Speaker #1Hello à toi et bienvenue dans Déconstruire Ensemble, le podcast qui explose les clichés sur le handicap, les maladies chroniques, la santé invisible et toutes ces réalités qu'on préfère souvent simplifier. Pour ceux qui ne me connaissent pas, je suis Nathalie Gênes, atteinte d'un spina bifida avec hydrocéphalie valvée. Je suis amputée transtibiale de la jambe droite. Je me déplace avec des béquilles, parfois en fauteuil roulant. Je vis avec l'urostomie et aujourd'hui, j'ai envie de te parler d'un sujet qui me touche particulièrement, le monde du travail. Plus précisément, le regard que l'on porte sur les compétences lorsqu'une personne est en situation de handicap. J'aimerais commencer par une question. Si demain, deux candidats se présentent à un entretien d'embauche avec le même diplôme, la même expérience, les mêmes compétences et la même motivation, Pourquoi arrive-t-il encore que le candidat handicapé ait parfois le sentiment de devoir rassurer davantage ? Pourquoi certaines personnes ont-elles l'impression qu'elles doivent prouver qu'elles seront capables, avant même d'avoir eu l'occasion de montrer ce qu'elles savent faire ? Et surtout, pourquoi continue-t-on à... Entendre que la RQTH, la reconnaissance en qualité de travailleur handicapé, facilite automatiquement la recherche d'emploi. Aujourd'hui, nous allons déconstruire ensemble cette idée. Le cliché et simple. Avec une RQTH, reconnaissance en qualité de travailleur handicapé, trouver un emploi est plus facile. Pour celles et ceux qui ne connaissent pas ce sigle, la RQTH répète signifie reconnaissance de la qualité de travailleurs handicapés il s'agit d'une reconnaissance administrative qui permet à certaines personnes handicapées de bénéficier d'accompagnement spécifique ou d'aménagement dans leur parcours professionnel et lorsqu'on entend parler de rqth beaucoup imaginent immédiatement que les portes vont s'ouvrir qu'on a des emplois réservés. Comme si cette reconnaissance était une sorte de passeport vers l'emploi. Comme si le simple fait d'avoir une RQTH suffisait à convaincre un recruteur. Mais la réalité est tout autre. Elle est beaucoup plus nuancée. La RQTH ne recrute personne. Elle ne signe pas de contrat. Elle ne remplace ni les compétences, ni les qualifications, ni l'expérience. Elle peut faciliter certaines démarches. Elle peut permettre certaines. Certains aménagements, elles peuvent ouvrir certaines opportunités, mais elles ne font pas disparaître les préjugés. Et c'est là que commence notre réflexion. La réalité cachée, c'est que le problème n'est pas toujours la discrimination volontaire. Très souvent, il s'agit de craintes. Des craintes parfois sincères, des craintes parfois exagérées, des craintes souvent liées à une méconnaissance du handicap. Lorsqu'un recruteur reçoit la candidature d'une personne handicapée, il peut parfois imaginer des difficultés avant même d'avoir rencontré le candidat. Par exemple, va-t-elle être souvent absente ? Faudra-t-il réorganiser le service ? Les aménagements vont-ils coûter cher ? Comment les collègues vont-ils réagir ? Pourra-t-elle évoluer dans l'entreprise ? Pourra-t-elle gérer toutes les missions du poste ? Le problème n'est pas que ces questions existent. Le problème est qu'elles arrivent parfois, avant même que l'on parle des compétences. Certaines personnes arrivent à un entretien avec leur CV, d'autres arrivent avec leur CV et avec toutes les inquiétudes que leur handicap peut susciter. Et c'est précisément cela qui crée une inégalité visible, invisible pardon ! Parce que l'être humain déteste l'incertitude. Lorsque nous ne connaissons pas quelque chose, nous avons tendance à compléter les informations manquantes avec nos suppositions. Et lorsqu'un recruteur connaît mal le handicap, il peut imaginer des problèmes qui n'existent pas forcément. Prenons l'exemple de l'absentéisme. Soyons honnêtes. Certaines situations de handicap peuvent effectivement nécessiter des rendez-vous médicaux réguliers, des examens de contrôle, des séances de rééducation ou parfois des interventions chirurgicales. Cette réalité existe, mais ce qui est faux, c'est de penser automatiquement handicap. égale absenteeisme important. Certaines personnes vivent avec leur handicap depuis la naissance. Elles connaissent parfaitement leurs limites. Leur état de santé est stable. Elles organisent leur vie. Depuis des années, autour de cette réalité. A l'inverse, une personne considérée comme valide peut développer une maladie chronique ou rencontrer des problèmes de santé entraînant de nombreuses absences. Le handicap ne permet donc pas de prédire l'absentéisme futur. Chaque situation est différente. Autre crainte fréquente, les aménagements coûtent forcément très cher. Là encore, cette peur existe réellement. Certains employeurs imaginent immédiatement des travaux importants ou des investissements considérables. Pourtant, dans la réalité, de nombreux aménagements sont relativement simples. Cela peut être un logiciel de dictée vocale, un écran plus grand, une souris ergonomique, un casque anti-bruit, un bureau réglable en hauteur, une place de stationnement proche, une légère adaptation des horaires. Quelques jours de télétravail et parfois aucun aménagement n'est nécessaire parce que le handicap n'a tout simplement aucune incidence sur les missions exercées. Autre idée reçue, le handicap réduit automatiquement la performance. Cette croyance repose sur une confusion. Une confusion entre limitation fonctionnelle et compétence professionnelle. Une limitation fonctionnelle concerne une capacité physique, motrice ou sensorielle. Une compétence professionnelle concerne un savoir-faire. Ce sont deux choses totalement différentes. Une personne peut avoir des difficultés à marcher et être une excellente gestionnaire. Une personne peut être appareillée et posséder d'excellentes compétences relationnelles. Une personne peut être malvoyante et avoir... Une remarquable capacité d'analyse. Le handicap ne détermine ni l'intelligence, ni la rigueur, ni la motivation. Pourtant, certaines personnes continuent inconsciemment à mélanger limitations physiques et compétences professionnelles. Et c'est précisément ce raccourci qu'il faut déconstruire. Au fond, ce sujet révèle quelque chose de beaucoup plus profond. Il révèle notre rapport à la différence. Nous vivons dans une société qui valorise énormément la performance. visibles la rapidité l'efficacité la disponibilité la productivité et lorsqu'une personne arrive avec un fauteuil roulant une prothèse des béquilles certaines personnes voient immédiatement le handicap elle ne voit pas encore les compétences elle ne voit pas encore l'expérience elle ne voit pas encore le potentiel le cerveau humain catégorisé il cherche à comprendre rapidement mais parfois cette première impression prend tellement de place qu'elle masque l'essentiel et dans un recrutement l'essentiel devrait toujours être la même question que sait faire cette personne pas à quoi ressemble-t-elle Je vais maintenant te parler de mon parcours, mon propre parcours. Je suis atteinte d'asthme nabifida, comme je l'ai dit au début, avec hydrocéphalie, valvée. Je suis amputée trans-tibiale et je me déplace avec des béquilles pour aller travailler. J'ai aussi une neurostomie. Mais lorsque l'on regarde mon parcours, on découvre autre chose que mon handicap. J'ai suivi une scolarité ordinaire. Je n'ai jamais été orientée vers un établissement spécialisé pour mes études. Hormis mes périodes de rééducation liées à mon état de santé, j'ai suivi le même parcours scolaire que les autres élèves. J'ai obtenu un bac professionnel bureautique option secrétariat avec une mention assez bien. J'ai suivi par le biais du CNED une première année de BTS, assistante de direction. Je n'ai pas pu terminer la deuxième année pour des raisons de santé. Mais cela n'a jamais mis fin à mon travail. envie d'apprendre je me suis continuellement formé notamment auprès de l'afpa l'association pour la formation professionnelle des adultes parce que pour moi apprendre n'a jamais été été une option, c'est une nécessité. Au cours de ma carrière, on m'a confié des responsabilités dans des secteurs très différents. J'ai travaillé au sein de la direction du travail, de l'emploi et de la formation professionnelle. En Guadeloupe, ma mission consistait notamment à accompagner des jeunes créateurs d'entreprises et à attribuer des chéquiers conseils destinés à soutenir leurs projets. Cela demandait de la rigueur, de l'organisation et une bonne maîtrise des dispositifs existants. J'ai travaillé dans un cabinet de conseil en management. où je gérais des missions administratives et l'organisation du planning de la responsable. J'ai également travaillé dans une maison familiale et rurale en Guadeloupe. Je gérais des emplois du temps des élèves, le planning des formateurs, l'organisation administrative de l'établissement. Et lorsqu'une erreur de planning peut désorganiser toute une journée de cours, cela demande un véritable sens des responsabilités. Puis j'ai poursuivi mon parcours professionnel chez mon employeur actuel, à travers différentes missions, différents postes, différentes responsabilités, avec toujours un élément commun, la confiance. Parce qu'au fond, lorsqu'un employeur vous confie un dossier, un usager ou une mission sensible, il vous confie avant tout sa confiance. Et cette confiance, je l'ai reçue tout au long de mon parcours. Je n'ai pas encore occupé de poste de cadre, mais on m'a confié des responsabilités et j'en suis fière. Très fier. Parce que derrière chaque responsabilité confiée se cachait un message simple. Nous pensons que vous êtes capable. Et il y a une autre réalité que je souhaite partager. partagé, au fil des années, mon état de santé a évolué. Comme beaucoup de personnes vivant avec un handicap ou une maladie chronique, certaines périodes ont été plus compliquées que d'autres. Mais ce que j'ai également constaté, c'est qu'un aménagement de poste n'est pas forcément quelque chose de complexe. Lorsque ma situation le n'est pas, nécessite mon organisation de travail adaptée. Par exemple, je peux exercer mes fonctions en télétravail, à temps plein, lorsque cela devient nécessaire. Et cette adaptation ne m'empêche pas de travailler. Au contraire, elle me permet de continuer à exercer mes missions dans de bonnes conditions. C'est une nuance importante. Trop souvent, certaines personnes imaginent les aménagements comme des privilèges ou comme des contraintes, alors qu'en réalité, ils permettent simplement à une compétence de continuer à s'exprimer. Lorsqu'on emménage, On aménage un poste, on ne baisse pas les exigences, on donne à la personne des moyens d'atteindre les mêmes objectifs. Et c'est précisément cela, l'inclusion. Et finalement, cet épisode parle de bien plus que de recrutement, parce qu'il révèle quelque chose de notre société. Nous avons tendance à regarder ce qui est visible avant de chercher ce qui est essentiel. Le handicap est visible, les compétences ne le sont pas toujours. Elle se découvre, elle se démontre, elle se... construisent et pourtant ce sont elles qui devraient être au centre de nos décisions. Peut-être que le véritable défi n'est pas d'adapter les personnes à l'entreprise. Peut-être est-il parfois d'adapter l'entreprise pour permettre aux talents d'exister. Et si nous commencions les recrutements par une question différente ? Au lieu de demander quelles sont ses limitations, nous pourrions demander quelles sont ses compétences. Au lieu de chercher d'abord les contraintes, cherchons d'abord les talents. Au lieu de nous focaliser sur ce qu'une personne ne peut pas faire, regardons ce qu'elle peut apporter. Parce qu'au fond, c'est cela un recrutement, identifier une compétence, pas un handicap. Aujourd'hui, je suis moi-même dans un projet de mobilité professionnelle. Comme beaucoup d'autres candidats, j'espère rencontrer un futur employeur qui regardera d'abord mon expérience, mes compétences et ce que je peux apporter à une équipe. Parce qu'au fond, c'est ce que nous recherchons tous. Être évalué pour ce que nous savons faire, pas pour les idées que les autres se font de nous. Et peut-être qu'un jour, nous n'aurons plus besoin de nous demander pourquoi le handicap continue parfois de peser dans un recrutement. Parce que nous aurons enfin appris à regarder les compétences avant les apparences. Si cet épisode t'a fait réfléchir, partage-le autour de toi. à un recruteur, à un manager, à un collègue, à un proche, parce que plus nous parlerons de ces sujets, plus nous ferons reculer les préjugés. Abonne-toi à Déconstruire Ensemble, le podcast qui explose les clichés sur le handicap. Et rappelle-toi, une compétence ne se voit pas toujours au premier regard. C'est justement pour cela qu'il faut apprendre à regarder plus loin. À très vite et surtout, reste fier de qui tu es !