- Speaker #0
Madame, mademoiselle, monsieur, bonsoir. Et bienvenue chez La Pérouse, Stéphane Degrote, je suis très heureux de vous recevoir pour la première fois.
- Speaker #1
Moi aussi.
- Speaker #0
C'est bientôt Noël et j'ai un cadeau pour vous. J'ai une barbe blanche comme le Père Noël et mon cadeau s'est offert par... le parrain de cette émission, les éditions Assouline. Je sais que vous êtes un pilote de course, vous aimez les voitures anglaises parce que vous avez du goût. Et les éditions Assouline publient ce troisième ouvrage consacré à James Bond, ils en avaient fait deux autres, mais là c'est sur les voitures et les véhicules de tous les films, ayant moi-même grandi dans une Aston Martin DB6, oui mon père avait cette voiture.
- Speaker #1
C'est ça votre côté carrossé ?
- Speaker #0
Tout à fait, merci. Bref, c'est un livre vraiment magnifique qui fait rêver. et qui est un très beau cadeau de Noël pour vous. Joyeux Noël. Merci,
- Speaker #1
joyeux Noël Frédéric. Je ne le dépale pas tout de suite.
- Speaker #0
Vous pouvez l'ouvrir si vous voulez. J'en profite pour annoncer qu'au printemps prochain, Assouline va faire un livre sur la Pérouse. Ah bon ? Il sera aussi long que celui-ci ? C'est moi qui écris le texte, oui. Où trouvez-vous le temps Frédéric ? Il y aura votre photo dedans. Ça parle de vous beaucoup.
- Speaker #1
Ah bon ? Je suis très honoré.
- Speaker #0
Voilà. Bien. Donc, bonsoir Stéphane. Oui, rebonsoir Frédéric. Vous publiez déjà votre septième livre. Les gens croient que vous êtes un acteur. Alors que vous êtes un pilote de course et un écrivain.
- Speaker #1
Alors je ne me considère pas du tout comme un écrivain. Alors vous allez me dire pourquoi... Qu'est-ce qui fait la différence entre quelqu'un qui écrit et un écrivain ?
- Speaker #0
Qu'est-ce qui fait la différence entre quelqu'un qui écrit et un écrivain ?
- Speaker #1
Très bonne question Frédéric. Je pense que c'est un écrivain, c'est quelqu'un qui gagne véritablement sa vie en écrivant. Donc c'est le métier principal. C'est pas parce que vous faites la cuisine que vous êtes un cuisinier.
- Speaker #0
Exact.
- Speaker #1
Je pense que c'est ça. Mais,
- Speaker #0
vous êtes devenu célèbre... En lisant vos propres textes à la télévision. Jusque-là, je ne me trompe pas.
- Speaker #1
Non. Alors c'est très bien dit... C'est vous qui écriviez vos chroniques ? Oui, oui, bien sûr que c'est moi qui les écrivais. Ah,
- Speaker #0
donc vous êtes un auteur alors. Vous n'êtes pas un écrivain mais vous êtes un auteur.
- Speaker #1
Voilà. Je préfère ce terme.
- Speaker #0
Très bien.
- Speaker #1
Il est plus juste.
- Speaker #0
Je vais vous demander quand même pendant l'heure d'émission de ne pas me contredire systématiquement à chaque question.
- Speaker #1
Pourquoi ?
- Speaker #0
Ça va être compliqué. Vous aviez un trouble de l'attention dans votre enfance. Mais pas là, là je vous écoute. Et je voulais savoir si vous étiez complètement guéri. Parce que là justement, là je vois que vous aimez quand même, vous aimez interrompre.
- Speaker #1
C'est la digression peut-être plutôt.
- Speaker #0
Non mais c'était vraiment diagnostiqué sérieusement ?
- Speaker #1
Non, c'était diagnostiqué
- Speaker #0
TDAH. C'est initial de quoi ?
- Speaker #1
De ça va pas bien.
- Speaker #0
Très bien. Et qu'est-ce que... Non mais, vous n'arriviez pas à vous concentrer ?
- Speaker #1
Je ne savais pas ce que j'avais. Je pensais que j'étais agité, que je n'étais vraiment pas fini, ou que rien ne m'intéressait, ou que j'étais tout simplement très con, parce que je ne comprenais pas ce qu'on me disait. Vraiment. Et je pense que ce n'était pas inexact, d'ailleurs. Puisque je ne pouvais rien apprendre. J'étais forcément moins instruit que les autres. Ça, c'est toujours le cas. Donc, je ne pouvais pas me concentrer plus de trois minutes sur quelque chose. Enfin, sur quelqu'un, oui.
- Speaker #0
Mais là, ça va être difficile pendant une heure de discussion. Je fais un effort.
- Speaker #1
Mais comme je vous aime beaucoup...
- Speaker #0
Ah, merci.
- Speaker #1
Je m'applique.
- Speaker #0
Non, mais blague à part, comment on fait pour jouer au théâtre en apprenant un texte et en jouant des pièces de théâtre tous les soirs sur scène ? Quand on est incapable d'apprendre un texte.
- Speaker #1
Alors c'est pas pour vous contredire, mais je ne l'apprends pas tous les soirs. Donc elle est apprise une fois pour toutes, la pièce, parce que vous venez de dire que je l'apprends tous les soirs. Non. Vous devez réciter votre texte. Ne m'engueulez pas Frédéric. Mais vous pouvez le frapper. J'y suis pour rien. Le truc, c'est qu'effectivement, je ne pouvais rien retenir, je ne pouvais rien faire, mais à côté de ça, quand quelque chose m'intéressait, me passionnait, j'étais très concentré sur la chose. apparemment le syndrome du TDAH quand ça le concerne enfin quand ça concerne quelque chose d'intéressant il se concentre c'est vrai que cet livre c'est beaucoup pour un dyslexique parce que vous étiez aussi dyslexique oui oui j'ai la totale alors pour remettre les choses de nouveau dans le droit chemin en mémoire de mes souvenirs aux éditions de l'Observatoire je ne sais plus si je l'ai montré si si c'est la troisième fois mais moi je suis ravi s'il y a un quatrième j'aurais tendance à vous dire vous ne l'avez pas encore montré c'est peut-être moi
- Speaker #0
qui est un trouble de la mémoire immédiate. C'est notre trouble.
- Speaker #1
Un trouble en plus, vous voulez dire ? Je trouve ça assez rassurant d'avoir des troubles.
- Speaker #0
Le poisson rouge qui tourne dans son bocal et qui croit qu'il arrive pour la première fois au sud du bocal.
- Speaker #1
Oui, exactement.
- Speaker #0
Revenons à votre dyslexie enfantine.
- Speaker #1
S'il vous plaît. Oui, alors c'est bon.
- Speaker #0
On écrit des livres alors qu'on est dyslexique ? Non, alors je vais vous dire un truc. Quelle est cette arnaque ?
- Speaker #1
Je vais vous dire un truc, c'est que, il faut être très très objectif, j'ai écrit plusieurs livres, je considère que celui-ci c'est le premier vrai livre. Puisque je raconte une histoire, parce qu'il y a une narration, parce qu'il y a un contexte, il y a un propos, il y a un livre autobiographique,
- Speaker #0
un livre de mémoire, de souvenirs et c'est vrai, je vous le confirme, c'est peut-être votre premier livre. Voilà, c'est mon premier vrai. qui n'est pas juste fait de chroniques ou d'aphoristes. Ou de pensées,
- Speaker #1
exactement. Donc disons que c'est mon premier livre et j'en ai fait six auparavant pour accoucher de celui-ci. C'est peut-être aussi pour ça que je ne me considère pas comme un romancier ou écrivain.
- Speaker #0
Vous êtes un jeune romancier, débutant. Voilà, j'aime bien cette idée. Vous refusez de faire une thérapie, vous dites ça dans le livre, vous refusez de faire une thérapie. Alors donc quand on a autant de problèmes, pourquoi refuser de demander de l'aide ?
- Speaker #1
Parce que je ne trouve pas si mal d'avoir des problèmes, ça me permet de me soigner. C'est bien de prendre soin de soi et de... Et d'avoir une activité qui est censée nous amener vers quelque chose de meilleur. Mais comme assez vite je me suis bien entendu avec moi-même, puisque je ne m'entendais pas vraiment avec les autres, enfin les autres ne s'entendaient pas bien avec moi, j'ai dû me trouver un associé, un collègue, copain complice et très vite je me suis trouvé assez à l'aise avec moi même là dedans ce n'est pas la prétention non mais du coup je me suis construit avec avec l'autre c'était dire avec moi tous les deux on s'est construit une carapace un univers singulier et donc j'ai eu peur de le confier à quelqu'un une tierce personne si on allait être trois ce qui fait beaucoup personnes en est normal. les interstices avec de l'or, une décoration. Et en fait, à l'arrivée, ce vase est plus joli que le vase tout propret, tout beau.
- Speaker #0
Vous avez mis du temps à vous accepter et à vous aimer. C'est ça que raconte le livre, tout à fait. Oui,
- Speaker #1
et je n'avais pas envie de confier ce vase de travers à quelqu'un qui allait soi-disant le remettre droit.
- Speaker #0
Bien sûr, mais... J'ai appris énormément de choses sur vous en lisant ce livre. C'est vrai, c'est un livre très intime, très personnel. Je suis désolé. Comme à Justine Lévy que j'ai reçu, je suis désolé parce que je vais vous poser des questions indiscrètes.
- Speaker #1
S'il vous plaît, je suis là pour ça.
- Speaker #0
Très bien. Vous êtes enfant de divorcés. Est-ce que c'est la cause de tous vos mots MAUX ou de vos mots MOTS ?
- Speaker #1
tous les enfants qui ont des parents divorcés, a priori c'est quelque chose qui n'est pas forcément très agréable. Mais à l'arrivée, ça m'a permis aussi de voir un couple qui ne fonctionne pas, qui ne s'aime pas. et puis après ma mère s'est remariée j'ai vu ce que c'était que l'amour au sein d'un couple. J'ai compris pourquoi un homme et une femme pouvaient rester ensemble pendant 1000 ans. Et j'ai trouvé ça assez merveilleux. En fait à l'arrivée j'ai trouvé ça très bien avec mes parents en divorce parce que ma mère a rencontré l'amour et m'a montré ce que c'était indirectement, ce que ça pouvait être que d'aimer quelqu'un de manière inconditionnelle tous les jours.
- Speaker #0
Votre père dirigeait Texaco en Belgique ? buvaient.
- Speaker #1
Mais pas de l'essence, ils buvaient de l'alcool.
- Speaker #0
Et votre mère s'occupait d'une école pour enfants handicapés.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Et à l'époque vous avez beaucoup grossi. Vous étiez harcelé à l'école, on se moquait de vous parce que vous étiez différent et tout ça. Et tout ça aussi c'était beaucoup... Je ne veux pas faire dans la victimisation, ça me passionne pas. Il y a des gens qui ont des vies bien plus malheureuses que les miennes. D'ailleurs vous ne le faites pas dans votre livre. c'est une enfance un peu spéciale et on va rentrer dans les détails mais c'est vrai que est-ce que vous pensez pas aussi par exemple quand votre père qui travaille chez Texaco vous emmène voir des courses automobiles qu'est-ce que vous avez envie de faire plus tard dans la vie pilote automobile et vous le faites pendant
- Speaker #1
10 ans ? trouvais assez formidable. Ça me faisait penser à des chevaliers des temps modernes, je trouvais que ça avait de la gueule. Et comme je ne me sentais pas forcément très bien déjà, je me suis dit « mais j'ai envie d'être dans la représentation, j'ai envie d'exister, que les gens me regardent en me disant « waouh, ils m'auraient amené à la NASA, voire le... » une fusée qui partait pour Saturne, je vous aurais dit, ben voilà, je voulais être astronaute. Donc c'était quelque chose d'assez flamboyant qui m'excitait.
- Speaker #0
Mais est-ce que c'est vrai que lui allait boire dans les bars et vous demandait à 11 ans de conduire la voiture pour le ramener ?
- Speaker #1
Oui. Donc déjà il m'avait appris à conduire dans le quartier, on était dans un quartier résidentiel à Bruxelles plutôt bourgeois, confortable et donc il n'y avait pas beaucoup de voitures donc j'allais sur ses genoux et puis après je n'allais plus sur ses genoux, j'étais seul au volant. 12-13 ans et puis comme il sortait moi j'étais le week-end chez lui et il buvait beaucoup donc trop que pour rentrer seul et donc je prenais le volant de la voiture et je le ramenais
- Speaker #0
Et vous ne vous êtes jamais fait arrêter était par la police ?
- Speaker #1
Je pense qu'il trouvait ça moins dangereux que je sois moins au volant que mon père.
- Speaker #0
Parce que comment tu expliques ça à la police ?
- Speaker #1
Parce qu'un jour, c'est lui qui a pris le volant, il avait été dans un bar un peu plus loin, beaucoup trop loin... Est-ce que c'était l'Archiduc ? Non ce n'était pas l'Archiduc parce que là on ne serait plus là du tout ! L'Archiduc !
- Speaker #0
À Bruxelles pour ceux qui connaissent l'Archiduc on embrasse l'Archiduc bien sûr ! Mais enfin c'est l'endroit où souvent le chanteur Arnaud se rendait. Ça donne une idée.
- Speaker #1
Ça donne une toute petite idée, et au poule vorde aussi. Voilà. Ça donne une deuxième idée, une petite indication. Et François Damiens. Oui. Comme ça on a vraiment des rapprochettes. On sait qui vide le bar. Non, il y a un jour, mon père a... il y a pas mal de tunnels à Bruxelles. Et en rentrant d'un bar, la voiture n'a pas pris la bonne route. Donc il a loupé son virage et on s'est retrouvé en bascule sur le tunnel à Bruxelles. Donc là, c'est pour ça que je vous dis que c'était moins dangereux.
- Speaker #0
Vous me profitez que c'était mieux si c'était vous qui conduisiez la voiture. Oui, voilà. Bon, alors, vous avez quand même été pilote de course pendant 15 ans, ça c'est vrai. Oui. De 1985 à 2000 tours en Formule 3000 et Porsche Cup.
- Speaker #1
Oui, j'ai fait toutes les disciplines pendant 15 ans. Mais au début, j'étais très mauvais pilote. De nouveau, c'était la représentation. Tout comme comédien plus tard. Je voulais être comédien parce que je croyais que c'était chouette. Mais j'étais très mauvais comédien. Je ne dis pas que je suis bon comédien aujourd'hui. Vous vouliez être aimé ? Je voulais exister. Donc, exister, c'est vouloir être aimé.
- Speaker #0
Ce qui est très bizarre, c'est que vous avez la vocation d'être pilote automobile en voyant Gilles Villeneuve se tuer à 32 ans.
- Speaker #1
Oui, parce qu'il fallait une des journaux. C'était pas tant que je voulais mourir. C'est que cette vie de risque et de flamboyance... et un métier sacré que tout le monde il y a une espèce de communion qui s'organise autour de ce genre de choses du sport, du spectacle comme celui-là et je trouve ça merveilleux que plein de gens le regardent l'honore à l'occasion de sa mort certes, mais il y avait un événement extraordinaire qui m'a complètement excité c'était pas la vitesse
- Speaker #0
Parce que vous dites : "J'étais un pilote lent." C'est embêtant. - Oui,
- Speaker #1
ça ne va pas ensemble. Un alcoolique sobre, ça ne fonctionne pas non plus. Donc oui, j'étais un conducteur rapide et un pilote lent.
- Speaker #0
Mais vous avez quand même en 15 ans gagné beaucoup de compétitions. - Après,
- Speaker #1
oui. Après, j'ai gagné des courses et je suis même devenu champion comme on dit. Mais au début, ce n'était pas du tout gagner sans jeu de mots. C'est un jour un pilote qui m'a dit : "Mais Stéphane, je ne comprends pas pourquoi avec cette voiture-là tu es le dernier." alors que tu es la même voiture que moi et que je gagne beaucoup de courses. Je dis mais je ne peux pas me l'expliquer. Il dit non, je vais te le dire. Sur un circuit, là sur ce circuit il y a 10 virages et tu es à une seconde des temps du premier en étant dernier. Ce qui veut dire que tu es par virage à un dixième du résultat. C'est un petit truc. Mais si tu penses à ce petit truc en plus à chaque virage, tu vas gagner une seconde et tu vas gagner des courses. Et ce petit truc en plus, ça m'accompagne encore aujourd'hui. Dans tout ce que je fais, dans tout ce que j'entreprends, j'essaie d'y mettre ce petit truc en plus. Un petit peu plus que les autres.
- Speaker #0
Je vais y penser pour mes préparations d'interview. Vous avez fait déjà pas mal de petits trucs en plus. Votre vie a quelque chose de surréaliste, c'est vrai. Par exemple, c'était les raviolis qui finançaient vos courses automobiles. Oui. riquier des pâtes à la maison ?
- Speaker #1
Oui. j'aimais ça et j'aime toujours ça faire la cuisine un jour je fais des raviolis à la maison j'en mets partout, de la farine j'en mets partout et ma mère me dit ils sont bons tes raviolis le lendemain je parle avec un de mes copains qui a un restaurant il me dit c'est bon tes raviolis est-ce que tu veux pas me faire quelques portions que je vendrais à mes clients c'est comme ça que j'ai commencé à faire des portions pour lui et puis j'ai commencé à en vendre à d'autres restaurants et j'ai eu comme ça une quinzaine de restaurants à qui je vendais mes raviolis mais dans le même temps privé, parce que j'avais à ce moment-là 25 ans et que je n'avais toujours pas mon brevet. Mais c'est vrai en plus.
- Speaker #0
Pardon de rire ? Non, je n'ai pas ri.
- Speaker #1
Non, mais c'est parce que c'est un rire qui n'a pas mon cœur.
- Speaker #0
On coupera.
- Speaker #1
Du tout. J'espère que non.
- Speaker #0
Non.
- Speaker #1
Du coup, j'ai débarqué le premier jour avec un peu de farine parce que je venais de livrer Marabioli. Mais trois semaines plus tard, j'arrivais plein de farine.
- Speaker #0
Le professeur vous a soupçonné de faire des comportements illicites. Bien sûr.
- Speaker #1
Alors,
- Speaker #0
Quel tic avez-vous emprunté à Louis de Funès ? Parce que, par exemple, vous étiez fan de Louis de Funès. Quand un type l'ennuie, il fait quelque chose que j'adore. Il prend un air exaspéré quand quelqu'un parle trop longtemps. J'adore aussi la veulerie de Louis de Funès dans le grand restaurant, quand il y a un client important. bien sûr c'est magnifique mais vous c'est quel TIC que vous présentez ?
- Speaker #1
il y a plein de choses là je suis sur scène pour le moment ça me fait plaisir d'ailleurs de me dire que vous allez venir bientôt ça fait 6 mois que je vous invite C'est vraiment très touchant de votre part.
- Speaker #0
Bien sûr, j'ai vu, j'ai vu !
- Speaker #1
J'ai vu, parce que vous avez vu la pièce, vous avez aimé l'affiche ?
- Speaker #0
J'adore ce que vous faites, je suis venu sans vous le dire.
- Speaker #1
Oui, oui.
- Speaker #0
Bien sûr. Il y a du monde dans la salle.
- Speaker #1
Oui, c'est ça. Moi je ne vous ai pas vu en vous le disant. Sur scène par exemple j'ai un personnage, un rôle qui était d'ailleurs écrit pour Pierre Ardissi et que j'ai le plaisir d'endosser chaque soir. Et alors les spectateurs me disent qu'il y a du Dauphines là-dedans, mais je ne m'en rends pas compte. Je pense que c'est une énergie, une attitude que j'emprunte inconsciemment. Heureusement d'ailleurs, parce que ce n'est surtout pas le plagier.
- Speaker #0
Il y a un élément quand même, c'est bizarre, personne ne vous en a parlé, je vous ai vu sur des plateaux télé, je ne crois pas qu'on vous en ait parlé, c'est quand même ce viol. Oui. C'est vrai que personne n'en a parlé. C'est très bizarre. C'est parce que c'est vers la fin du livre et à mon avis les journalistes ne lisent que la première partie.
- Speaker #1
Ou alors la toute fin.
- Speaker #0
Oui, mais c'est quand même quelque chose de fondamental. Probablement aussi que vos problèmes sont possiblement venus de là. Bon, j'explique. A 12 ans, votre père a une nounou. Elle a quel âge ?
- Speaker #1
Elle a 23 ans, 24 ans.
- Speaker #0
23 ans. et elle vous caresse, elle vous touche, elle vous viole quoi ! C'est un viol de pédophile !
- Speaker #1
Alors moi je ne l'ai pas pris comme ça. Enfin je le prends pas comme ça. C'est quand j'ai rencontré ma femme et que je lui ai raconté cette histoire. Après je vais peut-être raconter en deux mots pour comprendre. Et que bon on est allé voir un psy de couple, bref pour essayer que les choses aillent mieux entre nous. Et puis elle a dit au psy Stéphane il faut que tu expliques ce qui t'es arrivé. parce que tu as vécu un trauma important. J'ai dit mais non, et donc je raconte au psy qui me dit effectivement vous avez vécu un viol, vous avez été abusé. En fait cette fille opère, euh... Le week-end 1, elle me montre comment on embrasse intimement. Week-end 2, elle me met la main dans mon pyjama et je découvre à ce moment-là que je suis un garçon en fait, je suis un mâle. Week-end 3, elle m'invite dans sa chambre et au moment où j'arrive dans sa chambre, elle est nue, elle me demande d'être gentil avec elle. sans faire d'actes sexuels vraiment, mais de faire ce qu'on peut à cet âge-là. Donc je me dis tiens il se passe un truc bizarre, mais elle est très jolie et je trouve pas ça désagréable.
- Speaker #0
Oui mais enfin à 12 ans ?
- Speaker #1
Oui c'est trop tôt, on est bien d'accord, c'est beaucoup trop tôt. Bien sûr, bien sûr. Si ce n'est que en ayant vécu ça... Je ne pouvais pas dire aux psys que j'étais traumatisé et que ça n'allait pas du tout. Puisque je garde un souvenir positif de ça. Donc, je me suis dit que c'était un trauma positif. Il est certain que si ça avait été un homme de 23-24 ans envers une jeune femme de 12 ans, là on était vraiment...
- Speaker #0
C'est un hasard complet, mais il y a à peine quelques semaines, je recevais ici Mishka Sayas, à qui il est arrivé une chose similaire avec sa prof. d'école, elle lui a donné rendez-vous chez elle, il avait 14 ans et elle lui a un peu violé.
- Speaker #1
C'est le mot qu'on emploie pour quelqu'un en dessous de 15 ans. C'est-à-dire qu'aujourd'hui on utilise ce terme ? Aujourd'hui, je pense qu'on parle de viol, effectivement. Et à l'époque, vous le savez, ce n'était pas interprété de la même manière. Et tant mieux qu'aujourd'hui on puisse mettre ce mot-là sur ce genre de choses, bien sûr.
- Speaker #0
Non mais si vous en parlez dans le livre, c'est aussi peut-être parce que ça vous... quand même, je ne sais pas. Je ne sais pas, vous avez besoin d'en parler.
- Speaker #1
Sinon j'en parle parce que ce livre... A la base, moi je ne voulais pas écrire ce livre, je ne voulais pas raconter ma vie, je ne trouvais pas ça très intéressant de dire que j'aime les radis et que James Bond est un type super. Je ne trouvais pas ça intéressant. C'est Muriel Beyer aux éditions de l'Observatoire qui m'a dit « Je pense que tu as des choses à raconter par rapport à pilotes de course, comédiens, enfin bref, la dyslexie, c'est par ça que tu te fais connaître » . je mets deux ans à accepter l'idée. Et je mets six mois à trouver la première phrase. Donc déjà, j'y vais à reculons. Mais je me dis, à partir du moment où j'y vais, je vais chercher dans les cartons toutes les pièces du puzzle. Et cette pièce... fait partie de deux du roi j'ai de l'image de ce que je suis de ce que de ce qui m'a construit donc faut pas neuf le parc a contesté cet épisode mais je je sais pas si vous allez partager ça avec moi mais je pense qu'avec le temps on a beaucoup plus de facilité à dire les choses et transparent sur soi-même vers les autres on
- Speaker #0
travestit un peu moins les choses oui et moi je trouve que c'est c'est même la qualité de ce livre je trouve c'est qu'il est extrêmement sincère extrêmement humble et que malgré tout vous faites aussi œuvre d'écrivain, même si vous n'aimez pas qu'on vous le dise, parce que vous mettez des mots sur des choses qui sont violentes malgré tout. Je vous remercie. Le divorce parental, vous parlez aussi de votre frère, schizophrène, toxicomane, alcoolique, voilà ça a dû être compliqué cette enfance. J'ai l'impression d'être Mireille Dumas.
- Speaker #1
Vous êtes beaucoup plus jolie.
- Speaker #0
Non mais qu'est-ce que... Est-ce que aussi cette envie d'être vu comme pilote d'abord, puis comme comédien, ça vient aussi peut-être de la difficulté de cette famille, de ce frère ? Voilà, je ne sais pas.
- Speaker #1
Je ne suis pas certain que tous ces problèmes, parce que ce sont des problèmes quand même assez denses dans une famille... Je pense que le problème de mon frère, c'est ma mère qui l'a pris en pleine poire. Le problème de mon père, c'était surtout un problème pour lui. C'est-à-dire que je me suis... J'ai trouvé une issue dans tout ça. En fait, c'est l'enseignement premier que je retire de tout ça. Et quand il y a des plus jeunes qui me parlent de mon livre et qui me parlent de leurs problèmes, j'enfonce une porte ouverte, certes. Mais de tous ces problèmes, de les mettre de côté et d'en faire vraiment quelque chose, un support, de vous aider à considérer ça comme une marche d'escalier, de monter plus haut encore, de ne pas être... De ne pas être écrasé par ça, mais au contraire, de pouvoir monter dessus et de s'élever.
- Speaker #0
Mais c'est exactement ce que dit Jean-Christophe Granger. Alors pour le coup, lui aussi, à votre place, il est venu il n'y a pas très longtemps. Son père essayait de tuer sa mère. Il a essayé de le kidnapper quand il avait 7 ans. C'était vraiment très, très, très violent. Un divorce plus que... Enfin oui, violence conjugale, etc. Et lui est devenu romancier écrivant des histoires horribles et des thrillers épouvantables et tout. Mais vous, vous êtes parti dans l'absurde. Vos... quand on vous a découvert à la télévision, c'était avec des textes... oui, des textes qui prennent un mot pour un autre, avec des à peu près, des calembours, des...
- Speaker #1
Mais je vais vous dire franchement, je pense que c'est la normalité que je trouve absurde. Ce que je fais, mon univers absurde, c'est de prendre du recul, c'est de voir les choses de biais, c'est du coup de les observer, de les voir, ce recul que je prends, parce que c'est ça l'absurde, c'est de voir les choses autrement, mais la chose, c'est la même chose, c'est un autre prisme. Je pense que c'est tout sauf absurde que de voir les choses de manière absurde, si vous me suivez.
- Speaker #0
Oui, oui, mais c'est votre talent à vous. Franchement, vos textes de chroniques Voyage en Absurdie se sont vendus à 300 000 exemplaires.
- Speaker #1
350.
- Speaker #0
Voilà. Vous voyez, je sous-estime votre succès. Mais ça, c'est une preuve que justement, vous étiez fait pour ça, en fait. En fait, votre dyslexie, c'était votre talent.
- Speaker #1
Vous avez raison. C'est ça qui est... Ça met du temps. Pareil, ce que je dis à des jeunes gens, ou des jeunes filles qui se cherchent un peu, parce que j'en parle dans le bouquin, c'est qu'on veut tous ressembler, avec les réseaux sociaux, on veut tous ressembler à quelqu'un. On veut être plus grand, plus fort, plus intelligent. Mais on se perd. À terme, on ne ressemble plus à personne. Ma chance, c'était de m'accrocher à ce défaut, à ce problème, J'aurais pu essayer d'apprendre à écrire plus correctement, j'allais dire. D'être moins absurde, de convenir à ce que les gens attendaient. Mais je me serais perdu en fait. Et pour toutes les raisons pour lesquelles ça n'a pas marché...
- Speaker #0
à un moment donné ça a marché pour toutes ces raisons là oui c'est fou mais ça a marché tard très tard vous débutez votre carrière au cinéma à 45 ans oui c'est quand les chroniques chez Canal c'est il y a 12 ans 12-13 ans oui c'est ça ça a été très tard à 45 ans je suis sollicité par Canal et à 46 ans je démarre oui c'est tard vous arrivez avec à France 2 d'abord avec une VHS oui et puis finalement vous remplacez la Miss Météo de Canal il y a eu
- Speaker #1
J'aurais pu écrire 300 pages de plus sur les anecdotes de ce type naïf qui vient de nulle part, de Bruxelles. Je ne dis pas que Bruxelles c'est nulle part mais c'est-à-dire que ce n'est pas là que ça se passe. C'est-à-dire que si on veut être moniteur de ski, on va à la montagne. Si on veut être marin, on va en Bretagne. Si on veut être comédien, on vient à Paris. Et donc je ne connaissais pas la route de Paris. Je ne savais pas par où il fallait aller pour exister dans ce monde-là. Du coup je suis passé par mille idées. Plus à plus sûr des unes que les autres.
- Speaker #0
Vous rendez hommage à l'improvisation, parce que vous avez franchi la porte d'une école d'improvisation à Bruxelles. Et c'est en fait là que vous vous rendez compte que c'est une forme d'écriture orale, l'improvisation. Totalement.
- Speaker #1
Mais c'est surtout que je me rends compte qu'on a beaucoup plus d'imagination que ce qu'on pense. L'imagination, c'est quelque chose qu'il faut forcer. C'est-à-dire qu'il faut créer des portes, il faut créer des clés, puis ça s'ouvre, et puis il faut s'autoriser à voyager dans son esprit. C'est comme l'écriture, il faut s'autoriser à dépasser certaines frontières.
- Speaker #0
Mais c'est une forme d'écriture, pour moi les gens... Il y a des gens qui sont forts en improvisation comme Edouard Baird par exemple. Moi je dis toujours que c'est un auteur. On est bien d'accord. C'est laid,
- Speaker #1
d'ailleurs quand il fait ses monologues et qu'il improvise...
- Speaker #0
Oui on sent qu'il part dans une direction imprévue.
- Speaker #1
Il était extraordinaire pour ça. Je ne sais pas si vous vous souvenez d'une de ses interventions à Cannes à l'ouverture du festival. Il y avait un pianiste à côté de lui qui l'accompagnait. Mais c'était sublime de créativité, d'intelligence, de culture, d'invention. Et effectivement il était en train d'écrire. Mais l'écriture c'est ça, vous avez tout à fait raison. Quand on écrit, il y a une forme d'improvisation, et puis après on remet les choses un peu en perspective. Mais donc là,
- Speaker #0
vous qui êtes un peu un enfant compliqué à problème, vous arrivez dans un truc d'impro, et là... Qu'est-ce qui se passe ? Il y a quelque chose qui se décoince ? Vous arrivez devant des gens que vous ne connaissez pas, tout d'un coup vous vous mettez à dire plein de trucs originaux, ou vous aviez préparé ?
- Speaker #1
Non, j'apprends... Ça a été aussi un truc assez fondamental. Au début je pense qu'on arrive là, on improvise, improviser c'est improviser. Ils me disent non, improviser ce n'est pas improviser, il y a des règles. C'est comme la peinture, c'est comme dans tout. C'est là où se trouve la créativité d'ailleurs, c'est dans le cadre créatif. Ah donc ils vous disent un sujet ? Donc c'est café, sucre, chaud, boire, tasse, matin, petit déjeuner. Et donc il y a des associations comme ça qui se font très très rapidement. Du coup quand vous êtes en face de quelqu'un pour faire une impro, vous chopez les sons, vous chopez l'essence, vous le regardez, vous apprenez à regarder, vous apprenez à écouter et j'ai appris tout ça. à regarder et à écouter.
- Speaker #0
J'ai rien écouté ni regardé de ce que vous venez de dire. Non, mais vous m'avez vu. Non, c'était une blague. On joue au jeu devine tes citations, Stéphane de Grote, je vous lis des phrases de vous, et vous devez me dire où vous avez... Si je te retrouve bien ou pas. Voilà. Exemple. En repassant par leur chambre aujourd'hui, je regarde avec une tendre mélancolie les différences de taille annotées sur le rebord de la porte. Elles semblent proportionnelles au temps de mes absences, comme si les jours loin d'elles se comptaient en centimètres. J'ai beaucoup aimé ça.
- Speaker #1
Merci.
- Speaker #0
Ça c'est où ?
- Speaker #1
Mais ça c'est comme dans beaucoup de familles je pense.
- Speaker #0
C'est dans ce livre là.
- Speaker #1
Oui, c'est dans ce livre. Ah vous me demandez... C'était ça la réponse que j'attendais, oui. Oui, c'est vrai parce que je pensais que c'était dans la chambre de mes enfants.
- Speaker #0
Là, c'est là où pour moi vous devenez écrivain, c'est avec ces phrases-là, parce qu'il y a une émotion, c'est l'histoire de votre paternité, vous avez deux filles... Et étant souvent à Paris, vous avez eu l'impression d'être absent. Et vous regardez sur le mur les tailles et vous repensez à tous ces jours où vous étiez absent. Mais vous le dites autrement. Vous dites « Elle semble proportionnelle au temps de mes absences comme si les jours loin d'elle se comptaient en centimètres. » Mais ça c'est du blondin. Je vous fais un hug.
- Speaker #1
Vous ne pouvez pas vous rendre compte comme... Vraiment, on va être sérieux une seconde. Comme ça me touche... ce que vous me dites. Vous êtes quelqu'un qui est évolué dans le monde littéraire depuis longtemps, je vous regarde depuis longtemps. Moi je débarque par effraction dans ce monde-là et d'avoir quelqu'un comme vous qui appréciez cette écriture, moi qui me sens illégitime dans tout ce que j'entreprends, ça me touche énormément.
- Speaker #0
Une autre phrase de vous ? A ma mère qui a fait de moi un fils, à ma femme qui a fait de moi un mari, à mes filles qui ont fait de moi un père et à ces femmes qui ont fait de moi un homme. Ça c'est écrivain ! Désolé !
- Speaker #1
Je prends. Merci. C'est la dédicace que je fais dans mon premier bouquin Voyage en Absurdité.
- Speaker #0
Voyage en Absurdité 2013. Quel est le rôle que vous avez préféré ? Un fils, un mari ou un père ? Oh ! C'est vache. C'est vache. C'est vache. Je... Je... Oh là là ! Mon rôle de mari, il est un peu terminé puisque je me suis séparé de ma femme. Le rôle de fils, ma mère n'est plus là mais... C'est le rôle de père, bien sûr. C'est le rôle de père parce que c'est ce que j'ai de plus précieux. Ce sont mes enfants comme beaucoup.
- Speaker #1
Et c'est pas compliqué d'être un père ? Quand on a eu une enfance comme la vôtre, avec divorce, viol, avec tout ça.
- Speaker #0
Ce qui est compliqué c'est de ne pas avoir le mode d'emploi. Et j'ai eu une femme pour ça.
- Speaker #1
Votre père était absent, il n'était pas là.
- Speaker #0
Oui, oui, absent, pas d'autorité. Ce qui était compliqué c'est de me demander comment il fallait faire. Ça fonctionne comment être un père ? Bien des gens ne savent pas quand leurs enfants arrivent comment ça se passe, mais moi j'avais vraiment pas de référent. Et c'est en ce sens, c'est Odile, la mère de mes enfants, qui inconsciemment et directement, involontairement m'a montré la voie. C'est-à-dire que je la regardais faire, et puis je regardais les autres et je me disais mais c'est comme ça qu'il faut faire. Et puis à un moment donné c'est mes enfants qui m'ont aidé aussi à être père. parce qu'on n'en parle pas assez souvent c'est les enfants aussi qui nous apprennent à devenir ce qu'on est, ça s'inverse aussi et je trouve ça merveilleux dans la construction d'une famille et dans le lien qui peut se former avec le temps entre les enfants et les parents c'est qu'à un moment donné les choses s'inversent et c'est les enfants qui nous éduquent
- Speaker #1
Le chapitre sur Odile Doutremont et vos deux filles est vraiment très bouleversant On continue les phrases Ados, l'essence de l'adulte Adolescence de l'adulte.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Où est-ce que vous avez écrit ça ?
- Speaker #0
Dans... en mémoire de mes souvenirs.
- Speaker #1
Non, c'est dans le livre de mots.
- Speaker #0
Ah oui, vous avez raison !
- Speaker #1
2019.
- Speaker #0
Vous avez raison.
- Speaker #1
Voilà, j'ai gagné. Et vous dites aussi l'adolescence et la convalescence de l'enfance.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
C'est-à-dire qu'on se remet... L'adolescence, c'est déjà une sorte de retraite. On est un retraité de l'enfance. C'est ça l'idée ?
- Speaker #0
On se remet de l'enfance dans l'adolescence. On essaie de se remettre de ça. Parce que je pense qu'on se remet... C'est pas vrai en roulant à moto pour revenir jusqu'à vous. Je ne sais pas pourquoi je pensais à ça. Je pensais à ce que c'était que l'enfance. Et j'avais l'impression que... Puisqu'on parlait de futur, de présent au début de cet entretien, je me disais en fait l'enfance, c'est le futur. Parce qu'on va vers l'enfance, en fait on retourne vers l'enfance. On ne le quitte jamais l'enfance, on court après l'enfance. Donc elle est devant nous.
- Speaker #1
Ah oui, d'ailleurs souvent les souvenirs d'enfance les plus anciens remontent quand on est très vieux.
- Speaker #0
En plus, et puis on devient très enfantin quand on est vieux. Mais c'est surtout que je pense que, c'est pas moi qui le dis, qui a cette réflexion là, mais c'est vrai que, c'est Brel d'ailleurs, toute sa vie on court après cette enfance. Et je pense quelque part qu'on s'arrête à un certain âge. Vous n'avez pas l'âge que vous avez, je ne pense pas que j'ai l'âge que j'ai. Je pense qu'on a un âge où on s'est arrêté à 13, 14, 15 ans, et puis le corps vieillit, et puis l'esprit évolue, mais je pense qu'on est figé dans un certain âge.
- Speaker #1
Vous dites aussi, on met une vie à mourir.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
J'aime beaucoup ça. Et il y a ça aussi, alors est-ce que vous pouvez lire mon écriture ou pas ? Parce que c'est plus beau si c'est vous qui lisez ça.
- Speaker #0
Ah, c'est chouette que vous ayez repris ça.
- Speaker #1
Mais oui, mais elle est chouette mon émission.
- Speaker #0
De 0 à 10 ans, on met 10 ans à grandir. De 10 à 20 ans, on met 10 ans à comprendre qui on est. De 20 à 30 ans, on passe 10 ans à faire la fête. De 30 à 40 ans, on met 10 ans à gérer une famille. De 40 à 50 ans, on met 10 ans à comprendre qui on est. De 50 à 60 ans, on met 10 ans à comprendre ce qu'on est devenu. De 60 à 70 ans, on met 10 ans à comprendre ce que l'on n'est plus.
- Speaker #1
Moi, je suis dans la dernière période, entre 60 et 70 ans. Bienvenue au club. Je suis dans celle où on va mettre 10 ans à comprendre ce que l'on n'est plus. Super, merci beaucoup Stéphane. On fait rapidement les 10 questions.
- Speaker #0
Oui, vous avez dit que c'était déjà fini.
- Speaker #1
Malheureusement, oui, malheureusement, c'est déjà fini. C'est encore pendant un jour ou deux. Moi aussi. On ne fait pas des week-ends de discussion. On peut se retrouver après. Alors, les 10 questions compliquées de moi-même.
- Speaker #0
Oui ?
- Speaker #1
Pourquoi lire des livres au lieu de scroller sur TikTok ?
- Speaker #0
Parce qu'un livre, scroller c'est passif en fait. Alors que lire on est actif. On parlait d'imaginaire, on se crée un monde, on est actif. On a l'impression d'être passif mais non, on est actif.
- Speaker #1
Très très bonne réponse. Que savez-vous faire que ne fait pas ChatGPT ?
- Speaker #0
créer Tchadjepeté, ou lui poser des questions. Tchadjepété ne se pose pas de questions.
- Speaker #1
Êtes-vous sûr que votre livre sert à quelque chose ?
- Speaker #0
Vous me cueillez, je ne sais pas s'il sert à quelque chose, en tout cas moi il me sert à être là aujourd'hui avec vous.
- Speaker #1
Oui, c'est énorme ! Pensez-vous qu'un écrivain doit être gentil ?
- Speaker #0
Alors, je me suis souvent posé cette question, j'aime bien l'idée de savoir qu'un écrivain est gentil s'il écrit des choses méchantes, Mais ce n'est pas cette réponse-là que je vais vous proposer. C'est que voilà, par exemple, quelqu'un dont j'aime l'écriture et qui n'est pas quelqu'un de gentil. Je pense à Yann Moix. Je pense que ce n'est pas un type gentil. Mais j'adore son écriture. Oui,
- Speaker #1
voilà. En fait, on demande surtout à l'écrivain d'écrire.
- Speaker #0
Voilà.
- Speaker #1
La littérature doit-elle réparer le monde ?
- Speaker #0
En tout cas, je pense qu'elle apaise les âmes. Ce qui est déjà beaucoup. De là à ce qu'elle répare le monde. Qui répare ? Qu'est-ce qui répare le monde ? le monde, non je pense plutôt aux âmes qui vont peut-être un peu mieux avec la lecture.
- Speaker #1
Oui, notamment de votre livre.
- Speaker #0
Merci.
- Speaker #1
Y a-t-il une mode que vous regrettez d'avoir suivie ?
- Speaker #0
Je ne suis pas les modes. Donc je ne regrette pas d'avoir suivi une mode en particulier.
- Speaker #1
Vous êtes plutôt habillé de manière extrêmement hype.
- Speaker #0
Écoutez, par exemple j'ai les chaussettes rouges depuis 25 ans. C'est interdit. Voilà, donc ce n'est pas la mode.
- Speaker #1
Non c'est interdit.
- Speaker #0
Mais ce n'est pas la mode.
- Speaker #1
Préférez-vous regarder une série ou vous promener dans la nature ? Faut être honnête là.
- Speaker #0
Habillé d'une certaine manière ? Non, je préfère regarder une série.
- Speaker #1
Ah oui, vraiment ? Vous n'êtes pas incontestable ? Sinon,
- Speaker #0
je vous aurais dit de promener dans la nature.
- Speaker #1
Faut-il séparer l'œuvre de l'artiste ?
- Speaker #0
Ça, c'est une éternelle question. Pour moi, écrire, c'est la transpiration de l'âme.
- Speaker #1
Ça suffit, on arrête là, c'est trop bien. Ça suffit, là tout est dit. Comment savez-vous que votre livre est fini ?
- Speaker #0
Quand je me sens prêt à en écrire un autre.
- Speaker #1
Ah oui, c'est bien. Moi, c'est quand il me sort par les trous de nez, quand j'en ai marre.
- Speaker #0
Oui ?
- Speaker #1
Oui, quand je suis dégoûté de mon livre,
- Speaker #0
Mais vous êtes comme le peintre à vouloir en permanence rajouter une phrase, un truc, une couleur, un truc. Non, non, non, il faut publier. Oui.
- Speaker #1
Voilà, pour arrêter de corriger, il faut publier. Mais on n'est pas là pour parler de moi.
- Speaker #0
Oh, pourquoi pas ? Vous savez ce qu'on va faire, c'est qu'un jour on va faire l'inverse. Moi je vais vous inviter dans votre émission.
- Speaker #1
Bien sûr !
- Speaker #0
On fait ça ?
- Speaker #1
Dernière question. On dit qu'écrire c'est vivre deux fois, mais entre nous n'est-ce pas surtout une excuse pour ne pas vivre du tout ?
- Speaker #0
Ah non ! C'est tout le contraire. Pour moi écrire c'est vivre mille fois. C'est vivre autant de fois qu'on écrit une phrase. Ah non, au contraire, c'est mille vies.
- Speaker #1
Je rajoute une dernière question parce que j'ai oublié de vous parler de votre pièce de théâtre que vous avez écrite qui s'appelle Un Léger Doute en 2023 mise en scène par mon ami Jérémy Lipman et c'était vraiment du théâtre absurde à la Ionesco je résume, c'était une idée pyrandélienne la pièce commençait par la fin donc on arrivait,
- Speaker #0
on faisait les saluts rideau, la lumière se faisait dans la salle Et les gens se disaient, tiens, moi lors de la première j'entendais des gens qui disaient mais... Ah oui, il est absurde, mais ce n'est pas à ce moment-là quand même. Ce n'est pas terminé. À ce moment-là,
- Speaker #1
il y a des gens qui sortaient ou pas ?
- Speaker #0
Il y avait un truc, il y avait un moment de flottement. Et puis le rideau se lève, la lumière se fait. Et ça, c'est pour la mise de la représentation suivante. Il n'y a plus rien sur la scène. Donc les gens se demandaient vraiment ce qui se passait. Puis moi, j'arrivais en tenue de ville en disant salut tout le monde à demain. Et à ce moment-là, arrive ma partenaire de jeu qui était Constance Delay qui commençait les répliques de la pièce. Et donc moi je ne comprenais pas pourquoi elle continuait à jouer. Puisque pour moi c'était terminé. Et elle ne voulait en fait jamais terminer de jouer, parce que c'est le comédien qui doit lâcher son costume. Donc c'est la fin de quelque chose. Et donc c'était un peu cette idée-là. Et ça s'est panalé j'ai doute parce que... Est-ce qu'on est là ? Est-ce que le présent existe ou pas ? Et en fait l'histoire de la pièce dans la pièce, c'est que j'arrivais chez moi en disant, en annonçant à ma femme que j'étais mort.
- Speaker #1
Ça me fait penser à une phrase de vous, qui sera la conclusion de l'émission ? malheureusement, la fin a commencé avant même que le début ne se termine. Ça vraiment, merci aussi pour cette phrase-là. Je vous ordonne évidemment de lire en mémoire de mes souvenirs de Stéphane Degrote aux éditions de l'Observatoire. Je remercie toute l'équipe du Figaro TV d'être aussi patiente, parfois discrète parfois pas et de vivre Vive la République, vive la France. Bonsoir.
- Speaker #0
Mais vive-vous, ça fait bizarre.
- Speaker #1
Vive ou vive la Belgique.
- Speaker #0
Oui, par exemple. Vous mériteriez d'être belge.
- Speaker #1
Ah c'est gentil.
- Speaker #0
C'est vrai ? C'est un compliment que je vous fais. Je vous aime beaucoup.
- Speaker #1
J'ai déjà une épouse belge à Mélinoton.
- Speaker #0
Ah oui ? Ah oui. Bonsoir. Bonsoir. A bientôt. Vous avez des enfants avec elle ? J'ai pas...
- Speaker #1
J'ai des enfants ? Non j'ai pas d'enfants avec elle. Les enfants sont avec une autre.
- Speaker #0
Je pense que vous avez des enfants avec Mélinoton. Un chat peut-être... Vous avez fait un chat avec elle ?
- Speaker #1
Oui, j'ai fait un chat.