- daz
Pionnier, esthète, passionné. modèle malgré lui, Phil fait tout son bruit mais sans concession, avec l'art et la manière. Il a l'élégance de sa discrétion, du plat pays qu'est la Belgique aux montagnes de l'Alaska, il n'y a qu'un pas, notre invité en est la preuve. Précurseur, il a fait partie de la première génération de snowboardeurs professionnels belges. Il est devenu l'un des freeriders les plus respectés de sa génération en Europe, puis a accompli une reconversion professionnelle pour le moins exemplaire, mais à quel prix ? Il est aujourd'hui, une fois de plus, un acteur clé de sa nouvelle passion, le vélo en général et le gravel en particulier. J'ai le plaisir d'accueillir dans le studio de A à Z, Phil Lallement. Bienvenue, Phil.
- phil
Merci. Merci, Nico. Belle intro, je suis presque ému. Est-ce que j'ai rien oublié dans l'intro ? Écoute, là, comme ça, chaud, je ne crois pas. C'était plutôt complet. Je n'aurais pas fait mieux. Merci.
- daz
Bon, écoute. On va rentrer plus en détail dans ce parcours qu'on a très rapidement évoqué. On va commencer par le commencement, j'ai envie de dire, comment un enfant qui grandit en derlec, c'est ça ? Se retrouve à découvrir quelque chose qui va changer sa vie, qui va être le snowboard.
- phil
Écoute, ça s'est fait vraiment par hasard. mais il faut savoir que dans les années... Fin 80, début 90, le skate était mon occupation principale, on va dire, en dehors des cours. Je skatais beaucoup et le snowboard était quelque chose qui commençait à faire son apparition dans les mags de skate, notamment dans Trasher, il y avait des pubs de marques de skate, de snow, pardon, telles que Look, Kemper, etc., pour en citer quelques-unes, Sims, entre autres. Donc je commençais à m'y intéresser. Ça me paraissait bien sûr très fun, mais très loin de ce que je pouvais faire en Belgique. Donc un jour, j'avais la chance d'avoir une mini-rampe dans mon jardin. Et un jour, j'ai deux potes qui passent dans un chemin qui était à côté de mon jardin. Je les vois passer avec une borde de snow sous le bras. Et je ne comprenais pas très bien ce qui se passait, tu vois. Donc ils me disent bonjour de loin, je vais les voir. Je leur demande ce qu'ils font, bien sûr. et ils me disent qu'ils vont faire du snow sur une piste de ski qui se situait à quelques kilomètres de chez moi. Une piste de ski synthétique qui a été créée avec les restes de terre qui avaient été sortis de la création du métro bruxellois. Ils avaient fait un énorme monticule de terre à côté de l'autoroute à Anderlecht. Et donc mes potes s'y rendaient à pied et me disent, il y a des sessions tous les mardis et tous les jeudis, des sessions ouvertes aux snowboarders pendant une heure ou deux. Ils me proposent de venir avec eux, chose que j'avais envie d'essayer. Donc je pose ma board de skate et tout, je leur demande est-ce que j'ai besoin de quoi que ce soit, ils me disent mais non viens en jean, pas de soucis, tu viens, on trouvera ce qu'il faut sur place. Donc j'emmène une paire de gants vite fait, j'y vais en jean, en chemise, et donc je passe une heure ou deux avec eux à rider. Donc ma première expérience de snow sur une piste en plastique à 2-3 km de chez moi, un soir d'hiver ou d'automne, d'automne je pense, plus vieux, enfin comme tous les soirs d'automne en Belgique. Et donc une piste éclairée qui sent le savon et avec deux télésièges.
- daz
Il y a des télésièges ?
- phil
Pardon, des téléskis. Non, pas de téléskis à fond. Des téléskis. J'ai parlé trop vite.
- daz
Mais il y avait quand même des téléskis. Moi, j'imaginais qu'on remontait à pied.
- phil
Non, non, non, pas du tout. C'était très bien équipé pour l'époque. Donc, tu avais un téléski à gauche, un téléski à droite, une piste qui devait faire peut-être, je ne sais pas, 150, 200 mètres de long.
- daz
Ah, quand même.
- phil
Oui. Et donc, avec quelques jumps, enfin des jumps si on peut appeler ça comme ça, c'était des palettes recouvertes de tapis en plastique. et donc je passe une heure ou deux sur une board avec des plaques il n'y avait pas de softboot, en tout cas pas en location J'avais des bottes de ski au pied et puis j'ai fait ça pendant une heure ou deux et je dois dire que je me suis éclaté. C'était une expérience assez cool et tout de suite je me suis attaqué au jump. Et puis j'ai essayé deux, trois tricks et j'ai accroché tout de suite. Et j'ai pris l'habitude d'y retourner très régulièrement avec mes potes. Donc c'était mes premières expériences de snow avant même d'en avoir fait sur la neige.
- daz
Tu as quel âge à ce moment-là ?
- phil
À ce moment-là, je devais avoir 16 ans, je pense.
- daz
Ok, et donc 16 ans, tu découvres le snowboard sur une piste en plastique dans la banlieue bruxelloise. Quand est-ce que tu vas faire ta première expérience snowboard à la montagne ?
- phil
L'hiver qui a suivi en fait, avec les deux mêmes potes, ils partaient en vacances familiales dans les Alpes, à l'Alpe d'Huez. Ils m'ont proposé de les accompagner, donc j'y suis allé avec eux, leurs parents. On a fait le trajet en voiture et puis j'ai passé une semaine à rider avec ma petite board de lock là-haut. Et on s'est éclaté. Et à la suite de ça, j'ai ridé chaque année. En fait, c'est devenu une habitude chaque hiver de monter, comme tout le monde à l'époque, une semaine ou deux à grand max en station. Et j'ai continué à rider. toute l'année, on va dire, enfin principalement l'hiver, sur les pistes en plastique en Belgique.
- daz
Ok. Tu deviens professionnel de snowboard à quel âge ?
- phil
Professionnel ? Alors, si on entend par professionnel le fait d'être rémunéré pour rider, c'est arrivé assez vite, je pense que j'ai fait ma première saison en 93, me semble-t-il. Je crois que j'ai commencé à toucher un petit quelque chose, des primes parution, etc. Je pense après deux ans. Ok. Donc aux alentours de 95.
- daz
Donc en fait, tu as commencé le snowboard relativement tard et tu es devenu pro relativement tôt. Donc il s'est passé très peu de temps entre le moment où tu as démarré la discipline et le moment où ça a commencé à devenir plus que ta passion, ton métier.
- phil
Oui, écoute, j'ai commencé à 16 ans, comme on le disait. J'ai terminé mes études. En tout cas, j'ai eu l'équivalent du bac à 18 ans. Je n'avais même pas encore 18 ans. Et je suis parti à la montagne en suivant. Donc à 18 ans pile, j'étais en montagne, je faisais du snow. J'ai fait deux saisons. Et après deux saisons, j'ai commencé à toucher un petit peu d'argent et donc considérer que c'était mon activité principale. Et oui, je pense qu'on peut dire que c'était mon passage pro, on va dire.
- daz
Ok, est-ce qu'il y a eu des résistances à ce moment-là chez toi, à la maison ? Est-ce que ta maman a vu ça d'un mauvais oeil quand t'as dit que tu partais faire une saison dans les Alpes, au lieu de faire des études ?
- phil
Oui, mais ça s'est fait en plusieurs étapes, dans le sens où l'idée de base était de faire une première saison. J'avais pas projeté d'en faire plusieurs, c'était pas mon plan au départ. moi je voulais faire une saison passer une... Un hiver à la montagne, avoir cette expérience, je me suis dit à l'époque si je ne le fais pas maintenant, je ne le ferai jamais. Et une opportunité s'est présentée, donc je l'ai prise. Et bon, au départ, c'était un genre d'accord avec ma mère de dire je fais une année à cheval entre les études et le snow. Donc j'étais inscrit en fac de journalisme à l'époque. Et je me suis dit bon, je vais emmener mes cours. et mes cursus et je vais concilier le snowboard et les études. Sauf que les choses ont un petit peu évolué en cours de saison, je n'ai pas beaucoup ouvert mes cours si tu veux, et le snowboard a pris une place primordiale, et c'est vrai que j'ai rideé très intensément et je n'ai pas beaucoup étudié. Et à la suite de ça, évidemment, à la fin de cette première saison... J'ai vraiment vraiment voulu voir là où je pouvais arriver dans le snowboard, voir si je pouvais aller un petit peu plus loin et je me suis dit merde c'est quand même con d'arrêter après une saison alors que les choses se passent si bien, j'avais déjà chopé quelques petits sponsors etc, je me dis bon autant essayer de voir jusqu'où je peux aller et puis bon les études je pourrais toujours m'y remettre après éventuellement mais voilà je vais pousser le truc jusqu'au bout. et continuer sur ma lancée.
- daz
On remet du contexte, on est début des années 90, fin 90... Ouais, 93 par là. 93. C'est le début de la période faste du snowboard, on va dire.
- phil
Ouais.
- daz
Mais c'est pas encore... Le professionnalisme n'est pas encore quelque chose de très installé ?
- phil
Non, pas du tout. C'était l'époque où le snowboard était en pleine effervescence, donc il se passait énormément de choses, le business était en plein boom, mais il n'y avait rien de structuré, et surtout au niveau sponsoring, au niveau professionnel. Et tu parlais tout à l'heure de résistance ou de problématiques par rapport à ma mère et à la famille. C'est bien ça qui posait problème, c'est que je m'aventurais dans un truc qui était nouveau, inexistant, et très certainement pour quelqu'un venant d'un pays où il n'y a pas de neige et pas de montagne. Donc c'était incompréhensible pour ma mère. Et c'est vrai que la première année, bon, c'est passé, on va dire c'est passé comme c'est passé, je ne lui ai pas trop laissé le choix si tu veux. Et à partir de la deuxième année, quand je lui ai dit que je repartais... C'est devenu vraiment problématique et source de conflit entre elle et moi. Non pas parce qu'elle était contre de façon fondamentale, mais parce qu'elle s'inquiétait pour mon futur, ce qui est tout à fait normal. Et donc j'avais un petit peu cette mission. Et c'est vrai que le snowboard à l'époque, comme je le disais, n'était pas structuré du tout. Et j'allais un petit peu dans l'inconnu. Par contre... Une chose était certaine, c'est que j'étais très motivé, j'étais sérieux, enfin j'ai toujours été quelqu'un de relativement sérieux quand je m'engage dans quelque chose. Donc je voulais vraiment mettre toutes les chances de mon côté, faire ça de façon très sérieuse, rider tous les jours, m'entraîner, enfin m'entraîner c'est un grand mot, mais pratiquer au maximum, m'améliorer et tout faire pour que ça marche. Donc on avait un petit peu cette attitude. En tout cas, j'avais cette attitude de rider tous les jours malgré les conditions, qu'il pleuve, qu'il vente, qu'il neige. J'y allais tous les jours parce que j'avais cette idée en tête de me dire « Moi, je ne suis pas d'ici, je ne suis pas de la montagne. Il faut que je mette toutes les chances de mon côté, que je m'applique quatre fois plus que les autres et que je profite tous les jours, parce que ça peut s'arrêter du jour au lendemain. Si ça ne marche pas, je vais devoir rentrer en Belgique, reprendre les études. » prendre un boulot qui ne me plaît peut-être pas, etc. Donc je voulais absolument tout faire pour que ça marche. Et ma motivation était vraiment énorme pour ces raisons-là. Donc c'est peut-être une des raisons pour lesquelles les choses sont allées relativement vite, parce que je me suis appliqué vraiment de façon très assidue. Et c'est vrai que le milieu n'était pas très structuré, on n'avait pas de coach à l'époque, Donc il n'y avait pas de... d'agents, etc. Donc c'était très intéressant dans le sens où il fallait tout faire soi-même.
- daz
Tout était nouveau, en fait ?
- phil
Tout était nouveau, oui. Ça se structurait pour l'industrie et pour nous et pour notre façon d'appréhender les choses. Donc c'était quelque part une super école de la vie. Ça m'a appris énormément de choses à plein de niveaux, en négociation de sponsors. en organisation, en marketing, tout simplement. On était obligé de se marketer comme un produit. D'ailleurs, c'est toujours le cas pour beaucoup d'athlètes. Mais il fallait un petit peu se créer une image, voir comment on peut se mettre en avant. Alors c'était conscient et parfois ça se faisait naturellement aussi. Mais voilà, il y avait un tas d'éléments qui étaient vraiment intéressants et j'ai appris énormément de choses. travaillant, entre guillemets, comme ça.
- daz
Alors je rebondis, on va y revenir tout à l'heure, mais je rebondis sur ce que tu as dit tout à l'heure, tu parlais de nous, donc tu as été un... Un pionnier, mais tu n'étais pas le seul, puisque même si ça présente un caractère absolument exceptionnel d'être belge et de devenir snowboardeur professionnel, tu n'étais pas tout seul là-dedans, et vous étiez une bande de potes, une bande de copains, à vivre un peu la même expérience en même temps, et être un groupe de pionniers.
- phil
Oui, tout à fait, tout à fait. En fait, la Belgique est un petit pays, ça tout le monde le sait. Et le snowboard en Belgique, c'est encore plus petit. Tu peux imaginer que c'est un noyau minuscule. Donc on avait une bande, si tu veux, de potes qui se connaissaient, qui pratiquaient le snowboard au même endroit, donc sur cette piste dont je te parlais. Et donc j'ai fait la rencontre très tôt d'Axel Poporté, que tout le monde connaît. Super star du snowboard belge et international. Free rider, rider extrême, je pense qu'un des riders les plus influents de sa génération en big mountain riding, vainqueur de titres exceptionnels tels que Verbier, tel que King of the Hill en Alaska.
- daz
En gros, ces deux épreuves-là, à cette période-là, c'est l'équivalent d'un titre de champion du monde de l'extrême.
- phil
Il n'y avait rien d'autre à l'époque. C'était vraiment le titre le plus prestigieux.
- daz
C'était ces deux événements qui sont venus ce qui est aujourd'hui le frérot de World Tour.
- phil
Oui, complètement. C'est ce qui a un petit peu initié tous ces événements qui ont suivi. J'ai fait la connaissance d'Axel très tôt et c'est un petit peu grâce à lui que j'ai fait ma première saison. C'est la première personne à m'avoir parlé de la... possibilité de faire une saison. Parce que pour moi, c'était quelque chose que je connaissais pas, c'était pas du tout un concept qui m'avait traversé l'esprit. Et je pense que c'était l'été 92, Axel m'a proposé de faire un tour des glaciers en été. A l'époque, on rideait beaucoup sur les glaciers en été, au mois de juillet principalement.
- daz
Parce que là, je t'arrête, tu viens de Belgique, tu fais du snowboard l'été.
- phil
Oui. What the fuck ? Il faut remettre les choses dans leur contexte, mais à l'époque, les glaciers étaient quand même beaucoup plus importants qu'aujourd'hui. Ils n'avaient pas encore fondu autant qu'aujourd'hui, malheureusement. Tu avais beaucoup de camps d'été. Il y avait des camps d'été à Verbier, il y avait des camps d'été aux Deux-Alpes, il y en avait à Tignes, il y en avait en Autriche, beaucoup, Solden, j'en oublie un paquet, mais il y avait beaucoup de camps d'été. Donc c'était l'habitude, si tu veux, pour beaucoup de riders, de faire la tourner des camps d'été et d'aller rider sur des snowparks qui étaient aménagés pour la période estivale, on va dire. Et donc tu avais en général un pipe, un parc, etc. Donc Axel qui partait rider un mois, je pense, sur les summer camps, comme on appelait ça, me propose d'aller de l'accompagner. J'écoute super, donc on est parti avec son Chrysler Voyager de l'époque qui était aménagé avec un un canapé à l'arrière, un matelas, etc. Et j'ai en partie, en tout cas, habité dans son Chrysler Voyager. Et on a fait la tournée des Snow Camps, des Summer Camps. Et évidemment, ça fait progresser à vitesse hallucinante, parce qu'on arrive des parcs, à l'époque, parmi les meilleurs parcs. Alors ça n'a rien à voir avec ce qu'on peut voir aujourd'hui. C'était des parcs qui étaient chépés à la pelle. Il y avait des... C'était pas... C'était pas super comparé à ce qu'on voit aujourd'hui, mais pour l'époque c'était évidemment génial. Donc on progressait à une vitesse assez hallucinante. C'était hyper cool de rencontrer tout le monde, de rider en t-shirt, sans gants, c'était top. Il y avait de la musique sur les parcs, etc. Donc moi c'est tout ce qui me plaisait. L'après-midi il y avait des mini-rampes sur les parkings, des skateparks. Bref, une expérience assez hallucinante. Et c'est à la suite de cet été passé sur les glaciers que je... Axel me dit « écoute, moi je vais faire une saison cet hiver, et je vois que tu as vraiment progressé cet été, il y a quand même un truc, donc est-ce que ça te branche de venir essayer de faire une saison ? Ou de venir rider avec moi cet hiver ? » Je dis « bah écoute, ouais évidemment, il faut que j'y réfléchisse un peu, mais oui oui, ça me paraît génial. » Donc ça s'est fait très très vite, il m'a dit « écoute, moi j'ai un deal avec mon sponsor, qui était Asnowboards à l'époque. » On a un deal avec la marque et la station des arcs. station dans laquelle Régis Roland, le fondateur d'Asnowboard, était un petit peu la star, si tu veux, parce qu'il avait filmé à l'époque Apocalypse Now, vidéo mythique, aux arcs. Il avait un très bon relationnel avec la station, etc. Donc il avait décidé d'installer le team Asnowboard aux arcs. Et Axel me dit, bon, moi j'y serai cet hiver, donc si tu veux, tu viens avec moi et puis on va essayer de se démerder. tu peux peut-être loger chez moi au début, et puis voilà, on verra bien. Je lui dis, écoute, moi c'était suffisant que pour me persuader. Donc je me dis, mois d'août, je vais travailler un petit peu, je cherche des petits boulots à gauche, à droite, je mets de l'argent de côté, j'ai dû travailler 2-3 mois, économiser tout ce que je pouvais économiser, et arrive novembre, on part aux arcs, avant l'ouverture de la station, etc. Et c'est là, si tu veux, que commence... que commence toute l'histoire de mes saisons aux arcs. Et cette première saison, vous n'êtes que deux Belges. Alors on est deux Belges et un troisième d'ailleurs, que tu connais, que les gens connaissent peut-être, qui s'appelle Demir Julia, qui a commencé le snowboard à la même époque que moi. On est devenus très amis très rapidement. C'est une histoire assez marrante d'ailleurs, une anecdote assez drôle. J'étais dans une soirée en Belgique, soirée alternative, point new wave, etc. Comme j'en fréquentais beaucoup à l'époque. Et je sors de cette soirée, je suis sur le parking, je discute avec des potes et il y a un mec qui s'approche et qui me regarde. Et je me demande un peu ce qu'il me veut, tu vois. Mais clairement, je voyais que c'était un skater, parce que le look...
- daz
C'était une période où on se reconnaissait.
- phil
On se reconnaissait exactement. Tu vois, il y a un mec qui avait des chaussures de skate. Tu dis toi, t'as... tu lises un petit signe de loin et on n'était pas beaucoup donc forcément on se reconnaît on se check il me regarde, il s'approche il me dit tu t'appelles Phil ? je dis oui c'est vrai que tu vas faire une saison cet hiver ? je dis oui, je ne vois pas comment tu peux être au courant mais oui oui c'est ça et là Cash il me demande je peux venir avec toi ? je dis bah écoute on ne se connait pas mais Oui, pourquoi pas, il faut qu'on en discute. Et en gros, il avait entendu dire que j'allais faire une saison, et je ne savais même pas s'il arrêtait déjà ou pas, mais en tout cas, il me dit, ça m'intéresse de faire une saison. Je lui dis, écoute, tu peux venir avec nous, avec moi, avec Axel, nous accompagner. Et puis une fois sur place, on verra bien comment ça se passe. Toujours est-il qu'ils se joignent à nous, on part ensemble, et donc on se lie d'amitié très vite, évidemment, on était sur la même longueur d'onde. Et on a commencé nos saisons comme ça, ensemble. On a loué un appart ensemble, etc. Et on a énormément ridé à deux, enfin à trois avec Axel, pendant pas mal d'années.
- daz
Donc ça, c'est première saison, vous êtes trois. Et très rapidement, il y a toute une communauté qui se construit autour de vous. Et en fait, la scène snowboard belge explose, mais avec un côté très spécifique. C'est-à-dire que vous êtes tous... Très soudés, vous êtes en groupe, et vous êtes plus ou moins tous basés dans la même station, les Arcs.
- phil
Oui.
- daz
C'est ça, hein ? Et vous aviez une identité hyper forte, c'était les Belges. Vous étiez toujours en pack, en meute. Oui,
- phil
ouais, ouais. Alors ça s'est fait de façon très naturelle, parce que, encore une fois, je pense que pour la plupart d'entre nous, on avait cette base commune du skate à Bruxelles. Tu avais évidemment une partie de... de la scène qui venait aussi d'Anvers, mais on était très soudés entre Bruxellois et les petites villes des alentours. Et c'est vrai que Demir, Axel et moi, qui avons donné la première impulsion, si tu veux, on s'est très vite fait rejoindre, évidemment à chaque vacances, par nos potes, et les potes des potes. Et ça en a inspiré plus d'un, évidemment, à venir vivre la vie qu'on vivait, parce que ça faisait un petit peu rêver, si tu veux. Et donc on s'est très vite fait rejoindre par une première vague, une deuxième vague, et on s'est très vite retrouvé dans la station à... Écoute, c'est difficile de quantifier exactement, mais je pense qu'on s'est retrouvé une bonne trentaine, voire plus, de saisonniers aux arcs, tous belges, tous issus un petit peu avec ces mêmes racines. Et donc, on était effectivement très soudés. On a aidé beaucoup ensemble. On était un grand groupe. On faisait la fête ensemble. On se déplaçait sur les événements ensemble. On s'est beaucoup aidés. On a présenté des photographes aux plus jeunes ou aux nouveaux arrivants. Ce n'est pas forcément aux plus jeunes, d'ailleurs. Et oui, ça s'est fait comme ça. Scalp a joué un grand rôle dans la mise en avant de cette scène. Scalp le... Le fameux photographe...
- daz
Qui est Scalp justement, pour ceux qui ne le connaissent pas ?
- phil
Alors Scalp, c'est un photographe Pascal Gombert, un photographe issu de la scène skate parisienne, qui s'est très vite intéressé à la photo de snowboard, qui a travaillé parmi les plus grands magazines de snowboard au monde, qui était staff photographeur pour Onboard pendant pas mal d'années, qui a beaucoup travaillé avec Régis Roland, et qui nous a suivis pendant toutes ces années. avec qui on a fait énormément de sessions photo. On lui doit beaucoup. Et ouais, super personnage. Donc on a beaucoup travaillé ensemble.
- daz
Et à ce moment-là, le photographe a un rôle clé parce que le média principal et quasi unique, c'est le magazine.
- phil
Oui, à l'époque, il n'y avait pas grand-chose d'autre. Tu avais les magazines et les vidéos qui arrivent un petit peu après. qui arrive un petit peu après.
- daz
C'est au milieu des années 90 qu'il commençait à y avoir une émergence de vidéos. Et puis fin 90, il commençait à y avoir de plus en plus de productions régulières qui sortent des vidéos tous les ans. Et donc toi, à ce moment-là, toi et vous, vous ne faites pas de compétition, ou très peu, mais ce n'est pas ça qui vous fait vivre. Votre métier, c'est de créer de l'image, de faire de l'image.
- phil
Oui, exactement. Alors au début, on a fait, je dis on, je parle un petit peu pour nous, parce qu'on a suivi quelque part à peu près le même parcours, que ce soit Axel, Demir et moi, on avait la même approche si tu veux. On a commencé par les petites compètes, les contests locaux, qu'est-ce qu'il y avait à l'époque, les Coupes de France, etc. On a fait quelques événements internationaux, mais très vite... En tout cas, moi, je me suis rendu compte que ce n'était pas trop ce que j'aimais. Je n'ai jamais trop aimé la compète, déjà. Ça me met trop de pression. Je n'arrive pas à performer en compète, etc. Donc, je me suis rapidement dirigé vers le freeride. Et c'est un petit peu ce qui a défini ma carrière. Ça m'arrangeait parce que, un, pas de compète, ou en tout cas très peu. Les compètes de freeride sont arrivées. milieu, voire fin années 90, ou deuxième moitié des années 90. Donc au début, moi, mon job, entre guillemets, c'était vraiment de produire de l'image, principalement de la photo, et donc beaucoup moins stressant pour moi. Le principe, tu sais qu'une belle journée s'annonce, tu appelles un photographe, ou le photographe t'appelle, tu crées un petit crew de 3-4 personnes, tu pars avec le photographe, tu repères l'endroit où tu vas te... où tu es allé te poser et puis tu fais ta session photo dans la journée et les photos paraissent, avec un peu de chance, un mois après, avec moins de chance, la saison d'après. Mais les délais étaient beaucoup plus longs qu'aujourd'hui, il n'y avait pas de média instantané, ce n'était pas du digital déjà. C'était de l'analogue, donc il fallait développer les diapos, il fallait faire les sélections, il fallait les scanner, il fallait les envoyer au magazine, le magazine devait être imprimé. Donc les délais étaient vraiment très longs. Et comme tu disais, il y avait très peu de vidéos. Et si vidéo il y avait, ça se filmait principalement en 16mm. Et donc même principe, tu filmais une année, et la vidéo sortait l'hiver d'après. Donc oui, en tout cas, moi, ma fonction principale, ou mon occupation principale, c'était vraiment de créer de l'image pour mes sponsors. Ok, donc il y a une évolution dans ta carrière professionnelle. Quand tu démarres,
- daz
vous êtes tous plutôt influencés par une pratique freestyle, c'est-à-dire directement inspiré du skate. C'est plus des tricks, des jumps, des choses comme ça. Et puis toi, et Axel aussi, il y a un moment où vous prenez ce virage freeride, qu'on appelle aussi Big Mountains,
- phil
qui correspond aussi avec le développement de la vidéo. Oui, ça s'est fait un petit peu en parallèle. La première étape, si tu veux, c'est que j'ai évolué vers le freeride, même si j'avais une base très skate. Le skate, c'était mon premier amour, on va dire. Et je suis arrivé au Snowboard grâce au skate. Donc les premiers hivers, j'avais une approche très skate, avec des mires où on construisait des trucs, des jumps. C'était l'époque, ou la première époque du jib, avec des nosebongs sur des poubelles, avec rider des handrails dans la ville. On faisait beaucoup de sessions de nuit, des wall rides. On faisait des roof gaps, des choses comme ça. On ridait toute la station, on ridait sur les toits, on trouvait des choses à faire. Donc une approche très street, skate, etc. Mais très vite, j'ai ou on a découvert le freeride, avec Axel notamment, avec des gens comme Serge Vitelli qui passait dans la station, avec toute l'équipe à snowboard. Et parce qu'on avait un terrain de jeu hallucinant. Il faut dire que les Arcs, c'est quand même une station qui a un terrain de jeu vraiment propice, avec l'arrière de l'Aiguille Rouge, Villa Roger, j'en passe les meilleurs. Et on a découvert ça, et je me suis très vite pris au jeu. J'ai adoré ça, je me suis vraiment retrouvé, j'ai adoré la lecture du terrain, l'immersion dans la nature, le calme, c'est quelque chose qui me correspond beaucoup aussi.
- daz
Et j'en ai fait très vite ma pratique principale. Et en plus, il faudrait dire que je me suis blessé relativement vite en snow. C'est malheureux, mais j'ai commencé à me déboîter les épaules très rapidement sur des sessions de jump, de gap, etc. Et ça m'a un petit peu forcé à faire plus de freeride que de freestyle. Parce que souvent, en freestyle, quand je posais les bras à la réception, On n'est pas censé les poser, mais ça arrive quand même. Et donc, je me déboîtais souvent l'épaule à la réception. Et donc, ces blessures ont fait que, déjà de 1, j'étais souvent out l'été. Je me suis opéré énormément de fois aux deux épaules. Donc, je me faisais opérer, je me faisais ma rééduc, et puis je retournais sur la neige l'hiver. Et donc, ça m'a forcé un petit peu à me diriger plus vers le freeride que vers le... freestyle.
- phil
Ok, alors avant de rentrer justement plus en détail dans cette partie Big Mountains de ta carrière, il y a quelqu'un que tu connais très bien, dont tu as parlé tout à l'heure, qui a une question pour toi.
- Axel
Salut Phil, bon comme tu sais que c'est moi qui pose une question, je pense que tu vas être très inquiet, mais bon en même temps je me suis un peu assagi et puis surtout je sais que... Je risque d'être le suivant dans le podcast, donc je ne vais pas être trop dur. Écoute, moi j'aimerais savoir si quand tu as commencé le snow, tu te voyais plus comme un gymnaste ou un skater ? Voilà, parce que je sais que tu étais très fort dans les deux, donc je ne sais pas s'il y en a un qui t'a plus aidé ou influencé, mais je pense que c'est une bonne question. Allez, bonne chance, bye !
- daz
Donc c'est Axel Poporte qui te pose cette question. Avant que tu répondes, il dit qu'il s'est un peu assagi. Ça veut dire quoi exactement quand il dit qu'il s'est assagi, Axel ?
- phil
Quand j'ai entendu le son de sa voix, j'ai eu peur. J'ai eu peur et je pensais que ce serait plus vache que ça. Franchement, c'est très gentil comme question. Ouais,
- daz
je le trouve aussi.
- phil
Et quand il dit qu'il s'est assagi, c'est parce qu'à l'époque, Axel, c'est un vrai prankster, comme on dit en anglais. Et j'étais souvent sa victime. Gentil, mais... C'est un vrai prankster et on a fait un petit peu les 400 coups. Et du coup, je m'attendais quand même à pire comme question. Ça va, je ne suis pas... Ça va, il ne m'a pas traîné dans la boue. Alors, d'où ça sort cette histoire de gymnaste ? Écoute, j'étais gymnaste en fait, quand j'étais gamin. Je pense que de 11 ans à 17 ou quasi 18 ans, j'ai fait beaucoup, beaucoup de gym. J'étais dans un club à l'école. C'est curieux parce que ça ne va pas du tout avec le skate. Aujourd'hui, il y a beaucoup plus de gymnases dans le snow. Mais à l'époque, je devais être à peu près le seul. Je faisais de la gym en club. Ça m'éclatait. J'adorais ça. J'en faisais 5, 6, 7 fois par semaine. Je faisais un peu de compète. Je faisais beaucoup d'anneaux, de barres parallèles, etc. Pour revenir à sa question, est-ce que c'est la gym ou le skate qui m'ont le plus aidé en snow ? Je n'étais pas un gymnaste très aérien. Mon truc, ce n'était pas le tumbling, ce n'était pas les saltos. Enfin, j'en faisais, si tu veux, mais ce n'était pas mon point fort. J'étais un peu plus un gymnaste, comme je le disais tout à l'heure, je faisais barres parallèles, anneaux. C'était un peu mes spécialités. Donc, j'étais plus quelqu'un qui faisait de la gym en force. Je n'étais pas hyper souple non plus, mais j'étais relativement fort, où j'avais un bon rapport poids-puissance, si tu veux. Je pense que ça m'a aidé, parce que j'étais relativement musclé pour l'époque, on peut le dire. J'avais facile à encaisser les boîtes. Malgré ça, je me suis quand même fait beaucoup de blessures aux épaules. C'est un peu contradictoire. Mais non, je pense que ça m'a aidé. Oui, la gym m'a aidé un petit peu à encaisser pas mal. Je me suis mis beaucoup, beaucoup de flat. Je ne me prends pas des cliffs, etc. Mais j'avais les jambes solides, le dos solide. Donc, je pouvais encaisser, si tu veux, beaucoup de réception flat.
- daz
De flat, c'est-à-dire que tu retombes sur du plat au lieu de retomber dans la pente. Et en gros, il n'y a rien de pire pour les jeunes.
- phil
Il n'y a rien de pire. Oui. À l'époque, on n'était pas très regardants sur les réceptions. Aujourd'hui, on calcule quand même plus. On s'assure quand on fait un gap ou une cliff, que la réception soit très raide pour amortir le choc. C'est vrai qu'à l'époque, je me disais, ça va, c'est de la neige, c'est mou. Une cliff de 15 mètres sur du plat, ça va. Donc je ne me posais pas toutes ces questions. Aujourd'hui, mon dos regrette un peu. Mais dans ce sens-là, la gym m'a pas mal aidé. Je pense que le skate m'a quand même plus aidé que la gym. Pour répondre à sa question.
- daz
Ok. Donc, on va revenir sur le Big Mountain, justement, qui est quelque chose que tu as partagé beaucoup avec Axel. Donc, tu nous as expliqué que, justement, beaucoup de blessures et puis un terrain de jeu exceptionnel ont fait que tu as commencé plus sérieusement à t'intéresser à toute cette partie freeride. au point que tu as commencé à bouger beaucoup pour ça, et notamment c'est là où tu as commencé à faire partie de ce crew d'Européens qui passait une grosse partie de leur hiver en Alaska.
- phil
Oui, j'ai eu cette chance entre guillemets de pouvoir partir en Alaska relativement tôt, je pense que ma première expérience en Alaska était en 80... 96, 95 ou 96, je crois. Ma première année, on a décidé avec Axel justement et une bande de potes, je ne sais plus qui était avec nous exactement, mais en tout cas, j'étais avec Axel, on avait pris cette décision de partir au King of the Hill, à Valdez à l'époque, en Alaska. King of the Hill qui n'était pas à sa première édition, mais en tout cas c'était les débuts. Et c'était le rêve de tout freerider. D'aller en Alaska, évidemment. Et pour nous, c'était l'occasion rêvée de se dire, on combine le King of the Hill et on y reste un moment pour faire des images. Donc on a monté un trip avec une équipe de filmeurs, de photographes. Et on s'est organisé le trip. Et on est resté à peu près un mois, je dirais trois semaines là-haut. Principalement à Valdez. pour le contest, et ensuite on a dû bouger un petit peu. Alors je ne sais pas si cette année-là on est déjà allé à Haines, mais en tout cas par la suite on a pas mal bougé en Alaska. Mais ce premier trip c'était vraiment un élément déclencheur pour moi, et pour nous je pense, de se dire ok, là on est vraiment arrivé sur le summum de ce qu'on aime comme typologie de terrain, comme condition de neige, etc. On est dans un environnement qui nous correspond à 100%, et Et on y est retourné quasiment chaque année. Enfin, chaque année, d'ailleurs, jusqu'à la fin de ma carrière.
- daz
À ce moment-là, l'Alaska, ça paraît pour nous, snowboarders amateurs, quelque chose d'inaccessible. C'est le Graal du snowboard de Haute-Montagne. Ça devient la référence mondiale en termes de... Tu vois les vidéoparts de tous les freeriders qui sont tournés exclusivement là-bas. Alors déjà, pourquoi l'Alaska ? Pourquoi là-bas ? Parce qu'il y a de la haute montagne de dingue, par exemple, à Chamonix ou des choses comme ça. Mais à ce moment-là, c'est vraiment l'Alaska qui est l'unique quasi-destination de tout ce qu'on voit dans les vidéos de cette période.
- phil
Oui, alors l'Alaska était vachement mise en avant par la scène américaine, évidemment. On en voyait beaucoup dans les productions vidéo, les fameuses TV. de l'époque, dont les cover shots étaient souvent prises en Alaska, sur Mendenhall Towers et des phases comme ça, donc pour moi c'était vraiment le Graal si tu veux et j'associais un peu le ride en Europe, bah déjà on le connaissait plus, le ride en Europe et c'est vrai qu'on avait finalement tout ce qu'il faut ou tout ce qu'il fallait dans notre propre jardin mais c'était quand même plus exotique pour nous de... d'aller en Alaska, de se mêler un peu à la scène locale et d'aller rider ce qu'on avait déjà vu en vidéo les années précédentes, si tu veux. Et puis on avait aussi cette impression, mais je pense que c'était une impression, ou peut-être qu'à l'époque ça se vérifiait plus, mais que la neige était plus stable là-bas, que le terrain était plus propice. Et bon, il y avait peut-être une part d'inconscience aussi, de se dire c'est plus stable, donc on peut faire un peu tout ce qu'on veut. Pour nous, en tout cas, c'était le Graal. Et puis, il y avait un tas de choses qui s'y passaient, comme le King of the Hill. On savait que tous les riders qui étaient importants dans la scène freeride et extrême étaient là-bas. Donc, on voulait vraiment faire partie, si tu veux, ou vivre cette expérience et faire partie un petit peu de ce petit monde qui se retrouvait là-bas chaque hiver, aux mêmes endroits, qui raidaient pas forcément les mêmes pentes, mais en tout cas les mêmes zones. Et puis toute cette expérience hélico, ça c'est la grosse différence aussi avec l'Europe, c'est que là-bas tu avais quand même les hélicos et les avions, même à l'époque, c'est beaucoup moins courant aujourd'hui, mais on faisait du snowboard, on se faisait des déposes en avion aussi. Les règles de dépôt étaient beaucoup moins strictes qu'en Europe ou même qu'au Canada. Tu volais avec des pilotes qui étaient un peu freestyle, un peu cow-boy. C'était pour certains des anciens du Vietnam, etc. C'était quand même des caractères. Tout était beaucoup plus libre. En gros, tu payais ton hélico, tu réservais ton hélico, où tu avais tes chips, comme ça se passait à Valdez avec les agents et les hélicos. Tu payais en chip, les chips de casino.
- daz
Ah ouais ?
- phil
Oui. Ah ouais ? Oui, oui.
- daz
D'ailleurs, je regrette de ne pas en avoir regardé. Mais oui, tu achetais tes chips qui avaient des couleurs différentes, si je me rappelle bien. Et tu payais ton hélico en chip.
- phil
Ok.
- daz
Ouais, c'était génial.
- phil
Pas de transaction financière directe.
- daz
T'allais dans l'espèce de bureau avec un petit shack et tu achetais tes chips et tu payais tes drops d'hélico comme ça. Et donc, tu avais beaucoup moins de règles. tu faisais ton... ton brief de sécurité qui durait 1 minute 30 grand max, on te disait attention au pal, passez pas derrière et puis quand il y a une pente baissez-vous, quand l'hélico se pose baissez la tête, etc pardon donc c'est ça qui nous attirait c'était le côté vraiment libre de se dire je paye, je monte dans un hélico je suis avec mes potes, on va faire des images je me fais déposer à peu près où je veux Parce que finalement, il y a zéro limite. Tu es avec des guides, entre guillemets, ce ne sont pas des guides chabonnières. C'est-à-dire qu'ils sont avec toi dans l'hélico pour t'indiquer des zones, mais en aucun cas, ils vont descendre avec toi sur les pentes. Tu leur dis, ok, je cherche une pente, ou on cherche une pente à peu près comme ça, ou est-ce que tu as une zone à nous montrer ? où la neige est bonne déjà, où la lumière est bonne, un spot pas trop venté, etc. Et c'est là qu'ils vont te dire, ok, on va dans telle ou telle zone. Et ensuite, une fois que tu as repéré une face, le guide, il ne vient pas avec toi. Ma première expérience, c'était, je me rappelle très bien, je montre une face, j'ai dit, j'aimerais bien faire celle-là. Il me dit, ok, super, donc on décharge l'hélico en bas de la pente, donc tout le monde descend pour alléger l'hélico au maximum. Et puis, la personne qui ride la pente, moi en l'occurrence, reste dans l'hélico. Et puis, je vois le guide qui ne monte pas avec moi. Et je lui dis, mais tu ne montes pas là ? Il me dit, mais tu es fou, je ne ride pas ça. Et bien sûr qu'il ride certaines pentes, mais là, en l'occurrence, il me dit, non, non, mais moi, je ne vais pas là-dedans. Donc, tu te retrouves un peu comme un con. Et comme première expérience, c'était assez marrant. Et donc, tu te retrouves seul dans l'hélico, tu te fais déposer en haut et tu fais ton truc.
- phil
Donc, pour remettre du contexte, en Alaska, il n'y a pas vraiment de station de ski, ou très peu. Donc, c'est que de la montagne à l'état sauvage, à l'état le plus brut. Donc, le seul moyen d'y accéder sans grimper, c'est de se faire poser en hélico. À cette période, il n'y a pas de conscience écologique, donc il n'y a pas vraiment de frein là-dessus. On y va, on fait des rotations. Il n'y a pas non plus, en termes de sécurité, tout l'équipement qui est aujourd'hui obligatoire. Personne ne mettait de casque, il n'y avait pas de sac ABS, il n'y avait pas de DVA, il n'y avait pas de formation à Valanche ou quoi que ce soit. Et pourtant, il n'y a pas eu tant d'accidents que ça, ou tu as vu des choses qui étaient vraiment craignos, dangereuses, où toi tu as vécu des choses de mise en danger extrême. Je me rappelle qu'il y avait Excel qui m'avait parlé une fois de « NFS, no fall situation » , c'est-à-dire que là, tu ne peux pas te permettre de tomber, sinon tu y passes. Est-ce que toi, tu as vécu des moments comme ça, ou est-ce que tu as vu des choses vraiment ultra dangereuses ?
- daz
Alors, il y a plusieurs choses là-dedans. Un, au niveau de la sécurité en soi, oui, on avait quand même une bonne connaissance du manteau neigeux. On creusait des pits, on regardait quand même l'état de la neige selon les faces, les expositions, etc. Donc on n'était pas complètement inconscient non plus. On était équipé pour l'époque, on avait un petit peu le maximum de ce qu'on pouvait avoir. On avait le sac à dos avec la pelle, la sonde, on avait un arva.
- phil
Ah, vous habillez déjà quand même des... Oui, oui,
- daz
oui. Et on avait un baudrier très important pour se faire élytreiller. Dans le cas où on tomberait dans une crevasse ou qu'on soit coincé sur une face, etc. Donc on avait le maximum de ce qu'on pouvait avoir à l'époque. Parce que beaucoup de choses n'existaient pas, il n'y avait pas d'ABS, etc. C'est vrai que le casque... On n'en a jamais porté. Pour deux raisons, je pense. C'est que, tout simplement, on n'y pensait pas. Parce que ça ne se faisait pas à l'époque. On ne voyait pas de snowboarder qui portait de casque. Ça ne se faisait pas. Je pense que c'était obligatoire sur le King of the Hill quand je l'ai fait. Pour des raisons de sécurité. Ah ok,
- phil
d'accord. J'ai l'assurance, j'imagine.
- daz
Oui, complètement. C'est les US. Tu signes un waiver et tu portes ton casque. Mais c'était un casque de skate. Il n'y avait pas de casque spécifique au snowboard, ça n'existait pas. Donc moi je ne voulais pas mettre un casque d'escalade. Ce n'était même pas une question de vouloir ou de ne pas vouloir, c'était quelque chose que je ne connaissais pas, que je n'avais pas, qu'il n'y avait pas de marque de casque de snowboard, etc. Ce n'était même pas une question ou un sujet, si tu veux. Ça n'entrait pas dans votre scope ? Absolument pas, et ça m'est resté encore un peu aujourd'hui d'ailleurs, puisque je ne porte pas de casque et ce n'est pas quelque chose qui me traverse l'esprit. Je dis pas que c'est bien, mais voilà, ce sont juste les faits. Donc oui, il y avait ça. Le fait que par rapport aux accidents, oui, il y en a eu. Et oui, on a vu des choses, on a vu un paquet, mais il n'y en avait pas énormément. Alors je pense parce qu'il y avait moins de monde en Alaska à l'époque, il n'y avait pas l'engouement qu'il peut y avoir aujourd'hui pour le freeride. Donc tu avais moins de monde qui pratiquait et donc moins d'accidents. Mais on en a vu un paquet, on a vu beaucoup de choses un peu flippantes. Il y a eu des situations dangereuses. Mais bon, c'est un petit peu normal quand tu pratiques ça, beaucoup. Forcément, tu vas te retrouver dans des situations un petit peu à risque, situations critiques. Moi, j'ai eu la chance de ne pas trop avoir... Enfin, il m'est arrivé quelque chose, mais bon... Je m'en suis toujours très bien sorti. Oui, on a vu des avalanches. On s'est retrouvé dans des situations critiques. J'ai eu deux, trois anecdotes, deux, trois situations où je me suis fait mal, où j'ai dévalé des pentes, etc. Moi, personnellement, je n'ai jamais dû déterrer quelqu'un, mais je sais qu'Axel a dû creuser pour sortir. Sortir des gens de la neige, oui, on a pris des risques. À l'époque, on sautait beaucoup de windleap, quelque chose qui se fait quasi plus aujourd'hui parce que c'est complètement inconscient. C'est super dangereux. Mais c'était très photogénique et souvent pour rentrer dans une face, on sautait la windleap en haut. Tout simplement. Tout simplement. Et je revois des images aujourd'hui et je me dis, mais c'est un overhang, une windleap suspendue, un truc de... 5-6 mètres d'épaisseur, tu te dis, mais ça, si ça part, ça ne pardonne pas. Mais encore une fois, on ne se posait pas les mêmes questions. Peut-être que le manteau neigeux à l'époque était plus stable qu'aujourd'hui. On avait des températures plus froides et plus constantes. Bon, écoute, ou alors on a eu énormément de chance. Je ne sais pas. Mais ouais, c'était... En tout cas, le risque n'est jamais zéro. Et oui, on en a pris, mais on était... absolument pas inconscient, on calculait quand même beaucoup ce qu'on faisait.
- phil
Ta pire expérience, tu t'en rappelles ?
- daz
Ma pire ? Il y en a eu quelques-unes, notamment des choses qui font peur, où finalement il ne s'est rien passé, mais ça fait très peur, c'est quand un hélico, par exemple, tu es dans l'hélico, tu t'apprêtes à faire une face, l'hélico va pour se poser en haut du pic, et le vent générée par les pales fait que toute la face part on a mal en jeu et donc là tu te dis bon, là j'ai vraiment eu de la chance parce que si je m'étais fait déposer et que j'étais parti dans la pente il y a de grandes chances que je sois parti avec donc ça ce sont des souvenirs qui me sont restés ça m'est arrivé plus d'une fois d'ailleurs et la pire expérience je pense c'est que je suis parti dans une ouais je suis parti dans une face j'étais avec euh avec une équipe de potes. Donc j'avais choisi ma ligne et je pars dans la face et je pense qu'il y a un tiers de la face, j'ai dévissé, j'ai décroché parce que je suis passé sur de la glace en fait. Et il y avait pas mal de pentes et je n'ai pas pu faire grand-chose. J'ai commencé à glisser. C'était pas mal de glace sur une belle distance. pas mal de pentes et j'ai rien pu faire en fait, j'ai commencé à faire des tête-pieds tête-pieds et j'ai dévalé quasi la totalité de la pente en ce qu'on appelle en tomahawk, en tête-pied et Et dans le processus, je me suis démis l'épaule. Et ce qui était un petit peu flippant, et la seule chose que j'avais en tête pendant que je dévalais cette pente, c'est qu'en bas, je savais qu'il y avait le fameux... On appelle ça un Bergstrom, en fait. C'est la crevasse que tu as entre la pente et le glacier. Et j'avais qu'une chose en tête, c'est qu'il ne faut pas que je tombe là-dedans. Et j'ai... Comment dire ? Ma chute s'est arrêtée une dizaine de mètres avant.
- phil
Oh !
- daz
Et la problématique, c'est que l'hélico ne pouvait pas venir me chercher. Il ne pouvait pas se poser à cet endroit-là. Et il pouvait se poser plus bas, bien sûr, mais tu avais cette fameuse crevasse qui m'empêchait de rejoindre le glacier. Et si j'avais eu la vitesse en rideant, je l'aurais passé en rallye. Mais là, j'étais complètement bloqué. Donc l'hélico était posé en haut sur le ridge, avec le reste de l'équipe, avec mes potes. Et donc je les appelle à la radio, parce qu'on avait quand même une radio à l'époque, pour être en relation avec le fil bar, avec l'hélico, etc. Donc je leur dis, écoutez, je me suis démis l'épaule, je ne sais pas quoi faire. Venez me chercher. Le pilote de l'hélico me dit, non mais là, je ne peux pas me poser. Je suis dans l'impossibilité de venir te chercher, donc il va falloir trouver une autre solution. Donc je réfléchis deux secondes et je me dis, bon, il n'y a qu'une solution, c'est remonter.
- phil
Mais toute la pente.
- daz
Alors oui, pas droit dans la pente et pas à la verticale de là où j'étais, mais l'hélico était posé un petit peu plus loin sur la crête, si tu veux, donc c'était un petit peu plus bas et je devais remonter de biais dans la pente. Et bon, je me dis, j'ai pas le choix, il faut que je remonte.
- phil
Donc t'as l'épaule démise ?
- daz
J'ai l'épaule démise.
- phil
Et tata !
- daz
Tata Board et mon sac à dos. Et là, je me dis, ça va être la mission, mais je n'ai pas le choix. Avec l'épaule démise, il faut que je remonte. J'ai bien sûr essayé de me la remettre parce que je n'en étais pas ma première blessure.
- phil
Tel Mel Gibson dans L'Arme Fatale.
- daz
Oui, exactement. Je n'avais pas la même technique, mais j'ai essayé et je n'y arrivais pas. Elle ne voulait pas se remettre. Donc, je me dis, allez, c'est parti. Tu éteins le cerveau et tu remontes. Et là, à la radio, j'entends un de mes potes, c'était Tommy Toiminen, rider finlandais très connu à l'époque, et ex-skater de la Bones Brigade, et donc qui me dit, écoute, je peux pas te laisser comme ça, je descends. Et je lui dis, écoute, non, descends pas, franchement, déjà c'est dangereux, parce que tu vas couper la pente, la traverser pour me rejoindre, et puis il y a des risques d'avalanche, etc. Donc non, on va pas se mettre dans la merde à deux. tu me laisses là et je remonte. Et Tommy, qui est très têtu, ancien militaire, c'est une bonne dette, il est descendu, et je dois le remercier, parce qu'il m'a fait le bout de pas, il m'a fait la trace, et on est remonté à deux. Je pense que ça n'a pas pris tant de temps que ça, mais dans ma tête, ça a mis des heures. On s'en ressentit très long. Et puis comme j'avais l'épaule démise, en plus, beaucoup de difficultés à respirer, parce qu'à chaque inspiration, c'est extrêmement douloureux. Et donc, on remonte jusqu'à la plateforme où était l'hélico. Et là, je monte l'hélico. L'hélico m'amène à la base. De là, on prend une voiture à l'hôpital. Et puis l'hôpital qui devait évidemment appeler mon assurance en Europe, parce qu'aux États-Unis, ils font rien s'ils sont pas sûrs que t'es assuré. Bref, ça a mis énormément de temps et je me suis retrouvé quand même pendant quelques heures avec l'épaule déboîtée, ce qui n'est vraiment pas conseillé. Et puis ils me l'ont remise et tout s'est bien passé, entre guillemets, mais ça reste une expérience un peu sketch. T'es retourné snowboarder après cette épreuve-là, sur ce trip-là ? Non, non, là c'était la fin du trip. Malheureusement, moi quand je me déboitais l'épaule, c'était je ne sais pas pourquoi. C'était tellement douloureux que je ne pouvais plus rider après. Il y a des gens qui se la remettent et qui peuvent rider immédiatement. Moi, je n'étais pas dans ce cas de figure. Surtout que là, je l'avais déboîté pendant deux heures. C'était fini pour moi. Retour en Europe.
- phil
Ok. Donc, prise de risque maximale, engagement maximal aussi. Tu tiens combien de temps comme ça ? À quel moment tu te dis, ok, j'ai fait le tour de ça, j'en ai marre de prendre des risques, j'ai envie de faire autre chose ?
- daz
Écoute, il n'y a pas eu de moment où j'ai pris une décision consciente de changer de voie ou d'arrêter ma carrière. Mais c'est vrai qu'il y a eu une espèce d'usure qui s'est installée dans le sens où j'avais qu'une idée en tête, c'était de continuer à rider. A la fin des années 90, début 2000... C'était systématique que chaque hiver, je me blesse et ça commençait vraiment à me jouer des tours et je perdais un peu confiance en moi, dans le sens où chaque fois que je faisais quelque chose d'engagé, que ce soit en freeride ou sur des jumps, j'y pensais. Je pensais à mes épaules, je me dis bon bah là je vais prendre un gap où je saute une cliff, où je descends une pente, il y a une chance sur je ne sais combien que je me déboîte l'épaule et les conséquences c'est qu'après je... où la conséquence est que je vais être à l'arrêt pendant un moment, et je vais devoir me faire opérer peut-être une fois de plus, retourner chez le kiné, faire de la rééduc, etc. Donc ça a commencé à me peser un petit peu, et c'est vrai que début années 2000, j'ai eu un déclic, en tout cas une conversation avec quelqu'un qui m'a donné une opportunité. Cette personne m'a donné l'opportunité de prendre un job et je me suis dit que là, le moment était peut-être le bon que pour opérer une transition, passer à autre chose. Comment tu le racontes comme ça ? Ça a l'air très très fluide et limite spontané, pas très réfléchi. Est-ce que c'est vraiment le cas ? Et qui est cette personne ? Alors oui, c'était très fluide et c'était très spontané. Ce n'était pas du tout planifié. Et ça s'est fait un petit peu tout seul, oui. Et cette personne, c'était à l'époque le CEO de Bilabong Europe, c'était Derek O'Neill. Et ça s'est fait de façon interposée, en fait. Ma femme qui travaillait dans un resto à Seignas, le fameux sushi bar de Seignas dans le début des années 2000. The place to be. The place to be, à l'époque, exactement, pour ceux qui connaissent. Bon, on connaissait Derek depuis des années. Et puis, on le discute avec lui. Et il lui demande qu'est-ce que Phil compte faire ? Il en est où ? Le snowboard, ça se passe bien ? Mais c'était vraiment juste une conversation comme ça. Et il lui dit, écoute, oui, je pense que ça se passe bien. Mais peut-être qu'il voudrait travailler dans l'industrie plus tard. C'était vraiment une conversation comme ça autour d'un plat de sushis. Et il dit à ma femme, écoute, s'il a envie de discuter, qu'il m'appelle. Et en fait, je pense qu'il y a eu une incompréhension des deux côtés, ou en tout cas de mon côté, moi j'ai pris ça comme une offre. Et donc je l'appelle et je lui dis, il parie que tu as un truc pour moi. Il me dit, ah oui, non, non, c'était juste une conversation comme ça. Moi, j'étais intéressé de savoir ce que tu voulais faire dans le futur. Mais maintenant que tu m'en parles, il me dit, tu fais du skate ? Ou tu as fait du skate pendant des années ? Je dis, oui, bien sûr. Moi, à la base, je suis skateur. Il dit, écoute, nous, on vient de racheter une marque de skate. Et on avait un gars au marketing, mais on ne l'a pas gardé. Et donc, il y a une opportunité. Donc, si ça t'intéresse, va parler au brand manager de la marque. Et puis, vous voyez entre vous s'il y a un match, etc. Et donc, j'ai contacté cette personne qui était responsable de la marque à l'époque, qui est aujourd'hui un ami très proche. Et on a discuté. Je pense que c'était le lendemain. On a discuté au même endroit, toujours au Sushi Bar, et puis on a bu une bière, et puis une deuxième, une troisième, comme souvent les discussions au boulot se faisaient à l'époque. Et puis on a terminé très tard dans la nuit, très saouls, tous les deux, sur la plage à Seignos. C'était improbable, sur la plage à Seignos, alcoolisé à souhait. On a fait un feu de camp et on a refait le monde parce qu'on était très... On avait un petit peu le même parcours, si tu veux, on est du skate, on avait beaucoup de choses à se raconter. Et on a terminé autour d'un faux-de-camp sur la plage à Seignos. Et à un moment, je trouve une bouteille à côté de moi, et je voyais qu'il y avait un liquide dedans, c'était de l'essence. Et là, je ne lui dis rien, je prends une gorgée d'essence et je sors une braise du feu et je crache du feu devant lui. Le mec hallucine, il ne comprend absolument pas ce qui se passe, et il se marre, et bon bref, on en rigole beaucoup. Et le lendemain, il m'appelle, il me dit « c'est bon, t'as le job, t'es engagé » .
- phil
C'est dingue, comment... Je ne sais pas si c'est une des caractéristiques de ce milieu-là, des sports de glisse ou de cette période-là, mais c'était quand même très freestyle. Pour l'anecdote, mon premier entretien d'embauche, quand je suis rentré chez Arnett, c'était un peu la même période où toi tu es passé pro, ça s'est fait à 3h du mat en boîte. Écoute, je pense que c'était un peu propre à ce milieu et à cette époque.
- daz
où la fête était très présente la fête était partie du lifestyle complètement beaucoup de deals se faisaient autour d'un verre ou plusieurs je pense que ça existe encore mais peut-être moins qu'à l'époque beaucoup de choses se faisaient comme ça et là en l'occurrence c'était assez marrant de seal the deal de le faire de cette façon donc t'as
- phil
signé l'arrêt de ta carrière de snowboardeur professionnel en crachant du feu sur la plage. Et là, on passe à une autre phase de ta vie, c'est ça ?
- daz
On pourrait résumer ça comme ça. Juste pour remettre les choses dans le contexte, ça s'est fait... Oui, j'ai commencé à bosser comme ça de façon très abrupte. Mais ce qu'il faut dire, c'est que j'étais quelque part déjà engagé pour une saison d'hiver auprès de mes sponsors. Quand j'ai dit oui au job.
- phil
Ok. et donc gérer ça comment ?
- daz
et bien écoute j'ai géré ça comme on peut de façon très claire et très honnête j'ai appelé tous mes sponsors en leur disant écoutez je sais que on avait un engagement pour cet hiver on a signé des contrats mais là j'ai une opportunité de boulot qui se présente et je pense que c'est le moment pour moi de faire ce switch et donc je vous préviens alors moi dans ma tête je me dis c'est cool ils vont économiser du budget c'est très bien ils vont pouvoir prendre des gars plus jeunes Nous... Mais ils étaient très surpris d'une part, et d'autre part, ils étaient plutôt contents de mon approche. Et ils m'ont vachement soutenu, et ils m'ont dit, écoute, ce qu'on va faire, est-ce que tu vas pouvoir dégager du temps cet hiver pour rider ? Je dis oui, je m'étais mis d'accord avec mon employeur à l'époque pour dégager du temps pendant l'hiver pour faire quelques trips. Ils m'ont dit, écoute, si tu peux faire quelques trips... générer de l'image et continuer à faire ce que tu as fait avant pendant encore un an on conserve tes contrats j'ai dit bah écoutez c'est cool et donc j'ai fait ce que j'avais à faire j'ai fait et mon boulot et l'hiver je me suis négagé du temps pour faire 2-3 trips on a généré des images et écoute tout le monde était content ça s'est très bien fini et d'ailleurs je suis encore en très bonne relation avec pas mal de ces personnes de l'époque euh La transition s'est faite comme ça. J'étais un petit peu à cheval sur deux choses pendant l'hiver. Le job et le snowboard.
- phil
Donc la transition s'est faite de manière plutôt fluide. Pas planifiée, vraiment.
- daz
Non.
- phil
Et donc là, tu te retrouves directeur marketing pour la marque de Skate Element en Europe. C'est ça ?
- daz
Oui, complètement. Donc Bilabong avait racheté la marque Element qui était... qui était une marque East Coast à la base, montée en 92, qui était une marque très core au départ, très underground. Et donc, faisant partie du groupe Bilabong, la marque était à la recherche d'un responsable marketing. Et donc, je suis arrivé au bon moment, si tu veux. La marque était encore très petite, pas développée sur le marché européen. Il y avait tout à faire. Et je me suis dit, écoute, c'est une super opportunité pour moi. je vais pouvoir me former sur le tas. Et c'est ce que j'ai fait. C'était le meilleur choix que j'ai pu faire à l'époque.
- phil
On est en quelle année là ?
- daz
Là, on est en 2002. Ok.
- phil
Et quand tu dis il y a tout à faire, justement, tu as fait quoi ?
- daz
Au début, je ne savais pas trop quoi faire. Mais la personne qui m'a engagé à l'époque, le brand manager qui s'appelle Hessou, qui est aujourd'hui un très bon ami,
- phil
Encore un Finlandais ?
- daz
Un Finlandais, oui. Oui, il y a un truc avec les Finlandais, c'est vrai. Entre Tommy et lui. Écoute, il m'a un petit peu... C'était mon mentor, si tu veux, à l'époque. Il m'a dit, écoute, ce n'est pas compliqué. Il m'a montré un peu ce qu'il fallait faire au début. Et puis après, c'est venu de façon très, très naturelle. Enfin, tu te retrouves avec une marque qui, au départ, a une super image déjà. Et une fois qu'on t'a montré les deux, trois premières étapes, tu apprends très vite sur le tas. Il y avait de la gestion, il y avait une partie de team management, monter une équipe de riders. Et après, la promo auprès des médias, des magazines, etc. Il y avait toute une partie montée des tripes. Il y avait la partie promotionnelle, la PLV à l'époque, qui était quand même un gros poste pour ces marques-là. Il y avait les salons, la gestion de tous les distributeurs et du plan marketing, en tout cas, sur 27 pays en Europe. Donc oui, il y avait de quoi s'occuper. Toute la gestion des budgets, etc. Donc j'ai tout appris sur le tas. La chance que j'ai eue, c'est que la marque était très petite au départ. Donc je ne vais pas dire qu'il y avait une responsabilité moindre, mais l'impact, en cas d'erreur, n'était pas si grave. Mais par contre, il y a eu une évolution très très rapide de la marque. Et c'était une super école pour moi.
- phil
Tu as grandi un peu avec la marque professionnellement, on va dire.
- daz
Oui, complètement. J'ai eu cette chance de commencer petit, on va dire, et puis de pouvoir monter une équipe autour de moi et de faire grossir la marque de façon exponentielle. La chance que j'ai eue, je pense, c'est que, comme j'ai commencé tout seul, j'ai dû passer par tous les postes. Donc, j'ai tout pratiqué. J'ai fait toutes les erreurs qu'on peut faire. Et j'ai eu justement assez de chances de pouvoir engager des gens là où je pouvais moi plus m'en sortir et plus gérer les choses. Donc une des premières choses que j'ai faites, c'est d'engager un team manager parce que c'est un super job.
- phil
Ultra chronophage.
- daz
Ultra chronophage. Pour l'avoir fait quelques années, c'est ultra chronophage. Tu connais le job. C'est vraiment génial. C'était une partie que j'adorais, mais qui, au vu des responsabilités que j'avais, me prenait beaucoup trop. de temps. Donc j'ai dû la déléguer très rapidement. Et ensuite, ça m'a permis de me concentrer sur toutes les autres parties. Et puis le job a radicalement changé au fur et à mesure. Tout s'est professionnalisé. Il y a eu des changements énormes qui se sont opérés sur ces neuf années que j'y ai passées.
- phil
T'as fait neuf ans ?
- daz
J'ai fait neuf ans, oui.
- phil
Ressenti ?
- daz
« Ressentis 20 » . Il faut dire que c'était en termes de chiffre d'affaires, c'était une marque qui vendait juste des t-shirts au départ. Je suis parti en 2011. En 2011, je suis arrivé en 2002, parti en 2011. La marque n'avait plus rien à voir. C'est parti d'une petite marque de skate qui vendait quelques t-shirts à une grosse marque, relativement grosse. sur le marché européen, et qui est vraiment devenue une marque de textile, streetwear, lifestyle, appelle ça comme tu veux, mais voilà. Donc le job a radicalement changé.
- phil
Et en 2011, tu quittes Element, et il se passe quoi derrière ?
- daz
Je quitte Element, alors encore une fois, c'est une histoire fluide, et qui s'est faite de façon naturelle. J'avais beaucoup de connaissances et de potes chez Volcom. Et un soir, on a parlé avec quelques amis là-bas. Ils m'ont proposé de les rejoindre pour m'occuper du marketing, justement, du marketing européen chez Volcom. Il y avait déjà quelqu'un en place, mais qui était vraiment plus un profil très créatif. Et donc, ils cherchaient une personne qui avait un profil différent et complémentaire.
- phil
Pour cadrer cette personne un peu créative aussi ?
- daz
Alors pas pour cadrer cette personne, parce qu'elle se cadrait très bien, mais vraiment pour reprendre, si tu veux, toute la partie qui était un petit peu moins créative et plus dans le daily job et dans l'organisationnel et la gestion des budgets, des calendriers, des plannings, etc.
- phil
Ok. En 2011, Volcom est plus gros qu'Element ? Oui. Donc tu passes un cap, on va dire, en termes de responsabilité, en termes de... Gestion de budget en termes d'équipe ?
- daz
Oui, complètement. La marque faisait un peu plus de deux fois le chiffre d'affaires d'Element. Ce n'était pas le même job. J'ai passé plus dans la gestion d'équipe, dans la stratégie. J'avais un petit peu moins les mains dans le cambouis, là où chez Element j'étais très hands-on. Et je gérais beaucoup, beaucoup de choses moi-même parce qu'on avait une plus petite équipe. Chez Volcom, c'était différent dans le sens où je déléguais beaucoup plus parce que j'avais des équipes sur lesquelles m'appuyer. Et après, il y a quand même beaucoup de similarités dans le job, mais ce n'était pas à la même échelle, on va dire.
- phil
Ok. Et justement, plus de management, plus de responsabilité, plus de pression.
- daz
Alors oui, quoi que la pression, j'en avais déjà beaucoup, vu que c'était... Oui, tu travailles dans un grand groupe, tu réponds à des boss, il y a beaucoup de reporting, des choses comme ça. Mais c'est vrai que Volcom venait d'être racheté par le groupe Kering, grand groupe de luxe. Et donc ça a pris une dimension un petit peu différente, dans le sens où il y avait encore plus de reporting à faire. et ça n'avait pas pas la même envergure, on va dire, que chez Element. Donc oui, gros changement, gros changement, petit besoin de s'adapter à ce nouveau milieu, cette nouvelle façon de travailler, ce nouvel environnement. Mais une pression, oui, une belle pression, parce que des impératifs de croissance...
- phil
Et des impératifs de croissance à une période où toute cette industrie, où tout le surf business, où toute l'industrie de la glisse... commence à être un peu dans le dur aussi.
- daz
Oui,
- phil
complètement. Donc, on sort d'une période où tout est un peu fast. Les années 2000, c'était open bar, ce qu'on appelait les années canales. Il y avait une croissance de chiffres qui se répétait tous les ans jusqu'au moment où, boum, la mode s'arrête. Par contre, toutes ces marques sont équipées pour faire un certain chiffre d'affaires. Il y a beaucoup d'équipes, il y a beaucoup de monde qui travaille dans ces marques-là, donc à ce moment-là, il faut serrer la vis. Et donc j'imagine que ce n'est pas une période facile. En plus, le fait d'être acheté par un groupe de luxe, effectivement, ça met en place des process différents. Peut-être un peu moins à la cool, un peu moins fun. Comment tu ressens tout ça ?
- daz
Oui, il y a un gros changement qui s'est opéré post-2008, où les choses ont radicalement changé. C'est vrai qu'avant 2008-2009, on était sur des croissances exponentielles. Je ne vais pas dire qu'elles se faisaient toutes seules, mais ça marchait très bien. Il y avait de l'argent, il y avait des commandes qui rentraient, les magasins ne souffraient pas encore, etc. C'est vrai qu'après, les choses ont changé, le business a ralenti. Il fallait travailler plus et plus dur pour obtenir les mêmes résultats. Et il y a eu pour moi un gros changement qui s'est opéré, c'est que la gestion des budgets a commencé à devenir beaucoup plus compliquée. On n'était plus sur des budgets figés, mais des choses qui évoluaient constamment avec des coupes très régulières de budget. En fait, avant, on fonctionnait sur un budget annuel. et qui était plus ou moins figé, là on a commencé vraiment à devoir s'organiser sur du plus court terme, avec des budgets en constante évolution, et ce qui implique qu'il est très difficile de s'engager sur des partenariats, etc. Dans le sens où tu ne sais jamais où va en être ton budget trois mois plus tard, et tu sais très bien que les partenariats ça se gère bien en amont. Et qu'il est très difficile de bosser comme ça quand tu n'as pas de vision à six mois ou quasi un an. Il faut revenir sur certaines décisions, il faut faire des coupes de budget, réallouer des budgets différemment, etc. Donc c'est un bon enjeu d'échec qui se met en place. Après, c'est très intéressant en termes de gestion pure, mais humainement très compliqué dans le sens où il faut... couper des deals, il faut se séparer de certaines personnes. Et ça, c'est évidemment... Sur le fichier Excel, c'est très facile. Tu bouges des cases. Enfin, très facile. Plus facile. C'est pas toujours évident, parce qu'il faut faire les bons choix. Mais une fois que tu te retrouves face à certaines personnes et que tu dois leur annoncer certaines choses, c'est quelque chose qui n'est pas évident, mais en même temps qu'il faut faire, qui sont importantes. Et c'est vrai que c'est... Voilà. En tout cas, c'est la partie qui m'a le moins plu, on va dire, mais qui était inévitable et que j'ai dû faire parce que c'était mon job.
- phil
C'est ton job, mais la passion dans tout ça, est-ce qu'elle est encore là ?
- daz
Alors, la passion, oui bien sûr, la passion est toujours là quand tu montes sur ta board, oui, la passion est toujours là et tu oublies tout le reste, mais c'est vrai que comme tu baignes dans ce milieu qui au départ était ta passion et puis qui est devenu ton job, tu fais le lien, tu fais vachement le lien évidemment, quand tu pars rider le week-end, finalement tu es sur ta board qui quelque part te rappelle ton boulot. Et tu ne fais plus la part des choses. Il y a peut-être un moment où tu commences à... En tout cas, de mon expérience, il y a eu un moment où j'ai commencé à éviter un petit peu la pratique pour ne plus trop penser à la partie boulot.
- phil
Ok. Et là, on en dure. Tu vas faire Volcom jusqu'en quelle année ? 2016.
- daz
2016. Oui.
- phil
Et il se passe quoi à ce moment-là ?
- daz
Écoute, il se passe que... Il faut remonter un petit peu avant, parce que les choses ne se sont pas passées du jour au lendemain. Mais je dois avouer que quand je suis parti de chez Element, je me suis vraiment beaucoup donné dans ce job. C'était un job passion, donc je n'ai pas arrêté. Et j'étais déjà bien fatigué, physiquement et mentalement. Quand j'ai quitté Element, je suis arrivé chez Volcom en me disant que c'était un nouveau job, un nouvel environnement, une nouvelle boîte, et que ça allait me redonner de la motivation, de l'énergie, de la bonne humeur, etc. Toujours est-il que ça n'a pas été aussi facile que ça, et que je me suis bien sûr donné, parce que c'est un nouveau job, il y a beaucoup de choses à prouver, il y a beaucoup de boulot, c'était un gros chantier. Il y avait énormément de choses à faire et que je prenais à cœur, bien évidemment. Et je n'ai pas réussi à me sortir de cette fatigue qui était vraiment installée au plus profond de moi. Et je n'arrivais pas à mettre le doigt sur le problème, si tu veux. Mais des choses ont commencé à se manifester, des sentiments de crainte, d'anxiété et qui sont allés en... En grandissant, j'avais vraiment une fatigue au plus profond de moi dont je n'arrivais pas à me défaire. Et des problèmes d'humeur, si tu veux. Ce sont des choses que certaines personnes vont reconnaître quand je les raconte. Mais je ne prenais plus beaucoup de plaisir, en fait. Et au début, ce sont des choses dont tu ne te rends pas compte. Et puis, au fil du temps, tu te dis... J'étais pas comme ça, là, je me reconnais plus, et je me suis encore plus concentré sur le boulot, si tu veux, jusqu'au point où ça n'allait plus, et bon, j'ai dû arrêter de travailler un petit moment, parce qu'un médecin m'a expliqué ce qui m'arrivait, que c'était un burn-out, et j'en ai eu un premier, je suis retourné au boulot. après un bon break, et je suis retourné au boulot, dans les mêmes conditions, si tu veux, en me disant, bon, ça va, j'ai eu du repos, je repars du bon pied, je faisais beaucoup de sport, je m'étais mis à la course à pied, etc., je me dis, bon, tout va bien, je reprends. Et malheureusement, les choses, ou certaines choses m'ont rattrapé, et je suis retombé dans un deuxième burn-out très très sévère, et... Et qui m'a forcé à l'époque à quitter mon job, à me mettre d'accord en tout cas avec mon employeur, avec Volcom, et qui s'est montré très compréhensif. Mais je me suis rendu compte que je ne pouvais pas continuer, donc j'ai arrêté ma carrière comme ça de façon assez abrupte quelque part. Parce que j'étais à l'époque en tout cas forcé de le faire.
- phil
C'est quelque chose qu'on a beaucoup partagé ensemble, puisqu'on a vécu une expérience un peu similaire, au sens où moi c'était la même période où j'ai fait un burn-out quand j'étais directeur marketing chez Quicksilver. Et à ce moment-là, j'ai fait cette erreur de sortir, mais de considérer que mon burn-out n'était lié qu'à la pression professionnelle, et qu'en fait j'avais complètement occulté que derrière tout ça, il y avait une dépression profonde, ancrée. que j'ai pas voulu voir. Est-ce que t'as eu un phénomène similaire d'avoir une forme de déni sur l'ampleur de la situation ? Est-ce que la pression extérieure aussi ? Moi je sais que quand j'ai commencé à en parler chez Quicksilver, on me tapait dans le dos en me disant « Non mais pas toi, toi t'es solide, t'es là quoi » . Et puis, j'imagine que, voilà, toi, est-ce que tu avais un sens de la pression par rapport à tes responsabilités familiales ? Tu avais deux enfants, tu as deux enfants. Il y a tout ça, ta responsabilité par rapport à ton équipe. Est-ce que tout ça, tu l'as ressenti ? Est-ce que ça a rendu le processus plus difficile ?
- daz
Oui, complètement, complètement. Alors, moi, je n'ai pas eu besoin qu'on me tape dans le dos pour me dire « mais tu es solide » . Je me le disais à moi-même. Tu sais, je suis quelqu'un qui... Je ne me suis jamais posé beaucoup de questions quand j'étais plus jeune. J'étais un fonceur, si tu veux. Je me sentais un petit peu... Pas invincible, mais pas loin en tout cas. J'étais vraiment le type de personne qui ne se pose pas trop de questions, qui avance. Et peu importe les obstacles, etc., se dit toujours « Non, mais ça va aller, ça va le faire, ça va le faire. » Et j'ai toujours... Tout approcher de cette même façon, même si quelque chose me semblait compliqué ou dur ou quoi que ce soit, je ne me faisais pas de soucis. Je me disais, ça va le faire, il n'y a pas de soucis. Et donc dans cet état d'esprit-là, tu n'arrêtes jamais, tu ne dis jamais non, tu avances, peu importe les obstacles et les difficultés. Et je pense que c'est cet état d'esprit-là... liées à d'autres choses, bien sûr, mais qui ont fait que je me suis enfoncé dans une situation où je me suis retrouvé dans une impasse. Alors je dis, il y a d'autres choses. Pour moi, le burn-out, vu qu'on parle de ça, c'est un petit peu un cocktail de plusieurs éléments. En tout cas, il peut être différent pour tout le monde et les raisons peuvent être différentes pour tout le monde. Mais pour moi, je pense, et on fait l'analyse un petit peu de la situation maintenant, euh... Il y a évidemment ce fait de travailler dur. Le burner n'arrive pas en ne faisant rien, en restant assis. D'une part, c'est travailler dur. D'autre part, un autre élément dans le cocktail, c'est le fait de ne pas arriver à dire non. de toujours dire oui à tout pour plusieurs raisons, parce qu'on se sent capable de tout faire ou parce qu'on n'ose pas dire non, tout simplement. Moi, il y avait un petit peu des deux. Et il y a un élément quand même assez important aussi, c'est une ou plusieurs personnes, ou en tout cas un environnement propice à ça. Moi, je sais que, et je ne désigne pas une personne en particulier, mais en tout cas j'étais dans une position où... Le management ou des gens autour de moi avaient bien repéré que je n'étais pas du genre à dire non, que je n'étais pas du genre à reculer. Et donc, on me filait quand même beaucoup de responsabilités. Et il y avait une part de fierté, évidemment. Je me disais, écoute, c'est génial, on me demande de faire ça. Je dis, mais oui, bien sûr que je vais le faire. Tu veux être responsable de tel produit ? Oui, oui, je vais le faire. Tu veux être product manager ? Mais oui, je veux le faire. Et donc, je prenais des responsabilités, si tu veux, et ça fonctionnait. J'étais relativement performant dans tout ce qu'on me demandait de faire.
- phil
Mais à quel prix ?
- daz
Mais à quel prix, oui. Mais à ce moment-là, je ne m'en rendais absolument pas compte, vu que les résultats étaient bons. Tant que les résultats sont bons, tu te poses zéro question. Tu dis, écoute, moi, je suis... Oui, j'assure, ça se passe très bien. Et un des éléments aussi dans ce cocktail un petit peu compliqué, un des ingrédients, c'est aussi le fait de vouloir protéger les gens autour de soi. ses propres équipes et de se dire, encore une fois pour plusieurs raisons, ça peut être de la protection mais ça peut aussi être du perfectionnisme et se dire je ne vais pas lui demander, je vais le faire moi parce que je pense que je peux le faire mieux. Et donc c'est du très mauvais management et j'ai appris à changer ça au fil des années. Mais oui, je pense que tous ces éléments-là ont fait que je... Voilà, c'était un bon cocktail, bien propice à m'envoyer droit dans le mur. Et ça a mis pas mal d'années, et il y a eu beaucoup de signaux, mais que j'ai absolument pas perçu, ou pas voulu percevoir tout simplement. Et j'ai continué un petit peu dans ces conditions, malgré les signaux qui étaient présents, bien présents. J'ai continué, je me suis obstiné. Encore une fois, parce que les résultats étaient bons, et jusqu'au jour où je suis arrivé au bout de l'impasse, si tu veux, et il y a plusieurs choses qui ont fait que j'ai pas pu continuer, et que j'ai été mis en arrêt, si tu veux.
- phil
Et on fait comment pour s'en sortir, dans ces cas-là ?
- daz
Écoute, je sais pas s'il y a une formule magique, et elle est peut-être différente pour tout le monde, moi je peux juste te parler de mon expérience, qui a été longue. qui a été trop longue peut-être. Mais... Et puis... La première des choses, c'est arriver à mettre le doigt dessus et se rendre compte qu'il y a vraiment un souci. Et ça, pour moi, l'erreur que j'ai faite, c'est de m'obstiner bien trop longtemps et de continuer dans ces conditions qui sont absolument toxiques et quelque part dangereuses. Il y a des choses qu'on peut continuer. On s'obstine tout simplement, on ne veut pas voir les choses, on se voile la face et on continue tout simplement à bosser. Ce qui est normal, il y a des impératifs financiers, on a une famille, des enfants, donc on ne veut pas lâcher un job comme ça. Et puis on se remet en question, on se dit le problème vient de moi, ça ne vient pas des éléments extérieurs, c'est moi qui ai un souci, j'assure. plus, donc il faut que je travaille encore plus fort, ou encore plus, et on n'arrive pas à mettre le doigt sur le problème, et on n'arrive certainement pas à trouver la solution. Donc c'est souvent une personne extérieure, en tout cas moi c'était ma femme qui m'a dit en tout cas, écoute là, tu ne peux plus continuer comme ça, elle m'a retrouvé dans une situation où j'étais méconnaissable. Et il m'a dit non mais là il faut vraiment que tu vois quelqu'un, que tu te fasses aider. À partir de ce moment-là, quand on réalise qu'il faut se faire aider, on prend conscience évidemment d'un paquet de choses. Il y a des choses qui sont rassurantes, d'autres moins. Mais moi, j'ai rencontré un médecin. J'étais en Belgique, j'étais en voyage en Belgique. Et une amie... qui était passé par là, m'a dit « Écoute, moi je connais quelqu'un, un médecin qui est spécialisé dans ce genre de cas. » On ne m'avait pas encore parlé du mot « burnout » , je ne savais pas ce que c'était à l'époque, je n'en avais jamais entendu parler. Et je suis allé voir ce médecin et il m'a laissé parler pendant quelques minutes. J'ai expliqué ce qui m'arrivait et j'étais anéanti, j'étais méconnaissable. Et il m'a arrêté, il m'a arrêté, il me dit « Non mais écoutez, j'ai compris ce qui vous arrive. » Et il m'a dit une chose très imagée qui m'est restée aujourd'hui. Il m'a dit, imagine-toi une maison brûlée. Tu vois cette maison, elle est de l'extérieur. C'est une maison normale, avec des portes et des fenêtres, etc. Mais tu vois des traces autour des fenêtres, des traces de fumée. Le toit est légèrement endommagé. Mais ça reste une maison. Et par contre, tu te rapproches de la maison, et là tu ouvres la porte et tu regardes à l'intérieur, et dedans, tout est brûlé. Une grande partie de ce qu'était cette maison a disparu. Et ça, en fait, c'est toi. C'est-à-dire que de l'extérieur, les choses paraissent normales, mais une fois que tu ouvres et que tu regardes dedans, beaucoup de choses ont disparu, beaucoup de choses sont brûlées. Mais ne t'inquiète pas, ça se répare. Et c'est quelque chose qui m'a marqué parce que c'est vraiment... Je ne vais pas dire que c'est une belle image, mais en tout cas, c'est une très bonne image de ce qui se passe. C'est-à-dire que de l'extérieur, on a l'air tout à fait normal. Tes collègues te trouvent plus ou moins normal. En tout cas, il y a un changement qui s'est opéré, mais qui ne s'est pas du tout vu de l'extérieur. Par contre, toi, à l'intérieur, tu te sens complètement comme cette maison, complètement vidée, brûlée, etc. La bonne nouvelle dans tout ça, c'est que ce médecin m'a dit, t'inquiète pas, tout ça, ça se répare. Et il y a certaines choses à mettre en place, il y a un processus, il y a un protocole à suivre, et il faut le suivre à la lettre. Et donc, c'est un accompagnement, un suivi, une coupure totale avec le milieu professionnel, etc. Des choses que j'avais vraiment beaucoup de mal à entendre à l'époque et que je n'avais pas du tout envie d'entendre, mais que j'ai suivi à la lettre et qui m'ont évidemment beaucoup aidé. Tu entends, quand je partage mon expérience là-dessus, sur le burn-out, j'entends des gens qui me disent « Ouais, moi je suis ressorti plus fort, plus... » C'est comme une belle expérience de vie. T'en penses quoi, toi, de ça ?
- phil
Je suis... Alors, je vois ce qu'ils veulent dire, je comprends, dans le sens où, oui, ça te montre clairement où sont tes limites. Mais... Je dois dire que c'est quelque chose avec... J'ai énormément de mal avec ça. Énormément de mal parce que finalement, j'ai dit tout à l'heure que quand j'étais plus jeune, je me sentais quasi invincible. Quelque part, moi, ça m'arrangeait de me sentir quasi invincible. Et je ne peux pas dire que d'être passé par deux burn-out vraiment très sévères soit quelque chose de positif pour moi. Oui, bien sûr, j'en ai tiré des leçons, mais je n'avais pas du tout... envie de tirer ses leçons. Moi, j'étais très bien à me sentir invincible, si tu veux, et d'avancer comme ça. Alors oui, il faut se dire que ça m'a mené dans des situations qui étaient problématiques, mais ça m'arrangeait, moi, de bosser à fond, de jamais m'arrêter. J'étais, en tout cas, pendant une bonne partie de ma carrière professionnelle, j'étais très heureux comme ça. Ça m'allait très bien. Alors, bon, c'est compliqué, parce que ça m'a... Ça m'a joué des tours, on va dire. Il y a des choses que je ressens encore tous les jours, des choses que je porterai en moi pour le restant de mes jours. Mais non, je ne vois toujours pas ça. Je ne vois toujours pas ça comme une expérience positive. Encore une fois, je vois ce que veulent dire ces gens. Je pense qu'il y a des degrés peut-être différents de burn-out. Je ne suis pas en train de dire que j'ai eu un burn-out plus sévère que quelqu'un d'autre, ou différent, ou mieux, ou moins bien, etc. Il n'y a pas de bon et de mauvais burn-out, ce n'est pas du tout ce que je veux dire. Mais en tout cas, moi, de mon expérience perso, je m'en sers vraiment bien passé. Aujourd'hui, je fonctionne très bien, je suis très heureux dans ma vie. Je suis obligé de dire qu'il y a des choses que je ne peux plus faire comme avant. J'ai certaines limites par rapport au stress, notamment. J'ai des espèces de garde-fous que je dois mettre en place pour éviter certaines situations, pour éviter de me rappeler que je ne peux pas aller trop loin dans certaines choses, etc. Mais c'est vrai que ça m'handicape, mais je n'aime pas être confronté à ces limites. dans le sens où je ne suis pas quelqu'un qui me suit mis des limites avant. C'est un peu le serpent qui se mord la queue, parce que le fait de ne jamais avoir mis ses limites m'a emmené dans cette situation. Mais je déteste avoir des limites.
- daz
Avant d'enchaîner sur ta nouvelle passion et ce que tu fais aujourd'hui, on va instaurer une tradition. Dans ce podcast de A à Z, moi j'adore offrir des livres, et là si tu veux, récemment j'ai vidé la maison familiale et je suis tombé sur un vieux livre qui appartenait à mon père, d'une passion qu'il avait, que j'ai détesté quand j'étais enfant, qui était pour moi complètement antinomique avec tout ce que j'aimais. Tiens, donc je te l'offre et tu vas nous dire ce que c'est.
- phil
Ok, je suis très curieux. Oh, génial ! Tour de France. Je suis pas filmé, donc je vous dis. Tour de France, la fête de juillet de Noël Caudel. Préface d'Edouard Reidler. Écoute, oui, oui, Tour de France, c'est génial. Je te remercie. Alors j'ai pas encore ouvert le bouquin, mais en tout cas, tu... Ouais, c'est une... C'est une nouvelle passion, on va dire, pour moi, le vélo. Je vois déjà de magnifiques photos des années 70-80, avec les belles tenues de l'époque, les gapettes et les casquettes. Magnifique.
- daz
Je trouve la sélection photo hallucinante.
- phil
Elle est dingue. En plus, c'est une époque du cyclisme que j'adore, ce côté rétro. C'est magnifique, merci beaucoup. Avec plaisir, je te laisse le feuilleter tranquillement. Ce livre,
- daz
ça nous permet justement de discuter de cette nouvelle passion qui est le vélo, sous toutes ses formes. Comment tu es tombé là-dedans ? Comment tu passes du skate au vélo ? Parce que pour moi, comme je te le disais, j'ai toujours été attiré très très jeune par le surf, le skate. Pour moi, le vélo, c'était quelque chose que faisait mon père, qui nous obligeait à regarder le Tour de France l'été. Et les tenues, je détestais ça. Et puis, à cause de toi, je m'y suis mis. Grâce à toi. Mais comment toi, tu t'es retrouvé à passer des baggies du skate,
- phil
du snowboard, aux cuissards mollants et aux lécrins du vélo ? Oui, c'est une... C'est un drôle de passage ou une drôle de transition, j'ai pas fait exprès, je suis tombé dedans. En fait, on parlait du Burnout tout à l'heure, j'ai commencé à courir beaucoup quand je travaillais pour Element et pour Volcom. J'ai commencé la course à pied, ça me vidait la tête, ça me vidait la tête et ça me permet de faire... Ça me permettait en tout cas de faire quelque chose qui était loin du skate, du snow et du surf, qui finalement représentait l'environnement professionnel pour moi. Donc j'ai commencé cette pratique, ça m'a beaucoup plu, j'ai fait des trails, un marathon, etc. Et vu mon passé de snowboarder, skater, etc., j'avais quand même déjà une usure un peu prématurée des articulations, notamment des genoux et du... et puis des lombaires aussi. Et j'étais suivi par un médecin sportif que j'allais voir régulièrement parce que je commençais à avoir de grosses douleurs au niveau du genou ou des genoux et du dos. Et un jour, ce médecin, après m'avoir fait plusieurs injections de gel hyaluronique dans les genoux, de PRP, etc., m'a dit, écoute, là, malheureusement, je ne peux plus trop t'aider. Les genoux sont vraiment flingués, t'as une chondropathie, grade 4, etc. C'est l'os qui touche l'os, il n'y a plus de cartilage, etc. Est-ce que tu as un vélo ? Oui, j'ai un vélo, j'en fais déjà un petit peu. Et là, ce médecin me dit, écoute, je pense que ça va devenir ta pratique principale, à moins que tu aimes nager, sinon tu peux nager. Je dis, écoute, je pense que je préfère le vélo. Et donc, je me suis mis à rouler de plus en plus. J'avais des amis qui... roulaient déjà et qui m'ont parlé de gravel.
- daz
C'est quoi le gravel pour ceux qui ne connaissent pas ?
- phil
Le gravel, ça a le même aspect qu'un vélo de route, un vélo de course avec un guidon de course, etc. Mais c'est un vélo qui a une géométrie légèrement différente, mais on ne va pas rentrer dans le détail, mais qui, par sa différence principale, a des gros pneus. Des pneus qui vont se rapprocher presque du VTT cross-country. et ces gros pneus te permettent de rouler aussi bien sur la route que dans les chemins. C'est la pratique gravel qui veut dire gravier en anglais. C'est une pratique qui est apparue, qui a été marketée aux Etats-Unis, mais qui est un peu l'origine du vélo. Les premiers tours de France, ils roulaient beaucoup dans les cols, sur le gravier, etc. J'ai envie de revenir un peu à l'essence même du vélo. de route avant qu'on ait des routes goudronnées un petit peu partout et donc voilà c'est une pratique en tout cas qui moi me plaît énormément et qui me permet de rouler dans la nature à l'écart des voitures dans les chemins en forêt etc donc voilà le gravel est ce que je pratique principalement mais est-ce que ça serait pas un peu le freeride du vélo ? freeride je sais pas mais je dirais que c'est plutôt le trail running du vélo Ouais, c'est une pratique un petit peu plus... Ouais, t'es vraiment en immersion dans la nature, j'ai envie de dire, et puis t'es à l'écart des voitures. Moi, c'est ce qui me plaît beaucoup, c'est de ne pas devoir me soucier de la circulation, etc.
- daz
Donc, comme toutes tes passions, tu t'y mets à fond, au point que c'est devenu, à un moment, une activité professionnelle.
- phil
Oui, oui, oui, ça me... C'était une idée que j'avais depuis pas mal d'années. Et comme dans tout, je n'ai pas l'habitude de reculer ou de me débiner, je me suis dit, j'avais cette idée de créer un shop de vélo qui soit un petit peu à l'image des skate shops que j'ai connus quand j'ai grandi. C'est-à-dire, oui, c'est un magasin, mais c'est aussi un lieu de rendez-vous, un lieu très... très axé autour du style. Et donc j'ai monté à une époque un petit magasin de vélo, enfin petit de par sa surface, un magasin de vélo qui se rapprochait en tout cas dans l'image d'un skate shop que j'ai pu connaître dans les années 90, etc. avec une communauté, une organisation d'événements, une image bien particulière. Et voilà, et donc j'ai monté ce projet. Mais c'était très cool. C'était vraiment très sympa, j'ai appris énormément de choses. Je faisais principalement du vélo monté à la carte. beaucoup de vélos acier, je travaillais de très jolies marques, pas les plus commerciales mais les plus jolies, les plus pointues. J'invitais les clients à concevoir un vélo en fonction de leurs envies, de leurs besoins et avec un côté esthétique qui leur collait bien.
- daz
Et un côté esthétique qui te caractérise parce que c'est quand même quelque chose que... Il faut le dire, dans le cercle d'amis, Phil est toujours super bien looké, Phil a toujours le détail trop stylé, Phil a toujours le plus beau vélo, Phil est toujours bien assorti entre sa tenue et son vélo. Et c'est quelque chose qui est très naturel, c'est quelque chose qui n'est pas... c'est très très discret, c'est très élégant, mais le sens du style c'est quelque chose qui compte pour toi. que ce soit en skate, en snowboard, en vélo ou au quotidien ?
- phil
Oui, je pense que c'est d'une part ma personnalité, et je pense que le skate a renforcé tout ça, parce que le skate est un milieu ultra créatif, donc je me suis toujours intéressé à ce côté créatif du skate, mais déjà petit, j'avais une attraction, une appétence pour certaines esthétiques. En fait, dans tout ce que j'approche, l'esthétique a une part. très très importante sans aller trop loin là-dedans mais c'est important pour moi je sais que quand j'étais gamin je collectionnais un tas de choses des années 50 je devais être le seul de mon âge à faire ça mais je je chinais déjà des fringues gamin dans tout ce que je fais il y a quand même toujours tu connais le proverbe fashion before function il y a un peu de ça d'après toi
- daz
Ça, c'est quelque chose qui te caractérise et c'est aussi un autre trait, je trouve, de ton caractère, de ta personnalité. C'est ce côté, à nouveau, pionnier, modèle, mais sans vouloir l'être. C'est-à-dire que quand tu as commencé le snowboard, tu as entraîné beaucoup de monde avec toi. Quand tu t'es mis au gravel, en l'occurrence, tu as entraîné beaucoup de monde avec toi. Alors, à travers le shop, mais aussi le fait que toi, tu t'y sois mis. C'est que nous, on est un paquet autour de nous, à 7.30 au Gravel, grâce à toi, parce que tu nous as initiés, tu nous as fait partager. Et en plus, je trouve que tu as cette capacité de faire partager tes passions de manière très inclusive, au sens où même si tu ailles déjà très fort ou si tu roules déjà très fort, tu vas te mettre au niveau de tes invités qui eux sont débutants, et ça c'est quand même très appréciable. et euh Et je ne sais pas si tu as remarqué qu'effectivement, je trouve qu'il y a des similitudes entre tes débuts dans le snow et tes débuts dans le vélo, au sens où tu as embarqué beaucoup de monde avec toi.
- phil
Écoute, non, je ne l'avais jamais vu comme ça. Mais maintenant que tu me l'expliques et que tu relates les faits, oui, oui, peut-être, peut-être. En tout cas, ce n'est jamais conscient, si tu veux, d'emmener du monde avec moi, mais c'est que j'aime partager, j'aime parler des choses qui me passionnent. et si ça peut inciter mes amis ou des gens autour de moi. À 6 mètres, c'est une bonne chose. Je suis très communicatif et enthousiaste sur le vélo parce que c'est quelque chose qui me fait vraiment du bien, mentalement et physiquement. C'est quelque chose qui remplace certaines choses que je n'ai plus. tu sais quand tu as pratiqué le skate, le snowboard toute ta vie, t'es nourri d'adrénaline en gros chose qui qui m'arrive de moins en moins. Et là,
- daz
tu remplaces avec de la dopamine, du coup ? C'est un effort plus long ?
- phil
Oui, voilà, c'est ça. Je n'ai plus la satisfaction de rentrer un Trix, ou au moins de rentrer un Trix, etc. Donc, ce n'est pas le même plaisir, si tu veux, mais je l'ai remplacé par... Alors, ça peut être des sorties longues, encore une fois, à mon échelle. Il y a toujours, évidemment, des gens qui roulent plus fort, et même beaucoup plus fort que moi. Ce n'est pas ça le... C'est pas la question. Mais pour moi, j'arrive à retrouver des sensations qui me plaisent. Le dépassement de soi, repousser un peu ses limites à chaque sortie, essayer d'aller peut-être un peu plus vite, un peu plus loin, etc. Et ça, oui, ce sont des choses que je retrouve dans le vélo et qui me font vraiment du bien et que je communique. C'est vrai, j'en parle autour de moi. Et oui, ça... Peut-être que ça en inspire certains, oui.
- daz
Et donc, tu as fait ça à travers ce shop pendant un an et demi ? Presque deux ans. Presque deux ans. Et aujourd'hui, tu es passé à autre chose. Tu as organisé une espèce de collectif et tu as commencé à organiser des courses, dont une qui s'appelle Flatland. Oui. Est-ce que tu peux nous en dire un peu plus ?
- phil
Oui, alors... Avant que je monte le magasin, j'avais juste monté un compte Instagram qui s'appelait Fitz. Fitz qui veut dire vélo en flamand. Ah d'accord. Oui c'est ça. Vu que je suis... C'est pas écrit de la même façon, mais comme je suis originaire de Belgique et qu'une bonne partie de ma famille est flamande, j'étais venu sur ce nom. Donc j'avais ce compte Instagram Fitz, j'organisais un petit peu des sorties de temps en temps, en petits comités on va dire. Ce nom-là m'a servi à monter le magasin. J'ai utilisé le nom du compte Instagram pour monter le magasin. Lorsque j'ai décidé d'arrêter le magasin, j'ai conservé le nom. J'ai continué à organiser des sorties, des événements de temps en temps, de façon beaucoup moins récurrente que quand j'avais le magasin. Un jour, j'ai eu la bonne idée d'organiser un événement. C'est plutôt une randonnée, ce n'est pas vraiment une course. qui s'appelle la Flatland Gravel. La première édition a eu lieu il y a deux ans. En gros, j'ai invité des amis, trié un peu sur le volet. Et on m'a créé avec Mathieu, un ami de Tos, le village d'à côté, qui roule très très fort. C'est Mathieu Plessis. Mathieu Plessis qui roule très fort, qui fait beaucoup de VTT, qui fait de la route, qui a un vrai passé de cycliste, si tu veux. euh... Et on a décidé de créer une trace de 200 kilomètres. C'est pas la distance qu'on fait tous les jours. On s'est dit comme ça, il y a un petit challenge quand même. Et donc j'ai invité 40 personnes, on s'est donné rendez-vous un dimanche matin. Et on a roulé, chacun à son rythme évidemment, sur ces 200 kilomètres. Et donc ça c'était la première édition. Après cette première édition, j'ai décidé d'en faire une deuxième l'année dernière. Et on s'est associé à un club local et on a monté cet événement sans communiquer trop. On s'est dit on va construire sur la première édition. On a eu une centaine de participants sur les 200 kilomètres. Et c'était un petit peu plus organisé dans le sens où on avait un vrai point de départ et d'arrivée officialisé avec un ravito, avec une arrivée sympa et des sandwiches, etc. Donc ça, c'était l'année dernière, c'était sympa. Et puis je me suis dit, bon, là, on tient quand même un truc. Il y avait des retours qui étaient très positifs. Et je me suis dit, bon, écoute, on va essayer d'amener ça à un niveau supérieur cette année. Et donc là, dans un peu plus d'un mois, on a la troisième édition de la Flatland Gravel avec deux distances, un 100 et un 200 kilomètres. Ça reste une randonnée de type sportive. Et aujourd'hui, j'ai regardé ce matin, on est à 270 inscrits.
- daz
Félicitations.
- phil
Merci. Et donc, on a des partenaires, on a des sponsors cette année. Donc, ça va être encore mieux organisé que l'année dernière. Il y a un réel engouement pour ça parce qu'il y a de plus en plus de pratiquants et parce qu'on a communiqué de plus en plus sur l'événement.
- daz
C'est devenu un vrai business, ce genre d'événement, dans le monde du vélo, dans le monde du gravel ? Je pense à la Traca, par exemple, qui est une des classiques qui se trouve en Catalogne, en Espagne. Je crois qu'il y a des milliers de participants. Ton objectif de faire ça, c'est d'en faire justement quelque chose qui soit pérenne, où c'est vraiment, on est encore sur du projet passion associatif.
- phil
Alors,
- daz
amateur, au sens noble du terme.
- phil
Chez moi, il faut savoir que tout part toujours d'un projet patient. Et pour l'instant, on est dans... Alors oui, tu disais pérenne. Oui, oui, c'est un événement que j'ai envie de reconduire chaque année. Encore une fois, il n'y a pas vraiment de business plan d'air. Ce n'est pas du tout le but pour l'instant, en tout cas. Là, le but est de se faire plaisir avec des gens qui ont une passion commune. Et puis, si l'année prochaine... Il y a un réel engouement et qu'il y a moyen d'en faire quelque chose de plus structuré ou encore plus structuré et encore plus organisé. Why not ? J'ai envie de dire. C'est vrai qu'aujourd'hui, tu as des très grosses structures comme les Graveler Series, etc. qui sont des vrais business. Derrière, tu as une équipe qui organise beaucoup d'événements avec un engouement énorme. et qui en font un vrai business. J'en suis pas là, mais why not ? Pourquoi pas ? On va voir un petit peu après cette année quels sont les retours. Principalement, moi je veux que ça soit un événement qui se différencie un petit peu des autres de par l'ambiance, de par l'image. Je veux que ça reste à mon image, mais en tout cas avec la vision que je peux avoir d'un sport sans que ça soit trop sérieux. Tu...
- daz
Ton avenir proche, tu te projettes, tu as des projets justement par rapport à ça ou tu continues à faire un peu comme tu as fait toute ta carrière, d'avancer et puis de voir ce qui présente à toi ?
- phil
En fait, je me rends compte que ce qui me va le mieux et ce qui m'ouvre toujours des portes, c'est de partir sur des projets passions. Je n'ai jamais trop planifié, si tu veux, ce que je faisais dans ma vie professionnelle. Les choses sont toujours venues un petit peu à moi. Je continue sur cette lancée. On parle de cette course, alors ce n'est pas du tout un job pour moi pour l'instant, c'est vraiment une passion. J'ai un job à côté, une boîte qui vient d'être lancée en septembre dernier. Je bosse comme ça sur des choses qui me plaisent, avec des gens qui me plaisent, avec qui je suis sur la même longueur d'onde. Et je continue sur cette même... C'est de même approche.
- daz
Toujours autour de l'outdoor, c'est ça ? Oui,
- phil
en tout cas du sport, au sens général.
- daz
Et le vélo, c'est une passion qui est excessivement chronophage. Est-ce que tu as toujours le temps et l'envie de faire du snowboard ?
- phil
Le temps, oui. Et l'envie, oui, très certainement. J'ai eu un passage un peu avide pendant mes années de boulot intense, on va dire, où j'étais tellement à fond dans le boulot que je ne pensais plus trop, et je baignais surtout dans l'univers skate plus que dans l'univers snowboard, en tout cas chez Element. Chez Volcom, je suis vachement revenu dans le snow. Mais aujourd'hui, oui, oui, j'adore ça. On a eu jusqu'à présent un hiver qui n'est pas trop dégueu dans les Pyrénées. J'ai déjà pu rider cinq jours, ce qui... pour cette période de l'année est déjà assez exceptionnelle pour moi. Mais oui, l'envie est toujours là et la passion est là. Un peu frustré de ne plus pouvoir faire ce que je faisais avant. J'ai du mal à me contenter de faire des virages. J'ai toujours cette envie de sauter, mais malheureusement, le corps ne suit plus et comme je ne pratique pas assez, tout simplement, je n'ai plus la maîtrise que j'ai eu à une époque. Je me fais toujours plaisir sur la board et je monte dès que je peux. Mes enfants adorent ça. J'ai rencontré ma femme aux arcs en faisant du snowboard. On a une famille toujours très snowboard. La passion est toujours là.
- daz
Justement, le côté transmission, il se retrouve aussi dans la pratique du vélo avec tes enfants ?
- phil
Beaucoup moins. J'essaye vraiment de... De motiver mon fils. Et il roule. Il roule avec moi. J'ai fait un trip bikepacking trois jours avec lui cet été. Il a adoré ça. Il roule de temps en temps. Mais bon, voilà, il a 17 ans. Il pense à d'autres choses. Et je n'ai pas envie de trop le pousser non plus. Mais toute la famille roule.
- daz
Et ton fils fait du snowboard aussi.
- phil
Oui, alors là, par contre, il adore.
- daz
Et ton fils te pique tes fringues quand t'avais son âge ?
- phil
Mon fils pique mes fringues, il adore ça. Il a un gros appétit pour les fringues et la mode et tout ça.
- daz
Qu'est-ce qu'on peut souhaiter à Phil Lallement aujourd'hui ?
- phil
Qu'est-ce qu'on peut me souhaiter aujourd'hui ? Que mes projets professionnels se déroulent comme je le souhaite. Que ma santé soit bonne, aussi bien physique que mentale. Mais bon, c'est bien parti pour où je m'entretiens. Et que les choses continuent comme elles peuvent. Et puis voilà, du bonheur, du temps passé en famille. Mais ça, je l'ai déjà, donc c'est très bien.
- daz
Voilà, c'était Phil Allemand dans le studio de A à Z. Merci beaucoup, Phil, pour ce bon moment.
- phil
Un très bon moment. Je te remercie beaucoup.
- daz
À bientôt.
- phil
À très bientôt.