Speaker #0Je viens de retomber sur la diapo que j'ai faite pour les journées francophones de kinesthérapie autour du bruxisme. Et je me suis dit, ah bah tiens, pourquoi je ne ferais pas un petit épisode de podcast, peut-être en plusieurs épisodes, autour du bruxisme. Et ça pourrait être utile, je pense, pour les patients, ceux qui font du bruxisme, peut-être des amis, ou bien même des kinés, parce qu'il y a beaucoup de mauvaises informations autour du bruxisme et ça peut être intéressant. d'aller creuser un peu plus loin et peut-être d'apporter une vision un peu différente de ce qu'on peut voir en règle générale. Alors l'épisode, il va être construit comme cela. Je vais imaginer que vous êtes un patient, vous êtes quelqu'un qui vient, qui n'en sait strictement rien, et que je reçois au cabinet, et donc je vais vous parler un peu comme si je parlais à un patient en consultation. Donc, de façon récurrente, ce que je vois, c'est qu'au cabinet, quand un patient vient avec des douleurs de la mâchoire, souvent, en règle générale, il va me dire « Ah bah tiens, je fais du bruxisme » . Ou bien c'est le dentiste qui m'a dit que je fais du bruxisme, et parfois j'ai même de rares cas où le patient il va hyper bien, il allait chez son dentiste, et là le dentiste lui dit, ah monsieur, il va falloir consulter, parce que là, vous avez tendance à abîmer vos dents, vous faites du bruxisme, donc oh là là, il faut vraiment consulter, sinon vous allez perdre vos dents. Ah, je trouve qu'il faut vraiment que les praticiens arrêtent avec leur discours catastrophique. Vous allez perdre vos dents, vous allez avoir mal, vous n'allez pas vous en sortir, développer de l'arthrose. Parce que non, non, non, non, faire du bruxisme, ce n'est pas une maladie en soi, ce n'est pas une problématique en soi. Et ça, il faut bien le garder en tête et c'est important de communiquer là-dessus parce qu'on retrouve beaucoup chez les patients, chez les personnes qui en souffrent, comme étant... Oh là là, le bruxisme, c'est vraiment une maladie, c'est quelque chose qui va les amener au fond du seau, et il faut arrêter un peu ce massacre-là. Donc, le bruxisme, d'abord, ce qu'il faut comprendre, c'est que c'est un comportement physiologique. Quand on serre les dents, quand on grince les dents, quand on a une contraction quelconque des muscles de la mâchoire de façon involontaire, c'est du bruxisme. Et ça, ça... correspond à un mécanisme d'adaptation que le corps a mis en place, que le système nerveux a mis en place, pour répondre à une contrainte donnée, à un stress. Et quand je dis stress, ce n'est pas un stress au sens j'ai de l'anxiété ou quelque chose comme ça, il existe des stress physiologiques à l'intérieur du corps qui sont considérés comme un stress. Vous avez des décharges de dopamine, d'adrénaline, ce sont des stress physiologiques à l'intérieur du corps. C'est simplement une stimulation. Donc le bruxisme, c'est ça. C'est répondre à travers la contraction involontaire des muscles de la mâchoire à un stress. Je prends mon exemple personnel. En travaillant en maxillo, je mets toujours un masque. Et après le Covid, d'autant plus. Et je ne sais pas pourquoi, il y a un jour, je me suis dit « Putain, j'ai vachement mal à la mâchoire. J'ai la mâchoire qui tire. » Donc, en analysant un petit peu... Mon comportement, ce que je faisais au quotidien, je me suis rendu compte que derrière les masques que je mettais au travail, j'avais la fâcheuse manie d'avancer mes dents du bas vers l'avant. Et donc sur le long terme, forcément ça va tirer, forcément ça va créer des douleurs. Ça, c'est du bruxisme également. Mais c'est un comportement qui s'est adapté en réponse à justement cette contrainte mécanique du masque sur le bas de mon menton. Et donc par effet réflexe, je viens pousser. Sur le masque. Ça, c'est du bruxisme. Mais est-ce que c'est une maladie en soi ? Non. Est-ce que j'en suis sorti ? Est-ce que je ne bruxe plus ? Ça m'arrive encore, mais je n'ai pas de douleur. À l'inverse, dit avant. Donc quand je parle de bruxisme physiologique, que c'est là pour assurer notre survie, pour créer ce mécanisme d'adaptation, c'est parce que notre corps a besoin de ça. La contraction des muscles de la mâchoire. va intervenir dans une boucle réflexe au niveau de notre cerveau, au niveau de l'axe hypothalamohypophyzaire thalamique, qui intervient également dans... La boucle des émotions. Ah, les émotions, c'est un long sujet, un sujet que j'adore partager, mais c'est pas le propos du jour. Notre mâchoire, quand on serre les dents, on va le faire comme déchargeur émotionnel, comme réponse corporelle à ce stress psychosomatique finalement, conscient ou inconscient. Et dans cette boucle réflexe, dans cette cascade de réactions neurophysiologiques, chimiques, biochimiques, eh bien on va se mettre à serrer. des dents. Donc c'est pour ça que quand on est en colère, on va serrer des dents. Quand on se freine, on se retient de dire quelque chose parce qu'on n'a pas envie de blesser, parce qu'on écoute quelqu'un nous parler, nous démonter, eh bien on serre les dents pour éviter de blesser, éviter de dire des choses qui vont dépasser le cadre de notre pensée. Et c'est pour ça que... S'intéresser au bruxisme, si on veut aller creuser un peu le sujet, on est obligé de s'intéresser aux émotions de la personne, à son histoire, à son vécu, à sa conscience, au psychosocial de la personne. D'un point de vue beaucoup plus ancré, corporel, serré ou grincer des dents, cette contraction au niveau de la mâchoire, c'est quelque chose qui est aussi indispensable pour nous maintenir en vie. Notamment en cas d'apnée du sommeil. Quand vous dormez, ou bien quand je dors, en rond, quand à un moment donné on passe en apnée, notre cerveau va tout mettre en jeu pour activer les muscles du corps, pour se réveiller, pour entraîner un petit éveil du corps. Et donc les muscles de la mâchoire vont aussi se contracter. On a montré lors des analyses de personnes qui dormaient que lorsqu'elle changeait de phase de sommeil également, on avait cette contraction, ces mouvements involontaires de la mâchoire, en dehors des apnées évidemment. Et puis vous avez les reflux gastro-osophagiens aussi. Quand vous dormez, les muscles de la mâchoire, des muscles du cou vont se contracter pour empêcher cette remontée acide. Donc voilà, le bruxisme, ce n'est pas quelque chose de mal en soi. Ce n'est pas quelque chose qui est là pour vous pourrir la vie, pour vous. détruire les dents. D'autant plus que le bruxisme isolé tel quel ne va pas entraîner cette érosion dentaire, ne va pas entraîner cette fissure. Alors, je parle évidemment si vous avez tendance à faire un bruxisme on va dire léger ou modéré, et pas le truc sévère où vous êtes tout le temps en serrage permanent. Mais ça, c'est des rares cas. Un bruxisme isolé ne va pas entraîner ces lésions dentaires. C'est vraiment la concordance de facteurs. avec une respiration par la bouche, avec des remontées acides, une alimentation qui peut être aussi beaucoup plus acide. Tous ces facteurs vont entraîner un milieu favorable à cette usure dentaire précoce. Donc il faut arrêter ce discours culpabilisant aussi de la part des praticiens, de « Ah, vous ne prenez pas soin de vos dents, vous serrez des dents, c'est parce que vous êtes stressé. » Vous devez arrêter, aller voir un psychologue. Combien de fois j'ai entendu un patient qui me rapportait que la seule alternative qu'un médecin lui proposait, c'était aller voir le psy. Ou aller voir, prenez des médocs. Non, c'est pas possible. On ne peut pas catégoriser un patient comme ça, qui est déjà en souffrance, et lui dire, allez voir le psy. Vous êtes mal parce que c'est vous qui avez un problème psychologique. Même s'il y a une part de vérité, ce sont des propos qui ne peuvent pas être dits à un patient. C'est inacceptable. Comment voulez-vous qu'un patient ait confiance dans un thérapeute si de base, le thérapeute va se mettre à juger l'état psychologique, l'état de patient et les comportements du patient ? Bon, je m'égare un petit peu. Faire du bruxisme, en fait, je le disais, c'est un comportement qui est adaptatif, qui est physiologique, et qui, lorsque vous allez avoir des événements, des stimulations qui vont majorer les épisodes de bruxisme, alors il va y avoir une sorte de neuroplasticité, un comportement qui, à la base, est exceptionnel, va devenir, par la répétition, un comportement par défaut. Et c'est là qu'on se retrouve avec des gens, un ami, un membre de la famille, un proche, peu importe, qui, lorsque vous discutez avec lui, va se mettre à serrer des dents. Quand bien même vous pouvez parler du dernier film que vous avez vu au cinéma, quand bien même vous pouvez parler de bouffe. la personne qui vous écoute, par cette stimulation acoustique, va se mettre à serrer des dents. Alors qu'il n'y a pas de raison, il n'y a pas de trouble émotionnel, il n'y a pas de stress, il n'y a pas de stimulation. Et c'est là où ça commence à devenir ce qu'on appelle une parafonction. Parce que le bruxisme, le comportement devient un comportement par défaut, involontaire. à une stimulation quelconque. Et la grosse problématique, c'est que quand ce comportement est installé au sein de notre fonctionnement, eh bien il va s'auto-entretenir, voire s'auto-stimuler. Quand je parlais de cette boucle de cascade réaction neurophysiologique, eh bien lorsque vous avez un phénomène stressant, vous allez faire intervenir forcément cette boucle d'hypothalamus, d'hypophyse, du système limbique. Donc vous allez avoir une émotion qui va s'en dégager. Vous allez donc serrer des dents. Vous allez avoir des pensées qui vont tourner gravité autour de cette émotion et autour de cet événement. Et qui vont à leur tour régénérer une émotion. Et donc, qu'est-ce que vous allez faire ? Eh bien, vous serrez des dents. À côté de ça, lorsque vous serrez des dents, vous stimulez les muscles, mais aussi les récepteurs. les mécanorécepteurs, les récepteurs à la pression, les barorécepteurs. Et en réalisant cela, vous surstimulez encore une fois votre système nerveux qui va entretenir cette boucle de réaction. Et donc derrière, vous resserrez les dents. Et plus vous allez serrer les dents, plus vous allez diminuer votre seuil de sensibilité. Et donc la douleur va commencer à émerger à partir de ce moment-là. C'est lorsque... vos systèmes d'adaptation sont dépassés, que la douleur va émerger. Et là, ça devient compliqué, parce que vous ne savez pas comment gérer les choses, vous ne savez pas d'où vient la source. Et petit à petit, on focus forcément sur les symptômes. Les symptômes que sont la douleur, et avant la douleur, le symptôme qui est le bruxisme. Je voulais revenir un petit peu aussi sur le sommeil. Le sommeil est très important. dans le bruxisme, puisque vous avez forcément cette régulation des systèmes cognitifs, du subconscient, de l'inconscient, lorsque vous dormez, lorsque vous faites de l'apnée du sommeil, lorsque vous avez tous vos cycles de sommeil, les différentes phases, et surtout, lorsque vous dormez, vous avez un ajustement du système nerveux. Dans cet ajustement intervient le bruxisme. serré, grincé, avoir une activité involontaire des dents, pendant la nuit, vous allez avoir une régulation de par cette contraction de certains neurotransmetteurs qui vont favoriser l'état de veille et de sommeil et donc maintenir votre état de sommeil pendant la nuit. Ce qui veut dire que si vous n'avez pas de bruxisme pendant la nuit, alors votre sommeil se dérègle et devient très compliqué. Si vous ne serrez pas des dents la nuit, vous ne grincez pas, vous ne faites pas de bruxisme, alors vous pouvez ne jamais vous réveiller, ou au contraire, ne jamais dormir. Donc c'est compliqué. Et c'est pour ça que c'est important de ne pas diaboliser le bruxisme, mais de le voir, percevoir, comme un état, on va dire, de signal, un état qui va vous signaler un message que, ok, il y a un truc à faire là, maintenant. Quand vous vous rendez compte que vous faites du bruxisme, C'est que derrière, en amont, il y a quelque chose à travailler. C'est un signal d'alerte, c'est une porte. Donc maintenant, qu'est-ce qu'on peut faire avec tout ça ? Qu'est-ce qu'on peut faire avec ces informations ? Parce que finalement, quand un patient vient au cabinet, quand vous cherchez à ne plus faire de bruxisme, c'est compliqué, vous ne pouvez pas le faire, c'est impossible. En revanche, vous pouvez changer de stade. Parce que vous avez le premier stade. c'est le bruxisme fonctionnel. Vous avez ensuite le deuxième stade, le bruxisme parafonctionnel, quand vous avez ces comportements qui commencent à s'adapter, qui commencent à devenir redondants, et que vous avez, ah, tiens, j'ai conscience qu'il se passe quelque chose. Et le troisième stade, c'est le bruxisme patofonctionnel. C'est quand, là, ça devient problématique, là, il y a des répercussions au niveau de la fonction de votre mâchoire, vous ne pouvez plus mastiquer, parce que vous avez mal. Vous ne pouvez plus ouvrir la bouche parce que vous avez mal. Vous ne pouvez plus faire exercer d'autres fonctions, parler, peu importe. Mais l'idée, c'est d'essayer de rétrograder dans ces stades, à travers différentes méthodes, différentes façons. Donc on va voir au cabinet, avec un kiné, avec un ostéopathe, on a souvent la thérapie manuelle. On va faire des massages au niveau des muscles de la mâchoire, on va essayer de donner des exercices d'étirement, de décompression de l'articulation, de mobilité. articulaires. Et c'est très important. Oui, c'est très important parce que quand vous serrez les dents, vous entraînez des contraintes au niveau de votre articulation, vous stimulez vos muscles, vous augmentez la charge au niveau de vos muscles, donc forcément, au bout d'un moment, ça va réagir. Donc là, c'est l'aspect mécanique. On diminue la contrainte mécanique. Mais derrière tout ça, il faut garder en tête que le bauxite, ça reste un comportement. Et donc, tout comportement demande une certaine cognition autour de tout ça. une certaine conscience ou un travail du subconscient. Et pour la petite histoire, je suis parti en croisade contre le bruxisme il y a quelques temps, en me disant, bah tiens, comment je peux aider au maximum mes patients avec ça ? Parce que ce que je fais au cabinet, ça marche, ça diminue les douleurs, mais c'est pas pérenne. Ils reviennent 4, 5 mois après, 6 mois, avec des douleurs qui reviennent. J'ai le cas d'un patient qui est en finance, un milieu très stressant, et donc il se fait ses petites shots de séance de kiné, tous les 3-4 mois pour venir se faire masser, et après ça va mieux, puis après il repart, puis quand ça devient un peu plus compliqué, il revient. Malgré les exercices, ça ne passe pas. Donc comment faire avec ces gens-là pour qu'il y ait une diminution permanente des douleurs ? En creusant le sujet, en explorant. C'est là que je suis arrivé dans tout ce qui est système nerveux, dans tout somato-sensoriel et émotionnel. Parce qu'en réalité, vous l'avez peut-être compris, je parle beaucoup de boucle neurologique. Et c'est au niveau du cerveau que tout ça se passe. Si on vient reprogrammer le cerveau, eh bien on peut alors espérer changer de stade de bruxisme. Passer d'un bruxisme bateau fonctionnel à peut-être parafonctionnel, voire à un bruxisme fonctionnel, de façon pérenne. Alors évidemment, ce n'est pas figé dans le marbre, vous allez pouvoir retransitionner entre les différentes phases, mais globalement, vous commencez à savoir gérer. Si vous avez réussi à changer de phase, alors il n'y a pas de raison pour que, si ça récidive, vous ne puissiez pas revenir dans une autre phase. Donc cette reprogrammation neuro-comportementale, elle est importante. Et ça se fait à travers différentes méthodes. Vous avez la thérapie cognitivo-comportementale, qu'on peut retrouver dans beaucoup de formations, que beaucoup de personnes pratiquent, les psychologues, les kinés. Dans le dev perso également. Vous avez tout ce qui est travail psychologique, évidemment, puisqu'il faut savoir réguler ses émotions, il faut savoir travailler sur... ces histoires du passé. Donc l'aspect psychologique est très important également. Vous avez tout ce qui est méthode de gestion du stress, avec le sport, les thérapies par le mouvement, la danse, le théâtre, et puis tout ce qui est cohérence cardiaque. J'entends beaucoup de patients qui me disent « je fais de la cohérence cardiaque » . Et vous l'aurez deviné, le breastwork également. Tout ce qui est travail respiratoire conscient, le yoga, avec les sepranayamas. Vous avez aussi tout ce qui est programmation neurolinguistique, avec le travail des schémas de pensée, avec l'hypnose ericksonienne, le travail des comportements, de la représentation mentale des choses. J'aimais bien, il y avait un dentiste, il me semble, qui avait proposé d'instaurer un cercle vertueux, une boucle réflexe, c'est-à-dire qui partait de l'observation. Que suis-je en train de faire avec mes dents ? De vérifier la posture de repos, lèvres en contact, dents sans contact. De vérifier est-ce que je respire avec le nez. De sentir les odeurs, des exercices de respiration ventrale. Ensuite, d'avaler la salive de façon correcte, sans serrer les dents. Et puis finalement de vérifier la posture de repos. Fermer ne veut pas dire serrer les dents. Et dès que j'ai avalé ma salive, je décolle légèrement les dents, la langue reste en léger contact avec le palais. Ok ? Mais c'est un peu barbare. Vous imaginez, vous arrêtez faire un stop pendant que vous êtes en train de taper un mail, pendant une réunion, et vous dire 1. J'observe. 2. Quelle est ma posture de repos ? 3. Est-ce que la ventilation est nasale ? 4. J'avale ma salive. 5. Quelle est ma posture de repos ? C'est beaucoup trop grand, trop long pour votre cerveau. Vous ne pouvez pas instaurer, shaper un comportement s'il y a autant d'étapes. pour reprogrammer un cerveau, un comportement. Alors oui, il faut une redondance, une répétition. Donc là, le nombre, la quantité va être importante. Mais pas une quantité à l'instant T. À l'instant T, c'est la qualité qui va être importante. La qualité de l'acte. Et non pas avec cinq étapes, mais une ou deux étapes. Grand maximum. Donc déjà, la première chose, c'est prendre conscience. Est-ce que oui ou non on fait du bruxisme ? Et souvent, il est trop tard. Souvent, ce que j'entends, c'est que oui, je me suis rendu compte que j'ai serré les dents. Mais ça fait un moment. Le moment où on se rend compte qu'on serre les dents, c'est parce qu'il y a une contrainte mécanique qui devient, qui commence à être perceptible. Alors, il y a déjà un bon chemin qui a été fait. À moins d'être hyper conscient, de faire de la méditation, d'avoir une interoception assez importante, mais ça on en reparlera. Donc... Lors des JFK, moi, j'avais proposé un modèle un peu simple pour essayer de coller un petit peu, justement, dans ce cercle vertueux. La première chose, c'est déjà d'identifier les stimulations, les facteurs. On a les facteurs génétiques, les facteurs environnementaux, les facteurs physiologiques et les facteurs psychologiques. Quand je dis psychologique, est-ce que... Comment je suis dans ma vie ? Quel est mon niveau de stress, d'anxiété ? Mon niveau professionnel, mon état personnel. Les facteurs environnementaux, c'est un peu la même chose. Quel est mon environnement ? Est-ce que je vis dans une maison ? Est-ce que mon environnement de vie, mon hygiène de vie est favorable à un état de bien-être ? Il y a les facteurs génétiques aussi. J'entends souvent, ah ben, mes parents... font du bruxisme, donc je fais du bruxisme. Non, désolé, c'est pas parce que vos parents vont faire du bruxisme que vous allez forcément en faire. Oui, il y a une petite prédisposition génétique, mais on a toujours un pouvoir d'action dessus. On n'est pas esclave de ce destin, de parce que oui, mes parents font ci, que je vais forcément faire ça. Et puis il y a les facteurs physiologiques. Est-ce que je fais de l'apnée du sommeil ? Est-ce que j'ai des reflux gastro-osophagiens ? Est-ce que j'ai... une bonne hygiène du sommeil ? Est-ce qu'au niveau du bilan de santé, bilan sanguin, est-ce qu'au niveau des neurotransmetteurs, tout est OK ? La cétylcholine, l'adrénaline, la dopamine, les téléphones, par exemple, les réseaux sociaux. Identifier ces facteurs permet d'avoir une cartographie, de savoir, OK, où est-ce que j'en suis ? Quelle est la base ? Une fois qu'on a ça, eh bien, on peut... commencer à travailler sur la perception, sur l'interprétation et la représentation des événements, des stimulations, des déclencheurs. Et ça, c'est l'étape 1. Déterminer les facteurs, c'est l'étape 0. Faites l'étape 1, on perçoit tout ça et on interprète et on devient conscient de ces événements. Et ça revient un peu dans ce cercle virtueux. On identifie, on essaie de voir, ok, qu'est-ce qui se passe ? Ensuite... on identifie le comportement étape 2, la stratégie d'adaptation. Quand on l'a identifié, on comprend que, ok, je fais du bruit, qu'est-ce que je peux faire différemment ? Et finalement, de voir le résultat. Quand on a le résultat, est-ce qu'il est favorable, est-ce qu'il nous fait du bien ? On active alors la boucle de reward, de récompense, qui va favoriser l'ancrage, l'engrammage du comportement d'adaptation. Les questions qu'on peut se poser, c'est donc, quel est le déclencheur ? Quelles sont les pensées autour de ça ? Quelles sont les émotions autour de ça ? Quelle est ma stratégie ? Et finalement, quelle est la récompense ? Typiquement, quand votre voisin, votre copine, votre mec, je n'en sais rien, vous parle, qu'il vous saoule, que vous serrez les dents, eh bien, quel est le déclencheur ? C'est cette dispute. Quelles sont mes pensées ? Elle me fait chier, il me fait chier. Quelle émotion ? J'ai la rage. Quelle est la stratégie ? Je serre les dents. Quelle est la récompense ? Ah, je n'ai aucune récompense, si ce n'est une... une décharge dopaminergique au niveau du cerveau. Et donc, quand on fait un peu cette introspection de cette cascade d'événements, alors on passe d'un stade d'inconscience vers de la conscience. Une fois qu'on l'a identifié, alors on peut commencer à justement passer sur quelque chose de beaucoup plus rapide. Et le modèle simple, pour moi, c'est un truc que j'ai nommé ICAR. I, Q, A, R. I pour identifier, Q pour qualifier, A pour ajuster et R pour répéter. Ce petit processus, il est très simple. Il faut le poser sur papier, il faut le poser sur soi, en introspection. On peut méditer, on peut essayer juste de fermer les yeux et de se poser les questions. Et une fois qu'on les a identifiés, alors lorsque la stimulation va se présenter en un claquement de doigts, et bien tout ce processus va s'opérer. Et là, on va pouvoir non plus réagir à la stimulation, la réaction étant le bruxisme, mais on va pouvoir agir. Ok, si c'est pas ça, qu'est-ce que je fais ? Et plus on répète justement ce processus, plus c'est là où l'adaptation change, c'est là où on passe d'un bruxisme parafonctionnel, patofonctionnel, à un stade antérieur, peut-être plus fonctionnel. Ça, c'est un concept que je trouve hyper intéressant, que les patients, en général, aiment bien, que vous pouvez essayer de mettre en place. Ça marche plutôt pas mal, mais c'est pas non plus forcément évident à mettre en place, parce que ça demande un peu d'engagement. Ça demande de se poser avec un stylo et une feuille et de répondre à ces questions. Bon, je le fais exprès de l'énoncer comme ça, parce que finalement... Qu'est-ce que ça coûte de prendre 5 minutes, peut-être un peu plus, et de répondre à 5 questions sur une feuille ? Et puis après vient quelque chose de beaucoup plus profond, et c'est la respiration, la régulation du système nerveux. Quand on vient réguler le système nerveux grâce à la respiration, c'est là qu'on agit en profondeur, on transforme réellement nos schémas de pensée, qu'on transforme notre cascade de réactions, les trajectoires d'informations au niveau des neurones, au niveau de nos actions. Une information va remonter au cerveau, hop, est-ce qu'on réagit ou est-ce qu'on agit ? Et à travers la respiration, on offre la possibilité à notre corps, à notre cerveau, d'exercer cette capacité de neuroplasticité, de pouvoir changer les patterns, changer les schémas. Et c'est ça qui est intéressant. avec la respiration. Pour moi, quand on respire, les exercices respirateurs, c'est un peu la télécommande d'une télé, la télécommande de votre système nerveux. Et pour ça, je vous propose de faire un épisode spécial dessus.