Speaker #0Bienvenue dans DeepMedia, le podcast qui décrypte les médias à l'ère du numérique. Je suis Julien Bougeot, consultant en social media, IA générative et formateur depuis plusieurs années. Mais avant tout, je suis un passionné et curieux de l'univers médiatique depuis plus de 15 ans. Aujourd'hui, je vous propose une série de micro-épisodes spéciaux depuis les huitièmes rencontres de l'innovation éditoriale qui se sont déroulées il y a quelques jours à Paris. Un événement porté par Samsa.fr qui réunit les professionnels des médias de tous horizons. Sans plus attendre, faisons le point sur les temps forts que j'ai vécu au cours de cet événement. Cette année, au rencontre de l'innovation éditoriale, on n'a pas parlé d'IA comme d'une promesse. On en a parlé comme d'un fait. Ce qui me frappe d'abord, quand on a passé une journée au rencontre de l'innovation éditoriale, ce n'est pas la nouveauté des outils, c'est le changement de posture des médias. L'IA générative n'est plus un sujet d'expérimentation périphérique. Elle est désormais intégrée, testée, mesurée, industrialisée. Et surtout, discutée politiquement, écologiquement, même éditorialement, bien évidemment. Dès les premières conversations, notamment avec Nastasja Hjadi et Elis Colette, un rappel essentiel est fait. L'IA n'est pas immatérielle. Les data centers ont un impact direct sur les territoires. Forte augmentation de la consommation électrique locale, pression sur l'eau, des effets sur les ressources et les infrastructures, invisibles mais pourtant bien réels. Face aux géants de la tech, parfois qualifiés sans détour de techno-autoritaire, une idée forte émerge, redonner de la matérialité au discours. Parler d'IA, ce n'est pas seulement parler de productivité ou de format, c'est parler de ressources, de dépendance, de souveraineté éditoriale. Autre sujet, du côté des rédactions qui passent à l'IA, c'est la mise à l'échelle qui a été mise en avant à l'occasion de ces rencontres. L'intervention de Ludovic Blecher, qui dirige l'entreprise technologique Wybird, a marqué un tournant très clair. Les médias sont sortis de la phase POC. Trois exemples concrets pour saisir ces enjeux. Lorient le jour tout d'abord qui publie désormais 17 articles par jour en anglais grâce à l'IA. Le résultat, on passe de 3 heures de traduction en moyenne à 45 minutes par article. Vient un système de prompt manager garantissant cohérence et personnalisation. En Afrique du Sud, le Daily Maverick a misé sur le multi-format automatisé, avec du speed-read sans rich-media, avec des résumés ainsi que de la lecture audio. 1000 articles sont générés par mois sans dégrader l'exigence éditoriale. En Italie, InMessengerio utilise l'IA comme data painter pour produire des infographies et ce à grande échelle. Temps de production divisé par 8, de 2h à 15 minutes désormais. Et surtout, plus d'autonomie pour les journalistes pour de nouvelles tâches. Le constat est assez clair dans le domaine. L'IA libère du temps éditorial quand elle est intégrée au workflow et pas plaquée dessus. Du côté du parisien, le cadre, lui, il est clair et il est posé depuis 2023. Aucune publication sans supervision humaine. Le LabIA du journal fonctionne comme une fabrique de mini-softs qui sont dédiés à des tâches répétitives. Mise au format, inspiration, coupe d'articles pour le print, etc. Les actions sont variées mais permettent de gagner un temps essentiel dans la fabrique de l'information et ses déclinaisons. Stanislas de Livonnières, responsable du service IA, Data et Innovation au Paris IA, a présenté à ce moment-là un chiffre qui retient toute l'attention. 90% de taux d'efficacité sur les outils développés en interne via le Lab IA. Et il y a un paradoxe aussi. L'outil jugé le plus utile par les journalistes reste le Deep Research. Mais c'est aussi le plus sous-exploité, bien qu'il permette efficacement de creuser un sujet en ayant accès immédiatement à une base de données considérable. Là encore, l'enjeu n'est pas technologique. Il est culturel et surtout ergonomique. pour assurer une bonne prise en main et surtout une efficacité maximale. Le mot d'ordre parisien demeure le suivant. Non, nos assistants IA ne rendent pas fainéants. Du côté de la vidéo, il y avait plusieurs interventions et il y a plusieurs signaux forts qui se sont faits jour du côté des nouvelles écritures et des risques qui sont associés à tout ça. Aux échos par exemple, la refonte de l'offre YouTube présentée par Pierre Schneiderman, un ancien combini et en charge de ce chantier est spectaculaire. Plus 100 000 abonnés en un an. Ce succès... s'explique seulement en quelques points. Des face-cam assumées par une majorité des équipes impliquées dans le projet, 6 journalistes sur 7. Une écriture pensée pour l'oral qui expurge certaines tournures littéraires, mais peu audibles. Des formats narratifs originaux pensés comme des concepts éditoriaux avant toute chose. Et un temps de production long pour créer des formats à haute valeur ajoutée. Par exemple, 10 jours pour la production complète d'une vidéo de 10 minutes. C'est-à-dire qu'on garde l'essence même des échos et la qualité de l'information. Mais on change l'écriture, la mise en forme. Mais YouTube reste un terrain assez instable. Les créateurs Justine Rex et Max Lollum, présents lors de ces rencontres, le rappellent. 20 millions de vidéos sont publiées chaque jour sur la plateforme. Des mots demeurent interdits sur cette plateforme sous peine de voir leur travail retiré, ce qui fragilise le journalisme notamment dans sa dimension investigation au cœur des crises qui secouent le monde. Enfin, le modèle économique demeure encore bancal. Les questions face à cette situation, elles fusent. Faut-il rester indépendant ? Faut-il s'adosser à un média comme l'a fait Max Lollum à Écarté pour son documentaire High School Radical ? La réponse est-elle dans la création de collectifs de journalistes pour gagner en puissance ? La réponse n'a... absolument pas été tranchée et l'on sent que le sujet va encore largement évoluer avec la puissance constante et permanente de YouTube. Du côté du référencement, le sujet du SEO au croisement de l'AI overview a suscité pas mal d'interrogations également. En Suisse, pour le journal Le Temps, l'arrivée de Google AI overview a eu un effet immédiat. Les clics issus des overviews passent de 3% à 6%. Mais le CTR, quant à lui, est divisé par deux. De fait, le constat n'est pas idyllique, avec une moralité assez implacable. L'IA cherche Mais le SEO ne disparaît pas. La recette pour continuer à performer en SEO et gagner en visibilité sur les LLM reste éditoriale selon eux. Singularité dans les productions de contenus pour se différencier. Mener des enquêtes pour apporter des contenus à haute valeur ajoutée. Produire des exclusivités pour braquer les regards du public et des contenus vers ces mêmes contenus. Envisager la diversification des formats pour nourrir les outils selon tous les angles et parler aux audiences quel que soit leur mode de consommation. Et enfin, faire de la synergie entre tous. toutes ces entrées, qu'il s'agisse de data, newsletter, notification, vidéo verticale, afin d'établir des stratégies personnalisées qui ne se perdent pas dans divers scénarios. En quelques mots, ces huitièmes rencontres de l'innovation éditoriale l'ont montré sans détour. L'IA ne sauvera pas les médias. Mais elle peut leur redonner du temps, de la portée et de la lisibilité. À condition de rester un outil, pas un récit dominant. La vraie question n'est donc plus, faut-il utiliser l'IA ? Mais plutôt, qu'est-ce que nous choisissons d'en faire ? Et à quel coût ? Éditorial, écologique. démocratique. C'est sans doute là que se jouera la prochaine étape. Je vous remercie d'avoir écouté cet épisode spécial depuis l'édition 2026 des rencontres de l'innovation éditoriale qui se sont déroulées récemment à Paris. Je vous donne rendez-vous très rapidement pour la suite de ces micro-épisodes spéciaux.