- Speaker #0
Bienvenue dans le podcast Corps et Fracas, le podcast mené par la Mutualité Française Centre-Val de Loire qui rend des sujets de santé complexes accessibles à tous. A travers des thématiques variées, nous vous invitons à prendre soin de votre santé et de celle des autres en vous informant. Chaque thématique est explorée en trois épisodes, complétés par un webinaire où vous pourrez poser toutes vos questions. La prévention est au cœur de notre démarche, car s'informer, c'est déjà agir pour sa santé. Bienvenue sur ce dernier épisode de la thématique santé mentale, qui a pour objectif d'apporter des éléments concrets afin de casser les idées reçues sur un trouble psychique souvent mal compris, la bipolarité. Pour vous proposer des informations justes et actuelles, je suis en compagnie de Marine, qui est elle-même bipolaire. Bonjour Marine.
- Speaker #1
Bonjour.
- Speaker #0
Merci beaucoup d'être avec nous aujourd'hui. Est-ce que tu voudrais bien te présenter rapidement, expliquer pourquoi tu es avec nous aujourd'hui ?
- Speaker #1
Alors, je suis avec vous aujourd'hui parce que, tout simplement, j'ai des troubles bipolaires qui ont été diagnostiqués il y a maintenant 15 ans, après 10 ans d'errance médicale, et l'idée est d'aujourd'hui pouvoir en parler pour déconstruire les préjugés autour de la maladie et permettre à chacun de mieux connaître ce que peuvent être les troubles bipolaires.
- Speaker #0
Ok. Et donc, tu en parles aujourd'hui notamment... sur les réseaux, au travers de ton compte Instagram, le comptoir des humeurs, tu fais de la sensibilisation. Qu'est-ce qui t'a amené ? Est-ce que c'est un changement dans ton parcours professionnel suite à ton diagnostic ? Qu'est-ce qui t'a amené à faire ça aujourd'hui ?
- Speaker #1
Alors, j'ai effectivement un compte, le comptoir des humeurs, que j'ai créé peu après un licenciement parce que j'ai été licenciée pour la quatrième fois pour ma différence, on peut dire. parce que je ne rentrais pas dans le moule professionnel ou dans ce qu'on attendait de moi personnellement parlant puisqu'on a pu me dire que le problème n'était pas du tout mon travail mais était bien celle que j'étais. Donc ça a été des coups durs à traverser et ce quatrième licenciement que j'ai pu vivre il y a maintenant, je dirais quatre ans, a vraiment été un virage. puisque j'ai pu faire reconnaître mon arrêt de travail en maladie professionnelle pour troubles psychiques, ce qui est aujourd'hui assez rare puisqu'il s'agit d'une procédure qui est un petit peu particulière, le trouble psychique ne faisant pas du tout partie du tableau de la sécurité sociale des maladies professionnelles. Et ensuite, suite à cela, j'ai demandé une invalidité. Et le médecin conseil m'a mise en invalidité catégorie 2, ce qui sous-entend 66% d'incapacité professionnelle aujourd'hui à travailler. Donc, ça faisait longtemps que j'étais malade, 15 ans. J'ai pu travailler avec cette maladie, avec des arrêts malheureusement réguliers. Mais j'ai pu travailler et je suis allée, je pense, au bout. de ce que je pouvais faire ou donner à la société au travers de mon travail. Et donc, là, ne pouvant plus travailler, j'avais quand même encore des cordes à mon arc et je me suis dit que ce que je savais faire de mieux, finalement, c'était de transmettre. C'était aussi grâce à une forme de pédagogie que j'ai toujours aimée et que j'ai toujours eue par rapport à la psychologie. Du coup, j'ai décidé de faire ce compte qui donne la parole aux personnes qui sont bipolaires, mais qui surtout informent et éduquent à la pathologie, un petit peu sous une forme de psychoéducation, puisque j'ai aussi deux expériences dans la création de programmes de psychoéducation. donc j'avoue que je me suis relativement inspirée de ça aussi pour avoir une approche. qui soient très accessibles pour les uns et les autres. Et au-delà de ces postes éducatifs, j'aime bien faire un peu d'humour parfois aussi pour soulager un peu le moral des personnes qui sont malades. Ou alors, je propose également des visios qui sont gratuites pour partager justement le quotidien avec la maladie, le retentissement des symptômes sur le quotidien. Également pour... informés et pour aider à rédiger les dossiers MDPH. Et voilà, ces visios gratuites, elles sont pour moi importantes en ce sens qu'elles sont vraiment d'utilité publique finalement.
- Speaker #0
Tout à fait. C'est assez intéressant ton témoignage, Chalius, notamment par rapport à tes licenciements, de l'important justement de parler de la bipolarité, notamment pour le milieu professionnel qui n'y est pas du tout sensibilisé. Éviter ce genre de situation. Ou c'est des parcours difficiles pour être reconnus ?
- Speaker #1
Oui, complètement. C'est vrai que malgré la RQTH, qui normalement est censée aider les personnes en situation de handicap à être reconnues dans le monde du travail, comme des personnes lambda, et éventuellement avec des aménagements, quand c'est possible, on voit beaucoup d'employeurs qui, malgré tout, Merci. refusent les aménagements, qui ne recrutent pas si la personne a une RQTH. Certains le notent sur leur CV et ne sont absolument pas rappelés. Donc, la RQTH demeure quand même très discriminante, alors qu'en fait, elle est censée être là pour aider les uns et les autres.
- Speaker #0
Est-ce que tu peux nous rappeler ce que c'est que la RQTH, s'il te plaît ?
- Speaker #1
Alors, la RQTH, c'est la reconnaissance en qualité de travailleurs handicapés. C'est une des premières choses qu'on demande justement à la MDPH, la Maison départementale des personnes handicapées, dont je parlais justement tout à l'heure avec ce fameux dossier. On demande souvent la RQTH pour avoir cette reconnaissance en qualité de travailleurs handicapés et éventuellement bénéficier d'aménagements sur le poste de travail, que ce soit en... en charge de travail, en condition de travail, en horaire de travail, en temps de pause, etc. Et on y demande souvent aussi l'allocation adulte handicapé, qu'on appelle l'AAH, à partir du moment où justement la maladie nous empêche de travailler un temps plein.
- Speaker #0
D'accord. Donc si je résume les choses, aujourd'hui il existe pas mal de possibilités pour être reconnu, mais ça ne veut pas pour autant dire. que ça ouvre les portes. Au contraire, ça peut parfois justement poser une espèce de drapeau qui dit aux employeurs qu'ils ne veulent pas prendre de risques ou des choses comme ça.
- Speaker #1
Oui, exactement. Je sais qu'aujourd'hui, apparemment, quand même, il y a des entreprises qui s'ouvrent dans des partenariats avec la GFIP, par exemple, à recruter des personnes en situation de handicap, mais elles sont encore très peu nombreuses. Et qui plus est, ça reste quand même très discriminant malgré tout d'être recruté dans ces entreprises parce qu'on est handicapé. Donc il y a encore tout un très très très gros travail à faire de sensibilisation et d'information auprès des entreprises.
- Speaker #0
Ok. Et justement, pour dès aujourd'hui commencer cette sensibilisation, est-ce que tu voudrais bien, on a déjà abordé la bipolarité, est-ce qu'on pourrait reprendre ? et que tu nous expliques ce que c'est exactement. Il y a une notion de différentes phases. Reprendre un petit peu ces phases, nous expliquer concrètement à quoi ressemble la maladie au quotidien.
- Speaker #1
La bipolarité, c'est une variation d'humeur qu'on appelle aujourd'hui trouble bipolaire ou anciennement psychose maniaco-dépressif, même si c'est un terme qui n'est plus utilisé. On retrouve dans les différentes phases la dépression déjà. qui est une phase où l'envie n'est plus là, la vitalité est perdue, il n'y a plus de motivation, il peut y avoir une hypersomnie puisque la personne dort beaucoup, ou alors des insomnies face aux ruminations que peut engendrer la dépression, c'est-à-dire des angoisses, des idées noires, des idées également suicidaires. c'est peut-être là qu'on peut dire justement que... 40% des personnes bipolaires feront une tentative de suicide, ce qui est quand même quelque chose d'énorme. Ensuite, nous avons les phases hypomaniaques et maniaques, qui sont deux phases distinctes de par leur durée et de par leur intensité, mais qui ont plus ou moins les mêmes symptômes, puisqu'on y retrouve un engouement pour beaucoup de choses, beaucoup d'enthousiasme. Le fait d'avoir envie de faire beaucoup de projets, de parler vite, peut-être parler fort parfois. Le fait de se sentir capable de beaucoup de choses. Donc voilà, c'est une phase où on s'engage dans énormément de choses, on vit, on se sent bien, on se sent capable peut-être de trop de choses justement. Et c'est là que peut advenir la dangerosité de ces phases, c'est-à-dire qu'il peut y avoir aussi des addictions à tout ce qui est drogue, addiction à ce qui est alcool, addiction à ce qui est achats compulsifs. addiction à ce qui est aussi sexualité, et il peut y avoir des mises en danger puisqu'au travers d'un élan de socialisation, de séduction. Donc voilà, ici on peut dire qu'il commence à y avoir une mise en danger de la personne. Et la différence de l'hypomanie avec la manie, c'est, comme je disais tout à l'heure, l'intensité, puisque dans la manie, on peut décrocher de la réalité. et développer des délires psychotiques, c'est-à-dire des délires qui peuvent jongler entre délires mystiques ou délires de persécution et qui finissent bien souvent par une hospitalisation. Si on récapitule, on a la phase dépressive, la phase hypomaniaque, la phase maniaque. On peut parler de la phase otimique qui est une phase de stabilité qu'il peut y avoir ou non entre chaque phase. Au-delà de ces phases, il y a aussi les types de bipolarité. Ceux qui sont dans le DSM, dont je vous parlais tout à l'heure, qui est le manuel psychiatrique, il y a le type 1 qui se caractérise par le fait qu'il y ait au moins une phase maniaque, le type 2, dépression et hypomanie, et la cyclotimie qui est plutôt de l'ordre de la dépression et de l'hypomanie. au moins quatre changements sur l'année. Et au-delà de ces trois types, viennent se greffer des variantes, donc les états mixtes, qui sont une superposition de la phase dépressive et de la phase hypomaniaque ou maniaque. Donc c'est une ambivalence qui pousse généralement le plus au passage à l'acte. Et ensuite, les phases ultra-rapides qui peuvent vraiment changer très très rapidement. un peu comme mon trouble à moi, puisque moi j'ai une cyclotimie, et pour le coup je peux changer d'humeur du jour au lendemain, de la semaine à l'autre, du mois à l'autre, c'est toujours très variable et très imprévisible, et du coup ça ne permet pas de projeter des choses, ça ne permet pas d'organiser des choses, puisqu'au dernier moment, quand je me lève le matin par exemple, je ne sais pas si je vais être de bonne humeur ou vraiment mal.
- Speaker #0
Alors tu dis d'un jour à l'autre, dans ce cas-là, où se place la nuance finalement pour identifier, comment est-ce que tu as découvert que tu étais bipolaire et que ce n'était pas juste des changements d'humeur normal ? Est-ce que par exemple, on parle parfois d'un côté héréditaire dans cette maladie ?
- Speaker #1
Alors effectivement, il peut y avoir un côté héréditaire, ce n'est pas toujours le cas, mais c'est vrai que les personnes qui ont des troubles psychiques sont plus... amener à avoir des enfants qui en ont aussi, que ce soit les mêmes troubles ou pas. On peut avoir un parent dépressif qui va avoir des enfants bipolaires, on peut avoir des parents bipolaires qui vont avoir un enfant schizophrène. En tout cas, il y a un terrain qui ne demande qu'à exister et bien souvent, ça se déclenche via un choc émotionnel. On a un choc émotionnel et on commence à avoir des troubles qu'on distingue justement des simples changements d'humeur parce qu'il y a des impacts sur le quotidien qui nous empêchent de faire notre vie de manière ordinaire. C'est-à-dire qu'on va avoir vraiment des difficultés parfois à sortir, à socialiser ou alors ça va être trop de socialisation justement ou pas assez. on va avoir du mal à être constant. C'est vraiment ça la difficulté de la biporelarité, c'est qu'on n'a absolument aucune constance dans les phases dépressives, hypomaniaques, maniaques, ou alors on peut avoir quand même des phases de répit qu'on appelle l'otimie. L'otimie, c'est quand l'humeur est égale. Et ça, ça peut arriver quand même de manière courte, de manière plus ou moins longue. Et ce sont des vrais moments de soulagement, puisque là, on se rend compte de ce que peut être une vie ordinaire. Mais c'est aussi des moments de très grande angoisse, puisqu'on se demande quand va arriver la prochaine phase, en fait.
- Speaker #0
Alors, tout ce que tu décris, le fait de ne pas être constant, c'est lorsqu'il n'y a pas de traitement. Mais aujourd'hui, je crois qu'il existe des traitements. Une fois que le diagnostic est posé, on peut vivre normalement avec cette maladie.
- Speaker #1
Alors, effectivement, on a des traitements à partir du moment où le diagnostic est posé. donc c'est pour ça que très souvent on conseille d'aller consulter un psychologue et bien souvent un psychiatre, puisqu'il faut savoir que seul un médecin est à même de poser un diagnostic. Donc en l'occurrence, dans la psychiatrie, c'est vrai que c'est le psychiatre. Et donc on a des traitements, on a à la fois des antidépresseurs, des régulateurs de l'humeur, il peut y avoir des anxiolytiques, il peut y avoir des antipsychotiques. Il y a différentes choses qui permettent de réguler un trouble bipolaire. Mais ce qu'il faut savoir, c'est que quand on est bipolaire, on ne soigne pas une bipolarité, on apprend à vivre avec. C'est-à-dire qu'une bipolarité ne s'efface pas d'une vie, comme un rhume qu'on a et qu'on n'a plus grâce aux médicaments. Là, on apprend à vivre avec, avec les médicaments qui permettent de baisser l'intensité des phases. baisser la fréquence des phases, mais on en a quand même encore quelques-unes, quelques oscillations dans nos vies avec des symptômes qui sont toujours présents. Moi, je sais que sur ma communauté, des personnes que j'ai pu avoir en visio, par exemple, j'ai dû faire entre 300 et 400 visios, il n'y avait qu'une seule personne qui me disait être stable.
- Speaker #0
Sinon,
- Speaker #1
c'est vrai que ça reste quelque chose qui est très difficilement atteignable puisqu'il faut absolument savoir jouer sur les molécules, les posologies, les interactions des uns avec les autres. Et c'est vraiment un travail de longue haleine pour les psychiatres.
- Speaker #0
Et donc là, tu parles beaucoup de traitements médicamenteux. Est-ce qu'il y a également une routine peut-être à mettre en place, quelque chose au quotidien dans la vie ?
- Speaker #1
Alors effectivement, il y a des choses qui sont importantes en plus de l'accompagnement par un psychologue, un psychiatre et les médicaments, qui sont déjà deux choses fondamentales pour soigner la bipolarité. On peut aussi ajouter l'hygiène de vie, c'est-à-dire que le sommeil par exemple est un vrai pilier de la stabilité, c'est-à-dire que plus on dort correctement à des heures identiques d'un jour sur l'autre. plus le corps est stable et mieux il se porte. On peut aussi parler de l'alimentation qui aujourd'hui est au cœur des recherches par rapport aussi à l'atténuation notamment des phases dépressives. Après, on peut tout à fait imaginer l'activité physique. Pour le coup, on ne l'imagine pas parce que c'est quand même prouvé aujourd'hui que c'est très important d'un point de vue moral. Ensuite, on peut imaginer des activités qui nous plaisent. Ça peut être le scrapbooking, ça peut être la photo, ça peut être peindre, dessiner, écrire, tout ce qui permet la communication via l'art. On peut aussi s'aider de la cohérence cardiaque, de la sophrologie, du yoga, des animaux. les animaux aussi sont extrêmement importants dans... dans ce qu'ils peuvent apporter. Donc, ça peut être aller se balader dans une ferme pédagogique, ça peut être la médiation animale, ça peut être tout simplement avoir un chien ou un chat. Voilà, il y a quand même beaucoup de choses qui existent en dehors des sciences qui peuvent être aujourd'hui un complément aux médicaments et à l'accompagnement psy.
- Speaker #0
Oui, c'est des choses, finalement, ça se recoupe pas mal avec ce qu'on va préconiser, en fait, même à tout le monde, finalement, pour avoir un bon équilibre de vie, une bonne santé mentale. C'est des choses, c'est juste que quand il n'y a pas la maladie derrière, on a tendance à se dire que ce n'est pas forcément nécessaire qu'on s'en sortira sans. Donc, la maladie vient juste appuyer l'importance de ce genre d'activité.
- Speaker #1
C'est vrai qu'on dit aujourd'hui que le sucre, par exemple, est quelque chose de terrible. par rapport à la dépression. Et c'est vrai qu'en fait, si on avait une meilleure éducation à l'hygiène de vie dès tout petit, je pense qu'on arriverait à grandement atténuer les phases dépressives des uns et des autres, ou tout simplement à diminuer la dépression dans le pays, si c'était vraiment quelque chose de culturel en fait.
- Speaker #0
Oui, donc décidément, le sucre, c'est à bannir pour... tous les aspects.
- Speaker #1
Tout à fait.
- Speaker #0
Ok, c'est bien. Tout ce que tu nous dis appuie notamment l'importance d'être diagnostiqué, puisque pour mettre en place des vrais traitements médicamenteux ou non, il va falloir être diagnostiqué et pour cela être ok pour aller rencontrer les professionnels de santé, être au courant de l'existence finalement de cette maladie, puisque j'ai l'impression que souvent la bipolarité, on va en parler un petit peu comme ça, entre amis, en disant... J'étais content ce matin, j'étais triste ce soir, je suis bipolaire. Est-ce que tu peux nous expliquer pourquoi ça peut être problématique, justement, ce genre d'amalgame ?
- Speaker #1
Alors, ça peut être problématique parce que du coup, ça enlève tout le sérieux de la pathologie en tant que telle, que ce soit pour la bipolarité, que ce soit pour la dépression ou la schizophrénie. On utilise aussi beaucoup « je suis border » pour dire « je suis borderline » , alors que... C'est aussi un trouble de la personnalité qui est extrêmement douloureux pour celui qui le vit. Donc c'est vrai qu'il ne faut pas galvauder les mots. Les mots ont un sens, que ce soit dans la psychiatrie ou ailleurs, et s'en servir pour éventuellement énoncer une situation quelconque qui est en fait plus quelque chose de l'ordre d'un sentiment, c'est vrai que voilà, ça diminue l'impact que peuvent avoir les vrais mots finalement.
- Speaker #0
Très bien. Et pour conclure un petit peu tout ce qu'on a dit, est-ce que tu pourrais nous expliquer finalement pour un proche comment soutenir correctement une personne qui serait bipolaire ?
- Speaker #1
Je crois que déjà, la meilleure façon de le faire, c'est de se sensibiliser à la maladie et de s'informer sur la maladie. Parce que tant qu'il n'y a pas d'informations, il y a toujours un petit peu cette notion de tu fais des caprices, si tu voulais, tu pourrais. Alors qu'en fait, on est vraiment en dehors de ça, on est sur quelque chose de l'ordre d'une très grande souffrance. Donc, c'est vrai que dans la dépression, il y aurait peut-être besoin d'une compréhension en face. Je suis là si tu as besoin. Si tu as besoin d'aide, n'hésite pas à m'appeler. Voilà, quelque chose de l'ordre du soutien. Et dans ce qui est hypomanie et manie, tant que la personne reste ancrée dans la réalité, on peut discuter avec elle, même si elle est un petit peu pleine d'engouement et un petit peu en dehors de ce qu'elle peut évidemment faire. Il n'y a pas vraiment de... de problématiques, mais c'est vrai qu'à partir du moment où il y a un danger avec les addictions ou des délires psychotiques, là, c'est plus tout à fait du même ordre et la personne n'est plus réceptive à ce qui peut être dit ou en tout cas n'intègre pas ou n'a pas envie d'intégrer. par exemple pour un achat compulsif elle va très bien entendre tu vas encore dépenser des sous mais elle va quand même le faire. Donc, on peut imaginer dans ces cas-là, en fonction de ce que les proches sont à même de faire, qu'il puisse y avoir une aide extérieure, en fait, c'est-à-dire d'appeler les pompiers, d'appeler la police éventuellement si vraiment il y a un débordement ou une mise en danger de la personne puisque à travers ces délires psychotiques, donc je redis pour les personnes qui ne connaissent pas ce terme-là, c'est vraiment être... en dehors de la réalité. Donc, ça peut être des délires de religion, des délires de persécution. Ça peut être des choses qu'on s'invente un petit peu, mais desquelles on est convaincu sur le moment. C'est ça qui est très important. Il faut ne pas aller à l'encontre de ce qui est dit et en même temps, ne pas cautionner non plus, puisque ce sont des phases qui sont assez mouvementées. Et si la personne, par contre, se met en danger, il faut pas hésiter à appeler les pompiers pour qu'eux prennent le relais.
- Speaker #0
D'accord. Je pense que ces différents éléments qui, j'espère, aideront les auditeurs à savoir comment réagir face à une personne bipolaire. Merci beaucoup pour tout ce que tu nous as apporté. Je te propose de rester avec nous pour les deux minutes culture. Je vous propose aujourd'hui de comprendre le fonctionnement des antidépresseurs sur le cerveau. Avant de cibler leur action, il faut comprendre comment les messages passent dans le cerveau lorsque tout va bien. Pour imager tout cela, imaginez que votre cerveau est une grande gare remplie de trains stationnés sur des quais. Chaque train représente un neurone et les quais, ce sont les synapses, ces espaces entre deux neurones où les informations circulent. Pour que tout fonctionne bien, des voyageurs qu'on appelle neurotransmetteurs transportent des messages d'un train à l'autre. Habituellement, les voyageurs vont arriver en gare, circuler un petit peu sur les quais, puis entrer dans le train d'à côté pour y déposer leur message. Ensuite, certains retourneront dans leur train d'origine, on appelle cela la recapture, tandis que d'autres continueront de transmettre leur message dans tous les wagons du second train pour s'assurer qu'il ait bien été entendu. Lors de certains troubles, il arrive que le premier train ne transporte que peu de voyageurs. ou bien que ces voyageurs n'aiment pas trop explorer et retournent vite dans leur train d'origine. Dans ce cas-là, le message est très peu transmis. Malheureusement, quand les voyageurs concernés sont par exemple le neurotransmetteur sérotonine qui régule l'humeur et l'anxiété, la noradrénaline, énergie et concentration, ou encore la dopamine, plaisir et motivation, cela perturbe la transmission des messages et peut altérer l'humeur. C'est là qu'interviennent les antidépresseurs. Leur rôle, c'est d'empêcher la recapture. Autrement dit, ils bloquent les portes du train d'origine une fois que les voyageurs en sont descendus. Comme ils ne peuvent plus revenir en arrière, ils sont bien obligés de transmettre leur message jusqu'au bout, ce qui améliore la communication entre les neurones et progressivement l'état émotionnel de la personne concernée. Il existe plusieurs types d'antidépresseurs qui vont agir différemment selon les voyageurs qui ciblent. La fluoxétine, par exemple, qui est couramment utilisée, bloque la recapture de la sérotonine pour renforcer son action sur l'humeur. D'autres antidépresseurs vont cibler la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline, ce qui peut aider en cas de fatigue intense et de perte de motivation. D'autres types existent, avec des mécanismes différents, mais tous ont pour objectif d'améliorer la transmission des messages dans cette grande gare qu'est notre cerveau.
- Speaker #1
Je trouve que la métaphore est bien choisie et que, effectivement, ça permet de mieux comprendre comment fonctionnent les antidépresseurs qui viennent justement en inhibition de la recapture des neurotransmetteurs.
- Speaker #0
Merci beaucoup en tout cas, Marine, pour tous les éléments que tu nous as apportés.
- Speaker #1
Merci à vous.
- Speaker #0
J'espère que tout ce qui aura été dit pendant cet épisode aura apporté des éléments de réflexion à vous, chers auditeurs. Si vous avez aimé et appris des nouvelles choses, n'oubliez pas de vous abonner pour suivre nos prochains épisodes et à suivre également le compte Instagram de Marine, le comptoir des humeurs. N'hésitez pas à nous envoyer vos questions à l'adresse email contact.murek.fr que vous retrouverez dans la description. ou sur nos réseaux sociaux Facebook, LinkedIn et Blue Sky. Nous y répondrons lors du webinaire avec une psychologue le 24 avril prochain. Vous pouvez dès maintenant vous inscrire. Vous retrouverez le lien d'inscription dans la description ou sur le site web de la Mutualité française Centre-Val-de-Loire. Merci, à bientôt !