Speaker #0Tu nous ferais pas une petite crise de la quarantaine, toi ? Fidèle à moi-même, j'ai répondu en rigolant. Une blague, un sourire. Amuser la galerie, détourner l'attention. Et surtout éviter de montrer que derrière l'humour, quelque chose était en train de se fissurer. Ça, c'était mon masque social à moi. Dans cet épisode, je vais t'expliquer ce qu'est réellement une crise de la quarantaine. Ou plutôt une crise du milieu de vie. D'où vient ce concept ? Et pourquoi ce que tu vis n'est ni un caprice, ni une faiblesse ? mais un processus naturel de transformation intérieure. Et je vais le faire en m'appuyant, entre autres, sur mon propre parcours, parce que moi, cette crise, je l'ai traversée, après l'avoir ignorée, repoussée, détestée, et elle a commencé bien avant 40 ans. Aujourd'hui, je la remercie d'avoir changé ma vie. Tu écoutes Crise de vie et transition professionnelle, le podcast des 40 ans et plus. en plein doute professionnel et souvent identitaire. Je suis Jessica David, coach professionnel certifié, mais surtout rescapée d'une crise de la quarantaine précoce. Et dans Crise de vie, je t'aide à comprendre ce qui se joue dans ta tête et à reprendre ton pouvoir de décision quand le pro et le perso s'entrechoquent. C'est parti pour l'épisode du jour. Bienvenue dans l'épisode 1. du podcast « Crise de vie et transition professionnelle » que j'ai intitulé « Comment réussir sa crise de la quarantaine » . Je vais te proposer d'y répondre en deux parties. Dans la première, je vais te donner trois clés de compréhension. Et dans la deuxième partie, je t'aiderai à comprendre quoi faire de ce que tu as découvert avec quatre verbes d'action pour faire un petit peu le ménage dans ta vie. et repartir sur de bonnes bases. Dans cet épisode, j'aimerais partager ces trois clés de compréhension. La première, c'est que la crise de la quarantaine n'est pas une lubie moderne. Quand on parle de crise de la quarantaine, on pense souvent à des clichés. Et pourtant, ce concept existe depuis longtemps. Dès le début du XXe siècle, Carl Gustav Jung, un médecin et psychiatre suisse, parle d'un moment clé de la vie, la crise du milieu de vie. Pour Jung, la vie est divisée en deux grands mouvements. La première moitié est tournée vers construire une certaine identité, une vie, vers la réussite selon notre société, notre héritage familial, vers le fait de s'adapter à cette société et aux attentes des autres, porter un masque social. On m'a toujours dit par exemple que je ne pouvais pas être la même femme au boulot, à la maison ou selon mes interlocuteurs. Et d'ailleurs, pendant des années, je clamais fièrement que j'étais un caméléon. Cette première moitié de vie, on la consacre à répondre aux attentes de la société, pour s'y faire une place. Et j'avoue avoir vécu ce besoin de suradaptation. C'est là qu'on construit ce que Jung appelle une persona. Une identité sociale, professionnelle, familiale, faite pour être acceptée, reconnue et valorisée par les autres. Et cette persona fonctionne. Moi, ça a très bien fonctionné dans ma vie, durant, on va dire, les 25 premières années de ma vie, au moins. Mais à un moment donné, ce rôle utile, ce rôle forgé, par ce qu'on appelle notre ego, ne suffit plus. On se rend compte qu'on porte un costume d'acteur. C'est souvent inconscient en fait. Mais quelque chose ne colle plus. On ne se reconnaît plus. Jung disait très bien, on ne peut pas vivre la seconde moitié de sa vie selon les principes ou les valeurs de la première. Et il ajoutait même que la vie commence vraiment à 40 ans. Avant ça, on ne fait que des recherches. Je trouve ça très intéressant. Ce n'est pas un moment où l'on chute. Ce qu'on appelle cette crise de la quarantaine, ce n'est pas un dérapage. C'est ce que Jung appelle un processus naturel d'individuation qui transforme en fait le doute en certitude intérieure, permet de faire des choix et d'avancer vers ces nouvelles valeurs ou ces nouvelles priorités qui nous importent. Ce processus ne consiste pas à tout détruire pour tout recommencer. On ne repart pas de zéro. Ça n'équivaut pas forcément à un divorce, à une reconversion totale, même si parfois ça y aboutit. Je me suis posé la question de tout quitter pour repartir d'une feuille blanche, ailleurs. Peut-être là où personne ne me connaissait, personne ne connaissait mes masques et mes stratégies d'adaptation. Clairement, il y a eu un moment où j'ai eu envie de tout foutre en l'air et de me barrer sur une île déserte. Et en même temps, cette sacrée culpabilité qui me rattrapait. De me dire que j'avais tout pour être heureuse, on me le rappelait assez souvent. Et puis surtout, j'avais un bébé à l'époque. Donc non, j'avais pas vraiment envie de tout foutre en l'air, j'étais juste paumée. En fait, ce processus d'intégration, c'est un changement de perspective. On regarde notre vie et ce qui s'y passe sous un autre angle. On prend un peu plus de recul qu'à 20 ou 30 ans. D'une quête de validation extérieure, on passe à une recherche de sens intérieur. C'est pour ça qu'aujourd'hui, on entend beaucoup parler de cette fameuse quête de sens. C'est un glissement naturel des priorités, en fait. L'essence même du processus d'individuation dont parle Jung. Avant, ça arrivait vers 45-50 ans. C'est pour ça qu'on parle de crise de la quarantaine, voire de la cinquantaine d'ailleurs. Mais on est d'accord que notre société évolue extrêmement vite ces dernières années. Avec l'essor du développement personnel, on réfléchit plus à comment être heureux, mais de manière concrète. Comment se développer ? Comment ne pas être une meilleure personne, mais comment être ce qu'on a toujours rêvé d'être ? Comment avancer vers nos objectifs en adoptant les comportements qui nous le permettraient ? Quelle est notre place et notre rapport au travail ? Et donc cette quête de sens. Et comme aujourd'hui on fait des enfants plus tard, on fait aussi sa crise de la quarantaine plus tôt. C'est ce qui m'est arrivé. La deuxième clé que j'aimerais vous partager, c'est justement pourquoi je l'ai vécu, moi plutôt autour de 30 ans, et toi peut-être à 45, 50 ans, voire plus tard. Je l'ai vécu au début de la trentaine. au moment où sur le papier tout allait bien. Un CDI dans une bonne boîte, solide. Une trajectoire cohérente. J'avais suivi ce que la société attendait de moi. J'avais fait une grande école, en tout cas une bonne école. J'avais eu mon diplôme. Le tout avec plus ou moins de facilité en plus. Il faut le reconnaître, je n'avais pas trop connu l'échec à l'époque. J'avais un couple solide depuis plusieurs années. C'est pas toujours facile, mais c'est quelqu'un qui me tirait vers le haut et qui était déjà dans l'entrepreneuriat. Et puis j'avais un bébé, un enfant en très bas âge à ce moment-là. Mais intérieurement, le balancier qui m'avait toujours maintenu à flot ne fonctionnait plus. Le travail ne compensait plus le perso, le perso ne compensait plus le travail. En fait, c'est comme ça que moi, j'ai construit mon équilibre de vie. Le travail a toujours eu... une grande importance dans ma vie. J'ai été éduquée comme ça et je le ressentais aussi comme ça. J'adore apprendre, je suis curieuse de beaucoup de choses, j'aimerais faire 12 000 métiers à la fois. C'était un petit peu ma problématique étant jeune. Et quand dans ma vie perso, mes amours de jeunesse, mes relations amicales ou familiales, ou voilà, quelque chose qui n'allait pas très bien dans le perso, Mais je me plongeais dans le travail, que ce soit les études au départ, et ensuite, vraiment, dans mon rôle professionnel, je passais de très nombreuses heures au bureau. Et même quand je ne passais pas mes heures au bureau, je passais la soirée avec des collègues de passage. J'allais boire un verre ou dîner avec eux. À l'inverse, quand ça n'allait pas comme je voulais au travail, je compensais avec le perso. Je passais plus de temps avec ma famille, je faisais des projets. Comme celui d'acheter une maison, d'avoir un bébé, de partir en vacances. Et un jour, j'ai eu l'impression que plus rien ne compensait plus rien. Il y avait vraiment quelque chose qui se fissurait en moi. Je ne retrouvais plus ma valeur nulle part. J'avais l'impression de ne pas évoluer au boulot. Du coup, de ne plus avoir vraiment la valeur que j'estimais jusque-là. D'ailleurs, c'était une baisse d'estime de moi. Et puis à la maison... Alors là, n'en parlons pas, je ne me sentais pas forcément à la hauteur en tant que maman, comme beaucoup de mamans, mais j'avais l'impression d'être un peu seule. dans ce sentiment, envie de reprendre le travail, envie de ne pas être cantonnée à ce rôle de maman. Bref, je perdais mon énergie, je perdais ma motivation, je perdais ma confiance en moi, le sommeil n'en parlons pas, y compris mon envie d'aider les autres qui avaient toujours été un moteur dans ma vie. Je me demandais pourquoi je me levais le matin. Et je culpabilisais de ressentir tout ça. Parce que j'étais jeune, j'étais mère, j'étais en bonne santé, j'étais bien entourée, j'avais tout pour être heureuse, comme ils disent. Christophe Fauret, un psychiatre et psychothérapeute contemporain français, explique ça d'une manière très intéressante. Il dit que le déclencheur n'est pas l'âge en soi, mais l'accumulation de changements simultanés, qui ressemble souvent à ça. Autour de la quarantaine, notre corps change, on est bien d'accord. Certains cherchent à mettre des crèmes antirides, la chirurgie esthétique, on se rend bien compte que faire un régime, ça mène beaucoup plus difficilement à une perte de poids. Notre couple se transforme, on a l'impression parfois de ne plus être sur la même longueur d'onde. Et ce n'est pas forcément qu'une impression, puisque si nous on change, notre conjoint aussi change. Il ou elle n'est plus le même que quand on l'a connu. Nos enfants grandissent ou quittent le nid, nos parents vieillissent, deviennent parfois dépendants. Le travail est remis en question après 20 ans, voire plus d'activités, et puis même parfois dans la même entreprise. Et une question plus existentielle apparaît, le sens de la vie. Chez moi, c'est la naissance de mon fils qui a été le déclencheur de cet effet boule de neige précoce. La clé numéro 3 que j'aimerais vous partager, c'est qu'il ne s'agit pas d'une crise brutale. C'est un processus progressif. Ce qui veut dire aussi que vous n'avez pas à y trouver une solution du jour au lendemain. C'est inconfortable, donc comme toute situation inconfortable, on a envie d'en sortir le plus vite possible. Mais réagir dans la précipitation sans comprendre, c'est la possibilité de faire le mauvais choix ou de prendre la mauvaise décision. ce que vous redoutez, ce qu'on redoute tous. Donc, la traversée et en faire une évolution, c'est aussi un processus progressif. La crise du milieu de vie n'arrive pas comme un accident, comme ça, du jour au lendemain, même si parfois il y a un déclencheur qui peut effectivement être un accident, une maladie ou un choc, quel qu'il soit dans sa vie, un changement. Christophe Fauret décrit un processus Progressif, avec un mal-être diffus, une sensation de décalage, de vide, une frustration sourde. Cette impression étrange de se dire « mais qu'est-ce que je fous là ? » Que ce soit au boulot ou avec ses cercles d'amis, même en famille, on a l'impression des fois qu'on ne profite même plus du moment. Faisons, on n'est pas vraiment là. Ce n'est pas forcément une dépression. un burn-out ou quelque chose de spectaculaire, c'est insidieux. Et souvent, la première réaction, c'est l'ignorance ou le déni. On résiste, on force, on continue, on se dit que ça va passer, que c'est qu'une petite crise, un petit caprice. Et c'est là que le risque apparaît. Le risque d'exploser au bout d'un moment parce qu'on ne supporte plus, on n'arrive plus à garder tout ça en nous. On a des excès de colère ou d'agressivité, même avec nos proches, qu'on ne s'explique pas d'ailleurs parfois. Ou alors on tend vers une reconversion précipitée en se disant que tout ça, de toute façon, c'est le travail ou c'est notre supérieur ou nos collègues, je ne sais quoi. Et que voilà, en changeant complètement de vie, ça ira mieux. La solution peut aussi nous apparaître dans les relations extra-conjugales. On essaye d'aller chercher ailleurs la valeur qu'on ne s'accorde plus, qu'on ne voit plus. On veut se sentir toujours vivant. Parfois, c'est un bébé solution. Le bébé qui arrive quand on ne s'y attendait plus, en pensant que ça va nous ressouder, qu'on va recoller les morceaux, qu'on va se rapprocher. Alors bien souvent, quand ça ne va déjà pas avant... On imagine bien qu'avec un bébé, surtout à 35, 40 ans ou plus, c'est pas de tout repos. Et puis on prend des décisions impulsives. Ou à l'inverse, le non-changement. Pour Christophe Fauret, le non-changement est aussi un changement. Quand il est conscient, accueilli et intégré. Donc quand il est décidé. Et pas quand on est attentiste, qu'on attend que les choses bougent d'elles-mêmes. Je vous ai donné ces clés parce que je pense que comprendre ce processus change tout. Pour moi, ça a tout changé. J'avais besoin de... comprendre ce qui m'arrivait. Alors, j'en entends beaucoup qui disent « Ah là là, on est toujours en train de se mettre dans des cases. » Et moi, j'ai envie de vous dire « Et alors ? » Moi, le fait de pouvoir mettre des mots sur ce qui m'arrivait m'a permis de comprendre que j'étais pas seule à le vivre, que j'étais pas anormale, et de me poser une base pour dire « Ok, il se passe ça. Le problème, il est écrit noir sur blanc. Maintenant, qu'est-ce que j'ai ? » comme option pour en sortir. J'ai compris ça et je l'observe aujourd'hui, je l'accompagne chez mes clients. Et comprendre ce processus transforme réellement la manière de le traverser. Quand on ne comprend pas, on subit, on se victimise, on croit qu'on n'a pas le choix, que la vie n'est pas juste avec nous, on en veut souvent aux autres. Et quand on comprend, on cesse de se juger, on arrête de se comparer inutilement, on devient... plus intelligent dans nos décisions. Et c'est ça la vraie clé en fait. Comprendre, c'est pas se mettre dans une case ou dans une autre. C'est arrêter de se croire défectueux. C'est exactement comme l'adolescence. Un passage nécessaire, inconfortable, mais structurant. Et ce que j'aimerais que tu retiennes aujourd'hui, c'est que si tu traverses cette période, dis-toi que ce que tu vis est normal. Ce n'est pas un caprice, ce n'est pas une faiblesse, c'est une évolution, une mue intérieure, c'est une chance en fait à saisir. Mais il faut en avoir le courage, il faut avoir envie et oser le changement, accepter que l'on peut changer ce qu'on croyait savoir jusqu'à maintenant pour pouvoir évoluer. Plus tu comprends ce processus, plus tu peux le traverser avec lucidité, sans tout casser. sans ruiner tout ce que tu as construit jusque-là, parce que ça a beaucoup de valeur pour toi, n'est-ce pas ? Mais aussi sans te perdre. Dans le prochain épisode, on passera à l'étape suivante. Parce qu'une fois qu'on a compris, une question reste. Qu'est-ce que je fais de tout ça ? Comment se mettre vraiment en mouvement ? Continuer, ajuster, arrêter, initier de nouveaux projets ? Sans agir dans la panique, je te laisse réfléchir à tout ça et je te donne rendez-vous dans l'épisode numéro 2 pour réussir ta crise de la quarantaine. J'espère que cet épisode a levé quelques doutes en toi ou t'a ouvert de nouvelles perspectives. Si c'est le cas, je t'invite à me laisser un commentaire ou à partager cet épisode à quelqu'un qui, comme nous, a une valeur travail très forte, mais pour qui le moment est peut-être venu d'évoluer. de donner du sens à tout ça, sans y laisser des plumes, que ce soit dans sa vie familiale ou dans son équilibre personnel. Pour approfondir la réflexion, abonne-toi à ma newsletter Crise de vie. J'y développe certains points un peu plus en profondeur. Et sinon, je te donne rendez-vous sur LinkedIn ou sur Instagram, Jessica David Coaching. Tous les liens sont dans la description de cet épisode. À très vite !