- Speaker #0
Bienvenue dans Deep Media, le podcast qui décrypte les médias à l'heure du numérique. Je suis Julien Bougeot, consultant social media et IA générative, mais avant tout passionné et curieux de l'univers média depuis plus de 15 ans. Dans un écosystème en perpétuelle mutation, comment les médias s'adaptent-ils ? Comment se réinventer face aux nouvelles technologies et aux géants du numérique ? Quel avenir pour l'information et ceux qui la produisent ? Si ces questions vous intriguent, alors vous êtes au bon endroit. Deep Media, c'est un temps de réflexion et d'échange avec celles et ceux qui façonnent l'avenir du secteur. Alexandre Barlo, bonjour et merci d'être participé à ce podcast, d'être le deuxième invité, c'est cool.
- Speaker #1
Bonjour Julien.
- Speaker #0
Écoute, donc là on est à Radio France, voilà, donc t'es chef de projet IA éditorial et je t'invite pour commencer à te présenter, à nous parler un petit peu de ton rôle et puis de ce qui t'a amené un petit peu à tout ça.
- Speaker #1
Alors pour le coup je suis Alexandre Barlo, je suis chef de projet IA éditorial et avant tout journaliste. Pour Radio France depuis maintenant 9 ans, mes missions aujourd'hui consistent à accompagner les journalistes dans tout ce qui va être l'utilisation de l'IA et le déploiement au sein de l'entreprise et dans le quotidien des journalistes. Auparavant, j'étais le rédacteur en chef de toute la partie social media et vidéo chez France Info, un poste que j'ai opéré durant 4 ans. Et puis avant, j'étais côté web, toujours à France Info. Voilà un petit peu mon parcours dans cette très belle maison.
- Speaker #0
En tout cas, il y a une logique à tout ça. Donc voilà, ça cumule le numérique et ça cumule l'information. Et en tout cas, il y a des vrais enjeux parce qu'on le voit quasiment chaque jour. Le numérique, il a une influence énorme sur l'information et sur sa véracité, sur la manière dont on doit conduire tout ça. Je vais commencer juste en te demandant, selon toi, c'est quoi la définition d'un média de service public à l'heure de l'IA ? Est-ce que ça a changé un peu la définition de tout ça ?
- Speaker #1
Non, je ne pense pas. c'est-à-dire qu'un média de service public... À l'heure de l'IA, c'est un média qui va tout simplement utiliser l'intelligence artificielle pour pouvoir enlever ce qu'on appelle les irritants dans le quotidien des journalistes, pouvoir faciliter certaines tâches et améliorer leur temps sur le terrain avec des cas concrets qui vont être par exemple comment on met en place de la transcription automatique sur les contenus en amont de la diffusion. mais comme Après la diffusion, pour pouvoir réexploiter tous ces contenus-là, et c'est tout simplement quand un journaliste se trouve en Syrie qui sait qu'il aura un outil à disposition et fiable pour pouvoir faire de la transcription, la demi-heure de temps qu'il gagnera, en fait, il l'utilisera à rester sur le terrain et à ramener les informations que nous serons les seuls à diffuser.
- Speaker #0
D'accord, donc pour l'instant, c'est vraiment une utilisation qui est relativement technique, en tout cas qui est là et qui ne va pas se supplanter. C'est un usage d'outils, finalement.
- Speaker #1
Aujourd'hui, c'est un usage d'outils. Autour de l'IA, il va y avoir plusieurs utilisations. Il y a l'usage d'outils, la transcription, pour valoriser au mieux nos contenus qui n'étaient pas valorisés jusque-là. On est le deuxième producteur de podcasts au monde, AOD, podcasts natifs compris. On a une main d'oeuvre de contenus dantesques que jusqu'ici, même humainement, on n'aurait pas pu traiter. Et donc, il y a tout un travail d'édition sur lequel l'intelligence artificielle va nous aider. et qui est dans le quotidien, qui va être des outils de transcription, tout simplement. Et derrière, les éditeurs qui vont pouvoir valoriser au mieux tous ces contenus-là sur notre plateforme Radio France et sur l'application. Il y a aussi toute une technologie d'IA qui va être utilisée pour pouvoir aller chercher dans notre masse de contenu. Parce qu'aujourd'hui, on a 44 locales, on a un des maillages les plus forts sur le territoire. Je pense que devant nous, il ne doit y avoir que les renseignements généraux. Donc en termes de médias, c'est juste incommensurable ce qu'on a en termes de maillage. Et c'est comment on réexploite toute cette manelade d'informations qui est créée quotidiennement sur notre territoire. et que ça sert nos différentes antennes. Donc là, l'IA peut être une solution pour pouvoir écouter 44 heures de local en simultané et nous donner un rendu derrière avec des signaux faibles, par exemple, comment les informations sont traitées sur les différentes antennes, quelles informations sont traitées sur les différentes antennes, et ce qui nous permet aussi de pouvoir nous prémunir d'une vague que l'on n'avait pas vue en tant que journaliste à Radio France comme dans les autres médias. qui était la vague des gilets jaunes, c'était quelque chose qu'on n'avait pas su prévenir. Et pour le coup, le fait de traiter cette masse-là peut nous permettre de voir ces signaux faibles et d'être au plus près de ce que les gens attendent de nous et d'un média de service public.
- Speaker #0
Donc en fait, dans les conférences de rédaction, on va dire que maintenant, il peut y avoir une petite brique IA avec un espèce de système d'écoute, de remontée et de synthèse un petit peu. Ça fonctionne comment ?
- Speaker #1
Alors, ce n'est pas matérialisé comme ça. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, il y a tout un réseau. Notamment pour ICI, anciennement France Bleue, où il y a toute une remontée avec des mails qui sont envoyés post-conférence de rédaction et qui ont ensuite été analysés ou regardés faiblement ou entièrement par les différentes têtes de réseau. Et aujourd'hui l'idée c'est qu'on puisse générer des comptes rendus, par exemple, thématisés et anglais en fonction de ce qui est remonté. c'est aussi générer des comptes rendus par rapport à ce qui va être... Produit comme masse dans les journaux de 8 heures qui ont un grand rendez-vous dans nos locales, comme au niveau Natio, c'est être en capacité de pouvoir avoir un regard, un panorama de ce qui se raconte un petit peu en région et de pouvoir le confronter ensuite.
- Speaker #0
En fait, ce déploiement de l'IA, ce n'est pas, on va dire, circonscrit ici à la maison de la radio, c'est vraiment quelque chose qui a été déployé en simultané dans toutes les locales ? Comment ça s'est un peu mis en place ?
- Speaker #1
Non, non, alors sur la partie éditoriale pure, il y a tout un... Les journalistes aujourd'hui on va fonctionner par plusieurs étapes. On parlera ensuite de la partie technique, mais concernant les journalistes, il y a toute une stratégie qui est de présentation, d'explication de ce qu'est l'intelligence artificielle. Aujourd'hui l'intelligence artificielle pour le grand public c'est chat de GPT.
- Speaker #0
C'est un fantasme.
- Speaker #1
Voilà, c'est beaucoup de fantasmes. Et déjà c'est leur expliquer en quoi c'est l'intelligence artificielle, expliquer ce qu'est un LLM, ce genre de choses, etc. C'est le premier point. Ensuite, on a un deuxième niveau qui va être un niveau de formation où on essaie que ça revienne assez régulièrement pour pouvoir donner les bases du prompting, comment on parle à une machine. Ensuite, on a des formations qui sont la plus packagées au travers Campus, qui est notre organisme interne de formation. Pour le coup, là, il y a une formation sur 48 heures, sur deux jours, qui est opérée par un spécialiste de l'intelligence artificielle et qui donne. À partir de cas d'usage et de cas concrets de nos journalistes, des résultats derrière pour qu'ils peuvent appliquer très rapidement et très facilement par la suite. Donc il y a vraiment un accompagnement qui est progressif, qui se fait au contact, comme on dit dans le milieu journalistique, on va parler aux gens, et on va prendre des cafés avec les gens, et on va recueillir leurs problématiques, et on essaye de mettre en place aussi des présentations extérieures pour qu'on soit nourri en interne des cas d'usage de chacun. Parce qu'un cas d'usage à France Culture ne va pas être un cas d'usage à France Inter et encore moins à France Info. Donc il y a du partage là-dessus, donc on essaye de créer de la communauté et des échanges autour de tout ça. On essaye aussi d'aller chercher en extérieur des cas d'usage qui reviennent chez nous pour présenter comment on peut utiliser l'intelligence artificielle dans le quotidien.
- Speaker #0
Donc effectivement oui, parce que c'est vrai qu'avec toutes les antennes qu'il y a à Radio France, les cas d'usage sont multiples. Il y a peut-être aussi, parce que Radio France fait partie des médias francophones publics aussi, il y a peut-être aussi ce retour d'expérience de la part des petits camarades qui sont disséminés à travers le monde. C'est quoi un peu les retours ? Est-ce qu'il y a des retours, on va dire déjà des projets qui ont eu lieu à l'international et qui ont irrigué un petit peu ici, ou à l'inverse, des choses qui ont été menées ici à Radio France et dans les médias francophones, ils s'en sont inspirés ?
- Speaker #1
Il y a des choses qui ont irrigué, c'est-à-dire qu'on a un projet un peu tête de gondole qu'on aime partager parce qu'il est très parlant sur ce qu'est la richesse de Radio France et comment on réutilise notre matière. C'est un test que l'on a fait à l'échelon 44 local, donc les France Bleue, où on a récupéré une heure, c'était le 15 novembre, à l'occasion de la venue de Michel Barnier sur l'antenne. à Angers, de mémoire, je parle, qui était invité dans MaFrance, l'émission de 13 à 14. Et l'idée, il y avait des émissions spéciales par local de 9h à 10h. Et on a récupéré tous les audios de ces locales-là et on a essayé de récupérer, de faire un panorama de ce qui était dit sur les sujets, pour pouvoir cartographier cet ensemble-là, faire remonter des témoignages. Et ensuite, nous aider dans la construction de l'émission de 13-14 avec Michel Barnier.
- Speaker #0
Et tout ça en l'espace de deux heures, parce que l'émission avait lieu, donc on recueille, synthèse et avec, pour extraire les grandes tendances, ces fameux signaux faibles aussi qu'on peut recueillir depuis le terrain, etc. Avant, on va dire qu'on passait par un système de répondeur ou quoi que ce soit, et là au moins maintenant, ok, c'est un peu plus automatisé. Dans la démarche, là, je vois que l'Ilias, c'est déjà... présents, c'est présent éditorialement, etc. Comment est-ce que c'est présenté auprès des auditeurs ? Est-ce qu'il y a des communications qui sont faites par rapport aux auditeurs en disant l'IA générative a été utilisée, etc. Parce qu'on sait que c'est un sujet qui peut être tendu par rapport à la perception.
- Speaker #1
Alors déjà, il y a l'IA que, pour l'instant, on n'utilise qu'en cuisine. C'est-à-dire que ça va être là pour enlever des irritants, comme les RHM a parlé. Et pour faire gagner du temps à nos journalistes, à nos éditeurs et à tous ceux qui vont retravailler le contenu. Donc ça, c'est le premier point. Donc là, l'intelligence artificielle, elle n'est pas nouvelle, en fait. C'est-à-dire qu'utiliser un outil de transcript, ça va faire dix ans qu'on en utilise. C'est de l'intelligence artificielle.
- Speaker #0
C'est juste le nom qui est nouveau.
- Speaker #1
C'est ça. L'intelligence artificielle au sens Claude, ChatGPT, ce genre de choses, qui est un bot, en fait, tout simplement, ce n'est pas institué dans nos pratiques à Radio France. On a une charte dans laquelle on définit très clairement quelle est l'utilisation de l'intelligence artificielle. On donne à l'intérieur de cette charte-là la mise à jour régulière de tous les outils qui sont utilisés. Cette charte est publique, on peut la retrouver sur le site institutionnel de Radio France, qui est radiofrance.com. Et pour le coup, c'est un usage qui est très encadré. Il n'y a pas de contenu produit avec de l'intelligence artificielle, que ce soit aussi bien sur nos antennes que sur notre application et notre site. En revanche, auprès des auditeurs, à l'occasion, j'ai perdu la date du sommet de l'IA.
- Speaker #0
C'était début février, je crois. C'était il y a un peu plus d'un mois, il y a deux mois.
- Speaker #1
Oui, et on avait fait, notamment lors d'une journée sur France Inter, avec Charline qui avait fait une chronique, boosté à l'IA, dans ZoomZen aussi, on avait remplacé un chroniqueur avec de l'IA, etc. Et donc l'idée qu'il y avait derrière tout ça, c'était de montrer... Les limites et les avantages de l'intelligence artificielle à nos auditeurs est d'expliquer en fait. L'idée était vraiment d'expliquer, de dire que sur certaines choses en fait ça ne nous sera jamais utile, quand bien même ça évolue et que les avances évoluent, et que ce n'est pas notre positionnement à Radio France. L'intelligence artificielle n'est pas là pour remplacer, mais là pour nous permettre d'être encore plus productifs, si on utilise un mot un peu capitalistique, mais pour le coup l'idée elle est là. Et donc ce côté-là, on l'avait fait le lundi sur France Inter, on l'avait fait aussi sur France Info, et on l'avait fait sur France Bleu. Sur France
- Speaker #0
Culture, il y avait eu un épisode des pieds sur terre. Sur terre,
- Speaker #1
qui avait été totalement construit à base d'intelligence artificielle avec Sonia Kronlund. Et l'idée, c'est d'expliquer en fait. Et là-dessus, d'avoir ce qui est notre rôle en tant que médias de services publics, de faire de la pédagogie sur le sujet.
- Speaker #0
C'est la fin de la première partie de cette interview de DeepMedia avec Alexandre Barlot, chef de projet IA éditorial à Radio France. Je vous donne rendez-vous prochainement pour la suite de cet échange où l'on va continuer d'explorer le futur des médias à l'heure du numérique. En attendant, pour ne pas manquer les prochains épisodes, abonnez-vous à ce podcast et mettez les étoiles et commentaires adéquates. DeepMedia est un podcast autoproduit par FollowMeConseil, agence de formation et conseil stratégique spécialisée en IA générative et social media. A très bientôt !