- Speaker #0
Comment tu vas Norma ?
- Speaker #1
Je vais bien.
- Speaker #0
Oui. Aujourd'hui, on se retrouve dans un cadre du podcast d'Amor et d'eau fraîche pour un épisode solo, pour parler avec toi de la mort, de la façon dont ton couple avait individuellement peut-être d'abord appréhendé la mort de façon générale, et ensuite dans le couple. comment est-ce que vous avez abordé la mort au long de votre relation. Et ensuite, ton histoire fait que tu as perdu ton mari suite à la fameuse maladie de Charcot, ce qui fait que la mort a pris une autre dimension dans votre couple. Et cette dimension-là fait que vous avez dû appréhender à nouveau la vie d'une autre façon. La mort est arrivée. Comment est-ce que toi Norma, aujourd'hui, tu vois et tu revois la mort et si un jour tu te disais « je suis prête à ouvrir mon cœur à nouveau » , comment est-ce que j'aborderais potentiellement la mort avec cet autre ? Ça fait plein de questions, on va prendre une question à la fois et puis le temps nécessaire pour que tu y répondes.
- Speaker #1
D'accord, donc la première question c'était ?
- Speaker #0
Comment est-ce que ? individuellement ?
- Speaker #1
Alors là, on peut remonter très loin. Puisque moi, ma mère était enceinte de moi de 4 mois et demi, lorsque mon père est mort d'un accident de voiture. Donc la première nouvelle de mort que j'ai reçue, c'était alors que j'étais dans le ventre de ma mère. Et je suis née 5 mois plus tard, avec grande difficulté, puisque je suis un enfant né mort, mon cœur s'était arrêté, ils ont dû me sortir de force. Ils ont été obligés de me sortir parce que je ne sortais pas. Il y avait trois semaines de retard, donc ils ont commencé à se poser des questions. Et ils ont pu me réanimer. Et voilà, je suis revenue à la vie miraculeusement. Et donc j'ai vécu. Donc ça, ça a été mon premier rapport à la mort. Donc la mort, c'est ma mère qui a abordé le thème de la mort dans ma vie auprès de moi pour m'expliquer la mort de mon père. pour me parler de qui était mon père et comment elle, elle avait vécu la mort de mon père et l'impact que ça avait eu sur sa vie à elle et donc sur nous aussi. Pour ma mère, ça a été très violent. Je crois que dans leur couple, ils n'en parlaient pas de la mort. On est à la fin des années 50, début des années 60. Mon père était un homme de science, il était chimiste organique, il faisait des recherches sur la cortisone. Donc c'était quelqu'un qui était dans la vie, qui cherchait à trouver le médicament, la molécule qui permette de soigner, et il est mort après avoir réussi ça. Donc j'ai grandi, je pense, quand je me revois aujourd'hui, j'en suis devenue consciente à partir de peut-être mes dix ans. Et ensuite j'ai été à la rencontre de la mort à travers la mort de certains amis. qui ont été touchés par la drogue, par des addictions, par l'héroïne, et qu'on n'a pas pu sauver. Mais ça a été mes premières leçons, où j'ai appris que je ne pouvais pas sauver quelqu'un de lui-même si il ne voulait pas naître. Donc j'ai eu la mort qui est apparue dans ma vie, à des étapes différentes de ma vie, d'une manière très différente. Après, j'ai eu mes grands-parents. Ça a été quelque chose de beaucoup plus doux. Surtout mon grand-père. Mon grand-père nous a quittés, il avait 105 ans et demi. Et j'ai eu la chance d'être assise sur son lit à ses côtés, de lui tenir la main quand il a fermé les yeux et qu'il nous a dit au revoir définitivement. Ma grand-mère, elle est partie de la maladie de Parkinson. Elle est partie dans la nuit. On nous a appelés le matin. Après, je crois que la mort qui, avant mon mari, m'a le plus marquée, qui a été la plus difficile à exécuter, vraiment à m'expliquer et à accepter, c'est celle de ma mère en 2017. Anticiper la mort de ma mère, c'était quelque chose d'impossible pour moi et d'impensable. Et justement, avec mon mari, du jour où on s'est connus, du jour où on est devenus liés, on est devenus des amis autant que des amants et des êtres qui s'aimaient jusqu'à se marier et à créer une famille ensemble, on en parlait beaucoup. Parce que lui voulait m'aider à me préparer au jour où ma mère allait partir. Ma mère était très âgée, elle avait des problèmes de santé, elle était malvoyante. Et plus on avançait dans le temps, moins elle était heureuse dans cette vie. Parce qu'elle avait perdu toute forme d'indépendance. Et mon mari me disait qu'il fallait que j'appréhende. Et c'était quelque chose que je rejetais, très virulement. Comme quand j'ai appris que mon mari était atteint d'une maladie qui le condamnait, ça a été un choc pour nous tous. Et en ce qui me concerne, c'est quelque chose que, pareil, je n'ai pas pu envisager au départ. Et pour être sincère, je crois que je ne l'ai jamais accepté.
- Speaker #0
Jusqu'à aujourd'hui.
- Speaker #1
Ce n'est pas de l'acceptation, mais il y a peut-être une forme de résignation devant cette fatalité contre laquelle je ne peux rien faire. J'arrive à me raisonner aujourd'hui pour ma mère qui allait sur ses 92 ans. Donc j'arrive à me raisonner. Il y a juste certaines choses que je regrette pour elle. au moment de son départ de ce monde, mais au moins on a pu vraiment bien l'accompagner jusqu'au bout et l'entourer de tout notre amour avec les enfants et petits-enfants. Et ça a été vraiment une dernière journée, je pense que, et je l'espère qu'elle a pu se sentir pleinement entourée. Et elle n'est pas partie seule. Mon mari, c'était lui et moi. Et comment dire, ma mère, c'est son corps qui a décidé de lâcher. Et c'est son... Encore de par ses problèmes de santé qu'il a lâchés. Mon mari, ça a été une autre histoire de vie. C'est pas pareil. Mon mari, c'est lui qui a demandé à partir. Il était jeune encore. On avait encore plein de choses à vivre. Des enfants encore à voir avancer dans la vie. Notre petit-fils. Et il ne voulait pas mourir. Il ne voulait pas partir. Mais du jour où il a appris qu'il avait la maladie de Charcot, sclérose latérale amyotrophique, du jour où il a été diagnostiqué, lui, il a commencé à se projeter et non pas envisager la possibilité, mais anticiper le fait que ça allait finir par arriver. Et très vite, il s'est exprimé sur le fait que c'est quelqu'un qui a eu une grande colère. Il a été très en colère contre cette maladie, contre cette fatalité. Et pour lui, c'était impossible qu'il vive en étant privé de son corps. C'était un homme qui aimait marcher, c'était un homme qui aimait prendre sa moto et rouler, c'était un homme qui aimait partir dans la montagne, qui aimait partir en forêt, marcher des heures avec ses chiens, aller cueillir les champignons, c'était un homme qui allait partir à la pêche, c'était un homme qui était passionné. partout dans la vie, mais il vivait avec son corps, il vivait avec ses mains, il vivait avec son physique, il vivait avec sa chair, avec son sang, c'était ça son être. C'était pas un intellectuel dans le sens où, comme un Stephen Hawking, il aurait pu rester dans un fauteuil roulant et juste étudier des textes, étudier ceci, étudier cela, ce qui était admirable. Et j'admire cet homme et il y en a d'autres qui y arrivent et c'est extraordinaire. Et ça leur permet d'avoir une vie qui se prolonge. et de trouver une forme de paix intérieure et d'acceptation face à cette maladie, et de vivre avec le plus longtemps qu'il le puisse. Alors que Philippe, ce n'était pas possible. Lui, ce n'était pas possible. Il n'en voulait pas. Et au contraire, d'être conscient et de comprendre chaque étape, chaque moment de dégringolade, c'était la pire des souffrances pour lui. Et ça réveillait sa colère. Il était désespéré. Moi je suis contente de pouvoir te dire aujourd'hui, si je peux me permettre, parce que j'entends beaucoup de témoignages sur la maladie de Charcot, la SLA, et c'est bien qu'on parle de cette maladie. Il faut que les recherches avancent et il faut qu'on trouve une solution pour aider les gens à ne pas finir complètement enfermés dans leur corps, prisonniers de leur corps, et ne pouvoir même s'exprimer, ne pouvoir même plus se faire comprendre. moi on m'a dit que Ceux qui vont jusqu'au bout du bout peuvent finir dans un lit, même les pupilles ne peuvent plus bouger, ils ne peuvent plus cligner des yeux. C'est la pire des horreurs. Et ils le savent, ils en sont conscients. Alors, moi j'entends beaucoup de témoignages sur les gens ou deux gens qui sont atteints de cette maladie aujourd'hui, qui vivent avec cette maladie très courageusement. On nous les présente un peu comme des héros. Et je t'avoue que là maintenant, je fais un travail sur moi pour l'accepter et les suivre quand même. Mais je t'avoue qu'au début, il y a un moment, j'ai été prise d'une grande colère parce que j'en avais marre qu'on dise que les gens qui sont atteints de la maladie de Charcot sont tellement courageux, ce sont des héros et tout à coup, ils vont faire quelque chose de différent de leur vie, ils vont utiliser la maladie pour se réaliser de telle manière ou de telle manière. Alors que moi, je sais que mon mari, il n'a pas pu. Il n'a pas pu faire ça. Et ça ne veut pas dire que c'était un être moins courageux. Et au contraire, il a été aussi courageux que ces gens-là, mais d'une manière différente, dans le sens où lui, il a fait un choix. Il a fait un choix de vie qui était d'accepter sa mort. et il a fait le choix de vie qui était que bien qu'il ne voulait pas mourir, il allait choisir le moment où il allait mourir. Et il l'a fait et il nous l'a imposé, il me l'a imposé. Il m'a obligé à le respecter et je l'ai respecté. Mais je crois que c'est une des choses les plus douloureuses au monde que de devoir dire putain de merde, je dois la quitter cette vie et de regarder des êtres qu'on aime et leur dire il faut que vous me laissiez partir parce que moi, je ne veux pas vivre comme ça. Je ne peux pas finir comme ça. Je souffre trop et je souffre plus d'être en vie de cette manière-ci que de mourir. Et nous, on ne sait plus ce qui nous fait le plus souffrir dans le moment même. Et un jour, on finit par le laisser partir. Donc, sont courageux, pas seulement ceux qui se battent pour rester en vie, mais aussi sont courageux ceux qui se battent pour trouver la force en eux de se laisser mourir et de partir.
- Speaker #0
C'est la maladie qui vous a fait parler de la mort la première fois ? Ou vous en avez déjà parlé avant ?
- Speaker #1
On en avait parlé avant. Parce qu'il m'avait parlé de son père qui est mort d'une maladie inconnue. à la cinquantaine comme lui. Donc, et moi je lui avais parlé de mon père, et déjà dans notre manière d'aborder le sujet de la mort dans nos discussions à deux, déjà on pouvait voir que lui c'était quelqu'un qui acceptait l'idée de la mort, et qui avait une croyance au-delà de la mort alors que moi je la rejetais. Et ça c'est le combat de ma vie encore aujourd'hui. Je m'en vais encore aujourd'hui de l'avoir laissé partir, de l'avoir laissé fermer les yeux. et intellectuellement dans ma tête je sais pourquoi j'ai fini par dire oui parce que je pensais qu'à lui parce qu'il n'y avait que lui qui comptait dans ce moment là que moi je ne comptais plus ce que je ressentais ce que je voulais ou pas pour lui ne comptait plus et je sais que je me suis entendu dire de temps en temps Quand on en parle avec un ou une amie ou avec les enfants, je sais que sur le moment, dans ces jours qui ont précédé, je me suis mise sur mode automatique. C'est juste que je me revois assise sur le lit à ses côtés à l'hôpital et je ne comprends pas encore aujourd'hui, je pense que je vais avoir besoin d'une longue thérapie pour y arriver. Pourquoi tout à coup, ce jour-là, un jour, je lui tiens la main ? Et mon mari, le père de mes enfants, de nos enfants, Philippe, mon ami, me regarde. Et en fait, comme il pouvait à peine articuler, sortir des mots, il ne parlait plus. Il m'a fait le geste de se faire piquer et de partir. Et il a joint ses deux mains, il m'a supplié. À ce moment-là, je l'ai regardé alors que 20 fois, 30 fois avant, j'avais dit non, non, non, sœur, ne me déduisez pas. de faire voir ce genre de questions. Je sais que je l'ai vu dans les deux dernières semaines, dans une souffrance tellement insupportable pour lui le premier. Et j'étais tellement impuissante face à cette souffrance qu'on ne pouvait pas arrêter. Que je crois qu'à ce moment-là, je l'ai juste regardé et je me rappelle que je lui ai dit, est-ce que tu es en train de me dire ce que je crois que je comprends que tu me dis ? Il m'a fait un oui de la tête. Et son regard venait de très loin, je m'en rappellerai toute ma vie. Son regard était profond, il venait de très loin, il me regardait. Et je sais qu'il me demandait d'accepter. Et tout ce dont je me rappelle, c'est que je l'ai regardé et je lui ai dit, est-ce que tu veux que j'appelle l'infirmière et que je lui dise ? Il m'a fait six nuits. Et du coup, j'ai appelé l'infirmière, elle est venue et je lui ai dit. Et après, ils ont fait venir les médecins. Et puis, il y a eu la réunion autour de lui. Et tout s'est passé entre les médecins et lui. À ce moment-là, on n'a plus notre mot à dire. Je me rappelle le docteur qui était en charge. À un moment donné, il a regardé et lui a dit « Pourquoi maintenant ? Pourquoi aujourd'hui ? » Et ils ont donné un tableau à mon mari. Il avait sa main gauche qui fonctionnait encore un petit peu. Et il a écrit sur un papier, parce que ça serait reculé pour mieux sauter. Et à cette phrase, le médecin a dit « D'accord » . Et puis voilà. Le professeur qui était en charge de ce service, c'était à l'hôpital Brondelion, je peux le dire parce que ce sont des gens bien. Il est venu me voir et il m'a dit, Madame, je comprends votre douleur, elle est légitime. Vous pouvez rester ici et pleurer autant que vous en avez besoin, on est là pour vous. Mais j'ai parlé à votre mari. Je l'ai vu plusieurs fois, votre mari. Votre mari est un homme qui est en contrôle de sa vie, qui maîtrise sa vie. Alors respectez son choix et laissez-le la maîtriser jusqu'au bout. Et je me rappelle que ça a résonné en moi. J'étais effondrée mais ça a résonné en moi, je savais qu'il avait raison. Et c'est à partir de ce moment-là qu'on retourne près de l'autre, notre autre, notre moitié, et qu'on lui dit OK. Et puis après la machine se met en route. À ce moment-là, on avait encore droit au... On appelle ça l'accompagnement de fin de vie par sédation. Et c'est une mort très longue. Nous, ça a pris trois nuits, trois jours. Pour moi, c'est un mélange de sentiments. Parce qu'en même temps, ça m'a donné le temps de l'accompagner, de le regarder s'endormir et de ne plus souffrir. J'ai vu la douleur partir. J'ai vu le corps se détendre, le visage se détendre. J'ai pu le voir rentrer en lui-même.
- Speaker #0
Tu as pu l'accompagner jusqu'au bout ?
- Speaker #1
Ah oui. Alors, mon mari avait fait une demande. C'était trop dur pour lui d'avoir les enfants dans la pièce, dans la chambre. Et en tous les cas, il ne voulait pas leur faire ce mal. Moi, j'étais sa femme. On s'était mariés pour le meilleur et le pire. Et le pire, c'était la mort, le voir partir. Mais il savait que j'avais cette force, malgré moi, de rester à ses côtés, de l'accompagner. Il savait que je chercherais... la situation avec les enfants pour qu'ils acceptent. Et ça a été le cas. Ils ont été merveilleux, très dignes. J'ai la chance d'avoir quatre enfants avec mon mari, mes deux filles, son fils et sa fille, qui sont des êtres merveilleux, très dignes. Et un gendre et un petit-fils, c'est une famille. Vraiment, ce sont des gens bien, quoi, et qui ont été très dignes et qui ont su respecter son choix aussi. Et c'était moi toute seule dans la chambre avec lui, en fait. Le dernier jour, surtout. Ils ont pu venir le voir, les jours qui ont précédé. Même quand le protocole était mis en place, ils ont pu lui dire au revoir. Chacun a eu son moment. On a même des amis qui ont écrit des mots, qui ont téléphoné, qui ont laissé des messages vocaux. D'autres qui ont pu venir en urgence pour lui dire au revoir. Et le dernier jour, à partir de la fin de la journée, on a évacué la chambre, si je peux me dire comme ça. Je ne sais pas comment dire autrement. Ce dont je me souviens, c'est que... Et petit à petit, on a fait le vide autour de nous. Et oui, je me suis mise sur le lit avec lui, je me suis mise dans ses bras. Et je peux me permettre de raconter ça parce que je crois que je te l'avais dit, c'est un grand détail d'importance par rapport à la question que tu poses, qui relate son rapport à la mort, son rapport à son départ de cette vie, comment il la vivait, cette mort qui s'approchait. à grands pas à ce moment-là, comment il la vivait pour moi dans notre rapport de couple à ce moment-là. Et ce moment, c'est quelque chose qui est grave en moi, mais c'est beau. C'est douloureux, mais c'est beau à la fois parce que, et j'avoue, par moments, ça peut même me faire sourire avec plein de tendresse parce qu'il a réussi à garder son bras autour de moi. Et à un moment donné, j'ai des larmes qui coulaient dans le silence, et ça coulait sur ma joue sûrement, et je me souviens que j'ai vu sa main passer devant mon visage. Et tout à coup, j'ai vu ses doigts essuyer ma larme. Et tout à coup, j'ai vu son index passer devant mon nez. Et j'ai vu qu'il me faisait signe du doigt, qu'il disait, c'était comme s'il me disait, « Non, tu ne pleures pas, sois forte, tout va bien. » Il a remis sa main sur mon épaule et je suis restée dans ses bras. Et c'est lui qui a été fort pour moi à ce moment-là. Il était prêt. C'est un homme pour qui j'ai d'admiration profonde parce que 15 jours avant, il pleurait. 10 jours avant, il pleurait à l'idée de devoir partir. Il était comme un enfant qui ne voulait pas partir et qui avait peur. Et tout à coup, il a pris sa décision. Il est devenu d'une force. Il s'est enraciné. Je l'ai vu dans sa colonne vertébrale. Je l'ai vu entrer en lui-même. Je l'ai vu se concentrer. Je l'ai vu s'isoler. pour se préparer à partir. Et je pense qu'il m'a obligée à être forte. Je crois que tant qu'on n'est pas confronté à cette mort, en tous les cas, c'est comme ça que ça s'est passé pour mon mari et moi, pour Philippe et moi. Tant qu'on n'était pas face à la réalité avant cette maladie, on pouvait même plaisanter dessus. Qu'est-ce qu'on a plaisanté dessus, des fois ?
- Speaker #0
C'est-à-dire que vous n'avez jamais vraiment parlé de la mort sérieusement avant ça ?
- Speaker #1
De notre mort à chacun. Le peu qu'on en avait dit, c'était, on va vivre très très vieux, avec nos natures, avec nos tempéraments, avec nos personnalités, avec notre santé. Et lui, il n'avait jamais été malade. Un de ses grands amis qui disait toujours, s'il y a une guerre mondiale, s'il y a... Je ne sais plus comment il formulait ça, mais une guerre mondiale, le nucléaire, une destruction, je ne sais pas quoi, et qu'il faut se sauver. Moi, je me cache derrière Philippe. Je sais que je m'en sortirai toujours. C'est quelqu'un qui, on était persuadé qu'il vivrait très vieux, qu'il serait même un vieux grincheux, qu'il irait dans la forêt s'isoler, reviendrait boire une bonne bière, ferait sa mécanique, raconterait des blagues. qui ne faisait plus rire personne, sauf lui. On finissait par rire de le voir rire et de savoir que c'était la énième fois qu'il nous avait raconté la même histoire. Et on pensait que ça irait comme ça jusqu'au bout. Et on était persuadés qu'on vivrait très vieux tous les deux. Donc du coup, les quelques fois où on a abordé le sujet de la mort ensemble, c'était en plaisantant. Après, même quand il était malade, des fois, je le taquinais. On pouvait se tenir un peu tête. Mon mari, il a voulu être enterré. Alors quand ils m'embêtaient, je regardais et je disais, oh toi, tu vas mal finir. Si tu crois que je vais t'enterrer, tu vas finir dans une urne, sur le rond-point. Et puis on rigolait là-dessus. Mais pour moi, même encore aujourd'hui, la mort, c'est quelque chose d'abstrait. Je n'arrive pas à définir la mort.
- Speaker #0
Et quand tu penses à ta mort, comment tu te sens ?
- Speaker #1
La mienne ? Au moins, une chose qui me rassure, c'est que je vais être dans le même cercueil. Enfin, pas dans le même cercueil, mais dans un cercueil au-dessus du cercueil de mon mari. Je vais être enterrée avec lui. Donc, il y a une chose qui me rassure, c'est que je sais où je vais être enterrée. La tombe est prête. Les enfants n'auront rien à faire, juste à continuer à nous fleurir. Donc, je ne sais pas ce qu'il y a après la mort, mais je sais que mon cercueil rejoindra le sien. qu'on se retrouvera de cette manière-là déjà. Et que si je deviens cendre sous la terre, mes cendres retrouveront les siennes. Et c'est peut-être bête à dire, mais ça me rassure. Après, si on se retrouve à un autre niveau, je ne peux que l'espérer. Je ne sais pas ce qu'il y a après la mort, mais je sais que depuis qu'il est parti, et avec ma mère, on a eu ça aussi. J'ai eu des signes de vie, bizarrement dit.
- Speaker #0
C'était quel genre de signe ?
- Speaker #1
Waouh ! Très concret. J'avoue que je n'ai pas envie de les raconter. C'est vraiment tellement personnel, mais très concret. Je sais avec ma belle-fille, avec qui on a à peu près la même approche, une approche de la mort et de la mort de son père très similaire. On a des besoins qui se retrouvent. Par exemple, chaque dimanche, on peut y aller pendant les beaux jours, plus souvent que pendant les jours hivernaux. On va sur sa tombe, on s'occupe de sa tombe ensemble, on la fleurit, on la refleurit. Et elle, elle est croyante, et moi je ne suis pas croyante. Et pourtant, de la même manière, on a eu des signes. Et on a communiqué sur ces signes qu'on a reçus. Il s'est passé des choses quand on était ensemble qui nous ont fait nous regarder et nous dire « c'est pas possible, c'est lui » . Donc c'est des contenants sans, mais je ne peux qu'espérer qu'il y ait autre chose après la mort.
- Speaker #0
Ton appréhension de la mort n'a pas forcément évolué depuis ?
- Speaker #1
Si, je crois pouvoir me permettre de dire qu'elle a quand même évolué d'une certaine manière. par rapport au fait où je sais où je vais finir. Déjà, ça a l'air de rien, mais ça fait que je suis moins dans l'inconnu. Par contre, j'appréhende ma mort quand même. J'appréhende le moment où je vais mourir. Je me demande comment je vais mourir, de quoi je vais mourir. Et aujourd'hui, malgré tout, et pourtant, qu'est-ce que c'est douloureux de vivre sans Philippe ? Je voudrais quand même vivre le plus vieille possible. D'abord, j'adore mes enfants, j'aime mes enfants, je veux les voir avancer dans la vie, pouvoir être témoin des belles choses qu'ils font dans cette vie et les féliciter, être heureux avec eux, heureuse avec eux. Et mon petit-fils qui grandit, pareil, je crois que c'est ça qui me motive. Et puis après, à partir du moment où j'ai fait ce choix, j'apprends à prendre soin de moi et je me donne des motivations. pour avoir une bonne raison pour être là. Et je me dis peut-être que si je le rejoins un jour, vraiment avoir quelque chose à lui raconter. Et peut-être que des fois, on ne parle pas toujours de la mort, dans le couple, avant la mort. Peut-être que des fois, on n'arrive pas toujours à tout dire. Moi, je sais que, et c'est peut-être un peu mon regret, à part le moment où je me suis résignée. où j'ai subi sa décision et que j'ai dû l'accepter. À partir de ce moment-là, j'étais sur l'autoroute, comme on dit. Mais avant, jusque-là, j'étais une petite fille en détresse dans mon cœur. Et si lui m'abordait ce sujet, je le rejetais. Et je pouvais m'être, pas en colère, mais m'exprimer avec détresse et lui dire que c'est hors de question, c'est impossible, ça ne peut pas arriver. En tous les cas, pas aujourd'hui, pas demain. On a encore du temps, on a encore des années devant nous. Si on ne peut pas te guérir, on va arriver à te stabiliser, te permettre d'avoir une meilleure qualité de vie quand même et pouvoir faire des choses quand même de toi-même. Mais lui, il savait.
- Speaker #0
Je me souviens quand on s'est rencontrés la première fois, justement le jour où Philippe t'a dit « ça y est, moi je pars » . Et que toi, tu as eu justement cette réaction très rationnelle, très pragmatique, très... Ok, maintenant, on met l'émotion de côté parce qu'on passe aux choses sérieuses et ça demande de partir. Et je me souviens que tu étais même étonnée d'avoir eu cette réaction.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Et moi, en t'écoutant, je me suis dit, mais tiens, en fait, elle a eu cette capacité à un moment donné. En fait, c'est comme s'il y avait votre connexion d'âme à âme et puis que là, on était dans quelque chose de sérieux. Et dans le sérieux, ce n'est pas qu'il n'y a pas de place à l'émotion, mais c'est que l'émotion est mise de côté. Et là, je te demande à toi, mon âme, de communiquer avec son âme. Et qu'on est dans une compréhension d'intelligence qui nous dépasse. Mais que maintenant, il est temps pour moi de partir. Et sans ton accord, je ne pourrais pas partir. Et que ton âme a eu la force suffisante de dire oui. C'est bon.
- Speaker #1
Excuse-moi, mais je crois que tu viens me donner la réponse. C'est peut-être ça, tout simplement. Ça s'est passé vraiment à un autre niveau. C'est son âme qui m'a parlé et mon âme qui l'a reçu. Et c'est pour ça que ce n'était pas possible de faire autrement. On s'est compris de l'intérieur.
- Speaker #0
Et c'est ça que tu as dit, c'est que tu regardais dans ses yeux, c'était tellement profond.
- Speaker #1
Oui, ça venait vraiment de l'intérieur, de loin. C'était enraciné à l'intérieur de lui tout à coup. Et quand je lui ai dit oui, justement, lui, il n'a pas eu de larmes. Quand il m'a fait signe et que j'ai appelé l'infirmière, et que l'infirmière, elle a dit, je vais prévenir les docteurs. Et en fait, c'est vrai ce que tu dis, il n'y a plus de larmes à ce moment-là. Je me rappelle de ce que je lui ai dit, et je me rappelle qu'il me regardait, j'avais un scanner qui me transperçait, qui allait au plus profond de mes yeux à moi, de mon regard. Je te remercie, je pense que c'est vraiment ce que tu dis. En fait, il devait être en train de lire. Son âme était en train de lire mon âme. et je sais que d'un coup j'ai pris sa main je l'ai regardé et je lui ai dit On va passer cette étape ensemble. Là, à ce moment-là, tout à coup, il n'y a plus l'émotionnel à fleur de peau. C'était, on se comprend. Tu vois, quand je te dis, je le revois. Il me regardait, c'était, tu me comprends, tu comprends, tu as compris, tu vas le faire.
- Speaker #0
Et moi, c'était « Je te comprends, j'ai compris, on va le faire » . En effet, c'est quelque chose qui nous dépasse. Et peut-être parce qu'on était deux personnes qui étions vraiment connectées, qui nous comprenions vraiment de l'intérieur. Et c'est vrai, on a eu une grande histoire d'amour. On s'est cherchés, on s'est tournés autour, on se regardait de loin, de près, dans un miroir quand on se croisait, dans un café, dans un lieu qu'on connaissait en commun, on se parlait. du regard et je pense que vraiment nous deux c'est une histoire de deux âmes qui se sont rencontrées et que par dessus ça s'est greffé la passion et puis on s'est construit une vie quoi ici avec nos enfants alors ouais la mort aujourd'hui comme pour tous ceux qui passent par ce genre d'événements je pense comme pour nous tous comme pour tout le monde La mort a un autre sens quand même dans ma vie. Il y a une autre approche. Mais je pense que si je devais accompagner quelqu'un d'autre, et je ne parle pas d'amoureux, mais je parle tout simplement de personnes que j'aime, ça peut être un ami, un membre de ma famille, que ce soit jamais un enfant, je pense que je ferais pareil, j'accompagnerais de la même manière. J'essaierais juste de mieux faire encore. Je sais que déjà, avec Philippe, Par exemple, ma mère, je mourrais d'envie de me mettre dans ses bras. Il y avait des enfants, des médecins qui venaient, des gens qui venaient. Je n'avais pas osé. Et bien, Philippe, j'ai dit, je le fais. Donc ce serait plus à ce niveau-là que ça change. Qu'est-ce que je n'ai pas su peut-être apporter à l'autre dans le moment dont il avait besoin ? Être encore plus à l'attention pour lui donner jusqu'au bout ?
- Speaker #1
Alors moi, je dirais plus ce dont toi, tu as eu besoin finalement. parce qu'avec ta mère, tu as eu un besoin que tu n'as pas réussi à couper. Et qu'avec Philippe, tu t'es dit non. Moi, j'ai besoin de ça, donc je vais le faire. Donc tu t'es aidé toi et d'une expérience à l'autre.
- Speaker #0
Je pense que ça nous a aidés tous les deux. Oui, je pense que si ça doit m'arriver à nouveau un jour avec un proche, qui que ce soit, j'essaierai juste d'être encore plus attentive. attentive aux deux, et juste être bien dans la communication. Peut-être avoir bien moins peur d'en parler. Oser poser un peu plus de questions, peut-être.
- Speaker #1
Un seul lui qui part, tu dis ?
- Speaker #0
Oui. Moi, mon mari, très vite, il a été très carré. Il a pris un papier. C'était mon gendre avec qui j'ai toujours une merveilleuse relation qui était là à la maison ce jour-là. Il était venu nous voir. Et on s'est retrouvés, c'était un mois de mars, on s'est retrouvés sur la terrasse de la maison, les trois, on parlait. Et tout à coup, il avait pris un papier et il nous disait ce qu'il voulait et ce dont il ne voulait pas. Jusqu'à me dire qui ne voudrait pas ces funérailles puisque c'était en rancunier. Donc, les noms. Telle, telle, telle... On est malins. Telle personne. Ah ouais, lui aussi. Ah, elle non plus. Ah merde. T'es conscient que c'est moi qui vais devoir dire non ? Merci, c'est sympa. Laisse-moi avec tes problèmes. Mais en même temps, ça leur appartient et on doit le respecter. Je pense que c'est bien de pouvoir préparer si on a cette chance. C'est une grande chance de pouvoir préparer son départ.
- Speaker #1
Tu le prépares ?
- Speaker #0
Le mien ? C'est-à-dire que matériellement, j'ai mis des choses en place pour mes enfants qui n'aient pas à s'en inquiéter après. Déjà, mes funérailles et tout, ils ont... Pas à s'inquiéter de quoi que ce soit. J'ai assurance vie, assurance décès. La tombe, elle est prête. Il n'y a qu'à l'ouvrir, à me mettre dedans, à la refermer. Et puis, je leur ai dit, soyez gentils, continuez à arroser des fleurs. Et il y a une chose, vous me prenez un cercueil waterproof. Donc ça, c'est le gars contre mes filles et moi. Je ne veux pas que les verres, ils puissent passer. C'est la phobie ? Ça existe ? Non, je ne sais pas. C'est un gag. Je disais avant, je veux un cercueil blanc, épais et waterproof.
- Speaker #1
Bon,
- Speaker #0
maintenant, je m'en fous. Mais de ce point de vue-là, oui, il y a une partie qui est prévue. Après, il n'y a pas grand-chose d'autre que je puisse faire. J'espère que ce ne sera pas avant 25-30 ans.
- Speaker #1
Donc là, tu es dans un travail justement d'apprendre à vivre et ne plus survivre.
- Speaker #0
Oui. C'est ça. Jusqu'à cette année, ces quatre dernières années, j'étais en survie. Exactement. Et là, maintenant, j'en suis à un point où... J'essaye de vivre. Je dirais que concrètement, depuis cet été, petit à petit, ça commence. Je me donne des projets. Je me suis programmé un joli voyage pour le printemps. Et je pense que c'est un voyage qui peut m'aider. Je veux partir seule, loin, pour redécouvrir et peut-être m'aider à me redécouvrir. Et dans l'espoir de voir des belles choses, des belles choses de cette vie, de ce monde, sur cette terre, sur cette planète, dans un autre monde. pays, peut-être des rencontres, mais ces rencontres que l'on fait comme quand tu voyages et tout à coup tu t'assoies sur une terrasse, t'es tout seul et tu tournes et hop, il y a quelqu'un qui te parle et puis vous commencez à avoir un échange et puis au bout de deux heures, bon, parfois, c'était super de t'avoir rencontré et tu pars. Et pour moi, ça, ça fait partie de la vie. Ce sont des rencontres qui ne sont pas éphémères, qui sont juste brèves mais qui peuvent être très marquantes et qui font que tout à coup, tu as des moments de plaisir dans cette vie.
- Speaker #1
Donc là, tu te réjouis de ce voyage.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
C'est dans quelques mois. Au mois de mars.
- Speaker #0
Je vais partir au mois de mars. Et je pars en portant mon mari en moi. Parce que mon mari, c'était quelqu'un avec qui on voyageait beaucoup. On voyageait en moto. On a fait toute l'Europe. On a été en Afrique du Nord. On a vraiment bien voyagé. Donc là, je vais partir loin. Là, on n'a pas été ensemble. Alors il y a des gens qui diraient que ça fait partie du processus du deuil. Je ne sais pas. Je sais juste que c'est là où j'en suis. J'essaye de ne pas retourner là où ça peut faire mal. C'est comme une écorchure, la blessure. Je ne vais pas aller gratter dessus. Mais je ne suis pas dans la fuite du tout. Je veux vraiment réapprendre à vivre ma vie. J'ai envie que mes enfants soient fiers aussi un peu de moi. Et si c'est vrai qu'il est quelque part là-haut, qu'ils puissent me voir vivre. C'est ce qu'il voulait, ça je sais que c'est ce qu'il voulait, il me l'avait dit. Lui il voulait que je lui survive et que je continue à vivre et à faire des choses. Pour lui, pour nous, ça il me l'a dit. Mais c'était une tâche et je pense que toutes les femmes ou hommes qui passons par là le savent, c'est énorme ce qu'on nous demande dans le moment même. Et ça ne prend pas juste quelques mois de temps. Après chacun c'est son rythme.
- Speaker #1
Pardon, parce que ça te donne l'impression de trahir que de vivre ?
- Speaker #0
Non, ce n'est pas le mot trahir si je peux me permettre. Non, ce n'est pas le trahir, c'est juste que c'est dur, c'est douloureux de vivre sans lui en fait. C'est juste qu'on avait appris à être heureux ensemble quoi.
- Speaker #1
Maintenant tu dois apprendre à être heureux seul.
- Speaker #0
On était tacitement, on était spontanément, magnifiquement heureux ensemble. On savait se rendre heureux. continuer à vivre dans ce sens sans lui, c'est douloureux. Ce que j'essaie de dire, c'est que j'essaie de réapprendre à vivre sans être dans cette douleur. J'essaie de soigner cette douleur. Et c'est ce que j'espère dans ce voyage que je vais faire au mois de mars où je vais partir loin, toute seule. J'espère que c'est le chemin de la guérison que je suis en train d'emprunter. Et je veux apprendre à ne pas souffrir, de pouvoir vivre un bon moment sans lui.
- Speaker #1
C'est une réflexion que je m'étais faite, justement. Moi j'avais perdu mon père, je savais qu'il était malade, donc j'ai entre guillemets anticipé sa mort. Et suite à sa mort, ce que j'ai remarqué en fait c'est que oui tu anticipes sa mort, mais tu n'anticipes pas ta vie après sa mort. Et c'est ça que j'ai trouvé intéressant. Ah tiens, ok, on se prépare à la mort de l'autre, mais on ne se prépare pas à notre vie sans l'autre.
- Speaker #0
Ah bah oui.
- Speaker #1
Et ça je pense que c'est quand même important. Dans l'anticipation de la mort de l'autre, c'est aussi l'anticipation d'apprendre à vivre sans l'autre. Qui suis-je en fait sans toi ?
- Speaker #0
Ah ouais.
- Speaker #1
En fait je suis moi, avec ou sans toi, je suis moi. Maintenant je dois retrouver ce chemin vers moi. Donc je te souhaite de te retrouver. durant ce voyage.
- Speaker #0
Merci, c'est gentil. C'est ma fille aînée qui m'a dit, parce qu'à un moment donné, j'ai eu un doute et elle m'a regardée, elle m'a dit « Maman, va, pars. Tu nous as sorti ça un jour de nulle part. Je vais dénigrer la destination. Je vais partir au Vietnam. » Pourquoi ? Tu ne nous avais jamais parlé du Vietnam.
- Speaker #1
Mais tu connais le Vietnam ou pas du tout ? Ah non,
- Speaker #0
du tout. Elle m'a dit « Donc, c'est venu de nulle part. Un jour, tout à coup, tu me dis... » Je veux partir au Vietnam. Il y a une raison. Vas-y. Ce n'est pas pour rien. Pars. Et ça m'a convaincue. Et en fait, je crois que je pars. Voilà, c'est ça. Je pars chercher la raison pour laquelle je pars.
- Speaker #1
C'est pas mal comme raison.
- Speaker #0
Je pars chercher la raison pour laquelle je pars. Et j'espère la retrouver, cette raison là-bas. Et revenir avec une réponse. Et que ça m'aidera à continuer à vivre. Et je sais que mon mari doit encore m'attendre. Et s'il est quelque part là-haut, par là, dans l'univers, s'il est quelque part... autour de nous, si c'est vrai qu'il y a une vie après la mort et que les êtres que nous aimons et qu'on a envie de retrouver, qui veulent nous retrouver sont par là, je sais qu'il sera fier de moi, de voir que je prends ma vie en main, que j'essaie de continuer et il m'attend de pied ferme. Et qu'il fasse attention quand ils vont jeter le cercueil, ça va rebondir.
- Speaker #1
Surtout s'il est en béton waterproof.
- Speaker #0
Béton waterproof. Donc, oui, pour répondre à ta question sur est-ce que je pense à la mort tous les jours, est-ce que ça me hante ? Non. Est-ce que je pense à la vie et comment vivre cette vie malgré la mort et la mort de ceux que j'aime et sans eux ? Oui, ça oui, tous les jours de ma vie, à chaque moment de la journée. Puis il y a des moments où je pense que c'est difficile. On a envie de se laisser aller, mais on se laisse pas. pas aller. On continue.
- Speaker #1
Mais voilà quoi. Je te souhaite un très beau voyage au Vietnam et j'espère que tu me raconteras le pourquoi t'es partie au Vietnam et qu'est-ce que t'as trouvé.
- Speaker #0
Pourquoi pas, avec plaisir.