- Speaker #0
Moi c'est Viviane, et ça, c'est Corpus Riot, le podcast, en chair, en mots, et en révolte. Cette semaine j'accueille Emma, avec qui on va explorer les coulisses du mannequinat.
- Speaker #1
Quand on est mannequin, j'ai l'impression que c'est pas le cas. Je dis wow, je provoque ce genre d'émotion chez des gens. Vous avez des dents de lapin, on nous demande de correspondre à une norme. Je suis jamais aussi à l'aise que quand je suis devant un objectif, si un homme est allé très commercial, mais on va lui donner sa chance. Et ça m'a lancée, et après j'ai commencé à recevoir des demandes.
- Speaker #0
Bonjour Emma, bienvenue dans Corpus Riot. Merci beaucoup de nous rejoindre pour cette deuxième saison. Avec toi, on va faire connaissance et parler un petit peu de ta carrière, puisque tu es mannequin. Est-ce que tu peux te présenter ?
- Speaker #1
Bonjour, je m'appelle Emma, j'ai 23 ans et comme tu l'as dit, je suis mannequin. J'ai commencé il y a peut-être, on va dire, deux ans, deux ans et demi. à me professionnaliser dans la carrière de mannequin parce qu'avant j'étais modèle photo simplement pour mon propre plaisir et ça me plaisait bien et il s'avère que du coup j'ai essayé d'en faire mon métier.
- Speaker #0
Génial. Avec Corpus Riot on va forcément beaucoup parler de tout ce qui est différence, normes, corps et avec toi on va aussi étendre le corps vers la mode, vers le vêtement. Donc la première question pour toi ça sera c'est quoi l'étiquette qu'on te colle le plus souvent et celle que tu t'attribues aussi à toi-même le plus souvent ?
- Speaker #1
Je pense que l'étiquette qu'on me colle le plus souvent, c'est le caméléon, parce qu'on me voit sur beaucoup d'aspects différents. Je peux passer de très fashion, par exemple, dans les shoots éditoriaux, à complètement commercial, comme par exemple quand j'étais en Inde et que je faisais du e-commerce pour des marques là-bas. Et l'étiquette que moi, je m'attribue, couteau suisse qui n'a pas encore trouvé sa place, on va dire ça comme ça. Justement parce qu'il y a cette ambivalence d'eux. Je suis beaucoup de choses, on me voit sous beaucoup d'angles différents, mais en fait, je n'ai pas de vraie définition, on va dire, je ne sais pas ce qui me représente le plus.
- Speaker #0
Tu es encore en recherche de toi-même, ce qui est logique aussi à ton âge. Voilà. Ça te bloque aujourd'hui, ça te pose des problèmes ? Parce que je sais que tu partages beaucoup ton quotidien sur les réseaux sociaux, et donc c'est pour ça aussi que je t'avais rencontré, que je t'avais contacté. Je trouve ça très transparent de ta part et hyper inspirant aussi, je pense, pour des gens qui peuvent faire la même carrière que toi. peuvent se rendre compte que ça est assez compliqué, plus compliqué qu'il peut y paraître. Pour toi, c'est un vrai challenge aujourd'hui, justement, de ne pas réussir à te définir ?
- Speaker #1
Honnêtement, oui. Parce que du coup, je ne sais pas. J'ai l'impression qu'actuellement, mais c'est juste une impression, encore une fois, c'est mon impression, qu'il faut un peu se définir d'une certaine manière pour trouver, du coup, la cible. Notamment en tant que mannequin, est-ce qu'on va plus aller vers la haute couture ? Est-ce qu'on va plus aller seulement, vraiment seulement sur du e-commerce, où il y a quand même différents types de jobs ? et les gens n'arrivent pas à me catégoriser donc en fait ils sont dans le flou et ils hésitent vraiment en ce qui concerne mon profil ce qui par extension peut me fermer des portes parce qu'ils vont me voir d'une certaine manière et pas d'une autre et ça
- Speaker #0
peut vraiment poser problème malheureusement le textile c'est une industrie qui aime mettre dans des cases et effectivement si tu rentres dans une case tu t'enfermes d'autres et tu choisis pas tu vas aussi te bloquer sur ça on croise les doigts ça va avancer C'est quoi ton premier souvenir où tu t'es sentie justement un petit peu en dehors des cadres ? Parce que là aujourd'hui tu te dis couteau suisse qui ne trouve pas sa place. Un peu hors des cadres, hors des cases, tu as un élément, un souvenir en particulier ?
- Speaker #1
Je pense que oui, j'ai eu un test shoot à Paris. A cette époque-là je n'étais pas trop sur Paris, donc c'était très nouveau pour moi. J'étais très très heureuse que mon profil ait été choisi. Il s'avère que c'était une mannequin qui était devenue indisponible ce jour-là, donc l'équipe avait choisi mon profil pour la remplacer. Et le directeur artistique avait dit de moi, « Oh, mais elle est très commerciale, mais on va lui donner sa chance, on va voir à quoi, ce que ça peut donner, en fait. » Et on a fait le shoot, et après, il m'a dit, « Mais tu t'es révélée, en fait. » Il m'a dit, « Mais pourquoi tu t'en fais pas plus ? Pourquoi tu fais pas plus d'éditorial... d'éditorio, pardon ? Tu t'es vraiment révélée, c'est incroyable, etc. » Et ça m'a vraiment, mais marquée, je me suis dit, « Oh, waouh ! » Donc, ok, donc, de base, j'étais vraiment catégorisée comme la... mannequin commercial et là, on découvre une autre facette de moi. Et que moi aussi je découvrais et que j'ai adoré, clairement.
- Speaker #0
Justement, pour mettre un peu de contexte, est-ce que tu peux nous définir un peu les traits du mannequin commercial versus les traits, on va dire, du mannequin plus éditorial ?
- Speaker #1
Un mannequin commercial, pour moi, ça va être quelqu'un qui sourit beaucoup, qui a un peu, on va dire, une tête de monsieur, madame, tout le monde, parce qu'il faut que les gens puissent s'identifier, mais on va dire dans les termes du mannequinat. Monsieur, madame, tout le monde dans le mannequinat, on va dire. C'est quand même encore différent. Et pour moi, un mannequin éditorial, c'est quelqu'un qui va avoir des traits... très marquées, qui font très fashion tout de suite, par exemple des pommettes très très saillantes ou des yeux d'une certaine forme, par exemple, ou même en termes de traits physiques, quelqu'un qui va avoir les sourcils décolorés, tout de suite ça va donner un caractère très haute couture, très fashion, ce genre de choses.
- Speaker #0
Merci pour les éclaircissements, effectivement. Pour nous qui ne sommes pas dans le monde. Et justement, qu'est-ce qui t'a amené à travailler avec ton corps et à devenir mannequin ? Tu disais que ça faisait deux ans que t'étais professionnelle et qu'avant t'avais fait un peu plus... de la photo pour le loisir. Comment t'as commencé, tout simplement ?
- Speaker #1
Waouh, c'est une histoire qui remonte à loin, mais c'est une histoire que j'aime beaucoup. C'était la période juste après le Covid, ça commençait doucement à descendre, la vie recommençait un peu à prendre son cours. Et moi qui échappais au Covid pendant absolument, mais absolument tout le Covid quand même, parce que je faisais très très attention, je vis avec ma grand-mère qui est âgée, j'ai un papa qui a des soucis de santé, donc bon, fallait vraiment faire attention. Bah je l'ai eu. vraiment sur la faim, plus personne la veille avait des vaccins et tout. Non, je l'ai eu. Et en fait, ce jour-là, j'ai quatre copines de classe pareilles qui l'ont eu, en fait. Et on s'est dit, pourquoi pas juste traîner ensemble, au lieu d'être toutes les quatre confinées chacune de notre côté. Et on s'est dit, vas-y, on va faire un après-midi cheveux. Donc, une de mes copines m'a décoloré complètement les cheveux. Une autre, elle a fait des mèches, tout ça. Et là, j'ai un ami du lycée qui revient qui m'a dit... Oh, ça fait le canon sur Instagram. Vas-y, viens à l'agence. Parce qu'il a une agence de communication. Et on va te faire un shoot. Parce que du coup, je suis devenue blonde et j'avais posté la grande transformation en story. Et j'y suis allée. On a fait des photos. Et j'ai kiffé. C'était génial. Et à cette époque-là, Instagram n'avait pas les mêmes codes, n'avait pas la même manière de fonctionner. Et l'application avait un carton. Alors qu'on avait très, très peu de followers l'un et l'autre. Et elle a explosé, en tout cas, en termes de petits... Et ça m'a lancée. Et après, j'ai commencé à recevoir des demandes, des demandes de collaboration. Est-ce que ça te dirait de faire un test shoot avec moi, etc. Et ça s'est lancé, en fait, juste pour des cheveux.
- Speaker #0
Et à quel moment, justement, t'as fait le déclic de décider de passer à pro ?
- Speaker #1
Pendant ma dernière année d'études, j'ai fait des études d'art. J'aime toujours beaucoup dessiner. C'est quelque chose que j'aime beaucoup. Mais à côté, je faisais de la photo presque tous les week-ends. Et je me suis dit, mais en fait, je veux en faire mon métier, c'est génial, j'aime trop, je ne suis jamais aussi à l'aise que quand je suis devant un objectif, c'est le top. Et je me suis dit, pourquoi pas essayer dans ce cas-là.
- Speaker #0
Et justement, aujourd'hui, tu partages sur les réseaux sociaux ton quotidien de mannequin, tes expériences que tu as eues à l'étranger en particulier. Qu'est-ce qui t'a donné envie justement de partager ton quotidien ? Enfin, en tout cas, cette facette-là, le côté plutôt backstage du métier de mannequin.
- Speaker #1
Je suis quelqu'un qui aime beaucoup la transparence, d'une certaine manière. les contenus que je vais consommer montrent plus la vraie vie et quand on est mannequin j'ai l'impression que c'est pas le cas j'ai l'impression qu'on montre beaucoup les paillettes regardez j'ai défilé pour Louis Vuitton regardez je fais un shooting pour Chanel je donne des gros exemples mais j'ai l'impression qu'on montrait un petit peu, trop peu on va dire que c'est vraiment ce qu'on peut ressentir tout ce côté du coup backstage dont tu parles et je me suis dit pourquoi pas au moins essayer j'aime J'aime faire de la vidéo. On ne sait jamais. Peut-être que des gens seraient intéressés. Et c'est ça qui m'a lancée.
- Speaker #0
Et justement, tu as des retours par rapport à ce que tu partages ?
- Speaker #1
Plein. Je ne pensais pas en avoir autant. Vraiment, je me suis lancée un peu dans le truc au hasard en me disant, bon, ce sera peut-être un petit complément en termes de montrer. Du coup, je montre ce que je fais en tant que professionnelle sur les réseaux. Pourquoi pas montrer autre chose ? J'ai tellement de messages, de commentaires de gens qui sont absolument adorables. Déjà, premièrement, il faut le remarquer. C'est important. et... Je sais pas, l'autre jour, j'en ai reçu un, je l'ai mis en story, c'était quelqu'un qui me disait, bah, merci de nous montrer que c'est pas toujours facile, que, bah, moi, je rentre pas dans les cases, mais du coup, tu me donnes envie de continuer, c'est inspirant, et je me suis dit, wow, je provoque ce genre d'émotion chez des gens. Moi, je fais juste des vidéos dans ma chambre sur mon iPad, nouvellement acheté, mais sur mon iPad maintenant, et je pensais pas provoquer autant de choses, en fait.
- Speaker #0
Mais j'avoue que c'est hyper rafraîchissant, parce que, comme tu dis, on a toujours tendance à voir... Soit les mannequins qui défilent, soit éventuellement les backstage pendant un shooting photo, mais qui sont toujours très enjolivés parce que c'est porté par l'art marque ou les choses comme ça. Et rarement les galères qui sont derrière parce que ça reste un métier qui est quand même précaire d'une certaine manière. Un jour ça fonctionne, un jour ça ne fonctionne pas. Les tendances et la beauté sont tellement liées à la tendance et donc tellement éphémères dans cet univers-là que je trouve ça... Très fort de ta part de partager le fait d'être déracinée, le fait d'aller dans un pays totalement étranger, de se retrouver totalement chamboulée. Enfin, c'est vraiment très fort.
- Speaker #1
Ça me fait très plaisir, merci beaucoup.
- Speaker #0
Question beaucoup plus légère, on va dire. Donc, tu es mannequin. Ça veut dire que tu corresponds à des critères de beauté quand même par rapport à une certaine industrie. Est-ce que toi-même, tu te considères comme belle ?
- Speaker #1
Maintenant, oui. À l'époque, pas trop. Mais maintenant, quand j'ai commencé, je me sentais normale. Vraiment, genre, basique. On ne se sent pas sur moi dans la rue, on me fait rarement des compliments. Je ne suis pas à la pêche aux compliments ou quoi que ce soit, juste je donne un fait, c'est tout, ça ne m'a jamais gênée. J'ai grandi en tant qu'enfant au collège, notamment enfant un peu... enfin, pas un peu, l'enfant... moche, on va dire, parce que j'avais des dents de lapin, tout ça, je ne connaissais pas du tout, j'étais loin de ressembler à la femme, j'imagine, que je suis aujourd'hui. Mais maintenant, je me considère comme belle, je me regarde dans le miroir et je me dis, ah ouais, ça va, j'aime bien, j'aime bien ce que je vois.
- Speaker #0
Et ouais, et donc c'est aussi dans le miroir, parce que, je veux dire, quand t'es mise en scène dans un shooting, forcément, t'as toujours un peu, même quelqu'un de lambda, tu te trouves toujours en mode, ouais, quand même, je suis vachement bien. Mais même au quotidien, t'arrives à t'apprécier, t'arrives à voir ce que les autres perçoivent de toi, en tout cas.
- Speaker #1
J'ai l'impression pas autant que, par exemple, on me fait souvent des réflexions, genre que je dégage quelque chose, ce genre de choses. Moi, je vois pas du tout. Mais de mon côté, je fais mes efforts. Si j'ai envie de me maquiller, je vais me maquiller pour me sentir encore plus jolie que ce que je me sens déjà, où j'ai bien m'habiller. Ça passe par tout un tas de trucs. Je me lève pas en me disant « je suis jolie ce matin » . Ça arrive, mais c'est quand même assez rare qu'on se le dise.
- Speaker #0
Justement, comment le mannequinat, les réseaux sociaux, le fait que tu t'exposes, et même ton expérience par rapport à la photographie, elles ont influencé la relation que tu as avec ton corps ? Pas juste ton visage, ton corps en particulier.
- Speaker #1
Oui, ça l'a influencé, pas dans le bon sens du terme. Ah,
- Speaker #0
d'accord. On est d'accord que ça reste un environnement toxique et ça a pu... Oui,
- Speaker #1
ça, il n'y a pas de doute là-dessus. On pourra essayer de nous faire croire ce qu'on veut, ça se trouve au positif, tout ça, c'est pas vrai. Je suis désolée, en tout cas de mon expérience. comme d'habitude, il faut toujours prendre avec un grain de sel. De mon expérience, ce n'est pas le cas.
- Speaker #0
Justement, comment tu vis les interactions avec les autres, par rapport à ton corps, avec les autres ? Quand tu es dans un shooting photo, quand le photographe, potentiellement, ou l'assistant vont vouloir remettre quelque chose sur toi, ou la nudité que tu peux avoir sur certains shoots, ou même l'avis que les gens vont exprimer par rapport à ton corps sur les réseaux sociaux, comment tu vis ça ? Est-ce que tu arrives à mettre des barrières ? Est-ce qu'au contraire, ça ne te pose pas de problème ?
- Speaker #1
Ça me pose absolument zéro problème. Je pense que ça vient de l'expérience que j'ai, dans le sens où j'ai grandi en faisant de la natation, et j'étais dans des vestiaires collectifs, du coup, pour me changer. Et mon père était toujours, nous pressait, avec son frère, on faisait aussi, il disait, oui, vite, vous changez-vous avant qu'il y ait les bouchons. Donc en fait, je ne me changeais même pas dans la cabine. J'enlis mon maillot de bain, je me rhabillais super vite, je me séchais en deux minutes et hop c'était parti ! Donc en fait, je pense que du coup, mon expérience avec la nudité, le fait que je ne sois pas pudique vient en partie de là. Et je peux carrément changer devant des gens, je n'ai absolument aucun souci là-dessus. C'est même parfois les gens qui sont gênés. En Inde, par exemple, pour aller plus vite au shoot e-commerce, je ne me changeais même pas dans la cabine parce que ça prenait trop de temps de faire un aller-retour pour pas grand-chose. Et je me disais « Non mais rentre dans la cabine, rentre dans la cabine ! » « Mais bon, on perd du temps, moi je m'en fiche ! » Donc c'est plutôt les gens qui sont plus gênés pour moi et par moi que l'inverse.
- Speaker #0
Par rapport au shoot photo justement, quand le photographe te donne des directions, des choses comme ça, comment tu t'appréhendes ça ?
- Speaker #1
Je n'ai absolument aucun souci là-dessus. La plupart des photographes, surtout de nos jours, sont très bien entre guillemets éduqués. J'aime pas trop ce terme, mais dans le sens où ils vont toujours demander est-ce que je peux remettre, ça te dérange pas, est-ce que je peux le faire ? Dans ce cas-là, vraiment il y a zéro souci.
- Speaker #0
C'est la base.
- Speaker #1
Ça on est d'accord.
- Speaker #0
Est-ce qu'il y a des clichés ou des tabous qui sont liés au corps que t'aimerais voir disparaître ou que t'as pu... vivre et que tu aimerais voir disparaître dans notre société ? Alors on va parler occidentale puisque tu as une expérience dans les autres sociétés. Peut-être des réflexions que tu as pu avoir en casting ou même sur les réseaux ?
- Speaker #1
Pour le moment j'ai pas eu ce genre de réflexion, de ce genre là. Les castings j'en fais assez peu en présentiel entre guillemets. Donc même s'ils font des remarques en fait je les saurais pas.
- Speaker #0
Tu as eu des expériences qu'ils disaient donc en Chine et en Inde. Est-ce que justement tu as eu un ressenti différent par rapport à La perception de ta beauté, ton corps, tu parlais justement de l'expérience des cabines par exemple, ou même la relation avec le vêtement en tant que telle ?
- Speaker #1
Avec le corps, oui. En Chine, j'ai beaucoup d'expériences où les gens venaient me demander des photos de manière complètement random, vraiment dans la rue ou dans des cafés, ça nous arrive plusieurs fois avec ma coloc. Et c'était très... Il n'y a rien de bizarre ou quoi que ce soit, juste c'est inattendu on va dire. Mais parce qu'on n'a pas du tout les mêmes... Ils n'ont pas forcément l'habitude de voir beaucoup d'étrangers. Mais le pays commence beaucoup à s'ouvrir donc ça c'est top. Et en Inde, beaucoup de regards plus qu'autre chose, mais plus dans le sens insistant. En Chine, je sentais beaucoup de bienveillance. Juste de curiosité plus. En Inde c'était vraiment de la curiosité très très très très appuyée. J'y prêterais vraiment attention, même en France même si des gens me regardent, je vois rien du tout. Et à un moment je me souviens je suis sortie en tuktuk avec mes colocs et j'avais mis un short ce jour là et une de mes colocs me dit mais regarde que tes jambes, mais que tes jambes ! Et en plus, parce que je suis blanche mais comme un fantôme donc ça vient en partie de là. Et avec le vêtement, pas spécialement. Tout ça ne se change pas vraiment en France, mais des pinces quand c'est trop petit. Enfin, quand c'est trop grand, pardon. Donc, il n'y a pas eu tellement de changements.
- Speaker #0
Et d'un point de vue, justement, DA, direction artistique, esthétique des shootings, photos, des choses comme ça, tu as senti aussi des différences ou pas ? Ou non, justement, tu sens que ça se lisse entre les différentes cultures ?
- Speaker #1
J'ai vu une différence. Déjà, rien qu'en termes de make-up, par exemple. J'ai ma meilleure amie qui est make-up artiste, et elle m'a directement dit, quand elle a vu mon make-up en Inde, elle m'a dit « Ah ouais, c'est un make-up qui fait vraiment très indien, qui n'est pas du tout vu à l'heure actuelle en France. » Et en Chine, pareil, c'est très différent. Je ne saurais pas exactement dire pourquoi, parce que je ne m'y connais pas non plus plus que ça. Mais oui, il y a eu une différence en termes de DA. Ça dépend pourquoi. J'ai beaucoup fait de e-commerce en Inde, donc j'aurais du mal à déterminer vraiment la différence. Mais je sais... Juste que la plupart des shoots par exemple qui sont faits à Bombay, enfin à Mumbai, ressemblent beaucoup à ce que les photographes parisiens peuvent faire. C'est très éditorial, très naturel. Enfin, pas que ça, mais ça se ressemble un peu. Mais sinon, chaque pays a vraiment sa manière de travailler qui est quand même différente. On sent la différence quand même.
- Speaker #0
Au niveau de l'organisation du shooting en tant que tel, tu veux dire ?
- Speaker #1
Au niveau, je pense, plutôt du rendu des photos. Et oui, au niveau de l'organisation des shootings, on va dire qu'en Inde, ils sont très chill, très ouais,
- Speaker #0
t'inquiète pas.
- Speaker #1
Là, en Chine, beaucoup plus carré quand même. De toute façon, tout ce qui est billets d'avion, tout ça, c'est très très carré. Et en France, carré aussi, mais de manière normale, je dirais. C'est vraiment l'Inde où ils sont plus we go with the flow. Voilà, c'est plus ça.
- Speaker #0
J'avais eu cet écho aussi, effectivement. Est-ce qu'il y aurait un pays où t'adorerais pouvoir aller travailler, justement, tant qu'on parle de ton expérience internationale ?
- Speaker #1
Je pense que j'aimerais trop aller à Londres ou en Allemagne. C'est pas un pays Londres, mais on s'entend. Ouais, je pense que c'est ça. Et après, j'ai jamais été très Asie. Je suis allée travailler deux fois en Asie, mais ça a jamais été des pays qui m'attiraient plus que ça, en général. Et en vrai, je me dis, j'aimerais bien peut-être tester quand même la Corée, à un moment donné.
- Speaker #0
Je pense qu'en plus, avec ton physique, ça fonctionnerait bien dans les critères d'esthétique de Corée, en tout cas.
- Speaker #1
on m'a déjà fait la réflexion mais bon pour le moment apparemment c'est pas trop le cas, ils veulent beaucoup de gens très jeunes qui font très poupées qui ont on voit la jeunesse sur le visage, ils veulent beaucoup ça dernièrement,
- Speaker #0
peut-être que ça va changer c'est une mode comme d'habitude donc j'attends de voir en tout cas oui je vois tout à fait la vibe allemande quand même dans l'histoire effectivement le côté un peu scène alternative ou des choses comme ça voilà exactement complètement ... On va continuer avec un focus un peu plus sur le vêtement et la mode. Pour toi, justement, la mode, le vêtement, qu'est-ce que c'est ? C'est une norme, une contrainte, un camouflage, un moyen d'expression ? Comment tu vis ça ?
- Speaker #1
Ça a été longtemps un moyen de camouflage, et maintenant, c'est plus un moyen d'expression.
- Speaker #0
Tu as vraiment eu une mutation dans ton style ? À partir de quel moment ? À partir du moment où tu as fait la photo ?
- Speaker #1
Non, très récemment. Vraiment très récemment. Avant, je m'obéais un peu avec ce que j'ai, même si j'essayais d'aller vers des choses qui m'attiraient. Je prenais beaucoup d'exemples autour des gens que je fréquentais. Par exemple, j'ai une période très très colorée où j'ai acheté plein de pièces que j'aime toujours beaucoup. Mais avec le recul, je me dis peut-être que je ne les aurais pas achetées, peut-être que je me suis laissée influencer juste de visu, on va dire. Et maintenant, j'essaie de trouver des choses qui me correspondent plus. Je fais beaucoup de mood boards Pinterest. J'en ai un pour l'été, un pour l'hiver, l'hiver-automne. Et je mets beaucoup de choses que j'aime, des choses différentes et des choses qu'en fait, je peux recréer moi-même.
- Speaker #0
Si tu devais définir ton style aujourd'hui ou ta vibe ? Waouh,
- Speaker #1
c'est très très difficile. Ouais, éclectique, on va dire éclectique parce que j'aime bien être... Depuis que je suis allée en Chine, j'aime bien le côté très prépi, très cute. Genre j'ai acheté des guêtres, j'aime bien avoir des petits nœuds, des petits trucs, des petites perles, ce genre de choses. Et j'ai un côté très boyish où je m'habille avec des grandes chemises d'hommes, des baskets, des grands pantalons, des bermudas, ce genre de choses, sans me mettre en avant de manière féminine.
- Speaker #0
donc ouais éclectique je sais pas si c'est le mot je pense que c'est éclectique qui définit vous comme tu l'avais dit au début finalement caméléon un peu couteau suisse finalement même dans ton style
- Speaker #1
Je suis donc l'éternel caméléon.
- Speaker #0
Tu aimes jouer, on va dire. Et donc justement, à travers ton travail de mannequin, est-ce qu'il y a certaines normes corporelles que tu essaies un petit peu de casser, de transgresser ?
- Speaker #1
Il y a des choses que j'aimerais faire changer, mais je ne sais pas si ça aura lieu. Tout simplement ce système de... Pas ce système, mais cette manière de juger la valeur aux mensurations. C'est le mannequinat, c'est comme ça, je le sais. Il y a des moments où je me dis qu'il faut arrêter deux minutes. J'en parlais avec une autre mannequin l'autre jour, elle a un visage absolument incroyable. Elle est photogénique, incroyablement photogénique aussi. Elle a vraiment tout. Et juste, on l'embête. Il faut être resté poli pour quelques centimètres de hanche. Et moi, c'était pareil. J'ai les mensurations, mais d'un autre côté, on me dit « Oui, mais visuellement, non. Visuellement, quoi, j'ai les mensurations, je rentre dedans. Pourquoi, en fait, vous venez m'embêter ? » Toujours poliment.
- Speaker #0
sur la manière dont mon corps est fait c'est quelque chose que je comprends pas et que j'aimerais voir changer c'est vraiment du pinaillage sur des silhouettes des choses comme ça en fait moi j'en ai l'impression surtout pour notamment
- Speaker #1
pour les mannequins qui sont pas haute couture je veux dire on a pas besoin de correspondre à autant de critères en haute couture bon il faut s'adapter aux vêtements bon il y a la taille du coup ok les designs sont faits pour décors Très mince, vraiment très mince. Et bon, c'est comme ça. J'aime pas dire ça, mais bon, est-ce que ça changera un jour ? On l'espère. Pour le moment, c'est pas le cas. Donc je peux comprendre. Mais pour ce qui est du reste, pourquoi autant, comme tu as dit, pinalier en fait ?
- Speaker #0
Oui, surtout comme tu disais tout à l'heure, il y a quand même beaucoup de marques, il faut le rappeler, qui ont tendance à pincer les vêtements par derrière parce que c'est trop large. En prêt-à-porter ou même en prêt-à-porter n'importe quel niveau, on a tendance à recevoir des samples de vêtements qui sont en taille 38 la plupart du temps, ou en taille médium, et les mannequins font rarement une taille 38. Et donc, moi pour avoir travaillé dedans, derrière t'as toujours des pinces qui tiennent le truc.
- Speaker #1
Faut pas bouger, faut remettre la pince. C'est ça en fait, on nous demande de correspondre à une norme, et en fait même eux quand ils font faire les shoots, c'est pas aux normes. Donc l'intérêt... est quand même assez mince, on va dire. C'est ça,
- Speaker #0
littéralement.
- Speaker #1
Oui, c'est un jeu de mots. Oui, ok.
- Speaker #0
Alors, effectivement, comme tu le disais, en haute couture, ça peut avoir du sens parce qu'on est tellement sur des matières d'une finesse, d'un coût que, ben, effectivement, moins t'as de matière, moins ça coûte cher, on va dire. Et plus ça sera facile de scaler sur différentes tailles derrière. Mais oui, sur du quotidien, comme tu le disais, vous représentez soi-disant Madame Tout-le-Monde.
- Speaker #1
On n'est quand même pas Madame Tout-le-Monde puisqu'on nous demande de correspondre à des critères. Il n'y a qu'à regarder les statistiques en France de la taille des femmes.
- Speaker #0
Tout à fait. En moyenne, je crois que c'est un 40 ou un 42 que les Français se font. Il me semble.
- Speaker #1
On nous demandait de faire un 34. Ou moins, même parfois.
- Speaker #0
On va respirer un petit coup parce qu'on va passer sur un... Petit format porté chinois, donc je vais te lancer des petites questions comme ça, sans grande réflexion. Tu sors le premier truc qui te vient par la tête, t'as pas besoin de te justifier, c'est plus on va dire pour le fun. On reste toujours un petit peu sur la thématique du corps et de la mode, mais avec un peu moins de pression. On commence avec trois mots pour définir ton corps.
- Speaker #1
Beau, pénible et cool.
- Speaker #0
Quelle est ta partie préférée dans ton corps ?
- Speaker #1
Mes yeux.
- Speaker #0
Quel est le truc le plus bizarre que ton corps fasse ?
- Speaker #1
Me donner de l'acné alors que j'ai 23 ans, on dirait une lycéenne.
- Speaker #0
Quelle est la chose qui te fascine le plus dans le corps humain, en général ?
- Speaker #1
La survie.
- Speaker #0
Ok, pas mal. Est-ce que tu aurais une pièce culturelle, c'est-à-dire film, livre, musique, œuvre d'art, peu importe, qui a changé ta vision du corps, en tout cas qui t'a marquée par rapport au corps, justement ?
- Speaker #1
Ça demande un peu de réflexion, j'avoue. Même si c'est un portrait chinois, là, ça demande de la réflexion. Le concept artiste des personnages de Dishonored, la manière dont ils dessinent les visages. Voilà, il s'appelle Cédric Peravernet. C'est la manière dont ils dessinent les visages et ça m'a hypnotisée. Quand j'ai vu les œuvres... Les concept arts de ce jeu, les visages, immédiatement, ça m'a frappée. Ils les ont... Pardon, je suis désolée, en fun fact, ils ont sculpté carrément les visages en 3D, vraiment, enfin, les sculptés à la main.
- Speaker #0
Pour les designer derrière, ok, génial.
- Speaker #1
Voilà, et c'est incroyable.
- Speaker #0
Est-ce que tu as un vêtement feel good ?
- Speaker #1
Celui-ci, c'est ma chemise.
- Speaker #0
Une grande chemise violette. Oui,
- Speaker #1
Benetton, c'est ma maman qui me l'a offerte.
- Speaker #0
Effectivement, ça a l'air très sympa. Et tu as le petit pop de couleur qui fonctionne extrêmement bien, donc très cool. Est-ce que tu as une matière ou un vêtement que tu refuses de porter ?
- Speaker #1
Les jeans trop rêches, je ne peux pas.
- Speaker #0
Sans stretch, vraiment, les brutes brutes ?
- Speaker #1
Ouais, vraiment, brut, j'en porte, mais il faut qu'il y ait un minimum, un tout petit peu d'élastane, mais brut, je ne peux pas, la texture, ah non.
- Speaker #0
Est-ce qu'il y a une marque, un designer ou un photographe pour lequel tu rêverais de travailler, de poser ?
- Speaker #1
J'en ai tellement, je n'ai pas de marque en particulier par contre, mais les photographes, j'ai beaucoup de gens en tête. Non, là, j'ai trop de gens, je ne peux pas citer, mais beaucoup de photographes et de make-up artistes aussi.
- Speaker #0
Ok, donc choisir, se renoncer, donc on ne choisira pas, pas de souci. Et si ton corps pouvait parler, que dirait-il ?
- Speaker #1
S'il te plaît, arrête de nous maltraiter, on est fatigué, on veut manger tranquille.
- Speaker #0
Voilà, je pense que c'est une magnifique conclusion. Merci beaucoup Emma. Est-ce que tu peux nous dire ton actualité dans les prochains mois ? Et puis où est-ce qu'on peut te retrouver sur les réseaux ? Ou même dans la presse ou dans les défilés ?
- Speaker #1
J'espère, j'espère, mais... Faites que l'univers t'entende !
- Speaker #0
On va sacrifier des choses, mais pas de soucis, on va brûler les sueurs. Ce que vous voulez, allumer de l'encens, peu importe.
- Speaker #1
J'espère me faire signer en France bientôt, pour la rentrée ce serait le top. Ou en Europe, ce serait... Mais en France particulièrement.
- Speaker #0
Quand tu dis te faire signer, c'est-à-dire rejoindre une agence française, c'est ça ? Oui,
- Speaker #1
c'est ça. J'aimerais beaucoup me dire que j'ai réussi à le faire. Et dans les prochains plans... ça va continuer les vidéos avant j'en ai lancé et j'adore ça et j'espère que je vais pouvoir continuer comme je le fais maintenant et vous pouvez me retrouver les auditeurs je suppose vous pouvez me retrouver sur les réseaux sociaux TikTok, Instagram, c'est le même pseudonyme c'est Eriatu
- Speaker #0
E-R-I-Y-A-T-U je le mettrai en lien de toute façon il n'y a pas de soucis c'est beaucoup plus facile génial Emma de toute façon je te souhaite Merci. Plein de bonnes choses pour la suite de ta carrière. J'espère qu'on pourra voir les prochains shoots, les prochains magazines. De toute façon, je partagerai ton actualité aussi avec plaisir. Et puis, hâte de voir la suite des aventures aussi. Ton quotidien que tu nous partages avec tellement d'honnêteté, de transparence qui fait du bien de rappeler que ce n'est pas juste beau. La mode, c'est aussi derrière des êtres humains et ce n'est pas toujours facile.
- Speaker #1
ça me fait Ça me touche parce que c'est vraiment... Enfin, t'as mis les mots sur ce que j'essaie de transmettre en fait en vidéo, donc...
- Speaker #0
Si j'arrive à le mettre en mots, c'est vraiment... C'est ce qu'on ressent. Merci beaucoup, Emma. À très bientôt. Au revoir. Merci, Emma. Moi, je vous donne rendez-vous sur Instagram, pour continuer à parler mannequinat, pince-à-linge et acné.