- Speaker #0
Bienvenue dans le podcast Corps et Fracas, le podcast mené par la Mutualité Française Centre-Val de Loire qui rend des sujets de santé complexes accessibles à tous. A travers des thématiques variées, nous vous invitons à prendre soin de votre santé et de celle des autres en vous informant. Chaque thématique est explorée en trois épisodes, complétés par un webinaire où vous pourrez poser toutes vos questions. La prévention est au cœur de notre démarche, car s'informer, c'est déjà agir pour sa santé. Bienvenue dans ce second épisode qui s'inscrit dans la thématique de la santé mentale et qui fait suite à l'épisode sur la représentation des troubles psychiques dans la pop culture. Je suis Ségolène Duclosiou, je fais de la prévention au sein de la mutualité française et aujourd'hui nous allons aborder le sujet du suicide, plus spécifiquement de la prévention du suicide et je suis donc en compagnie du docteur Antoine Bray, médecin coordinateur du dispositif 3114 Centre-Val-de-Loire. Bonjour docteur.
- Speaker #1
Oui, bonjour, merci pour l'invitation. Je suis effectivement le docteur Antoine Bray, je suis psychiatre au CHU de Tours. J'ai exercé une dizaine d'années en hospitalisation et en consultation. Et puis j'ai intégré l'équipe du 31-14, peu de temps avant son ouverture, en novembre 2023. Par ailleurs, j'ai d'autres casquettes également. Je suis référent de la cellule d'urgence médico-psychologique du SAMU 37. J'interviens aussi en tant que consultant au Centre Régional de Psychotraumatologie et je suis formateur du GEPS, le Groupement d'études et de prévention du suicide, depuis 2022. Et pour finir, je suis co-président de V37, le réseau de santé qui cible la prévention du suicide.
- Speaker #0
Et donc vous avez fait le choix de travailler dans la prévention du suicide, entre autres. Est-ce que vous pourriez nous expliquer ce qui vous a mené à cette place aujourd'hui ?
- Speaker #1
Ce qui m'a mené à choisir le fait de travailler dans la prévention du suicide, c'est premièrement la... problématique générale. Il faut savoir aujourd'hui que le suicide ça touche une personne toutes les heures, c'est-à-dire que 25 personnes décéderont malheureusement aujourd'hui. C'est une tentative de suicide toutes les deux minutes en France. Et c'est responsable de près de 9000 et quelques décès, ce qui correspond à trois fois le nombre de personnes décédées par accident de la voie publique.
- Speaker #0
On ne s'attend pas à ces chiffres, effectivement.
- Speaker #1
Donc la problématique est extrêmement importante. Après... Plus personnellement, au cours de ma carrière professionnelle, que ce soit à l'hôpital, pendant les gardes, dans les consultations, c'est une problématique qui est quand même souvent récurrente quand on travaille en psychiatrie, auquel on est souvent confronté, et ça nous amène à des questions et des réflexions en tant que professionnels. Et puis après, beaucoup plus personnellement, je pense que comme beaucoup de personnes, j'ai été aussi exposé au suicide. Il faut savoir que 8% de la population va être fortement impactée par le suicide d'un proche, et une personne sur cinq sera exposée à un suicide d'une personne plus ou moins proche. Pourquoi on établit le distinguo entre impacté et exposé ? Exposé, vous allez avoir des émotions qui vont être difficiles à gérer dans votre quotidien. Impacté, vous allez être durablement touché par cette perte, par ce deuil qui est très particulier. Le deuil par suicide, c'est quelque chose de très difficile, où il y a aussi une note de culpabilité, une note de honte qui se surajoute à la tristesse, à la colère, à l'angoisse d'avoir perdu l'être cher. Et voilà, il faut savoir que globalement, une personne qui se suicide va impacter 6 à 10 personnes, qui vont donc être considérées comme endeuillées par suicide, et 135 personnes seront exposées au suicide de la personne. Et donc tout ça pour dire que finalement, on est tous, ce qu'on dit souvent en prévention du suicide, le suicide c'est l'affaire de tous, et donc mon souhait derrière tout ça, c'était quand même de mieux comprendre cette problématique. monter en compétence pour pouvoir améliorer la pratique, améliorer les soins proposés aux personnes et essayer de lutter contre ce fléau.
- Speaker #0
Merci beaucoup pour ces chiffres qui effectivement sont assez parlants et qui nous permettent de nous rendre compte de l'importance de la prévention. On est rentré bien dans le cœur du sujet, on parle de suicide et pour être sûr d'être bien sur la même longueur d'onde, est-ce que vous pourriez nous repréciser un petit peu ce qu'est une crise suicidaire ? Faire le distinguo, peut-être avec la dépression, on a tendance à un peu... mélanger, faire tout lier, donc reprendre un petit peu tous ces termes-là.
- Speaker #1
Ok. Une crise suicidaire, c'est un processus psychique qui est dynamique, qui est évolutif, qui est réversible, qui est limité dans le temps chez la personne. Et qu'est-ce qui va se passer au cours de cette crise psychique ? Il va y avoir un débordement de la personne, de ses capacités d'adaptation et de ses capacités à résoudre les problèmes. Ça, c'est un modèle qui a été développé par le professeur Monique Seguin au Québec. En fait, ce qu'il faut bien comprendre, c'est que dans la vie d'un individu, il va être soumis par exemple à plusieurs stress qui vont s'accumuler, s'accumuler, et il va faire face, il va utiliser ces petites stratégies qui vont lui permettre... de faire face à ces difficultés. Et à un moment donné, l'accumulation va faire que les stratégies qu'il a l'habitude de mettre en place ne vont plus marcher. Il va commencer à être débordé, les émotions vont se submerger. A partir de là, il va y avoir de plus en plus de difficultés à trouver des solutions. Il va se retrouver complètement dépassé par la situation. La crise suicidaire dure 6 à 8 semaines. Donc c'est limité dans le temps. Et au cours de cette crise suicidaire, quand la personne arrive en crise suicidaire en tout cas, Elle va voir le suicide comme la solution pour mettre fin à sa souffrance. En fait, ce qu'il faut bien garder en tête et toujours en tête, c'est que la personne qui est suicidaire ne veut pas mourir, elle veut arrêter de souffrir, ce qui est bien différent. On sait que la dépression est très présente dans la mécanique de la crise suicidaire. Ce qui va distinguer les deux, c'est que la dépression, c'est un trouble psychique, un trouble psychiatrique que l'on soigne, que l'on sait traiter. Et la crise suicidaire, c'est une phase dans la vie d'un individu qui n'est pas forcément liée à un trouble de santé mentale, une phase qui est limitée dans le temps, sur laquelle on peut aussi intervenir. Mais on n'est pas sur la caractérisation d'un trouble spécifique. Ce n'est pas une maladie en soi. C'est un état dans lequel on peut se trouver.
- Speaker #0
Vous dites que 50% des personnes qui peuvent entrer en crise suicidaire vont avoir à la base une dépression. Et donc c'est les 50% autres. Est-ce que ça va être, par exemple, des événements traumatisants ?
- Speaker #1
Alors, c'est une très bonne question. En fait, on observe trois mécaniques de crise suicidaire. On a la crise suicidaire psychosociale, la crise suicidaire un peu classique, vous savez. Il y a tout un panel de stratégies qui existent, qui font redescendre les tensions de votre quotidien. Donc vous avez ces tensions qui s'accumulent, mais vous faites face avec votre stratégie. Puis un jour, admettons, vous, votre stratégie, c'est de courir ou d'aller voir vos amis. Et puis, il va se trouver qu'un jour, vous allez... Vous cassez la jambe. On va vous plâtrer la jambe. Là, courir, ça ne va plus être possible. Et puis, allez voir vos amis, il faut conduire. Ça ne va pas être possible non plus. Donc déjà, vos deux principales stratégies vont tomber par terre. Et là, le stress va s'accumuler, va s'accumuler. Et qu'est-ce que vous allez faire ? Vous êtes replié, vous commencez un petit peu à vous isoler. Et puis, vous pouvez vous dire, par exemple, tiens, je vais peut-être prendre un petit verre, ça va me détendre, ça va me permettre de baisser le stress. Bon, là, c'est une stratégie qui est inadaptée, qui va un petit peu encore plus creuser ses tensions de plus en plus. Puis à la maison, vous êtes beaucoup plus présent, et puis il y a des tensions qui se mettent au sein de votre couple, et ainsi de suite. Et on monte, Et à un moment donné, qu'est-ce qui va se passer ? Il va y avoir l'émergence d'idées de mort. C'est ce qu'on appelle les idées suicidaires passives. Si je n'étais plus là, ça serait tellement plus simple. La personne est-elle en telle souffrance qu'elle n'est plus en capacité de voir des pistes de solutions qui vont lui permettre... d'apaiser cette souffrance, d'avoir une stratégie qui lui permette de faire redescendre cette souffrance qui est en train de monter en flèche. Et puis, après ces idées suicidaires, donc avec ce fameux conditionnel, si je n'étais plus là, si je ne me réveillais pas, s'il m'arrivait un accident, si... Vous voyez, ceci, c'est vraiment l'idée suicidaire passive. Et puis, la personne va continuer à progresser sur cette courbe qui monte, et à un moment donné, elle va se dire, c'est plus supportable, je souffre trop, le seul moyen de m'en sortir, c'est de me suicider. Et là, on passe sur les idées suicidaires. active, c'est-à-dire qu'on rentre dans un entonnoir et la personne ne voit plus aucune solution alternative, elle est dans un brouillard, elle n'arrive plus à réfléchir par rapport à tout ça. Vous avez d'autres types de crises suicidaires comme ce qu'on appelle les crises suicidaires psychopathologiques. Vous avez une dépression qui est un trouble, une maladie qui fait que vous êtes déjà dans un état vulnérable, vous avez déjà du mal à raisonner et à trouver ces stratégies qui vous aident à tenir face aux tensions de l'extérieur et là vous allez plus vite basculer dans une crise suicidaire et un potentiel passage à l'acte. Et puis vous avez un troisième type de crise suicidaire qui sont les crises suicidaires psychotraumatiques où là la personne va être brutalement confrontée à un événement de vie extrêmement stressant, potentiellement traumatique et elle va tout de suite basculer en état de crise suicidaire avec un risque de passage à l'acte. Pour vous illustrer le propos de manière un peu triste, imaginez-vous une famille qui rentre de vacances sur l'autoroute. Et puis sur l'autoroute, la voiture... Un pneu éclate, la voiture part en tonneau et puis tout le monde décède dans la voiture sauf une personne. Cette personne-là peut faire une crise suicidaire dans les 72 heures qui vont suivre parce que là elle va perdre pied, elle va être perdue dans ses émotions par rapport au drame qu'elle est en train de vivre et elle ne va plus être en capacité de raisonner pour pouvoir s'adapter à la situation.
- Speaker #0
D'accord. Oui, donc quand on va parler de prévention, finalement ça va être différents types de prévention puisque quand il y a différents types de crises,
- Speaker #1
il va falloir s'adapter à chaque situation. Il n'y a pas une prévention type qu'on applique, un modèle unique qu'on applique à tout le monde. Il va falloir que la personne qui fasse de la prévention soit capable de repérer dans quel processus on est et à quel niveau de souffrance on est dans ce processus-là pour pouvoir proposer... Les solutions qui vont être le plus adéquates et qui vont correspondre à la personne. Pas les solutions que la personne qui fait de la prévention veut mettre en place, celles qui seront adaptées à la personne qu'elle est en train de prendre en charge.
- Speaker #0
D'accord, ok. Et c'est vrai qu'en termes de prévention, par exemple, avant de faire ma formation premier secours en santé mentale, je me disais que si j'allais m'approcher d'une personne où je me disais qu'elle n'était peut-être pas très bien, il ne fallait surtout pas que j'utilise le terme suicide. Puisque ça pourrait lui donner des idées. Donc j'ai appris que ce n'était pas le cas. Est-ce que vous pouvez nous en parler ? Est-ce qu'il y a d'autres éléments ?
- Speaker #1
Alors c'est un excellent exemple que vous donnez. Cette crainte, cette peur qu'on peut avoir de poser la question. Est-ce que tu souffres au point d'avoir des idées suicidaires ? De parler du suicide, ça va libérer la parole. Et en fait, quelque part, quand vous faites ça, vous commencez à établir un lien et déjà vous êtes thérapeutique simplement en posant cette question. C'est-à-dire que le tabou... sociale qui existe autour de cette question-là, cette crainte de se dire « ça va être encore pire, je vais susciter, je vais provoquer » . Non. Il est démontré qu'on ne provoque pas le passage à l'acte suicidaire en posant la question, mais qu'au contraire, on a tendance à réduire ce risque suicidaire parce qu'on établit un lien et la personne qui est en détresse se retrouve face à vous et elle se dit « la personne qui est en train de me parler ne met pas les tabous du suicide, donc on peut en parler librement. » Et ça va être beaucoup plus facile de pouvoir agir. Donc ça, c'est une idée préconçue, une idée reçue, mais il y en a tout un tas d'autres. Par exemple, Euh... Le suicide a une cause unique, facilement repérable. Ça, c'est une idée reçue. On entend de temps en temps, pendant les gardes aux urgences, on a une personne qui vient de faire une tentative de suicide parce qu'il vient de divorcer, sa femme l'a quitté. Mais heureusement que les gens qui divorcent et qui se séparent ne se suicident pas. Ça serait dramatique ce qu'on vivrait en France. Le suicide, c'est en tout cas dans la crise suicidaire psychosociale, qui est la plus fréquente. C'est multifactoriel, c'est une accumulation de choses. C'est ce que vous avez vécu dans votre histoire de vie qui fait que vous êtes plus ou moins fragile par rapport à ça. Et puis c'est les événements un petit peu plus récents qui se sont accumulés. C'est ça qui va faire qu'il peut y avoir une crise suicidaire. Une autre idée reçue, on ne peut rien prévoir. Ça, c'est terrible de se dire ça. C'est-à-dire, on ne pouvait rien faire.
- Speaker #0
Comme si tu actais dans le marbre.
- Speaker #1
On n'a rien vu. Il n'y avait rien qui laissait présager. On sait que ce chiffre-là, enfin cette idée-là, pardon, Elle est discutable. Elle est discutable pourquoi ? Si là maintenant je vous demande quels sont les signes avant-coureurs d'un infarctus du myocarde, vous allez me dire la douleur à la poitrine, le mal dans les bras, le mal dans les mâchoires, bref. En fait, petit à petit, sociétalement, on a véhiculé un discours qui fait qu'aujourd'hui, vous savez repérer les signes d'alerte et vous savez déclencher la chaîne de secours pour faire face à ces signes d'alerte. Alors, ça peut être difficile au sein de la famille, on peut ne pas repérer ces signes-là, parce que... L'être cher peut les dissimuler à vous pour pas vous faire souffrir. Mais si ça s'exprime pas à la maison, ça s'exprime peut-être au travail, ça s'exprime peut-être avec les professionnels de santé, ça s'exprime peut-être dans le club sportif, ça s'exprime peut-être dans tout un tas d'autres sphères. On a plusieurs sphères dans lesquelles on vit. Et une des certitudes qu'on a, c'est qu'il y a des symptômes qui apparaissent dans différentes sphères.
- Speaker #0
Est-ce qu'il existe une liste de ces symptômes ? Quelque chose où on puisse se renseigner ?
- Speaker #1
Alors, cette liste-là... Alors, le faire sur le format d'une liste à la prévère, ça serait un peu rébarbatif, mais on a des formations, les formations du Groupement d'études et de prévention du suicide, le GEPS, qui sont à destination du grand public, qui s'appellent les formations Sentinelles, et qui vous aident à repérer justement ces signes qu'il peut y avoir. Ces signes, ils peuvent être divers, ils peuvent être dans votre attitude, votre comportement, le fait que vous vous repliez, que vous fassiez des choses un peu inhabituelles, ou alors une rupture de comportement qui n'est vraiment pas dans vos habitudes. Ça peut être des signes qui sont plutôt sur le registre de ce que vous pouvez dire. C'est-à-dire que vous pouvez verbaliser ou sous-entendre des idées suicidaires. Donc là, dans le langage, on a aussi tout un tas de choses. On peut aussi avoir des signes au niveau émotionnel, avec cette tristesse, des pleurs, des choses qui sont un petit peu inhabituelles chez la personne. Bref, on a une multitude de signes qui peuvent exister et qui vont aussi un petit peu varier suivant le profil de personne. Si vous êtes un adolescent, ça ne va pas être tout à fait les mêmes signes que si vous êtes une personne âgée ou que si vous êtes une personne de 30-40 ans. Mais globalement, on va retrouver ces signes-là. Et quand on les cherche, on les trouve. Simplement, il faut éduquer les personnes à les repérer.
- Speaker #0
Un tabou qui me traverse l'esprit, c'est finalement, est-ce que c'est courageux ou est-ce que c'est lâche de se suicider ?
- Speaker #1
Alors, ça va être extrêmement compliqué de répondre à la question. On a tous nos idées préconçues là-dessus. Moi, je ne suis ni philosophe ni théologien. Je pense que des philosophes et des théologiens n'arriveraient pas à s'entendre pour amener une réponse. La seule chose sur laquelle on va tous converger et tous être d'accord, c'est que quelqu'un qui a des idées suicidaires est quelqu'un qui est en souffrance. Et notre objectif, c'est de prendre en charge cette souffrance.
- Speaker #0
Vous travaillez avec la ligne d'écoute de prévention du suicide, le 31-14. Est-ce que vous pourriez nous expliquer ce que c'est, à quoi ça sert, qui peut appeler, en quoi ça consiste ?
- Speaker #1
Alors le 31-14, c'est une ligne qui a la particularité d'être une ligne tenue par des professionnels de santé qui ont été spécifiquement formés à la problématique de prévention du suicide. C'est une ligne qui est ouverte 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. C'est une ligne qui est confidentielle, qui est gratuite. c'est une ligne qui est régionalisées. Il y a un centre par région de France, au moins. Certaines régions ont deux centres quand elles sont très étendues. À qui s'adresse ce numéro de téléphone, le 31 14 ? Ça va s'adresser aux personnes qui sont en souffrance et qui peuvent avoir des idées suicidaires, aux personnes qui sont inquiètes pour un proche. Vous savez, le proche qui vous dit « J'en peux plus, tout ça va bientôt s'arrêter » . Vous pouvez appeler le 31 14 à ce moment-là parce que vous êtes inquiets pour votre proche. Ça va s'adresser aux personnes qui sont impactés par le suicide, puisque lorsqu'on est endeuillé par suicide, on est soi-même beaucoup plus à risque et puis on peut aussi avoir beaucoup de questions qu'on se pose, qui nous envahissent et on aura une réponse au 31-14. Et puis enfin, c'est une ligne qui s'adresse également aux professionnels qui sont soit engagés dans l'appréhension du suicide, soit confrontés à une problématique suicidaire. Je vous donne un exemple tout simple, une assistante sociale de secteur en milieu rural. qui, dans sa consultation, reçoit une personne qui lui évoque clairement des idées suicidaires. Qu'est-ce qu'elle en fait ? Elle peut appeler avec la personne le 31 14 au cours de son entretien et la personne va pouvoir être prise en charge immédiatement derrière.
- Speaker #0
Et donc concrètement, si une personne est en crise suicidaire et appelle le 31 14, est-ce que ça va être juste le fait de parler avec la personne qui va éviter cette crise ? Est-ce qu'il y a aussi un contact avec le SAMU qui se fait ?
- Speaker #1
Alors, Il y a évidemment le lien. Le lien, comme je vous l'ai dit tout à l'heure, c'est thérapeutique. Et déjà, établir le lien avec la personne, il y a des techniques particulières pour établir ce lien. C'est important. La personne qui appelle le 3114 n'est pas forcément en crise. Elle peut être déjà en état d'équilibre, ou en état vulnérable, ou en état de crise, si vous voulez. Donc, suivant la graduation où on se trouve dans la crise, on va avoir une réponse qui va être peut-être simplement donnée de l'information, du conseil, de l'orientation, ou alors du... Des amorçages de crise, parce que là, on sent qu'on est en train de passer sur la phase de crise et il faut des amorcer pour redescendre cette courbe, entre guillemets, de tension psychique. Et le cas échéant, si vraiment il y a un péril pour la personne, c'est-à-dire une personne qui a malheureusement démarré une tentative de suicide ou qui est sur le point de faire une tentative de suicide, le 30 à 14 a la possibilité, avec ces liens établis avec le SAMU, de déclencher des secours pour pouvoir porter assistance.
- Speaker #0
Ok. Et est-ce qu'aujourd'hui, vous avez une idée du nombre de personnes que vous avez pu aider ?
- Speaker #1
Alors sur l'activité clinique pure, on a effectivement un enregistrement depuis fin avril du type d'appel, des réponses apportées. Ce que je peux vous dire, c'est que près de 6000 personnes ont appelé le 3114 du centre Val-de-Loire depuis fin avril. Que dans 80% des cas, c'était la personne concernée. Dans 15% des cas, c'était un proche inquiet. Et dans 7% des cas, c'était un professionnel. Ça a permis quand même 1150 désescalades de crises suicidaires. On a également déclenché 375 SAMU et adressé 333 personnes vers les urgences pour une prise en charge, les mettre en sécurité.
- Speaker #0
Bravo pour toute l'aide que vous avez apportée aux personnes qui en avaient besoin. C'est des chiffres assez parlants et donc raison de plus pour vous qui nous écoutez de parler de cette ligne d'écoute de prévention du suicide 3114 autour de vous puisque comme tous nos échanges vont bien montrer, c'est une ligne qui peut sauver des vies. Nous allons donc passer maintenant aux 2 minutes culture, l'occasion de comprendre le fonctionnement concret de notre corps et je vous propose aujourd'hui d'en apprendre plus à propos du lien entre le stress et la santé mentale. En effet, le stress impacte notre cerveau et une hormone souvent appelée hormone du stress est en jeu là-dedans. Il s'agit du cortisol. Cette hormone a différents rôles et notamment le fait d'aider le corps à réagir au stress en augmentant la quantité de glucose dans le sang pour fournir de l'énergie. Cependant, il ralentit également les fonctions qui ne sont pas cruciales lors d'une situation de stress, comme les réponses du système immunitaire, la digestion, la reproduction ou encore la croissance. Enfin, le cortisol interagit avec des régions du cerveau qui régulent l'humeur, la motivation et la peur, ce qui influence notre état émotionnel et nos comportements. Mais lorsque le stress devient chronique, c'est-à-dire qu'il dure longtemps ou revient tout le temps, Le cortisol peut avoir des effets négatifs sur le fonctionnement du cerveau. Concrètement, un excès de cortisol peut user certaines parties du cerveau. Par exemple l'hippocampe, une zone essentielle pour la mémoire et la gestion des émotions, qui peut se rétrécir. Cela peut nous rendre plus sensibles aux pensées négatives et moins capables de gérer nos émotions. En parallèle, l'amidale, une autre partie du cerveau, qui joue un rôle dans nos réactions émotionnelles, devient plus active. Ce qui peut nous rendre plus anxieux ou plus facilement submergés par de fortes émotions. Le cortex préfrontal, la zone du cerveau responsable de la prise de décision et du contrôle de soi, peut également être affectée. Sous l'effet du stress chronique, il fonctionne moins bien, ce qui peut compliquer notre capacité à trouver des solutions aux problèmes, à relativiser ou encore à demander de l'aide. Ces effets combinés peuvent chez certaines personnes favoriser des pensées sombres ou un sentiment de désespoir. Je tiens cependant à rappeler que ce processus ne conduit pas automatiquement à des pensées suicidaires. C'est souvent un mélange de facteurs biologiques, psychologiques et sociaux qui vont entrer en jeu, comme nous l'a expliqué le Dr Bray. La bonne nouvelle, c'est que des techniques comme la méditation, l'activité physique ou même des pauses régulières dans la journée peuvent aider à réduire le taux de cortisol et protéger le cerveau.
- Speaker #1
Si je peux me permettre de résumer vos propos qui sont très justes, il existe une diversité de méthodes qui permettent effectivement de faire redescendre ce stress. que ce soit les stratégies d'adaptation dont on parlait tout à l'heure qui permettent de faire baisser ce stress comme le sport effectivement, écouter de la musique, lire des livres ou autre, et puis aussi des méthodes qui sont éprouvées par la science et démontrées comme efficaces telles que la méditation pleine conscience que vous avez citée, la cohérence cardiaque aussi qu'on pourrait citer.
- Speaker #0
Merci beaucoup pour ces précisions. Est-ce que vous avez quelque chose à ajouter par rapport à tous nos échanges pour conclure finalement tout ce qu'on s'est dit ?
- Speaker #1
Je vous remercie, moi aussi, de m'avoir invité, de m'avoir permis de pouvoir parler du 31-14. Si, mon message, ça serait de dire, la prévention du suicide, c'est l'affaire de tous. Et la réponse, elle est multiple, elle est sanitaire, elle est sociale, elle est médico-sociale, elle est associative et elle concerne tout le monde.
- Speaker #0
Merci beaucoup d'avoir écouté ce second épisode sur la santé mentale. Si vous avez aimé et appris des nouvelles choses, n'oubliez pas de vous abonner pour notre épisode du mois prochain où nous aborderons un autre sujet en lien avec la santé mentale. Vous trouverez toutes les ressources mentionnées pendant cet épisode dans la description du podcast. Et n'hésitez pas à nous envoyer vos questions à l'adresse email contact.murek.fr que vous retrouverez dans la description, ou bien sur nos réseaux sociaux Facebook, LinkedIn et X. Nous y répondrons lors du webinaire avec une psychologue en avril.
- Speaker #1
A bientôt !