- Ludivine
From Montreal, de Montréal, Introducing People, je vous présente des gens met on a, rencontrés sur un, dancefloor, pour parler de, to talk about, danz. Alors, comme je le disais dans mon épisode d'introduction à ce projet créatif qui est dédié à la danse et plus spécifiquement aux gens que j'ai rencontrés sur les dancefloors au travers des deux dernières années, au travers de différents événements, différents endroits où on danse, de la musique EDM, Electronic Dance Music, de tout genre. Je disais que je voulais rencontrer des gens de la communauté et pour ce premier épisode, bien sûr, je voulais commencer avec la personne qui a été la première personne que j'ai rencontrée et avec qui j'ai échangé par texto. Donc, cette personne-là, c'est Pavel. Bonjour, Pavel.
- Pavel
Bonjour, Ludivine.
- Ludivine
Pavel, je l'appelle ma clé parce que dans le fond, comme je disais, on a échangé nos coordonnées à un événement, c'était à Kaytranada, au Piknic Electronik. À partir de ce moment-là, Pavel m'a texté, pas très régulièrement, mais quand même assez régulièrement, pour me parler d'événements. On s'était parlé du Burning Sun. Il me disait que j'allais sûrement apprécier cet événement-là. Ça m'a pris un an avant de finalement y aller parce que ma vie de maman faisait en sorte que je n'y arrivais pas, etc., etc. Mais bon, moi, je veux juste revenir au fait que cet enregistrement-ci, on l'avait déjà fait, Pavel et moi, et Pavel habite loin, dans un coin paradisiaque, et il y avait plein d'oiseaux avec nous pendant cette conversation-là, qui étaient spontanés. Donc, c'est un peu le but du balado: je veux faire des conversations spontanées. Mais malheureusement, les oiseaux étaient très présents dans l'audio. Et on a décidé de reprendre l'audio pour que ça soit plus agréable pour vous, chers auditeurs. Mais on va essayer de retoucher à des points. qui avait été soulevé dans cette première conversation-là parce que j'ai beaucoup aimé notre première conversation. Donc ça, c'est par transparence que je vous dis ça. Donc vous allez peut-être m'entendre rediriger la conversation sur certains points qui ont été soulevés à ce moment-là. Et Pavel a accepté avec beaucoup de gentillesse et de générosité de son temps. Donc grand merci, Pavel.
- Pavel
Ça fait plaisir, ça fait plaisir.
- Ludivine
Donc le balado, en fait, je veux quelque chose de spontané, je veux quelque chose de playful, parce que pour moi, c'est aussi associé à l'idée de la danse. Moi, quand je danse, je tombe vraiment dans une vibe ludique. Donc, c'est mon inner child puis c'est du pur plaisir. Donc, je me suis dit pour initier les conversations, ça va être des petites conversations, mais je veux que ça soit spontané. Et donc, l'idée, c'est que j'ai préparé des questions que j'ai mises dans un chapeau et quand je reçois un invité, je pige une question et l'invité ne connaît pas la question, habituellement. Là Pavel, il la connaît parce qu'on a déjà joué à ce jeu-là ensemble. Mais Pavel, je vais te reposer la question que j'ai pigée. Comment fais-tu pour rester motivé les jours où tu as moins d'énergie ?
- Pavel
Je vais te dire que le fait d'aller à Montréal, le fait d'aller danser, de savoir que je vais danser, ça me motive. Moi, j'habite à exactement, on l'a vu, 306 kilomètres de Montréal.
- Ludivine
C'est très loin, ça. Ça représente combien de temps de conduite ?
- Pavel
Dans une journée normale avec le trafic habituel, c'est à peu près entre 3h30 et 4h de route.
- Ludivine
Oh my God Quelle patience Quelle patience ça a et quel dévouement Mais je pense que tu aimes ça, cette route-là ?
- Pavel
La route fait partie du... Ça fait partie du tout. Donc, c'est comme un rituel, dans le fond, pour se rendre à Montréal, la préparation. Parce que, tu sais, on va passer la fin de semaine à Montréal, chez une amie. Donc, la préparation de toutes nos choses. Notre petit confort, dans le fond, quand on se prépare la semaine. ou dans le fond, le jour ou les jours précédant la visite à Montréal. Donc, la route fait partie de ce rituel qu'on fait à chaque semaine pour se rendre à Montréal. Donc, ça, ça me donne de l'énergie. Toutes ces étapes que je fais, se préparer, faire la route, se rendre là-bas, tout ça, ça me motive parce que c'est important pour moi. C'est très important pour moi dans ma vie. Donc, toutes ces choses-là que je fais avec ma blonde, Mélissa.
- Ludivine
Oui, qu'on va rencontrer aussi, Mélissa, plus tard dans un autre épisode qui est fantastique. Vous deux, c'est ça, vous habitez loin, vous habitez dans un coin paradisiaque, comme complètement à l'opposé de la ville, en fait. Vous êtes en campagne, vous êtes comme retirés dans une espèce d'havre de paix et de nature incroyable.
- Pavel
En fait, on vit sur un terrain qui est presque essentiellement constitué de forêts et quelques endroits, quelques petits champs. Donc, nous, on vit dans la nature à la semaine longue. On se ressource dans la nature, on travaille sur nous, on vit assez simplement ici. Puis, grâce à ça, on peut partager cette énergie avec, avec tous nos amis sur la piste de danse.
- Ludivine
Et la piste de danse est dans la ville. Donc, vous faites toute cette route-là pour après ça aller à Montréal. Et vous vous rendez où principalement ?
- Pavel
Principalement, c'est dans l'endroit que j'appelle mon temple, le Stéréo.
- Ludivine
Ah, c'est ton temple, Pavel Je pensais que c'était notre temple. Excuse-moi, c'est avec toi que je vais dealer les billets la prochaine fois. Directement. Je vais dire, OK, Pavel, excuse-moi, je vais avoir un billet pour cet événement. Le Stéréo. Parce que, dans le fond, quand vous venez à Montréal, dans l'entrevue précédente, tu disais que tu faisais deux Stéréos en ligne. Puis, je te demandais de décrire l'expérience Stéréo. Tu pourrais-tu reprendre ta description de l'expérience Stéréo pour les auditeurs ?
- Pavel
Dans le fond, le temple, moi, j'aime ça l'appeler mon temple parce que...
- Ludivine
Ben vas-y Pavel! On... T'es ma clé, c'est ton temple, let's go, on va s'approprier les choses comme ça.
- Pavel
Donc, tu vois, l'expérience, ça commence tout dépendant, souvent, on part le vendredi parce que le Stéréo est ouvert vendredi soir et samedi soir dans le fond.
- Ludivine
Ça, ça l'ouvre à 23h59.
- Pavel
Exact.
- Ludivine
Et ça roule jusqu'à temps que le DJ ou les DJs veulent bien jouer, que le Stéréo, son staff est correct avec le fait de rester. Ça peut être 8 heures le lendemain matin, comme ça peut être, comme hier avec Danny Tenaglia, jusqu'à 7h30 le soir.
- Pavel
Et voilà, oui.
- Ludivine
Ça, c'est des marathons, là. Puis toi, tu danses beaucoup. Tu restes comme plusieurs heures, si pas tout le temps.
- Pavel
C'est moi, vu que... Je n'ai pas la chance d'habiter à Montréal. Je me gave de Stéréo.
- Ludivine
J'adore ça, se gaver du Stéréo. Man let's go!... J'ai l'image en plus. C'est comme les oies qu'on gave., genre tu ouvres la bouche avec l'entonnoir, les canards. OK, ce n'est pas très gentil. Ce n'est pas quelque chose qu'il faut faire avec les animaux. Mais on peut le faire avec toi. On va te mettre un entonnoir et on va rentrer toute l'énergie du Stéréo dans toi.
- Pavel
Moi, tu vois, j'essaie d'être là le plus souvent que je peux. Donc, des fois, je vais faire deux Stéréos en ligne. Donc, un vendredi soir, un samedi soir. Puis, j'y reste le plus longtemps que je peux. Donc, moi, j'en profite. Les fins de semaine, j'y vais le plus tôt que je peux. Souvent, on arrive à Montréal le vendredi soir. On arrive chez mon amie, on se dépaque. Souvent, on fait une petite sieste, puis on se lève tôt dans la nuit, ou moi, je vais juste... Tu y vas directement, ou... je vais directement avant.
- Ludivine
OK. Ça demande beaucoup d'énergie pour faire ça. Puis, on revient à la question de motivation. Puis, dans le fond, toi, ce que tu dis, c'est que parce que vous avez le rythme, la connexion avec la nature, la tranquillité, la semaine, après ça, de pouvoir vous préparer pour aller danser la fin de semaine pendant toutes ces heures-là, on s'entend, c'est des heures et des heures de danse sur le floor. Puis, ça, c'est quelque chose que tu m'as déjà dit il y a quelques mois quand on s'était rencontrés au Stéréo. Tu m'avais dit, écoute, j'ai réfléchi à ça, puis je pense qu'avec toutes les heures qu'on fait sur un dancefloor, on peut dire qu'on est des danseurs professionnels.
- Pavel
Oui.
- Ludivine
Puis tu sais, je m'étais fait la réflexion, oui, définitivement. Si l'idée d'un danseur professionnel, c'est de dire qu'il y a comme un côté athlétique à tout ça, que c'est l'activité physique, définitivement, c'est, c'est bouger. beaucoup de steps, les fameux steps que maintenant nos applications peuvent noter. Mais oui, définitivement, on bouge beaucoup. Il y a beaucoup de mouvements de nos corps dans ces événements-là. Mais donc, c'est ça, donc, tu dis que le contraste entre les deux, la nature, puis le besoin d'aller danser, puis de te recharger, c'est comme une espèce de cycle, ta vie, ton existence.
- Pavel
Oui, c'est... La musique, c'est dans le fond les expériences que je vis au Stéréo. C'est très, très bénéfique dans ma vie. C'est, comment je peux dire, je vais dans des dimensions... J'ai tellement de plaisir, je connecte tellement à moi. Dans le fond, les mots me manquent pour essayer d'expliquer tout ce que je vis au Stéréo.
- Ludivine
Tout ce que tu ressens, c'est ça.
- Pavel
Oui, exactement. Tu sais, juste le fait de savoir que j'ai un billet, par exemple, Hernan, tous les grands de ce monde, que moi je considère les grands de ce monde, tous les grands DJs, savoir que j'ai un billet, puis j'ai un Stéréo, j'ai les papillons dans le ventre, je suis excité.
- Ludivine
Comme l'appréhension, c'est ça. Oui, je suis le build-up. Moi, personnellement, quand le mercredi, jeudi arrive, puis que je sais que mon week-end arrive, puis des fois, c'est ça. Il y a des week-ends plus relax que d'autres, mais je sais que je vais aller danser. Je sais que je vais aller entendre de la musique. Puis oui, il y a des valeurs sûres. Puis c'est ça, le Stéréo étant un temple, c'est sûr que les line-up de DJ sont souvent très impressionnants. Puis impressionnants dans le sens où on sait que la qualité, la constance, la générosité des DJ va être là. puis tu sais on peut... on peut voyager. Je dis souvent que la danse, dans ces circonstances-là, c'est un voyage. Oui, on peut voyager sur la planète en prenant un avion, en allant visiter des pays, mais on peut aussi voyager en dansant sur un dance floor dans une ville. Dans ton cas, il faut quand même que tu fasses quatre heures de route, mais quand même assez accessible. Comme tu disais, c'est que ça se passe par notre... corps. C'est comme une connexion à nous-mêmes qui nous ramène dans le Grand Tout. Moi, j'appelle ça comme ça. C'est comme le néant ultime. On tombe dans le nowhere. Puis d'ailleurs, il y a un espace à Montréal qui s'appelle le NWHR parce que je pense que c'est un peu ça l'idée aussi du nom de cet endroit-là, qui est un autre bel endroit pour danser, soit dit en passant. Mais est-ce qu'on peut revenir, Pavel, au rituel ? Est-ce que tu peux me préciser un peu qu'est-ce que ça implique ? Puis ça va être Les dernières minutes, je pense, de notre entrevue, mais peux-tu revenir un peu aux détails ? Parce que je trouve ça important de réaliser que justement, ce build-up-là, ça vient aussi avec un certain engagement des gens de la communauté, que ce soit un engagement financier. Il faut acheter les billets, ça coûte quelque chose. Donc, c'est un choix de vie qu'on fait, mais il y a aussi une organisation. Puis dans votre cas, à Mélissa et toi, je trouve que c'est vraiment tellement... clair, ce choix-là. Est-ce que tu pourrais juste nous résumer un peu c'est quoi ce rituel-là ?
- Pavel
Oui, avec plaisir. Tout d'abord, c'est 306 kilomètres de...
- Ludivine
Chaque côté, aller revenir. Ça fait que c'est comme 8 heures de route totale. OK. Numéro 1.
- Pavel
Numéro 1, oui. Ça, la route en soi, ça fait partie du rituel. C'est comme un petit road trip à chaque fois.
- Ludivine
J'adore.
Oui, oui. Le road trip, il se prépare. Mettez-vous des sets ? Comme écoutez-vous de la musique quand vous vous envenez ?
- Pavel
Ah, mon Dieu. Nous, qu'est-ce qu'on fait ? On met des sets. Des fois, on va mettre le set de la personne...
- Ludivine
Que vous allez écouter. Oui,c'est comme pour vous mettre dans le beat. J'aime ça.
- Pavel
Exactement. Tu sais, on va faire des... On va faire des petits plats qu'on va manger à Montréal, qu'on va partager avec notre amie chez laquelle on vit la fin de semaine. Donc, on fait de la cuisine, on se prépare, on a des boîtes. Donc, on paque toutes les boîtes qu'on a besoin de notre petit confort, dont les vêtements, la nourriture. Donc, un petit concentré de toutes nos affaires qu'on traîne avec nous.
- Ludivine
Oui, dans le fond, c'est comme si vous partiez en camping. C'est un peu ce qu'on fait quand on fait du camping. C'est comme si vous en alliez faire du camping chez votre ami.
- Pavel
On va tout paqueter ça. On fait la route. Avant le Stéréo, souvent, on va parler soit du DJ, mais c'est souvent quand on revient, quand on revient du Stéréo, sur la route.
Oui, le debrief.
Ah oui, le debrief, c'est tellement important. On parle de toutes les belles connexions qu'on a faites, de toutes les belles conversations, toutes les conversations au fumoir, toutes les conversations profondes.
- Ludivine
Oui,parce qu'on ne parle pas sur le dance floor.
- Pavel
Non, non, non. On n'essaie pas.
- Ludivine
C'est ça, minimalement.
- Pavel
Exact. Donc, c'est tout ça, tout ce qu'on a vécu, tous les partages qu'on a eus, tous les beaux moments. On revient à ça. Comme tu dis, le débrief, tout ça, ça fait partie du rituel. Il y a le début, le pré, le pré Stéréo, toute l'excitation, le savoir qu'on va faire, qu'est-ce qu'on va vivre.
- Ludivine
C'est l'inconnu, vous ne savez pas ce que vous allez vivre.
- Pavel
Oui, puis vivre le Stéréo. Essayer, pendant que ça se passe, je sais pas. des fois, je prends quelques secondes pour juste me revenir à moi et dire que je suis dans le moment présent. Je suis en train de vivre. Je fais ça quelques fois. Juste parce que le moment est tellement bon qu'à un moment donné, il est fini.
- Ludivine
Oui, on peut prendre ça un peu pour acquis parce qu'on est dans l'expérience. On ne veut pas se projeter dans le futur, mais dans le fond, ce que tu fais, c'est juste de ramener le fait que ce que tu es en train de vivre, c'est vraiment spécial. C'est exceptionnel.
- Pavel
Oui, oui, oui. Prendre le moment présent, c'est pour, OK, je suis là, je suis au Stéréo, je suis, je me fais, je suis dans la musique de Hernan. Exemple, en fait.
- Ludivine
Exemple, c'est l'exemple qui revient. Écoute, Pavel, c'est déjà la fin de notre conversation, mais je veux te remercier. Puis dans la première entrevue qu'on avait faite, ce que je veux rapporter pour fermer la boucle de cette deuxième entrevue, qui a quand même été spontanée malgré tout, je veux te dire que ce que j'aime de ce que tu apportes sur le dancefloor, c'est tout le côté organique. Je vous disais comme dans la première entrevue, je vous disais, c'est parce que je parlais de Mélissa et toi, je veux dire, ce que vous amenez sur le dance floor, c'est vraiment unique. Puis ce que je disais, c'est que vous êtes un peu comme pour moi, puis c'est avec beaucoup de love, je pense que vous le comprenez, mais vous êtes comme les hippies de la communauté. Vous arrivez et vous avez cette vibe très organique. On sent que vous êtes des êtres de la planète. Vous êtes tellement groundés, et moi, ça me grounde à toutes les fois que je vous vois. Merci. Merci d'être là. Merci de m'avoir ouvert la porte à toute cette magnifique communauté et tous ces événements. Moi, avant ça, comme je disais dans mon épisode d'introduction, je dansais dans les cours d'école et où je pouvais, mais souvent toute seule. C'est ça. La vie a fait en sorte que ça a pris un certain temps avant que je trouve la communauté. Puis, c'est toi qui as été le signe de la vie pour moi. Donc, merci Pavel.
- Pavel
Ça fait plaisir. Merci à toi de faire ça.
- Ludivine
Écoute, on va faire un beau travail d'archivage. C'est un peu ça l'idée de se souvenir de tous ces beaux moments-là qu'on vit ensemble sur les dancefloors. Donc, merci Pavel.
- Pavel
Ça fait plaisir. Merci beaucoup.
- Ludivine
Au début de ma vingtaine, il y a presque 30 ans maintenant, j'ai fait mes études universitaires en sciences des religions. J'étais fascinée par le fait spirituel dans notre monde humain en déroute. Ce que je retiens de ces quatre années de gobage de connaissances peut se résumer à ceci, étymologiquement, le mot « religion » . signifie se relier les uns aux autres. Et pour qu'un mouvement de pensée soit officiellement qualifié de religion, il faut les trois R. Un récit fondateur. des règles et des rituels. Par exemple, pour nous en tenir au catholicisme qui a dominé en pratique socialement ici au Québec, au Canada, du moment où les Européens sont arrivés sur le continent jusqu'aux années 1960 environ, le récit fondateur est le Nouveau Testament. Quelques-unes des règles sont le fait de se confesser régulièrement de ses péchés ou de copuler dans le but de procréer, et les rituels sont le baptême et le mariage, entre autres. Pendant mes études, j'ai eu un cours dans lequel nous parlions du déplacement du religieux dans notre société québécoise. C'est-à-dire que puisque le fait religieux naît d'un besoin fondamental humain de vivre en alignement de pensée et d'action avec des semblables, s'il n'y a pas de mouvement religieux officiel, les humains d'une société libérée du carcan du religieux institutionnalisé vont vivre le religieux plus librement, mais vont tout de même le vivre, le reproduire, pour répondre à ce besoin humain fondamental de vivre en alignement de pensée et d'action avec des semblables. L'humain est un animal grégaire, c'est-à-dire de groupe. Donc, dans un de mes cours universitaires, notre mission d'apprentissage était de repérer là où le religieux aurait pu se déplacer dans notre société, dans laquelle la religion catholique a perdu sa place au soleil. J'avais choisi de présenter les raves comme un déplacement probable, facile à comprendre comme parallèle. Le récit fondateur égale la naissance du phénomène lui-même que l'on peut découvrir à force de recherche. À ce sujet, allez réécouter l'intro de ce projet dans lequel s'y trouvent quelques indices. Les règles égale le classique plur, le mouvement rave, love, unity and respect, entre autres. Et finalement, les rituels. Un rituel, c'est un ensemble de gestes qui s'accomplissent selon une séquence précise et des actions porteuses de sens, qui marquent de façon importante un moment considéré comme différent des autres, ce que j'appelle une parenthèse dorée. Un rituel existe pour permettre à l'humain que nous sommes d'accéder au sacré. Passer du profane, du day-to-day, du train-train du quotidien, à un moment spécial. Un moment en suspens dans notre existence. Un moment extraordinaire qui nous sort de notre ordinaire. Une parenthèse dorée avec un point de départ et un point final. Quand Pavel évoque le rituel que lui et son amoureuse mettent en branle pour passer de leur train-train quotidien de la semaine à la parenthèse dorée que sera leur fin de semaine à danser, à rêver, il nous décrit exactement cet aspect du déplacement du religieux, un point de départ pour accéder à du temps en suspens. À l'époque de mes études universitaires, quand j'avais présenté l'aspect des rituels que j'associais au rave, je m'étais fiée sur ce que je faisais avant de me rendre dans une messe techno, ce que mes amis faisaient aussi, entre autres le choix de nos vêtements et la préparation physique pour tenir le coup de toutes ces heures éveillées. Par exemple, il y a 30 ans, trouver du Red Bull, cette boisson qui allait contribuer à nous énergiser, n'était pas facile. Et le Guru, les Monsters et autres n'existaient pas. Il fallait aller dans un dépanneur, sur la rue Saint-Denis, presque à l'angle Cherrier, tenu par des Asiatiques, qui importaient ce breuvage herbacé et magique dans des bouteilles de verre brun. En fait, la boisson était le Krating Daeng, l'ancêtre thaïlandais du Red Bull. À l'époque aussi, dans le rituel, il y avait le fameux appel téléphonique. Pas de cellulaire pour M. et Mme Tout-le-Monde il y a 30 ans. Alors, nous utilisions une ligne terrestre, un appareil branché, que tous avaient dans son logement. Nous avions un numéro de téléphone qui avait été distribué de main en main de manière secrète au cégep et il fallait le composer à minuit et une minute. À l'époque, il y a 30 ans, les raves étaient considérés comme illégales. Alors, il fallait que le lieu de l'événement reste inconnu, afin que les policiers ne puissent pas écrire un mandat qui empêcherait la tenue d'un tel rassemblement indésirable socialement. Quand nous appelions le numéro noté sur un bout de papier, nous obtenions un point de rencontre grâce à un message vocal. Ce point de rencontre était un coin de rue où nous devions nous rendre. De là, nous embarquions dans un autobus scolaire avec d'autres participants de cet événement clandestin. Aucun de nous ne savait où l'autobus nous amenait, mais toujours nous aboutissions dans un quartier industriel, un coin de Montréal ou de Laval, où les rues ne comportaient que des entrepôts. Les productions de ces raves étaient spontanées et approximatives. Les planchers étaient extrêmement poussiéreux, le setup éphémère. Toutes ces étapes faisaient partie du rituel qui nous menait pourtant au sacré. à ce moment spécial, incomparable, inoubliable. Danser dans ces conditions, c'était voler sur un tapis magique. Merci Pavel pour ce rappel si précieux. Qu'une soirée à pulser de tous nos corps, de tous nos cœurs, sur un dance floor, c'est s'organiser pour y être, très intentionnellement. Un beau rappel pour reconnaître les parenthèses dorées dans nos existences.