sur www.cf-t.fr ou sur nos pages LinkedIn. Et maintenant, retour à votre épisode ! On va switcher un peu sur la stratégie capitalistique. Tu as choisi de rester seule au capital au départ, les quatre premières années. Quel était ton raisonnement là-dessus ?
- Speaker #1
Je voulais rester indépendante le plus longtemps possible pour pouvoir rester maître de nos choix et pouvoir ne dépendre de personne, ni de fonds, ni de BA. On n'avait pas besoin de financement externe parce que les premières années, on s'en sortait très bien. On avait très peu d'investissements en marketing et on avait une croissance qui était très bonne. Donc on n'a pas eu ce besoin de financement. Et j'étais assez fière de pouvoir dire qu'on était indépendants. C'était vraiment une fierté de se dire, on va y aller étape par étape. Et tant pis si on ne fait pas de l'hypercroissance. Beaucoup au début nous ont... Je me souviens de quand j'étais à Paris plusieurs fois, j'ai rencontré des personnes qui m'ont dit, je ne comprends pas ce que vous faites, je ne comprends pas que vous n'ayez pas levé dès la première année quand vous étiez en hypercroissance ou quand il y avait de l'attraction incroyable. Et je lui ai dit, mais en fait, je suis très contente de ne pas l'avoir fait parce que je maîtrise complètement chaque étape. J'avais 23 ans à l'époque. Je ne savais rien. Je ne connaissais rien à la levée de fonds, rien à l'entrepreneuriat. J'étais encore en train d'apprendre chaque étape. Je pense que ça aurait été brûler des étapes. Ça aurait été trop vite. Donc, c'était vraiment une volonté de rester indépendante jusqu'en 2024, où on a commencé à fatiguer avec Camille. Déjà, on stagnait depuis un an, un an et demi. Côté CA, on faisait assez peu de croissance. On commençait à fatiguer parce que l'équipe était... On ne pouvait pas plus recruter, on était au maximum. Et on donnait déjà beaucoup pour la boîte. Et donc on s'est dit, c'est le moment pour lever des fonds et le faire auprès de notre communauté, principalement. Donc on a levé auprès de nos clients, via une plateforme qui s'appelle Crote Cube. On a levé 400, un peu moins de 400 000 euros, 300 000 euros avec la communauté. Et le reste, on a levé via des infamilies office et des BA, notamment des personnes qui bossent dans la mode, donc l'ex-PDG de L'Air of Doubt, et William, le CEO de Asphalt.
- Speaker #0
Ok, cool. Tu m'as dit que tu avais fait quelques rencontres avec des fonds d'investissement aussi. Tu peux nous parler de cette expérience ?
- Speaker #1
Au début, en fait, on ne savait pas vraiment vers qui se tourner. BA, family office, fonds, on ne savait pas trop. Et du coup, on a été voir des fonds qui étaient spécialisés dans l'e-commerce. Et à ce moment-là, alors le secteur de la mode était déjà en train de se fragiliser un peu. Donc ils nous ont dit déjà, on investit très, très peu. sur des marques de mode, on va investir uniquement sur des marques qui ont énormément de traction. Et là, pour le coup, votre chiffre d'affaires, il s'est stabilisé. Vous n'êtes pas en décroissance, vous êtes assez stable et vous ne faites pas suffisamment de croissance chaque année. On faisait depuis deux ans, on faisait entre 10 et 30% de croissance, ce qui n'était pas suffisant pour eux. Et donc, en fait, ils nous ont dit, allez chercher de la traction, faites plus de CA et revenez nous voir. Donc, on a mis de côté les fonds. Et on s'est concentré sur ce qui fait la marque depuis le début, notre communauté. Et quelques B.A. qui acceptaient de rejoindre l'aventure.
- Speaker #0
Ce qui est lunaire, c'est que comme tu étais en autofinancement, tu ne pouvais pas non plus cramer du cash à foison pour faire de l'hypercroissance. Pourtant, c'est ce qu'ils te demandent. Tu te noues à ta propre corde ou à ton propre coup.
- Speaker #1
On avait des financements externes via des banques. Mais en fait, ce n'est pas ce qui vient financer tes investissements en marketing. Les banques, elles veulent des choses tangibles. Déjà, c'est très difficile aujourd'hui de demander à financer du BFR. du stock. On se bat un peu avec les organismes traditionnels pour leur expliquer que si, quand on fait du produit, il nous faut du... On a besoin d'invest pour acheter du stock. Alors, leur dire qu'on a besoin d'investissement pour aller chercher, pour aller investir sur du market ou des salons, etc., c'est plus compliqué.
- Speaker #0
Et quel conseil tu donnerais à quelqu'un qui souhaite aller pitcher devant des fonds ? Ou des conseils ? Dans les deux sens.
- Speaker #1
S'assurer qu'il y a suffisamment de traction. Je dirais que c'est le bon moment pour la marque. Il faut être désirable à ce moment-là. Il faut être désirable et montrer que la marque, elle vit, que la boîte, elle vit, qu'il y a des collabs, des lancements, qu'on sent qu'elle a désirabilité. Au niveau des chiffres, évidemment, il faut que ça se ressente, mais aussi au niveau d'autres KPI qui sont un petit peu moins tangibles, peut-être. Mais il faut qu'il y ait de la notoriété de marque.
- Speaker #0
Et le crowd equity, tu en retiens quoi comme expérience ?
- Speaker #1
Super expérience et fierté, je pense, de voir que... En 2020, on s'est lancé avec nos clients. C'est eux qui ont été les premiers à précommander. Et derrière, c'est eux qui ont investi dans la marque et qui ont cru. Et on a eu des belles surprises. On a eu, je pense, Bernard qui vit à Bordeaux, qui a investi 20 000 euros. On ne s'était jamais rencontrés. On ne l'avait jamais vu. Il était client de la marque depuis toujours. Je suis remontée un peu sur son profil LinkedIn quand j'ai creusé en cherchant qui il était. Et en fait, il avait liké nos tout premiers posts LinkedIn. Donc, il nous connaissait depuis 2020. Et ça faisait cinq ans qu'il nous suivait. Et j'ai été déjeuner avec lui. Il m'a dit, en fait, je suis à fond derrière vous. J'ai toujours cru en vous. Et ça faisait chaud au cœur. C'était une trop belle expérience. Et moi, je suis fière de dire que c'est une marque qui appartient à ses clients. J'en suis très fière. J'ai... aucun regret là-dessus. C'est plus difficile, évidemment, parce qu'on va chercher des petits montants. On avait ouvert les actions, c'était possible d'acheter. Donc notre action, c'était 7 euros. Tu pouvais investir à partir de 15, à partir de deux actions. Donc forcément, c'est des petits montants. Le ticket moyen, il était à 300, donc 400 euros la moyenne. Donc du coup, c'est plus difficile.
- Speaker #0
Sur 400 000 euros, t'as combien d'investisseurs ?
- Speaker #1
750.
- Speaker #0
Oh ! Putain ! Ah ouais, c'est énorme !
- Speaker #1
Mais qui sont du coup sous un... sous un nomini sous un ouais ils ont une holding SPV exactement à eux ouais ouais mais c'est rigolo c'est rigolo et il y avait des clients et des non clients donc c'est ça qui est assez fou on a réussi aussi à convaincre des gens qui ne portaient pas des états et qui croyaient en la marque croyaient en l'attraction t'as eu un effet boost sur le chiffre d'affaires d'ailleurs ? un petit peu dans le sens où ils avaient des contreparties donc en échange ils avaient des réductions des produits à activer etc Donc ça a permis notamment de les activer au moment de Noël. C'est chouette parce que derrière, c'est des personnes, tes acteurs que tu vas convertir en clients qui penseront à toi lorsqu'ils auront besoin d'une paire de chaussures. Donc ça, c'est chouette. C'est une base de clients ultra fidèles VIP qu'on essaie de soigner un maximum.
- Speaker #0
C'est cool ça. Tu l'as dit, le marché n'est pas simple. Alors le textile, le vêtement n'est pas simple de manière générale avec l'inflation, etc. Les marges ont beaucoup bougé. Quand est-ce que tu as commencé à réagir par rapport en disant ça y est, on est en crise, il faut penser plus pérennisation que surcroissance, enfin de croissance. Quels étaient les premiers effets qui t'ont fait réaliser et quelles étaient tes premières mesures ?
- Speaker #1
Du coup, ce qui s'est passé, c'est qu'après la levée de fonds, ça nous a permis de beaucoup recruter. On est passé de 8 dans l'équipe à 14 et on a recruté sur des postes un peu stratégiques qui allaient nous permettre de chercher de la croissance. Donc, une directrice commerciale pour aller ouvrir de nouveaux points de vente. Puisqu'aujourd'hui, on a différents canaux de distribution, on vend surtout en ligne, mais on a aussi des revendeurs qui vendent les chaussures en boutique. en Europe, puis un petit peu en Asie et aux Etats-Unis. Et l'idée, c'est d'aller ouvrir un maximum de vendantes puisque c'est là-dessus que tu fais du volume. Donc, on a capitalisé sur elle et puis un responsable communication et des freelances, des alternants, etc. Ce qui s'est passé, c'est qu'au bout de six mois d'activité, on n'a pas vu de croissance. On était toujours stable, sauf que le cash s'épuisait puisque ce qui coûte le plus, c'est la masse salariale. Le cash s'épuisait et là, on s'est dit, OK, il faut réagir. En fait, ça détériorait directement notre bilan. Ce qui veut dire bilan négatif, veut dire pas de financement externe derrière. auprès de la banque. Donc en fait, il fallait qu'on prenne des décisions assez rapidement. Donc on a décidé de réduire l'équipe au bout d'huit mois. Réduire l'équipe, réduire les charges au maximum, c'est-à-dire qu'on a pris tous les postes de charges. Avec Camille, on a tout découpé, on a tout inspecté, on s'est dit ok, qu'est-ce qui est essentiel, qu'est-ce qui l'est pas, qu'est-ce qu'on peut supprimer, tous les trucs qui traînent, les applications, les outils, les choses qui n'étaient pas essentielles. On a tout passé au peigne fin. La chance d'avoir du coup une ex-commissaire au compte dans l'équipe qui est à cheval sur tous ces sujets-là. Après, on n'a jamais été Merci. de gros dépensiers. On a toujours eu une très bonne gestion de la boîte du fait qu'on faisait beaucoup de choses par nous-mêmes. Mais malgré tout, on a essayé de couper au maximum. Et là, on s'est dit, on va essayer de limiter la casse, surtout sur ce bilan-là. On a fait un bilan, alors pas bon en termes de rentabilité, mais on a fait de la croissance à un moment où c'était quand même très difficile l'année dernière. Et là, cette année, avec l'objectif de retrouver un maximum de rentabilité, de retrouver l'équilibre surtout, tout en générant de la croissance, sachant que c'est une période qui est... très très très compliqué. Je vois beaucoup de confrères, de marques concurrentes fermées en ce moment se placer en redressement ou en liquidation puisqu'ils n'arrivent plus à payer leurs fournisseurs ou qu'ils n'arrivent plus à générer de croissance. C'est très anxiogène comme période. Et nous on le subit aussi puisqu'en fait tout augmente. C'est-à-dire que le coût des matériaux premiers augmente, le coût du transport augmente, le coût des salaires augmente au Portugal ce qui est tout à leur avantage mais du coup ça pêche forcément dans nos marges et les clients sont de plus en plus sensibles au prix. Donc, il faut faire plus de promotions, ce qui réduit aussi les marges. Donc, on est dans une période qui est un peu compliquée, pour résumer.
- Speaker #0
Et tu penses que le fait d'avoir recruté, tu n'as pas doublé, mais pas loin, tes effectifs. Et pourtant, tu as fait exactement le même niveau de chiffre d'affaires. Est-ce que tu penses que tu as peut-être recruté un peu vite et fait des erreurs de casting ? Ou est-ce que tu penses qu'au contraire, tu te serais cassé la gueule si tu n'avais pas fait ces investissements-là ?
- Speaker #1
Je pense qu'on serait cassé la figure.
- Speaker #0
Ah ouais ?
- Speaker #1
Ouais. Parce qu'il y a eu des sujets de... On a investi sur la masse salariale, oui, et ça nous a permis de faire certaines choses. Mais on a aussi investi beaucoup en marketing. Et ça nous a permis de stabiliser, en effet, on a fait 10% de croissance cette année-là, de faire un peu de croissance. Et je pense qu'on aurait fait, certains même, on aurait fait de la décroissance si on n'avait pas eu tous ces invests. Meta, Google, Influence, Press, etc.
- Speaker #0
Tu vois, le podcast du mois dernier, c'était Cyril Jolivet, qui est quelqu'un qui voulait entreprendre très jeune aussi, qui lui a fait le choix inverse, qui a repris une entreprise. Alors quand t'as pas d'argent, tu reprends des entreprises qui sont en mauvaise santé financière parce qu'elles sont pas chères. Et en fait, il en a fait une véritable expérience, c'est qu'il achète des boîtes qui sont un peu abîmées, à l'image de Bernard Tapie, c'est lui qui le dit, c'est pas moi. Il les retourne et parfois il les vend. Là, il dit qu'en tous les cas, pendant 10 ans, il va rester là où il est. Mais tu vois, il dit son premier conseil. son principal conseil, le premier truc à faire, c'est remobiliser les salariés. Donner un cap, être 100% transparent et leur dire, voilà, on va aller là. Moi, j'y vais, venez avec moi. Et c'est le seul moyen de retourner une entreprise. Quand tu passes de 8 à 14 et que tu reviens à 6, comment est-ce que tu arrives à mobiliser tout le monde ?
- Speaker #1
Alors, je ne cache pas que c'est difficile parce que chez nous, on est extrêmement transparent sur tout. Les salariés ont parfaitement accès à toutes les informations financières. CA, résultats, croissance. On a des meetings tous les lundis matins sur les chiffres de la semaine précédente, VSN-1, des points de fin d'année en expliquant où est-ce qu'on est allé et comment est-ce qu'on fait pour atteindre les objectifs. Donc, ils ont une parfaite information. On essaye d'avoir le discours le plus positif possible en disant, OK, ce mois-ci, on n'a pas atteint les résultats, mais voilà ce qu'on a réussi à faire. On a lancé ça, on a lancé ça, on a lancé ça. On a reçu telle commande de boutique. Les KPI sont au vert. Alors oui, on n'a pas réussi à atteindre l'objectif parce que peut-être qu'il était trop haut. Peut-être qu'on aurait dû faire ça comme ça. On essaie d'avoir le discours le plus positif possible et d'avoir une vision pas trop trop long terme, assez court termiste, moyen terme pour réussir à les engager peut-être plus facilement et d'y aller vraiment étape par étape. Ok, là, d'ici un mois, il y a le lancement de l'été. Il nous reste ça à faire. Il faut qu'on atteigne ça d'objectif. On va mettre ça en place pour y arriver. Je pense qu'il faut vraiment le voir par bloc, parce que sinon ça peut être décourageant. Ça peut être décourageant, et surtout dans cette période où on revoit un peu tous les mois notre BP, parce qu'il faut se réajuster, parce que la stratégie de distribution n'est plus la même, parce que toutes les boutiques sont en train de fermer ou d'annuler leurs commandes. Donc on passe sur une strat e-commerce davantage que sur une strat B2B. Il y a tellement de paramètres qui évoluent chaque mois qu'on est tout le temps en train de revoir le BP, les objectifs, pour faire bouger les chiffres. Et oui, c'est une période où il faut être très, très agile.
- Speaker #0
Comment est-ce que tu vois l'avenir de la basket bio vegan ? Parce que tu as des gros acteurs maintenant. VJ existait déjà, mais tu as M. Moustache, tu as même Nike maintenant qui fait des baskets bio.
- Speaker #1
Oui, on est énormément d'acteurs maintenant et tant mieux. Je suis très heureuse de voir que les choses bougent et même chez les plus grands, les grandes marques. Nike, Adidas s'y sont mis il y a quelques années aussi avec des baskets en plastique recyclé. Donc, c'est chouette. De notre côté, on a essayé très vite de se diversifier. enfin du moins tirer notre épingle du jeu avec des matières innovantes et se diversifier la dernière en ne faisant plus que de la basket mais avec de la chaussure de ville parce que il y a un déclin des ventes de basket depuis un an et demi, deux ans pas uniquement chez nous, au niveau mondial tout simplement parce que les habitudes de consommation évoluent et que les clients portent davantage de mocassins de chaussures à lacer, de ballerines et donc on a voulu prendre le pli et surtout venir offrir une proposition qui n'était pas encore sur le marché dans le sens où ce type de chaussures c'est généralement fait à partir de cures animales et du coup on n'a pas forcément d'alternative vegan ou recyclée. Donc on s'est positionnés sur cette branche-là et ça fonctionne plutôt très bien puisqu'aujourd'hui la diversification elle a permis elle représente aujourd'hui 20% du chiffre d'affaires en valeur. Donc c'est un très bon axe qu'on a décidé de prendre. Je pense que pour venir à ta question, la Snickor a encore de beaux jours devant elle. Ce qui va être plus difficile, je pense pour les marques éco-responsables, je pense françaises et européennes, c'est de réussir à maintenir des marges qui soient acceptables. avec une production européenne. C'est là que la plus grosse difficulté. Parce qu'on donne énormément d'argent à Meta, à Google. Aujourd'hui, on est dépendant, clairement. Et c'est difficile de joindre les deux bouts quand tu donnes 40 euros par achat à Meta et que les salaires augmentent et que le coût des matières premières augmente. C'est de plus en plus difficile.
- Speaker #0
Là, ce dont on parle, c'est les coûts marketing d'acquisition. ce que tu dépenses pour avoir un client. Est-ce que tu penses qu'il y a une vie dans laquelle tu fais moins de pubs ou pas de pubs ? Veja ne fait pas de pubs. Et tu arrives à vivre sans ça, d'ailleurs.
- Speaker #1
C'est impossible. Aujourd'hui, c'est impossible. J'aimerais être honnêtement, et c'est admirable ce que fait Veja, mais on ne s'est pas lancé à la même période. Ils se sont lancés il y a 15 ans.
- Speaker #0
Ils font 250 millions aujourd'hui.
- Speaker #1
Ils font 250 millions aujourd'hui. Ils ont une stratégie qui a été on ne fait pas de pubs, mais on inonde les boutiques. une grosse stratégie B2B on envoie aux influenceurs aux célébrités etc ils étaient pionniers en fait sur le marché il n'y avait personne d'autre donc ils ont eu la chance de s'implanter très très vite très très fort et aujourd'hui d'avoir une telle notoriété qu'ils n'ont pas besoin de faire de la publicité du moins sur Google et sur Meta ils le font autrement aujourd'hui c'est impossible On ne pourrait pas, on le voit en fait, on voit la part de vente qui est attribuée à Meta et à Google, on ne pourrait pas s'en détacher, c'est impossible. Donc on essaye de faire autrement et de vraiment travailler notre communauté organique. J'essaie de prendre la parole sur LinkedIn parce que je sais que c'est aussi un moyen pour nous d'attirer de nouveaux clients, mais c'est très difficile.
- Speaker #0
Est-ce qu'il y a des erreurs que tu as faites dans ton parcours dont tu payes encore les pots cassés aujourd'hui ?
- Speaker #1
Le sujet du recrutement, lorsqu'on a décidé un peu par épuisement, d'agrandir l'équipe, parce qu'on était trois temps pleins à ce moment-là, lorsqu'on a décidé d'agrandir l'équipe et de recruter sur les postes dont je t'ai parlé, les postes un peu clés, après la levée de fonds. À l'époque, j'avais échangé avec Kabaïa, le CEO de Kabaïa, lorsqu'on voulait lever des fonds, je lui ai proposé d'investir, qui m'avait dit « je pense que tu recrutes trop vite. On recrute lorsque la croissance n'est plus gérable et qu'on n'est plus capable de répondre à toutes les demandes. On ne recrute pas lorsqu'on est fatigué. » Et à ce moment-là, je lui ai dit « oui, mais... » En fait, moi, je n'arrive plus à faire et le B2B, et la communication, et le développement produit. Je n'arrive plus et je pense que j'ai besoin de quelqu'un de plus qu'avec moi qui va dédier son temps à ça pour aller chercher de la croissance, etc. Et il m'a dit, je pense que tu feras une erreur. Je pense que l'erreur, elle a été double. En effet, on n'avait pas suffisamment de demandes sur ce poste-là. Et à la fois, on a été confrontés à un problème structurel de marché où les clients n'allaient plus en boutique et ne vont... beaucoup moins en boutique puisqu'ils comparent tout en ligne, ils traquent la moindre promo, ils achètent au meilleur prix et ils ne vont plus dans leur commerce de quartier. Ce qui fait que nos directrices commerciales étaient confrontées à un sujet d'annulation de commandes et de budget. Je pense qu'on a fait une erreur de recrutement et on a décidé de trop étoffer l'équipe avec des alternants, des freelances, parce qu'on considérait qu'il fallait que pour chaque temps plein, il y a minima un ou deux alternants. Ce qui fait qu'on était 14. Et moi, je me suis retrouvée à passer mon temps à faire des réunions et des meetings, à faire beaucoup de management. Là où ma valeur ajoutée, c'est sur la création de produits, sur la communication. Et du coup, c'est l'année où on a le moins lancé de produits. On a fait deux ou trois lancements de produits. Là, d'habitude, on fait le double. Et c'est ce qui fait vivre une marque, en fait. Donc, ça a été les erreurs avec le recul que j'ai pu faire.
- Speaker #0
Alors, j'en profite, je saisis la balle au bon. Tu t'es entourée très vite d'une DG. Alors tu l'as dit, c'est parce que vous avez des profils très complémentaires. Tu as quand même délégué une bonne partie du coup de la gestion de l'entreprise, alors que tu étais très jeune et un peu inexpérimenté. Comment est-ce que tu t'es... Alors j'imagine que ça s'est fait un peu au fur et à mesure, mais comment tu t'es calibré là-dessus ?
- Speaker #1
On a défini assez rapidement le périmètre de ces missions, de façon à ne pas empiéter l'une sur l'autre. Et très vite ensuite, c'est elle qui a un peu mis des process en place, dans le sens où elle venait d'un gros groupe. Donc il y avait plein de choses qu'elle avait apprises, que moi je ne connaissais pas, de façon à centraliser toutes les informations, essayer de perdre le moins de temps possible. On a beaucoup cette culture de l'écrit, où on essaye d'écrire un maximum sur Notion, sur des drives, de façon à faire gagner du temps aux équipes. Donc on a essayé de mettre un maximum de process en place, et de bien définir les missions de chacun, et d'essayer de former un maximum les équipes pour pouvoir déléguer aussi.
- Speaker #0
T'es encore très jeune, t'as 29 ans, tu l'as dit au début. Est-ce que tu payes encore ton âge et ta crise de légitimité, je vais mettre des gros guillemets quand même, parce que t'as quand même un sacré chemin parcouru. Est-ce que tu penses que t'as toujours un peu un boulet au pied ou pas ? Par comparaison, l'âge moyen d'un créateur d'entreprise aujourd'hui en France, c'est 41 ans, 7, 42 ans. Donc t'es encore très jeune par rapport à cet âge-là.
- Speaker #1
Sur le sujet de la légitimité, un peu. Quand il a fallu faire des recrutements de personnes plus âgées. managés, des personnes plus âgées aussi. Là-dessus, j'ai toujours un sujet de légitimité. Et après, de compétences, évidemment. Je pense que ce qui m'a manqué, c'est peut-être d'avoir une première expérience en tant que salariée et du coup, voir comment est-ce que ça se passait vraiment dans une boîte. Aujourd'hui, j'apprends avec tout ce que je vois, tout ce que je lis, tout ce que l'équipe nous apporte. Mais je pense que ça m'a manqué à un certain moment. Ouais, complètement.
- Speaker #0
Et à refaire, est-ce que tu te dirais, il faudrait que je prenne un poste pendant un an, deux ans, trois ans, et là je créerais, ou est-ce que tu referais pareil ?
- Speaker #1
Non, j'en ferais pareil. J'en ferais pareil parce que j'ai tellement grandi pendant ces... Je pense que j'ai pris dix ans d'expérience.
- Speaker #0
en trois ans. Je me suis formée sur plein de sujets, j'ai appris toute seule sur plein de choses, je me suis pris plein de murs, je me suis forgée un caractère aussi, j'étais quelqu'un de... j'avais très peu confiance, assez naïve, naïve dans le sens qui voyait toujours la vie de façon positive, qui avait peur de rien. Et je pense que c'est aussi ce qui m'a permis de lancer la boîte. Je voyais absolument pas le risque de monter une boîte. Ça me faisait pas peur. Et je pense que... Non, je ferais les choses de la même façon. Parce qu'aujourd'hui, j'ai un bagage énorme. Je ne sais pas tout, évidemment. Il y a plein de compétences qui me manquent, sur lesquelles je dois encore me former. Mais je referai les choses de la même façon.
- Speaker #1
Personne n'est omniscient, ça peut te rassurer. Oui,
- Speaker #0
c'est ce que j'essaie de me dire.
- Speaker #1
Est-ce que tu devois rester à la tête de ta société toute ta vie ? Ou peut-être te rapprocher d'un plus gros groupe et rentrer dans un poste de directrice de filale, on va dire ?
- Speaker #0
Je crois qu'à terme, j'aimerais bien me détacher du milieu de la mode. Parce que... C'est un secteur qui est difficile et je suis persuadée qu'il y a encore beaucoup de choses à faire. Mais je crois aussi que j'ai envie d'explorer d'autres choses. Il y a plein d'autres domaines qui m'intéressent.
- Speaker #1
Du genre ?
- Speaker #0
En ce moment, plutôt le bien-être et la nutrition. Et ça vient un peu de mon parcours aussi parce qu'on n'a pas parlé de santé mentale. On n'a pas parlé de perso en fait. pendant le podcast.
- Speaker #1
C'est un sujet un peu compliqué, mais vas-y.
- Speaker #0
Mais non, il y a eu des moments très difficiles de par la surcharge de travail. Donc, c'était du fait que je porte beaucoup la boîte et je représente la boîte. Et du coup, je suis assez sollicitée en interne et en externe. Et du coup, il y a des moments où, en fait, c'est juste trop pour une seule personne. Et donc, il y a plusieurs fois, durant ces deux dernières années, où j'ai frôlé le burn-out, où je n'étais pas très loin. Et donc, je me suis mise à fond au sport. Je me suis intéressée à la nutrition. Je m'intéresse aux plantes aussi, qui peuvent avoir un impact sur le quotidien. Et c'est des sujets qui me passionnent. Et du coup, je ne sais pas dans quelle mesure est-ce que ça restera une passion. Est-ce qu'un jour j'irai creuser ce sujet-là un peu plus ? Mais je me rends compte qu'il y a d'autres secteurs qui peuvent m'intéresser. Chose avant, je ne voyais que par la mode. J'étais omnibulée par secteur, par... J'ai l'impression que c'était vraiment là où je pouvais exprimer ma créativité. Et aujourd'hui, je me rends compte que je m'intéresse à d'autres secteurs.
- Speaker #1
Est-ce que tu entreprends pour faire le bien autour de toi ?
- Speaker #0
Oui, je pense, d'une certaine façon, pour avoir un impact positif à la fois sur l'environnement, mais aussi sur les hommes. Je pense aux relations qu'on a nouées avec nos partenaires. On a des relations vraiment très, très fortes où c'est des amis pour la plupart, les artisans, les usines. Et je dirais même d'une façon populaire, toutes les parties prenantes avec qui on travaille chez Zeta, on a la chance de travailler avec des gens incroyables. Je pense à notre logicien, je pense à notre directeur artistique, tous les partenaires. qu'on choisit, on se choisit mutuellement. C'est des personnes avec qui c'est un bonheur de travailler. On a des relations très fortes. Donc, il y a cet aspect social qui est très fort aussi chez nous. Et oui, on essaie de faire le bien. On essaie de faire les choses avec beaucoup de bienveillance, beaucoup de respect dans tout ce qu'on entreprend, que ce soit d'un point de vue écologique ou social.
- Speaker #1
Et avec tes actionnaires, ça se passe bien parce que tu es quand même un peu en zone de turbulence. Est-ce que c'est pareil ? Ils t'ont choisi toi et ils sont à fond derrière toi ?
- Speaker #0
Oui, je pense qu'ils ont... Lorsqu'ils ont investi, ils savaient dans quoi ils s'engageaient. Ils savaient pertinemment que le secteur de la mode était fragile. Ils ont parié sur une boîte, je pense, sur des valeurs et sur une histoire, plus que sur des chiffres, ça c'est certain. Et du coup, ils comprennent aussi parce qu'on a choisi des personnes qui étaient du secteur de la mode. Et du coup, ils comprennent toutes les problématiques qu'on est en train de traverser. Donc oui, ça se passe très bien, on est bien entourés et ils sont très compréhensifs.
- Speaker #1
Tu vois, on parlait de fatigue physique et mentale. C'est la troisième fois que je crée une société. Je t'avoue que j'ai une certaine lassitude, fatigue. Pas lassitude, fatigue. Est-ce que toi, tu te verrais recréer une société ? Imaginons demain, quelqu'un arrive avec un chèque avec beaucoup trop de zéros pour le refuser. Tu te verrais recréer une boîte ou reprendre, par exemple ?
- Speaker #0
La reprise, c'est un vrai sujet, ça. Je pense que c'est hyper intéressant. Il y a plein de choses à faire parce que tout le monde veut créer sa boîte, mais il existe plein de boîtes sur lesquelles il y a plein de choses à faire encore. Pourquoi pas de la reprise ? Pourquoi pas m'associer à un autre projet ? Mais je crois qu'avant, j'aurais besoin d'une petite pause. Mais le salariat, j'y pense aussi. Pourquoi pas ? Je ne sais pas si...
- Speaker #1
Tu pourrais.
- Speaker #0
Je pourrais, je pense. Au moins un temps pour essayer de souffler et voir ce que ça fait de rentrer le soir ou le week-end chez soi et de ne pas penser au boulot.
- Speaker #1
Alors, tu vois, je n'ai pas rebondi dessus tout à l'heure parce que je voulais absolument te poser ma question, mais moi, le salariat, j'ai eu un petit passage de salarié. J'ai tutoyé, touché du doigt le burn-out aussi. et j'étais salarié donc en vrai à la fin on s'en fout t'es là t'es pas là la boîte elle continue quand t'es dirigeant c'est un peu différent et c'est là où je me suis dit bon allez on va se fixer des règles que je m'applique encore aujourd'hui. Je n'ai pas travaillé le week-end. Il y a des options. Quand tu es fatigué et qu'il est 20h, 20h30, tu rentres chez toi, en fait, et tu éteins ton téléphone, etc. Et moi, je l'ai appris au moment où ça n'avait pas de conséquences fortes. Et je me l'applique encore aujourd'hui. Ce qui fait que je suis encore marié et encore là.
- Speaker #0
Complètement. Je pense que tu as complètement raison. C'est des règles qu'il faut réussir à s'imposer. Mais malgré tout, tu vois, Je pense que... Ça dépend aussi de la façon dont la boîte peut t'affecter, la façon dont chacun, je pense, réussit à créer de la distance ou pas. Mais malgré... Tu vois, comme toi, je me suis imposé des choses. Je coupe le téléphone le soir, j'essaie le week-end. Je m'impose des temps de sport qui sont obligatoires dans mon agenda. Et malgré ça, en fait, t'as cette... C'est constant dans ta tête, la liste des choses que t'as pas eu le temps de faire, les échéances qui arrivent. Il faut écrire.
- Speaker #1
Moi, c'est ça mon astuce. Quand j'ai du mal à dormir, parce que je me passe... Je prends mon téléphone, je m'écris un mail à moi-même en me disant qu'il faut penser à ça, Et j'arrive à m'endormir.
- Speaker #0
C'est une bonne idée.
- Speaker #1
C'est une bonne technique. Tu écris ce que tu as en tête et du coup, ton cerveau se dit ça y est, ça c'est... J'oublierai pas, c'est noté. C'est pas mal. C'est pareil, moi je refuse les appels le week-end.
- Speaker #0
Ouais, bien sûr.
- Speaker #1
C'est con, mais avant tu te dis, ouais il m'appelle, c'est important. Ce sera déjà ça de moins à régler.
- Speaker #0
Ouais, bien sûr.
- Speaker #1
Non, t'appelles entre le lundi et le vendredi. Qu'est-ce qui te guide aujourd'hui au quotidien ? Ce qui fait que tu te lèves le matin ?
- Speaker #0
La conviction de faire quelque chose de bien, je dirais. D'avoir une boîte qui a un impact écologique, social, parce que c'est quantifiable aujourd'hui. Ce qu'on a recyclé en termes de déchets, ça se chiffre à plusieurs tonnes de déchets. Le fait d'avoir réussi à créer de l'emploi. Alors on n'a pas réussi à maintenir tous les emplois qu'on aurait voulu, mais on a réussi à créer de l'emploi. Et je trouve ça quand même fou pour une TPE qui a été créée de rien, avec zéro ressource, zéro prêt bancaire. Et puis voir tous les messages qu'on reçoit, les avis clients, les messages que je reçois en perso de gens qui me disent « je collectionne les paires » . Vous m'accompagnez depuis des années, c'est fou quoi.
- Speaker #1
Ouais, d'avoir un impact avec le public.
- Speaker #0
Ouais, complètement.
- Speaker #1
Et ce qui te passionne le plus ? Genre tu pourrais n'avoir qu'une seule tâche, ça serait celle-ci ?
- Speaker #0
La création de produits, ce qui m'a toujours fait vibrer en fait. Pouvoir me dire que je peux partir d'une page blanche et créer absolument ce que je veux parce que c'est moi qui décide. Et ça c'est incroyable, jusqu'à avoir le produit physique dans les mains et ensuite se dire mais quelle histoire je vais raconter. Qu'est-ce que je vais raconter pour vendre ce produit ? Alors, évidemment, on peut parler de marketing et de pub, mais au-delà de ça, je parle vraiment d'une histoire de... Tu vois, la campagne Nespresso, c'était incroyable de se dire qu'on est partis de marre de café et qu'on a créé un produit désirable. C'est dingue, quoi. Et du coup, c'est vraiment cette partie-là, la partie créative qui me fait vibrer.
- Speaker #1
Et j'en profite, aujourd'hui, tu continues à travailler en forme de capsule, où tu as des matières... Référencés, tu fonctionnes plutôt en modèle ?
- Speaker #0
Oui, on a des collections qui sont permanentes. C'est-à-dire qu'il y a un modèle qu'on a lancé, le premier modèle qu'on a lancé en 2020 qui est toujours en vente. C'est ce qui fait une différence aussi avec les marques qui fonctionnent par collection et qui du coup produisent trop et doivent faire beaucoup de soldes pour vendre. Nous, c'est des produits continus, des collections continues. Par contre, pour les collabs, on fonctionne par capsule. On a fait une collab avec Café Joyeux il y a trois mois, deux mois. Là, on a défini un nombre de produits à vendre et on n'ira pas au-delà.
- Speaker #1
Ce qui t'évite d'avoir du stock.
- Speaker #0
Exactement.
- Speaker #1
Tu m'avais parlé aussi que tu avais essayé de faire un peu de textile à un moment.
- Speaker #0
Oui, c'est toujours l'actualité. On a lancé des vestes Sherpa l'année dernière. Parce que souvent les vestes polaires, c'est fabriqué à partir de polyester. Et celles-ci sont fabriquées à partir de bouteilles en plastique recyclées. Et fabriquées au Portugal aussi, par des usines familiales. Et ça a super bien fonctionné. Ça a très bien pris. C'est pas toujours un succès. On a lancé des t-shirts l'année d'avant, qui ne se sont pas bien vendus. Pour lesquels on a toujours des stocks. Alors qu'ils se font... ultra quali et qui tiennent super bien au lavage. Mais je ne sais pas, on n'est pas forcément connu pour ça. Et la diversification ne peut pas toujours être un succès.
- Speaker #1
Qu'est-ce que tu retiens justement de ça ?
- Speaker #0
Peut-être qu'il faut se concentrer sur ce qu'on sait faire de mieux et ne pas trop se disperser, je pense. Et puis arriver avec une vraie valeur ajoutée. Alors nos t-shirts, moi je suis persuadée qu'il est super. Il est trop bien taillé, il a un grammage épais, il tient bien au lavage, il est recyclé. Mais en fait, qu'est-ce qu'on apporte vraiment de nouveau ? par rapport à plein d'autres marques qui le font. Là où sur de la chaussure, sur un mocassin, sur une chaussure à lasser en cure végétale, on a un produit qui est ultra confortable, qui est vegan, qui est recyclé, et on est quasiment les seuls à le faire sur le marché.
- Speaker #1
Comment tu qualifierais ton parcours à ce stade ? Tu es encore au début de ta carrière. Déjà, est-ce que tu es fière du parcours accompli ? Comment tu te vois aujourd'hui et comment tu te vois dans dix ans, par exemple, en tant que toi, entrepreneur, au-delà de la boîte ?
- Speaker #0
Est-ce que je suis fière ? Parfois, oui. Déçue, un peu, de certaines périodes de vie, de certaines périodes de la boîte, où je me dis, j'aurais pu faire ça, j'aurais pu faire mieux. La levée, on n'a pas réussi à faire tout ce qu'on voulait faire. Le secteur, le marché a été compliqué. Donc, fière à certains moments, oui. Et où est-ce que j'en suis aujourd'hui ? Je pense que j'en suis qu'aux prémices. J'espère vraiment que c'est ma première boîte et qu'il y en aura d'autres. Et d'autres où... Peut-être que d'autres où je pourrais vivre l'association, typiquement. Ou une reprise de boîte. Peut-être pas revivre les débuts. Parce que je trouve que les débuts sont quand même très difficiles et j'ai beaucoup donné. Mais oui, j'espère que c'est le début d'autres aventures entrepreneuriales.
- Speaker #1
Ton plus gros succès ? Le truc dont tu es le plus fière ?
- Speaker #0
Je dirais nos premiers recrutements. Parce que c'est quand même une fierté de recruter à 23 ans quand on est parti d'une idée sans ressources. Ça, c'était une fierté quand j'ai signé les premiers contrats de CDI. Et puis, la collab avec Nespresso. C'était fou. On s'est rendu au siège social en Suisse, à Vevey, et on a halluciné. De se dire, on est là avec Camille, un an et demi d'existence de boîte, avec un groupe. Je prenais mon café avec Guillaume, le PDG, et je me disais, c'est incroyable ce qui est en train de se passer. Et on a réussi à mettre au point un produit ultra innovant, qui n'avait jamais été créé avant. Et donc ça, j'en suis très très fière.
- Speaker #1
C'est cool. Et à l'inverse ? La période la plus difficile émotionnellement ?
- Speaker #0
2024, la levée de fonds. Très très difficile d'aller chercher de l'argent, parce qu'on a parlé des BA, etc. Mais je me suis heurtée à beaucoup beaucoup de refus, du fait du secteur qui est fragile. C'est une période de down où j'ai senti que j'étais un peu en train de sombrer, et beaucoup de travail. Et puis forcément cet échec de ne pas avoir réussi à maintenir l'équipe. Des personnes qu'on a recrutées, qu'on a embarquées, à qui on a dit on va aller là, là, là, on va faire ça, on va y aller tous ensemble. Et en fait, devoir leur dire, 8 mois plus tard, ça s'arrête ici, parce qu'en fait, on n'arrive pas à suivre. Et là, on va de la pérennité de la boîte, de la survie de la boîte. Et réussir à maintenir les équipes motivées, les équipes qui restent, ça, c'était des périodes difficiles, et j'ai vraiment vécu comme un échec. Je sais qu'on n'a pas le choix. Il fallait qu'on le fasse parce que sinon c'était la boîte qui n'allait pas suivre. Mais c'est difficile de se dire j'ai mis beaucoup d'énergie, j'y ai cru. Eux aussi y ont cru et en fait on n'a pas réussi à le faire.
- Speaker #1
Quel est le conseil que tu donnerais à quelqu'un qui veut entreprendre aujourd'hui ?
- Speaker #0
C'est formidable d'entreprendre. J'ai jamais autant appris qu'en six ans de boîte sur moi, sur mes compétences, sur ce que j'aime, ce que j'aime pas, sur la personne que je suis, ce dont je suis capable. Mais par contre, Qu'est-ce que c'est dur ! Il faut le savoir, il faut savoir dans quoi on s'embarque. Aujourd'hui, on dépeint de l'entrepreneuriat une image hyper sexy, où tout le monde veut entreprendre, où c'est formidable, où on peut faire de l'argent facilement. À en croire les postes LinkedIn, on peut atteindre le million d'euros la première année. Non, c'est pas ça l'entrepreneuriat. C'est très difficile, c'est difficile en plus quand on fait du produit. Il faut bien avoir confiance, ça va pas être rose tous les jours, mais c'est formidable. C'est la plus belle aventure de vie, je trouve, jusqu'à aujourd'hui.
- Speaker #1
C'est des pics de satisfaction d'adrénaline qui sont extraordinaires.
- Speaker #0
C'est exactement ça. En fait, c'est pour ça que je parlais de montagne russe, c'est des up and down en permanence. Il ne faut pas que ce soit trop down quand même, il faut se méfier de ça. Mais il y a des pics d'adrénaline qui sont formidables. Et de surprise, tu vois, des trucs qui vont tomber dessus du jour au lendemain. Typiquement le message Nespresso, le message qu'on reçoit où tu te dis « mais c'est incroyable ce qui est en train de se passer » . ou des commandes. Tu reçois un mail, un jour, j'ai besoin de 5000 chaussures pour telle date. T'as des trucs comme ça qui te tombent dessus, tu te dis, waouh. Donc c'est des pics de satisfaction énormes, mais il faut être bien préparé, il faut être bien entouré. Je pense que ça, c'est le conseil que je donnerais. Bien entouré d'un point de vue perso, famille, amis, entourage, et d'un point de vue pro, de bons partenaires, des personnes qui croient en vous, un bon réseau de potes entrepreneurs, j'irais qui... puissent partager les mêmes galères avec qui on peut s'entraider et ne jamais rester seul.
- Speaker #1
Tu m'ouvres une fenêtre que je veux absolument saisir. Tes potes étaient étudiants, ils étaient en stage, toi tu montais ta boîte. Est-ce qu'il y a eu un décalage qui s'est formé ? Si je te pose la question, c'est que j'ai une idée de la réponse. Comment tu l'as vécu, pour le coup, cette espèce d'écart ?
- Speaker #0
Il y a eu un décage qui s'est créé dès la première année parce qu'en fait, Master 2, stage de fin d'études, stage de 6 mois. À ce moment-là, je vais voir l'école et je leur dis, j'aimerais faire mon stage de 6 mois pour ma boîte. Je n'avais pas encore de statut, c'était compliqué. Il fallait leur expliquer que j'allais être le stagiaire et le...
- Speaker #1
Le mandataire. Et le, c'est ça. Le signataire.
- Speaker #0
Exactement. Les écoles, à l'époque, c'était un peu compliqué de leur faire comprendre ça. Et puis surtout, tous mes copains sont partis de Bordeaux pour aller faire leur stage dans des grands groupes à Paris. Lego, L'Oréal, Total, etc. Et donc, à ce moment-là, je me suis retrouvée toute seule à Bordeaux. Donc, il y a eu un décalage qui s'est créé, même, je dirais, la première année. Parce qu'en fait, j'étais enfermée tout le temps. Je dédiais ma vie à la boîte, les week-ends, les soirées, etc. Donc, beaucoup était admiratif, mais j'ai perdu pas mal de contacts à ce moment-là, je dirais. Donc, il y a un décalage qui s'est créé.
- Speaker #1
Je reviens du coup sur ma question d'avant. Tu as donné un conseil de s'entourer à quelqu'un qui veut entreprendre. Est-ce que le conseil serait différent pour quelqu'un qui, comme toi, pendant ses études, se dit « allez, c'est parti » . Est-ce que tu donnerais un autre conseil pour quelqu'un qui entreprend en tant qu'étudiant, ou même combat ?
- Speaker #0
J'irais même « entourez-vous plus » . Entourez-vous plus, parce qu'on a la chance quand même en France d'avoir plein de choses mises à disposition. Des couveuses, des incubateurs, des... prêts, des prêts d'honneur. Il y a plein de choses qui sont mises en place. Il faut aller voir un maximum de personnes, d'autant plus parce qu'on est jeune et parce qu'il y a moins de réseaux et moins de compétences. Mais je dirais foncer encore plus si vous êtes étudiant parce qu'en fait, les risques sont moindres. Il n'y a pas d'attache, il n'y a pas de famille encore, dans la plupart des cas. Il y a beaucoup moins de risques d'entreprendre à ce stade-là.
- Speaker #1
Il y a beaucoup plus de liberté, je suis d'accord.
- Speaker #0
Complètement.
- Speaker #1
On va arriver dans la phase de conclusion. Est-ce que tu as un objectif final ? Un moment où tu t'es dit, ça y est, je suis accompli en tant qu'entrepreneur. Ça peut être la session, ça peut être la pérennité financière personnelle de l'entreprise. Ça peut être, tu vois, moi, personnellement, ce que j'aimerais beaucoup, c'est qu'il y ait une reprise interne. Je suis un grand promoteur de la reprise interne. Moi, je serais extrêmement fier que ce soit mes salariés qui rachètent ma boîte.
- Speaker #0
C'est une très bonne question. Pour le coup, je suis quand même assez satisfaite, même si j'ai pas réussi à atteindre les chiffres que j'aurais espéré, ni la croissance que j'aurais espéré. Mais je pense qu'il faut pas s'arrêter là, parce que ce qu'on a réussi à créer avec aussi peu de moyens, c'est assez fou.
- Speaker #1
La croissance, on s'en souviendra pas. Si je peux juste émettre un commentaire.
- Speaker #0
Comment ?
- Speaker #1
On va pas se souvenir de toi, parce que t'as fait de la croissance.
- Speaker #0
C'est plus à titre personnel.
- Speaker #1
Voilà, c'est de la fierté, mais on s'en fout.
- Speaker #0
C'est vrai. C'est vraiment plus à titre personnel de me dire que j'avais ces objectifs-là et qu'on n'a pas forcément réussi à atteindre ce qu'on avait prévu de faire. Et parce qu'en fait, on est entouré aussi de boîtes autour de nous. On se compare tout le temps dans le secteur de l'entrepreneuriat, surtout avec des boîtes e-commerce. Mais non, aujourd'hui, je suis déjà fière de ce qu'on a réussi à faire. Je pense que le jour, je serai satisfaite le jour en effet où on vendra, parce que je ne garderai pas cet état toute ma vie, où on vendra et qu'on cèdera à un groupe qui va faire... Ouais, un groupe. qui va faire quelque chose de bien, dans lequel j'aurai pleinement confiance. Et je me dis, OK, là, je peux laisser. J'ai fait ma part. J'ai donné ce que j'avais à faire. On a eu des belles années. Et maintenant, je laisse le bébé à quelqu'un d'autre. Mais quelqu'un en qui j'aurai pleinement confiance.
- Speaker #1
Comment tu vois cet état dans dix ans ? C'est toujours toi ? C'est pas toi ? C'est une boîte intégrée ?
- Speaker #0
Je pense qu'en dix ans, je serai partie vers d'autres horizons. J'espère. J'espère qu'on aura réussi à dépasser encore davantage les frontières, que ce sera présent dans d'autres pays, et peut-être qu'il y aura une ouverture de boutiques en propre. Ça, c'est un gros projet qu'on a. Et oui, qu'il y aura une expansion internationale. Mais surtout, en gardant les mêmes convictions, les mêmes valeurs initiales, et surtout le même postulat de base, peu importe ce qu'on fera, de toujours faire du recyclé, du vegan, dans de bonnes conditions.
- Speaker #1
Et dernière question. Si tu pouvais parler à la Laure de 2020 ? Qu'est-ce que tu lui dirais ?
- Speaker #0
Ausha ! Non, que ça va être des années, de belles années, que tu as raison d'y croire, je pense, d'avoir suivi cette intuition qui te disait « entreprends maintenant » et c'est aujourd'hui qu'il faut monter ce projet. Donc, suis ton intuition et essaye de la suivre tout au long de ces prochaines années.
- Speaker #1
Merci beaucoup, Laure.
- Speaker #0
Merci à toi de m'avoir écoutée.
- Speaker #1
Je remercie Thibaut Dupieris pour le montage et les équipes de conseils, finances et transmission pour leur soutien sur cette belle aventure. N'hésitez pas à nous contacter pour nous suggérer des invités ou des thèmes que vous souhaitez aborder. Ce projet n'est pas seulement le mien, je tiens à ce qu'il évolue avec ses auditeurs.