- Speaker #0
Dans l'ombre, un podcast produit par Ouillard et Time to sign off.
- Speaker #1
Bienvenue dans Dans l'Ombre, le podcast produit par We Are et Time to Sign Off, où l'on reçoit ceux qui, par vocation, ne parlent jamais. Visiteurs du soir, hommes et femmes de l'ombre, agents secrets ou agents de stars, bref, tous ceux et celles qui tirent les ficelles mais évitent la lumière. Ce sont eux que nous recevons dans Dans l'Ombre, pour qu'ils nous expliquent leur rôle et leur méthode, et qu'ils nous racontent leurs histoires. Je suis Romain Dessal, fondateur de la newsletter d'information Time to Sign Off, TTSO, et ce soir, je reçois un homme dont la profession est chargée d'un tel imaginaire que je dois bien vous confesser une excitation. une gourmandise toute particulière à l'idée de l'entendre. Ce soir, je reçois un détective privé. Bonsoir Bruno Boivin.
- Speaker #2
Bonsoir.
- Speaker #1
Alors Bruno, vous êtes le patron de l'agence Duluc, nom et agence mythique. Duluc, c'est cette enseigne rue du Louvre. C'est une société qui existe depuis 1913. Et c'est pour moi un de mes films préférés, il faut que je vous le dise. Pour moi, c'est Domicile Conjugal de Truffaut, où Jean-Pierre Léo va devenir un enquêteur particulièrement pathétique. Bref, Bruno, vous arrivez avec un cortège de clichés, bien malgré vous. Alors pour commencer, est-ce que vous pouvez me dire ce que fait une agence de détectives privées en 2026, ce que fait Duluc, qu'est-ce que c'est vos activités ?
- Speaker #2
Alors une société d'enquête privée, c'est une société qui a la particularité d'être agréée par le ministère de l'Intérieur. Ça veut dire qu'on travaille avec une certaine contrainte liée au code de sécurité intérieure qui garantit que le travail qu'on va pouvoir faire est quand même garanti par une qualité irréprochable. Et les règles précisent et on est contrôlé à cet effet. le métier d'enquêteur privé, il est... Pour résumer, le principe d'enquêter pour comprendre permettant de savoir pour décider. Donc effectivement, qu'est-ce qui fait qu'on peut apporter la preuve de manière discrète sur un certain nombre de sujets qui sont des sujets d'entreprise, des sujets de particuliers. Et il y a toute l'imaginaire qui peut effectivement être intéressante là-dessus sur le thème. Je veux avoir des informations et c'est sans limite que je peux faire appel au détective privé dès l'instant où je respecte les règles de déroulement. ontologiques qui sont liées au métier.
- Speaker #1
Et les grandes activités, si on essaye de faire sur 100% de l'activité de l'agence Duluc, c'est quoi les grandes catégories ? C'est la recherche de preuves d'adultère, comme dans les clichés, ou c'est l'intelligence économique, ou que sache encore ?
- Speaker #2
L'activité de l'enquêteur privé, alors Duluc, c'est une marque qui est rattachée à l'enquête privée Codiv, l'agence de détectives que j'ai créée en 2012, Codiv Enquête Privée. L'objectif, c'est d'apporter de la preuve. Et effectivement, malgré le cliché des particuliers, on n'est pas spécialisé, enfin on est de moins en moins dans le métier spécialisé sur les histoires d'adultère parce que ça intéresse quand même beaucoup moins de monde, d'une part, que tout le monde se fait gauler d'autre part.
- Speaker #1
Se fait gauler comment ? Dites-moi, je suis sûr que ça intéresse plusieurs de nos auditeurs et de nos auditrices.
- Speaker #2
Le téléphone est quand même l'outil principal.
- Speaker #1
Le SMS qui accueille.
- Speaker #2
Le WhatsApp qui va bien, etc. Bon, ça c'est assez classique. Bon, mais voilà, donc on n'est pas spécialisé là-dedans, ça sert. Parce que ça rejoint un élément qui est toujours lié, de plus ou moins de près ou de loin, à l'argent. Donc sur un divorce, je veux des preuves. Bon, alors il y a la preuve liée au fait que je veux savoir, je veux l'information. C'est une curiosité qui est légitime ou pas, c'est pas à moi de juger. D'un instant, la demande, elle est carrée. Par contre, il peut y avoir derrière des éléments importants liés à la garde d'enfants, liés au patrimoine immobilier du couple. Enfin, en bref, la séparation, ça ne se passe jamais très très bien. forcément, donc forcément il y a toujours soit volonté de nuire de l'un va nuire à l'autre, soit il va y avoir une insolvabilité organisée parce que je ne veux pas payer ce que je vais devoir, ce que la justice va déclarer que je dois. Voilà, donc c'est la recherche de preuves liées à l'argent. Donc ça, sur le monde des particuliers, on va travailler sur, bon, le couple, ok, la recherche d'informations, la preuve, la photo, bon ça c'est assez cliché, mais c'est notre boulot. Mais on va travailler également sur... Les enquêtes beaucoup plus agréables que sont « je cherche mon papa biologique » , « je cherche ma sœur » , « mon frère que je n'ai pas vu depuis X années » . Et donc là, on va être contributeur d'une solution magique parfois, parce qu'on va permettre à des gens de se retrouver. On va travailler après sur des domaines qui sont plus liés aux enfants. Donc les enfants, que ce soit des gamins de 10-12 ans maintenant, ou jusqu'à des jeunes majeurs, où il va y avoir soit une rupture de com' avec les parents, et il va y avoir un Un gamin qui risque de partir en vrille, il va partir en vrille sur le racket, parce qu'il y a un problème et qu'on ne va pas le détecter, il va partir en vrille sur la prostitution, sur la radicalisation ou sur le stup. Et à un moment donné, les parents vont perdre la communication, le lien. Alors c'est lié à n'importe quel... il n'y a pas de spécificité de niveau social, ça n'a rien à voir. Tout le monde est concerné, sauf qu'à un moment donné, vous perdez le lien, il se passe quelque chose. Donc il faut essayer de comprendre ce qui se passe pour mesurer. l'importance et l'urgence du sujet. Est-ce qu'il y a... Ok, ma gamine, elle est tombée amoureuse d'un type qui n'est pas... très fréquentable, mais bon voilà, c'est la vie, elle fait sa crise et je ne peux pas faire grand chose, il n'y a pas de danger, il n'y a pas de péril, ou alors, effectivement, c'est mal barré parce que, je ne sais pas, j'ai trouvé un tapis de prière dans sa chambre de mon fils, et puis, ce n'est pas un préjudice, mais ça ne sent pas bon, il se passe quelque chose peut-être de plus grave, jusqu'à la gamine qui va tomber dans la prostitution parce que, soit elle est jolie et conne, ce qui peut arriver souvent. parce que c'est lié à l'éducation, enfin c'est lié à la période de vie, à l'âge, quand vous avez 15 ans vous n'êtes pas forcément toujours bien câblé, et donc il y a une rupture, il y a la raquette, il y a l'interprétation, enfin en tout cas la manipulation des gamins, c'est-à-dire que vous pouvez prendre des jeunes qui ont 13 ans, qui sont dans des lycées ou dans des collèges, pardon, qui ne sont pas hyper volontaires pour aller à l'école, et qui peuvent gagner 500 balles la matinée en allant faire un aller-retour à Roissy, pour aller chercher un peu de stup, vous voyez. Donc ça, un gamin qui prend 500 balles entre 9 et 12 en allant faire un aller-retour sur la RERB pour aller chercher un peu de cam, bon, il n'y a aucun risque judiciaire pour lui s'il se fait gauler par la police parce qu'il est mineur, il va être ramené à la maison et il va se faire engueuler. Et donc les dealers vont utiliser ça. Et donc sauf que c'est un gamin qui va très rapidement gagner 2-3 000 balles par mois à 14 ans. Et donc effectivement, il n'y a aucune raison qu'il ait envie d'aller à l'école. Donc ça, c'est plutôt l'aspect familial. L'aspect familial, c'est un peu sans limite. Parce qu'on peut travailler sur plein plein de choses. Mais voilà, il y a tout ce qui est lié à la fraude au sentiment, bien sûr, beaucoup beaucoup de fraude au sentiment. Assez structuré, de mieux en mieux organisé. Avant c'était extrêmement virtuel et c'était dans les cafés de Bamako. Maintenant c'est un peu plus structuré. Il peut y avoir des représentants locaux français qui vont au contact de la victime pour la mettre en confiance. Voilà, donc on a plutôt un rôle pédagogique pour stopper l'hémorragie. Parce que quand vous vous êtes fait escroquer sur l'arnaque au sentiment, Personne ne revoit l'argent, ça n'existe pas, et les pouvoirs publics n'ont aucun moyen d'aller récupérer de l'argent sur des comptes où il y a eu des transferts multiples, c'est juste pas possible. Et on a toujours la même problématique qui s'aggrave, c'est que les lois sont de plus en plus compliquées, en tout cas protègent de plus en plus la vie privée, sauf que ça protège surtout la vie privée des escrocs.
- Speaker #1
Mais justement vous dites on ne récupère pas l'argent, vous n'êtes jamais le bras armé. des renseignements que vous identifiez, des filières que vous identifiez, le bras armé de vos clients pour se retourner contre vous ?
- Speaker #2
Le bras armé, oui, parce qu'on va structurer l'information, on va enquêter et on va pouvoir amener des informations qui parfois vont servir à un service de police. Ça veut dire que, sur l'escroquerie au sentiment, ce n'est pas vraiment le cas parce que tout le monde s'en fiche. En fait, la naïveté n'est pas assurée. Donc à un moment donné, c'est triste, c'est comme ça. Le vieux monsieur de 90 ans qui paye 30 000 euros à une gamine, à une pute par exemple, pour 5 minutes, bon voilà, c'est une escroquerie, mais c'est de l'abus de faiblesse, mais s'il n'est pas sous tutelle, ce monsieur, il n'y a pas d'abus de faiblesse, le préjudice existe, mais ce n'est pas un délit. Donc c'est compliqué, par contre, quand il y a des enquêtes sur du vol de matériel, sur des choses un peu plus particulières, en fait ça permet, nous, de préparer un peu le dossier pour que les services de police ou de gendarmerie... puissent intervenir avec des éléments qui sont déjà un peu plus prêts. Vous voyez, quand on fait du vol en entreprise. Donc, c'est la deuxième partie. On a la partie des particuliers. Ça représente 20% de l'activité maximum aujourd'hui. Alors, il y a des confrères qui sont plus spécialisés là-dedans. Mais en gros, on vit de l'entreprise. On vit de l'entreprise parce que l'entreprise, elle travaille à tout niveau avec l'enquête. Un, pour le recrutement, par exemple. vérifier des CV, vérifier des diplômes, des informations qui devraient être en libre accès, mais je ne peux pas vérifier si vous êtes réellement médecin, je n'ai pas le droit, alors que vous avez le droit d'exercer peut-être avec un faux diplôme. Et ça, on en voit, donc c'est un peu compliqué. Donc nous, on va être chargé de faire ce genre de vérification, les diplômes, la fraude documentaire, parce qu'aujourd'hui, c'est devenu extrêmement facile de faire de vrais faux documents. Donc globalement, nous, on va avoir d'autres moyens plus précis, plus complexes ou plus complets pour aller identifier s'il y a fraude documentaire. Donc ça, c'est important. Et après, derrière, on va avoir un certain nombre de clients qui sont des avocats, des huissiers, des notaires, des banquiers, beaucoup de sociétés de banque, sociétés de financement ou banque, parce qu'on va travailler beaucoup sur la partie du débiteur, du recouvrement. Donc, vous avez un jugement contre quelqu'un qui vous devait de l'argent. vous n'avez pas de jugement, mais vous avez un loyer impayé d'un ancien locataire qui est parti en dégradant l'appartement et en ne payant pas depuis un an, il faut le poursuivre. Et pour le poursuivre, il faut, un, le retrouver, donc il faut le relocaliser, savoir où on peut le joindre, et ensuite, quelle est sa solvabilité ? Donc la solvabilité, c'est de pouvoir dire, OK, le type, il est salarié, il n'est pas salarié, il est chef d'entreprise, voilà ce qu'il déclare, est-ce qu'il est propriétaire, pas propriétaire, est-ce qu'il est marié, est-ce qu'il a des enfants, quelle est la couleur de sa voiture ? de manière à pouvoir établir une solvabilité qui permet à un créancier, un banquier, ou annuissé via son client à un avocat dans un dossier contentieux entreprise, etc., de savoir si effectivement il y a des opportunités de recouvrement. Parce que comme les procédures judiciaires sont longues, l'idée c'est de ne pas perdre du temps et de l'argent si le mec est rincé, si le débiteur est rincé, ça ne sert à rien, vous n'aurez jamais gain de cause. Donc ça, ça permet quand même de donner un peu d'informations à toutes ces entreprises, sur les litiges commerciaux, entre les associés. Et après on a d'autres activités qui vont être assez à la mode. qui sont le contrôle d'arrêt maladie par exemple. On fait beaucoup de contrôle d'arrêt maladie à l'initiative des entreprises.
- Speaker #1
On a dit les familles, le privé c'est 20% à peu près. Sur l'entreprise, on est à combien ?
- Speaker #2
L'entreprise va faire le reste et après on va découper par famille entre le recouvrement, donc tout ce qui est lié à la solvabilité des débiteurs ou des personnes. Il y a plein de choses qui peuvent exister dans le contexte. Et puis après, effectivement, on va avoir d'autres domaines sur la fraude à l'assurance, le contrôle d'arrêt maladie et l'escroquerie ou la fraude au leasing. Sur ces trois catégories qui sont extrêmement importantes, on est souvent, il faut le dire, sur une carence du service public. Ça veut dire que vous êtes embêté parce que votre salarié ne vient pas travailler depuis deux ans alors que tout le monde sait qu'il bosse ailleurs. Alors on va trouver ça dans... les métiers manuels, là où la main d'oeuvre est compliquée à trouver et où effectivement c'est plutôt facile en restauration de payer un bonhomme au black alors qu'il est salarié ailleurs. Et donc le type va toucher deux fois son salaire et bloquer un poste chez son employeur. Et on a des arrêts maladie qui sont ponctuels et on a des gens qui sont arrêts maladie pendant 3, 4, 5 ans. Ça ne pose a priori aucun problème. Et on en retrouve même qui sont salariés quand même ailleurs parce que la protection des données fait que les bases sont de moins en moins croisées. et que l'escroquerie est encore plus facilitée pour les personnes qui fraudent.
- Speaker #1
Je voudrais juste vous interrompre et revenir sur un truc que vous avez dit en début de cette interview. Vous avez dit « du moment que la demande est carrée » . Je n'ai pas jugé « du moment que la demande est carrée » . Comment est-ce que, d'abord, est-ce que vous êtes souvent soumis à des demandes que vous ne trouvez pas carrées, que vous trouvez suspicieuses pour une raison ou pour une autre, et comment est-ce que vous validez auprès de vous ou auprès de vos autorités de tutelle, si c'est le cas ? Une demande, la légitimité d'une demande ?
- Speaker #2
Alors, sur l'entreprise, la question ne se pose pas. L'entreprise, quand elle fait une demande, c'est carré, en général, on a un mandat, on sait, voilà, il n'y a pas d'entourloupe possible. Sur les particuliers, il faut être plus prudent. Il faut être plus prudent, il faut plus se métier, il faut plus mesurer quelle est la légitimité de la demande, effectivement. Bon, là, il n'y a pas de règles, il n'y a pas de loi, il n'y a pas d'autorité de tutelle qui vont valider. C'est nous, le professionnel, les professionnels, qui doivent... C'est déterminé par expérience, par un certain nombre de questions qu'on va poser, si la demande est légitime et si elle ne met pas en danger la personne sur laquelle on va enquêter. Je prends un exemple très clair. Vous voulez retrouver votre ex-compagne qui est partie avec les enfants et qui vous a abandonné et vous avez une ordonnance de l'avocat, etc. Et puis... il faut retrouver l'adresse de madame et on va s'apercevoir, parce qu'on va avoir un doute, qu'il va se passer quelque chose dans l'énoncé, on va aller vérifier avant de travailler et on va s'apercevoir que madame est placée par la CAF parce qu'il y a eu des violences, vous voyez. Donc là, dans ces cas-là, on sait que si on fait cette demande, on est des simples commerçants qui prennent dans l'argent mais on est le bras armé de quelque chose qui n'est pas terrible. Donc, dans ces cas-là, on refuse. On va considérer que ce n'est pas bien, ce n'est pas légitime. on ne fait pas. Et après, on va refuser tout ce qui n'est pas légitime ou qui pourrait s'apparenter soit à de l'abus de faiblesse, parce qu'il y a des gens, vous avez beaucoup de personnes âgées qui sont esselées et qui sont j'en ai eu un hier, une personne qui est certaine d'être visitée chez elle, les choses disparaissent, son linge, machin, elle est juste dérangée, cette brave dame, mais on ne va pas aller lui vendre quelque chose de surveillance, parce qu'on sait très bien que ce n'est pas bien. Donc dans ce cas-là, on va dire... Demandez à vos enfants de m'appeler et après on verra. Donc on essaie de déterminer qu'il n'y ait pas un abus de faiblesse parce que c'est trop facile dans ces cas-là et que ce n'est pas notre boulot. Et puis comme on n'a pas le temps et qu'on n'a pas envie de faire des choses qui sont illégales.
- Speaker #1
Donnez-moi une idée du prix que ça coûte de retrouver quelqu'un qui a disparu. Si je suis propriétaire d'un appartement, qu'un de mes locataires est parti sans laisser d'adresse et que je veux le retrouver parce qu'il me doit six mois de loyer.
- Speaker #2
Le retrouver, ça va vous coûter moins de 300 euros en général. Et après, on va... aller plus loin, vous dire, ok, c'est bien beau de le retrouver, mais est-ce qu'il y a du blé quelque part ? Est-ce qu'il y a de l'argent ? Est-ce que vous allez pouvoir recouvrer ? Si le type, il est au RSA, ou qu'il est insolvable, parce qu'il est organisé, ou qu'il est parti à l'étranger, ou qu'il est, ce qu'on appelle, en absence longue durée, après, ça veut dire en taule, bon, ben là, on sait que, voilà, ça sert à rien d'aller, on va le trouver, mais voilà, au moins, l'espoir de recouvrement est quand même relativement faible. Après, il y a ce qu'on appelle le retour à meilleure fortune. J'ai pas d'argent aujourd'hui, j'en aurai peut-être demain.
- Speaker #1
Comment est-ce que vous êtes tombé dans le détectif ? Dans le détective privé, qu'est-ce qui vous a amené à épouser cette profession ?
- Speaker #2
Je ne sais pas si on peut avoir des gens qui, petits, ont dit « je deviendrai détective privé » . Je ne suis pas persuadé, même s'il y a aujourd'hui des formations universitaires qui existent pour. Ce qui n'est pas mon cas parce que j'ai un peu plus de 50 ans, donc je ne peux pas venir de cette formation-là. Moi, j'ai fait une petite carrière dans la gendarmerie nationale. Donc, bon, la Gendarmerie nationale, c'est un peu d'investigation, même si moi, j'étais en brigade départementale ou à la garde républicaine, donc on ne fait pas trop d'investigation là. Après, j'ai migré en quittant l'armée vers le privé, et donc j'ai travaillé chez BNP Paribas, ainsi que dans le groupe Bouygues, et je faisais plus du recouvrement, du recouvrement de créances. Et dans le recouvrement de créances, sur les banquiers, en l'occurrence, on cherche ces débiteurs. On cherche ces débiteurs, et donc on fait appel à des sociétés d'enquête civile qui font toute la journée de la masse de recherche de débiteurs. Et puis, comme j'ai eu la chance de suivre une formation, un diplôme dans une école de commerce, en création d'entreprise, à Jouy-en-Josas, pour ne pas la citer, je me suis posé la question de savoir si je n'avais pas envie de créer une entreprise. Et naturellement, je n'avais pas forcément envie de vendre des cuisines. Par contre, faire l'investigation, retourner sur le domaine de l'enquête, ça m'intéressait. Au titre des débiteurs, mais également sur tous les domaines liés à l'enquête, que sont les particuliers, en l'occurrence la recherche de pâtes. de preuves, la recherche d'informations, et de combler souvent un vide qui est « je n'ai pas l'information, donc je ne peux pas décider » . C'est ça qui m'a beaucoup animé, et c'est pour ça qu'en 2013, j'ai créé l'agence Codiv. Et puis, elle s'est développée de manière assez importante. On l'a développée sur différentes régions du territoire. Et puis, l'objectif était de faire tous les métiers liés à l'enquête privée. Ce qu'on fait aujourd'hui, on intervient sur l'ensemble des domaines, avec différentes... population d'enquêteurs chez nous, on est un peu plus de 10 aujourd'hui, dans l'agence, qui sont essentiellement des enquêteurs. Tous les enquêteurs ont un agrément d'État, c'est la formation, c'est la loi, c'est comme ça. Et puis on a beaucoup, beaucoup de fonctionnaires de police, ex-fonctionnaires de police, qui sont soit en disponibilité de l'administration, soit qui quittent la police, ou la gendarmerie d'ailleurs, pour aller travailler dans le privé. pour des raisons liées à l'évolution de l'institution qui ne sont pas toujours hyper agréables. Donc les gens migrent un peu là-dessus. Et donc on devient enquêteur par vocation, lié à l'investigation, lié à la recherche de preuves, parce que ça a des caractéristiques pour chaque enquêteur, qui est la curiosité, qui est la volonté de savoir, d'être un peu capable d'aller chercher l'information là où elle est, et rapidement.
- Speaker #1
Justement, quelles sont les compétences clés, vous diriez ? Donc, qu'est-ce que vous recherchez chez un collaborateur ?
- Speaker #2
En fonction des métiers. Quand on fait de la fraude à l'assurance, quand on fait du contrôle d'arrêt maladie, il faut des enquêteurs qui sont des enquêteurs terrains, donc des gens qui peuvent passer du temps dehors, parce que la surveillance, c'est dehors, c'est rarement à l'intérieur. Il faut des gens qui sont véhiculés moto, enfin, de roue, parce qu'on ne fait pas de surveillance, même quand on est dans les grandes villes comme Paris, vous n'allez pas suivre quelqu'un en voiture. Ça n'existe pas. des gens qui sont habiles, qui sont... assez capables, enfin, qui n'ont pas peur, parce qu'il y a des dossiers qui sont plus compliqués quand on fait de la fraude à l'assurance, quand on fait du vol de voiture. Voilà, les compétences sont nécessaires. Donc, on a besoin quand même de gens qui n'ont pas peur d'aller dans des endroits qui ne sont pas hyper recommandables, parce que ça peut être dangereux face à l'aide, dans certains cas. Et puis, quand vous faites de... Donc, on a des gens qui sont curieux, qui sont volontaires, qui sont plutôt des gens qui peuvent être à l'extérieur, qui savent rédiger aussi. Parce qu'il faut rédiger des rapports qui soient recevables, parce qu'un rapport d'enquête, il est recevable en justice. Je vous le donne, vous pouvez le donner à votre avocat, qu'il le donnera au magistrat. Ça sera une pièce qui pourra être retenue dans le dossier. Donc, c'est pour des gens qui soient carrés et qui soient capables d'être très, très curieux pour aller comprendre ce qui se passe. Voilà, curieux, patient, parfois un peu comédien, parce qu'il faut quand même récupérer l'information là où elle est. et qu'il faut savoir se débrouiller pour avoir l'information.
- Speaker #1
Mais alors justement, vous dites qu'il faut faire des rapports qui soient recevus par la justice. Quel est le statut des preuves que vous apportez, des preuves qu'apporte une agence de détectives privées vis-à-vis de la justice ? Il y a un statut particulier ? Vous avez un agrément ? Vous êtes assermenté ?
- Speaker #2
Non, on n'est pas assermenté. L'agrément fait que le magistrat peut recevoir la preuve. Après, le magistrat peut décider de ne pas la recevoir. Ça, ça dépend du magistrat, ça dépend du type d'affaire. Si on fait de l'encontre enquête... pénale et qu'on apporte un élément important que, je ne sais pas moi, un service d'enquête public n'a pas trouvé ou ne puisse pas mettre à rouvrir, bon, ils vont le recevoir. Maintenant, dans une histoire de famille, le magistrat peut être sensible à l'avocat de la défense ou de la partie adverse qui va dire, ben non, il y a atteinte à la vie privée parce que ça a été mal fait, etc. Donc, il faut bien le cadrer. Mais néanmoins, il y a Pas la force probante d'un huissier, par exemple si on fait appel à un commissaire de justice pour faire une sommation interpellative par exemple, bon, ça a une valeur juridique beaucoup plus développée que la nôtre. Mais l'huissier c'est plus compliqué à déplacer, c'est plus compliqué à faire un flag avec lui à 6h du matin. Donc voyez, si vous voulez, nous on fait souvent le boulot et après sur un contrôle d'arrêt maladie, on va constater que la personne travaille et selon le contexte, selon le job, on va pouvoir au dernier moment sortir du bois, parce que la différence fondamentale entre l'enquêteur privé et un huissier, c'est que nous... on n'est pas obligé de dire qui on est. L'huissier, quand il sort, avant de travailler, avant de dire bonjour, il faut qu'il dise qu'il est huissier. C'est la loi. Il doit se présenter. Nous, on n'est pas obligé de se présenter. Nous, la définition de l'activité d'enquêteur privé, qui est une profession libérale, c'est de pouvoir récupérer de l'information pour la défense d'autrui, sans faire état de sa qualité. Donc j'ai capacité, moi, à faire ce qu'on appelle... communément de l'approche par ruse.
- Speaker #1
Il n'y a aucune contrainte juridique qui entoure l'exercice de votre profession ? Alors,
- Speaker #2
évidemment, bien sûr que si, puisqu'on va fournir un élément qui est recevable. La principale règle, c'est le respect de la vie privée. Donc, quand on enquête sur quelqu'un, il y a une question de délai, d'un nombre de temps. Quand on fait une enquête sur une fraude à l'assurance, il ne s'agit pas de passer deux mois derrière l'assuré qui fraude, parce que c'est trop à nous d'organiser pour que la recevabilité soit sur quelques jours. Quand on fait... de la prise de photo sur un couple, un gamin, une histoire, peu importe laquelle, il faut cadrer la prise de photo parce que c'est le respect de la vie privée. Donc RGPD, pour la partie des données, la CNIL, pour que ça soit recevable, il faut que ça soit cadré. Un lieu public, il faut bien avoir la définition du lieu public. Si je prends en photo quelqu'un dans un lieu public, est-ce que c'est recevable ou pas ? Donc il y a un certain nombre de règles qui s'appliquent pour le faire. Donc il faut quand même être extrêmement prudent parce que la loi, elle protège quand même l'individu aussi. Et quand elle protège l'individu, elle protège aussi le mis en cause.
- Speaker #1
Est-ce que le numérique, et derrière il y a une question suivante sur l'intelligence artificielle, mais est-ce que le numérique déjà a changé les choses dans le domaine de l'enquête privée ?
- Speaker #2
Il y a eu des périodes où ça a changé un peu la donne parce que les gens avaient tendance à afficher beaucoup plus les informations qu'on recherchait tout simplement. donc le contrôle d'arrêt maladie Alors que vous êtes en vacances, la publication des photos sur les réseaux sociaux, bon, ça, ça reste, mais les gens sont quand même un peu éduqués. Les gens ont quand même un peu compris comment ça fonctionne, et donc vont commencer à se cacher un peu plus. Les profils peuvent être anonymes, et c'est un peu plus compliqué. Donc, effectivement, on essaie de respecter la règle liée à ça, quoi.
- Speaker #1
Et la question suivante annoncée, c'est l'intelligence artificielle. Il y a un truc qui est, pour les Béossiens comme moi, Ce qui est fascinant dans l'intelligence artificielle, c'est qu'on se dit que la preuve ultime qui était l'image et qui occupe encore plus la vidéo, la preuve ultime maintenant peut être une preuve entièrement fabriquée, dont il est impossible d'ailleurs de dire si elle a été fabriquée ou si elle est authentique. Est-ce que ça, ça change aussi la manière dont vous exercez votre métier ?
- Speaker #2
Ça va changer de plus en plus. Un, parce qu'effectivement, la fraude documentaire va être le premier outil des fraudeurs avec l'IA. Donc, on va pouvoir produire un certain nombre de documents. On va même pouvoir produire des photos. Donc, on travaille sur la fraude à l'assurance, par exemple, avec des véhicules qui sont vandalisés, mais qui ne sont pas vandalisés. On a demandé à l'IA de faire des chocs sur les voitures, pour que l'expertise soit faite en téléphone. Tout va bien. Donc, nous, on est obligés de faire extrêmement attention à ça. Maintenant, c'est aussi une contrainte, parce que l'ultime recherche de preuves, l'ultime information, elle n'est pas dans les pages jaunes. Elle n'est pas dans le chat GPT. On a des clients qui arrivent aujourd'hui, Avec un brief de 40 pages qu'ils ont fait faire sur ChatGPT. Voilà, enquêter sur mon futur associé. Voilà, j'ai fait un dossier de 40 pages. Ces informations-là, elles sont sur le web. C'est juste une concaténation intelligente des informations. Donc globalement, je n'ai pas besoin de ça. Ce qu'on cherche, c'est l'employeur de ce monsieur. L'employeur, ChatGPT ne va pas vous le donner. Donc quelque part, on est assez vite à la limite. Donc ça va être un outil qui va aider à structurer. Par contre, on va structurer sur des remises de rapports, sur des approches commerciales, etc. Mais dans l'enquête, dans l'investigation, je ne suis pas persuadé aujourd'hui que l'IA va apporter des réponses.
- Speaker #1
Vous parlez de l'approche commerciale. Comment est-ce que vous sourcez votre business ? C'est de l'appel entrant essentiellement ou c'est aussi du proactif ?
- Speaker #2
Proactif, non. On ne va pas déterminer un besoin avant qu'il ait lieu. Sur les particuliers, il y a la partie Internet, les posts qu'on peut poster sur les réseaux sociaux classiques. On va avoir de la publicité sur les réseaux comme Google Ads, etc. assez classique. Ça, c'est pour faire l'appel entrant sur du particulier qui va utiliser le service d'un détective une fois. Après, quand on passe par de l'avocat, effectivement, on est plus sur du réseau. Donc, un avocat comptant en parle à un autre, qui en parle à un autre, qui en parle à un huissier, qui en parle à un notaire, etc. Donc, le réseau se fait comme ça, vous voyez. Donc, effectivement, le choix du détective privé se fait sur la notoriété, sur l'expérience. Et sur le résultat. Il y a le coût, bien entendu, mais on cherche le résultat.
- Speaker #1
Est-ce que vous pouvez me raconter une de vos enquêtes, une enquête que vous considéreriez exemplaire ? Dites-nous d'ailleurs en quoi vous la considéreriez exemplaire.
- Speaker #2
Il y a plein de dossiers qui sont plus ou moins exemplaires en fonction de la finalité attendue. Je prends un exemple sur une insolvabilité matérielle, financière d'un ex-époux qui ne veut pas régler sa prestation compensatoire, sa pension alimentaire, etc. Assez classique. et souvent plus les poux que les pouces. Assez classique aussi. Il y a quelques mois, je suis parti à Val d'Isère une semaine au ski, accompagné, sans qu'il le sache, une personne qui était pauvre et qui ne pouvait pas aller au ski mais qui voyageait en hélicoptère. Voilà. Et effectivement, ça coûtait très cher la chambre d'hôtel. Mais voilà, on avait quand même des éléments factuels de preuve que, ben voilà, on ne pouvait pas dire je n'ai pas les moyens. Et puis je suis à Val d'Isère ou à Val Thorens au ski et dans une suite à 4000 euros la nuit.
- Speaker #1
Et là, c'est ce que vous dites, c'est sur une période suffisamment courte pour qu'il n'y ait pas de harcèlement. Et vous avez pris des photos, vous vous documentez comment ?
- Speaker #2
Alors, on documente, on fait des preuves. Il faut la preuve, la preuve par l'image. c'est-à-dire qu'il ne suffit pas de dire « j'ai vu que » . parce que ça, ça ne suffira pas à la cliente ou au client, ça ne suffira pas à l'avocat, ça ne suffira pas au magistrat. Donc il faut étayer. Donc ça veut dire que j'ai vu, j'ai pris, j'ai la résa, j'ai la facture, j'ai un certain nombre d'informations qui... Il n'y a pas d'appel, il n'y a pas d'appel possible sur ce que moi je déclare. Donc là, sur un dossier comme ça, on voit que l'information est carrée et la cliente, en l'occurrence, pourra en faire valoir devant un magistrat pour dire, attendez, il y a, entre guillemets, foutage de gueule, il ne veut pas payer, mais voilà. Alors il y aura toujours après la voix de la défense qui dira maintenant c'est un ami qui lui a payé, etc. Et pour cette affaire-là, on le reprendra quelques mois après à Tahiti, par exemple. Ça nous fait voyager un peu.
- Speaker #1
Sur l'aspect entreprise, est-ce que vous avez une enquête qui vous paraît exemplaire ? Et en particulier, où est-ce que passe la différence entre une enquête sur un concurrent, sur quelque chose de délictueux ou d'anormal que ferait un concurrent, et une enquête qui serait... Espionnage de concurrents ?
- Speaker #2
Espionnage de concurrents, on ne va pas appeler ça espionnage de concurrents, ça veut dire qu'on va plutôt appeler ça dans une affaire financière d'association d'entreprise par exemple, on peut être amené à être sollicité pour aller enquêter un peu plus sur la personne avec qui je veux me...
- Speaker #1
C'est toujours des personnes sur qui vous enquêtez ? Vous enquêtez pas sur des process ? Non,
- Speaker #2
on peut enquêter sur des entreprises bien entendu, des process non, il n'y a pas de raison d'enquêter sur des processus, on va enquêter sur des entreprises. Voilà, pour savoir si elles tiennent la route, si elles sont droites, est-ce qu'elles ont des casseroles, quels sont les mouvements qu'on a pu opérer, quelle est leur présence à l'international, est-ce qu'il y a des mouvements qu'on peut identifier qui sont anormaux, etc. Donc c'est plutôt comme ça qu'on va travailler sur les entreprises. Après, on va travailler sur... Il y a des dossiers qui sont plus valorisants que d'autres pour nous. Ça veut dire qu'il y a des choses qui sont assez ubuesques. Alors UBS, que c'est les trucs un peu tordus, les trucs un peu incroyables, c'est la personne qui, je me souviens d'une affaire où le papa enquête parce que sa fille a reçu un peu plus de 500 000 euros pour avorter. L'idée est de trouver le généreux donateur qui a voulu faire avorter cette gamine. Donc ça, c'est une enquête qui est un peu délicate, parce qu'on sait que, hélas, on ne va pas forcément tomber sur quelqu'un d'inconnu. Donc ça, c'est un peu le risque. Bon, voilà, donc il y a des enquêtes qui sont un peu tordues. Il y a des enquêtes qui pourraient avoir des enjeux extrêmement forts, mais qui sont hors périmètre du détective privé. Moi j'ai travaillé dans la diplomatie, effectivement vous avez quelque chose qui vous est sollicité par un diplomate et un attaché culturel en l'occurrence, et qui s'avère être un peu trop important pour vous parce que vous touchez à quelque chose qui est un peu sensible. et pour l'espèce, ça m'est arrivé, vous êtes stoppé par un service de renseignement qui vous explique que ça serait mieux d'aller jouer ailleurs.
- Speaker #1
Et là, vous retournez vers votre client en vous disant, je suis désolé, je ne peux pas faire.
- Speaker #2
Voilà, on ne joue pas dans les cours qui ne sont pas les nôtres, ça ne sert à rien. On ne va pas se substituer au service de renseignement, surtout pas. Donc voilà, il y a des choses qui sont un peu délicates et puis il y a des choses qui sont beaucoup plus valorisantes. Quand on fait de la fraude à l'assurance, fraude à la prévoyance, fraude sur des gens qui sont handicapés, parce qu'ils attendent une forte indemnisation de l'entreprise et qui sont pas plus handicapés que vous et moi. Quand on fait une prévoyance, moi je fais pas mal de prévoyances sur les médecins. Vous avez un certain nombre de médecins qui vont faire jouer la prévoyance pour gagner la prévoyance parce qu'ils ne peuvent plus travailler, ils ne peuvent plus exercer alors qu'en fait ils exercent. très très bien, et donc ils triplent leur salaire sur des montants énormes. Donc quand on fait tomber un médecin, on est assez content, parce qu'on considère qu'il y a quand même un abus social, un abus qui n'est quand même pas très sympa, même si c'est que de l'argent et que c'est sur des grosses compagnies d'assurance, ce n'est pas bien. Après, quand on a un gamin qui s'est fait shooter par un scooter il y a 10 ans et qui est donc un légume maintenant à 75% de taux de handicap et qui donc La compagnie d'assurance de la partie qui l'a renversée va payer quelques dizaines ou un petit dizaine de millions d'euros parce que ce gamin, jusqu'à ce que mort s'en suit, va falloir l'accompagner. Et que nous, on le retrouve à courir plus vite que moi. Vous voyez, on a une satisfaction parce qu'on avait les éléments sur la fraude et on la constate et on la valide. Donc là, effectivement, ça nous fait voyager un peu. Pas toujours, parce que les gens ne sont pas toujours hyper intelligents là-dessus, heureusement. Mais voilà, on a une satisfaction quand même de rendre quelque chose, de rendre service quelque part à la communauté, à la société, même si on rend service à une entreprise.
- Speaker #1
Alors, vous parliez juste précédemment d'avoir été stoppé par les services de renseignement. Quelles sont vos relations avec les services de police ou les services de gendarmerie ? Comment est-ce que vous êtes vu par eux ? comment est-ce que vous... ou collaborer ou ne collaborer pas ?
- Speaker #2
On a une activité chez Codiv du Luc, qui est le marché du véhicule de leasing qui est pris avec des faux papiers ou en usurpation d'identité, ou qui est pris avec des bons papiers mais qui n'est pas payé. Et aujourd'hui, on a environ chez nous, à peu près 700 véhicules qu'on saisit par an. Donc on a toute une équipe qui, toute la journée, fait de la saisie de véhicules forcés, donc véhicules qu'on déclare volés nous-mêmes, pour le compte de notre client, et on fait l'interpellation avec les services de police ou de gendarmerie. Donc la collaboration est extrêmement forte, parce qu'effectivement, on dépose la plainte, on localise le véhicule, et ensuite, une fois qu'on a le véhicule en visu, on fait appel à la police, aux collègues, aux anciens collègues, aux unités qu'on connaît en fonction de l'endroit, de manière à ce qu'ils puissent, eux, interpeller. L'objectif pour eux est d'interpeller le conducteur, donc le mis en cause, et nous, de pouvoir récupérer, après l'avis du magistrat, le véhicule. Donc il y a une vraie collaboration qui est extrêmement importante, qui se développe beaucoup parce que le détective n'était pas quand même une profession extrêmement connue des policiers ou des gendarmes, même si beaucoup étaient d'anciens gendarmes ou à la retraite, en l'occurrence on avait souvent ça. Aujourd'hui la collaboration elle existe, elle se développe, il y a toujours un peu de frein parce que le policier peut parfois avoir tendance à dire « laissez la police faire son travail » . allez vous occuper à la brigade des cocus. Mais ça évolue parce que les policiers travaillent avec nous aujourd'hui et qu'effectivement nous, les salariés chez Codive du Luc, sont des anciens policiers pour partie. Et donc effectivement, ils travaillent avec des anciens collègues. Donc quand on a été policier, on reste un peu policier. Et donc on est capable d'aller discuter, échanger avec un ancien collègue, de manière à pouvoir faire valoir l'intérêt général.
- Speaker #1
Est-ce que vous trouvez que vous parliez de... du profil de vos employés comme des gens qui aussi pouvaient ne pas avoir peur face à des situations tendues. Est-ce que vous trouvez que la criminalité, je ne sais pas si c'est le bon mot, mais la réalité des enquêtes que vous faites est de plus en plus violente, a évolué, porte la marque d'une société dont on dit en proie à la violence ?
- Speaker #2
Elle est claire. Effectivement, aucun policier aujourd'hui ne pourra vous dire que Merci. La police d'avant était moins bien. C'est-à-dire qu'il y a quand même depuis quelques années, ce n'est pas la carte bleue-blanc-rouge qui va vous aider à garantir votre sécurité. Ce qui est quand même ubésque, ça n'a jamais été le cas avant. Et là, ça a quand même beaucoup évolué. Aujourd'hui, quand on récupère de la voiture volée dans des départements qui sont un peu criminogènes, on n'y va pas tout seul, vous voyez, parce que c'est trop dangereux. Parce qu'on prendrait un coup de batte sans problème. Moi, je me suis braqué deux ou trois fois juste pour une bagnole, vous voyez. ou le mec qui sort un calibre parce qu'il veut sa voiture, point.
- Speaker #1
Vous ne vous êtes jamais armé ?
- Speaker #2
Non, on n'est pas armé, on n'est pas habilité à être armé. Donc globalement, on fait appel aux fonctionnaires de police ou aux gendarmes qui sont eux, c'est leur job de nous assister aussi et de faire respecter les règles. Mais il y a effectivement, parce que, après c'est aussi un avis un peu personnel, qui est, comme il n'y a pas de réponse, tant que je gagne, je joue. S'il n'y a pas de réponse suffisante, en tout cas judiciaire, tant que je gagne, je joue. Vous voyez ? Donc vous allez à la gare du Nord, à la gare de l'Est. J'étais hier avec un ancien collègue policier. Enfin, un policier qui est ancien collègue. Il dit, voilà, l'escroc qui est là et qui se fait à peu près 20 000 par mois en escroquant les gens avec l'escroquerie au billet, etc., il sait que dans sa journée, il a une petite heure chez nous. Mais c'est tout. C'est dans son planning. Voilà. Il ne se passera jamais rien. Il ne sera jamais inquiété par la justice. Il n'est pas solo. Il n'y a pas de domicile, il s'en fout. Donc voilà, s'il n'y a pas de réponse, si vous voulez, on a un problème qui fait que les gens continuent. Quand on fait, nous, du blocage du véhicule volé, sur 700 véhicules volés, il va y avoir peut-être 95% des dossiers où la personne sera reconvoquée ultérieurement.
- Speaker #1
Mais est-ce que, du coup, vous êtes un élément de réponse, un élément de réponse additionnel et un élément de réponse supplétif, une sorte de D'étouffement de l'administration ? Oui,
- Speaker #2
en fait, c'est ce que moi j'appelle une carence du service public. Ça veut dire que, est-ce que c'est au détective privé de faire un contrôle d'arrêt maladie ? A priori, on pourrait dire non. Est-ce que c'est, pourtant j'en fais 60, 70 par an, est-ce qu'on pourrait dire que c'est à un détective privé de saisir ou de faire interpeller par la police un véhicule qu'il a lui-même déclaré volé ? A priori, c'est pas au détective privé de le faire, et on le fait quand même, vous voyez. Donc voilà, il y a une carence au service public qui fait que, à un moment donné, Même les slips. Les services publics feront de plus en plus appel au privé. C'est indéniable, vous voyez, parce qu'aujourd'hui, on fait du contrôle d'arrêt maladie dans les collectivités locales, dans les mairies. Vous voyez, bon, c'est quand même des choses où on commence à rentrer un peu dans le domaine public. Et un jour, le détective privé, il contrôlera des fonctionnaires en arrêt, vous voyez. Donc, il y a quand même... de plus en plus la volonté du public, parce qu'ils n'ont pas le choix que de faire appel à du privé, sur la sécurité privée, parce qu'on voit bien que c'est un domaine qui explose. On a besoin de plus en plus d'informations, de preuves, d'éléments physiques, et que le recrutement police, la force de l'ordre, pardon, ne va pas toujours être à la hauteur, en tout cas suffisant.
- Speaker #1
C'est un domaine qui explose, donc les affaires marchent. Vous êtes capable de donner un dimensionnement de l'activité, de la croissance de l'activité sur ces dix dernières années ?
- Speaker #2
Alors, sur ces dix dernières années, Je ne peux pas parler pour tous les confrères qui sont détectives privés, parce que beaucoup travaillent seuls. Il y a beaucoup d'enquêteurs qui sont seuls, qui s'installent à leur compte, et qui vont traiter un certain nombre d'affaires personnelles, privées, etc. Nous, on s'est structuré un peu plus de manière industrielle, entre guillemets. Indépendamment de ça, on a une croissance, effectivement, qui est, depuis 3-4 ans, on fait plus de 20% par an supplémentaire à chaque fois. Donc on adapte les effectifs, mais on fait plus de 20%. C'est quand même un phénomène qui est important. C'est quand même un apport et un appel au privé qui se développe à priori de manière assez importante.
- Speaker #1
Alors si vous embauchez, quels sont les profils que vous recherchez à l'heure actuelle ?
- Speaker #2
Nous, on recherche des gens qui vont pouvoir avoir l'agrément. Donc soit ils sont déjà enquêteurs, soit ils peuvent le devenir. On va avoir... Moi, j'utilise beaucoup les fonctionnaires de police. qui vont se mettre en disponibilité de l'administration parce qu'ils ont envie de changer d'air, parce que ça ne correspond pas forcément à ce qu'ils avaient dans l'esprit quand ils ont signé. Après, toutes les bonnes volontés sont les bienvenues, bien entendu.
- Speaker #1
Vous ne cherchez pas des profils ingénieurs, des profils data, des profils geeks ?
- Speaker #2
Non, parce que si on cherchait du geek, ça serait pour faire du piratage, et nous, on n'est pas dans ce domaine-là. Donc effectivement, on a la partie de ce qu'on appelle l'eau sainte qui peut nous aider à récupérer de l'information en faisant parler les bases, en croisant un peu plus, en allant un peu plus loin sur les recherches Internet. Ça nous aide quand même pas mal, mais ce n'est pas ça qui donne souvent la réponse attendue.
- Speaker #1
Dernière question Bruno, j'aimerais savoir, avec votre expérience de détective privée, qu'est-ce que votre expérience de détective privée dit sur la société française sur les années de votre activité ? Comment est-ce que vous voyez ? Au travers de votre activité de détective privée, la société française évoluait.
- Speaker #2
Alors moi je suis un peu pessimiste sur cette évolution parce que j'ai pas 20 ans et que je constate quand même que ça se détériore sur la relation, sur le service public, sur ce qu'on appelait le force est à la loi, sur le respect des règles, sur le laxisme global, général à tout niveau, un peu partout. Bon c'est pas très grave, ça passe, etc. et qui fait que Ça se dégrade beaucoup, les gens ont moins peur, les gens respectent moins les règles, parce qu'ils ne sont pas punis de toute façon, et que si j'escroque, je peux gagner un peu d'argent, donc on peut dire qu'il y a de moins en moins d'argent, donc les gens ont de plus en plus besoin de tricher, ce qui n'est pas forcément vrai, parce que je pense que c'est aussi beaucoup une question d'éducation. Moi, si je n'ai pas d'argent, je ne fraude pas parce que je ne suis pas éduqué à voler. Maintenant, d'autres ne sont pas comme ça. Et tant que je gagne, je joue, c'est ce que je disais tout à l'heure. On a une dégradation quand même, parce qu'il n'y a pas forcément de réponse, qu'il y a une perte de valeur globale, générale. Et donc les gens sont de plus en plus confrontés à des problèmes, à des situations délicates où on a besoin d'informations, de réponses. Et on ne sait pas forcément vers qui se tourner. L'avocat, qui est censé être le bras armé, mais qui lui, pour avoir l'information, va devoir faire appel à quelqu'un qui va chercher l'information pour la trouver. Et donc le détective privé, il s'inscrit beaucoup. dans cette espèce de source d'informations officielle cadrée qui permet d'alimenter des dossiers pour faire valoir les droits des gens.
- Speaker #1
Bruno Boivin, je vous remercie beaucoup. Merci.