- Speaker #0
Bienvenue dans DeepMedia, le podcast qui décrypte les médias à l'heure du numérique. Je suis Julien Bougeot, consultant social media et IA générative, mais avant tout passionné et curieux de l'univers média depuis plus de 15 ans. Dans un écosystème en perpétuelle transformation, comment les médias s'adaptent-ils ? Comment se réinventer face aux nouvelles technologies et aux géants du numérique ? Quel avenir pour l'information et ceux qui la produisent ? Si ces questions vous intriguent, alors vous êtes au bon endroit. Deep Media, c'est un temps de réflexion et d'échange avec celles et ceux qui façonnent l'avenir du secteur. A présent, place à la troisième et dernière partie de l'interview d'Alexandre Barlot, chef de projet IA Editorial à Radio France. Bonne écoute !
- Speaker #1
Comment est-ce que c'est évalué aussi cette mise en place de l'IA ? Est-ce qu'il y a des comités de pilotage ? Est-ce qu'il y a des espèces de points d'étape ? Et comment est-ce que ça se matérialise ? Comment est-ce que vous arrivez à juger finalement d'un succès ou d'un échec ou en tout cas de quelque chose à retravailler ?
- Speaker #2
Alors il y a plusieurs choses. On a un copie le cortex en fait qui à un moment donné est transverse et permet de piloter la stratégie à l'intelligence artificielle au niveau Radio France. Et il y a à l'intérieur de ce copie le cortex... Il y a un organe qui s'appelle la CIA, la cellule d'intelligence artificielle, où là, c'est des réunions qui sont pour les deux hebdomadaires et qui permettent de voir là où on doit mettre l'accent et très rapidement pouvoir dire, on n'a pas été là, il faut qu'on aille là. Où on est sur ce projet-là, là, il faut qu'on l'arrête parce qu'il n'y a pas un intérêt stratégique pour nous ou alors il y a un intérêt stratégique qu'il faut accélérer. Et on a des points d'étape comme ça qui sont hebdomadaires pour pouvoir... Être au plus près des besoins.
- Speaker #1
Oui, c'est ça, être agile et réactif. C'est ça. Ne pas se lancer dans un déploiement technique et puis se rendre compte peut-être. C'est ça.
- Speaker #2
Ou mobiliser des ressources extérieures à cette cellule-là, sur la partie technique notamment. C'est bien souvent le cas là-dessus, de pouvoir être réactif en fait.
- Speaker #1
Oui, carrément. Petite question, si on parle un peu en prospective. Comment est-ce que tu imagines la radio publique dans 10 ans ? avec tout ce qu'on vient de se dire, etc. Comment est-ce que tu imagines que ça va influencer fortement le média radio ou finalement ça va juste l'accompagner sans un bouleversement majeur ?
- Speaker #2
La vraie question, c'est qu'est-ce qu'on entend par le média radio ? Aujourd'hui, c'est la radio broadcast. Nous, à Radio France, ça fait quelques années qu'on a pris la décision de parler d'audio et plus de radio. C'est-à-dire qu'il y a l'AFM, ce qui est là où on a énormément d'auditeurs, etc. sur les différentes antennes. Mais on est aussi une plateforme, que je vous invite à télécharger pour le coup, là-dessus, mais on est aussi une plateforme. Et donc on pense plus en termes d'audio. Et on sait que l'audio, pour le coup, il n'est pas en décroissance. Autant la radio, on en parle à chaque vague, il y a une décroissance de ce média-là. Là, pour le coup... Ce n'est absolument pas le cas sur l'audio. Et Radio France se positionne sur l'audio. Et ce n'est pas uniquement des antennes, c'est aussi un orchestre, etc. On produit de la musique. Et là-dessus, on est un producteur. Comment sera l'audio demain ? Sur l'info, c'est une vraie bonne question. Parce qu'on voit comment ça évolue dans les voitures. On a des partenariats avec Renault pour être présent dans les voitures connectées, etc. Ça sera, je pense, un petit peu comme Netflix aujourd'hui, c'est-à-dire à la demande des gens.
- Speaker #1
Un enjeu de distribution et de personnalisation peut-être ?
- Speaker #2
Oui, qui sera ici. En revanche, nous on n'a pas vocation, et je ne pense pas qu'on peut le demander à n'importe qui ici, à évoluer. sur nos stratégies éditoriales.
- Speaker #1
Le cœur de métier va demeurer.
- Speaker #2
On le fait tellement bien que je ne pense pas que...
- Speaker #1
Oui, c'est ça. Non, mais c'est intéressant parce que c'est vraiment un positionnement de l'IA comme un facilitateur, un accélérateur, mais pas un outil de... de bouleversements et de chamboulements. L'audio restera l'audio et on écoutera toujours de l'audio qui ne sera pas prononcé par des machines, qui sera toujours prononcé par des humains dans des micros.
- Speaker #2
Après, là-dessus, on voit les expérimentations de la BBC, notamment sur la création de bulletins météo micro-ciblés, etc. On a l'incapacité aujourd'hui de faire un bulletin météo pour une personne qui se retrouve à Montpellier-la-Napoule dans le sud de la France. Et donc, peut-être que demain, on utilisera de l'intelligence artificielle pour créer quelque chose là. dessus ça je peux pas le dire je suis pas de 20 en revanche ce qui est sûr c'est que ça remplacera jamais notre capacité à aller sur le terrain qui est notre objectif premier le travail premier à la rencontre en fait de nos publics on a quand même été au début de la guerre en ukraine le deuxième média au monde a envoyé le plus de personnes en ukraine pour raconter ce
- Speaker #1
qui s'y passait on n'a pas vocation à s'arrêter de faire ça bien sûr mais puis à partir d'aujourd'hui c'est annoncé c'est à dire que la même un contenu qui peut être générée de manière synthétique à partir du moment où il est annoncé comme étant synthétique. aussi, je pense que l'acceptation du public peut être différente plutôt que de se retrouver face à quelque chose où c'est un peu ambigu. Je pense que c'est l'ambiguïté qui crée toute la confusion et tout le malaise qu'il peut y avoir avec ça. Si tu avais un peu une carte blanche pour un projet en antenne, avec de l'IA, tu partirais vers quoi ? Si on te disait, tiens, t'as un petit créneau, t'as le droit à de l'IA pour un projet édito à l'antenne, ou en podcast, ou voilà.
- Speaker #2
Pour un projet édito, je pense que je m'en servirais pas en... et je m'en... On ne servirait pas en fronte, comme on dit dans le numérique, dans un résultat auditeur. Sincèrement, en revanche, je mettrais beaucoup d'argent sur ici et toute la matière qui est produite. C'est un peu notre réseau fait. Facebook interne en fait. Et les gens parlent, passent à l'antenne. Et si j'avais de l'argent à mettre, je pense que je le mettrais ici pour pouvoir récupérer cette matière-là, la ranger, l'organiser, etc. et en faire un outil de remontée. Parce qu'il y a des témoignages tous les jours. Parce qu'il y a des gens qui donnent leur avis. Alors, je ne dis pas qu'ils sont positifs ou négatifs, on ne va pas les juger. Mais ça nous permet de nous donner une couleur de ce qui se dit et ce qui se raconte en France. Et aujourd'hui, c'est là où est notre grosse marge de progression. Et derrière, ça pourrait fermer. Mieux. Beaucoup, beaucoup de choses.
- Speaker #1
Est-ce que finalement, l'usage de l'IA à ce niveau-là, ça ne serait pas pour arriver à faire parler les territoires ? Ça pourrait être un petit peu ça, grâce à ces outils de remontée, finalement, de faire croiser ces témoignages qui sont maillés sur tout le territoire et de l'arriver à les faire parler sur un sujet commun, comme l'expérience d'ailleurs qui a été faite il y a quelques mois. C'est peut-être un petit peu ça aussi.
- Speaker #2
C'est notre objectif.
- Speaker #1
C'est un facilitateur, une fois de plus.
- Speaker #2
Oui, totalement.
- Speaker #1
Le gros enjeu, je pense qu'il est là, effectivement. Comme tu le dis, je pense que ça, effectivement, c'est un truc où c'est hyper pertinent, l'usage de tout ça.
- Speaker #2
C'est là où on a une richesse. En fait, je pense qu'aller créer, sincèrement, aller créer du contenu, avec Sniglo, avec Delia, pour en faire de la diff derrière, aujourd'hui, l'intelligence artificielle est en incapacité, en fait. Je donne un exemple concret. Quand on a Vanessa Decouro qui va en Ukraine et qui nous parle du régiment Azov, c'est la première à avoir des témoignages, c'est la première à parler de ça. Et je ne parle pas en France, je parle au monde, en fait. En fait, cette journaliste, elle est chez nous. elle est excellente, mais elle l'a dit en premier chez nous.
- Speaker #1
C'est ça, l'IA ne se déplace pas encore sur le terrain, et donc c'est pour ça que c'est difficile.
- Speaker #2
Même demain, en fait. Des échanges entre deux personnes que l'on a... Comme ça, sans captation, il y a un moment donné, un off qui est donné à l'Assemblée nationale. Notre journaliste ne va peut-être pas le restituer à l'antenne. Et 95% du temps, le restituera pas à l'antenne. En revanche, ce contexte-là qu'il aura amassé... Et donc quand il doit interpréter une parole publique d'un François Bayrou ou de... Ruffin, pour le coup, en fait, il a un contexte, il sait ce qui se passe en cuisine. Et là, l'IA n'est pas en capacité de le faire. Il ne sera jamais en capacité de le faire parce qu'il y a un moment donné, le secret, le culte du secret dans notre quotidien, il y a certaines choses qu'on ne partage même pas avec la personne avec qui on partage. à vie. Donc il y a un moment donné...
- Speaker #1
Et puis il y a tout le sujet aussi de la manière dont on parle à une IA, c'est à dire qu'une IA, on voit bien quand on prompte une IA, il faut lui parler d'une manière très particulière. Quand on se parle entre nous, quand on travaille avec d'autres personnes sur un projet, il y a plein de choses qui sont... sont en fait de l'implicite. On n'a pas besoin de le préciser parce qu'on a l'habitude, parce que comme tu dis, on a une culture métier, etc. Et ça, c'est vrai que l'IA n'a pas cette culture métier là et on est perpétuellement obligé de lui réapprendre. Alors on peut la nourrir, on peut la finituner au bout d'un moment sur certains trucs.
- Speaker #2
Il y aura des limites. Et nous, on préfère se dire, je préfère investir sur de l'IA pour que mon journaliste qui se retrouve en Syrie, il ait une charge mentale en moins, il ait gagné trois quarts d'heure, une heure, et qu'en fait, sur ces trois quarts d'heure, une heure-là, d'abord. il va prendre une demi-heure lui pour se reposer, puis il va passer une demi-heure de plus avec la personne. Et on sait très bien que c'est à la fin d'un échange qu'on a le plus d'informations. Ce n'est pas au début.
- Speaker #1
C'est vrai que ça, c'est un vrai truc. C'est-à-dire que le journalisme est un métier qui est hyper hybride, qui est très subjectif, pas dans le traitement, mais dans la manière dont on le fait, parce que c'est de l'humain, parce que c'est une matière malléable, l'information. On n'est pas en train de faire des éprouvettes avec des tests, on n'est pas en train de faire de la chimie où c'est très cadré, etc. On est dans du journalisme, donc on est sur de l'humain, on est dans de l'audio, on est dans de la création, etc. Donc c'est vrai que c'est compliqué pour une IA d'arriver à s'adapter, à avoir ce degré d'humanité et de subjectivité qui puisse combler, remplacer en tout cas un humain. Donc c'est vrai qu'à ce titre-là, le journalisme a quand même, en tout cas les métiers de la création audio, de manière générale les métiers de la création ont beaucoup d'avance. et seront compliqués à rattraper. Autant sur les métiers très techniques, très cadrés, c'est possible.
- Speaker #2
Sur de la créa, non, à part à un moment donné. Si quand tu fais une de magazine, que ton designer te sort toujours le même truc, tu peux le challenger avec de l'IA, mais il serait obligé de refaire passer quelqu'un dessus pour un moment donné. Même si ça te sort un truc parfaitement. Mais il faudrait qu'il y ait quelqu'un qui ait un esprit à un moment donné, qui va aller se nourrir de cet échafaudage que l'on voit de l'autre côté de la rue et de cet enfant qui est en train de courir avec un parapluie alors qu'il y a du soleil. Et en fait, c'est ça qui, à un moment donné, va lui créer l'IA. En fait, ce n'est qu'un système probabiliste qui donne une réponse par rapport à une donnée qu'on lui a donnée. Il ne crée pas, il génère.
- Speaker #1
Le côté probabiliste est essentiel. C'est-à-dire que, surtout dans un monde qui est soumis à plein de soubresauts, etc., la probabilité, elle n'a plus aucune valeur. Par contre, c'est un facilitateur, comme on disait dans notre échange, chez les tâches répétitives. tout ce qui est répétitif, qui est très cadré, qui est chronophage pour les équipes, là-dessus, ça peut être très bénéfique pour des métiers qui vont davantage valoriser tout le savoir-faire et toute l'expertise des journalistes.
- Speaker #0
C'est ça.
- Speaker #1
Super, merci en tout cas.
- Speaker #0
C'est la fin de la troisième et dernière partie de cette interview de DeepMedia avec Alexandre Barlot, chef de projet IA éditorial à Radio France. Je vous donne rendez-vous prochainement pour de nouvelles interviews avec celles et ceux qui façonnent l'avenir des médias à l'heure du numérique. En attendant, pour ne manquer aucun des prochains épisodes, abonnez-vous à ce podcast et mettez les étoiles et commentaires adéquats. DeepMedia est un podcast autoproduit par Follow Me Conseil, agence de formation et conseil stratégique spécialisé en lumière générative et social media. A très bientôt !