- Speaker #0
Bienvenue dans Confidences d'entrepreneurs. Ici, on vous dévoile de l'intérieur ce qu'un entrepreneur traverse lors d'une opération marquante de son parcours. Je suis Thomas Fertin, entrepreneur et surtout dirigeant du cabinet de fusion-acquisition Conseil Finances et Transmissions. Chaque premier mardi du mois, nous revenons avec un invité entrepreneur sur son parcours tout en faisant un zoom sur une problématique ou une opération qu'il ou elle a dû traverser. Cela peut être une reprise familiale, une transmission, un dépôt de bilan ou bien même le retournement d'une entreprise. On dit souvent que lorsqu'on entreprend, c'est pour résoudre un problème. Mais ça peut parfois aller bien au-delà et changer des vies. Avec Marie Curie, Elis Torel accompagne des femmes issues de l'immigration vers l'emploi, grâce à la restauration, en s'appuyant sur un modèle unique mêlant association et entreprise commerciale, mais sociale et solidaire, une ESS. Ensemble, nous allons parler d'impact, d'engagement et de valeur. Ou dit autrement, comment concilier l'impact, la valeur sociale et la pérennité économique des projets ? Bonjour Élise.
- Speaker #1
Bonjour Thomas.
- Speaker #0
Merci beaucoup d'avoir accepté mon invitation ce matin pour parler de l'organisation de ton entreprise et ton modèle qui est assez innovant et différenciant. On va parler ce matin de l'entrepreneuriat à impact, de la gestion d'associations, d'entreprises, d'insertion sociale et surtout un sujet qui me tient immensément à cœur, la restauration. Est-ce que ça te va comme programme ?
- Speaker #1
Parfait et merci pour l'invitation.
- Speaker #0
Avec plaisir. Pour commencer, est-ce que tu peux te présenter rapidement, s'il te plaît ?
- Speaker #1
Je m'appelle Élise, j'ai 34 ans, je suis la cofondatrice de Marie Curie, qui est effectivement un projet d'entrepreneuriat Impact. Et après, je ne sais pas quel niveau de présentation perso pro.
- Speaker #0
C'est pas mal.
- Speaker #1
C'est bien pour commencer.
- Speaker #0
Comment tu définirais ton parcours, en une phrase ou un mot, à ce stade ?
- Speaker #1
À ce stade, je dirais, en un mot, je dirais spontané. C'était... ou instinctif. Je me suis laissée guider par ce qui comptait pour moi et rien n'était préécrit.
- Speaker #0
C'est pas mal, j'aime bien. Comment tu définirais ton métier ou ton rôle au sein de la société ?
- Speaker #1
Couteau suisse.
- Speaker #0
Pas mal.
- Speaker #1
Peut-être comme beaucoup d'entrepreneurs et de dirigeants, mais clairement c'est...
- Speaker #0
Parfois il y en a ils disent pompier, tu vois.
- Speaker #1
Ouais, j'allais dire couteau suisse, j'éteins les feux un petit peu partout. Donc ouais, ça me parle aussi, pompier.
- Speaker #0
Alors, maintenant que les présentations sont faites, est-ce que tu peux nous expliquer ce qu'est le concept de Marie Curie ?
- Speaker #1
Oui, en fonction de qui je rencontre, où je suis, j'ai plein de manières de commencer la présentation de Marie Curie. Mais j'aime bien commencer par le pourquoi on a créé Marie Curie. Parce qu'on a créé Marie Curie avec mon associé Sandrine, pas parce qu'on voulait entreprendre, on avait une idée de... business, c'est parce qu'on avait une cause qui nous tenait à cœur, enfin deux causes qui nous tenaient à cœur. La première, c'est l'inclusion des femmes qui sont réfugiées et immigrées dans la société. Ces dernières années, on a tous eu un petit peu la progression de la crise migratoire et que c'était un vrai sujet de société et qui n'allait qu'être amplifié, notamment avec le réchauffement climatique. Et nous, ça nous tenait à cœur, Sandrine comme moi, de se dire comment on peut participer, nous, en tant que citoyenne. à rendre notre société plus inclusive, plus accueillante pour ces personnes qui sont obligées de tout quitter et quitter leur pays d'origine. Il se trouve que les femmes, c'est une population qui est particulièrement discriminée et vulnérable. Et là, je vais balancer un petit peu des stats, mais en France, les femmes immigrées, elles sont deux fois plus touchées par le chômage que les femmes françaises, alors qu'elles sont plus diplômées. Et donc, il y a vraiment un vrai sujet de plafond de verre, d'opportunité. Et ça, c'est vraiment un sujet sur lequel on avait envie de travailler. Et la deuxième cause, nous, qui nous tient beaucoup à cœur, c'est les violences dans le secteur de la cuisine, qui est un sujet dont on ne parle pas beaucoup, je pense, alors que ça a beaucoup d'ampleur dans ce secteur-là. C'est vraiment un secteur qui est traversé par des violences qui sont psychologiques, physiques, sexistes et sexuelles. Il y a énormément de travailleurs et de travailleurs de la restauration qui en sont victimes. Et il y a une vraie omerta sur ce sujet-là. Et nous, on ne trouve ça pas normal, quand on n'est pas séné de cuisine, de ne pas pouvoir vivre de sa passion. parce qu'en fait, les conditions de travail, elles sont juste pas tenables. Et donc, c'est ces deux causes-là qui nous donnent envie de créer Marie Curie. Du coup, permettre aux femmes de toute origine, passionnées de cuisine, de pouvoir vivre de leur passion pour la restauration sereinement, dans des bonnes conditions. Et du coup, essayer de faire péter le plafond de verre dans la restauration, rendre accessible ce métier-là vraiment aux femmes. Il y a seulement 19% des chefs de cuisine qui sont des femmes aujourd'hui en restauration. Et du coup, on voulait pouvoir créer des opportunités pour les femmes, pour vraiment créer des carrières pérennes dans ce secteur-là.
- Speaker #0
Et du coup, comment tu fais ?
- Speaker #1
Comment on fait ? On voulait agir sur deux leviers. Un, la formation. Donc, on a créé une école de cuisine gratuite. Chaque année, on forme plus de 24 femmes au métier de la cuisine, soit sur un projet entrepreneurial. D'ailleurs, elles vont créer leur entreprise traiteur, être chef à domicile, ouvrir un food truck, etc. Soit elles vont chercher... un emploi salarié. Donc on a créé une formation de A à Z hyper complète. On va travailler sur la montée en compétences professionnelles, sur les techniques culinaires et on va aussi travailler sur la confiance en soi et tout un ensemble de savoir-être qui sont essentiels pour une insertion professionnelle réussie. On va travailler aussi sur identifier et lutter contre les violences en cuisine, comment on cherche un emploi, comment on écrit un CV, comment on passe un entretien ou si on veut créer son projet entrepreneurial, comment on s'y prend.
- Speaker #0
Parce que quand on s'est rencontré il y a un an, tu me disais, le gros enjeu pour vous, c'était l'insertion par l'emploi pour des femmes émigrées.
- Speaker #1
Il y a aussi l'entrepreneuriat, parce qu'il y a beaucoup de femmes, par défaut ou pas, qui veulent être indépendantes dans la restauration. Parce que ça leur permet de créer un projet professionnel compatible avec leurs contraintes personnelles, quand elles ont des enfants, quand elles ont des contraintes personnelles fortes. Et aussi parce que... plus travailler en restauration pour des employeurs parce qu'elles ont vécu trop de discrimination, trop de violence. Donc c'est plus simple de bosser chez soi toute seule en gros. Et donc il y a beaucoup de femmes qui créent des activités informelles de restauration, qui vendent chez elles des prestatraiteurs, qui font des repas à domicile pour des gens. Et nous on les aide à formaliser ce projet-là, à le rendre solide et du coup pérenne et pour vraiment qu'elles puissent sortir de la précarité avec ce projet-là professionnel. Et donc dans les faits il y a beaucoup de femmes qui veulent créer leur entreprise dans la réalité comme Merci. Tu le sais que quand on a un projet entrepreneurial, parfois ça met des années à sortir. Parfois, on teste et puis au final, on se dit que ce n'est pas pour nous, donc on veut plutôt avoir un emploi salarié. Donc, c'est pour ça qu'on a vraiment essayé de créer une formation qui allait border tout leur parcours. Se dire, on les aide à monter leur entreprise si elles veulent, mais on les aide à préparer un retour à l'emploi aussi, si elles ont un besoin financier ou si finalement, c'est plus adapté pour elles. Pour être sûre que quoi qu'il arrive, à la fin, il y a une sortie positive vers l'emploi.
- Speaker #0
Ok. Et donc, d'un côté, l'assaut.
- Speaker #1
L'asso de cette école de cuisine, oui tout à fait.
- Speaker #0
Et de l'autre ?
- Speaker #1
Une entreprise sociale qui crée des emplois en CDI pour des femmes réfugiées et immigrées. On voulait créer une entreprise où les femmes allaient pouvoir avoir un emploi salarié, pouvoir travailler sereinement chez nous. Donc on a adapté plein de choses dans les conditions de travail pour qu'elles viennent travailler chez nous dans notre cuisine. Et c'est surtout une entreprise et une cuisine où chaque salarié contribue à la carte et on valorise chaque matrimoine culinaire. Et donc, on a toujours une chef de cuisine qui est là pour coordonner toute l'équipe, manager, gérer les appros et les cartes. Mais chaque salarié, quelles que soient ses compétences, son ancienneté, voit des plats de son pays d'origine inscrits à la carte. Et ça, c'est un très, très gros levier de valorisation de chaque individu dans l'entreprise. Et pour nous, c'est hyper fort symboliquement de dire aussi à chaque personne qui rejoint l'entreprise, ta culture d'origine, ton savoir-faire, ton matrimoine culinaire, c'est hyper riche. Et en fait, c'est un outil d'insertion, ça a de la valeur économique, professionnelle. C'est un savoir-faire qu'on a envie de mettre en avant. Et du coup, on valorise ça au sein de l'entreprise Marie Curie.
- Speaker #0
Moi, ce que j'ai adoré dans le concept, c'est que le chef de cuisine n'est finalement que coordinateur, chef de projet, on va dire. Oui,
- Speaker #1
c'est ça.
- Speaker #0
Il est juste là pour faire en sorte que ça puisse tourner. Et chaque individu dans la cuisine, au final, a un rôle précis. Mais tu n'as pas le rôle de leader du chef de cuisine qui est très vertical.
- Speaker #1
Exactement. Il n'y a pas de chef qui a... En fait, l'équipe en cuisine, elle n'est pas là pour réaliser le rêve ou les visions d'un chef de cuisine. C'est chaque personne... Enfin, la chef de cuisine, elle est là pour révéler les talents de chaque personne de l'équipe. Alors, ce n'est pas simple tous les jours, mais c'est quand même son rôle. Et c'est vraiment une chef d'orchestre qui est là pour faire fonctionner l'équipe, la faire monter en compétence, valoriser les talents de chacune. Et donc, c'est vrai qu'on réorganise un petit peu la manière de fonctionner dans une cuisine. Bon et...
- Speaker #0
Pour finir la promo, moi, j'ai fait appel à tes services en partie traiteur. C'était topissime, c'était délicieux. C'était vraiment très sympa.
- Speaker #1
Super.
- Speaker #0
Et très généreux, ce qui n'est pas forcément le cas chez tous les traiteurs. Non, ça,
- Speaker #1
c'est important pour nous, la générosité. C'est souvent lié avec les cuisines traditionnelles aussi. On a envie que les gens soient repus à la fin du repas.
- Speaker #0
Ça a bien marché, je peux te dire. On va revenir un petit peu sur le cheminement qui t'a amené jusqu'à la création de Marie Curie. Mais tu as fait Sciences Po.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Ex.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Et juste après la fin de tes études, tu as créé une agence de communication à impact. C'était une association ?
- Speaker #1
J'ai rejoint cet asso. À la fin de mes études, je ne savais pas du tout quoi faire. Et j'ai commencé par faire un service civique pendant un an dans cette agence vidéo qui s'appelait Infocus, qui avait été créée par des étudiants d'HEC, qui étaient encore étudiants à l'époque. Le but, c'était de pouvoir créer des contenus audiovisuels pour mettre en lumière des initiatives sociales, environnementales, et les aider à se développer. Donc à trouver des fonds, trouver des bénévoles, renforcer des partenariats, etc. Et au bout de mon service civique, le fondateur a créé les premiers emplois serrés de l'assaut et on a vraiment transformé ça en agence de production à impact. On s'est professionnalisé, on est vraiment devenu une vraie agence de prod. On a créé des films en site, des créations, des petites fictions pour ce secteur-là. Et on a commencé aussi à produire des documentaires pour engager les citoyens auprès de causes sociales ou environnementales.
- Speaker #0
Et alors sur le site internet, il y a écrit un truc genre...
- Speaker #1
Ah oui, t'es allé voir le site carrément. Ah presque !
- Speaker #0
Ah bah attends, je bosse moi, ça n'a pas l'air. Production à titre quasi gracieux. Enfin, il y a eu une terminologie qui m'a fait marrer, c'est vous ne facturez quasiment pas la prod. Du coup, c'est un système de financement par... Enfin, c'est une association ?
- Speaker #1
Ça a quand même évolué. En fait, au tout début, on était tous en service civique aux bénévoles. Et donc, effectivement, les assos aient payé vraiment quasiment rien. Et tous les films étaient réalisés bénévolement par des étudiants ou des professionnels de l'audiovisuel. Ce qui nous permet aussi de produire les films de manière... Enfin, à des coûts très bas. Après, avec le temps, on s'est professionnalisés, on a créé des emplois salariés. On a produit aussi des meilleurs contenus. où là, pour le coup, on commençait à facturer des vraies prestations à nos clients, mais toujours à des prix quand même assez bas pour rester assez accessibles aux acteurs du marché. Parce que forcément, quand on s'adresse à des acteurs de l'ESS, les budgets com et prod sont quand même hyper bas. Et après, pour le coup, le modèle éco des documentaires, là, ça n'avait rien à voir. Ce n'est pas un client qui paye une prestation, c'est un tout autre modèle économique qui est beaucoup plus long dans le temps et on a allé chercher d'autres modes de financement pour ces contenus-là.
- Speaker #0
Et toi, ton rôle en tant que salarié, c'était quoi ?
- Speaker #1
Moi, j'étais productrice. Du coup, mon rôle, c'était quand même d'aller chercher des clients. Et j'étais un peu chef d'orchestre, en fait. Quand t'es prod, t'es un peu chargé de projet. Donc, t'es le lien entre le client, t'es là pour le conseiller, pour produire le contenu adapté. Tu fais un peu de strat aussi, pour savoir quel est le contenu adapté, comment on va le diffuser derrière. Après, tu constitues ton équipe. J'essaie de me replonger dans des souvenirs qui me paraissent loin maintenant. Et après, tu coordonnes toute la gestion, la production du contenu. C'est vraiment le tampon entre les clients et les freelancers, les intermittents qui bossent sur la création du film. Et tu assures en fait toute la qualité du contenu.
- Speaker #0
Et en 2019, tu décides d'arrêter ?
- Speaker #1
Je décide d'arrêter avec deux salariés slash associés. Parce que c'était une association qu'on n'était pas associés. On était trois un peu à diriger le projet. On s'est dit que ça fait cinq ans qu'on fait ça. On commençait à avoir un peu tous les trois une lassitude. à faire ce métier. On a peut-être fait un peu le tour. On se laisse un mois chacun pour réfléchir à ce qu'on a envie de continuer, à ce qu'on repart pour cinq ans, et si oui, sous quelles conditions, où est-ce qu'on arrête et qu'est-ce qu'on a envie de faire. Il se trouve qu'on est deux à avoir eu envie d'arrêter et de partir sur pleinement autre chose. Et il y en a un qui a continué dans la prod audiovisuelle et qui a continué à produire des très beaux documentaires sur des très beaux sujets d'ailleurs. Et moi, de mon côté, j'avais vraiment l'impression d'avoir fait le tour de ce métier-là, qui n'était pas du tout non plus une vocation. J'avais envie de quitter Paris aussi et de découvrir une nouvelle ville. Et j'avais échangé, découvert énormément de projets de l'économie sociale et solidaire, ONG, ASSO, fondations, entreprises sociales, sur des thématiques hyper variées. Et ça m'a vraiment donné envie. C'était hyper frustrant pour moi de me dire... Je les aide sur, enfin je suis là sur un mois, deux mois et ensuite j'en entends plus parler et je vois pas quel impact on a sur elles ou je vois pas comment elles se développent. J'avais envie de vraiment mettre les mains à fond dans un projet, être sur le terrain sur plusieurs années et contribuer à développer un projet. J'étais hyper frustrée et ça je pense que c'est quand tu fais du conseil, de l'accompagnement. T'as cette richesse de découvrir plein de projets, de parler avec plein de gens, c'est hyper stimulant. et tu peux avoir cette frustration aussi de se dire « Ah, En fait, j'interviens à un moment donné, mais moi, j'ai envie d'être là sur le long terme et de contribuer vraiment à faire grandir ce projet. Et à la fin, j'avais cette frustration-là.
- Speaker #0
Moi, je suis comme un fou quand des clients nous rappellent. On a vendu une société il y a quelques années. L'acquéreur de l'époque nous a rappelé pour nous faire retravailler sur un autre projet. Et de voir ce qui s'est passé pendant 4 ans, tu es dans le noir complet. 4 ans plus tard, qu'est-ce qui s'est passé ? Moi, j'adore.
- Speaker #1
Et je pense qu'avec du recul, c'est une période qui m'a fait comprendre que ça m'a fait complètement déconstruire l'idée de l'entrepreneuriat, ce que c'était être un entrepreneur. et que tu peux être un entrepreneur dans l'économie sociale et solidaire et un entrepreneur à impact, et que tu pouvais avoir 20 ans et être un entrepreneur et du coup aucune expérience professionnelle. Et du coup je pense que, parce que quand on vient de Sciences Po, on n'a pas du tout cette culture entrepreneuriale, là on ne pousse pas du tout vers ce type de carrière. Et en fait du coup moi j'ai rencontré plein de gens qui avaient une cause qui les touchait, et ils se sont dit il y a une manière de contribuer à cette cause. Moi, je pense qu'on pourrait lancer ce produit, ce service-là. Allons-y, avec quatre bouts de ficelle, et lancer des projets qui étaient incroyables. Je pense qu'en fait, ça a planté des graines sans forcément que je m'en rende compte.
- Speaker #0
À la base, tu voulais travailler dans le social et solidaire ? Oui,
- Speaker #1
moi, ça a toujours été... Je ne mettais pas forcément des mots dessus. Je ne connaissais pas ce secteur-là, l'ESS. Mais je savais que je voulais avoir un métier qui avait du sens ou un impact, qui contribuait. Ça va être très cliché dit comme ça, mais qui contribuait à rendre la société plus juste, plus équitable. Après, derrière, tu n'as pas trop de métiers, mais je savais que c'était quelque chose qui était important pour moi. Et du coup, en arrivant à Paris, j'ai découvert tout cet écosystème qui est hyper riche, hyper diversifié, et des métiers qu'il y a effectivement derrière.
- Speaker #0
Et du coup, entre 2019, tu décides d'arrêter, et février 2020, vous lancez Marie Curie. Marie Curie, pardon. Qu'est-ce qui s'est passé entre les deux ? Donc déjà t'as déménagé à Bordeaux ?
- Speaker #1
Ouais. En fait à l'époque à Paris, quand j'étais à la fin d'une Focus, j'ai essayé de faire un petit point sur moi-même et je me suis dit j'ai une passion quand même qui est la restauration et la gastronomie. On m'a toujours dit, et comme je pense tout le monde, c'est la restauration. C'est pas parce que t'es passionné, que t'aimes bien cuisiner chez toi, que c'est une bonne idée d'en faire un métier. N'empêche que c'est chouette quand tu peux allier passion et... profession parce que c'est un moteur, c'est une motivation qui est quand même hyper puissante. Et donc j'avais ça qui m'intéressait beaucoup et que j'avais envie d'explorer. Et de l'autre côté, il y avait quand même quelque chose qui était hyper important pour moi. C'était mon envie de bosser dans un projet qui œuvrait pour les droits des femmes. C'était une période en plus très riche, je pense, pour la lutte pour les droits des femmes.
- Speaker #0
C'est 2018 ?
- Speaker #1
Oui, c'est ça. À l'époque, je passais beaucoup de temps à... Lire des livres, écouter des podcasts, m'éduquer sur ces sujets-là. Et ça me tenait à cœur, en tant que citoyenne, je pense, de pouvoir contribuer à cette cause-là. Et je découvre à Paris un projet qui s'appelle Meet My Mama, qui forme des femmes immigrées au métier de chef traiteur indépendante. Je me suis dit, mais c'est incroyable, c'est un projet d'empowerment des femmes. Il contribue à l'inclusion des femmes d'origine étrangère dans la restauration. C'est incroyable, c'est de la balle. Et donc j'ai contacté les fondateurs qui m'ont hyper vite reçu. Et je leur ai proposé d'ouvrir Meet My Mama à Bordeaux. Et pour plein de raisons, ça ne s'est pas fait. Mais du coup, parce que j'avais quand même ce projet de déménager à Bordeaux et je savais qu'il n'y avait pas de projet comme ça qui existait sur le territoire. Et en arrivant à Bordeaux, c'est quand même quelque chose qui est resté assez fort, qui était vraiment ancré dans ma tête. Et en arrivant, j'ai commencé à faire mon petit réseau, on m'a mis en contact avec des gens, j'ai trouvé un emploi dans l'ESS, mais je pense qu'il ne correspondait pas tellement à ce qui me passionnait réellement. Et ça a été un déclic pour moi de me dire, mais en fait, j'avais encore un an et demi de chômage acquis, je n'avais pas d'enfant à l'époque. Je me suis dit, c'est bête de ne pas entreprendre le projet qui me fait rêver, alors que j'ai zéro contrainte. Et je rencontre lors d'un événement le Refugee Food Festival, qui est une initiative bénévole partout en France, dans plusieurs villes de France, où chaque année en juin, des citoyens créent un festival culinaire pendant une semaine, pendant la Journée Mondiale des Personnes Réfugiées. Des restaurateurs accueillent dans leur resto des personnes réfugiées, ils créent à quatre mains un repas qui met en valeur la culture de la personne réfugiée. Ça permet de sensibiliser les clients sur la crise migratoire et aux personnes réfugiées de se faire un premier réseau professionnel. L'asso me met en lien avec Sandrine à Bordeaux, qui portait déjà depuis 3-4 ans le festival à Bordeaux bénévolement, et qui avait envie de faire plus, parce qu'elle était hyper frustrée de se dire que c'était qu'une fois par an que ce festival avait lieu, mais se poser la question de dire, le reste de l'année, que deviennent ces personnes réfugiées, qui les accompagnent dans leur parcours professionnel, etc. Et donc j'ai rencontré Sandrine en février 2020, je lui ai proposé de l'aider bénévolement à monter le festival. Un mois plus tard, on était confinés. Et elle, elle a monté un programme d'aide alimentaire avec le Garage Moderne à Bordeaux. Et donc, j'ai sauté sur l'occasion de lui filer un coup de main. Et à la fin de ce confinement, on a décidé de lancer ensemble un projet de gastronomie solidaire qui allait devenir Marie Curie, du coup.
- Speaker #0
C'est génial.
- Speaker #1
Désolée, c'est un peu long.
- Speaker #0
Non, mais c'est très bien. Ça explique justement le chemin de l'an. Donc, dès le départ, c'était cette idée de formation ?
- Speaker #1
Dès le départ, on voulait à la fois former... et créer des emplois. C'était important pour nous d'avoir ces deux piliers. Et donc, ça a mis du temps à se développer. Mais dès le début, on a voulu penser le projet avec ces deux piliers. Et l'avantage, c'est que nous, on avait des précurseurs à Paris qui nous ont beaucoup inspirés, qui nous ont donné beaucoup de temps aussi pour faire du retour d'expérience. Donc, il y avait le Refugee Food, il y avait Meet My Mama, il y avait les Custos Migrateurs, il y avait Mama Yoga, qui sont des projets de gastronomie solidaire. Et en fait, ça nous a permis, dès le début, de penser un peu C'est quoi nos contraintes ? comment on doit penser le modèle.
- Speaker #0
Ils ont déjà bien débouré le sujet. Oui, exactement. C'est trop bien. Et du coup, c'est quoi les premiers freins, les premiers sujets un peu compliqués quand tu crées une asso justement from scratch ?
- Speaker #1
Le financement. Parce que pour trouver des financements, c'est normal, il faut prouver qu'on est capable de répondre à un besoin social. Enfin, c'est un besoin social du coup, donc il faut quand même faire ses preuves. Mais faire ses preuves sans financement, c'est compliqué. Au début, on essaie de faire beaucoup avec très peu. Et donc, c'est quand même assez galère. Et puis, on avait assez clairement en tête au début la formation idéale qu'on avait envie de monter, mais qui coûte au final très cher. Et aujourd'hui, on l'a fait, mais on a mis, je pense, quatre ans à avoir les moyens de créer cette formation qui, pour nous, était vraiment le package idéal pour se dire « Là, on a vraiment un impact auprès des femmes qu'on accompagne. » Là, c'est complet, là, c'est qualitatif.
- Speaker #0
Qu'est-ce qui coûte cher ?
- Speaker #1
En fait, pour bien accompagner ces personnes dans leur projet professionnel, c'est beaucoup de temps, Sam, du coup, pour déjà les recruter, les accompagner, les former, trouver les personnes qualifiées pour animer les formations, et puis après les suivre aussi sur le long terme, parce que c'est pas... C'est pas trois mois de formation et ensuite on les lâche dans la nature, c'est quasiment cinq mois de formation. Et ensuite on est là aussi sur l'après-formation pour les aiguiller, les accompagner. On passe beaucoup de temps aussi à faire de l'innovation pédagogique, à penser nos programmes de formation pour faire en sorte que ça soit le plus qualitatif possible et pertinent, impactant, pour vraiment s'assurer qu'elle soit bien formée, qu'elle soit professionnelle. que ça réponde à leurs besoins aussi personnels. Enfin, parce qu'on s'adresse à un public de femmes avec des parcours migratoires qui ont des problématiques parfois personnelles hyper complexes, on a aussi tout un accompagnement pour lever les freins psychologiques, sociaux, financiers. Et ça, ça demande de l'accompagnement humain qui est hyper chronophage et du coup coûteux. Et du coup, tout ça, il faut le faire financer. Et ça met du temps de prouver que ce que tu fais, l'impact, c'est qualitatif. et d'aller trouver tout un ensemble, une mosaïque de financeurs qui vont co-financer le projet.
- Speaker #0
Et comment tu fais financièrement parlant ? Parce que fin 2019, tu as du chômage, tu as 18 mois de chômage encore, tu as 3-4 mois de confinement, donc le décompte est quand même là. Et tu te dis, je vais monter une asso. Comment tu arrives à allier les deux ?
- Speaker #1
Dès le début, on s'est dit, on va monter. Au début, Marie Curie, c'était une entreprise. Une entreprise de l'économie sociale et solidaire, Agree et Juste, donc entreprise solidaire d'utilité sociale, qui portait toutes nos activités. Et en 2023, là, on dissocie l'entreprise avec les activités commerciales, traiteurs, restaurants, et une asso qui porte notre école. Donc ça s'est fait en deux temps, en fait. Oui, ça s'est fait en deux temps. Et donc, dès le début, on s'est dit, on va avoir cette activité commerciale qui a quand même une finalité sociale, qui crée des emplois pour ce public-là. Mais on génère aussi des recettes avec cette activité traiteur et le restaurant. Et après, il y a l'école de formation, pour le coup, qui est de l'action sociale, qu'on va financer avec de la subvention publique et du mécénat. Et donc, au début, comme il y avait quand même beaucoup de confinement, couvre-feu, etc., moi, j'ai passé beaucoup de temps à... Enfin, on a passé beaucoup de temps à présenter nos projets aux élus, aux institutions, et aller trouver des aides à l'amorçage, gagner des prix, des choses comme ça, qui, en fait, financent aussi ta partie expérimentation. Là, tu ne gagnes pas du tout d'argent. Et pendant ce temps-là, on développait l'entreprise Traiteur qui allait chercher de plus en plus de clients, faire de plus en plus de formations et qui faisait quand même rentrer un petit peu de revenus.
- Speaker #0
Ça doit être hyper complexe. Alors, tu dois toujours allier croissance et financement. Et là, toi, tu as croissance, financement et impact social.
- Speaker #1
Comment est-ce que tu arrives à faire la balance ? C'est un équilibre qui est hyper complexe à trouver. C'est hyper exigeant ici et aujourd'hui, ce que je trouve hyper dur, c'est qu'on a cet assaut. Il faut boucler tous les ans le budget à base de financement public et privé dans un contexte hyper compliqué pour le secteur de l'ESS, vu que les financements ne font que diminuer. Et en même temps, on n'a pas envie de rogner sur la qualité de notre accompagnement. Et de l'autre, on a une entreprise sociale, mais quand même une entreprise à gérer. avec des salariés, des clients. Et en fait, dès que tu as réglé une problématique dans une des deux structures, ça pète quelque part dans une des autres structures. Et donc, c'est hyper complexe et dur de rester focus parce qu'il faut boucler le budget de sub, il faut en même temps assurer la croissance de l'entreprise. tout en restant hyper ancré sur c'est quoi notre objet social, c'est quoi notre mission, c'est quoi notre impact. Comment assurer une qualité de travail, rester fidèle à nos valeurs dans l'entreprise. Et donc c'est... C'est fatigant !
- Speaker #0
Comment tu fais d'ailleurs, parce que t'as envie de sauver tout le monde forcément, t'as envie d'accompagner tout le monde et d'aider tout le monde parce que tout le monde mérite d'être aidé. Comment tu arrives justement à ne pas péter un câble et péter tous les budgets ?
- Speaker #1
Je pense qu'avec le temps... devient aussi assez pragmatique sur ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas. J'ai donné un exemple dans la formation, un exemple dans l'entreprise. Dans la formation, c'est de se dire, en fait, il faut qu'on mette des critères très clairs au recrutement parce que sinon, les personnes, en fait, elles lâchent la formation et du coup, ça ne l'aide pas et nous, on a pris une place à quelqu'un d'autre qui aurait pu suivre la formation jusqu'à la fin. Et donc, typiquement, il faut un niveau de maîtrise du français minimum, il faut avoir une stabilité Et... dans le logement minimum. Parce que si tu as un certain nombre de choses qui n'ont pas été réglées dans ta vie, tu n'as pas une énorme stabilité, tu ne peux pas suivre une formation de 5 mois. Tu n'as pas l'espace mental pour le faire. On ne peut pas sauver non plus tout le monde. Et dans l'entreprise, ça va être pareil. C'est qu'en fait, quand on recrute, on recrute sur la motivation, la passion pour la cuisine. Mais il faut aussi un minimum de savoir-faire, de capacité professionnelle, de capacité... capacité physique pour faire ce job qui est hyper fatigant parce que sinon en fait ça fonctionne pas quoi, ça reste un métier. Moi mes clients, ils ont le même niveau d'exigence avec Marie Curie, la majorité qu'avec n'importe quel autre traiteur. Peu importe qu'on fasse du social ou pas. Et donc du coup faut quand même avoir une équipe en cuisine qui est en capacité de matcher avec les critères qu'on attend pour le service traiteur. Et donc avec le temps on se rend compte qu'on peut pas sauver tout le monde et qu'en revanche c'est bien d'accompagner. Les personnes qu'on accorde à salariés ou les personnes qu'on forme dans la formation, c'est bien de bien le faire. Et donc, du coup, au fur et à mesure, on met aussi des critères. On écrème un petit peu aussi les personnes qu'on recrute ou qu'on accompagne. Et j'ai appris aussi avec le temps que si tu veux faire du social, il faut quand même avoir de l'argent pour le faire. Parce que si tu n'as pas assez de moyens, tu ne peux pas mettre en place ce que tu as envie de mettre en place, soit au niveau de la formation, soit au niveau des conditions de travail pour tes salariés. Mais c'est un équilibre qui est hyper dur à trouver, du coup.
- Speaker #0
Et quand tu fais Sciences Po et qu'on t'a pas appris à gérer une entreprise, comment tu arrives à gérer tout ça ?
- Speaker #1
Déjà, moi, je me pose la question, c'est de toute façon, quand tu fais une école de commerce, est-ce qu'on t'apprend vraiment à gérer une entreprise ?
- Speaker #0
Tu marques un point.
- Speaker #1
Parce que ça reste très théorique, il me semble. Et je pense que quand tu gères une entreprise... En fait, moi, mon père, il est expert comptable. Il me dit toujours... Enfin, ça le fait marrer que j'ai fait Sciences Po, qui est pour lui un truc très intellectuel. Et que maintenant, je gère des chiffres un peu tous les jours. Elle me dit, de toute façon, quand c'est ton argent, tu t'y intéresses. Et c'est vrai que je pense que le jour où tu commences à faire un business plan pour ton propre projet et à faire tes tableaux de suivi de trésor, etc. En fait, comme c'est une question de survie pour ton projet, tu n'as pas le choix que de t'y mettre et de, brique par brique, gérer les choses. C'est du bon sens pratique. Et après, on se... Nous, on s'est auto-formés sur tous les sujets au fur et à mesure. On n'était ni chef d'entreprise de base, ni restauratrice, ni traiteur, ni formatrice. Et chaque problématique, chaque stade de développement, ta nouvelle problématique, soit tu t'entoures des bonnes personnes pour avoir des conseils, soit tu t'auto-formes sur ces sujets-là. Et ça, je pense que c'est le cas de beaucoup de dirigeants de toute façon. Mais c'est vrai que... Et quand tu as l'impression... Il y a des moments où j'avais l'impression d'atteindre un peu un... un plafond de verre en disant là en fait j'ai plus les moyens de m'auto-former, de se dire je vais chercher les bonnes personnes qui vont me débloquer telle ou telle compétence ou permettre de vraiment aller au niveau supérieur.
- Speaker #0
Petite pause d'information, le podcast que vous écoutez est produit et soutenu par le cabinet de Fusion Acquisition, Conseil, Finance et Transmission. Nous sommes le conseil des dirigeants et actionnaires dans leurs opérations stratégiques, Session d'entreprise, acquisition, transmission interne, ou réorganisation capitalistique. Notre rôle ? Piloter l'opération de la réflexion stratégique à sa réalisation. Nous accompagnons l'ensemble du processus, de la définition du projet, la recherche de partenaires, l'organisation des appels d'offres, les négociations, la coordination des différents conseils. Pour en savoir plus, rendez-vous sur www.cf-6t.fr ou sur nos pages LinkedIn. Et maintenant, retour à votre épisode ! Quel a été le premier succès, selon toi ? La première personne formée, l'ouverture de l'école ?
- Speaker #1
Au début, j'allais dire la première salariée dans l'entreprise traiteur, qui est Moïgoul. Je pense que ça, c'était vraiment créer le premier emploi en CDI. Je pense que c'est un truc de dingue, tu vois. Donc, tu as la partie très chiante de tous les aspects administratifs auxquels tu te confrontes. Et tu te dis, putain, j'ai créé un emploi salarié, qui pour nous, en plus, c'est vraiment le cœur de notre impact social. Ça, c'était vraiment une très, très grande fierté pour nous. C'est une personne qu'on a accompagnée auparavant pendant plusieurs mois sur son activité entrepreneuriale. et puis finalement Elle était hyper intéressée par un emploi salarié. On a bossé deux ans avec elle au sein de l'entreprise. Et puis maintenant, elle a créé son propre restaurant à Bordeaux. Donc ça, c'est hyper chouette. Et après, je pense qu'au final, notre première victoire, c'est notre association avec Sandrine, mon associée, qui n'était pas du tout évidente. En fait, on s'est associées parce que toutes les deux, on avait envie de faire un projet d'impact social sur ces thématiques-là. Et on était toutes les deux un petit peu dessus à Bordeaux. Je ne pense pas que l'une comme l'autre, il n'y a pas eu de coup. coup de foudre au début, professionnelle, amicale, quoi que ce soit, on était très différentes, pas du tout la même génération, pas du tout le même parcours professionnel. Ouais, c'est ça. Et au final, on s'est retrouvés sur un cœur de valeur hyper fort, la même ambition, les mêmes envies, et en fait, ce qui est épatant, c'est qu'à chaque stade de développement de Marie Curie, où il y a vraiment des... des enjeux, des difficultés, des trucs qui sont hyper durs parfois quand tu développes un projet. On est toujours hyper alignés. Et ça, à chaque fois, on est toujours épaté par ça. On retombe toujours un peu sur nos pattes. On a toujours les mêmes réflexions et on reste alignés. Et ça, je pense que c'est... Quand j'échange avec d'autres entrepreneurs, on voit à quel point s'associer, ça peut être hyper difficile. Le mot de me dire que quoi qu'il arrive, on a un respect l'une pour l'autre qui est hyper fort. Moi, je me suis toujours dit que j'ai une confiance en elle qui est indéboulonnable. Absolue. Et je ne dis pas que tu as toujours des hauts et des bas avec une personne que tu vois tous les jours et avec qui tu vas sous le teint, mais de se dire qu'on a réussi notre association, ça, je pense que c'est une hyper grande fierté pour moi.
- Speaker #0
C'est cool. Ça fait du bien quand ça marche. Et combien de femmes vous avez formées, accompagnées, aidées ?
- Speaker #1
Dans l'entreprise, je pense qu'on a... Alors, il y a eu bien sûr des départs. parce qu'elles ont créé leur activité, elles sont allées se former sur autre chose ou juste parfois ça n'a pas fonctionné aussi. Mais je pense qu'on a créé plus d'une vingtaine d'emplois différents dans l'entreprise. Il y a accueilli plus d'une trentaine de femmes en stage aussi. Et dans l'assaut, je pense qu'on a accompagné et formé plus d'une centaine de personnes.
- Speaker #0
C'est bien.
- Speaker #1
Oui. C'est cool.
- Speaker #0
C'était l'objectif que vous étiez fixé ?
- Speaker #1
On ne s'est jamais fixé d'objectif chiffré, je pense, en termes de nombre de bénéficiaires. Nous, notre obsession, elle a toujours été plutôt sur le contenu de la formation, la qualité de la formation. Et donc, tu vois, là, cette année, depuis deux ans, on a deux promos par an de 12 bénéficiaires. On n'ira jamais au-delà parce qu'en fait, derrière, ça ampute clairement la qualité et le temps que tu peux dédier à chaque participante. Et ce qui compte avant tout pour nous, c'est de se dire que le contenu de la formation, il est hyper qualitatif. Et c'est plus ça qui nous obsède qu'en soi la quantité de personnes accompagnées et aussi parce que c'est assez niche. Ce qu'on fait, c'est qu'il n'y a pas non plus des centaines de femmes à former tous les ans sur le territoire, sur ces sujets-là. Parce qu'il faut que ça tombe aussi au bon moment de leur parcours, au bon moment de leur vie. Et donc, c'est important pour nous de rester sur un nombre restreint de personnes qui sont hyper bien sélectionnées pour que l'accompagnement arrive vraiment au bon moment, pour que ça ait un impact sur leur carrière. Là où, pour le coup, on a plus envie de faire du volume, ça va être dans l'entreprise. Moi, créer des... recruter, je sais que j'aurai jamais de problème à le faire, le sujet c'est plus faire grandir l'entreprise à une taille recruter c'est facile,
- Speaker #0
payer les charges c'est autre chose c'est quoi les principaux freins auxquels vous avez dû faire face ?
- Speaker #1
la partie financière on a pas mal parlé, je pense qu'il y a une grosse partie logistique, moi dans mon métier traiteur, restaurateur, ça reste un métier qui est de la logistique donc en permanence il y a des sujets sur les équipes L'équipement, les approvisionnements, c'est un métier qui est très dur en termes de rigueur aussi. C'est que tous les jours, tu recommences, tu dois reproduire et tous les jours, il faut assurer le même niveau de qualité. Tu ne peux pas te permettre d'avoir un jour où tu as un peu moins dedans parce qu'en fait, tous les jours, tu as des nouveaux clients. Et qu'une réputation, tu mets des années à te la faire et en fait, en une mauvaise prestation, c'est vite ruiné. Et donc ça, je pense que c'est hyper exigeant de ce point de vue-là. Et après, le deuxième frein, je pense, qui est commun à n'importe quel métier, c'est les humains. On reste quand même une communauté humaine avec plein de nationalités différentes. Et donc, créer, permettre à ce collectif de bien fonctionner, d'être fluide, de permettre à chacune de s'épanouir, de répondre aux aspirations de chacun. Chacune, parce que tu te rends compte que chaque salarié que t'as, elle n'a pas les mêmes leviers de motivation, elle n'a pas les mêmes aspirations dans la vie. Et donc avoir cette posture d'employeur où tu essaies de faire grandir chacune, de répondre aux aspirations de chaque personne, régler les conflits interpersonnels, etc. Ça, je trouve ça, c'est d'une complexité sans nom.
- Speaker #0
Je confirme. Est-ce que tu peux nous expliquer les spécificités d'une entreprise sociale et solidaire ? est... E-S-U-S-U-S ?
- Speaker #1
Nous, notre spécificité, c'est qu'on a la créativité limitée, c'est-à-dire que ce n'est pas notre but premier. Notre but premier, c'est notre impact social et c'est inscrit dans nos statuts. Et donc, ce qu'on cherche avant tout, c'est de pouvoir contribuer à l'inclusion des personnes, donc des femmes réfugiées et immigrées dans la société. Et donc, notre activité traiteur, c'est un moyen pour répondre à cet objectif. Ce n'est pas la finalité. Et donc... Dans nos statuts, il y a un certain nombre de choses qui sont inscrites. Par exemple, la gouvernance partagée et démocratique, le fait que le plus haut revenu ne peut pas être plus de cinq fois supérieur au plus bas revenu dans l'entreprise. Il y a un certain nombre de principes. Alors là, je n'ai pas révisé, donc je ne sais plus exactement toutes les composantes, mais ça en est guidé en priorité par notre impact social.
- Speaker #0
Et est-ce que tu as des freins liés à ça ? Le fait d'être ESS, ça t'amène des freins que tu n'avais pas vu venir ou pas du tout ? Tu es plutôt libre de faire ce que tu veux ?
- Speaker #1
Là, je ne les identifie pas. Moi, c'est plus une exigence morale et éthique qu'on se fixe nous-mêmes d'équilibrer performance économique et impact social. Et ça, c'est plus l'ADN, le cœur du projet qui est très contraignant.
- Speaker #0
Et j'ai vu que tu avais une entreprise, donc c'est une SARL à capital variable.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
C'était quoi l'idée derrière ça ? Est-ce que c'est utile ?
- Speaker #1
Enfin, on n'en fait rien de spécifique.
- Speaker #0
J'ai vu que vous avez 2000 euros de variabilité sur la capitale.
- Speaker #1
Je suis sûre que je n'avais même plus ça en tête. Je pense qu'au début de Marie Curie, on a créé une SAS et le jour où on a commencé à se rémunérer, on l'a transformée en SARL pour que ça soit... ça nous coûte moins cher. Et basta. Ça a été, je pense, la seule raison. Je pense que c'était d'avoir l'outil juridique, la forme juridique la plus simple à utiliser et qui allait nous poser le moins de problèmes pour développer le projet.
- Speaker #0
Mais l'idée du capital variable, c'était le fait de vous dire qu'on se garde la possibilité de faire rentrer des clients au capital ou que sais-je.
- Speaker #1
Oui, complètement.
- Speaker #0
Mais vous ne l'avez pas poussé.
- Speaker #1
Non, pas du tout. Je pense qu'il y a le sujet d'aujourd'hui, on est à 50-50 avec Sandrine, mais on se lasse la possibilité de faire évoluer son envie d'évoluer. Et en même temps, le fait qu'on ne soit que toutes les deux dans l'entreprise, ça nous permet d'être... En fait, nous, on sait pourquoi on a créé le projet, on a des valeurs hyper fortes et on a hyper confiance l'une pour l'autre de jamais dévier de cet objectif-là. En fait, tant qu'on n'a fait rentrer personne, on sait que le projet ne va pas être...
- Speaker #0
Il ne va pas être chahuté. Oui, exactement.
- Speaker #1
Je pense que c'est ça.
- Speaker #0
Le monde associatif est en train de souffrir terriblement en ce moment. Comment est-ce que vous faites pour arriver à survivre dans un monde relativement hostile ?
- Speaker #1
C'est vrai qu'il y a un mois, j'ai appris la fermeture d'une asso à Bordeaux. Ça m'a foutu un coup au moral énorme. C'est une asso, je pensais qu'elle serait là encore pendant 20 ans, qui pour moi fait partie de ces assos hyper importantes du territoire. Et là, on vient d'apprendre il y a quelques jours qu'on a obtenu les financements qui nous permettraient de boucler l'année 2026. Et donc, d'apprendre ça en juillet, je suis ravie parce que ça m'est déjà arrivé d'être au mois de décembre et de ne pas savoir comment j'allais finir l'année au niveau de l'assaut. Donc, on arrive à faire quand même de mieux en mieux au niveau du budget, mais c'est quand même hyper angoissant. Comment on fait ? On a eu la chance d'obtenir un très beau financement européen sur ces deux dernières années, qui a été un vrai tremplin pour nous pour créer des emplois. On arrive tous les ans à trouver des financeurs assez structurants, mais c'est quand même une bataille tous les ans et on y passe énormément de temps.
- Speaker #0
Mais c'est quoi ? C'est du mécénat ?
- Speaker #1
Beaucoup de subventions publiques. Et donc c'est beaucoup de rendez-vous, beaucoup de temps de rédaction de dossiers pour s'assurer de ces financements-là. Là, on suit une formation qui est financée par un DLA, un dispositif local d'accompagnement sur le mécénat pour vraiment monter en compétence parce que c'est assez complexe. Et là, on vient aussi de vendre une prestation de formation à la ville de Mérignac. C'est une espèce de pré-incubation pour des femmes qui résident à Mérignac dans des quartiers prioritaires de la ville. Et donc, notre savoir-faire qu'on a développé ces dernières années, là, on le vend en tant que prestataire de service à la ville de Mérignac.
- Speaker #0
Avec l'association ?
- Speaker #1
Oui, avec l'ASSO. Ce qui nous permet vraiment de diversifier nos ressources entre mécénat, subvention publique et... et un petit peu de prestations de services. En fait, on nous demande de plus en plus de diversifier nos ressources. Et en fait, on nous demande de plus en plus à ressembler à des entreprises, donc de vendre des produits et des services. Et c'est quand même hyper problématique, parce que du coup, ça nous dévie complètement de notre action sociale. On passe vachement de temps à réfléchir à comment on va se financer, comment on fait rentrer de l'argent. Et du coup, c'est du temps qu'on ne met pas sur le terrain à faire ce pour quoi on a créé l'association. Et donc, Nous, on s'estime très heureuse aujourd'hui d'avoir un budget 2026 qui est bouclé. Et à la fois, on est en permanence en inquiétude de se dire, 2027, comment on va le boucler ? 2028, comment on va le boucler ? Et les signaux, ils sont quand même hyper négatifs sur les budgets qui sont alloués à l'ESS. Et même au-delà, même juste de l'asso Marie Curie, moi, je suis hyper inquiète pour la société de se dire, je pense que les gens ne se rendent pas compte de ce que ça va signifier en termes de liens sociaux, de culture, de sport, de citoyenneté et de droit. Pour tous les gens, en fait, parce que les assos, elles sont toutes en train de disparaître. Il y a énormément d'emplois qui ont été supprimés cette année. De voir ça en France, en fait, c'est quand même hyper inquiétant pour la société. De toute façon, il y a tellement de sujets en ce moment qui sont très complexes. Mais c'est vrai qu'au-delà même, moi, de Marie Curie, j'ai hyper peur pour les années à venir, de voir tous ces assos qui ferment et du coup, tous ces sujets-là. qui vont passer en second plan.
- Speaker #0
Et de ton côté, toi, sur ton point de vue entrepreneurial, ton parcours, est-ce que tu es satisfaite de ton impact à ce stade ?
- Speaker #1
Je suis hyper heureuse et je pense que je peux le dire parce que je ne suis plus moi sur le terrain au quotidien dessus de ce qu'on a créé au niveau de l'assaut, de la formation. Je trouve que les filles font un travail qui est incroyable dans l'accompagnement des femmes qu'on forme. C'est hyper qualitatif aujourd'hui. donc je suis hyper fière de ce qu'on fait. Après, on sait qu'on pourrait toujours faire mieux et on sait déjà ce qu'on aimerait créer en plus pour renforcer l'impact. Au niveau de l'entreprise, où moi, je gère plus au quotidien, je vois plus tout ce qui ne va pas que ce qui va. Il y a plein de sujets où je sais qu'au niveau développement de l'entreprise, sécurisation financière, on n'est pas très bonne. Et donc, sur les conditions de travail qu'on propose à nos salariés, je suis très loin de l'idéal que j'aimerais atteindre. Sur tous les process commerciaux, com, etc. Vraiment, le back-office, je sais qu'il y a plein de choses où j'aimerais qu'on soit meilleur. Mais je pense que ça, c'est le propre de... Enfin, on voit plus ce qui ne va pas, ce qu'on aimerait améliorer plutôt que ce qui fonctionne bien et les choses qui fonctionnent. Après, quand on prend le temps de réfléchir à tout ce qu'on a créé en 5 ans, quand même. Oui, c'est... C'est pas mal. On est parti de zéro et maintenant on est une quinzaine de personnes. Déjà rien que ça, c'est cool.
- Speaker #0
Surtout dans les ESS, ce n'est pas non plus un marché à hyper croissance.
- Speaker #1
Oui, ça c'est clair.
- Speaker #0
Est-ce que tu te rendais compte de la taille de l'ampleur du boulot ? Que t'allais abattre ou pas ?
- Speaker #1
Pas du tout, parce que j'avais jamais créé de projet de zéro. À refaire, je suis pas sûre que je le referai.
- Speaker #0
Ah ouais ?
- Speaker #1
Ah ouais. Je regrette rien, mais ça a été beaucoup de galères, beaucoup d'investissements physiques et émotionnels. C'est quand même épuisant, ça a été épuisant à faire. Donc je ne suis pas sûre, si j'avais su, je ne l'aurais peut-être pas fait. Encore une fois, je ne le regrette pas aujourd'hui, je ne le refais sûrement pas différemment, mais c'est quand même un investissement qui est fort, parfois trop fort je trouve. Je sais qu'il y a des moments avec le syndrome, on ne sait pas si ça en vaut la peine parfois, en termes de santé. Physique, épuisement moral, tu te dis, toi en tant qu'entrepreneur, tu prends quand même hyper cher. Quand tu vois les photos d'il y a 5 ans, tu te dis, même physiquement, tu prends un petit coup de pelle quand même.
- Speaker #0
Et Marie Curie disparaît pour une raison X ou Y, ou quelqu'un reprend le flambeau, tu ferais quoi ?
- Speaker #1
Aucune idée. J'ai plus la certitude, la conviction que Marie Curie me survivra. Et que je serais ravie d'ailleurs de transmettre un jour, parce que j'ai vraiment zéro question d'ego là-dessus. Tu vois, moi au début, je voulais proposer à Meet My Mate de créer l'antenne à Bordeaux. Moi, je n'avais aucun sujet de moi créer ma propre entreprise, mon propre...
- Speaker #0
Capitalistiquement investie dedans.
- Speaker #1
Ah ouais, c'était vraiment... Je voulais bosser dans la cuisine, je voulais oeuvrer pour les droits des femmes. Le faire par moi-même ou pour d'autres, je m'en foutais. Comme aujourd'hui, si je dois transmettre à quelqu'un qui permettra... Nous, on a fait le projet de 0 à 1. Si quelqu'un peut l'emmener de 1 à 10 et que ce n'est pas moi, ça me va très bien. Donc pour le coup, le côté de la pérennité du projet, la survie, c'est hyper important pour moi. Ça, j'en suis sûre. Moi, si j'arrêtais, ce que je ferais derrière, je n'en ai aucune idée. Et autant, je n'ai jamais... voulu être dirigeante ou entrepreneur. Autant maintenant que je l'ai été, je pense que c'est très dur de penser à un après.
- Speaker #0
De revenir en arrière. Oui,
- Speaker #1
de revenir en arrière. J'ai aucune vision nette pour la suite.
- Speaker #0
Quelle a été la période la plus difficile émotionnellement depuis la création ?
- Speaker #1
Je pense que la période la plus dure, ça a été un post-partum parce que j'ai eu mon fils en 2024. Et ça, ça a été un sacré tsunami parce que les premiers mois ont été très très difficiles. Comme beaucoup de parents, je ne dormais vraiment pas du tout. Et la reprise du travail a été d'une violence, je trouve, sans nom. Parce qu'on n'a aucun soutien, en fait. On n'a aucun soutien. Et que quand on gère une boîte, en fait, on ne peut pas se permettre de prendre un congé trop gros. Et donc, il faut reprendre le boulot, en fait. parce que mon associée, elle m'attendait. Elle ne m'a pas mis de pression à revenir, mais je n'avais pas envie de la laisser toute seule trop longtemps. Il y avait des salades, etc. Et ça, pour le coup, mon postpartum, je l'ai raté en partie parce que je suis revenue trop tôt au travail. Et du coup, j'ai été épuisée mentalement, moralement. Et j'ai des énormes trous noirs de cette période. Je ne dormais tellement pas qu'il y a ces mois-là, il y a des parties entières, je ne me souviens pas de ce que j'ai fait. J'ai intellectuellement, j'étais complètement diminuée. Je ne retenais plus rien si je ne prenais pas en note, je ne retenais pas ce qu'on me disait. Et ça, ça m'a beaucoup affectée aussi de me dire, intellectuellement, je suis hyper diminuée en fait. Je suis beaucoup moins vive, je suis beaucoup moins performante. Je n'ai pas envie d'être au travail parce que je suis épuisée. Je n'ai pas envie d'être à la maison parce que j'ai envie de faire autre chose que de m'occuper de mon bébé toute la journée. Et tu es dans un entre-deux qui est hyper violent. et je pense que tu... Il faut apprendre à se créer une nouvelle place. Et ça, c'était hyper dur. Et là, je suis sortie de cette période, de ce long tunnel, mais qui a duré, je pense, au moins un an et demi. Et quand tu es dedans un an et demi, c'est très, très long. C'est hyper long. Oui, c'est hyper long.
- Speaker #0
Qu'est-ce que tu aurais dû faire autrement ?
- Speaker #1
J'aurais dû m'arrêter beaucoup plus tôt, parce que je me suis arrêtée beaucoup plus tard. Je ne me suis pas écoutée. Et du coup, je n'ai pas eu de congé maternité avant d'accoucher. Donc, je ne me suis pas du tout reposée. Et donc ça, ça a été... On nous les donne ces conseils-là avant, mais évidemment, je ne les ai pas écoutés. Et donc ça, c'était hyper dur. Et je pense que j'aurais pris plus de temps pour me reposer.
- Speaker #0
Avant ?
- Speaker #1
Oui, avant et après. Mais je pense que parfois, on pense qu'on peut tout endurer, qu'on est résilient. Et en fait, on ne l'est pas. On ne prend pas soin de soi, on n'est pas un cadeau pour ses associés, pour ses salariés ou pour sa boîte. Mais ça on l'apprend, je pense qu'on l'apprend toujours en se cassant un petit peu les dents. Ouais,
- Speaker #0
c'est clair. Ok. Ça donne envie de faire des propos. Mais tu vois, je trouve qu'on n'en parle pas assez. Pour côtoyer un certain nombre de femmes chefs d'entreprise, maman ou pas maman, c'est un vrai sujet. C'est comment est-ce que tu arrives à allier et à trouver l'équilibre entre tout ça.
- Speaker #1
parce que ça fout quand même un sacré bordel ouais c'est hyper dur et puis après te dire t'es plus maîtresse de tes horaires faut quitter le travail moi je dois quitter le travail à 17h30 parce que la crèche elle ferme un peu avant 18h bah tu sais avant tu quittais le bureau entre guillemets quand tu voulais parce que t'avais fini ce que t'avais envie de finir etc et là tu dois tout faire entrer dans un mouchoir de poche donc t'es jamais complètement satisfait de tout ce que t'as pu donner au travail Merci. Tu n'es jamais complètement présent à la maison aussi. Et ça, c'est hyper difficile, je trouve, à naviguer. Et après, il y a des mois où je retravaillais le soir après avoir couché mon fils. Et tu t'épuises, parce que tu n'as pas le choix, parce que parfois, tu as des coups de bourre et tu sais ce que c'est, tu n'as pas le choix. Mais c'est un épuisement physique qui est vraiment très difficile.
- Speaker #0
Qu'est-ce qui te passionne le plus dans ce que tu fais ?
- Speaker #1
Qu'est-ce qui me... passionne le plus ? Ça dépend des moments. Je pense que un des sujets qui... Ce que j'aime beaucoup, c'est toute la courbe d'apprentissage que j'ai eue moi-même. Je me dis, en fait, il y a cinq ans, je ne savais vraiment rien faire. Et là, parce qu'on en parlait tout à l'heure, mais en fait, tu dois apprendre à faire plein de choses par toi-même. Et ça, pour moi, c'est génial, en fait, d'apprendre, de monter en compétence, etc. Donc ça, c'est un levier de motivation qui est hyper fort chez moi. Ce qui me passionne aussi, c'est... Enfin, ce que j'adore, c'est de bosser avec les gens avec qui j'ai choisi de bosser. Et donc ça, c'est trop chouette. Et parfois, te dire quand tu vois tout le monde bosser ensemble et bien travailler ensemble, ça, c'est un plaisir infini. Et malgré tout, je reste passionnée de cuisine, de gastronomie. Et donc, c'est trop chouette, tu vois, de découvrir à toutes les familles qui ont bossé leur cuisine. de déguster ce qu'elles font, de réfléchir à la carte qu'on va faire, de proposer à nos clients toute cette gastronomie-là, ça reste trop chouette. J'ai quand même de la chance d'avoir un métier aussi qui est la nourriture. La majorité des gens aiment ça et c'est un sujet qui est hyper passion pour beaucoup de gens, même s'ils n'en font pas leur métier, donc ça c'est quand même hyper chouette. Qui est hyper vendeur en plus, donc ça c'est cool.
- Speaker #0
On s'est rencontré dans le cadre du CJD, le club des jeunes dirigeants. Il me semble, quand tu as postulé, tu évoquais le fait que tu cherchais à échanger avec des pairs entrepreneurs pour sortir du monde de l'association, de l'associatif, on va dire. Qu'est-ce que tu en retiens ?
- Speaker #1
Du CJD ?
- Speaker #0
De fait d'échanger plus avec des chefs d'entreprise,
- Speaker #1
dans le cadre du CJD ou non. Oui, déjà ça fait vraiment prendre un pas de côté et donc ça c'est hyper chouette, c'est-à-dire qu'en échangeant avec des personnes qui ne sont pas du tout de mon secteur et de mon monde, T'as des points de vue, t'as des changements de paradigme qui te font voir les choses de manière complètement différente et ça c'est hyper riche. Ce qui était chouette cette année c'est que j'avais une commission qui avait lieu tous les mois avec un même groupe de personnes. Et à chaque mois tu fais un peu un point météo. Ça me permettait de voir dans l'année la progression aussi de mon année, de me rendre compte chaque mois en fait ce qui avait avancé, ce qui était compliqué, etc. Et puis d'être dans un espace non jugeant. Parce qu'en fait, en face de toi, tu as des personnes qui vivent les mêmes problématiques, qui se posent les mêmes questions, qui ont parfois le même épuisement. Et ça, c'est hyper enrichissant. Ça fait vachement de bien aussi. Et je trouve que là, du coup, j'ai rencontré des entrepreneurs dans des secteurs d'activité ou qui ont des profils que je n'aurais jamais rencontrés autrement. Et je trouve que la diversité, elle est hyper riche et importante. Même si je ne partage pas forcément leurs points de vue, leurs opinions, leur manière de faire du business, quoi qu'il arrive, je pense que c'est hyper riche parce que ça t'amène à te questionner toi-même sur tes pratiques, encore une fois, faire un pas de côté. Et donc, c'est juste ça pour le coup, ça m'a beaucoup apporté cette année. Je repars sur une deuxième année derrière avec eux.
- Speaker #0
Est-ce qu'il y a des tips que tu as appliqués ? Des bonnes astuces. Moi, je picore beaucoup quand j'échange. Et ça, c'est pas mal. Je vais essayer de le mettre en place pour voir.
- Speaker #1
J'ai du mal à faire ça, moi. J'ai du mal à prendre le temps de me dire que c'est une bonne astuce, je vais l'implémenter dans ma boîte. Je pense peut-être que je manque un peu de structure ou de temps pour mettre en place des process. Ce que ça m'apporte le plus, c'est plutôt des sujets de réflexion et des cheminements sur comment faire grandir le projet. je pense que la... Le plus grand apport pour moi cette année du CJD, on a eu une conférence de Anaïs Georgelin, si je ne me trompe pas, sur le management et sur aujourd'hui ce qui meut les salariés. Elle a déconstruit plein d'idées conçues sur aujourd'hui ce que recherchent les gens dans le travail, ce qui les motive, etc. Et j'ai trouvé ça hyper puissant, hyper riche. Et tu vois, j'ai tout de suite acheté son livre. Je me suis dit, c'est trop bien, je vais mettre en place. Tout ce qu'elle a recommandé, etc. Je pense que j'ai lu 5 pages de son livre et ça fait 8 mois que c'est sur mon bureau. J'ai vachement de mal, en fait, moi, à prendre du temps pour me dire je vais me former sur des outils, je prends le temps de me renseigner, je prends le temps de les mettre en place. Je me laisse vachement bouffer par les urgences opérationnelles du quotidien et je vais les mettre de côté quand il y a des gros dossiers de financement ou des choses comme ça en jeu. Mais sinon, prendre, enfin, tu vois, faire ce recul de...
- Speaker #0
Il faut se libérer du temps.
- Speaker #1
Ouais, et ça, je sais pas si toi t'y arrives, mais moi j'ai vachement de mal à le faire.
- Speaker #0
Moi, je place des créneaux dans mon agenda pour justement réfléchir à des nouveaux logiciels qu'on peut mettre en place, des nouvelles pratiques, des nouvelles lettres de mission, etc. J'ai une matinée, en théorie toutes les semaines, mais c'est plutôt toutes les deux semaines, pour l'amélioration continue, c'est comme ça que je l'appelle. Et déjà, je suis pas au travail, je suis chez moi. J'ai un bureau chez moi qui est dédié à la réflexion avec des tableaux, des machins, un paperboard et j'ouvre pas le PC.
- Speaker #1
Ah oui, ok.
- Speaker #0
Ouais parce que tu ouvres le PC, tu fais des mails.
- Speaker #1
Oui non mais c'est clair. Moi j'ai un créneau, j'ai souvent des créneaux, j'en ai 2-3 heures sur des sujets un peu comme ça. Et chaque semaine, chaque vendredi, ça arrivait, je les déplaçais de jour en jour, puis hop je le replace la semaine prochaine. Non moi je me le fixe,
- Speaker #0
mais pas le vendredi parce que le vendredi t'as envie de finir la semaine pour partir en week-end. Moi c'est le jeudi matin moi.
- Speaker #1
Ah oui, c'est pas con ça. Mais moi j'y arrive pas. Et en fait, effectivement, moi l'email, je me laisse bouffer par ça, par les appels, par les messages WhatsApp et tout.
- Speaker #0
Moi je coupe le téléphone, je coupe l'email. Je suis pas joignable le jeudi matin en théorie, pour réfléchir, travailler, tester des nouveaux outils, notamment avec l'IA, etc. Je teste plein de trucs. Parfois ça sert à rien, parfois ça sert. Mais au moins, on essaye d'améliorer. Quel conseil tu donnerais à quelqu'un qui souhaite se lancer dans l'entrepreneuriat ?
- Speaker #1
Je pense que le meilleur conseil, c'est un peu cliché, un peu bateau, mais c'est de mettre les mains dedans et d'y aller. Je pense qu'il y a beaucoup de gens qui attendent, et je pense que j'ai pu l'avoir aussi, d'avoir un produit, un service parfaitement peaufiné, etc. Et je pense qu'il n'y a rien de mieux que le test du terrain pour rendre ça parfait et le peaufiner justement et qu'à un moment il faut y aller. Et il ne faut pas attendre de se sentir légitime pour le faire ou que le truc soit carré.
- Speaker #0
Est-ce que le conseil serait différent pour une ESS ?
- Speaker #1
Je pense encore moins parce que quand on part de ce qu'on pense avoir identifié comme un besoin social ou de terrain, Il y a ce qu'on pense avoir identifié, ce qu'on imagine comme solution pertinente, mais à un moment, il faut le tester, il faut l'éprouver, il faut échanger avec les bénéficiaires. Je pense qu'on a mis cinq ans à avoir une formation qui est vraiment aujourd'hui, qui ne restera jamais parfaite, mais qui est, je pense, vraiment quali, adaptée aux besoins des femmes qu'on accompagne. Ça, il n'y a que la force du temps, l'expérience du retour terrain qui te permet de le faire.
- Speaker #0
Est-ce que tu as un objectif final ?
- Speaker #1
Est-ce que j'ai un objectif final ?
- Speaker #0
Genre un moment de consécration, tu te dis là, ça y est, j'ai fait ma mission.
- Speaker #1
Waouh ! Je pense que mon... Mon objectif, qui me semble inatteignable, c'est la sérénité. Je suis quelqu'un de très anx... Je suis très anxieuse. Je culpabilise vite pour des choses que j'aurais pas assez bien faites, etc. Et je passe beaucoup de temps, je pense, à me triturer le cerveau. pour ça et je discutais avec un entrepreneur du CJD qui m'a dit, qui me racontait des choses qu'il avait vécues, je me dis mais moi genre ça m'aurait tué quoi de vivre ça, il me dit mais moi au bout d'un moment ça glisse quoi et moi ça j'ai vachement de mal à faire en sorte que les choses me glissent dessus et donc ça je pense que... Je pourrais bien sûr te parler de l'impact qu'on a envie d'accomplir, etc. Mais je pense qu'on en a déjà pas mal parmi elles. Mon objectif, je pense, en tant que dirigeante, c'est d'attendre un stade de sérénité où je suis en capacité de développer le projet, prendre des décisions, complètement déchargée de sentiments de culpabilité, d'émotionnel, de peur de mal faire. Ça, je pense que ça serait mon... Mon objectif personnel, en termes de développement personnel.
- Speaker #0
Et tu vois Marie Curie où dans 10-15 ans ?
- Speaker #1
Dans 10-15 ans, je ne m'y vois pas forcément, moi, encore à la tête. En revanche, j'aimerais beaucoup que ce qu'on a créé à Bordeaux, ça puisse soit bénéficier à d'autres porteurs de projets dans d'autres villes, dans d'autres pays, soit que nous, on arrive à être... porteuse d'autres unités Marie Curie, parce qu'on répond quand même à un... C'est quand même très local, très territorial ce qu'on fait. On fait du social. Et du coup, je pense que ça aurait vocation à exister dans d'autres endroits pour accompagner des femmes qui ne résident pas à Bordeaux, tout simplement. Et parce que je pense que... On a tout à gagner de la diversité culinaire et culturelle de ce qu'on propose. Et donc, j'aimerais vraiment qu'on puisse sortir du territoire bordelais de la région de l'Aquitaine.
- Speaker #0
Dernière question. Si tu pouvais parler à la Élise de 2019-2020, qu'est-ce que tu lui dirais ?
- Speaker #1
Bon courage !
- Speaker #0
Ok, merci beaucoup. Merci à toi. Je remercie Thibaut Dupieris pour le montage et les équipes de conseil finance et transmission pour leur soutien sur cette belle aventure. N'hésitez pas à nous contacter pour nous suggérer des invités ou des thèmes que vous souhaitez aborder. Ce projet n'est pas seulement le mien, je tiens à ce qu'il évolue avec ses auditeurs.