- Speaker
From Montreal, de Montréal, introducing people, je vous présente des gens, met on a, rencontrés sur un, dancefloor, pour parler de, to talk about, DANZ.
- Ludivine
Alors, bonjour, nous voici déjà à l'épisode numéro 12, et aujourd'hui je parle avec, je vais tout dire d'emblée que je considère que cette humaine-là, c'est une perle. Elle est l'équilibre. Du in and out, elle est saine de la tête aux pieds et dans sa tête. C'est comme ça que je te vois, Gabrielle.
- Gabrielle
Mon Dieu, merci!
- Ludivine
Depuis la première fois qu'on s'est rencontrées, et à toutes les fois, ça s'est confirmé et reconfirmé. Je vais juste ajouter que, bon, le sujet du balado, c'est la danse. Donc, on s'est rencontrées sur un dancefloor. Là, je te dirais que je suis comme dans une zone... de la liste de mes invités où j'ai rencontré beaucoup de mes prochains invités à l'événement Burning Sun. Et donc, toi et moi, c'est ça. On s'est rencontrés pour la première fois dans un Burning Sun. Et ensuite de ça, on s'était vus une deuxième fois au Caverna et le hasard avait fait qu'on était dans les premières arrivées puis on avait échangé à ce moment-là. Et donc, moi, mon coup de cœur pour toi dans la communauté, c'est vraiment établi assez rapidement. Puis c'est bien sûr le hasard qui a fait ça. Puis après ça, on ne s'est pas revus pendant une très longue période. Puis quand on s'est revus, c'était encore la même, comment dire, la même joie qui émanait de toi. Puis je reviens souvent avec cette idée-là de la joie. Mais pour moi, c'est vraiment une vibration très particulière, la joie. Puis je ne pense pas que c'est tout le monde qui a cette capacité-là de vibrer joie. Et toi, je vois ça dans toi, la joie.
- Gabrielle
Ah bon ?
- Ludivine
Oui.
- Gabrielle
Oh, merci, mon Dieu, pour cette belle intro. Mais là, j'ai le sourire plaqué sur les lèvres. Merci, merci. Oui, ça a tellement été un coup de cœur pour moi aussi de te rencontrer. Je me souviens très bien du moment à Burning Sun, la première fois. Moi, ce qui m'a marquée en toi, c'est la liberté avec laquelle tu bouges. Puis j'ai tout de suite résonné avec ça. Après, c'est ça, hasard ou pas hasard qu'on se soit retrouvés les premières arrivées, ça c'est...
- Ludivine
Ça c'est le plan de la vie. Il y a des choses qui nous dépassent. À un moment donné, on dirait, en tout cas pour moi, en vieillissant, je ne me pose plus trop de questions. C'est comme je laisse les choses aller. Le fameux flot, c'est ça. Je pense que ça fait partie du flot.
- Gabrielle
Absolument. Ça représente bien le flot. J'adore. Quel honneur de me retrouver avec toi. Merci pour l'invitation.
- Ludivine
Écoute, écoute, c'est un bonheur partagé, définitivement, comme quand on danse ensemble encore à ce jour, souvent au Burning Sun.
- Gabrielle
Oui, c'est toujours un plaisir. C'est un super beau moment. Absolument.
- Ludivine
Vraiment. OK, écoute, là, tu connais le principe. On a une question à découvrir ensemble. Est-ce que tu penses que c'est le moment de la question ?
- Gabrielle
Allons-y! Ben o ui, je suis tellement curieuse, j'adore ce concept. La surprise des deux côtés.
- Ludivine
Oui, puis tu sais, c'est drôle, c'est la première fois que je vais l'exprimer comme ça et je vais le faire avec toi, tu vois, c'est intuitif. Mais moi, quand je bâtissais le concept de ce balado-là, ce podcast-là, les idées me sont venues de façon très intuitive et l'idée d'avoir une banque de questions comme ça m'est venue. Et je pense que ça m'est venu parce que c'est très lié à l'idée du tarot. Souvent, quand on pige le tarot, il faut y aller spontanément. Il ne faut juste pas trop se poser de questions, prendre la carte qui nous interpelle et voir ce que la carte nous révèle. Et donc, cette idée-là d'avoir une banque de questions, je pense que c'est un peu ça l'idée, parce qu'honnêtement, ça fonctionne toujours très bien. Il y a toujours quelque chose qui naît. Et il y a comme une cohérence qui s'installe au travers des épisodes. Donc, sans pression, on va lire cette question.
- Gabrielle
C'est juste qu'à date, ça va bien, là, on va voir.
- Ludivine
Mais non, écoute, je n'en doute pas deux secondes que ça va être intéressant comme discussion de ce qui nous reste. OK, donc on y va, je la lis avec toi. Y a-t-il une différence entre danser seule et danser en foule pour toi ?
- Gabrielle
Ah, c'est beau! J'adore cette question. Parce que justement, c'était un des points qui me venait quand on parlait du moment où on s'est rencontrés. Je remarquais que les deux, je pense qu'on a ça de se pointer dans des événements seules, mais savoir qu'on va voir toute la communauté. Fait que je pense qu'on a ce côté-là de peut-être indépendance, mais genre « alone together » .
- Ludivine
Oui!
- Gabrielle
Et bref, pour répondre à la question, tu sais... Est-ce qu'il y a une différence de danser seule versus dans une foule ? Tu sais, la réponse, c'est oui et non. Ça dépend vraiment... Pour moi, en tout cas, je pense que dans les deux cas, je suis capable d'accéder à un état un peu de transe, de devenir vraiment comme in the zone, puis dans ma bulle. Fait que, tu sais, parfois, je peux danser dans une foule, puis, c'est comme s'il n'y avait personne autour de moi, dans le sens où je n'ai aucune inhibition de mes mouvements. Je ne suis pas du tout en train d'être dans mon cortex et de penser à de quoi j'ai l'air. Je suis juste comme je ne fais qu'un avec les vibrations, la musique, etc. Il peut y avoir ça. Ça peut être la même chose si j'étais seule. Mais d'un autre côté, il y a comme une énergie quand tu es dans la foule que tu ne pourrais jamais avoir quand tu danses seule à la maison. Puis ça, c'est vraiment quelque chose qui me fait vibrer et qui me nourrit quand je sors danser dans les endroits où on se voit. Parce que c'est ça, il y a comme quelque chose qui se crée, une énergie. C'est comme indescriptible, en fait, il y a quelque chose qui se... qui se construit, puis qui build au fil du set, au fil de la soirée, et même dans tous ces échanges, dans ces échanges non-verbaux, les regards, la danse qu'on échange l'un avec l'autre, les mouvements, etc. Et même juste sentir, même avec les yeux fermés, sentir l'énergie de la foule, c'est quelque chose qui... qui ne peut pas être comparable. On ne peut pas accéder à ça quand on est seul. C'est comme un peu les deux. On dirait que je vois les deux possibilités dans la réponse.
- Ludivine
Oui, non, c'est ça. Je pense que c'est tellement... Le mot qui me vient, c'est « texturé » . Ce que tu viens de décrire, c'est comme il y a tellement de strates dans la question comme telle. C'est comme si la question voulait nous amener à répondre noir ou blanc. Mais en même temps, il y a tellement de gris entre les deux. Puis tout ce que tu essayais de nous décrire, c'est beaucoup ce gris-là. C'est-à-dire que oui, on peut être dans un événement, mais on peut être seul, on peut y aller seul, on peut y danser seul. On peut, exemple, fermer les yeux. Dans un épisode, Stéphanie disait que, par exemple, elle mettait ses verres fumés pour avoir cette capacité-là à plonger dans elle. Et toi, tu viens de le dire aussi. c'est des fois... On est seul, disons, sur le floor. On n'est pas nécessairement avec des amis près de nous, mais on est parmi les autres. Et là, plus la soirée avance, l'événement avance, la journée avance, peu importe, les heures avancent, parce que c'est souvent des événements qui s'échelonnent sur plusieurs heures. C'est très rare que ce soit une demi-heure ou une heure. Habituellement, un événement EDM, c'est plus qu'une heure. Plus le temps passe, plus il y a comme... Des liens qui vont se créer, comme une toile qui se tisse. Et c'est pour ça que je pense que le mot « texture » m'est venu. C'est comme si la soirée ou l'événement allait avoir sa propre texture. Parce qu'il n'y a jamais deux événements pareils. Je ne sais pas ce que tu en penses, mais on évoquait par exemple les Burning Suns. Même si c'est dans un même contexte, c'est-à-dire que c'est au même lieu, même si c'est souvent les mêmes participants. il y a toujours des légères différences qui vont rendre tous les événements uniques. Tous les Burning Suns vont être uniques. Et c'est la même chose pour notre expérience Stereo, par exemple. À toutes les fois qu'on va aller au Stereo, les paramètres de base sont les mêmes, mais il va toujours y avoir des paramètres qui vont faire que ça va quand même être toujours unique. Puis oui, la musique, c'est un des paramètres qui va rendre l'expérience unique, mais je pense qu'il y a beaucoup de ce que tu viens de décrire. C'est-à-dire ces connexions-là qui vont se créer par les énergies qui nous entourent dans notre expérience.
- Gabrielle
Oui, absolument! Ah oui, il y a tellement de choses qui me viennent en tête à mesure que tu parles parce que, bien, c'est que c'est ça en fait. De un, le fait que quand on danse dans une foule, qu'on ne connaisse personne ou qu'il y ait des amis dans la foule, juste ces échanges-là, il va y avoir un « togetherness » . On se sent ensemble, on sent qu'on vit une expérience de groupe, il y a des échanges. Et oui, il y a vraiment quelque chose de spécial qui se crée là-dedans. On peut ne pas pas échanger un seul mot de la soirée, mais ça te fait des amis, c'est comme les gens avec qui tu vas échanger des regards, échanger des gestes, échanger de l'énergie, tu te sens... c'est comme si tu as développé une intimité avec eux, parce que tu viens de passer au travers d'une aventure ensemble, en fait.
- Ludivine
D'une aventure et d'une proximité aussi, parce que pour être honnête, quand on danse, on prend chacun notre espace, mais on est quand même en proximité forcée jusqu'à un certain point parce que plus l'événement avance habituellement, plus le nombre de participants augmente aussi. Bon, tout ça dépend toujours des événements, où les événements ont lieu, le nombre de participants des événements, mais tu sais, la plupart du temps, le nombre va augmenter, donc l'espace comme tel qu'on va avoir pour exprimer la danse par nos mouvements va diminuer parce que tout le monde va avoir besoin de son propre espace, et donc, on va comme tous finir par se côtoyer. Nos bulles vont tous se côtoyer. Et c'est ce qui va amener à créer ces relations-là, spontanées, momentanées, avec les gens qui vont nous entourer dans notre expérience de danse. Donc, ils vont devenir finalement une partie de notre expérience de danse.
- Gabrielle
Oui, absolument. Et c'est ça, il peut se créer des liens ou des échanges avec les gens qui deviennent près de nous. Il y a une proximité forcée, comme tu dis.
- Ludivine
Et une intimité, comme toi te dis. C'est aussi intime, à un certain point.
- Gabrielle
Oui. Et aussi, il peut y avoir des échanges avec des gens qui ne sont pas nécessairement près de toi, mais on le sent. Les gens qui sont un peu sur la même fréquence, qui vont bouger d'une certaine façon, on sent l'énergie. Des fois, tu t'échanges des regards, tu te vois et tu es comme... I see you, tu sais?
- Ludivine
Oui, c'est ça! On peut se le découvrir aussi. Tu n'as jamais vu quelqu'un comme ça, mais là, tu le vois, tu sais, dans cette vibe-là. Tu fais comme, ah, OK, tu sais. Excuse-moi, je ne t'ai interrompu.
- Gabrielle
Oui, oui, oui. Non, non, bien, il n'y a pas de problème. Puis après, tu racontais, tu sais, tu mentionnais Stereo. Moi, une de mes parties préférées à Stereo, c'est, tu sais, quand tu arrives au début puis tu pars à la fin, là. Puis là, tu vois toute la progression de justement au début. Il n'y a quasiment personne. Là, ça devient super packté. et là, tu as comme le... peak, genre entre 2 et 4-5, puis après ça, ça commence à se vider, mais là, c'est cool aussi, le petit moment de la fin où tu vois c'est qui les troopers... t'es a vu aussi au début, tu t'es rendu...
- Ludivine
Ceux qui sont allés au bout, ceux qui sont allés au bout de toutes ces heures-là sur le floor, dans l'expérience, mettons qu'ils sont arrivés à 1h puis qu'ils partent à 9h, 10h le lendemain matin c'est ça, comme tu viens de dire c'est un engagement c'est ça que tu veux dire par ça, c'est un trooper là, il a tenu bon cet humain-là a tenu bon.
- Gabrielle
Puis ça, il y a une proximité qui se crée... il y a une complicité...
- Ludivine
Complicité, c'est ça. Le mot, c'est complicité, exact.
- Gabrielle
Naturelle. T'as pas échangé, t'as pas échangé aucun mot mais tu te vois encore à la fin c'est comme la dernière track puis t'es genre « Yes, we're here »
- Ludivine
« On est allés au bout, man » C'est comme quand tu fais, je ne sais pas moi, une expédition, puis tu montes des heures et des heures et des heures, mais là, quand tu arrives au sommet, quel accomplissement et quelle satisfaction et quelle... C'est de l'autoréalisation. C'est comme « Yes, I made it » Je suis arrivé en haut, man, je peux me régaler de cette vue-là qui est panoramique et fantastique. Puis c'est la même chose quand tu es allée au bout d'un set avec un DJ, avec des gens sur le floor. C'est comme, ouais, tu sais.
- Gabrielle
Complètement, oui. Ça, c'est les meilleurs moments. Fait que oui, pour revenir à ta question, c'est comme, on dirait que je vois vraiment les deux en moi. J'adore ça quand je sors, justement, créer des liens puis avoir ces échanges-là non-verbaux. Parce que la danse, après tout, c'est vraiment une expression aussi d'émotions et d'états. Puis là, tu peux, justement, tu le sens rapidement, les gens avec qui ça se fit ou qui sont sur la même fréquence. Fait que danser dans une foule, dans une certaine mesure, c'est complètement différent que d'être seule. Et d'un autre côté, moi, j'adore aussi avoir des moments quand je sors danser où... Tu mentionnais tout à l'heure la personne qui disait qu'elle porte des lunettes des fois pour entrer un petit peu dans sa zone. J'aime ça, moi aussi, aller plus vers l'intérieur pendant certains moments, puis danser les yeux fermés. Vraiment, être plus dans un état de transe. Je le sens que je process des affaires. C'est comme si, en mouvement, on est comme dans un... autre état. It is an altered state en fait après tout.
- Ludivine
Complètement, oui, oui. Ça, c'est survenu régulièrement dans les entretiens, surtout dans les derniers entretiens que j'ai eus. Je revenais avec l'idée que c'est une forme de thérapie et mes invités aussi ont parlé de ça, ont évoqué le fait que c'est thérapeutique et tu l'as dit toi aussi.
- Gabrielle
Complètement.
- Ludivine
C'est le mouvement, c'est que ça fait circuler des choses en nous, la danse. Et donc, le fait d'avoir cette opportunité-là, Et toi, c'est quelque chose que tu as dit au début de notre entretien, quand tu as commencé à répondre à la question, tu as dit quelque chose à l'effet de quoi on était seuls ensemble. Tu n'as pas utilisé cette expression-là, mais il y a une chanson québécoise, je pense que c'est Daniel Bélanger qui a écrit cette chanson-là, « Seuls ensemble » .
- Gabrielle
Oui! Oui, oui, oui.
- Ludivine
C'est tellement beau comme expression. Tu sais, c'est vraiment souvent ça, je pense, aussi, la possibilité des événements EDM, comparativement peut-être à d'autres styles de danse où on est en partenariat, je ne sais pas moi, la salsa, le tango, des danses en ligne, des choses comme ça. Les événements EDM, c'est que tu peux faire la transition entre être à l'intérieur de toi-même et revenir justement à l'ensemble, à la collectivité, puis tu peux passer de l'un à l'autre. Il y a comme cette fluidité-là dans les événements, dans les heures de danse, et c'est ça, de célébration EDM. Bon, écoute...
- Gabrielle
Oui, j'adore ce concept de seul ensemble. Ça résonne vraiment
- Ludivine
Oui hein? Ça va être la conclusion. Je pense que c'est une piste pour la deuxième partie de cet épisode, mais on ne sait jamais. L'intuition va peut-être me mener ailleurs, mais je sais que c'est une bonne piste. Écoute, Gabrielle, sans grande surprise, on est arrivés au bout de notre temps ensemble, mais je te remercie avec mon cœur ouvert, mes mains en l'air, comme le petit emoji de célébration et de reconnaissance.
- Gabrielle
Merci à toi, Ludivine. Tellement un plaisir. Toujours un plaisir de discuter ensemble, de danser ensemble. Et là, de parler de danse, c'est juste le summum.
- Ludivine
La totale. Merci.
- Gabrielle
Merci! Exact.
- Ludivine
Cool! Merci à toi. Alone together, ce sont les mots que Gabrielle utilise quand elle répond à la question « Y a-t-il une différence entre danser seule et danser en foule pour toi ? » Elle explique qu'elle et moi partageons une indépendance qui nous fait souvent nous rendre dans un événement EDM seule, mais pour y retrouver immanquablement des gens de la communauté ou lier des contacts uniques et momentanés avec des étrangers qui bougent près de nous, avec nous, des contacts souvent non-verbaux qui teintent et imprègnent nos expériences sur le floor par leurs énergies, seules, ensemble. À la fin de notre entretien, pour boucler la boucle, je reviens à son expression du départ, son « Alone Together » , pour évoquer une chanson de Daniel Bélanger, un auteur-compositeur québécois, qui avait écrit en 2001, dans sa si belle « Dans un Spoutnik » , ceci, en version abrégée: Quand certains soirs tu t'ennuies trop, regarde dans le ciel, tu pourras voir comme une lumière qui avance lentement. C'est moi, dans un Spoutnik, je vais te le dire ce que j'y cherche, tout simplement juste un endroit à mettre à l'envers et poser mon Spoutnik. Posez-la, mon satellite, où c'est la fête, où les gens ne s'en font plus pour quelques heures et qui retourneront là d'où ils viennent, plus fort, plus vrai, à demi invincible. Six milliards de solitude, 6 milliards, ça fait beaucoup, de seuls ensemble. De nos jours, 25 ans après la création de cette chanson, nous sommes 8 milliards sur notre planète, de seuls ensemble. Mais vraiment, dès que nous sommes deux, nous vivons le concept d'ensemble. Dès que nous débordons de notre soi, de notre être, de notre existence propre, de notre perspective unique. Dès qu'un autre humain entre dans notre orbite, qu'un autre Spoutnik gravite autour du nôtre, nous sommes seuls, ensemble. Faire la fête où les gens ne s'en font plus pour quelques heures, s'y rendre seul, comme Gabrielle me l'a fait remarquer, je m'y connais. Comme plusieurs danseurs, je m'y rends pour la plupart du temps seule à ces fêtes. Et sur place, les liens se renouvellent ou se créent. Et je suis nourrie par cette proximité forcée par le nombre de participants dans l'espace, par cette intimité qui s'installe, comme Gabrielle l'a si bien nommée, cette intimité de nos bulles qui s'entremêlent. La proximie est l'étude des distances et de l'espace que les gens maintiennent entre eux dans leurs interactions et activités. Ce concept fut proposé par l'anthropologue Edward T. Hall, qui spécifie par lui que les distances physiques que les gens maintiennent ne sont pas aléatoires. mais plutôt un langage silencieux exprimant la relation entre eux. Il y aurait quatre zones distinctes et concentriques autour de chacun de nos corps, comme les couches d'un oignon. 1. La zone intime, qui s'étend jusqu'à environ 45 cm de la personne. C'est l'espace que nous réservons pour nos partenaires, notre famille proche et nos amis très proches. 2. La zone personnelle, qui s'étend de 45 cm à environ 120 cm. C'est l'espace qui convient pour les conversations entre amis et les interactions familiales régulières. 3. La zone sociale, qui s'étend de 120 cm à environ 3,6 m. C'est l'espace utilisé pour les interactions sociales ordinaires, comme parler à des collègues ou à des connaissances. Enfin, 4. La zone publique, qui s'étend au-delà de 3,6 mètres. C'est l'espace pour les interactions anonymes, les discours publics et autres situations où une distance plus grande est requise. Ces informations sont tirées d'un article retrouvé sur le site Internet du Centre de jeunes dirigeants, le CJD. Quelques exemples suivent ces explications qui résument la théorie de Hall. Ce qui y est proposé au lecteur est ceci. Au-delà de la théorie et des distances qui différencient les quatre zones, il y a les contextes. Et nous voilà de retour sur un dance floor. Selon la théorie de la proximie, quand des humains entrent dans notre espace personnel ou notre bulle d'intimité, et qu'ils sont assez près de nous pour nous frôler, ils sont dans cette zone que nous réservons habituellement à ces humains de notre garde rapprochée, notre partenaire intime, certains amis très proches. ou des membres de famille. Sur un dancefloor, quand la foule se presse autour de notre seul et nous impose son ensemble, cela nous place dans une proximité forcée, comme je l'ai nommée. S'abandonner à cette expérience de collectivité imposée et envahissante demande un accueil indéniable de ces autres humains. Fermer les yeux peut nous aider à maintenir cet équilibre entre notre core, notre espace intérieur intime, et ces relations avec autrui créées par le contexte d'un floor EDM. Danser seul, oui, possible, même au cœur d'une foule, ou danser parmi d'autres nous permet de poser notre spoutnik pour partager l'espace de la fête, pour parler un langage sans mots comme le dit Gabrielle, échanger des regards à distance, dans un même lieu, tous emportés dans un même voyage musical, pour ne pas dire tous emportés, dans un même voyage intersédéral. Seul, ensemble.