- Speaker #0
Dans l'ombre, un podcast produit par We Are et Time to Sign Off.
- Speaker #1
Bienvenue dans Dans l'ombre, le podcast produit par We Are et Time to Sign Off, où on reçoit ceux qui par vocation ne parlent jamais. Visiteurs du soir, hommes et femmes de l'ombre, agents secrets ou agents de stars, bref, toutes celles et ceux qui tirent les ficelles mais évitent la lumière. Je suis Romain Dessal, le fondateur de la newsletter d'information. Time to sign off, TTSO, et ce soir je reçois un homme qui appartient moins à l'ombre qu'aux embruns, à l'océan et surtout, je le pense, à l'idée qu'il s'est forgé de la liberté et de ce qu'un être humain doit à son destin. Alors j'emploie des grands mots, ça c'est sûr, mais il faut bien le dire, ce que mon invité à nous raconter ce soir dépasse assez largement les frontières de notre quotidien et même de notre imagination. Ce soir je reçois Jean Dartuy, l'une des 1200 personnes sur Terre à pouvoir dire qu'il a fait le tour du monde à la voile en passant par les trois capes, le cap de bonne espérance, le cap Lewin et le cap Horn. Un voyage qu'il raconte dans son livre, un défi de fou qui vient de paraître aux éditions du Rocher. Un livre que j'ai dévoré, qui m'a bluffé par sa franchise et sans jeu de mots, sa profondeur. Bonsoir Jean.
- Speaker #2
Bonsoir Romain.
- Speaker #1
Alors Jean, vous datez la décision de vous embarquer dans votre aventure d'octobre 2022, mais en octobre 2022, ce qui n'est pas si loin, si on avait cherché à vous décrire, le terme de marin n'aurait pas été le premier qu'on aurait choisi. En octobre 2022, vous êtes un homme accompli d'une cinquantaine d'années, vous êtes mari, vous êtes père de trois enfants, vous êtes vigneron. Après avoir été un des patrons de M6 et même un des super proches de Nicolas Tavernon, on en reparlera d'ailleurs, Tabarly est assez loin. D'où vient cette décision ?
- Speaker #2
C'est vrai que j'ai... Vous récitez un peu ma carrière professionnelle. C'est vrai que j'ai toujours essayé de répondre à mes passions et d'être guidé par mes passions, que ce soit dans ma vie professionnelle ou dans cette aventure extraordinaire qui était un vieux rêve de jeunesse, puisque j'avais voulu faire la wheat bread. Donc on parle de la course autour du monde à la voile en équipage, qui s'appelait la Whitbread, qui avait été lancée par les Anglais en 1973, ce qui à l'époque était un défi assez dingue, parce que si vous voulez, aucun bateau n'avait été dans les mers du Sud, en réalité en course, on ne savait pas ce que ça voulait dire de descendre sous les fameux trois capes que vous avez cités. C'est-à-dire qu'il faut imaginer que l'océan fait le tour du globe, on ne peut faire le tour du globe au sens propre. que par le sud, puisqu'au nord, vous avez les continents qui bloquent. Et donc, ça représente un anneau des océans entre les 40e rugissants et l'Antarctique, un anneau d'à peu près 20 degrés de latitude dans lequel l'océan tourne sans être arrêté par aucun continent, d'ouest en est, avec les vents qui poussent. Et c'est pour ça que cette course est mythique, parce que quand vous descendez là, vous n'avez rien qui arrête les océans ni le vent, et donc c'est en permanence des tempêtes et une marmite absolument extraordinaire. Donc cette course lancée en 1973 a été rééditée pour son 50e anniversaire en 2023. J'avais voulu la faire avec Kersozon, on n'avait pas trouvé le budget, mais donc à 50 ans, comme vous dites, toutes les petites fenêtres des rêves de jeunesse se réouvrent et là en deux heures je me suis dit je dois la faire. J'avais un rendez-vous avec cette course et j'avais un rendez-vous avec moi-même, comme m'avait dit d'ailleurs Kersozon.
- Speaker #1
Vous parlez de Kersozon, qu'est-ce qu'il vient faire dans cette marmite justement ?
- Speaker #2
Chacun dans son panthéon personnel a des références. Moi, les grands explorateurs, Colombe, Magellan et les grands navigateurs, Tabarly, Carceauzon et d'autres, et Gabé qui avait fait cette course, étaient pour moi des références, étaient mes idoles de jeunesse. Donc je voulais faire cette course à cause de ces grands marins. Carceauzon était pour moi à la fois une personnalité très attachante et intéressante et un grand marin. Et donc, on avait voulu faire cette course quand j'avais 22 ans. Je me souviens, j'avais été l'attendre à la sortie des RTL, je ne connaissais pas. Et je lui avais demandé, est-ce que vous voulez faire la WIDBREAD avec moi ? Il s'est dit, ça ne me coûte pas cher de dire oui, donc il m'avait dit oui. Et je n'avais pas trouvé le budget. Et ce qui a été sympa d'ailleurs, c'est qu'après, il a fait le fameux Jules Verne, c'est-à-dire la première tentative de record du Tour du Monde en dessous de 80 jours. Et là, il m'avait rappelé. Ça devait être deux ans après, il m'avait rappelé, j'avais passé presque un an à Brest avec lui. Donc si vous voulez, j'avais ce goût pour la mer que j'ai démarré avec les scouts marins. Puis après, j'ai fait pas mal de courses, notamment avec lui, j'ai fait quelques courses et le début de cette tentative de record du Tour du Monde. Et donc quand j'ai voulu armer mon bateau pour la Wittbrett pour son 50e anniversaire, je l'ai appelé. On a eu un dîner qui reste un dîner de référence puisque j'étais tout joyeux en lui disant est-ce que tu veux bien être le parrain de mon bateau ? Et là grosso modo il m'a traité de tous les noms en me disant qu'on n'allait pas dans les mers du sud avec un petit bateau en plastique comme ça, autant jouer à la roulette russe. Il a dit ça devant ma femme et ma fille donc ça a fait beaucoup d'effet. Je dois dire que pour un encouragement de départ, je n'avais pas tout à fait obtenu ce que je voulais. Mais ça, je dirais, c'est le propre de ces aventures. C'est que vous avez mille raisons tous les jours d'abandonner, de ne pas faire. Les copains vous disent, mets ta femme, mets ton boulot, mets ton contrat d'assurance-vie, mais je ne sais pas quoi. Donc, si vous voulez, il faut... C'est pour ça que je compare ça un peu à un appel. Et je crois que c'est vraiment ça. Nous avons tous un, deux, trois grands rendez-vous dans notre vie. Et là, rien ne peut nous arrêter. Ce rendez-vous avec la bouée de Brette, ce rendez-vous avec la mer, ce rendez-vous avec moi-même faisait partie... fait partie de ces rendez-vous dans ma vie qui ont été déterminants et pour lesquels rien ne pouvait m'arrêter, ni Kersozon, ni ma femme, ni mes copains, ni mon boulot, ni rien.
- Speaker #1
Mais alors justement, ce livre est fascinant à plusieurs égards, mais l'égard principal pour moi, enfin ce qui m'a le plus touché, c'est sa sincérité complète et sa transparence totale sur la montagne d'emmerdement qu'est le fait de monter une course quand on n'est pas du serail, qu'on n'est pas sponsorisé, etc. Et de faire cette course, alors là, ça devient absolument dantesque. Mais prenons les choses dans l'ordre. Donc, Kersozon, c'est le moins qu'on puisse dire, ne vous donne pas sa bénédiction. Mais vous, comment est-ce que vous montez ? Vigneron, comment est-ce que vous montez ? Vous avez un bateau ? Qu'est-ce qui se passe ?
- Speaker #2
Oui, vous avez raison, j'ai fait les choses dans l'ordre. Et en plus, un peu à l'arrache, puisque moi, j'ai appris le redépart des 50e anniversaire, disons fin 2022, c'est-à-dire 9 mois avant le départ.
- Speaker #1
Oui, on est fin 2022 et le départ est prévu pour ?
- Speaker #2
C'était en septembre 23. Donc c'est vrai que déjà le délai de préparation n'était pas raisonnable en soi. La course l'est encore moins, mais... Donc j'ai fait tout un peu de manière précipitée. J'ai appelé Alain Gabé, qui était une figure de la Whitbread, qui avait failli la gagner sur Charles Hatzik 20 ans plus tôt, qui m'a aidé à choisir le bateau. On a été essayer les bateaux. Et les bateaux, ce sont soit des prototypes qui avaient pour la plupart fait déjà la Whitbread, comme Pendwick, comme... l'esprit d'équipe qui avait gagné, comme Neptune, comme Maïden, tous ces bateaux qui m'avaient fait rêver jeune. Et puis les seuls bateaux autorisés qui ne sont pas des prototypes mais qui sont des bateaux de série, ce sont les Swan. Parce que ce sont des bateaux...
- Speaker #1
Swan c'est un chantier ?
- Speaker #2
Un chantier finlandais très solide et dont on sait que les bateaux peuvent aller braver les mers du Sud. Donc moi j'ai évidemment porté mon choix sur un Swan qui était le plus petit bateau de la course, au passage un des moins onéreux. Donc j'ai acheté le bateau, disons, à Noël 2022. Et puis une fois que vous avez acheté le bateau, il n'y a plus qu'à trouver l'équipage, préparer le bateau. Il y a des qualifications qui sont assez exigeantes parce que tout le monde ne peut pas se présenter sur la ligne de départ. Non,
- Speaker #1
il faut une qualification, il faut un permis de conduire pour la course au large.
- Speaker #2
Absolument, vous avez raison. Il y a deux éléments majeurs. Il y a ce qu'on appelle le Yacht Master qui est un examen assez difficile en anglais, qui est l'équivalent d'un capitaine de navire si vous voulez, et qui est exigé pour les skippers de la course autour du monde. Et puis après, il y a des qualifications. en mer, c'est-à-dire qu'il faut avoir fait 3500 milles sur le bateau sur lequel vous allez courir avec au minimum 50% de l'équipage. Donc ça, on a rempli ces deux conditions. Plus d'autres parce que ce qui fait aussi le charme de cette course est sa difficulté. On peut dire que c'est une des plus difficiles aujourd'hui. Pourquoi ? Parce que celle-là est sans assistance. Donc ça, c'est un élément majeur dans la difficulté de la course. Aujourd'hui, tous les bateaux sont routés. Vous avez et Il y a des équipes à terre qui vous donnent la route, la météo. Vous avez des pilotes automatiques qui conduisent le bateau, etc. Donc je dirais qu'il y a un niveau technologique aujourd'hui qui permet d'avoir des bateaux plus faciles à manier. Je ne sais pas si c'est le mot, mais en tout cas qui vont beaucoup plus vite et dont la technologie aujourd'hui est considérable. pour répéter un peu la bouée de Brede il y a 50 ans, les organisateurs voulaient qu'il n'y ait aucune assistance, c'est-à-dire... Pas de routage météo, pas de pilote automatique, ce qui rend la chose encore plus extraordinaire.
- Speaker #1
Et pas de liaison radio avec la Terre ?
- Speaker #2
Et pas de liaison radio sauf urgence. On avait un téléphone satellite qui était utilisé à bon escient. Mais effectivement, comme vous le dites, au départ de chaque étape, le comité course scellait les portables dans un sac. Donc on était complètement coupé du monde. Ce qui est à la fois pour le côté extraordinaire de la course et pour le... et la provocation d'un voyage intérieur aussi, parce que vous êtes complètement coupé du monde pendant 200 jours, et ça je dirais aujourd'hui, il n'y a plus aucune occasion, ou très rarement dans la vie, d'avoir simplement la vision extraordinaire de l'océan, de l'horizon des océans tous les jours, et personne à qui parler, et une cohabitation avec un équipage que vous ne connaissez pas. Donc le décor est assez extraordinaire, étrange, Et l'adaptation à cette vie... à 8 dans 15 mètres carrés des gens que vous connaissez pas avec qui finalement vous partagez pas grand chose parce que la plupart vous les connaissiez pas trois mois avant provoque un un espace de vie un volcan humain un un retour vers soi même et un rendez vous avec soi même qui ajoute au côté extraordinaire de cette course et cet ensemble là qui fait que c'est effectivement un événement extraordinaire à vivre J'ai eu la chance de pouvoir le faire.
- Speaker #1
Votre équipage, vous le composez comment ? Et c'est qui ces gens avec qui vous allez vous embarquer ?
- Speaker #2
Alors oui, j'ai trouvé le bateau. Après, il y a un garçon que j'avais connu avec un garçon, qui est Sébastien Oudigan, qui a été un grand marin professionnel et qui a accepté de venir avec moi sur le bateau. Et donc, grâce à qui j'ai pu faire cette course, parce que c'est un très grand marin. C'était une sorte de caution ? Oui, je n'aurais pas pu faire sur le plan maritime. Moi, si vous voulez, j'avais un rôle de capitaine au sens un peu chef d'entreprise quand vous montez un projet comme ça. Mais je n'avais pas les compétences maritimes que Sébastien avait. Et donc, il a été très important pour moi qu'il vienne.
- Speaker #1
Vous le saviez dès le départ que vous n'aviez pas les compétences maritimes ?
- Speaker #2
Oui et non. C'est-à-dire qu'on se raconte un peu... Vous idéalisez un peu tout. C'est-à-dire que c'est sûr que... Et puis, si vous voulez, il y a aussi l'âge. C'est-à-dire qu'il y a un phénomène extraordinaire dans la tête, c'est qu'on ne se voit pas vieillir. Mais moi, il s'était passé plus de 25 ans entre l'époque où j'avais voulu le faire avec Kersozon et la date réelle à laquelle je l'ai fait. Et donc il y a eu aussi un choc de génération. C'est-à-dire que vous êtes dans votre tête toujours un jeune marin qui idéalise la vie et la mer à 25 ans. et en fait vous êtes... Vous vous retrouvez avec la responsabilité d'un bateau, avec des équipiers qui pourraient être vos enfants, la réalité maritime qui vous rattrape et qui est en fait une vie extraordinairement hostile, parce qu'il fait froid, vous ne nourrissez pas, vous ne vous lavez pas, et vous vivez avec des gens que vous ne connaissez pas et avec qui finalement le moindre... Le moindre mot de travers, la moindre gamelle mal lavée prend des proportions considérables.
- Speaker #1
Alors revenons à cet équipage justement, comment est-ce que vous l'avez constitué ?
- Speaker #2
Alors on l'a cherché principalement avec, moi j'avais une chef de projet, une fille très sympa qui m'a aidé. Alors on faisait des publications sur les sites de course, Sébastien Oudigan a activé son réseau. Donc on a constitué un équipage à la fois de vieux marins sur leur tour, si je puis dire, au sens des marins aguerris, qui avait fait des courses et des jeunes. L'erreur, ça a été les vieux marins, parce que l'âge n'aide pas à supporter les endroits exigus et l'inconfort. Et donc, assez vite, cette première étape entre l'Angleterre et Cape Town, qui est la descente des deux oceans atlantiques, était un peu, si vous voulez, le galop d'essai, puisqu'on avait eu assez peu de temps pour se préparer finalement. Cette première étape a été extrêmement difficile puisqu'on a cassé beaucoup sur le bateau, faute de préparation. On a cassé la barre, on a cassé toutes les drisses de spie, on a cassé le système hydraulique. Et puis surtout, le choc de cet équipage relativement peu préparé et fait de briquet de broc, fait que notamment entre les équipiers, c'est soi-disant confirmé. et qui avaient de la bouteille, les relations se sont dégradées assez vite, chacun considérant que l'autre n'était pas au niveau. Et donc j'ai même eu des bagarres physiques à bord à coup de manivelle de winch. Donc si vous voulez, entre la casse sur le bateau et la casse humaine, à la moitié de la première étape, je me suis dit « Tout ça est complètement absurde et débile, donc je vais abandonner à Cape Town » . Donc c'est vrai que le coût à payer... de la première étape a été très élevée.
- Speaker #1
Effectivement, il faut dire les choses telles qu'elles sont. La première étape qui est du sud de l'Angleterre à Cape Town, donc au Cap de Bonne Espérance, cette première étape est un cauchemar absolu. C'est un cauchemar absolu, mais donnez-nous la vision aussi du plateau des concurrents. C'est qui tous ces gens qui s'embarquent contre vous, qui sont vos adversaires sur la ligne de départ ?
- Speaker #2
C'est un mélange de... Je dirais de marin professionnel et de marin amateur comme moi.
- Speaker #1
Est-ce que vous êtes le plus amateur des amateurs, a priori, sur la ligne de départ ?
- Speaker #2
On peut dire que je suis dans la moyenne basse. Mais c'est aussi le principe de cette course, c'est qu'il faut à la fois avoir de la maturité, une certaine inconscience, parce que c'est sans assistance, ce sont sur des bateaux qui étaient donc... Le règlement imposé des bateaux d'avant 1987, donc ce sont des monocoques qui ne sont pas du tout les bateaux d'aujourd'hui en carbone extrêmement léger qui vont vite. Donc ce sont des bateaux lourds, très difficiles à manœuvrer, qui nécessitent des équipages assez aguerris. Donc si vous voulez, on ajoute à la difficulté de la course, on ajoute le côté un peu vintage de la course des bateaux. Donc je dirais que oui, je faisais partie des plus amateurs, mais c'est quand même des gens... qui avait rêvé aussi de faire cette course, avec des cas très différents, puisque vous aviez Marie Tabarly qui pilotait le bateau de son père, Pendouix 6, qui est la seule course, la Whitbread, que Tabarly n'avait jamais gagnée. Donc avec ce bateau absolument mythique, vous aviez l'esprit d'équipe, qui est un bateau qui avait gagné, donc le seul bateau français qui a gagné la Whitbread il y a 30 ans, avec un skipper qui s'appelait Lionel Péan. Vous aviez Neptune, Maiden, qui est le bateau de cette Anglaise extraordinaire avec un équipement 100% féminin. Donc, si vous voulez, un aéropage de bateaux et d'équipages assez variés, international. J'avais 17 bateaux au départ. Le contingent français, comme toujours dans les courses au large, était le plus important puisqu'on devait être 5 ou 6 bateaux. Mais une vraie compétition. C'est aussi pour ça qu'il y a l'envie de gagner. avec des compétiteurs comme Odygan. On était sur le pont et sur le coup en permanence. Donc on y reviendra tout à l'heure. Mais cette première étape catastrophe, finalement, le bénéfice de cette première étape, c'est qu'on a débarqué, on a eu en plus...
- Speaker #1
Oui, alors cette première étape, revenons-y un petit peu. Vous partez de cette première étape en vous arrachant des bras, pleurant de votre femme et de vos enfants qui vous voient partir pour une course dont Kersozon a dit... Donc Kersozon vous a dit, textuellement, vous l'écrivez dans le livre, on n'y va pas si on n'est pas prêt à mourir. Donc on n'est pas sur un petit engagement physique. Kersozon vous dit aussi, au titre de ses conseils, s'il y en a un qui t'emmerde, tu le vires tout de suite. Les emmerdements vont venir et les virements, sans jeu de mots, ou en tout cas les expulsions, vont venir aussi. Racontez-nous un peu cette première étape de cauchemar.
- Speaker #2
Oui, vous avez raison. Cette citation d'ailleurs de Kersozon était pleine de vista et de bon sens. Alors après, c'est les rapports humains qui peuvent être les mêmes dans une entreprise. C'est-à-dire que vous avez les experts qui considèrent que le chef n'y connaît rien et ne comprend rien. Vous avez les jeunes qui considèrent qu'il est complètement has-been. Donc ça, c'est le propre.
- Speaker #1
Vous aviez à la fois des experts et des jeunes à bord.
- Speaker #2
Vous avez des experts et des jeunes, voire certains qui se prenaient pour les deux. Donc c'est vrai que ça donne une tension dans une équipe qui, en plus, vit dans 15 mètres carrés, qui est assez extrême, comme la tension de la vie d'une entreprise. ou d'une équipe. En politique, tout ça est assez classique, mais par contre, le jugement sur les gens qu'avait Carceauzon avec son équipage, avec son expérience, était de me dire, en gros, s'il y en a un qui t'emmerde une fois, il t'emmerdera deux fois et trois fois, donc il vaut mieux t'en séparer tout de suite. Simplement, je n'ai pas eu le loisir de le faire, alors que j'avais eu quelques mauvaises impressions, et comme disait l'autre, la première impression est la bonne, surtout quand elle est mauvaise. Et donc c'est vrai que j'avais senti très vite. qu'il y avait des personnalités qui ne pourraient pas cohabiter ensemble sur ce bateau du fait de leur vision assez extrême. C'était un mélange d'égo et considérant que les autres n'étaient pas au niveau. Et donc c'est vrai qu'il faut cohabiter au prix d'efforts très importants pour qu'un équipage puisse vivre ensemble. La première étape, puisque vous y revenez, c'est le temps d'une semaine, deux semaines, trois semaines de navigation que vous vous rendez compte que ça ne marche pas, qu'à chaque fois qu'un chef de car sort pour prendre son car, il défait intégralement les réglages du précédent en considérant qu'il est nul, etc. Et puis les phrases un petit peu sèches mais aimables au début, au bout de trois semaines, deviennent des insultes et des coups de manivelle sur la tête. Donc c'est vrai qu'on a vécu ça. On a eu en plus un accident grave, puisqu'un des équipiers, revenant d'une manœuvre de spie à l'arrière, a glissé sur la casquette du bateau la nuit, c'est toujours la nuit quand il pleut, et s'est un peu embroché comme un poulet sur un chandelier, donc il a eu une blessure extrêmement grave. On a dû l'évacuer par hélicoptère, par l'armée portugaise, donc si vous voulez, tout ceci a ajouté à la tragédie de la première étape. Et puis, il y a les trois autres équipiers, Edith, dit expérimenté, qui ne s'entendait pas du tout, que j'ai dû débarquer à Cape Town, pensant d'ailleurs en arrivant que la course s'arrêterait là. Et puis après, l'homme remonte sur son cheval. Et puis j'ai eu la chance de pouvoir prendre des équipiers qui descendaient des autres bateaux, qui avaient une stratégie de turnover d'équipage plus importante, qui avaient eu le temps de se préparer. Et là, la dynamique générale s'est complètement inversée au départ de Cape Town, puisque l'assaut s'a pris. Les jeunes étaient beaucoup plus engagés et au service du bateau et de l'équipe. On a pris quelques bonnes options au départ de Cape Town. C'est cette étape extraordinaire de l'océan Indien. Donc on descend vers le sud, les îles Crozet, les îles Kerguelen, tous ces noms absolument mythiques où vous avez l'impression que le bateau est une lame de couteau dans le brouillard. L'océan est à 3 degrés, vous avez des animaux marins partout, un vent a décorné des bœufs. Donc là, on rentre vraiment dans le film de... qu'on peut imaginer des mers du sud, de tous ces grands exploits de navigateurs, d'explorateurs. Cette étape, elle dure 50 jours. On descend très au sud. On va à 52, 54, 55 degrés sud. On va frôler. On est à 500, 600 kilomètres de l'autre partie.
- Speaker #1
C'est un cinquantième rugissant ?
- Speaker #2
Voilà, quarantième hurlant, cinquantième rugissant. Et donc, on descend, on descend, on descend pour aller finir après la mer de Tasmanie qui se jette dans l'Indien. qui est un des endroits les plus hostiles des océans. C'est là où Carceauzon m'avait dit, là il avait pris 70 nœuds de vent sur son multicoque, il était en fuite et il m'avait dit là on ne va pas dans ces mers-là avec ces petits bateaux-là. Précisément, on a pris une des plus belles raclées de la course dans cette fameuse mer de Tasmanie. Rien que le nom, le diable de Tasmanie, si vous voulez, ça explique l'endroit dont on parle.
- Speaker #1
Justement, vous dites qu'on s'est pris des raclées. Vous expliquez dans votre livre qu'avec vos petits bateaux, comme vous dites, vos petits bateaux qui sont assez lents par rapport aux bateaux de course actuels, vous êtes rattrapé par les fronts et les dépressions hostiles. Racontez-nous comment ça se passe exactement, ce phénomène. Oui,
- Speaker #2
vous avez tout à fait raison. C'est-à-dire que nos bateaux vont en moyenne à 8 ou 10 nœuds. Donc c'est des vitesses lentes par comparaison à... Un multicoque aujourd'hui qui vient de gagner le trophée Jules Verne fait 35 nœuds de moyenne. Donc si vous voulez, c'est un autre monde parce que ce sont des monocoques, parce que ce sont des bateaux très lourds. Et donc les dépressions dans les mers du Sud se déplacent en mettant à 35 nœuds. C'est des fronts qui sont sur 800 000 à peu près, c'est-à-dire 1200 km. Et donc la dépression vous rattrape. Et donc, elle met 24 heures à vous passer. Et donc, alors qu'aujourd'hui, avec la technologie, la vitesse des bateaux d'aujourd'hui, on arrive à les éviter ou en tout cas à se déporter pour ne pas prendre, quand c'est vraiment des énormes dépressions à 50 ou 60 nœuds, comme on en a pris trois de suite en mer de Tasmanie, il faut essayer d'éviter la casse, il faut essayer d'éviter l'angoisse absolue qui est l'homme à la mer. Et donc, mais sur ces petits bateaux-là, malheureusement, la dépression va tellement vite par rapport à nous que nous sommes obligés de la subir.
- Speaker #1
Alors racontez-nous ce que c'est qu'une dépression, avec vos mots, qu'on ferme les yeux et qu'on essaye d'imaginer ce que c'est de se faire passer dessus par un front à 60 nœuds de vent. 60 nœuds de vent, ça fait combien de kilomètres ?
- Speaker #2
60 nœuds, ça fait 100 km heure.
- Speaker #1
C'est quasiment un ouragan.
- Speaker #2
C'est vrai que... Et puis si vous voulez, ce qui démultiplie le côté impressionnant de ces dépressions, c'est surtout l'état de la mer, parce que l'océan Indien et le Pacifique, ces deux étapes-là... Vous avez une mer qui se creuse énormément sous l'effet du vent. Et donc, vous avez des creux qui peuvent aller jusqu'à 10 mètres à peu près. Et vous avez des vagues qui sont quasiment de la hauteur d'un immeuble qui vous tombent dessus. Donc, vous êtes pris par le vent, les creux et des murs d'eau, des piscines qui vous tombent dessus. Donc, c'est quand même très extrême. Et c'est là où on se rend compte que nos petits bateaux, c'est comme une épingle sur un océan. Donc, nos petits bateaux... On essaye de contrôler la direction tant bien que mal à la barre, et avec soit des départs au lof, c'est-à-dire le bateau remonte vers le vent et le mât se couche au vent, et le pire étant le départ à la bâtée, c'est-à-dire que vous avez le vent qui traverse l'axe du bateau par l'arrière. Ça, c'est le plus dangereux parce que le bateau devient complètement incontrôlé et la grand voile qui est d'un côté passe très brutalement de l'autre. Avec des risques d'accident, des risques de dématage. En fait, vous arbitrez entre le moins pire des deux accidents possibles, qui sont le départ à la bâtée et le départ au lof. C'est un peu technique, pardon pour les détails. Mais ce que je veux dire, c'est que le bateau devient relativement incontrôlé, incontrôlable. Et vous avez souvent le mât dans l'eau, en attendant que le bateau est comme un crabe qui se déhanche. prochaine lame le remettre à l'endroit.
- Speaker #1
Vous êtes couché sur l'eau ?
- Speaker #2
Oui ça arrive régulièrement.
- Speaker #1
Régulièrement ça veut dire vous vous êtes couché combien de fois ?
- Speaker #2
On a dû se coucher je dirais entre 10 et 20 fois dans toute la course. Mais alors c'est impressionnant à dire mais le bateau se relève théoriquement et c'est le cas tous ces bateaux sont insubmersibles. Le pire qui peut arriver c'est qu'un bateau fasse un 360 ça c'est arrivé dans les courses. Il plonge dans l'eau et il fait un tour sur lui-même. Nous n'avons pas eu ça. mais on a eu très souvent le bateau sur le flanc, le mât dans l'eau, en attendant qu'il se redresse. Parce que c'est vrai que les forces sont telles que ça peut durer. À ce moment-là, il faut choquer les voiles, il faut qu'il y ait la vague qui soit bien orientée pour vous remettre debout. Ça peut durer, on a eu parfois 2-3 minutes avec l'eau qui rentre dans le bateau. Bon, là, c'est dantesque. Et là, surtout, le grand risque... Quand vous êtes responsable du bateau, c'est l'homme à la mer.
- Speaker #1
Oui, à quoi on pense quand on est responsable du bateau ?
- Speaker #2
C'est l'homme à la mer. C'est-à-dire la nuit, on a... Et heureusement, je dirais, les jeunes générations sont beaucoup plus responsables que les premières courses où les marins ne s'attachaient pas. Aujourd'hui, il y a quand même des lignes de vie obligatoires pour s'accrocher la nuit. C'est un câble qui passe tout autour du bateau. Voilà, exactement, c'est un câble qui suit le bateau. Et quand on va manœuvrer à l'avant, tant que possible. Alors parfois, quand vous avez ces accidents, ces départs au loft, et qu'il faut larguer le spy à vitesse grand V, on n'a pas le temps de s'attacher. Donc il y a toujours des risques très importants, mais je dirais qu'il y a plus de responsabilité aujourd'hui sur les bateaux, il y a moins d'accidents. La première Whitbread, il y avait eu trois morts, trois hommes à la mer. Celle-ci, il n'y en a pas eu. Il y a eu un homme à la mer sur Pendwick, mais qui a été rattrapé. puisque heureusement c'était deux jours et au départ d'une... d'une étape, mais pour les bateaux, c'est l'angoisse absolue, c'est l'homme à la mer, d'autant que l'océan Indien, quand on descend assez sud, l'eau descend à 3-4 degrés, et donc de toute façon l'espérance de vie est de 20 minutes dans des Ausha ces températures-là, donc la messe est dite quand vous tombez à l'eau.
- Speaker #1
Concrètement, la messe est dite quand vous tombez à l'eau. Votre schéma mental, c'était quoi si vous aviez un homme à la mer ?
- Speaker #2
Le schéma mental le refuse. Tellement, c'est vraiment le scénario le pire. Moi j'étais assez stressé par ça, avec une exigence de s'attacher, et le maître mot sur un bateau en course, c'est l'anticipation, c'est-à-dire que dès qu'on voyait une dépression arriver, dès que vous voyez le ciel changer, un front chaud qui arrive, vous savez que le vent va monter, va monter très vite dans les mers du sud. Ou au Poteau-Noir, par exemple, vous avez des coups, ça passe de zéro à 30 nœuds en deux minutes. Et donc, il faut toujours anticiper parce qu'une fois que le vent est établi à 30 nœuds et que vous n'avez pas pris un riz, deux riz, trois riz, vous ne pouvez plus réduire votre voile, vous ne pouvez plus aller sur le pont avant. Et c'est là que les accidents arrivent. Donc, il faut toujours anticiper. Et en ça, O'Degan était un co-skipper et un second très, très, très amariné. Donc... il apportait beaucoup de sécurité sur le bateau.
- Speaker #1
On a vu l'horreur, passons un peu au plaisir. Le plaisir, il faut le noter, est assez long à venir. Moi, j'ai noté dans votre livre qu'on parle véritablement de plaisir, vous parlez véritablement de plaisir, à partir de la page 186. Sur un livre qui doit faire 350 pages, on est quand même à plus de la moitié. Racontez-nous quand même le bonheur de cette deuxième étape.
- Speaker #2
Oui, alors il y a des plaisirs de différentes natures, c'est pour ça que...
- Speaker #1
Redites-nous la deuxième étape, Cap de Bonne Espérance, donc sud de l'Afrique du Sud.
- Speaker #2
le premier cap sur ce fameux tour par les trois capes, qui est donc le cap de Bonne-Espérance, la pointe de l'Afrique du Sud, et on plonge, puisque plus vous... du fait que la Terre est ronde, plus vous descendez sud, et plus votre route est courte pour faire le tour. Ça ne va pas forcément de soi, mais on comprend quand on visualise le globe, plus vous allez raser l'Antarctique et faire la boucle près de l'Antarctique, et plus votre route est courte. Donc c'est un arbitrage permanent. entre la sécurité, c'est-à-dire que je ne descends pas trop sud parce que je ne veux pas trop prendre le risque des icebergs, ou je descends sud et là je fais une route plus courte, mais un des pires risques qui soit, c'est de taper un iceberg. C'est pour ça d'ailleurs que les comités courses maintenant mettent quasiment systématiquement des portes imaginaires, mais c'est-à-dire qu'en fonction de la météo, qui est anticipé par les comités course et la température des océans. On n'a pas le droit de descendre à plus de 55 degrés sud par exemple, pour éviter ces risques d'iceberg qui sont évidemment mortels. Et donc cette deuxième étape, l'équipage est beaucoup plus agréable, il y a beaucoup plus de solidarité, on prend des bonnes options de course et on se retrouve... A l'arrivée à Auckland, on se retrouve à avoir gagné dans notre catégorie et avoir fini deuxième au général, puisque, en fait, étant donné les tailles différentes de bateaux, c'est ce qu'on appelle une course en temps compensé. Donc chaque bateau a une sorte de rating qui s'applique à son temps réel et qui donne le seul classement officiel et de référence, qui est un classement en temps compensé, puisqu'évidemment... Un bateau comme Pendouic qui fait 25 mètres va beaucoup plus vite qu'un bateau comme le mien qui fait 16 mètres. C'est une règle mécanique. Et donc, on finit cette deuxième étape. Deuxième au général et premier dans notre classe. Ce qui a été, si vous voulez, totalement inespéré quand on se souvient la catastrophe de la première étape. Et c'est là où la dynamique se retourne complètement. C'est là où c'est extraordinaire avec la jeunesse à bord, la beauté de ces océans. Et donc vous me parlez du plaisir, oui le plaisir il met un petit peu de temps à venir, parce que d'autant que quand on a une étape comme la première, comme la nôtre, mais je dirais les plaisirs sont de différentes natures, il y a un plaisir visuel et esthétique, parce que c'est quand même extraordinaire d'imaginer 200 jours, un lever de soleil, un coucher de soleil, vous avez des couleurs qui ne sont jamais deux fois les mêmes, l'océan Indien c'est un gris métal avec... des rougeurs éclatantes au-dessus de l'horizon. L'Atlantique, c'est encore un dégradé d'orange, de rose à l'horizon. Le Pacifique, ce sont des bleus océans très purs. Donc si vous voulez, vous avez la chance pendant 200 jours d'avoir une pièce de théâtre de ces océans. et de ces horizons qui est absolument unique, qui est très longue, qui est très variée, et donc ce qui compense les 80% du temps, vous vous demandez ce que vous faites là.
- Speaker #1
On est quand même sur un ratio 80-20.
- Speaker #2
Oui, pour ne pas dire 90, pour rester un peu dans le...
- Speaker #1
Est-ce que les 10% rattrapent les 90 ?
- Speaker #2
Oui, parce que si vous voulez, là on parle du plaisir esthétique, mais il y a un immense plaisir... C'est une aventure personnelle et un rendez-vous personnel qui est extraordinaire. Et moi, c'est ça que je retiens surtout, c'est que c'est un accomplissement. Alors évidemment, on casse beaucoup d'assiettes avant le départ et ça a un coût considérable. Mais je dirais que dans l'accomplissement d'un homme ou d'une femme, c'est formidable d'avoir été au bout d'un vieux rêve comme celui-là. J'ai cette chance-là. C'est assez indicible. Je ne peux pas vous dire comment il se matérialise. Et ce n'est pas une satisfaction égoïste, c'est de la nature d'un accomplissement. Donc pour d'autres, ce sera l'Himalaya, pour d'autres, ce sera d'être un grand journaliste, pour d'autres, ce sera d'être artisan boulanger. Chacun a son Himalaya personnel. Celui-là était mon grand rendez-vous et donc je l'ai fait. Et je crois que c'est très important parce que c'est une manière de vivre et ne pas faire qu'exister, comme disait l'autre. sinon la vie passe tellement vite qu'il faut qu'on est tous des grands accomplissements de cette nature, ça j'en suis convaincu.
- Speaker #1
Il y a la grandeur, vous venez de l'évoquer, la grandeur, le panache qui évidemment fait partie de ce récit et de ce journal intime que vous tenez. Mais il y a aussi la petitesse et c'est un des passages les plus drôles à vrai dire que j'ai trouvé de ce livre. Vous avez eu maille à partir avec l'équipage italien. Je crois que c'est à la fin de la deuxième étape, non c'est ça ? C'est à la fin de la deuxième étape, donc quand vous arrivez au Cap-Lewin, enfin quand vous arrivez à Auckland. Donc vous avez eu maille à partir avec les Italiens. Et Carsozon, là encore, vous avez prévenu, le site de mémoire, ça ne va pas être les bons termes, les Anglais sont des enflures, mais les Italiens sont des tricheurs. Exactement.
- Speaker #2
Alors racontez-nous,
- Speaker #1
parce qu'on s'imagine que quand même c'est tous des héros. Eh bien, sur le tapis vert, on voit que la triche n'est pas exclue de cette affaire.
- Speaker #2
Vous avez tout à fait raison. Carsozon m'avait prévenu, les Anglais sont des menteurs et les Italiens des tricheurs. C'était une formule, évidemment. Mais ce qui veut dire évidemment que... Nous sommes tous imparfaits. Et moi, le premier. Mais il avait raison sur les Italiens. Et on avait eu cette intuition avec O'Degan en arrivant à Auckland. Parce que pour une raison simple, c'est qu'il y avait deux bateaux de sister ship qu'on appelle, qui sont des bateaux équivalents, deux Swan 65, les Italiens, et puis un bateau français. Et l'Italien arrivait systématiquement avec deux ou trois jours d'avance sur le français. Donc il y avait quelque chose. qu'on ne s'expliquait pas. Et donc, si vous voulez, arrivé à Auckland, on a enquêté un petit peu, de manière finaude, vous lirez dans le livre, pour comprendre pourquoi est-ce que les performances des Italiens étaient nettement supérieures à un bateau français qui était exactement le même. Et effectivement, on les a piqués la main dans le sac de voile. C'est bien le cas de le dire, la main dans le sac de voile, puisque... En fait, si vous voulez, dans le règlement de la course, il était interdit de changer des voiles qui avaient été abîmées, sous réserve de pénalité. Et la seule façon de réparer ces voiles, c'était par soi-même sur le bateau. Et donc le bateau italien avait été s'abriter dans un autre port, un peu tout seul, sous prétexte de réparer la coque. et en enquêtant habilement avec les voiliers locaux, on s'est rendu compte qu'en fait, ils avaient débarqué à l'intégralité des voiles à réparer sans les déclarer et donc sans prendre la pénalité normalement prévue dans ce cas-là. Et donc, de manière amusante, je ne vais pas raconter l'anecdote complètement à votre micro, mais de manière assez amusante, on a fait remonter l'information jusqu'au directeur de la course. Et donc, il y a eu un... Un règlement de compte entre le directeur de la course et les Italiens, et moi une scène absolument cocasse où le patron italien, arrivant au dîner le soir, me dit « tout ne s'est pas, c'est ce qui s'est passé, ces cons-là sur le bateau, ils ont fait une connerie, ils ont débarqué les voiles sans me le dire » . Tout ça était une comédia d'alerte évidemment, puisqu'ils savaient très bien ce qui s'était passé.
- Speaker #1
Et ils savaient que c'était vous qui étiez à la manœuvre ?
- Speaker #2
Non, ils n'ont jamais su jusqu'à ce livre, où je pense que je vais en entendre parler.
- Speaker #1
Vous êtes interdit de séjour en Italie ?
- Speaker #2
Je ne peux plus aller en Italie.
- Speaker #1
Alors, sur ces entrefaites, vous repartez quand même, et vous repartez pas pour une petite étape, puisque c'est l'étape du Horn. On en est à la troisième et avant-dernière étape.
- Speaker #2
Absolument. Alors, c'est la deuxième grande étape du Sud, qui est évidemment le rêve de tous les marins. Donc, vous vous souvenez qu'on décrivait cet anneau qui fait le tour du monde par les trois capes, et l'océan se rétrécit. Et les vents tapent sur la cordillère des Andes et accélèrent sur ce caporne qui doit faire à peu près... C'est un effet d'entonnoir, c'est un passage entre ce caporne qui doit être à 56°C de mémoire et l'Antarctique, une espèce de péninsule qui remonte. Et donc, si vous voulez, c'est vraiment un effet d'entonnoir qui est la crainte de tous les marins en course, puisqu'à cet endroit-là, il y a toujours une mer extrêmement agitée et des vents très violents.
- Speaker #1
Mais excusez cette question de Béotien, mais... Il est plus facile à passer dans ce sens-là, de l'est vers l'ouest, que de le passer dans l'autre sens ? Oui,
- Speaker #2
en effet, parce que, pour une raison simple, c'est que les vents dominants sont donc d'est en ouest, et la mer aussi. Et donc, quand vous avez théoriquement plus le vent dans le dos que de face, et la mer plutôt qui vous pousse que de face, et donc les allures en course et en bateau avec des vents portants sont en général. plus agréable, même dans un océan déchaîné, que de face. Donc c'est pour ça que les courses se font dans ce sens-là. Comme il y a toujours plus cinglé que la moyenne, il y a aussi quelques marins qui ont tenté le record du Tour du Monde à l'envers, ce qu'on appelle, donc avec les vents en contre et l'océan en contre. Mais il n'y a pas de grandes courses organisées dans le sens contraire, parce que ça devient des exploits plus individuels que collectifs. Donc effectivement, on passe le Cap Horn d'est en ouest. Et comme avait dit Kersaud, une fois que t'as passé le Cap Horn, t'as moins de chances de mourir. Donc là, on met le clignotant à gauche et on remonte vers l'Amérique du Sud pour finaliser cette étape extraordinaire. Et il y a plein d'anecdotes parce qu'en quittant Auckland... Donc là, Auckland, il faut bien comprendre que c'est le parfait antipode de la France. C'est 180 degrés de longitude. C'est-à-dire que vous pouvez pas faire plus opposé que Paris. Donc on est vraiment à l'autre bout du monde au sens propre. C'est une île extraordinaire, luxuriante. C'est les Anglais, mais avec du soleil et des fleurs partout. Et donc c'est une île absolument extraordinaire, assez envoûtante. Et quand on quitte Auckland et qu'on plonge dans le Pacifique Sud vers le Cap Horn, il faut imaginer qu'on traverse donc tout ce Pacifique Sud. J'ai le souvenir d'un archipel extraordinaire, les îles Chatham, donc ce qui sont un tout petit peu au nord des îles Bounty, des fameux révoltés du Bounty. Donc on imagine, vous avez des... Des îles qui sortent de l'eau, avec la fameuse pyramide, qui a une tête de pyramide, et une végétation de toutes les couleurs, luxuriantes, violettes, rouges, et tous les animaux marins, des phoques, des pingouins, évidemment les albatros. La rencontre avec les albatros dans le Grand Sud est extraordinaire. Et donc, si vous voulez, on est vraiment à l'autre bout du monde, dans un endroit, un environnement extraordinaire de sauvagerie. et qui dépaysent tellement de notre vie quotidienne que ça, ça fait partie des très grands moments. Cette traversée de l'archipel des îles Chatham et ce plongeon vers le Cap Horn reste pour moi un des plus beaux souvenirs océaniques. Et sachant qu'après, vous allez en plus avoir un peu la peur du vide total puisqu'on arrive à ce fameux point Nemo, qui est à peu près au milieu de cette traversée entre la Nouvelle-Zélande et le Cap Horn. Vous imaginez un point imaginaire qu'on appelle le point Némo.
- Speaker #1
Qui a quelles caractéristiques ?
- Speaker #2
Et qui est donc le point des océans le plus éloigné de toute Terre, puisqu'on est à peu près à 3000 km du premier bout de caillou. Et donc c'est évidemment toujours psychologiquement impressionnant pour les marins, parce que là, s'il vous arrive quelque chose, vous êtes... Ça fait long à la nage. Ça fait long à la nage, voilà exactement. Donc cette étape du Cap Horn, elle est mythique parce que... Parce que vous êtes à l'autre bout du monde, vous passez par des endroits extraordinaires, vous passez par le vide absolu sidéral du Point Nemo, et puis vous plongez vers le Cap Horn avec la peur au vent que la mer vous laisse passer. Donc c'est vrai que c'est pour ça que c'est une étape extraordinaire, assez longue, assez rude. Et avec un soulagement incroyable, on a passé le Cap Horn à 21h30 heure TU.
- Speaker #1
Et il a tenu les promesses ?
- Speaker #2
Il a tenu les promesses. Alors il nous a laissé passer puisqu'on a eu 40-45 nœuds au passage du Horn.
- Speaker #1
40-45 nœuds quand même ?
- Speaker #2
Oui, mais ce qui est, si vous voulez, le malheur étant une notion relative, après la Tasmanie, ça nous a paru une partie de plaisir. Par contre, on a été rattrapé par une deuxième dépression la plus forte de la course qu'on a eue. C'est après le Cap Horn, après avoir passé le détroit de l'Emer. Il y a des retours de vent post-Cap Horn. Et là, on a pris une très, très grosse dépression inattendue, qui a tenu ses promesses de l'endroit.
- Speaker #1
Ça a été votre dernière dépression ?
- Speaker #2
C'était la dernière très grosse dépression, puisqu'après, la quatrième étape, c'était plutôt un manque de vent que trop de vent. Et surtout, ça a été aussi... Extraordinaire parce que ce détroit de l'Emer, où on a eu quelques heures de très grand beau temps, vous passez entre une île, l'île de l'Emer, et les canaux de Patagonie. Donc on est vraiment au bout du monde, le Cap Horn, c'est la terre, le caillou le plus au sud de tous les continents. Et donc on remonte, on voit les canaux de Patagonie, ensuite les îles Malouines. Donc si vous voulez, on remonte vers la civilisation. C'est le début de la remontée vers la civilisation. À tel point d'ailleurs que j'ai un souvenir qu'on raconte dans le livre, c'est qu'une nuit après le maire, on voyait des lumières assez inexplicables et inexpliquées sur la mer. Et donc je pensais que c'était des aurores boréales. Je dis à Oudigan « qu'est-ce que c'est ? » Il me dit « non, tu vas voir, c'était... » Et donc là, on a le retour vers la civilisation. Et la réalité, on est tombé sur des centaines et des centaines de chalutiers chinois qui viennent intégralement vider la mer de tous les calamars, notamment, dont les Chinois sont friands. Donc vous avez des campagnes de pêche qui sont terribles à voir, et avec des gens extrêmement agressifs qui nous ont obligés à détourner notre route. ne pas les déranger.
- Speaker #1
Au bout de plusieurs heures à essayer de faire contact radio, vous avez un fuck you royal qui vous est opposé.
- Speaker #2
C'est à peu près le seul mot de vocabulaire qu'ils connaissent en anglais, mais on a été très mal reçus, en tout cas à la radio, et donc la course a dû détourner sa route pour laisser ces chalutiers sauvages vider les océans. Donc c'est vrai que là, c'est des souvenirs extraordinaires de cette... fin d'étape et donc après ça on longe la côte d'Amérique du Sud et on arrive donc à Puntin-des-Lestes qui est une étape historique de la Wheatbread, donc ce petit pays de l'Uruguay à côté de l'Argentine où disons on remonte à peu près au niveau, pour se rendre compte, à 45 degrés sud, donc à peu près au niveau de Cape Town mais côté Amérique du Sud.
- Speaker #1
Et alors quels sont les résultats sur cette troisième étape ?
- Speaker #2
Et alors là, on n'y croit pas parce que... Un petit peu aidés par nos amis italiens qui menaient la course mais qui ont subi une très grave voie d'eau, ont dû abandonner, donc ils ont abandonné la course au Malouine. Et alors que nous étions deuxième au général, on a gagné cette étape du Cap Horn, évidemment dans notre catégorie, mais surtout toutes catégories confondues, ce qui a été quand même un exploit extraordinaire. Et le directeur de la course qui nous appelait au début de Last Entrant avec un air un petit peu...
- Speaker #1
Les derniers arrivés.
- Speaker #2
Doutant de nos capacités à être au départ de la course puis à la finir. Là, je dois dire que cette victoire, toute catégorie confondue au Cap Horn, même dans mes rêves les plus fous, je n'aurais jamais pu l'imaginer.
- Speaker #1
Et Kersoson, c'est là où Kersoson vous envoie un mot ? Oui,
- Speaker #2
absolument. Il a été formidable puisqu'il m'a félicité de ce résultat. Et donc, c'est vrai que pour moi, c'était... Un aboutissement extraordinaire. Et même si j'ai un palmarès maritime très modeste par rapport à tous ces grands marins, c'était même dans mes rêves les plus fous de gagner l'étape du Cap Horn. Je n'aurais pas pu l'imaginer il y a 25 ans. Donc c'était très émouvant pour nous. Et c'était l'accomplissement aussi d'un retournement d'ambiance, de dynamique sur le bateau. Avec tous ces jeunes. Margot qui a été une media woman extraordinaire, qui connaissait à peine le monde de la mer. qui a... tenu bon, serré les dents, fait des films, Max, Simon, tous ces jeunes garçons et filles extraordinaires, Nolwenn, avec qui on a partagé à la fois ce risque permanent et cette joie immense d'avoir gagné le Cap Horn. Donc c'est une aventure unique dans une vie, franchement.
- Speaker #1
Les choses sont en montagne russe parce qu'on aborde la dernière étape, la dernière étape qui est une étape sentimentalement, familialement chargée pour vous, puisque vous y accueillez votre fils aîné, si je ne m'abuse. Et c'est une étape qui sera l'étape de la, j'ai envie de dire de la dépression, en tout cas de la grande molle.
- Speaker #2
Oui, alors vous avez tout à fait raison. C'est les montagnes russes, comme vous dites. Au passage, c'est vrai qu'à Punta del Este, ma fille et ma femme et mon fils sont venus. Donc on a passé des moments familiaux très sympas pour recharger les batteries et s'apprêter à remonter vers Southampton, donc la dernière étape. Et donc contre toute attente, nous partons de cette escale en tête de la course, provisoire, mais en tête, puisqu'on avait gagné le Cap Horn et qu'on était premier au classement général. Bon, ce qui était... on se pincait pour le croire. Et avec même 24 heures d'avance sur le deuxième. Donc bon, on ne s'est pas trop mis à rêver, mais parce que c'est vrai que cette étape du retour... C'est malheureusement souvent dans la descente et dans la montée que se jouent les résultats de ces courses, puisque vous êtes dépendant de la météo et notamment de ce qu'on appelle la pétole, le manque de vent, qui finalement est un ennemi beaucoup plus redoutable que le trop de vent, puisque dans les mers du sud, vous avez toujours du vent. Donc les mers du sud, c'est plutôt les choix tactiques, la qualité de l'équipage, la résistance du bateau qui fait le résultat. dans la descente et dans la montée, c'est... Un peu plus la loterie parce que notamment quand vous avez un bateau comme le nôtre qui était le plus petit bateau, donc qui va le moins vite, vous avez ce qu'on appelle les passages à niveau qui se forment, c'est-à-dire que les grands bateaux de vent restent dans les dépressions, la dépression s'arrête derrière eux et donc le manque de vent vous encalmine complètement pendant des jours et des jours et donc à ce moment-là vous avez le compteur des heures qui passe et vous avez votre avance qui fond et vous rentrez dans une dépression comme vous dites. psychologique, c'est vraiment le supplice chinois puisqu'on voyait les heures passer, le bateau n'avançait pas et on a eu... De mémoire, 9 ou 10 jours totalement calminés au large du Brésil, avec des phénomènes météo qui arrivent de plus en plus, qui sont une météo extrême dans un sens ou dans un autre. Ce qui nous a frappés, c'est qu'on a eu pendant 10 jours un océan couvert de... D'algues, les sargasses, un océan qui était quasiment à 25, entre 25 et 30 degrés. Donc là, on prend conscience des dérèglements et du fait que ça ne se passe pas comme ça se passait il y a 20 ans. Et donc, nous, on en a été victime par manque de vent. Et donc, on a subi ça. J'avoue que psychologiquement, ça paraît bizarre de dire ça, mais c'est pire que les gros coups de vent du Sud parce que finalement, vous n'avez aucune maîtrise de rien. Donc on a subi ces passages à niveau et on a vu notre avance fondre. Et finalement, ce sont les plus grands bateaux qui ont franchi la ligne, évidemment en temps réel devant nous, mais également en temps compensé. Et donc la victoire est revenue à ce bateau 100% féminin d'Anglaise, extraordinaire, Maïden. Et donc nous, nous avons fini troisième au classement général et vainqueur dans notre catégorie, ce qui était de toute façon... une grande satisfaction. Mais c'est vrai qu'on a, par moments, pendant quelques jours, on a frôlé l'idée qu'on pourrait presque gagner la Wheat Bread, ce qui était un rêve absolu.
- Speaker #1
Alors, j'en arrive à mon avant-dernière question. Vous dites, vous répétez souvent, Carceau vous le dit aussi, que vous avez rendez-vous avec vous-même. Vous l'avez même dit plusieurs fois au cours de cet entretien. À ce rendez-vous, qu'est-ce que vous avez trouvé ? Est-ce qu'il y avait quelqu'un ? Et qu'est-ce que vous en tirez de ce rendez-vous ?
- Speaker #2
Oui, bien sûr, c'est le côté le plus intime d'une aventure comme celle-là, puisque pendant 200 jours, comme je vous l'ai dit, on était avec des gens qu'on ne connaît pas, ou très peu, dans un environnement à la fois qui peut être extraordinaire et très hostile, et donc les moments de solitude avec soi-même sont nombreux. Les moments de mélancolie, les moments de tristesse, les moments de désespoir, j'en ai eu beaucoup.
- Speaker #1
Les moments de désespoir, il y a un passage dans votre livre, vers la fin, que j'ai noté, où vous dites la tentation de se jeter à l'eau. Il y a une tentation de se jeter à l'eau, on touche aussi au plus douloureux.
- Speaker #2
Oui, c'est vrai, c'est difficile à décrire et à comprendre, mais j'ai eu des moments de très grande souffrance, où tout se mélange, à la fois la dureté de la course, la dureté des rapports humains sur le bateau. Et puis la mélancolie de la vie, c'est-à-dire que souvent, ce rendez-vous avec soi-même, comme vous dites, c'est une occasion de repasser le film de sa vie, et notamment de tous les gens que vous aimez, puisque pour moi, le plus important et la seule chose qui reste à la fin, c'est ça, c'est l'amour que vous avez donné, C'est l'amitié construite avec votre environnement et vos amis les plus proches. Et donc, c'est ça qui... Je dirais que ces moments permettent de réfléchir à tout ça. Et qu'est-ce que j'ai fait de ma vie ? Quelles amitiés j'ai construites ? Quel amour j'ai donné ? Éventuellement, quel courage j'ai pu avoir de faire ça avec l'équipage, puisque à la fin, pour moi, c'est la seule chose qui reste. Donc c'est une manière de dépouiller son cerveau, ses pensées de la vie, de la folle vie que nous avons tous. quand on est... dans la vie professionnelle et avec le portable branché 24 heures sur 24. C'est une expérience incroyable que de stopper tout ça et de se dire finalement qu'est-ce que j'ai fait de bien, qu'est-ce que j'ai fait de mal, qu'est-ce qu'il me reste à faire et qu'est-ce qui est important pour moi. Ce que je dis peut paraître assez banal, mais finalement, c'est quand même une des rares occasions d'y penser et donc d'aller vers l'essentiel. Et ce qui pour moi est notamment l'amour et l'amitié qui sont... qui sont les deux valeurs essentielles de la vie pour moi.
- Speaker #1
Vous parlez beaucoup de votre famille, effectivement. Vous parlez, on sent un rôle, c'est peut-être exagéré de dire ça, mais un rôle quasi paternel ou une relation quasi paternelle que vous avez avec Kersozon, que vous avez avec Taverneau aussi, dont on n'a pas parlé, mais qui joue un rôle de fil rouge important dans cette affaire. Mais vous parlez aussi de votre famille, beaucoup de votre famille réelle, et de votre père. Et je sais que vous vous dites à un moment dans votre livre que votre père connaissait la tirade de Cyrano du non-merci par cœur. Alors j'ai préparé la tirade de Cyrano. J'aimerais que vous nous en lisiez le dernier passage, le dernier passage si vous voulez bien, et on se quittera là-dessus.
- Speaker #2
Et c'est vrai que je souhaite à tout le monde d'avoir des rencontres comme j'en ai eu avec, vous parlez de Taverneau dans ma vie professionnelle chez M6, ou Kersozon sur les océans, ou mon père qui nous a toujours enseigné la liberté. « Si tu veux être ébéniste, sois ébéniste, mais sois un bon ébéniste » , c'était sa phrase qui nous poussait à accomplir nos rêves. Et je crois que c'est une grande chance que nous avons eue d'avoir cette éducation, de nous pousser vers... vers une vie plus passionnée qu'une vie ennuyeuse. Donc c'est ce que je souhaite à tout le monde. Et ce vers de Cyrano, qu'il nous avait toujours déclamé, qui est pour moi une des plus belles strophes de la poésie française, c'est l'esprit que je souhaite et c'est la vie que je souhaite à chacun d'avoir. Alors je vais effectivement vous lire les dernières phrases. « N'écrire jamais rien qui de soi ne sortit. » C'est la fin de l'astrophe. Et modeste d'ailleurs se dire, mon petit, sois satisfait des fleurs, des fruits, même des feuilles, si c'est dans ton jardin à toi que tu les cueilles. Puis s'il advient d'un peu triompher par hasard, ne pas être obligé d'en rien rendre à César, vis-à-vis de soi-même en garder le mérite, bref, dédaignant d'être le lierre parasite, lors même qu'on n'est pas le chêne ou le tilleul, ne pas monter bien haut, peut-être, mais tout seul. C'est formidable comme... vers et comme esprit, et c'est tout le panache français qu'on souhaite à nos amis, à nos enfants et à notre pays.
- Speaker #1
Merci Jean D'Artuy.
- Speaker #2
Merci Romain.