- Speaker #0
Bienvenue dans le podcast Corps et Fracas, le podcast mené par la Mutualité Française Centre-Val de Loire, qui rend des sujets de santé complexes accessibles à tous. A travers des thématiques variées, nous vous invitons à prendre soin de votre santé et de celle des autres en vous informant. Chaque thématique est explorée en trois épisodes, complétés par un webinaire où vous pourrez poser toutes vos questions. La prévention est au cœur de notre démarche, car s'informer, c'est déjà agir pour sa santé. Je suis contente de vous accueillir pour cet épisode qui va introduire notre première thématique de l'année, la santé mentale. Nous allons aborder cet enjeu de santé publique avec un axe bien concret, la pop culture, c'est-à-dire tous les films, les livres ou toutes les œuvres qui font partie de la culture populaire.
- Speaker #1
Bonjour Camille. Bonjour à tous.
- Speaker #0
Est-ce que tu vas bien aujourd'hui ?
- Speaker #1
Super, merci. Et toi ?
- Speaker #0
Très bien, merci Woko. Donc Camille, tu es avec nous aujourd'hui puisque tu t'es formée en premier secours en santé mentale. En parallèle de ton métier, où tu es donc chargée de mission en prévention et promotion de la santé à la mutualité française Centre-Val-de-Loire, est-ce que tu peux nous parler un petit peu de ton parcours et ce qui t'a menée à t'intéresser à la santé mentale ?
- Speaker #1
Alors oui, en fait c'est une thématique qui m'a toujours intéressée personnellement. Et il s'avère que j'étais donc étudiante pendant la crise du Covid, qu'on connaît bien. Et j'ai vu des camarades plus ou moins proches... qui ont eu un vrai impact sur leur santé mentale, puisqu'il y a eu tout ce qui est isolement, précarité des étudiants, on en a beaucoup parlé. Et j'ai vu l'impact que ça a eu sur leur santé en général, mais surtout leur santé mentale. Donc ça a attisé un peu plus ma curiosité. Et puis j'ai fait des études en santé publique. Donc j'ai découvert plus en détail cette thématique un peu lugubre, dont on ne parle pas, parce que ça se passe dans nos têtes, donc ça ne regarde pas les autres. Donc ça m'a encore plus intéressée. Et puis, je suis aussi une fan de certaines stars qui en parlent ouvertement. Je peux citer par exemple Harry Styles ou d'autres stars américaines qui parlent plus ouvertement de leur thérapie ou de leur psychologue. Et c'est vrai qu'on n'a pas encore trop ça en France. Donc, ça permet de déléguer les langues. C'est plutôt chouette.
- Speaker #0
Effectivement. Super. On va pouvoir en parler ensemble alors. Puisqu'effectivement, aujourd'hui, on entend parler au quotidien de l'importance de prendre soin de sa santé. Mais par santé, on va entendre par exemple le rendez-vous annuel chez le dentiste. ou l'importance de mettre des légumes dans son assiette, ou les certificats médicaux qu'on doit faire en septembre pour pouvoir s'inscrire au cours de sport. Donc la santé, elle est vraiment au cœur de notre vie, donc on sait de quoi on parle. Mais la santé mentale, effectivement, ce terme prend de plus en plus d'ampleur, mais concrètement, qu'est-ce qu'on entend derrière ce terme-là ?
- Speaker #1
Alors je peux déjà vous donner la définition très académique de l'OMS. La santé mentale correspond à un état de bien-être mental qui nous permet d'affronter les sources de stress de la vie, de réaliser notre potentiel. de bien apprendre et de bien travailler et de contribuer à la vie de la communauté. En fait, la santé mentale, c'est une partie intégrante de la définition de la santé, donnée aussi par l'OMS. Donc, il ne faut pas du tout le minimiser puisque c'est une part de notre santé.
- Speaker #0
D'accord, effectivement. Et j'en entends parfois parler de termes comme la schizophrénie, la bipolarité, des choses comme ça. Et donc, ça, c'est des troubles de santé mentale, c'est bien ça ?
- Speaker #1
Oui, c'est ça. Et je sais qu'on a tendance à... diagnostiquer nos proches, nos connaissances assez facilement. On a tous déjà entendu quelqu'un qui parle d'un collègue ou d'un cousin en disant qu'il est complètement bipolaire, le matin il est content, l'après-midi il est énervé, on ne sait pas ce qu'il a. On a cette tendance-là, alors que la bipolarité c'est un vrai trouble et ça ne se définit pas de cette manière-là.
- Speaker #0
C'est vrai qu'on peut vite faire des raccourcis. Qu'est-ce qu'il y a par exemple comme troubles psychiques ?
- Speaker #1
Par exemple, pendant les formations de premier secours en santé mentale, on donne les signes qu'on peut remarquer, nous, en tant que secouristes, pas en tant que professionnels de santé, attention, on ne diagnostique pas les proches avec la suite de cette formation-là. Donc on apprend les premiers signes pour la dépression, le trouble dépressif, le trouble anxieux, les troubles psychotiques et aussi les troubles liés à l'utilisation de substances. Donc il y a ces grands troubles-là et leurs signes qui sont associés.
- Speaker #0
D'accord, ok, très bien.
- Speaker #1
Il en existe bien d'autres, mais je parle du coup de ce que je connais, de la formation au premier secours en santé mentale.
- Speaker #0
Bien sûr, ok. Et donc globalement, est-ce que ces troubles, on va les rencontrer au quotidien ? Parce que j'ai un peu l'impression, enfin je ne me rends pas compte si beaucoup de gens sont concernés, puisque la représentation que j'ai de ces troubles, ça peut parfois être assez effrayant. Je pense par exemple au film Split, où je crois que le personnage principal est schizophrène, si je ne me trompe pas. Et c'est vrai que je n'ai pas l'impression qu'il y ait des gens comme ça forcément dans la rue.
- Speaker #1
Justement, dans le film Le Split, en fait, à aucun moment, on lui diagnostique un trouble. Mais dans l'imaginaire commun, oui, il est atteint de troubles schizophréniques. Sauf que, en fait, pas du tout. Il y a un super site qui a été créé par Positive Minders pour les journées de la schizophrénie en 2024 qui s'appelle les Schizowards. Et il y a trois catégories avec trois films nommés à chaque fois. Ça reprend un peu les Oscars, les Césars, etc. Et il se trouve dans la catégorie des films auxquels on a associé un trouble schizophrénique alors qu'on n'en a jamais parlé. Puisqu'en fait, les schizophrènes ne séquestrent pas des jeunes filles dans leur cave pour les tuer. C'est une fausse représentation. Ça me fait un petit lien avec le film Le Joker, qui est un peu plus récent, où justement, le personnage principal, on lui attribue plein de troubles. En faisant des recherches sur Internet, c'est vrai qu'il y a plein de psychologues, de psychiatres qui essayent de diagnostiquer. Mais en fait, il manque plein d'informations pour ce diagnostic-là. Donc, on lui associe un peu tout, le trouble dépressif, le trouble anxieux, le trouble schizophrénique. Mais en fait, on n'en sait rien.
- Speaker #0
C'est vrai que dans le film, finalement, rien n'est vraiment dit. C'est un peu l'imaginaire global qui va monter un truc.
- Speaker #1
C'est ça, exactement. Et ce sont des films très connus qui dépeignent les personnes atteintes de troubles comme des fous, des meurtriers, qui vont donc porter atteinte à nous, simples mortels, sains d'esprit. Alors qu'en fait, pas du tout. Il faut savoir qu'en fait, moins de 10% des actes de violence sont commis par des personnes atteintes de troubles de la santé mentale. Donc en fait, ce n'est pas du tout commun. Et on a vraiment l'impression que ce sont des personnes très dangereuses alors que pas du tout.
- Speaker #0
C'est rassurant. Et dans ce cas-là, est-ce que tu as des films ou des livres ou quoi que ce soit où ça va être peut-être mieux représenté ?
- Speaker #1
Oui, parce que tout n'est pas perdu pour la pop culture. Donc, je pense, par exemple, on en a parlé ensemble récemment du film Vice Versa qui retrace le parcours de Riley, la petite fille. Donc, il y a eu le premier avec les émotions primaires. puisqu'elle était enfant. Et là, il y a le 2 qui est sorti. Elle est adolescente. Donc, elle a des nouvelles émotions qui arrivent, dont l'anxiété. Et donc, on voit une attaque de panique et tous les petits symptômes avant de l'anxiété. Et c'est plutôt bien représenté. Donc, c'est assez intéressant. Et puis, sans forcément penser à un film, un livre ou une série ou quoi que ce soit, il y a un artiste en général. C'est Stromae. qui est un artiste, enfin un chanteur belge, et qui en fait parle très bien de sa santé mentale. Il a fait une chanson qui s'appelle Enfer, je ne sais pas si tu la connais.
- Speaker #0
Oui, tout à fait, sur le plateau télé.
- Speaker #1
C'est ça, sur TF1. Et puis en fait, il a fait une pause de 7 ans dans sa carrière pour prendre soin de sa santé mentale, parce qu'il était atteint d'une dépression. Et puis récemment, à la suite de son nouvel album, il a dû annuler sa tournée en évoquant sa santé mentale. qui se dégradait, donc il préférait prendre soin de lui. Donc il en parle ouvertement, et ça, ça aide aussi à démocratiser un peu cette thématique-là.
- Speaker #0
Oui, effectivement. Et après tout ce qu'on s'est dit là, quel est ton avis ? Est-ce que tu penses que ces représentations vont avoir un vrai impact sur la manière dont on va percevoir les troubles psychiques ?
- Speaker #1
Oui, parce qu'en fait, on a encore du mal à percevoir les problèmes de santé mentale comme des problèmes de santé en général. Donc on va traiter les gens différemment. S'ils sont atteints de troubles psychiques, que par exemple si quelqu'un nous dit qu'il est diabétique. Et malheureusement, tout ce qu'on vient de citer, ça participe à véhiculer les mauvais messages. Mais voilà, tout n'est pas perdu. Je pense par exemple à Winnie l'ourson aussi pour les enfants. En fait, il faut savoir que chaque personnage de ce dessin animé-là est atteint d'un trouble de la santé mentale. Je peux donner des exemples comme Burike, la dépression. Tigrou c'est l'hyperactivité, Porcinet c'est l'anxiété.
- Speaker #0
Et c'est vrai que quand tu le dis, ça paraît cohérent effectivement.
- Speaker #1
C'est ça. Après si ça vous intéresse, pour tous les autres personnages sur internet, il y a plein d'articles qui détaillent chaque trouble associé à chaque personnage.
- Speaker #0
J'aimerais.
- Speaker #1
Et c'est vrai que c'est plutôt pas mal puisqu'en fait il faut savoir qu'au cours de sa vie, une personne sur quatre sera touchée par un trouble de la santé mentale. Donc c'est pas rien, il ne faut pas le minimiser.
- Speaker #0
Ah oui, effectivement. Donc, raison de plus de lutter contre tous ces préjugés.
- Speaker #1
Oui, c'est ça.
- Speaker #0
Merci beaucoup Camille pour tous ces échanges. Tu nous as donné des chiffres et des références, donc on va pouvoir aller voir tout ça. Et on va maintenant pouvoir passer aux deux minutes culture.
- Speaker #1
Deux minutes culture.
- Speaker #0
Nous passons maintenant aux deux minutes culture, l'occasion de comprendre le fonctionnement concret de notre corps. Camille, est-ce que tu savais que certains troubles psychiques sont visibles dans le cerveau ?
- Speaker #1
Non, je m'en doutais, mais je ne sais pas trop comment ça fonctionne.
- Speaker #0
Alors ça, on a la réponse grâce à l'imagerie cérébrale notamment. On a découvert effectivement que dans le cas de la schizophrénie par exemple, on peut observer des variations dans la forme des cerveaux des patients. Certaines zones spécifiques vont notamment être plus petites à cause de la réduction de la matière grise. Et ces variations vont être liées à des perturbations qui sont survenues durant des étapes importantes du développement cérébral. Donc ça va se passer pendant l'enfance, l'adolescence, etc. Au niveau des troubles bipolaires, c'est un peu plus difficile de tirer des conclusions générales parce que les résultats des imageries vont être influencés par différents facteurs comme l'âge, le sexe et même certains traitements de la bipolarité. Donc aucune modification significative du volume total du cerveau n'est observée. Mais il y a quand même quelques changements un peu spécifiques dans des régions comme le cervelet, par exemple. Et ces modifications vont être liées à la gravité du trouble ou encore au nombre de crises de bipolarité qui ont pu avoir lieu avant les examens. Et finalement, la dépression, c'est un petit peu différent. Ça ne va pas être au niveau de la forme ou de la taille du cerveau, mais plutôt un déséquilibre dans la production et la capture de trois neurotransmetteurs. Alors, les neurotransmetteurs, c'est un petit peu les messagers du cerveau. Ça va être au niveau de la sérotonine, la dopamine et la noradrénaline. C'est les neurotransmetteurs qui régulent le sommeil, l'appétit, l'humeur, la motivation, encore l'attention. Donc on voit que c'est des neurotransmetteurs qui jouent un rôle crucial dans la régulation et le contrôle émotionnel. Forcément, s'il y a un déséquilibre de ces petits messagers, ça va mener potentiellement à un trouble bipolaire. Toutes ces découvertes soulignent que même si les troubles psychiques ne sont pas toujours visibles extérieurement, ils laissent quand même des empreintes claires dans le cerveau.
- Speaker #1
Oui, donc ça a un impact comme toute autre maladie plutôt physique.
- Speaker #0
Exactement, c'est ça. Et on pourra en reparler dans le webinaire. La psychologue pourra nous réexpliquer notamment ce que sont les troubles dont on a parlé aujourd'hui et pourra répondre aux questions.
- Speaker #1
Super, merci.
- Speaker #0
Merci à toi Camille. Merci d'avoir partagé avec nous ce moment autour de la santé mentale. Si vous avez aimé et appris de nouvelles choses, n'oubliez pas de vous abonner pour notre épisode du mois prochain où nous aborderons un autre sujet en lien avec la santé mentale. N'hésitez pas à nous envoyer vos questions à l'adresse email contact.murek.fr que vous retrouverez dans la description, ou bien sur nos réseaux sociaux Facebook, LinkedIn et X. Nous y répondrons lors du webinaire avec une psychologue en avril.
- Speaker #1
Bonne journée à tous !