- Speaker #0
Bonjour Aurélia.
- Speaker #1
Bonjour.
- Speaker #0
Alors avant de commencer l'épisode, est-ce que tu veux bien te présenter à nos auditrices et auditeurs ?
- Speaker #1
Oui, donc je m'appelle Aurélia Luchère, j'ai une formation en théâtre, donc je suis comédienne metteuse en scène et je l'ai entamée il y a quelques années, une sorte de cycle de réflexion, donc par le biais du théâtre, la performance art plastique mélangé, voilà j'ai une pratique un peu hybride comme ça, entre... la performance plastique et l'écriture théâtrale, autour des questions liées à la mort. Je fabrique une œuvre qui est plutôt sous forme d'essais théâtraux, qui va être constituée de trois opus. Le premier que j'ai fait, que toi tu as vu, s'appelle « Les corps incorruptibles » et traite de la manière dont on s'occupe du corps de nos morts, de qu'est-ce qu'on en fait. et qu'est-ce que cette matière, ce corps, nous raconte aussi de notre capacité à imaginer notre transformation et notre rapport à la transition. Et les autres opus vont parler plus du rapport de ce qu'on fait de manière métaphysique avec nos morts, plus du rapport aux fantômes, ou en tout cas aux défunts, quels liens on continue de tisser avec. Et l'opus 3 sera sur la transmission, qu'est-ce qu'on décide de transmettre, en gros, quels fantômes de nous on décide de laisser aux vivants et aux vivantes.
- Speaker #0
Alors, on va commencer l'épisode en se posant justement la question de tes premières relations, tes premiers rapports avec la mort. Est-ce que ça s'est passé dans l'enfance ou plus tard ?
- Speaker #1
Eh bien, c'est un peu la question avec laquelle aussi j'ouvre le spectacle Les corps incorruptibles, ce premier opus. Et comme moi, je ne me souvenais pas, j'ai posé la question à ma mère de « Est-ce que tu te souviens de la première fois que j'ai vu la mort ? » Et elle, elle m'a dit que c'était un pigeon écrasé. Et que ça m'avait marqué, que j'avais commencé à poser des questions autour de ça. Et puis, je me suis rappelée aussi dernièrement qu'une amie de mes parents, qui me gardait, qui avait une soixantaine d'années, qui s'appelait Maria, est décédée quand j'avais trois ans. Et quand j'ai posé la question « Où est Maria ? » , on m'a dit « Elle est montée au ciel, elle est aux cieux » . Et là, me sont venues des réflexions quand même assez concrètes, de me dire « Mais si elle est au ciel, où est-ce qu'elle se pose ? » Donc je me disais que s'il y avait des nuages, c'était bien pour elle parce qu'elle pouvait être assise dessus. Mais quand il faisait beau, c'était horrible parce qu'elle pouvait tomber. Et je me suis dit, putain, s'il pleut, en fait, est-ce que c'est Maria qui va aux toilettes ? Est-ce que c'est le robinet qu'elle décide d'utiliser ? Est-ce que Maria nous pisse dessus ? Et j'avais que des choses hyper pragmatiques qui me venaient en tête parce qu'on m'a dit, elle est au ciel et c'est ta bonne étoile, elle continue de te regarder. Je me disais, mais si Maria me regarde dans tout ce que je fais ? Enfin bon, ça c'était un peu mes premières expériences en tout cas. En tout cas, avec la mort, en tout cas avec cette idée d'un après ou d'un au-delà. Et ouais, Maria qui fait pipi sur les nuages, je m'en souviens bien.
- Speaker #0
Alors, ça veut dire que la mort, on n'en a pas ouvertement parlé dans ta famille ? Ou est-ce que c'était un sujet tabou ? Ou comment est-ce que vous l'avez abordé ?
- Speaker #1
Je pense que ce n'était pas tabou. Mais comme je pense que j'avais 3 ans et demi, 4 ans, ils ont essayé de dire des choses que j'étais capable de comprendre. Mais on en parlait quand même parce qu'il y a eu des morts dans ma famille. que je n'ai pas connu des grands-pères. Mais on en parlait, mais on n'a pas forcément préparé la mort des membres de notre famille. Pas tous en tout cas.
- Speaker #0
Donc ce n'était pas un sujet dont vous parliez comme ça à table, comme on pourrait parler d'autres sujets ?
- Speaker #1
Eh bien à table non, mais par contre c'était quand même présent, parce que je me souviens qu'on enterrait beaucoup les oiseaux qu'on retrouvait dans la cour de l'école, dans notre jardin, dès qu'il y avait des animaux morts. on les enterrait, on leur faisait une petite sépulture. Et j'ai l'impression que quand même, cette proximité-là, elle n'était pas forcément dans les discussions, mais elle était plus dans les actions.
- Speaker #0
Tout ça, c'est venu après l'histoire du pigeon ?
- Speaker #1
Oui. Le pigeon, je pensais vraiment que j'avais deux ans dans ma poussette.
- Speaker #0
Donc très tôt, tu as quand même ce questionnement sur la mort. Est-ce que tu l'abordes avec peur ou plutôt avec curiosité ?
- Speaker #1
Je pense que j'ai vraiment eu peur de la mort beaucoup, très longtemps. Et je pense que c'est aussi cette peur ou en tout cas cette incompréhension et qui m'a fait travailler sur ce sujet-là. Parce que je me suis dit, j'ai besoin de comprendre pourquoi j'en ai peur, en tout cas pourquoi ça m'impressionne, et pourquoi il y a une répulsion, un petit désir répulsion comme ça avec ça. J'avais fait une fixette aussi sur des momies au musée d'art et d'histoire de Genève, où je voulais tout le temps aller voir ces momies. Donc je voyais bien que toute mon enfance, et mon adolescence aussi, j'ai eu peur de ça. J'avais peur de la mort de mes proches, j'avais peur de perdre mes parents, j'avais vraiment peur de tout ça. Et quand j'ai commencé à travailler vraiment sur ce sujet pour moi, j'ai commencé, je devais avoir, c'est quand même au cours de la fin de ma vingtaine. C'est passé du temps. Ça m'a beaucoup calmée de comprendre en fait que si on en avait peur, c'était une construction culturelle et que ça ne sortait pas de nulle part et que c'était possible de faire un peu autrement.
- Speaker #0
Et ta propre mort, t'en as eu peur ? T'en as peur encore ?
- Speaker #1
Ça dépend des fois. Je pense que des fois j'ai peur, je me dis si je meurs maintenant, ce serait trop dommage, je raterais ça. Ou des fois, quand on démarre des histoires d'amour, on se dit, mais là, si l'autre décède maintenant, mais quelle horreur, comment je vais faire ? Ou si moi, je meurs, mais dans quoi je vais laisser cette personne ? Donc ça, c'est sûr que du coup, c'est peut-être lié à des moments de la vie. Mais j'ai l'impression que tous les jours, non, moi, je n'ai pas peur de ma mort à moi. J'ai plus peur de la mort des autres. Mais j'ai l'impression que ça s'est quand même estompé depuis que j'ai fait ce travail-là. Je me dis, de toute façon, il y a une manière de rester en lien, d'être différente. Et ces gens partent, mais pas sur tous les aspects.
- Speaker #0
Avant d'en venir à ton travail, je rebondis sur la relation amoureuse. Est-ce que la mort fait qu'on a une autre façon d'aimer l'autre ?
- Speaker #1
Je pense que la mort ou la fin, parce qu'en fait, des fois, on a des histoires et on sait qu'elles sont impossibles. Et le fait que cette fin soit vraiment très présente fait que l'intensité n'est pas la même, certainement. Et du coup, j'ai l'impression que ça s'apparente assez à la mort. Moi, je les lis assez.
- Speaker #0
Je t'écoute, c'est ça. Je m'aime beaucoup, en fait. Parce que ce genre de mort, j'ai l'impression qu'elles sont encore plus douloureuses que les morts.
- Speaker #1
C'est vrai. Parce que quand on perd quelqu'un pour de vrai, déjà, c'est reconnu de manière sociale. On peut en parler, mais quand on quitte ou quand on se fait quitter et qu'on perd cette personne dans notre vie, j'ai l'impression que... Ah ! En fait, on peut en parler, mais ce n'est pas vraiment des vraies deuils. Moi, en tout cas, ça peut aussi m'angoisser.
- Speaker #0
Ton travail, ton œuvre, les corps incorruptibles, qu'est-ce qui t'a menée à créer cette œuvre et à vouloir créer cet opus ?
- Speaker #1
Quand je dis que j'ai commencé à faire un travail là-dessus, ce n'était pas pour faire un spectacle à la base. C'est que comme on n'arrivait pas à me répondre sur qu'est-ce qu'on faisait de ma grand-mère une fois qu'elle était morte, où elle était, qui s'occupait d'elle, des choses comme ça.
- Speaker #0
Donc c'est le décès de ta grand-mère qui te mène à avoir cette réflexion ?
- Speaker #1
En fait, ma grand-mère est décédée quand j'avais, je crois, à peu près 18 ans, quelque chose comme ça, 19 ans. Et c'est vrai qu'il y a eu des questions auxquelles on n'a pas répondu. Savoir où est-ce qu'elle va, qui s'occupe d'elle, pourquoi est-ce qu'on ne la ramène pas à la maison, pourquoi est-ce qu'elle n'a pas pu mourir à la maison. Et en fait, assez vite, je me suis dit, il faut que j'aille voir de moi-même. Donc j'ai demandé si je pouvais faire un stage dans des pompes funèbres à Genève. Donc j'ai mis le pied dedans à ce moment-là. Et c'est à ce moment-là que j'ai commencé à avoir cette réflexion, sans vouloir faire un spectacle forcément. Mais du coup, toutes les découvertes que j'ai faites depuis ce moment-là, parce que j'ai continué de lire des livres, de voir des gens, de réfléchir sur ce sujet, j'avais trop envie de les partager. Et moi, mon médium, j'ai été formée à la Comédie de Sainte-Étienne, et c'est le théâtre, je fais des arts plastiques. Je me suis dit, bon, ça c'est mes médiums, je vais passer par là pour redonner mon enquête. Ou en tout cas... essayer de faire sentir que les gens comprennent dans quoi on est et puissent choisir délibérément aussi ce qu'ils ont envie qu'on fasse avec leurs défunts ou avec leur corps. Parce que j'ai appris plein de trucs par l'expérience et par la lecture aussi des chercheuses avec qui j'ai travaillé. Je me disais, mais c'est trop dommage que je garde tout ça pour moi. Donc, l'envie du spectacle, elle est venue vraiment après coup.
- Speaker #0
Donc ça fait depuis tes 18 ans, donc ça fait... certain nombre d'années que cette question elle t'habite. Comment ça se fait que ça a mis tant de temps à se réaliser ? Par quoi est-ce que t'es passée ? Même les émotions et tous les questionnements, les doutes, les révélations de notre humanité et de notre façon de faire en fait.
- Speaker #1
Je pense que j'ai pas eu confiance en moi tout de suite pour fabriquer une œuvre ou en tout cas créer quelque chose qui soit à moi. Donc moi j'ai beaucoup été dans des collectifs. On a créé un collectif avec des copines. J'ai une compagnie que je co-dirige avec un auteur qui s'appelle Guillaume Caillet. Donc en fait, je fais des choses plutôt à deux, à plusieurs. Et je n'avais pas la confiance, je pense, artistique pour me lancer dans quelque chose. Et je pense que ce temps-là a été nécessaire pour que je fabrique aussi mon regard, que je puisse me situer en fait dans l'esthétique que j'ai envie de défendre et de savoir comment transformer un sujet qui soit du coup une recherche intime pour la transmettre et qu'elle soit peut-être aussi dans une globalité plus politique, plus collective. Donc ça, ça m'a mis un peu de temps aussi à comprendre comment rentrer dedans, pour ne pas faire n'importe quoi et je ne voulais pas faire n'importe quoi avec ce spectacle et avec ce sujet. Donc voilà, c'était vraiment le temps nécessaire aussi à trouver tout ça.
- Speaker #0
Est-ce qu'on peut dire que c'est un seul en scène ? C'est quasi un seul en scène alors que c'est une scène qui est très habitée.
- Speaker #1
Ouais, c'est quasi un seul en scène. J'ai beaucoup interrogé ma mère, vu que je suis sa seule descendante, et c'est moi qui vais devoir m'occuper d'elle. Et vice-versa aussi, parce qu'elle n'a pas dit que je ne meurs pas avant, bien sûr. Mais c'était pour moi important de ne pas travailler avec une comédienne et de pouvoir l'interroger. Et donc, j'ai une discussion avec elle sous forme de vocaux où je lui pose des questions sur qu'est-ce qu'elle aimerait, comment est-ce qu'elle se situe. Je lui fais faire des petites expériences où elle appelle des pompes funèbres.
- Speaker #0
Mais là, c'est un échange, une conversation que vous avez vraiment par message vocaux. Vous ne l'avez jamais eu en face à face ?
- Speaker #1
Des fois, oui, mais en fait, j'aimais bien... que ça puisse rester un peu cadré aussi. En tout cas, le fait que ma mère ait été d'accord de converser avec moi, avec ses vocaux et tout ça, elle, ça l'a remis dans des questions vraiment concrètes sur sa propre faim. Et nous, ça nous a vachement aidé. Ça nous a permis déjà d'en parler. Moi, je sais ce qu'elle veut. Je sais ce qui n'est pas forcément possible. Du coup, on essaie de trouver des solutions pour pouvoir adapter les choses. Parce qu'en effet, on ne peut pas forcément faire des cérémonies en plein air partout. avec le cercueil, de comment on s'arrange avec ça, quels subterfuges on trouve. Et après, je trouve que quand on travaille sur une représentation artistique, ça nous permet toujours de prendre de la distance par rapport à notre sujet, parce qu'on a le nez dans notre intimité, mais en même temps, c'est des représentations, et les représentations, ça fait toujours faire des pas de côté. Et c'est là où c'est assez intéressant, parce que du coup, on est à la fois acteur, ça nous fait quelque chose. et en même temps, on donne à voir. Donc, on est quand même en représentation. Donc, on est un peu double, quoi. On a un peu ce regard sur soi et en même temps, ça nous fait quelque chose. Et ça décale vachement par rapport à la vie où des fois, on peut être dans des dramas.
- Speaker #0
D'ailleurs, en travaillant la mort, en plus, tu l'as travaillé depuis très tôt, du moment où tu en es consciente depuis un très jeune âge, après, à 18 ans, tu vas faire ce stage chez Pompfuneb. Après quelques années plus tard, Tu travailles sur cette pièce, tu joues cette pièce. Quelle est ta relation à la mort ? Comment est-ce qu'elle a évolué avec le temps ?
- Speaker #1
Elle est passée de quelque chose dont j'avais peur à quelque chose qui est une matière à réflexion et même un terrain de jeu. Et en fait, je trouve que le monde de la mort, il est vraiment même assez drôle. En tout cas, les gens que j'ai côtoyés dans mes recherches sont vraiment trop marrants. Ils ont beaucoup de dérisions. Ils ne sont pas normés. Et ça, c'est très réjouissant. Je ne m'attendais pas forcément à ça. Donc ça aussi, ça m'a aidée à transformer.
- Speaker #0
Imaginez que c'était un milieu morbide, justement. Oui,
- Speaker #1
c'est vraiment pas morbide. Enfin, ça dépend de qui, mais je trouve que c'est aussi un milieu qui est extrêmement vivant et très militant aussi. Il y a quand même des gens qui réfléchissent la mort comme un sujet politique. Toutes les morts ne sont pas égales. Il y a des morts qui comptent plus que d'autres. Aujourd'hui, notre société, elle fabrique beaucoup de fantômes. les guerres qui ont lieu donnent beaucoup de... de morts sans sépulture, de gens qui ne peuvent pas être vraiment célébrés, à qui on ne peut pas rendre des hommages comme il se doit. Et en fait, tout ça, ça rend la mort politique, ça rend la mort collective. Souvent, quand on pense à la mort, on est seul face à ce sujet. On se dit, c'est ma mort, c'est la mort de mes proches, c'est ci, c'est ça. Mais en fait, comme ça concerne tout le monde, moi, ça m'a aidée de la voir comme un grand sujet. Je veux dire, on voit bien que dans la littérature, on parle d'amour, La mort, elle est aussi présente de la même manière. C'est vraiment les deux grands sujets de la littérature. C'est les deux grandes représentations dans les œuvres d'art. C'est des gros sujets.
- Speaker #0
Oui, parce qu'ils n'ont jamais de réponse.
- Speaker #1
Jamais. Et puis, ce n'est pas des sujets persos. Que perso. Oui,
- Speaker #0
oui. Est-ce que pendant ton processus créatif, tu as eu des moments de doute ? Tu as voulu dire, non, en fait, là, c'est trop pour moi. C'est un sujet. qui me dépassent.
- Speaker #1
Non mais tout le temps. L'enfer. L'enfer. Et après, c'est parce qu'on doute, on se dit que ce qu'on est en train de faire, c'est pourri. Il y a toujours des périodes comme ça. Après, c'est dur de se faire confiance quand on crée. Donc moi, j'essaie de m'entourer quand même de personnes hyper bienveillantes et très à l'écoute et avec qui je peux partager mes doutes sans avoir peur d'être jugée et qui me trouvent nulle. Et ça me cadre. Mais oui, j'ai tout. tout le temps des doutes. Par exemple, je suis en création sur cet opus 2 sur les liens invisibles entre les morts et les vivants, ces relations plus métaphysiques. J'ai vraiment l'impression que je cherche dans le vide, que c'est un sujet immense. Je suis là, les fantômes, ce n'est pas la même chose que les morts et les défunts. Les hantises, ce n'est pas la même chose. Mais comment est-ce que... Quel vocabulaire on utilise quand on veut parler de ça ? C'est mouvant. Je ne peux pas donner des vérités et asséner des choses. Là, j'essaie de trouver des prismes d'entrée et je trouve que... Mon travail est quand même assez autofictionnel. Donc moi, c'est un peu mon prisme d'entrée pour ne pas trop dire de conneries. Disons, si je pars de moi, je peux emmener les gens ailleurs. Mais en tout cas, on ne peut pas me juger parce que je pars de cet endroit-là. Donc là, du coup, je travaille aussi sur moi. Et c'est vrai que... Il y a du doute quand on travaille sur soi, à partir de soi, ça n'arrête pas.
- Speaker #0
Surtout la thématique, mine de rien, autant elle peut être passionnante, mais elle est effrayante.
- Speaker #1
Elle est sans fin.
- Speaker #0
C'est vraiment sans fin.
- Speaker #1
Si je puis me permettre.
- Speaker #0
Est-ce que tu peux partager ou tu veux bien partager avec nous des moments durant ton processus créatif qui ont été plus douloureux que d'autres, un peu plus intimes ?
- Speaker #1
Alors là, la création de l'opus 1, elle date quand même de 2024. Donc ça remonte un peu, je ne saurais pas forcément dire. Mais là, je suis en plein dans cet opus 2 qu'on crée en septembre. Donc c'est peut-être plus frais. Là, je vois bien que là où c'est très douloureux, c'est que j'ai vraiment super peur. En fait, comme moi, je passe par moi avant d'aller ailleurs. Je me dis, mais là, moi, j'ai très peur d'être autocentrée, par exemple. Là, c'est très douloureux parce qu'on se dit, mais qu'est-ce qu'on en a à foutre que je parle de mes grands-mères, de machin ? Ce n'est pas le sujet. Mais en même temps, pour accéder à ces liens entre les morts et les vivants, si moi, je ne fais pas de lien avec mes morts, je ne vais pas pouvoir en parler non plus. Donc là, c'est assez difficile pour l'instant, par exemple, de trouver comment relier l'intime et le collectif, le plus grand, comment relier des sujets très personnels à de l'ouverture politique. ces relations qu'on tisse ou non avec certains morts et certaines mortes, ça, je galère. La dramaturgie, pour l'instant, elle n'est pas simple. Après, c'est plus lié au processus artistique que au sujet, parce que je brasse des choses. Là, par exemple, je suis en train de revisionner, j'ai fait numériser toutes les VHS qu'on a faites dans la famille et j'ai retrouvé une vidéo de mes grands-mères en 2006 où je les interroge, toutes les deux. Il y en a une qui est en train de commencer à perdre la tête sur c'est quoi leur vie ? C'était quoi ? Elles ont grandi où ? Qui est-ce qu'elles ont rencontré ? Je pose des questions méga pragmatiques, extrêmement bizarres. Et là, ça m'a fait quelque chose de revoir ça. Dans le cadre de mon processus créatif, je me suis dit, c'est fou ces voix que je n'avais pas réentendues depuis qu'elles sont décédées, depuis 2009. De réentendre, oui, là, ça m'affecte profondément. Ça ne me rend ni triste, ni quoi que ce soit. D'autres, de négatif, mais par contre, oui, ça me met en branle des choses, de travailler avec sa propre histoire. Et en même temps, je me dis, bon... Je travaille sur mes grands-mères, je n'ai pas de guerre autour de moi. Enfin bon, ça va, j'ai bien de la chance de pouvoir avoir ces sources.
- Speaker #0
Comment est ton rapport au corps aujourd'hui justement à cette matière qui juste disparaît ?
- Speaker #1
J'ai hyper peur d'avoir mal, donc j'essaye de prendre soin de ma santé. C'est vraiment un truc, j'ai très peur de mourir dans la douleur. Je me dis, je préférerais mourir d'un coup. Mais c'est plus un rapport de peur à la douleur. Donc voilà, après mon corps, je me dis que peut-être il peut me servir vraiment de médium de contact. Il y a aussi, enfin, je ne sais pas, en fait il y a un rapport, quand on perd des gens, on se rend compte aussi de ce qu'ils nous ont laissé. Et par exemple, je me rends compte que je fais certains gestes, ou quand je fais certains gestes, ça me fait penser à mes mortes. Il y a des trucs qui m'ont été transmis. En fait, je sens que mon corps, il est encore habité de ces gens. J'ai vraiment hérité de certaines gestuelles. Et voilà, ça, je n'en avais pas conscience avant de travailler là-dessus.
- Speaker #0
C'est une forme d'héritage.
- Speaker #1
C'est un héritage, oui. On a des fois des héritages dans nos goûts, nos manières de penser, mais aussi par notre corps. Par exemple, j'ai une circulation pourrie. Je me dis, bah merci. Merci la famille. Ça, je vois très bien d'où ça vient.
- Speaker #0
C'est marrant, moi, c'est le nez.
- Speaker #1
Ah !
- Speaker #0
C'est le nez, mais dans le futur. On dit que le nez, c'est les oreilles, c'est ce qui continue à grandir. Et quand je vois l'héritage nasal, je me dis non merci.
- Speaker #1
Eh bien, ça nous pend au nez.
- Speaker #0
Tu as mentionné la mort comme un sujet politique et aussi sociétal. Est-ce que tu aurais une idée de la raison, des raisons pour lesquelles la mort est invisibilisée en Occident, de l'Ouest ?
- Speaker #1
pas historienne ni chercheuse, mais je sais que par exemple, le travail de Magali Molinier, qui a écrit en 2006 « Soigner les morts pour guérir les vivants » , il est extrêmement intéressant parce que c'est pour moi une des premières à ramener en France des questions qui ont été soulevées aux Etats-Unis, des « continuing bones » sur pourquoi est-ce qu'on coupe des liens ? Le deuil normatif. En gros, Freud dit que quand l'être aimé s'en va, il faut remplacer cet objet aimé par un nouvel objet. En gros, laisser partir, couper et se remettre dans le monde. Enfin bref, on a séparé en fait le monde des morts et le monde des vivants. En fait, on a séparé beaucoup de choses dans notre conception en Occident. Et ce livre de Magali, il est intéressant parce qu'elle repose ces questions-là en disant qu'en fait, on nous dit qu'il faut séparer les choses, mais en fait, dans les faits, ce n'est pas tant vrai. C'est-à-dire que j'ai l'impression que oui, en Occident de l'Ouest, on sépare parce que... Pour moi, c'est aussi lié au système capitaliste dans lequel on est, c'est-à-dire que les malades, les enfants, les vieux et les personnes en situation de handicap et tout ça ne rapportent rien au capital. Donc en fait, on les met de côté, les morts non plus. Mais c'est assez récent tout ça. C'est assez récent le fait que les morts soient plus considérés comme des êtres sociaux et agissant sur nous. Mais en fait, ce qu'elle dit dans son bouquin, c'est qu'elle remarque qu'en fait, il y a plein de gens qui sont encore en lien. Il y a plein de gens qui font des choses. Les morts nous font faire des choses. Et puis aussi, ça c'est Vinciane Després qui donne cet exemple que je trouve génial. Elle dit, si ta mère de ton vivant te dit, non, écoute, ne quitte pas toute ta vie comme ça, réfléchis un peu, et t'en verras tout valser quand t'auras réglé deux, trois problèmes. Bon, tu vas lui dire, va chier, je fais ce que je veux. Si ta mère morte vient te donner ces conseils-là, tu ne l'écoutes pas de la même manière. Donc, c'est bien que les morts, on les écoute autrement. Ils nous font quand même faire des choses. Donc, en fait, on n'est pas tant séparés d'eux. Donc, j'ai un peu l'impression que c'est cette... notion-là de deuil normatif qui nous fait croire ça, qu'on devrait se séparer, qu'on devrait arrêter. Mais en fait, dans les faits, les gens, ils s'arrangent vraiment avec. Ils n'en parlent peut-être pas forcément, mais j'ai l'impression que quand même, en Occident, mine de rien, chacun et chacune a sa pratique propre, un peu interne, et des fois on n'ose pas en parler.
- Speaker #0
Parce qu'il n'y a plus le faire communauté. C'est vraiment devenu hyper individualiste ou individualisé.
- Speaker #1
Et ça, c'est vraiment lié pour moi à ce système dans lequel on est. Et puis Edgar Morin, il en parle assez bien aussi dans L'homme et la mort, la naissance de l'individu. Et c'est complètement lié aussi, pour moi, au capitalisme.
- Speaker #0
Individu slash individualisme.
- Speaker #1
Oui. La perte de son corps, c'est la perte de l'individu. Enfin bon, moi, ça me parle beaucoup tout ça. Et je vois bien que si notre conception en Occident est celle qu'elle est aujourd'hui, qu'on ne prend pas beaucoup de temps pour fêter nos morts, qu'on a trois jours de congé. Et encore, ça dépend qui. Parce que si c'était tes amis proches, tu n'étais pas considéré comme la famille. Donc, ça pose plein de questions quand même. À qui on donne le droit d'être en deuil ? Et pour qui ? Et en tout cas,
- Speaker #0
qu'est-ce qu'on fait en trois jours ?
- Speaker #1
On règle des papiers.
- Speaker #0
Oui, mais ça ne prend jamais trois jours.
- Speaker #1
Non. Donc, on ne donne plus de place à ça. Mais même au niveau de l'argent. C'est-à-dire qu'on ne met plus beaucoup d'argent pour les sépultures, les choses comme ça. Et encore, on a de la chance, je veux dire, à Genève, c'est quand même... Si on vit sur la ville de Genève, c'est gratuit. Que c'est ça d'ailleurs ?
- Speaker #0
Pourquoi ?
- Speaker #1
Je ne sais plus l'origine de cette gratuité. Il y a d'autres endroits en Suisse où il y a ça aussi. Et en France, non.
- Speaker #0
Quel a été l'accueil du public de ta pièce ? Et surtout le sujet, la mort de la sorte. Est-ce que ça a créé du malaise, de la curiosité, de la reconnaissance ? Est-ce qu'il y a des gens qui se sont levés ? peut-être partie de la salle parce que c'était genre trop...
- Speaker #1
C'est assez rare que des gens sortent, mais après je leur donne la possibilité de le faire puisqu'il y a une scène qui est un peu... où je pense qu'il y a des gens qui peuvent avoir des réactions physiques par rapport à cette scène où je parle un peu d'embaumement. Mais après j'ai eu beaucoup de retours de gens qui me disent « bah merci, du coup je suis venue avec ma mère » . Je suis venue avec telle personne de ma famille. En fait, c'est hyper bien parce que ça nous a permis d'en parler. Et j'ai reçu beaucoup de mails dans ce sens-là. Je ne m'attendais pas à ça. Donc, tant mieux, en fait. C'est vrai qu'on a envie de dire, venez avec des gens avec qui vous ne pouvez pas parler de ça.
- Speaker #0
Et tu sais si après coup, ils te remercient, mais tu sais si ça a ouvert des échanges, justement, et d'autres, je veux dire, de la revalorisation de la mort.
- Speaker #1
Je ne sais pas, mais en tout cas, il y a des gens qui viennent le voir une fois, puis après, ils reviennent avec quelqu'un à qui ils veulent le montrer, genre leur mère, leur père, machin. Et du coup, je pense, à mon avis, ça remet ça sur la table.
- Speaker #0
Tu touches quelque chose.
- Speaker #1
Oui, c'est bien, c'est drôle, moi, ça me fait rire. Je trouve ça bien. En fait, il vaut mieux, c'est Sarah Jolia qui dirige les pompes funèbres du Léman, qui en parlait l'autre jour et qui disait, en fait, il vaut mieux parler de ça quand on va bien plutôt que sur un lit d'hôpital parce que là, c'est glauque. Mais si on en parle avant, en vrai... Qu'est-ce que tu veux ? Tu veux ça ? Moi, je ne te verrais pas. Je n'aurais pas du tout envie d'aller te jeter dans la mer. Ce serait trop chiant. On viendrait comment te voir ? Il y a des petits trucs un peu concrets. C'est bien d'en parler avant quand même.
- Speaker #0
Toi, tu as fait tes directives anticipées déjà ?
- Speaker #1
Non, parce que je change un peu d'avis. Et puis, en fait, pour l'instant, il n'y a rien qui me convient. Donc, j'espère qu'en gros, quand on pourra faire de l'humisation, là, je ferai mes directives. Mais là, je me dis, j'attends. J'espère que je ne vais pas mourir tout de suite. J'attends que ça soit mis en place.
- Speaker #0
Les directives anticipées ? Pour ma part, j'ai l'impression que ça acte. Enfin, ça acte, tu sais, tu vas mourir.
- Speaker #1
Mais tu peux changer tous les jours de directive en SCP.
- Speaker #0
Et il y a ça aussi. Tu vois, genre, aujourd'hui, j'ai peut-être cette envie-là, mais l'année prochaine, j'ai... Ce serait une nouvelle version de moi qui voudra autre chose.
- Speaker #1
Bah oui.
- Speaker #0
Donc c'est assez déroutant en fait. Donc on verra. Je me dis tant que c'est loin, que ça reste le plus loin possible.
- Speaker #1
Mais il y a des gens qui font des trucs très bizarres maintenant, que je trouve assez drôles en même temps, c'est qu'ils font leur funérail avant de mourir. Et ils font leur fête exactement comme ils veulent, avec les discours et tout. Enfin pourquoi pas en vrai.
- Speaker #0
C'est aussi très particulier. Donc le podcast s'appelle D'amour et de vos fraîches. qui est le jeu de mots de vivre, d'amour et d'eau fraîche et donc de la mort. Pour moi, c'est important d'en parler si on veut vivre pleinement. Est-ce que parler de la mort, je ne sais pas si toi, dans tes histoires d'amour, justement, parler de la mort a été un sujet prédominant, mais présent. Et est-ce que ça a changé quelque chose dans votre relation ?
- Speaker #1
Ça dépend avec qui. En fait, moi, vraiment, quand je démarre des relations, c'est vrai que je pense tout le temps à la mort de l'autre. J'ai toujours peur que la personne meure, ce que je disais un peu au début. Donc après, j'en parle pas avec toutes les personnes avec qui j'ai été. J'ai pas été avec 50 000 personnes, mais en tout cas, mes relations fortes, j'en ai pas parlé avec toutes. Et en fait, ça s'est un peu calmé depuis quelques années, j'ai l'impression. J'ai eu une relation importante avec une femme et en fait, elle était plus âgée que moi, elle est plus âgée que moi. Et c'est vrai que j'en ai... que ça m'a beaucoup travaillé. Et du coup, on parlait beaucoup de ça. Enfin, régulièrement, je disais, mais en fait, moi, je vais faire comment si tu meurs en premier ? Comment je vais m'en sortir ? C'est horrible. Et puis, en plus, je suis chez toi dans ton appart, je n'ai pas de droit. Ça veut dire que moi, je ne veux rien jeter de tout ce qui va être à toi. Est-ce que ta famille va être d'accord ? C'était important. J'en parlais quand même régulièrement de ça. Je pense que c'est la personne avec qui j'en ai le plus parlé. Et je pense que de toute façon, on arrive sur le sujet aussi. Et je pense que quand ça fait longtemps que tu es avec quelqu'un, que tu as des biens en commun, Et puis aussi dans les couples homosexuels, moi je ne relationne plus qu'avec des femmes maintenant. En fait, ça pose vraiment la question parce que ce n'est pas forcément reconnu. Enfin, je ne sais pas, par exemple à l'hôpital, si tu n'es pas mariée, ça peut arriver aussi qu'on te dise bah non.
- Speaker #0
Qu'on te dise non de quoi ?
- Speaker #1
C'est que la famille proche qui peut être là, vous ne faites pas partie de la famille. Enfin, moi ça m'est arrivé. Du coup, comment on gère ça en fait ? Bien que maintenant c'est quand même ok, je veux dire, dans notre société. d'être homosexuel, il n'y a pas de problème. Donc oui, la question se pose, est-ce que du coup, il faut se paxer ? C'est-à-dire, bien en commun, comment on fait ? Ça me questionne, savoir comment ne pas tout perdre de l'autre d'un coup, en même temps que l'autre s'en va.
- Speaker #0
Et puis tous ces questionnements, sans même savoir si la relation elle-même va durer. C'est ouf, quand même.
- Speaker #1
Oui, c'est trop bizarre.
- Speaker #0
Donc, à quel moment est-ce qu'on parle de la mort dans le couple ? Je veux dire, dès qu'on se met avec l'autre, parce que ça peut justement... Elle peut subvenir à n'importe quel moment, en fait, la mort. Donc, quand est-ce qu'on en parle ? Est-ce qu'il y a une règle ?
- Speaker #1
Non, il n'y a pas de règle, je pense. Il n'y a pas de règle. Des fois, il y en a, ils n'en parlent jamais, puis il n'y a pas de problème. Ça arrive après, au dernier moment.
- Speaker #0
Oui, voilà. Puis l'autre, le conjoint ou la conjointe meurt. Et puis l'autre, il se retrouve aussi un peu au dépourvu parce qu'il ne sait pas ce que l'autre voulait. Il y a toutes les motions justement du deuil qui prend aussi de la place. Donc, tu ne réfléchis pas forcément avec clarté.
- Speaker #1
Non.
- Speaker #0
Ça revient aussi à cette invisibilisation de la mort dans nos sociétés. On pense qu'on va être éternel. Et donc,
- Speaker #1
on ne va pas en parler. Donc,
- Speaker #0
on n'en parle pas.
- Speaker #1
Et puis aussi ce truc de superstition que tu disais. que ça peut acter, c'est-à-dire le fait d'en parler, ça fait que ça va arriver. Non.
- Speaker #0
Ce serait trop bien d'ailleurs.
- Speaker #1
Imagine, tu dis un truc, ça arrive.
- Speaker #0
Non, mais justement, je ne voudrais pas que ça arrive tout de suite. En dehors de la relation de couple, est-ce qu'il faut, entre guillemets, parler de sa propre femme ?
- Speaker #1
Je pense que de temps en temps, ça vaut la peine de se faire un petit update là-dessus. De se dire, ok, bon, En plus en Suisse on a quand même la chance d'avoir la possibilité d'avoir la mort assistée. C'est-à-dire que si d'un coup j'ai une maladie hyper grave, qu'est-ce qu'on fait en fait ? Ça oui, moi je trouve ça hyper important d'en parler. Moi je sais que j'en parle avec ma mère par exemple, avec mon père moins. Mais en tout cas j'en parle avec ma mère, je dis bon ok, c'est elle-même qui me dit moi si il m'arrive ça, par contre je ne vais pas durer. Moi aussi. Et après, comme on se disait tout à l'heure, ça change toutes les deux secondes de ce qu'on... sur des choses comme ça, puis même ça n'arrivera jamais comme on a envie que ça arrive, souvent on va être surpris.
- Speaker #0
Je rebondis sur le fait que tu en parles plus avec ta mère qu'avec ton père. Est-ce que tu penses que c'est un sujet qui est appréhendé différemment selon notre genre ?
- Speaker #1
Oui, je pense que c'est des trucs après d'éducation, mais moi je vois que la génération de mes parents, les hommes ont peut-être plus de difficultés à s'exprimer sur des choses intimes, mais ça change suivant. suivant l'âge, le milieu socioculturel et tout ça, c'est très lié donc je sais pas si je peux faire des généralités mais en tout cas, dans ma famille,
- Speaker #0
oui Et aussi peut-être dans tes recherches est-ce qu'il y a plus de femmes qui travaillent dans l'industrie de la mort que d'hommes par exemple ?
- Speaker #1
Bah non, parce qu'à partir du moment où c'est un business il y a beaucoup d'hommes voilà, il y a beaucoup par exemple les grosses boîtes de pompes funèbres en France sont vraiment gérées par des hommes en Suisse, les directeurs de pompes funèbres c'est des hommes à part... Vraiment, Sarah, Jolia, n'a pas beaucoup.
- Speaker #0
En Suisse romande ? En Suisse romande.
- Speaker #1
Je ne sais pas comment ça se passe en Suisse allemande et au Tessin, mais voilà. Oui, dès que c'est du business, on voit très bien où sont les dirlois. On voit très bien qui sont les dirlois.
- Speaker #0
On va arriver quasi à la fin. Est-ce que le fait de savoir qu'on va mourir, est-ce que tu penses que ça intensifie notre façon de vivre ?
- Speaker #1
Des fois oui, des fois non, parce que là, en l'occurrence, des fois, on se fait chier dans notre vie. On est là, je ne sais pas quoi faire. Mais après, c'est comme je disais avant sur les relations amoureuses dont on sait qu'elles vont finir ou qui ne sont pas possibles d'être vécues. Oui, ça intensifie les choses parce qu'on se dit, c'est maintenant ou jamais, il faut que ça existe, etc. Donc, il y a des moments où on est comme ça, dans des états de vie extrême. C'est pour ça qu'il y a beaucoup de gens qui disent que quand ils perdent quelqu'un, ils sont dans des états d'intensité avec la vie particulière. Ça les décentre complètement. Alors qu'il y a des fois, on se fait vraiment chier. On dit, putain, il faut que ça passe le plus vite possible. Donc, il y a bien des moments où on est dans des intensités avec la vie. Et c'est la mort qui nous donne envie de le vivre davantage. Et des fois, ce n'est pas le cas. Ça dépend bien. Ça dépend bien.
- Speaker #0
Est-ce que tu penses que c'est un sujet qui va...
- Speaker #1
perdurer dans ta création ou juste ces trois opus et puis tu te dis non je passe à autre chose je pense que la manière dont je suis en train de construire les choses c'est vraiment je fais des échos et j'essaye de construire une pensée à plus long terme donc je ne pense pas que ça va s'en aller mais peut-être que ça va se transformer ailleurs par exemple je pense pour l'opus 3 j'ai pas envie d'être moi toute seule sur scène j'ai envie d'avoir d'autres gens et d'autres générations et je pense que ça peut peu, ça va se faire écho et cette trilogie autour de la mort, ça se trouve, je vais dire que ça va devenir une quadrilogie. Peut-être qu'en fait, je vais construire tout mon travail en opus qui répondent les uns les autres et puis qu'en fait ça va être ce prisme de lecture-là qui va l'aider et puis on va aller ailleurs. Peut-être. En tout cas, ça m'intéresse encore.
- Speaker #0
On se réjouit de voir tout ça. Je vais finir avec une question. Si tu savais qu'il te restait un an à vivre ? qu'est-ce que tu créerais ?
- Speaker #1
J'essaierais de créer autour de moi de manière totalement égoïste et auto-centrer une communauté d'aidants pour qu'il n'y ait pas qu'une seule personne qui prenne ça sur ses épaules J'essaierai de leur offrir des trucs en échange, vu que j'aurai de l'argent, parce qu'en fait, ce serait le meilleur des mondes. Je n'aurai pas de problème à pouvoir héberger tout le monde dans un grand endroit. Et à se dire, on fabrique quelque chose de cette fin, et puis essayer de fabriquer un bon fantôme pour les autres. Essayer de leur laisser un truc sympathique de moi, et pas que ce soit quelque chose de très déprimant, ou en tout cas, qu'ils les tirent vers le bas. Voilà. Donc j'essaierai de te faire communauter autour de cette fin.
- Speaker #0
Merci Aurélia.
- Speaker #1
Merci à toi. Et à bientôt.
- Speaker #0
À bientôt.