Speaker #0Tu connais la scène, tu es en plein linge vitrine et là tu tombes in love d'une magnifique robe longue. Pas d'autre possible, vous êtes fait pour être ensemble. Mais pour vivre ton amour au grand jour, il va falloir déchausser ses lunettes roses et faire face à la dure réalité du monde. Il va falloir choisir la taille. Quand on doit choisir sa taille en magasin, on utilise la technique du millefeuille. On empile les variations de taille sur son bras avant de se diriger vers les cabines. On choisit sa taille habituelle, en tout cas celle qu'on porte aujourd'hui. On prend une taille en moins, juste au cas où la marque taille trop grande. Une taille au-dessus, parce qu'en ce moment on n'est pas trop en forme dans son corps. Et puis deux tailles au-dessus, parce qu'on veut éviter que si la vendeuse nous demande derrière le rideau « Est-ce que tout va bien madame ? » On n'aura pas besoin de lui laisser le plaisir de dire bien fort « Je vous ramène la taille au-dessus alors ! » Pour choisir sa taille en ligne, là on a besoin d'aspirine. Parce qu'on va passer au moins 30 minutes à essayer de comprendre le guide détail ? Ou de le trouver, tout simplement ? Le numéro d'une amie avec un doctorat en sciences ? Parce que peut-être qu'elle, elle y comprendra quelque chose ? Et surtout, une patte de lapin porte-bonheur ? Parce que soyons honnêtes, la science et la logique n'ont plus rien à voir dans cette histoire. Choisir la bonne taille, c'est avant tout devenu une question de chance. Moi c'est Liliane, et ça, c'est Corpus Riot. Le podcast en chair, en mots et en révolte. Mais comment est-on passé du niveau d'excitation qu'on a quand on découvre un nouveau vêtement à un niveau de bonheur inférieur à celui de remplir sa déclaration d'impôt ? Et bien c'est simple, il n'y a aucune règle qui encadre le système de taille. Zéro, nada. Chaque marque crée son propre système comme bon lui semble. Il y a eu un petit essai dans les années 40 de la part des américains pour standardiser le système en réalisant une prise de mensuration sur des milliers de femmes, sauf qu'elles étaient toutes blanches, jeunes, sportives et de classe moyenne. Donc bon, pour la représentativité, on repassera. A part cette tentative, chaque enseigne décide de manière totalement arbitraire. Il n'y a aucune loi, aucun contrôle, aucune cohérence. L'industrie textile fait ce qu'elle veut et les taille. ... C'est l'anarchie totale. Et même si je suis punk dans l'âme, dans ce type de chaos, la victime, c'est toujours nous, l'utilisateur. Parce que cette anarchie, elle s'attaque directement à notre identité. À un moment, on rentre dans du 36, on a l'impression d'être Kate Moss, on se sent en confiance, validée. Et la boutique d'à côté, même corps, même poids, même personne, même face de la lune, mais impossible de fermer un 40. Et là... C'est l'effondrement, le doute, on s'interroge, on se remet en question. Qui suis-je ? Où vais-je ? Suis-je un 36 ? Un 40 ? La vie existe-t-il ailleurs que sur Terre ? Mon corps est-il le problème ? Tellement de questions, on a tendance à développer un trouble de personnalité multiple vis-à-vis de notre propre corps. Notre estime fluctue, plus que sur des montagnes russes, à chaque fois qu'on voit les chiffres inventés par les marques. Notre corps devient un étranger à qui on ne peut plus faire confiance. Mais plus encore. Ce chaos devient une charge mentale, une peur de l'erreur qui nous paralyse. Parce que chaque achat devient un jugement sur notre valeur, sur notre capacité à prendre des décisions. Chaque essayage ne fait que souligner à quel point nous sommes faillibles, nous donne l'impression d'être rejetés à chaque vêtement dans lequel nous ne rentrons pas. Pendant ce temps, les marques continuent tranquillement leur business sur notre dos. À coups de sous-vêtements gainants, de collections inclusives, de retours payants. et de vêtements en taille unique. Voilà, j'espère que cette reprise pas du tout en douceur de la saison 2 vous aura plu. Bien entendu, je vous donne rendez-vous sur Instagram pour discuter KO, Frosties et guides de taille. Je compte sur vous pour partager, liker et faire tourner la bonne parole. Et comme toujours, je vous kifferai encore plus.