- Ludivine
Alors, bonjour, o n est déjà à l'épisode numéro 6 et aujourd'hui, je parle avec quelqu'un qui est, pour moi, une pierre angulaire dans notre ville, rien de moins. C'est quelqu'un qui a un événement très à cœur, un événement de musique EDM, parce que bon, c'est un peu ça le but du projet, c'est de parler de musique électronique sous toutes ses formes, mais c'est surtout de parler de danse et de ce que cette musique-là génère en nous, les danseurs, les gens du dancefloor. Et donc aujourd'hui, on rencontre Philippe. On parle avec Philippe. Et Philippe, c'est quelqu'un qui est très fidèle à l'événement Piknic Electronik à Montréal. On a déjà mentionné l'événement dans des épisodes antérieurs. Mais je dois le préciser, Philippe, contrairement à d'autres personnes qui vont participer à ce projet-ci, je ne l'ai jamais rencontré sur d'autres dancefloors. Donc, il est déjà allé au Stereo, ça c'est clair, mais lui et moi, on ne s'est jamais rencontrés là-bas. Puis, pour l'instant, la vie nous a réunis à ce bel événement qui a lieu à tous les dimanches pendant les étés de Montréal et ça fait quelques années maintenant qu'on est en connexion. Et quand on ne se voit pas au Piknic, Philippe m'envoie des belles photos de la nature et me connecte toujours à la nature parce qu'il est très connecté à la nature. Donc voilà, c'est ton introduction, Philippe.
- Philippe
Ah bien merci, c'est la première fois que je me fais comparer à une pierre, alors je vais l'accepter avec modestie.
- Ludivine
Une pierre angulaire1
- Philippe
Ok, pour ne pas dire pierre précieuse aussi, mais ça va.
- Ludivine
Oui, parce que Philippe aime beaucoup les pierres précieuses, n'est-ce pas ?
- Philippe
Eh voilà. C'est pour ça que j'aime beaucoup Ludivine. Pour moi, c'est une pierre précieuse aussi.
- Ludivine
Oh... Voilà, on commence l'entretien en se lançant des fleurs, si pas des pierres, mais des pierres précieuses. Bon, alors, on va s'éloigner des analogies chrétiennes. Et on va se concentrer sur le concept qui génère les... les entretiens de ces épisodes qui sont en train de s'enchaîner et de construire ce projet créatif qui est le balado DANZ. Donc, le concept, c'est que j'ai pigé une question que je ne connais pas et que tu ne connais pas. Donc, je vais lire cette question-là et puis de là, la conversation va naître. Est-ce que tu es prêt ?
- Philippe
Absolument.
- Ludivine
Parfait. Donc, voici la question: Quel est le plus long moment dans ta vie depuis que tu danses, pendant lequel tu n'as pas dansé ? Et pourquoi est-il survenu ?
- Philippe
Un événement où je n'ai pas dansé ? Bien, écoutez, il est arrivé plusieurs fois où je me suis assis pour écouter. Parce que pour moi, souvent, ces événements-là, comme par exemple un DJ connu qui va au Stereo, bien, moi, je vais au Stereo ou au Piknic parfois, pour moi, je vis ça comme un concert. Alors, je passe plus de temps à écouter qu'à danser en réalité. Pourquoi ? Parce que pour moi, danser, ça me demande un effort de concentration parce que j'ai un petit peu de difficulté de mobilité. Alors, c'est pour ça que moi, je privilège davantage l'écoute que la danse comme telle. Par exemple, je vais aller au Stereo, pour le 31 décembre, c'était John Digweed. J'ai battu mon record personnel, j'ai passé 9 heures au Stereo, principalement à écouter, tout simplement, juste écouter. Et puis, moi, ça me donne beaucoup de satisfaction quand même. La danse, c'est complémentaire. Ce n'est pas essentiel. Ce n'est pas mon objectif. Ce n'est pas mon principal outil de communication comme tel par rapport à la musique. Pour moi, tout se passe dans ma tête, en fait, entre mes deux oreilles, littéralement. Voilà, c'est un peu ça que je pourrais répondre à cette question-là.
- Ludivine
C'est intéressant parce que tu amènes plein de points en fait en lien avec le balado. J'ai commencé par dire que le balado, justement, parlait de danse et que toutes les questions sont reliées à la danse. Mais justement, moi, c'est important pour moi de t'inclure dans ce projet-là parce que je te considère vraiment important dans la communauté parce que tu es ce que j'appelle un appréciateur définitif de la musique. Puis je pense que par ton appréciation de la musique, la façon que tu te laisses traverser par la musique, que tu décodes la musique, que tu reçois la musique, c'est une forme de réceptivité très nécessaire. pour créer une cohésion, justement, sur le dancefloor, c'est-à-dire que la qualité d'être que tu as dans un événement, je pense que tout le monde devrait viser cette qualité d'être-là. Exemple, il y a des gens qui vont, on va reprendre les Piknics Electroniks, mais il y a des gens qui vont aux Piknics Electroniks pour socialiser. C'est correct de socialiser, mais une des règles d'or, c'est de ne pas parler sur le dancefloor, et toi, tu vas justement t'asseoir et tu vas recevoir la musique, tu vas te laisser traverser par la musique.
- Philippe
Pour moi, en fait, une des raisons qui expliquent peut-être ça, c'est que j'ai quand même une formation de musicien. J'ai appris le piano, j'ai joué de l'orgue, j'ai joué du clavecin aussi. Donc pour moi, la musique, c'est plus qu'un divertissement, c'est vraiment un langage que je comprends. Et pour moi, quand j'écoute la musique, je la vois! Je la vois défiler pratiquement devant mes yeux. Pour moi, j'ai un grand respect justement pour ça. Pour moi, j'ai toujours dit que la musique doit s'écouter dans le silence. Ça peut paraître paradoxal, mais en même temps, on ne peut pas écouter de la musique quand il y a du bruit. Et pour moi, des gens qui essayent de tenir des conversations sur la... sur le plancher de danse, ou peu importe, il n'y a rien de plus dérangeant que des gens qui parlent pendant un concert quand ils sont derrière ou devant nous. Alors, c'est pour ça que mon attitude, elle est respectueuse au départ. C'est vraiment ça. Je considère que l'artiste qui produit de la musique, que ce soit un musicien vivant, comme on dit, ou un DJ qui anime les platines, il faut respecter cette personne-là parce que c'est... C'est un travail de longue haleine. C'est un travail aussi qu'on doit valoriser parce que ça demande quand même un effort. Ça ne se passe pas tout seul. Il faut prendre des décisions. Le musicien qui est devant son instrument, qui joue, il ne faut pas qu'il pense à toutes sortes de choses. Il faut qu'il se concentre sur ce qu'il fait. Alors, même chose pour le DJ, il ne peut pas être distrait par toutes sortes de personnes qui viennent lui parler, faire des commentaires. Il faut quand même respecter. la personne qui produit cette musique-là. Alors, c'est de là que je tire un peu mon attitude. C'est de là, c'est les fondements un petit peu de mon expérience en réalité, de la musique-là. Alors, voilà. C'est ça que je voulais dire à ce sujet-là.
- Ludivine
Oui, oui, puis ça revient au fait de, en tout cas moi personnellement, de ce que je disais de ta présence, c'est-à-dire que ta qualité de réceptivité, je pense que... outre le fait que, oui, un dancefloor, il y a beaucoup de gens qui sont là pour danser, si justement, les gens ne veulent pas danser pour n'importe quelle raison, je veux dire, toi, tu disais que c'est parce que, exemple, tu as plus de défis au niveau de ta mobilité, puis de toute façon, pour toi, écouter la musique, c'est bien suffisant. Tu vois la musique comme tu viens de nous l'expliquer, puis c'est ça qui fait en sorte que ton expérience est belle et riche. On gagnerait tous à... entendre ce que tu viens de dire, c'est-à-dire qu'il faut avoir le respect de la musique, il faut avoir le respect de l'événement, il faut avoir le respect du pourquoi on est là, qu'est-ce qu'on est venu faire là. Puis en gros, c'est apprécier justement la prestation d'un musicien et ou d'un DJ.
- Philippe
Puis il y a aussi, je pense que ce que j'aime particulièrement du Piknic, c'est que c'est varié, à savoir que d'une fois à l'autre, c'est jamais la même expérience. C'est jamais la même foule non plus. Puis moi, ce que j'apprécie justement de ça, c'est que ça m'expose à tout ça de musique différente, d'ambiance différente, de gens différents qui apprécient ce genre de musique-là. Puis moi, je me dis, bon, regarde, des fois, c'est peut-être pas mon style ou mon genre préféré, mais je me dis, regarde, je suis dehors, je suis entouré de gens qui aiment ça, il n'y a pas de meilleures conditions pour écouter cette musique-là. Essayer de comprendre c'est quoi qui fait que ces gens-là l'aiment autant. Peut-être que moi, je vais aussi étendre mon horizon musical. La prochaine fois, je vais plus savoir ce que c'est, je vais plus le comprendre. Aussi, ça peut être l'occasion justement de partager avec d'autres. Puis de dire, bon, écoute, j'ai quelque chose à apprendre. Pourquoi est-ce que ça ne m'attire pas autant ou ça ne me plaît pas autant ? J'essaie de comprendre. C'est un reflet de soi-même aussi, en quelque part. Ce qu'on aime, oui, mais ce qu'on aime moins, pourquoi on aime moins ça ? Il y a toutes sortes de choses qui se passent quand je suis dans des événements comme ça. Ce n'est pas juste d'être là. C'est une expérience qui est totale. C'est une expérience qui est à la fois intellectuelle, émotive, sensorielle. Tous les sens sont sollicités à ce moment-là. C'est pour ça que c'est complet comme expérience. C'est pourquoi je suis là depuis le début du Piknic, depuis la première année. J'ai vécu à peu près tous les lieux, les sites où ils ont tenu le Piknic. Même si c'est dans des lieux différents, l'esprit est toujours là, et c'est ça qui est fantastique, c'est ça qui est merveilleux. Puis l'esprit aussi de communion, sans tomber dans le catho religieux et tout ça, communion, c'est partager quelque chose. Alors, on est là pourquoi on veut partager quelque chose, partager la présence des autres, partager la musique, partager la nature, partager... La nourriture, partager des sourires, c'est tout ça qui se passe là, en quelque part. Qui est là depuis le début, qui continue de l'être, c'est ça qui est fantastique. C'est un esprit qui perdure. Faut pas oublier que le Piknic, ça se passe sur les lieux de l'Expo 67. Et moi, j'y étais à l'Expo, je suis assez vieux pour ça, puis je me dis, c'est peut-être l'Expo qui a installé cet esprit-là de partage, de rencontre. Moi, je trouve ça fantastique que cet esprit-là, perdure même depuis pratiquement 60 ans, c'est ça qui est fantastique, d'avoir pu conserver cet esprit-là qui a été mis au monde durant l'Expo 67. C'est pour ça que je continue toujours d'y aller, malgré la tempête, malgré la pluie, malgré le froid.
- Ludivine
Comme hier, comme hier, tu as bravé la pluie.
- Philippe
On a été récompensés par un double arc-en-ciel. C'était extraordinaire. C'était d'une beauté, d'une sérénité. En tout cas, c'était vraiment magique. C'est ça aussi la magie du Piknic. C'est des choses, des moments partagés comme ça, qui n'ont rien à voir avec la musique du tout. C'est la nature qui nous fait un cadeau. Vous avez été assez braves pour rester malgré la pluie. Bien voilà, je vous récompense avec un double arc-en-ciel. Qui a duré, qui a duré longtemps.
- Ludivine
Oui, je sais, c'est ça.
- Philippe
C'est rare que ça dure longtemps.
- Ludivine
Les conditions étaient vraiment idéales pour maintenir le phénomène.
- Philippe
Puis je trouve que... les gens qui passaient et ils ne l'avaient pas remarqué. On les aborde, on dit regarde, retourne-toi et regarde.
- Ludivine
Lève les yeux au ciel, exact.
- Philippe
Regarde en haut, laisse ton téléphone et regarde autour et en haut de toi.
- Ludivine
Oui, surtout que, comme tu le dis, les Piknics, c'est vraiment... Pour moi, c'est tout ce que tu viens de décrire définitivement, incluant le fait que c'est même l'esprit de l'Expo universelle, il faut le rappeler, l'Expo 67, c'est une Exposition universelle. C'est ça le concept de cette foire-là, finalement. Puis c'est des exposants qui viennent de tous les pays pour ouvrir les esprits sur les cultures puis sur ce qui se fait partout dans le monde. Et là, en plus de ça, ce que tu viens de décrire, c'est... Le Piknic nous ouvre aussi sur notre connexion à la nature parce qu'on fait partie de la nature, on est exposé aux éléments de la nature. Donc les Piknics commencent au mois de mai et souvent au mois de mai, on a des météos extrêmement limites au niveau du confort et de l'inconfort. Et même chose en octobre, maintenant c'est repoussé jusqu'en octobre, mais il y a des fois où les Piknics, c'est pas la météo idéale, bien sûr des fois ce l'est, mais même au sommet de l'été, des fois, c'est complètement hallucinant, la chaleur, on a des canicules incroyables en plein jour du Piknic, mais on est là quand même sur la piste de danse. Puis on brave les éléments et on devient une part des éléments. Donc c'est ça qui est aussi fascinant avec cet événement-là.
- Philippe
Il n'y a pas de mauvaise météo, il n'y a que de mauvais choix de vêtements. On sait ce quel temps qui va faire, on se prépare en conséquence. De toute façon, on ne peut rien y faire, on ne peut rien y changer. C'est aussi bien d'en profiter et de dire qu'il pleut. Une fois qu'on est mouillé, on est mouillé. Surtout si c'est en plein été et que c'est une bonne pluie chaude. Ce n'est pas désagréable, ça rafraîchit au contraire.
- Ludivine
On aime ça. C'est du pur bonheur, sur toute la ligne. Écoute, Philippe, on est arrivé au bout de notre conversation, mais je veux te remercier. T'écouter, à toutes les fois, ça m'impressionne à quel point t'es en amour avec cet événement-là, les Piknics Electroniks, mais en amour avec la musique parce qu'on a eu tellement de conversations, toi et moi, à propos de la musique, pas seulement de la musique électronique, je sais que tu vas aussi apprécier la musique, par exemple, dans les églises, les concerts d'orgue, etc. Mais pour toi, je pense que la musique, c'est ça, comme tu l'as expliqué de façon si, mon Dieu, articulée, c'est que tu la vis, elle te traverse et tu la vois la musique. Je trouve ça tellement beau quand tu as dit ça. Ça m'a vraiment émue de t'entendre dire ça, que tu voyais la musique, puis que la musique, on doit l'apprécier dans le silence. Donc moi, c'est ce que je vais retenir de notre entretien.
- Philippe
Oui, absolument. Alors, je suis très heureux d'avoir pu partager ma vision des choses, comment je vois et comment j'entends les choses, si on veut. Puis en même temps, que tu vas découvrir tout au long des rencontres que tu vas faire comme ça, de témoignages, si on veut, que beaucoup de gens partagent la même chose, partagent le même esprit. de communion, d'appréciation de la nature et tout ça. Je pense que tu t'y connais.
- Ludivine
C'est une constance, tu penses? Parmi les gens de la communauté, les enthousiastes, tu penses ? Je pense que tu as une bonne intuition. Je pense que tu as une bonne intuition.
- Philippe
On a les mêmes valeurs, en réalité.
- Ludivine
En effet.
- Philippe
On a la même valeur.
- Ludivine
Oui, oui, en effet.
- Philippe
Exactement.
- Ludivine
Définitivement, une seule collectivité, One le fameux Un. Merci Philippe beaucoup, puis on va se voir de toute façon au prochain Piknic définitivement, merci pour l'entretien
- Philippe
Ça me fait plaisir.
- Ludivine
Voir la musique, a ssister à son déploiement avec respect, dans le silence de l'espace qu'elle doit occuper par sa présence. Philippe s'installe et reçoit, pour constater et apprécier. Même quand l'expérience n'est pas celle qu'il préfère, il reste ouvert. Et pour être honnête, cette expression, voir la musique, elle m'a ramenée à une autre que j'utilise depuis aussi longtemps que je me souvienne. Je dis que quand je danse, je deviens la musique. Et je deviens la musique quand je me ferme les yeux, que la musique est la seule à remplir mon ouïe, pas de voix d'humain à proximité. Je deviens la musique quand mon corps est libre de bouger par elle, dans l'espace, par ce qu'elle apporte de mouvements à traduire. Donc Philippe voit la musique et je deviens la musique. Mais tous les deux, nous sommes d'accord pour dire que tout cela est possible par la qualité d'accueil de la collectivité qui nous entoure. Pour que Philippe voit la musique, il dit que le silence doit être un choix unanime parmi les participants de l'expérience de réceptivité de la prestation musicale. Pour que je devienne la musique, je dis que le silence doit être un choix unanime parmi les participants de l'expérience de réceptivité de la prestation musicale. La musique est maîtresse. Et nous sommes les réceptacles de sa magie. Respectons l'opportunité qui nous est donnée de boire son déploiement par tous les pores de notre être. Pour Philippe, l'expérience des Piknics Electroniks est totale, à la fois intellectuelle, émotionnelle, sensorielle, puisque tous les sens sont sollicités et que c'est ce qui fait que cette expérience est si complète par notre participation à cet événement. Il ajoute que l'esprit du partage mis au monde pendant l'Expo 67 qui a pris lieu sur l'île Sainte-Hélène perdure par cette réunion contemporaine et rassembleuse que sont les Piknics, qui prend lieu dans cette nature de cet îlot baigné par les éléments. Philippe dit aussi que son appréciation de la musique lui vient du fait qu'il a étudié et pratiqué la musique pendant son existence en jouant le piano et le clavecin, entre autres. Et en fait, il aime la musique et l'apprécie parce que, comme chacun de nous, il fut un fœtus qui débuta son rapport à son sens de l'ouïe par la perception des pulsations du corps maternel, des vibrations transmises par le liquide amniotique et des voix filtrées des humains qui l'attendaient à l'extérieur de la matrice dans laquelle il se développait. Dans le reportage « L'instinct de la musique » réalisé par Elena Mannes, le musicien Bobby McFerrin et le neuroscientifique Daniel Levitin se livrent à une recherche passionnante sur le pouvoir de la musique dans nos vies d'humains. Les faits intéressants s'enchaînent dans ce documentaire d'une durée d'environ 1h40. À un moment, le Dr Levitin explique que l'audition de la musique est réalisée par de nombreuses zones du cerveau. La hauteur de la note est traitée par une région spécifique du cerveau, son tempo par une autre, son intensité par une troisième et son timbre par une différente, là encore. Tous ces aspects de la musique perçus sont rassemblés dans le cerveau 30 millisecondes après seulement. En comparaison, un clignement de paupière dure généralement entre 100 et 150 millisecondes. Ce qui est trois fois plus lent que ce 30 millisecondes que notre cerveau prend pour assimiler la musique. Alors, quand je dis que quand je danse et que les conditions sont bonnes, que le silence des participants garantit l'accueil fluide de la musique, sans obstruction sonore surajoutée, je peux devenir la musique, ou quand Philippe dit qu'il la voit cette musique, dans les bonnes conditions de réceptivité, c'est que c'est le cas. Nos cerveaux qui la traduisent et la captent deviennent des lieux de feux d'artifice en signaux électriques rebondissant partout, dans toutes leurs régions. Et d'ailleurs, nous voyons ces éclats lumineux dans le documentaire, captés par les technologies qui reproduisent les effets des phénomènes influençant notre matière grise. Et c'est de toute beauté. Un invité du documentaire, Brian Green, physicien. explique que le son est une onde, un déplacement de l'air en vibration, et que la différence entre deux sons, un claquement de mains par exemple et une note de musique, dépend des détails de la vibration. Une note musicale est une onde régulière, qui se répète selon un schéma très défini. Si on examine les molécules d'air, on verrait une belle progression cyclique, compression, raréfaction, compression. Mais si on tape juste dans les mains, la vibration sera beaucoup plus chaotique, sans avoir la stabilité de ce rythme bien régulier. Nous baignons dans un océan de vibrations, et l'expérience de la musique est profondément ancrée dans notre physiologie. Et puis, à un autre moment, les deux instigateurs de ce documentaire, le musicien Bobby McFerrin et Dr. Levitin, s'entretiennent. Et le premier avoue au second, s'être souvent poser la question suivante: Est-ce que notre corps est comme une immense oreille ? Est-ce que toutes les parties de notre corps, tous ses composants, les os compris, entendent, perçoivent les sons ? Le docteur Levitin lui répond que tous les éléments de la nature, tout ce qui est matière, tout ce qui est matérialisé, que ce soit un os ou la terre elle-même, chaque objet matérialisé vibre par les propriétés mêmes de sa constitution et surtout a la capacité de vibrer. Nous sommes une chose de la nature. Philippe nous le rappelle bien. Nos corps perçoivent les sons et les traduisent en mouvements et ou en contemplation, en appréciation. Quand nous avons l'opportunité de vivre un Piknic Electronik ou tout autre événement de prestation musicale, gardons en tête que l'alignement des bonnes conditions de réceptivité déterminera beaucoup la qualité de notre expérience. Philippe chérit les Piknics pour cette occasion de vivre une expérience sensorielle complète qu'il représente. Un autre danseur de musique électronique, comme moi par exemple, pourrait vous dire dans ce même élan d'enthousiasme qu'est celui de Philippe que de recevoir les beats en plein corps dans un bâtiment industriel. constitué de béton et de fer comme le Berghain à Berlin, est aussi une opportunité d'alignement des bonnes conditions de réceptivité de la musique. La constante, selon moi, c'est le respect des participants à ne pas interrompre le flot régulier produit par les ondes de la musique, avec le chaos de leur voix né d'un besoin de socialiser en paroles. On dit chaque chose en son temps. Quand la musique remplit l'air, quand un plancher de danse est à portée, gardons nos conversations pour avant ou après. Vénérons le silence si riche et pur de la musique. Devenons des oreilles immenses qui vibrent par tous leurs pores. Replongeons dans le liquide amniotique de la matrice universelle.