- Speaker #0
Moi c'est Viviane, et ça c'est Corpus Riot, le podcast en chair, en mots et en révolte. Aujourd'hui j'accueille Charlotte, qui nous partage l'expérience de la mode plus size.
- Speaker #1
Tout le petit stress latent que t'as quand t'es gros ou grosse et que tu dois te saper, ça part d'une humiliation, celle de ne pas pouvoir m'habiller comme mes copines. Moi j'ai clairement été castée pour être la plus size. On vient de loin, les héros, mais on est là maintenant. J'ai compris très vite à quelle point mon corps il était politique.
- Speaker #0
Bonjour Charlotte, bienvenue chez Corpus Riot.
- Speaker #1
Bonjour, merci beaucoup.
- Speaker #0
Je suis ravie de t'accueillir aujourd'hui. Je vais te laisser te présenter, mais en tout cas, moi je t'ai découvert à travers les réseaux sociaux, comme toujours. À travers, je te disais, ton look très pop, très coloré qui est un petit peu mon antithèse. Ça fait du bien aux yeux, ça fait du bien moral et à côté de ça, tu es aussi ta propre boutique vintage, ta collection de bijoux et tu fais du mannequinat. Donc j'ai envie de dire... On va avoir de la mode, on va avoir du corps, du vêtement, plein de choses pour s'aider à s'accepter, à s'aimer et à se célébrer, j'ai envie de dire.
- Speaker #1
C'est ça, exactement.
- Speaker #0
Je te laisse te présenter Charlotte.
- Speaker #1
Je m'appelle Charlotte, j'ai 34 ans, je vis près de Paris depuis 10 ans maintenant. Et comme tu as dit, je fais plusieurs choses. Je suis créatrice de bijoux, j'ai une boutique de vêtements vintage et je suis aussi mannequin grande taille. depuis 7-8 ans.
- Speaker #0
Génial. On va commencer par une question un peu généraliste. Quelle est l'étiquette qu'on te colle le plus souvent ?
- Speaker #1
L'étiquette qu'on me colle le plus souvent, je pense que c'est la rigolote. Ça, ça me colle à la peau depuis que je suis ado, voire même pré-ado. En gros, la petite grosse rigolote colorée qui fait des blagues, qui est toujours de bonne humeur, qui est toujours disponible. Ça, c'est un peu mon étiquette, je crois. Et même adulte, ça continue à exister. Un peu plus nuancé, mais ça continue à exister.
- Speaker #0
Et toi, justement, quelle est l'étiquette que tu t'attribues à toi-même ? Comment toi, tu te perçois ?
- Speaker #1
Quand j'étais jeune, j'adhérais complètement à l'étiquette qu'on me donnait. Pas parce que je l'avais choisie, mais parce que c'est toujours plus simple de s'auto-persuader qu'on est d'accord avec les autres sur ce qu'ils pensent de nous-mêmes que d'aller à l'encontre de ce qu'on entend sur soi. Et puis aujourd'hui, je dirais que je me colle l'étiquette de, j'allais dire d'un télo parisienne un peu, mais c'est un peu ça. Parisienne, non, on va dire d'un télo bobo un peu, où j'ai tendance à vouloir me documenter et me déconstruire sur un maximum de choses. Je fais très attention à comment je consomme, à comment je parle, tout ça. Je suis assez engagée, mais je ne suis pas non plus militante. sur les réseaux, mais je me considère, oui, comme une... De plus en plus, en tout cas, dans tous les aspects de ma vie, l'étiquette que je me donne, et c'est plus qu'une étiquette, c'est vraiment genre comme ça, mais comme ça que je me présente au monde, genre de plus en plus comme quelqu'un qui fait attention à son environnement dans tous les sens du terme. C'est peut-être un peu prétentieux, d'ailleurs.
- Speaker #0
Non, non, mais c'est comme ça. En tout cas, c'est comme ça que tu veux te présenter au monde.
- Speaker #1
Exactement. Moi, j'ai envie de montrer que j'ai envie d'être gentille. Et d'être gentille pour les gens tout près de moi et aussi pour les gens plus loin de moi.
- Speaker #0
Est-ce que tu pourrais nous partager un des premiers souvenirs où tu te rappelles t'être sentie en dehors du cadre, un petit peu en dehors des cases ?
- Speaker #1
Bien sûr, j'en ai un qui me vient en tête tout de suite, qui me vient en tête tout de suite quand tu m'as posé la question. C'est surtout dans mon corps que je suis par définition hors cadre. Et mon premier souvenir de cette prise de conscience-là, du fait que mon corps ne rentrait pas dans les cadres, c'était... En cours de danse, moderne jazz, comme toutes les petites filles des années 90, on préparait le gala et du coup, il fallait des costumes. Et en fait, je ne rentrais pas dans les costumes que la dame m'avait prévus. Et du coup, toutes mes copines étaient en train d'essayer. Je me rappelle, c'était des petits shorts kaki avec un petit débardeur blanc et tout. D'ailleurs, un peu l'aura croft sur des gamines de 10 ans, mais ça, c'est un autre sujet. Et en fait, moi, je rentrais pas dans le short. Et donc, du coup, la dame, elle m'avait dit « Ah, mais Charles, tu devrais demander à ta maman de t'en trouver un et tout. » J'étais là, bon, déjà, à demander à ma maman. Aussi, un autre sujet. Mais du coup, j'avais pas mon short pour le gala de danse. Parce que je faisais pas la taille qu'ils avaient prévue pour des gamines de 12 ans, quoi. Moi, à 12 ans, je sais pas quelle taille je faisais. Non, je dis 12, mais c'était même avant, 10. Je sais pas quelle taille je faisais à 10 ans, mais pas celle qu'on avait prévue pour moi en tout cas. Donc du coup, ce jour-là, j'ai vraiment internalisé. genre le ok y'a pas pour toi va falloir trouver une solution avec maman Et puis, on n'en trouvait pas. Du coup, je me souviens, on avait galéré et on m'avait acheté un pantalon blanc à Leclerc que ma mère avait teint en kaki, tout ça. Donc, c'était très traumatisant, très triste et très humiliant comme histoire. Genre, quand tu as toutes tes copines qui vont à leurs essayages, qui sont trop contentes, tout ça, toi, tu es là, bon, j'ai envie de chialler parce que ma mère a trouvé qu'on a teint, tout ça. Voilà. Donc, ce n'est pas un souvenir très heureux.
- Speaker #0
Oui, je comprends. Merci de ce partage parce que je revois toutes ces séquences d'essayage quand t'es enfant pour les spectacles de groupe, les choses comme ça, où t'as toujours des tailles très standards et quand t'as la chance d'être dans les standards,
- Speaker #1
tu te rends pas compte de ouf et à quel point ça te suit après, même dans ta vie d'adulte. On parle plus en âge, mais tu sais, genre les 36, les machins. Les femmes qui ne supportent pas de prendre une taille ou de ne pas faire la même taille d'un magasin à l'autre, c'est des traumas qui prennent leur racine directement dans le genre d'événement que je viens de dire. Moi, ça a complètement conditionné tout le petit stress latent que tu as quand tu es gros ou grosse et que tu dois te saper. À chaque fois, ou quand il y a des trucs de groupe et que du coup, tu es là, mais moi, ça ne va pas m'aller. Genre, je sais pas, t'es à la mer, tu veux faire ou à la montagne, ce que tu veux. Deuxième truc, j'étais ado, sortie canyoning, il faut mettre une combi. J'étais là, OK, il n'y aura pas de combi pour moi. Du coup, pendant les deux heures de route pour y aller, genre la boule au ventre, j'étais là, mais c'est l'accumulation totale. Je vais devoir dire aux gens que je rentre pas dedans. Ils vont s'en rendre compte, je vais devoir les attendre. Alors que j'avais envie d'en faire en plus, tu vois. Ou pareil, tous les délires, genre accrobranche, machin et tout. Genre, tu dois dire ton poids devant tout le monde à un moment. Moi, c'est un truc, à cause de ça, que je n'en ai jamais fait, puisque je suis complexée encore maintenant. Mais alors, à l'époque, laisse tomber. Et donc, du coup, je ne voulais même pas y aller, juste pour ne pas dire combien je pèse devant mes copains, mes copines. C'était genre impensable. Donc, tout ça, c'est très tôt que ça commence. Et que tu te rends compte que c'est un vrai stress pour les personnes concernées.
- Speaker #0
Est-ce que tu peux nous raconter un petit peu ce qui t'a amenée, justement, vers... Le vintage, la création de bijoux, la mode, est-ce que tu es tombée dedans quand tu étais petite ?
- Speaker #1
C'est tout à fait lié à ça. Du coup, je ne trouvais pas à me saper dans les vêtements qui étaient censés être pour moi. Puis en plus, année 2000, je me souviens, tout le monde était ultra mince. Les standards de beauté étaient drastiquement plus sévères que maintenant même. Je ne trouvais ma taille nulle part, d'une part, d'une part. Et du coup, je n'allais pas dans les magasins traditionnels, dans les IMAUS, tout ça. Aussi parce que ma grand-mère m'a transmis ça, de genre réutiliser plutôt cracheter, réparer plutôt cracheter. Mais du coup, moi, c'est là que j'ai commencé à chiner des vêtements. Parce qu'en fait, j'ai découvert qu'il y avait plein de trucs qui m'allaient là-dedans. Et donc, du coup, j'en ai fait un trait de personnalité. En fait, toujours pareil. En fait, au début, ça part d'une humiliation, celle de ne pas pouvoir m'habiller comme mes copines, et d'une immense frustration. Parce que du coup, moi, je les voulais, les petits débardeurs. Je voulais les tailles basses, je voulais la ceinture comme le temps des cerises et tout. Mais je ne pouvais pas l'avoir. Du coup, je me suis dit, je vais faire un trait de personnalité, le fait de ne pas m'habiller comme tout le monde. Et du coup, ça a commencé comme ça. Et puis après, c'est vraiment devenu un fake it until you make it. Et je l'ai fait. Et c'est comme ça que ça m'est revenu au vintage. Et du coup, après, les bijoux et le maquillage, c'est vraiment, je pense, les seuls trucs que tu peux... auquel tu peux accéder exactement de la même manière que tu sois mince, gros, grand, petit. Et du coup, c'est un terrain de jeu. C'était un terrain de jeu et c'est encore un terrain de jeu pour moi merveilleux. C'est le seul domaine où je n'ai aucune limite. Du coup, je suis hyper créative sur les bijoux, j'adore ça. J'en ai tout le temps. Le maquillage, plus il est coloré, mieux je me sens. C'est très libre. Alors que tout ce qui est habillement... Même les chaussures, c'est un problème quand tu es grosse aussi. C'était toujours une petite prise de tête. Il faut toujours penser, est-ce que ça va être confortable ? Est-ce que ça va m'aller ? Est-ce qu'il va y avoir ma taille ? Alors que le maquillage et les bijoux, tu as pas ces questions-là. Du coup, tout de suite, très tôt, ça m'a intéressée très fort.
- Speaker #0
Et donc, tu as commencé à faire tes propres bijoux vers quelle période à peu près ?
- Speaker #1
J'ai consommé beaucoup de bijoux pendant très longtemps. Soit ceux du commerce, soit ceux de créatrice ou de copine créatrice plus tard quand j'étais adulte. Mais j'ai commencé à découvrir ma créativité assez tard, il y a quelques années, il y a trois ans je dirais. En fait, j'ai fait une grosse dépression il y a 4-5 ans. J'ai fait un burn-out avant que je ne travaille dans l'éducation nationale. Donc pas du tout manuel, pas créatif. C'est assez créatif, j'étais prof d'anglais, je créais plein de choses, mais pas manuel, tu vois. Et je m'étais toujours plus envisagée comme la personne qui allait consommer chez les créatrices plutôt qu'être une créatrice. Bien sûr, l'un n'empêche pas l'autre, mais je ne m'étais jamais dit que j'étais capable de faire ça. Et puis dépression, remise en cause de tous les aspects de ma vie, rebattage de carte totale. reprassage aussi des relations, tout ça. Et en fait, j'ai noué, enfin, renoué parce qu'enfin, j'étais très créative avec ma créativité et c'est là que j'ai commencé à faire mes bijoux il y a deux, trois ans. Mais ça a commencé juste déjà faire des petits trucs avec des perles pour, tu vois, genre me vider la tête, tout ça. Et en fait, très vite, mon esprit les a imaginés en collier, en bracelet, tout ça.
- Speaker #0
Très cool. Et t'as ouvert ta boutique il y a à peu près
- Speaker #1
Oui, alors j'ai ouvert ma boutique Memento deux ans après ma dépression. Et donc du coup, il y a trois ans maintenant. Et initialement, c'est qu'une boutique de vêtements vintage. C'est qu'une friperie en ligne. Et puis en fait, au fur et à mesure de comment j'ai évolué, j'intègre maintenant mes bijoux. Et très bientôt, j'ai envie d'intégrer aussi une section de déco vintage. Ça suit un peu mon évolution à moi. et mes goûts à moi. D'ailleurs, des fois, j'ai très, très peur que les gens se perdent dans ce que je propose. Et en fait, il faut que je me lâche un peu les basques là-dessus. Juste, je propose ce que j'aime et j'aime les vêtements vintage, les bijoux et la déco. Et donc, je propose un peu tout ça.
- Speaker #0
Oui, et puis, je pense qu'on trouve toujours des gens qui ont à peu près la même vibes que nous et finalement...
- Speaker #1
Oui, oui, complètement. J'ai eu la chance d'être un peu suivie sur les réseaux. Oui, oui. Et puis, j'ai eu une commu vraiment de rêve sur mon compte Insta. Genre, elle n'est pas grosse, mais elle est super engagée et tout. Donc, quand j'ai commencé mes mentos, en fait, tout de suite, j'ai eu de l'engagement. Tout de suite, j'ai eu des commandes, des encouragements. Donc, c'est vraiment chouette.
- Speaker #0
Une de tes autres facettes professionnelles, c'est donc le fait d'être mannequin. Tu peux nous parler de ce qui t'a amenée vers le mannequinat ? Tu parlais que ça faisait 7 ans que t'en faisais.
- Speaker #1
Ça a commencé par le plus grand des hasards, si on croit au hasard. Mais j'ai toujours aimé la mode en tant que consommatrice. J'ai toujours aimé m'acheter des vêtements. Je suis toujours intéressée par ce qui se fait. Et comme je disais au tout début, par comment les choses sont faites aussi. Du coup, je suis pas mal de marques, dont des marques françaises, qui fabriquent en Europe. de tout ça et tout, dont la marque Make My Lemonade. Donc, on leur fait un petit coucou. Et en fait, qui en 2019 ou 2018, ont fait un appel sur leur story Insta. Ils cherchaient des nouveaux modèles. Ils voulaient shooter avec des filles next door. Vraiment, genre, pas des mannequins parce qu'ils faisaient une collection sur Paris. Et en fait, ils voulaient complètement dépoussiérer le cliché de la parisienne en mode Inés de la Fressange. et Charlotte Gargour. Donc voilà, ils voulaient caster des femmes qui habitent à Paris mais qui ne ressemblent pas du tout aux clichés qu'on véhicule à tout bout de champ depuis des centaines d'années. Et du coup, j'ai répondu à leur story. J'ai dit, moi, je serais trop contente de le faire. Et il fallait envoyer un mail avec deux, trois photos de toi. Donc vraiment, des selfies pas maquillées face à la fenêtre. Et puis j'ai été prise pour la première sélection. J'ai passé le casting. Et finalement, j'ai été sélectionnée parmi les, je ne sais pas combien on était, genre 7 ou 8 à avoir été prises. Très contente, très surprise, très contente. Et du coup, j'ai commencé tout de suite un peu dans le grand bain, sur un gros shooting, grosse prod, 4 photographes, une quinzaine de modèles, plusieurs spots dans Paris, tout ça. Ça allait se changer dans les camions, dans les machins. Moi, à l'époque, j'étais prof d'anglais, je sortais de mon collège, j'étais là, waouh, c'est cool. Et j'ai été étonnamment très, très à l'aise. Et j'ai adoré ça. Et puis, du coup, j'ai commencé à être visible sur les réseaux de la marque, qui est une marque cool. Donc, elle tag leur modèle, notamment les modèles qui ne sont pas professionnels à l'époque. Et donc, du coup, très vite, d'autres marques m'ont démarché parce qu'elles m'avaient vue sur les réseaux de cette marque-là qui est suivie de près par les autres marques parce qu'elles marchent bien. Et donc, du coup, j'ai eu d'autres opportunités à partir de là, d'autres marques qui m'ont demandé de poser pour elles et tout. Et ça a commencé comme ça.
- Speaker #0
Génial.
- Speaker #1
Et puis, j'ai été comme ça toute seule pendant un an. Et puis après, j'ai signé avec ma première agence. Et puis là, ça a commencé encore plus à se... à se professionnaliser.
- Speaker #0
En tout cas, c'est une super belle histoire effectivement. Et puis, moi je connais beaucoup de marques qui font souvent des castings un peu dans les clientes et des choses comme ça. Et toutes les clientes ne sont pas toujours à l'aise. N'importe qui devant une caméra n'est pas forcément à l'aise en shooting. Donc, c'est aussi une superbe rencontre. C'est que tu avais aussi la fibre et que ça s'est…
- Speaker #1
Oui, je pense que ce n'est pas donné à tout le monde d'être mannequin. évidemment c'est pas ce que je définirais de métier difficile, clairement pas mais c'est un métier quand même c'est pas tout le monde qui est capable de manquiner et les marques qui castent aussi parmi leurs clientes, ça c'est limite aussi parce que c'est aussi beaucoup de fois une manière de pas prédire des gens dont c'est le métier il y a un milliard de trucs à dire là-dessus il faut toujours trouver une nuance et puis si tu ne rémunères pas en argent, quand même rémunérer en quelque chose. Moi, tu vois, mon premier cachet, il était en bon d'achat, mais c'est déjà quelque chose. De plus en plus, tu vois, les marques utilisent quand même leurs clientes soit pour faire du contenu, soit pour faire leur campagne. J'en veux surtout aux grosses marques qui auraient un milliard de fois le budget d'employer des gens et qui préfèrent faire faire ça à leurs clients. C'est chiant, quoi. Surtout que ce n'est même pas un mode création de contenu. C'est vraiment juste... Elles ne sont même pas payées en tant qu'influence ou tout ça. Elles ne sont pas payées du tout. Je trouve que ça ne se fait pas. Ou ça se fait une fois, ça se fait une fois de temps en temps pour lancer un produit ou en complément d'une campagne ou ce que tu veux. Mais genre, il faut payer les gens dont c'est le métier. C'est un vrai métier. Moi, dans mon expérience de mannequin, genre un milliard de fois, on m'a demandé de bosser gratuitement. J'ai dit, ben non. Oui, ça fera bien pour son book, mais en plus, même pas parce que ce n'est pas une marque où je trouve que... que non, ça ne m'intéresse pas. Et oui, on me dit souvent, ta visibilité, machin et tout, mais souvent, c'est des petites marques en plus qui te lancent. Donc, en fait, je suis en vue de leur dire, non, vous avez 5000 abonnés. Donc, en fait, non, ça ne va pas. En fait, un milliard de fois, je les fais poser gratuitement pour des marques et je le referai et je continuerai de le faire et je trouve ça trop cool. Mais des marques pour qui j'ai un affect particulier, soit pour ce qu'elles véhiculent comme valeur, soit parce que c'est mes copines ou des copines de copines. ou des abonnés ou des gens avec qui j'ai déjà un petit lien. Mais genre, quand on me tope qu'on n'est même pas abonné à ma page et qu'on me dit « Ah, tu veux poser pour moi ? » et que je sais que le message, il a été envoyé à un milliard d'autres mannequins, je suis là « Bah, non. » Enfin, avant, je disais oui à presque tout, mais tu m'en fous.
- Speaker #0
Comme tu le disais, ton étiquette, c'est de choisir tes combats.
- Speaker #1
Ah oui, oui, oui, parce que par exemple, Chine, ils m'ont demandé un endroit incalculable deux fois. C'est vrai ! Oui, mais genre, et encore, moi, ça va, j'ai une autre copine, c'est le triple de moi. Moi, ils m'ont demandé quatre fois, quatre fois, j'ai dit non, en leur disant les mêmes choses, et ils reviennent à la charge tout le temps, parce que je pense que c'est une personne différente qui réécrit à chaque fois, donc je répète la même chose, mais j'avais de l'avis, même pour une grosse somme d'argent, je ferais ça. Genre, parce qu'en fait, tu grilles ton image, être mannequin, c'est aussi ça, là-bas. du métier, c'est de gérer ton image et pas bosser avec n'importe qui parce que tu te grilles avec d'autres. Et bosser avec Chiline, si tu le fais une fois, tu restes pour toujours la fille de la pub Chiline. C'est sûr.
- Speaker #0
En tant que mannequin, finalement, tu corresponds à pas mal de critères de beauté. Est-ce que toi-même, tu te considères comme belle ?
- Speaker #1
C'est une question vaste. Oui, je me considère comme belle pour plusieurs raisons. La première, elle est militante. Genre, j'ai pas envie de me trouver moche, donc je me trouve belle, déjà. Parce que j'en ai marre que les femmes se trouvent moches. Faire en sorte que les femmes se trouvent moches, c'est faire en sorte qu'elles dépensent des centaines de milliers d'euros dans essayer d'améliorer ça. Du coup, par conviction, militantisme, je me trouve belle et flemme d'acheter des trucs pour me corriger, tu vois. Et puis, je me trouve belle parce que je sais bien que je réponds à elles. à quelques critères. Enfin, tu vois, je l'ai... Ben, déjà, je sais pas, je suis rousse. On vient de loin, les roues, mais on est là maintenant. Et genre, je sais que c'est une couleur de cheveux maintenant qui plaît vachement. Je suis une rousse naturelle, j'ai des taches de rousseur, j'ai des yeux verts, l'un l'un. Genre, ça plaît pas mal. Donc, oui, je me trouve belle parce que j'ai pas envie de me trouver moche. Et puis, parce que je sais que j'ai des traits physiques qui sont un peu plus rares que la moyenne. Enfin, on est 2% sur la planète Terre à être roux et rousse, donc autant en être fiers. Mais en attendant, je me rends bien compte aussi de tous les critères que je ne remplis pas. Et je sais aussi que je suis devenue mannequin pour cette raison-là aussi, parce que je ne remplis pas le critère de la minceur. Parce que je suis devenue mannequin, du coup, pendant la vague body positive, tout ça, qui nous manque, qui avait ses défauts, mais qui nous manque. Et je sais très bien que je suis devenue mannequin parce que j'étais grosse, ce qui n'est absolument pas un problème, évidemment. Mais alors, un milliard de fois pas, genre, c'est pas du tout un problème. Mais je sais que c'est pas manquement à un critère que je suis devenue un critère. Tu vois ce que je veux dire ?
- Speaker #0
Oui, si t'avais été... plus mince avec les mêmes couleurs de cheveux, les mêmes yeux, etc. Tu n'aurais pas forcément été castée ?
- Speaker #1
Non, je ne pense pas. On ne pourrait jamais vraiment savoir. Mais moi, j'ai clairement été castée pour être la plus size.
- Speaker #0
Pour toi, c'est important justement de représenter les plus size ?
- Speaker #1
Oui, à fond, bien sûr. Mais tu sais, c'est un peu ce que je te disais au début. Il n'y a pas grand-chose que je fais de manière pas motivée intellectuellement ou politiquement. Je ne suis pas ouvertement militante. Je me... considère comme militante dans le sens où je représente une catégorie de personnes qui ne l'est pas. Tout simplement.
- Speaker #0
Le fait que tu t'exposes, que tu assumes d'être mannequin, c'est une forme de militantisme ?
- Speaker #1
Absolument. J'ai toujours vu ça comme ça. Évidemment, il y a aussi un peu d'égotrip. Ça fait du bien. Quand tu as passé une vie entière à te détester, quand ils te disent que tu es trop belle, quand ils te disent « j'aimerais bien que tu signes dans mon agence, c'est super, tu imagines ? » Ça fait un bien fou. Mais j'ai toujours eu à cœur de représenter la partie de la population qui n'est pas mince.
- Speaker #0
Pour rester sur le mannequinat et les réseaux sociaux, où tu partages pas mal de choses quand même, est-ce que ça a influencé justement ta relation à ton corps ?
- Speaker #1
Oui, oui, complètement. Déjà, les deux sont liés. J'ai commencé les réseaux parce que j'ai commencé le mannequinat. Parce que du coup, je pense qu'il y avait... un tel manque de représentation, comme on disait tout à l'heure, de personnes non minces. Peut-être qu'on y reviendra tout à l'heure, mais aussi, j'ai commencé le mannequinat, je faisais du 42. Donc, je n'étais pas non plus...
- Speaker #0
Juste, rappelons-le quand même que le 42, c'est la taille la plus répandue chez les Françaises quand même. Rappelons-le.
- Speaker #1
Absolument. Et quand j'ai commencé le mannequinat, je faisais de cette taille-là. Mais n'empêche que c'était quand même il y a quelques années maintenant et qu'il y avait un manque de représentation de ces corps-là. Ces corps-là. Ça fait bizarre de dire ça comme ça, mais en tout cas, un manque de représentation. Du coup, tout de suite, j'ai eu pas mal de gens qui se sont abonnés à moi. Aussi parce qu'en fait, toujours grâce à Make Money Money, qui est une marque qui est très suivie et avec des clientes qui sont très engagées dans la marque. Il y a beaucoup d'affect avec cette marque. Elles sont attentives à ce qui se passe sur les réseaux. Elles sont attentives et elles sont venues me suivre. Du coup, très vite, je me suis retrouvée avec une petite commu. une petite, mais genre quand tu passes d'un stade normal quotidien où tu as genre tes collègues, tes copains de lycée et puis deux, trois personnes que tu croises un soir, en soirée, et que tu arrives à mille, deux mille, trois mille personnes et puis en plus, ça coïncide avec le confinement. Le confinement, cette période bénie pour les algorithmes et tout ça, où tout le monde avait le temps, tout le monde commentait. Du coup, en fait, mon compte, il a évolué très, très vite. Et oui, bien sûr que ça a influencé, ça a influé sur mon rapport à mon corps, dans le sens où déjà, mon corps, j'ai commencé à l'exposer. Il a commencé à sortir de mon miroir, à sortir de chez moi, à sortir des yeux des personnes qui sont proches de moi. Donc du coup, j'ai commencé à avoir un regard actif sur mon corps et sur ce qu'il voulait dire. Et en commençant à être sur les réseaux et à m'exposer, entre guillemets, j'ai compris très vite à quel point mon corps, il était politique. à quel point il faisait du bien aux gens, pas en ce qu'il est, mais en ce qu'il représente. Je me suis rendue compte très vite en étant sur les réseaux et le fait que du coup, les gens aient commencé à me suivre en pose de mon corps, grâce à mon corps, tu vois. Ils ne connaissaient pas encore vraiment ma personnalité. J'étais juste une fille qui avait posé pour une marque qui se n'aimait bien et elle s'est retrouvée en moi. Parce qu'en fait, comme tu disais tout à l'heure, il y a énormément de femmes qui font du 42, 44 en France et qui n'étaient pas trop représentées à l'époque, genre 2019 et tout. et qui sont venues s'abonner à moi pour avoir quelqu'un qui leur ressemble, avec un style qu'elles aiment bien, pour être inspirées par mes looks, j'imagine. Et puis après, j'ai commencé du coup à prendre conscience de ça, prendre conscience du pouvoir qu'a fait mon corps, c'est de à quel point ça créait du lien avec d'autres femmes, et à quel point ça faisait du bien, et à quel point ça liait les femmes entre nous, et à quel point ça pouvait être un vecteur de plein. d'autres choses que juste porter des vêtements. Et donc, du coup, j'ai commencé à parler de mon rapport au corps plus intime, aussi parce que je commençais à être gênée de ne recevoir que des compliments, que des « Waouh, t'es trop belle, j'aimerais trop être comme toi, comment t'as fait ? » Et moi, j'étais là « Waouh, waouh, waouh, mais de quoi tu parles ? » Genre, j'ai rien fait, j'ai passé les deux tiers, si ce n'est plus, de ma vie au mieux à vouloir changer deux, trois trucs au pire à me détester. Genre, j'ai rien à te dire. Et du coup, j'ai commencé à vouloir un petit peu remettre les pendules à l'heure, genre sur mon corps, de voir à quel point il était complimenté. voire idéalisées par certaines femmes qui me ressemblaient en plus. J'ai envie de dire, mais tu es pareil que moi. J'ai envie de leur dire, je vais leur donner attention parce que la manière dont tu te ressens, dont tu me ressens, moi, c'est le négatif de comment tu te ressens, toi. Tout est lié. Et puis, on vit dans un monde où on nous apprend, nous, les femmes, à nous comparer les unes entre les autres. Et en fait... J'avais envie de remettre un petit peu de sincérité là-dedans et puis aussi de sororité. Et puis c'est là que j'ai commencé aussi à parler un peu, même beaucoup à une période, de mon passé avec mon corps, de mes troubles alimentaires, de à quel point ça a été compliqué pour moi de grandir avec ce corps-là, de mon parcours, de tout ce que ça a impliqué. Et moi en plus, avec mon corps, j'ai un peu tout connu, j'ai été mince à une époque. pas longtemps, tu vois, du coup, j'ai l'impression d'avoir un peu tout parcouru. Et j'avais envie un peu de parler à ces filles-là qui semblaient si impressionnées par mon corps et ma beauté. J'ai envie de leur dire « wow, yo, yo » . Déjà, il y a pour une photo où je suis effectivement un avion de chasse dessus, il y en a genre 30 où j'ai le menton en l'air, enfin, tu vois. une photo sélectionnée parmi des centaines, avec toute une team de gens dont c'est le média que tu te sentes belle et que tu sois belle. Donc, les maquilleurs, les coiffeurs, les gens qui font l'éclairage, les stylistes, les machins. La lumière, ça fait tout. Enfin, regarde, là, tu vois, genre, tu te dis, OK, mannequin, bon, mannequin. Alors que quand tu me vois sur mon book, tu te dis, c'est toute une question, genre, de mise en scène autour. J'avais envie vraiment de parler de ça. Et puis, genre, le fait d'être vraiment une girl next door. Enfin, il faut que j'arrête de faire les oncles ici. d'être une fille comme tout le monde mais ça fait bizarre de dire comme ça d'être la fille la plus ordinaire du monde et de me retrouver à faire des choses qui sont pas ordinaires parce qu'effectivement c'est un tout petit pourcentage de la population qui est mannequin j'avais envie de dire attention c'est pas parce que je suis plus belle que toi c'est parce que j'étais là parce que j'ai une personnalité qui fait que j'ai aucun problème à m'exposer et que j'ai un visage expressif et que je vis à Paris et que je suis rousse. Il y a plein de trucs. Ça a influé mon rapport au corps où j'ai pris conscience qu'il voulait dire quelque chose sociétalement et que j'avais un truc à dire là-dedans.
- Speaker #0
Petite patte côté derrière nous, on reste sur le corps, mais tu viens d'annoncer ta grossesse, donc félicitations. Merci ! Est-ce que tu as des appréhensions sur les changements qui vont pouvoir impacter ton corps ?
- Speaker #1
Et bien, figure-toi qu'avant d'être enceinte, j'en avais plein. Vu que mon rapport à mon corps est si compliqué, pendant très longtemps déjà, j'ai dit que je ne voulais pas d'enfant, pour un milliard de raisons, dont celle des changements corporels, parce que j'étais la purée. C'est tellement dur déjà pour moi, toute seule, de gérer mon corps où il n'y a que moi dedans, genre non, non, non, et puis gérer tout le côté après. J'en vais enceinte de manière pas sûre. prise, mais beaucoup plus rapide que prévu, mais tant mieux. On fait partie des extrêmes chanceux, on en est bien conscients. Et en fait, je suis très étonnée de la manière dont, en fait, c'est très doux pour moi d'être enceinte. Genre, je crois que c'est la première fois de ma vie, de ma vie consciente, en tout cas, genre d'adulte. Enfin non, même pas d'adulte, parce que j'ai commencé, comme je disais tout à l'heure, à être consciente de mon corps, j'avais moins de 10 ans. Et là, je crois que c'est la première fois de ma vie que je me fous vraiment la paix. sur ce à quoi il ressemble mon corps, où je le vois autrement que comme un truc à corriger, ou que les gens voient comme un truc à corriger, et que je le vois comme un truc complètement dingo. Je n'ai pas trop trop peur. Après, ma grossesse aussi est arrivée à un moment où je ne me sens pas bien du tout dans mon corps. Là, ça va mieux maintenant que je suis enceinte, mais les quelques mois qui ont précédé la découverte de ma grossesse, j'étais au pire du pire de mon rapport au corps. Et c'est vrai que c'est quelque chose sur lequel je n'ai pas encore parlé sur les réseaux. Déjà parce que je suis moins active qu'avant, pour beaucoup de raisons, mais aussi parce qu'on ne va pas se mentir, je ne me sens plus bien dans mon corps.
- Speaker #0
et que je suis un vrai carrefour idéologique. Je me dis mince, je me dis purée. Je ne suis pas bien parce que je ne me sens pas bien dans mon corps, parce que je me trouve trop gros. En même temps, ça fait depuis des années que je me déconstruis et que je communique sur ça, sur la grossophobie, sur la grossophobie internalisée et tout ça. Et en fait, je suis en plein temps. Donc du coup, ma grossesse est arrivée à un moment où mon corps, j'en avais marre. Je le subissais. Et donc du coup, le fait d'être enceinte donne une dimension à ce corps-là qui est tout à fait nouvelle et qui est merveilleuse. Donc du coup, ça m'a un peu soulagée. Mais c'est vrai que je pense déjà à l'après, même si je n'ai presque pas pris de poids pendant ma grossesse, comme beaucoup de personnes en surpoids, on en prend très peu, voire pas, voire on en perd. Mais je pense déjà à l'après parce que je me rappelle de mon corps d'avant et je sais qu'il ne me correspond pas. Donc ça, c'est pareil, c'est tout insulaire à part entière, mais cette espèce de carrefour dans lequel je suis, où je me dis que je suis bloquée. J'ai envie d'aimer mon corps, j'ai envie de ne pas le subir. Et en même temps, à l'heure actuelle, j'ai envie de le changer parce qu'il ne me convient plus.
- Speaker #1
Mais actuellement, à l'instant avec ta grossesse, il a une utilité autre que juste être ton corps, en fait,
- Speaker #0
je pense. Absolument. Là, ma grossesse, elle est merveilleuse. Et puis, c'est une période où c'est très, très douce avec mon corps. Je le trouve super. Je me trouve belle enceinte. Il n'y a pas de problème.
- Speaker #1
C'est quand même plutôt pas mal de réussir à faire un bébé, j'ai envie de dire, et de porter un bébé.
- Speaker #0
Oui, grave.
- Speaker #1
Bien joué.
- Speaker #0
Merci.
- Speaker #1
On va parler un peu plus de mode de vêtements. Pour toi, c'est quoi justement la mode, le vêtement ? C'est énorme, une contrainte, une armure, un camouflage ou un moyen d'expression ? Ou totalement autre chose peut-être ?
- Speaker #0
Pour moi, c'est un moyen d'expression. Après, c'est aussi tout plein d'autres choses. Pareil, ça dépend d'où on parle. Genre, il ne faut pas oublier que nous, là, on parle de notre milieu ultra privilégié avec un peu d'argent à mettre dans les vêtements, avec tout ça. Il y a des gens pour qui les vêtements, c'est juste ne pas être tout nu. C'est déjà bien. Oui, mais je pense qu'on a tendance à l'oublier parfois. À quel point le vêtement, c'est aussi ne pas avoir froid.
- Speaker #1
Moi, j'habite sur l'île, je sais très bien que les vêtements, c'est avant tout pour pas être tout nu.
- Speaker #0
Donc, j'ai toujours cet aspect-là en tête. Et puis aussi, un moyen d'expression presque sans limite pour les personnes très... C'est mince. Pour les personnes grosses, on a des limites, mais tu vois ce que je veux dire. Un moyen d'expression et puis un reflet des sociétés aussi. Genre ça, on s'en rend compte toujours un petit peu plus tard, mais à quel point la mode est le reflet de ce qui se passe à l'instant T dans une civilisation et que j'ai l'impression que c'est un des premiers marqueurs visibles d'un changement dans une société. Genre clairement, tu vois, je pense aux années 60. la révolution sexuelle, tout ça. En fait, la mini-jupe est arrivée tôt, tu vois, enfin, elle est arrivée très vite. Et j'ai l'impression que c'est un des premiers marqueurs visibles du plan de mentalité. Et du coup, c'est pour ça que je suis très attachée aux vêtements et que je suis très attachée aux gens qui font attention à comment ils s'habillent. Pas par snobisme du tout, parce que, en plus, je ne suis pas une fashion, tu vois. J'aime la mode parce que j'aime les vêtements, parce que j'aime les couleurs, parce que j'aime les textures, j'aime quand ça brille, tout ça. Mais je ne suis pas une fashion. J'ai ma petite culture mode parce que j'aime bien ça. Mais je ne peux pas décrypter un look, je ne peux pas te dire ça c'est inspiration Mugler de 86 croisés à 20 points, blabla. Seul sur les basiques, mais pas sur tout. Donc en fait, mon rapport à la mode, il est surtout sur ce que ça veut dire au quotidien pour les gens et à quel point c'est quelque chose qui est relativement accessible. pour dire qui tu es et pour se positionner et dire qui tu as envie d'être aussi.
- Speaker #1
Et justement, ton style, comment tu le définirais et comment tu l'as construit ?
- Speaker #0
Moi, mon style, je le définirais comme genre classic with a twist. J'aime bien les coupes très classiques, les belles coupes, les belles robes bien centrées, les vestes bien ajustées. Je suis très sensible au volume des vêtements avant tout, et aux longueurs et aux coupes. Je trouve que c'est ça qui fait un peu tout. Je le déteste quand un manteau est plus court qu'une robe, un truc comme ça. J'ai besoin malgré tout, tu vois, qu'il y ait une espèce de silhouette un peu carrée et après, genre, de s'amuser avec les couleurs et les motifs et les textures. Donc, ouais, moi, je me définirais comme colorée, un peu rétro, rétro dans le sens où, du coup, genre, ouais, des coupes assez classiques, mais toujours avec de la fantaisie.
- Speaker #1
On a déjà eu pas mal de petits insights à travers le début de l'interview, mais qu'est-ce qui t'énerve ou qui te frustre le plus dans la mode en ce moment ?
- Speaker #0
De ne pas avoir des vêtements qui me vont facilement, mais frustrer de ne pas trouver ma taille exactement dans tous les trucs que j'aime et surtout frustrer de ne pas pouvoir trouver des vêtements qui me vont dans des modes de fabrication qui me vont aussi. Ça fait une grosse frustration et c'est un grand classique de la communauté plus size, c'est qu'en fait genre... Ben oui, on est forcés d'avoir recours à des sites où on n'a pas envie d'aller, mais on y va quand même pour se saper. Parce qu'en fait, quand tu vas à Gémeaux ou à Kiyabi, t'as vite le cafard. No offense pour Gémeaux et Kiyabi. Kiyabi, j'ai même posé pour eux, j'adore et tout. Mais tu vois ce que je veux dire ? T'as un truc un peu plus rigolo.
- Speaker #1
Comme tu viens de te définir comme tu aimes les belles coupes avec des trucs un peu pop, je ne te dirais pas Kiyabi comme marque emblème. Mais non !
- Speaker #0
Et puis, du coup, les belles coupes, ce n'est pas non plus sur les Chines et compagnies qu'on les a. Il y a des marques qui le font. Il y a plein de marques françaises qui font des grandes tailles jolies et tout. Mais après, c'est le problème d'accessibilité aussi, genre financière. Il n'y a pas tout le monde qui peut mettre 200 balles dans un manteau ou 100 euros dans une robe. Pourtant, ce sont des prix qui sont corrects. Il n'y a pas de problème. C'est carrément correct. Ma frustration, c'est ça, c'est de ne pas trouver ma taille partout. et de ne pas pouvoir être en adéquation avec mes valeurs et ma consommation. Là, à l'heure actuelle, je ne peux pas. Ou alors après, il y a toujours la seconde main, bien sûr. Mais pareil, en fait, tu vois, genre en fait, quand tu es gros et grosse pour trouver des vêtements cools, évidemment, tu as la seconde main, tu as un milliard de trucs. Mais en fait, des fois, c'est chiant. Enfin, je veux dire, c'est un skill. C'est vraiment une compétence de retourner Vinted pour trouver genre la robe qui va te plaire, à ta taille, à machin, genre d'avoir la vision. Sur une tête, il n'y a pas les mannequins, il n'y a pas les vidéos, il n'y a pas les machins. Et puis, des fois, tu as la flemme. Des fois, tu as besoin d'avoir un jean, en fait. Il faut que tu l'achètes vite. Donc ça, c'est une frustration. Et puis, plus globalement, sans parler de la taille, là, moi, je suis un peu frustrée de voir comment le prêt-à-porter, ça prend une direction qui me saoule vers le beige, le gris, le minimalisme. Après, non, on a eu les bijoux de sac cet été, genre les labougous, les machins. Bon, labougous, on peut discuter. mais j'aime bien moi j'aime bien la mode où ça peut partir dans tous les sens et ce qui me frustre un petit peu aussi en ce moment c'est voir à quel point ça s'uniformise mais c'est pas qu'en ce moment j'ai l'impression que c'est depuis longtemps mais tu vois peut-être j'idéalise mais je me dis dans les années 90-2000 t'avais des looks t'avais les skaters, t'avais les gothiques tu reconnaissais quelqu'un les gens prenaient grave soin de leur apparence et c'était bien vu Merci. de passer du temps à se saper, à se maquiller. Maintenant, j'ai l'impression que l'assise mort, clean girl, il faut en faire le moins possible. Alors qu'en fait, moi, j'adore prendre du temps et j'adore voir les gens qui ont composé leur look, qui ont pris du temps. C'était généreux presque, en fait. Et du coup, je trouve que la mode, ça devient un peu radin à ce niveau-là.
- Speaker #1
On va approcher de la fin. On va faire un petit portrait chinois. Donc, tout simplement, un peu toujours dans la vibe. corps, Riot et puis Maud. Je t'envoie des petites questions. Tu réfléchis pas trop, tu parles avec ton instinct, etc.
- Speaker #0
J'adore.
- Speaker #1
Si tu devais définir ton corps en trois mots ?
- Speaker #0
Féminin parce que je suis une femme, avec tout ce que c'est anglais pour moi de féminin, c'est-à-dire plus la puissance, le mystère et tout, plutôt qu'autre chose. Mais j'ai un corps de femme et j'en suis très contente, encore plus maintenant que je suis enceinte. Donc je dirais féminin, je dirais... meurtrie aussi quand même, au moins, et présente. Elle est très présente dans ma tête.
- Speaker #1
Quelle est ta partie préférée dans ton corps ?
- Speaker #0
Je ne sais pas si ça compte comme une partie du corps, mais mes cheveux et puis... Oui, mes cheveux et puis mes taches de rousseur. C'est vrai que c'est mince.
- Speaker #1
Le truc le plus bizarre que tu trouves dans ton corps ?
- Speaker #0
Les doigts de pied un peu palmés. Genre, mes orteils, entre le deuxième et le troisième, en fait... La délimitation, elle ne va pas au même stade que les autres doigts. Ils sont un peu plus collés.
- Speaker #1
Et ça devrait être parce qu'en plus, tu as une boucle d'oreille canard depuis tout à l'heure.
- Speaker #0
Oui, je suis un palmycète.
- Speaker #1
Quelque chose qui te fascine dans le corps humain ?
- Speaker #0
Là, en ce moment, c'est la grossesse. Je t'avoue, je suis en plein dedans. C'est complètement dingue.
- Speaker #1
Quelle est la période stylistique que tu préfères ?
- Speaker #0
Les années 70, sans aucun doute. Début des années 70, parce que ça, gros shift quand même. Glamrock et tout, j'adore aussi. Mais je dirais fin des années 60, début 70, vraiment Technicolor et tout. Je suis là.
- Speaker #1
Un designer préféré ou une marque préférée ? Qui tu voudrais travailler comme modèle ou juste avoir une... pièce de chez eux ?
- Speaker #0
Ben, designer préféré, je dirais Sonia Riquel. Même si, bon, il y a de la fourrure sur les défilés Riquel, et ça, c'est chiant, mais c'est notre problème. Mais Riquel, j'adore les rayures de toutes les couleurs, l'énorme cygnace rousse-vaporeuse, j'adore. Le fait qu'elle a été la première à briefer ses mannequins à rire sur le catwalk et sur les défilés, je suis fan. Sonia Riquel à fond.
- Speaker #1
Si ton corps pouvait parler, qu'est-ce qu'il te dirait ?
- Speaker #0
Je pense que si mon corps pouvait parler, il me dirait « T'inquiète, ça va aller, je suis fort. » C'est bon, arrête de trop penser, ça va aller, ça va le faire.
- Speaker #1
Est-ce que tu as un vêtement feel good ?
- Speaker #0
Oui, une robe que j'ai depuis hyper longtemps et que j'adore mettre. De chez Macman et Monique d'ailleurs, qui a une très belle coupe, un peu taille Empire, vintage. Très vintage, mais qui me va très bien et que j'adore mettre. Quand j'ai un peu le cafard, je la mets, oui.
- Speaker #1
Est-ce qu'il y a une matière ou un vêtement que tu refuses de porter ?
- Speaker #0
La fourrure. Après, c'est un peu hypocrite parce que je porte du cuir, qui est grosso modo la même chose.
- Speaker #1
Merci pour ce petit portrait chinois.
- Speaker #0
Avec plaisir, j'adore.
- Speaker #1
On va finir cette interview, tout simplement. Si tu sais nous dire où est-ce que... que tu as une actu ? Tu as quand même une grosse actu en ce moment. Là,
- Speaker #0
j'ai une grosse actu. Je me retrouve début décembre avec mon fils. Donc, c'est ça l'actu en ce moment. C'est genre devenir maman, accueillir un petit bébé. Et puis sinon, mes bijoux qui arrivent là, une collab avec Miranda Banala qui est la marque d'une de mes meilleures amies. Et on a fabriqué une petite capsule ensemble de bijoux et de chapeaux.
- Speaker #1
Qui a une vibe très colorée aussi.
- Speaker #0
À fond.
- Speaker #1
largement plus que moi c'est complètement différent génial et où est-ce qu'on peut te retrouver sur les réseaux sociaux je mettrai les liens comme et bien mon compte personnel chef et gérale et puis le compte de ma boutique Memento l'atelier génial et bien Charlotte merci beaucoup d'avoir partagé ton expérience de la mode du corps et avec vraiment autant d'honnêteté et d'intelligence aussi tu disais au début que tu aimes bien réfléchir et faire des choses avec sens on sent vraiment que tu as passé beaucoup de temps à y réfléchir c'était un vrai plaisir en tout cas pareil, vraiment merci beaucoup et j'espère qu'on se reverra très bientôt on peut trouver un autre épisode parce que je pense qu'on a de quoi parler merci beaucoup Charlotte merci à toi, merci beaucoup merci Charlotte, moi je vous donne rendez-vous sur Instagram pour continuer de discuter autour de danse moderne jazz, de corps politiques et de mode coloré.