- Speaker #0
This is where purpose meets a plan. This is a new life..
- Ludivine
From Montreal, de Montréal, introducing people, je vous présente des gens, met on a, rencontré sur un, dancefloor, pour parler de, to talk about, DANZ. Bon, alors aujourd'hui, on est à un nombre très spécial pour moi, c'est l'épisode numéro 13, donc ça c'est la première chose. Et bien sûr, la vie fait tellement bien les choses que je suis accompagnée aujourd'hui de quelqu'un qui m'est très spécial. Je vais ajouter que je crois que dans la communauté, cette personne-là est très spéciale pour beaucoup de gens. Bon, bien sûr, tout le monde est spécial. ça, on s'entend là-dessus, mais la personne avec qui je parle aujourd'hui, elle a une unicité extrêmement rare et vibrante sur un dancefloor. Entre elle et moi, ce que j'utilise souvent comme image pour la représenter, c'est un papillon. Elle papillonne sur le dancefloor et ce faisant, elle va à la rencontre de tout un chacun avec... Beaucoup de séduction, mais une séduction équilibrée, saine et bien intentionnée. Alors cette personne, c'est Wafa. C'est une perle, je vous avertis. Voilà. Bonjour Wafa.
- Wafa
Bonjour Ludivine.
- Ludivine
Est-ce que tu veux ajouter quelque chose ou est-ce qu'on se lance dans la question ?
- Wafa
À ton aise, mais je suis flattée pour cette petite introduction. C'est comme des couleurs pastelles qui me décrivent. J'ai aimé, merci.
- Ludivine
Ça me fait tellement plaisir parce qu'on n'a pas beaucoup l'occasion de parler, toi et moi. Parce que ça, je l'ai souvent dit, mais sur un dancefloor, une règle d'or, c'est de ne pas parler. Mais le langage que tu utilises, que j'utilise... On arrive à vraiment avoir des très belles discussions en mouvement, toi et moi, et c'est toujours un plaisir immense que de te retrouver et de pouvoir reprendre le fil de cette conversation-là, qui est sans fin, selon moi. Donc, aujourd'hui, on va utiliser nos mots pour parler d'un amour qu'on partage, toi et moi, et que d'autres personnes partagent, bien sûr, mais aujourd'hui... C'est avec toi que je parle et je suis très, très heureuse.
- Wafa
Oui, moi aussi.
- Ludivine
Donc, allons-y. Je vais lire la question et je vais la découvrir avec toi.
- Wafa
D'accord.
- Ludivine
Bon, alors. Comment fais-tu pour concilier le rythme du week-end avec celui de ta semaine ? Concilier les sorties danse et le travail.
- Wafa
Ça, c'est une charmante question que beaucoup de personnes m'ont posée. Et en général, je ne trouve pas vraiment la réponse parce que le week-end, je ne m'organise pas. C'est-à-dire que j'ai une vie très organisée durant ma semaine. Je travaille et j'ai mes trois chiens, comme tu le sais. Et le week-end ne se planifie jamais. Je décide de partir à Montréal. Je sais que je vais être à mon royaume le vendredi soir ou le samedi soir, qui est le Stereo. Donc pour moi, le week-end, c'est comme une petite récompense. Les gens vont faire des spas et moi, je travaille et je suis contente de finir ma semaine pour pouvoir aller danser. Ce que les gens trouvent bizarre, c'est que je passe des nuits à danser, je réussis à reprendre mon travail le lundi et à continuer ma vie. Donc on me dit que tu n'es pas fatiguée. Et la question, quand elle arrive à mon cerveau, elle s'inverse. Donc je me dis, je ne suis jamais fatiguée de ma semaine pour aller vivre et renaître. dans la danse et dans les pas pendant le week-end. Et je ne suis jamais fatiguée du week-end pour aller travailler et être prête pour le prochain week-end. C'est comme une danse, en fait. C'est comme une danse dans la pensée. Parce que je suis capricorne. Les gens me disent, oui, c'est dans des tiroirs et tout. Mais moi, je ne suis pas du tout comme ça. Il n'y a pas un qui engendre l'autre. Il y a une continuité. C'est comme une danse, en fait, ma vie. de tous les jours est comme une danse, le travail, je le fais avec plaisir. Je finis la semaine avec plaisir. Et le week-end, pour moi, à chaque fois, ça fait trois ans maintenant, et plus, le week-end est un moment de renaissance. C'est là où je vais être pour être.
- Ludivine
Donc, ça fait trois ans que tu as ce rythme-là et que tu tiens bon.
- Wafa
Oui!
- Ludivine
Donc à tous ces gens-là qui te posent la question parce qu'ils sont sidérés par ton rythme, par ton énergie, c'est comme une preuve en quelque sorte. Je veux dire, trois ans, c'est quand même un bon échantillon temps pour démontrer que ça va, tu te tiens bon et de façon très équilibrée. Je reviens avec ce mot-là, mais c'est tellement important dans nos existences de maintenir un équilibre entre tous les différents aspects de nos existences. Donc, toi, tu trouves cet équilibre-là dans le flot global en incluant cette renaissance-là que tu as tous les week-ends.
- Wafa
Exactement. Moi, j'adhère à l'idée que dans la vie, tout doit être consommé, fait, créé avec modération, sauf la danse.
- Ludivine
Pourquoi sauf la danse ? Je suis curieuse. Vas-y.
- Wafa
Si je commence à parler de ça, la danse...
- Ludivine
Mais oui!
- Wafa
Ouh là là parce que... du début jusqu'à la fin, du premier tempo du rythme jusqu'à la fin, la danse, c'est une vérité. C'est cette livraison. C'est plus de corps, plus de place, même plus de temps. Il n'y a que le plaisir d'être, tu vois. Et quand on est, on ne peut pas être si on n'est pas heureux. Mais je parle d'être vraiment. Moi, la danse, c'est la seule... Je ne l'appellerais pas pratique parce que je ne pratique pas, je ne chorégraphe pas. La danse est un peu le refuge, un peu le royaume, un peu la renaissance. La danse, c'est cet interdit. C'est cet interdit qui s'est construit dans ma tête, dans ma jeunesse, venant d'un pays où la femme qui danse est mal vue. C'est cet interdit délicieux. C'est cet interdit que moi, je regarde, j'embrasse, et au moment où j'ouvre ces chaînes pour le libérer. La danse, c'est comme aller rejoindre sa partenaire, qui n'a pas de conditions, qui n'a pas... d'attente, qui n'a pas de jugement, qui n'a pas... Et aussi, tu sais, étant la première génération qui danse librement dans ma famille, donc moi, à chaque fois que je vais danser, voilà pourquoi je papillonne. J'emmène ma mère danser, puis j'emmène ma tante, et puis j'emmène ma sœur, et à chaque fois, je vis une histoire d'amour dans ma tête au moment où je danse.
- Ludivine
C'est intéressant que tu nommes les femmes. Donc, pour toi, c'est aussi important, cette énergie féminine-là dans la danse ?
- Wafa
Exactement, oui.
- Ludivine
Et est-ce que tu pourrais nous dire le pays, Wafa, t'a mentionné ton pays ?
- Wafa
Oui, moi, je suis née en Algérie. Et ensuite, j'ai vécu presque 20 ans en France et avant d'arriver au Canada. Donc, l'Algérie est reconnue pour être un pays qui, un tout petit peu, à l'époque, oppressait les femmes. Ça a changé un peu. On ne va pas parler politique, mais ...
- Ludivine
Non, non...
- Wafa
Mais moi je... ma mère adore danser. Toutes les femmes que je connais. Et donc, je suis un peu comme le machin qui ouvre les trucs des Olympiques. Moi, je prends le feu.
- Ludivine
La flamme.
- Wafa
Oui, la flamme! C'est ça! Je tiens la flamme, mais je ne compte pas la laisser avoir un soupçon de doute qu'elle risque de s'éteindre. Je ne parle même pas de la regarder s'éteindre. Ça ne s'éteindra jamais. Dans cette vie, dans une autre, moi, j'ai épousé la danse et j'ai choisi la danse...
- Ludivine
Consicemment là, pour toi, c'est très conscient. Et tu disais que tu as vu ta mère danser. Est-ce que tu crois que c'est elle qui t'a inspirée cette voie-là, V-O-I-E, à suivre ?
- Wafa
Ma mère, je l'ai vue danser en cachette, mais elle adore danser. Si c'est elle qui m'a...
- Ludivine
Inspirée.
- Wafa
Inspirée.
- Ludivine
C'est intéressant que tu dises que tu l'as vue danser en cachette. Donc, elle, quand elle dansait, est-ce qu'elle savait que toi, tu l'observais ?
- Wafa
Mais oui, mais oui, on dansait en cachette de la gent masculine.
- Ludivine
Ah, d'accord.
- Wafa
À l'époque, oui. Ma mère, pour moi, c'est le tam-tam. Comme tu sais, je joue au djembé. Ma mère, c'est le battement du tam-tam. Ma mère, c'est la source qui fait que je sois la femme d'aujourd'hui. Elle m'encourage. C'est peut-être le seul être qui ne m'a jamais dit ou posé la question comment tu fais, où est-ce que tu te reposes, où c'est un peu trop que tu danses tous les week-ends.
- Ludivine
Elle comprend.
- Wafa
Exactement.
- Ludivine
Ouh là là, il y a tellement de belles choses dans tout ce que tu viens de nous livrer. J'essaie de voir où on pourrait aller avec tout ça, mais écoute, on pourrait aller partout, c'est tellement vaste. Tu sais quoi ? Je sais où je veux qu'on retourne dans ce que tu as dit. Tu as parlé du fait que pour toi, la danse, c'est... Le mot que je vais utiliser, c'est activité. Toi, tu disais que tu ne voulais pas utiliser le mot pratique parce que c'était... Peut-être pas le bon mot pour toi. Puis je sais que les mots sont très importants pour toi. Je pense qu'on partage beaucoup cet amour-là, toi et moi, des mots, de leur justesse. Puis malheureusement, des fois, il faut utiliser les mots pour décrire certaines choses. Donc, je vais utiliser le mot « activité » , OK ? Mais je suis d'accord avec toi. La danse, ce n'est pas une pratique, ce n'est pas une activité. C'est de l'oxygène. Et quand je t'écoutais parler, quand tu disais que pour toi, c'est... Le seul moment où tu te sens vraiment exister de façon très pure, c'est effectivement comme ça que je me sens moi aussi quand je danse, et c'est aussi pour ça que j'ai besoin de danser, parce que c'est le moment dans cette existence-ci où tout est tellement clair, c'est limpide. Merci pour ça. Merci d'avoir nommé ça. C'est très puissant de se sentir exister dans notre monde chaotique. Donc, on revient, étrangement, je vais juste revenir à la question qui te posait le fait, bon, comment tu ne fais pas concilier le travail, le rythme du travail, le rythme de la danse. Puis, en quelque sorte, j'ai beaucoup aimé ta réponse parce que tu nous as parlé… d'un flot global. Tu n'as pas utilisé ces mots-là, mais c'est un peu ça que tu décris. Tu disais que pour toi, tu amenais l'énergie de la danse dans tout ce que tu faisais. Donc ça aussi, c'est extrêmement beau.
- Wafa
Je danse à la maison aussi après mes week-ends. Quand je pleure, je danse. Quand je perds, je danse. Quand je gagne, je danse. C'est quotidien. Même dans la rue, je suis dans la voiture. Il y a une panne de... de panne de feu et on est en plein autoroute. Je sais qu'on va arrêter pendant 45 minutes. J'ouvre la porte et je danse. Ça me cause des soucis parfois, mais ça donne... J'ai de la foule qui me rejoint un peu après.
- Ludivine
C'est ce que j'allais dire. Quel genre de soucis, Wafa ? Parce que, honnêtement, je pense que la plupart des gens qui te voient danser veulent juste se joindre à toi. Ça, c'est sûr. T'es une belle rebelle. T'es une belle rebelle.
- Wafa
Merci.
- Ludivine
Le monde a besoin de ce genre de rébellion-là. Puis Dieu sait que t'es une ambassadrice.
- Wafa
Ça me touche énormément que tu m'appelles ainsi, parce que ma mère m'appelle la belle rebelle.
- Ludivine
Ouh!
- Wafa
Oui, ça me touche énormément.
- Ludivine
Tu vois ?
- Wafa
Oui, tu as pu entendre ma voix tremblote un peu, wow!
- Ludivine
C'est la magie. C'est la magie. Ah, Wafa, écoute, on arrive au bout de notre conversation, mais est-ce que tu aurais quelque chose à rajouter ? Je sais que je t'ai posé la question au début de notre entretien, mais à ce stade-ci, je veux te donner la parole une dernière fois avant de te remercier officiellement.
- Wafa
Dansons. Dansons beaucoup et très bientôt.
- Ludivine
Très bientôt, oui. On va danser. Et on danse toujours, Wafa, c'est ce que tu viens de dire. On danse toujours. C'est ça la magie. Merci Wafa, beaucoup.
- Wafa
Merci à toi Ludivine, c'est un honneur d'être ici avec toi.
- Ludivine
Tout le plaisir et l'honneur est pour moi.
- Speaker #3
Wafa dit qu'elle pense que dans la vie, tout doit être consommé, fait, créé, avec modération, sauf la danse. Et lorsque je lui demande pourquoi elle en pense autant, elle confie que la danse est une vérité, par laquelle nous n'avons plus de corps, de lieu, de temps, qu'il ne nous reste que le plaisir d'être, et que l'on ne peut pas être si l'on n'est pas heureux. Elle spécifie ici qu'elle parle d'être, vraiment, et ajoute que la danse est le refuge, le royaume, la renaissance, que c'est cet interdit qui s'est construit dans sa tête d'enfant, venant d'un pays où la femme qui danse est mal vue, et que la danse est cet interdit délicieux. Lorsqu'elle continue de se révéler par ses mots, Wafa nous apprend qu'elle a vu sa mère danser en cachette du regard des hommes de la société dans laquelle elle a grandi en Algérie. Pendant notre entretien, nous n'abordons pas les faits politiques, et je n'en ferai pas autant à ce point-ci, mais les mots de Wafa m'ont inspiré de plonger dans un concept important, celui de la liberté, et, qu'on le veuille ou non, qui dit liberté, dit comportement humain, les uns face aux autres, qui influence comment l'être humain est libre d'être vraiment, pour reprendre les mots de Wafa, la liberté d'être. Ironie du sort, ce pays dans lequel Wafa a grandi, l'Algérie, et qui a une histoire riche et ancienne, en passant par les royaumes berbères de Numibie dans l'Antiquité, par les dominations romaines, musulmanes et ottomanes ensuite, fut colonisé par la France en 1830, avant d'enfin retrouver son indépendance en 1962. Je dis ironie du sort parce que cette France qui a officiellement débuté sa métamorphose sociale avec la Révolution française en 1789, une révolution sociale qui, selon Alphonse Aulard, titulaire de la première chaire d'histoire de la Révolution française à la Sorbonne, diffère des autres révolutions par ses exigences universalistes en ce qu'elle est destinée à bénéficier à toute l'humanité. Ironie du sort parce que ces valeurs universalistes sont ces fameuses « liberté, égalité, fraternité » devenues la devise officielle de la République française. Le peuple français s'est affranchi du joug de la monarchie motivé par ces trois grands piliers des valeurs démocratiques. Mais bon, comme l'expression le dit si bien, là où il y a de l'homme, il y a de l'hommerie, et ces belles valeurs démocratiques ont d'abord et avant tout servi une France qui a poursuivi ses idées d'expansion de son territoire dans le monde. Liberté, égalité, fraternité. Selon le résumé d'articles du Web fait par l'intelligence artificielle, voici la signification des trois termes. La liberté est le droit de faire tout ce qui ne nuit pas à autrui, de vivre sans subir de règles injustes ou de tyrannie. L'égalité est le fait que toutes les personnes ont les mêmes droits et sont traitées de la même manière devant la loi. La fraternité est l'idée d'une solidarité et d'une entraide entre les membres d'une même société, pour vivre unis. En 2026, pas besoin de chercher bien loin comment la liberté n'est pas encore une valeur accessible à tous les citoyens des pays de cette planète. En effet, de Montréal, il nous suffit que de regarder ce que nos voisins au sud de notre frontière vivent comme recul d'avancées sociales qui avaient chèrement été acquises au travers les dernières décennies, une à une. Dans un article de la Presse rédigé le 19 mars 2026, nous apprenons que, selon l'ONG Freedom House, ouvrir les guillemets: "La liberté s'est érodée dans le monde en 2025 pour la vingtième année consécutive. Un triste jalon, selon elle. Les États-Unis ont conservé la mention libre, mais leur note est tombée à 81 points sur 100, leur plus faible score depuis la publication de cet index en 2002." Toujours selon cette ONG, seulement 21% de la population mondiale actuelle vit dans des pays classés comme « libres » . C'est aberrant, considérant qu'avec toutes nos belles idées, qu'avec tout ce que nous savons sur l'importance de se respecter les uns les autres, tout ce que nous savons sur la dignité humaine, nous en soyons à ce triste bilan. Montréal, au Canada, avec un score de 97 points sur 100, notre pays se classe parmi les pays les plus libres de la planète, selon le rapport annuel de l'ONG. Alors, quand Wafa dit que lorsqu'elle danse, elle le fait pour les femmes qui ne pouvaient pas le faire pendant qu'elle grandissait, qu'à chaque fois qu'elle papillonne sur le floor, c'est pour célébrer la liberté que ces femmes n'ont pas pu elles-mêmes goûter. j'ajouterais ce que j'avais également abordé avec Nina dans le deuxième épisode de DANZ. Personnellement, je crois qu'en tant que citoyens du monde, ayant la chance d'évoluer ici, sur notre coin de Terre, nous avons la responsabilité de danser pour tous ces gens qui ne font pas partie de ce 21% d'humains qui vivent dans des pays libres. Quand nous nous rendons sur un floor, amenons avec nous tous ces frères et sœurs de cette espèce par laquelle nous sommes tous unis, par la conscience collective, par entraide, par solidarité, un petit pas pour l'Homme libre, mais un pas de géant pour notre humanité.