- Speaker #0
Bienvenue dans DeepMedia, le podcast qui décrypte les médias à l'heure du numérique. Je suis Julien Bougeot, consultant social-média et IA générative, mais avant tout passionné et curieux de l'univers média depuis plus de 15 ans. Dans un écosystème en perpétuelle transformation, comment les médias s'adaptent-ils ? Comment se réinventer face aux nouvelles technologies et aux géants du numérique ? Quel avenir pour l'information et ceux qui la produisent ? Si ces questions vous intriguent, alors vous êtes au bon endroit. DeepMedia, c'est un temps de réflexion et d'échange avec celles et ceux qui façonnent l'avenir du secteur. Aujourd'hui, Je vous présente un épisode spécial consacré au dernier rapport de l'ARCOM, les français et les fausses informations, tout récemment sorti. Cette étude permet de faire un état des lieux de la désinformation dans le paysage médiatique français. Que cela soit dans les médias dits traditionnels, ainsi que dans les médias digitaux, à l'heure des réseaux sociaux dopés aux algorithmes et au développement massif de l'IA générative. Afin de vous proposer une version synthétique de l'étude, je vous propose un résumé généré grâce à la fonctionnalité résumé audio de Google Notebook LM. A présent. je vous laisse découvrir cet épisode et je passe la parole à mes deux co-A.I. animateurs. Bonne écoute !
- Speaker #1
97%, c'est le chiffre qui m'a sauté aux yeux direct en ouvrant le document.
- Speaker #2
Ouais, c'est massif, c'est quasiment la totalité de la population française en fait.
- Speaker #1
C'est ça, 97% des Français qui estiment être exposés aux fausses informations. Et le truc un peu ironique dans tout ça, c'est que quand on pose la question, on a tous l'impression d'avoir un radar infaillible.
- Speaker #2
On se sent tous super malins face aux mensonges, tu sais.
- Speaker #1
Grave. On se dit que c'est les autres qui se font avoir, pas nous. Sauf que quand cette fameuse étude les a réellement testés face à des contenus concrets, le chiffre s'effondre.
- Speaker #2
Il s'effondre complètement. Seuls 23% ont réussi à identifier systématiquement ce qui était faux.
- Speaker #1
23%, c'est le point de départ de notre décryptage d'aujourd'hui. On vit dans une époque de surconfiance informationnelle absolue.
- Speaker #2
Et le réveil est assez brutal. Ce fameux chiffre des 23% de bons détecteurs, il ne sort pas de nulle part. Il provient de la très grande étude publiée par l'ARCOM en mars 2026.
- Speaker #1
L'étude qui s'intitule sobrement « Les Français et les fausses informations » , c'est ça ?
- Speaker #2
Exactement. Et pour le coup, c'est un document vraiment massif. C'est une véritable radiographie de notre rapport à la vérité aujourd'hui en France.
- Speaker #1
Et pour bien situer l'enjeu pour ceux qui nous écoutent, l'ARCOM, ce n'est plus juste le vieux gendarme de l'audiovisuel qui surveille le temps de parole à la télé, quoi.
- Speaker #2
Non, plus du tout. Le rôle a complètement muté. Avec la loi SREN 2024, tu sais, la loi pour sécuriser l'espace numérique, l'ARCOM est devenu en fait le bras armé en France du DSA.
- Speaker #1
Le fameux règlement européen sur les services numériques.
- Speaker #2
C'est ça. Et ça change absolument tout. Parce que ça leur donne un accès direct aux fameuses VELOPS. Alors attends,
- Speaker #1
je t'arrête tout de suite. Il faut qu'on traduise ce jargon européen. C'est quoi une VELOPS ?
- Speaker #2
Ouais, pardon pour l'acronyme. Les VELOPS, pour Very Large Online Platforms and Search Engines, Ce sont les poids lourds d'Internet. Meta, Google, TikTok, X.
- Speaker #1
Les géants, quoi.
- Speaker #2
Voilà. Et pendant des années, ces plateformes opéraient vraiment comme des boîtes noires. On voyait le contenu qui en sortait, mais on ne savait pas du tout comment la machine tournait à l'intérieur.
- Speaker #1
Et du coup, le DSA change ça.
- Speaker #2
Totalement. Le DSA donne aux régulateurs, pour la première fois en fait, le droit d'ouvrir le capot. Ils peuvent auditer les algorithmes, voir comment l'information est poussée.
- Speaker #1
Ce qui rend cette étude de 2026 hyper... hyper précieuse du coup. Parce que l'objectif de notre analyse aujourd'hui, c'est pas juste de répéter en boucle que les fake news, c'est mal, on a passé ce stade.
- Speaker #2
Ah ben on est bien au-delà de ça, oui.
- Speaker #1
La vraie mission de notre discussion, c'est de disséquer la mécanique de notre propre crédulité. On va voir comment l'intelligence artificielle accélère tout ça, comprendre qui se fait piéger et pourquoi.
- Speaker #2
Et surtout, extraire les grandes réflexions pour bâtir l'immédiat de demain. Parce que là, le bricolage, ça suffit plus du tout.
- Speaker #1
Non, c'est clair vu l'ampleur des dégâts. Et d'ailleurs, parlons-en des dégâts.
- Speaker #2
Ils sont profonds. Quand tu regardes les conséquences perçues par les gens interrogés, 92% estiment que ça dégrade la confiance dans les médias. 92 !
- Speaker #1
Ah ouais, c'est énorme.
- Speaker #2
Et c'est pas tout. 89% y voient une perte de confiance dans les institutions publiques en général. Et presque 80% considèrent que c'est une menace directe pour la démocratie et les élections.
- Speaker #1
Donc on parle plus du tout d'un petit troll amusant sur un forum là. C'est une force d'érosion sociétale.
- Speaker #2
Exactement. C'est systémique.
- Speaker #1
Et je pense que pour combattre cette érosion, il faut utiliser les bons mots. Dans le langage courant, tu vois, on jette tout sous l'étiquette « fake news » . C'est un peu le mot fourre-tout.
- Speaker #2
C'est le mot valise par excellence, ouais. Mais le rapport de l'ARCOM, lui, il établit une taxonomie super rigoureuse. Il montre qu'il n'y a pas un, mais trois types de faux bien distincts.
- Speaker #1
Et c'est là que ça devient facile. Tu peux nous détailler ces trois catégories ?
- Speaker #2
Bien sûr. La distinction est fondamentale pour comprendre comment ça se propage. La première catégorie, la plus classique on va dire, c'est la désinformation.
- Speaker #1
Donc là, c'est le mensonge pur et dur.
- Speaker #2
C'est ça. C'est un contenu faux, fabriqué de toutes pièces, avec une intention hyper claire de nuire, de manipuler l'opinion, ou juste de faire du clic pour le profit.
- Speaker #1
Ok, ça c'est le schéma qu'on connaît. Et la deuxième ?
- Speaker #2
La deuxième, c'est la mésinformation. Là, l'information est fausse aussi, mais la différence, c'est l'intention. Elle est partagée par quelqu'un qui y croit sincèrement, sans aucune malice.
- Speaker #1
Ah oui, genre l'ongle qui partage une vieille rumeur alarmiste sur Facebook en pensant vraiment en protéger sa famille, quoi.
- Speaker #2
Tout à fait. Il est persuadé de bien faire. Il se trompe, mais il n'a pas envie de nuire.
- Speaker #1
Et alors la troisième catégorie. C'est celle qui m'a le plus retourné le cerveau quand j'ai lu l'étude. C'est la... malinformation.
- Speaker #2
C'est de loin la plus complexe.
- Speaker #1
Si on file un peu la métaphore médicale, on pourrait dire que la désinformation, c'est un virus qu'on connaît bien, avec des gros symptômes visibles. Mais la malinformation, c'est genre un variant furtif qui contourne notre système immunitaire. Comment ça marche concrètement ?
- Speaker #2
C'est exactement ça, le variant furtif. En fait, la malinformation, c'est redoutable parce que ça utilise des briques de vérité pour construire un mensonge global.
- Speaker #1
Attends, une vérité pour faire un mensonge ?
- Speaker #0
Ouais.
- Speaker #2
Tu prends un élément... purement factuelles. Une vraie photo, une vraie citation, de vraies statistiques. Mais tu les sors délibérément de leur contexte originaire pour induire les gens en erreur.
- Speaker #1
T'as un exemple précis en tête.
- Speaker #2
Imagine, tu prends l'image d'une manifestation ultra-violente. La photo est 100% authentique, pas de photoshop, mais elle a été prise il y a 5 ans dans un autre pays.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #2
Et toi, tu la publies aujourd'hui sur un réseau social en affirmant que ça se passe en ce moment même en bas de chez vous, dans votre ville.
- Speaker #1
Ah ouais, c'est diabolique. Parce que le fait brut est vrai, l'image est réelle, mais le récit qu'on plaque dessus est totalement empoisonné.
- Speaker #2
C'est ça. Et nos anticorps critiques, ils s'endorment complètement face à ça. Notre cerveau voit la photo, il valide direct l'authenticité visuelle, et du coup il gobe le faux contexte sans même vérifier.
- Speaker #1
J'imagine même pas le cauchemar pour un journaliste fact-checker qui doit démonter ça.
- Speaker #2
Mais c'est une complexité folle. Prouver qu'une image générée par une intelligence artificielle est fausse, c'est presque une question technique aujourd'hui. Mais démonter une malinformation ?
- Speaker #1
Faut tout recontextualiser.
- Speaker #2
Voilà, ça demande d'expliquer une nuance, de restituer une chronologie complète, de faire de la pédagogie. Et ça, c'est un processus super lent.
- Speaker #1
Et on le sait très bien, pendant que le journaliste rédige sagement son explication super nuancée, la publication d'origine, qui joue sur l'émotion, elle a déjà fait trois fois le tour du web.
- Speaker #2
Exactement, le temps médiatique n'est pas le même.
- Speaker #1
Ce qui nous plonge direct au cœur de la salle des machines, en fait. Le rôle de la technologie. Parce qu'une rumeur ou un mensonge murmuré dans un café, ça ne fait pas vaciller une démocratie. S'il y a une épidémie de cette ampleur, c'est qu'il y a un vecteur de transmission dopé au stéroïde.
- Speaker #2
Et le rapport pointe évidemment du doigt à l'intelligence artificielle générative, tu t'en doutes.
- Speaker #1
Ouais, l'IA générative qui a littéralement fait s'effondrer les coûts de production du faux, c'est ça Evelyne ?
- Speaker #2
Totalement. Historiquement, tu vois, monter une opération de manipulation de l'information à grande Ausha, ça demandait des ressources énormes. Des usines à trolls, des fermes de clics... des techniciens pointus pour truquer des images de façon crédible.
- Speaker #1
Fallait du budget et du temps, quoi.
- Speaker #2
C'est ça. Aujourd'hui, avec l'IA générative, n'importe quel individu derrière son écran peut générer des textes ultra convaincants, des clones vocaux parfaits de politiciens ou des images hyper réalistes. Et ça, en quelques secondes.
- Speaker #1
Et pour un coup qui frôle le zéro absolu.
- Speaker #2
Le coût marginal est nul. Donc, mécaniquement, le volume de contenu manipulé explose sur les réseaux.
- Speaker #1
Alors, j'entends bien ce constat, mais... J'ai quand même un petit problème avec cette focalisation sur l'IA, tu vois. On passe notre temps à pointer du droit à l'intelligence artificielle, comme le grand méchant loup de l'histoire.
- Speaker #2
Tu penses que c'est l'arbre qui cache la forêt ?
- Speaker #1
J'ai envie de dire, l'IA fabrique la balle, mais c'est l'algorithme qui appuie sur la gâchette, non ? Je veux dire, si je génère une fausse image du pape en doudoune dans mon salon, et que l'image reste sachement sur mon disque dur, il n'y a aucun problème de société.
- Speaker #2
C'est tout à fait vrai.
- Speaker #1
C'est bien l'algorithme de distribution de la plateforme qui décide de façon totalement souveraine de prendre cette image et de la propulser sur 3 millions d'écrans pour faire du clic.
- Speaker #2
C'est une excellente métaphore. L'image de la balle et de la gâchette, ça illustre parfaitement la responsabilité systémique que le DSA essaie justement de réguler. Le vrai cœur du réacteur, c'est pas l'outil qui crée, c'est l'architecture qui diffuse.
- Speaker #1
Parce que les algorithmes de recommandation, ils sont pas du tout conçus pour évaluer la vérité d'un truc en fait.
- Speaker #2
Ah mais pas du tout. L'algorithme se fiche complètement de la véracité ou de l'utilité sociale d'un contenu. Il est optimisé pour... une seule et unique métrique, l'engagement.
- Speaker #1
Le temps de cerveau disponible, quoi. Le temps passé sur la plateforme.
- Speaker #2
Exactement. L'objectif, c'est de te garder connecté le plus longtemps possible pour te montrer des pubs.
- Speaker #1
C'est un peu comme un restaurateur qui aurait découvert que ses clients mangent beaucoup plus vite et reviennent tous les jours si on leur sert uniquement du sucre pur et du gras.
- Speaker #2
Ouais, c'est une bonne analogie.
- Speaker #1
Il arrête totalement de servir des légumes, non pas par méchanceté absolue, mais juste parce que le sucre optimise son chiffre d'affaires. Et il ignore complètement les problèmes de santé publique catastrophiques que ça va générer à long terme.
- Speaker #2
C'est exactement la mécanique des réseaux sociaux. L'algorithme en se nourrit de nos réactions impulsives. Et qu'est-ce qui fait réagir un être humain sur Internet ?
- Speaker #1
La colère, l'indignation.
- Speaker #2
La peur. Ou encore l'hypervalidation de ses propres croyances. Une information nuancée, bien vérifiée, ça génère infiniment moins de likes et de commentaires qu'une théorie du complot bien choc.
- Speaker #1
Du coup, l'algorithme invisibilise la nuance de lui-même.
- Speaker #2
C'est automatique. Il offre une prime de viralité massive au contenu clivant. Et l'étude de l'Arcom le souligne très bien. Sur le long terme, même une exposition qu'on pourrait qualifier de légère mais qui est constante, ça finit par modifier notre perception de la réalité.
- Speaker #1
Ça fracture la cohésion sociale à petit feu.
- Speaker #2
Exactement.
- Speaker #1
Donc on a des algorithmes qui nous gavent de malbouffe informationnelle parce que, ben, on clique. Au bout du compte, le responsable ultime de cet engagement, c'est notre propre cerveau. Le fameux facteur humain.
- Speaker #2
Et c'est là que l'étude devient un miroir un peu dérangeant pour nous tous.
- Speaker #1
Ouais, je reviens sur notre point de départ de tout à l'heure. Presque personne ne se sent dupe, mais presque tout le monde l'est dans les faits.
- Speaker #2
C'est le grand paradoxe de la nature humaine face à l'info. Plus d'un tiers des sondés reconnaissent avoir déjà partagé des informations qui se sont révélées fausses par la suite.
- Speaker #1
Un tiers ? C'est énorme d'admettre ça déjà.
- Speaker #2
Mais le plus fou, c'est que quand ils tombent sur un contenu douteux, seule une infime minorité utilise les outils de signalement de la plateforme. En gros, on consomme, on doute vaguement dans notre coin, on partage même parfois, mais on ne fait rien pour nettoyer l'environnement.
- Speaker #1
On nage en plein d'effets Dunning-Kruger, cette fameuse illusion de compétence. On a tous le syndrome du conducteur parfait.
- Speaker #2
C'est-à-dire ?
- Speaker #1
On est tous persuadés d'être le seul à savoir bien conduire sur l'autoroute et on se dit que tous les autres sont des dangers publics finis.
- Speaker #2
Ah oui, je vois très bien.
- Speaker #1
Avec l'information, c'est pareil. On estime que notre propre esprit critique est impénétrable, qu'on est hyper rationnel et que seuls les autres... Les naïfs se font manipuler par les fake news. Sauf que le test pratique de l'Arcom nous fait tomber de haut. 23% de réussite.
- Speaker #2
Ouais, le chiffre fait mal à l'ego.
- Speaker #1
D'ailleurs, petite question. Si je devais deviner, comme ça, qui sont ces fameux 23% capables de déjouer les pièges algorithmiques, je mettrais un billet sur les digital natives. Tu sais, les 20-30 ans qui ont grandi avec un smartphone greffé dans la main et qui connaissent tous les codes d'internet. J'ai bon ?
- Speaker #2
Eh ben non. C'est une supposition hypo... hyperlogique, mais les données de l'étude montrent précisément l'inverse.
- Speaker #1
Ah ouais ?
- Speaker #2
Ouais. Le profil type du bon détecteur ne repose pas du tout sur l'aisance technologique, il repose sur les habitudes de consommation de l'information.
- Speaker #1
Donc c'est pas une question d'âge ou de maîtrise de l'outil ?
- Speaker #2
Non, ce sont majoritairement des individus qui s'enforment par la télévision, la radio ou la presse écrite, qu'elle soit papier ou en ligne d'ailleurs.
- Speaker #1
Donc on parle de médias éditorialisés en fait. Des endroits où il y a un rédacteur en chef... une vraie hiérarchie de l'info.
- Speaker #2
Exactement, c'est le point clé. Et l'étude précise que ces personnes, qui se situent d'ailleurs plutôt au centre ou à gauche sur l'échiquier politique en général, partagent un trait de caractère fondamental.
- Speaker #1
Lequel ?
- Speaker #2
Elles accordent un très haut niveau de confiance aux piliers institutionnels.
- Speaker #1
Ok, donc la justice, l'école...
- Speaker #2
Voilà, elles font confiance aux enseignants, aux juges et surtout aux journalistes professionnels. Elles s'appuient sur une grille de lecture analytique et, d'une certaine manière, Elle délègue une part du travail de vérification à des institutions dont c'est le métier.
- Speaker #1
Je vois. Ce qui veut dire, par effet miroir, qu'à l'autre extrémité du spectre, on trouve les gens qui ont complètement rompu avec ces institutions. L'étude de l'Arcom parle d'environ 20% de la population qui serait, je cite, « fortement perméable au faux » . C'est qui ces 20% ?
- Speaker #2
Ce groupe-là se caractérise par un usage ultra-intensif, voire exclusif, des réseaux sociaux pour s'informer. Il contourne tout. totalement les médias traditionnels. La télé ou les journaux, c'est fini pour eux.
- Speaker #1
Et donc, leur confiance, elle va où ?
- Speaker #2
Elle est transférée vers d'autres figures, principalement les créateurs de contenus, les influenceurs ou les leaders d'opinion communautaire sur Internet.
- Speaker #1
Ceux qui parlent fort face caméra, en gros.
- Speaker #2
C'est un peu ça. Et de manière très liée, l'ARCOM observe chez ces personnes une adhésion nettement plus forte aux rhétoriques complotistes.
- Speaker #1
Et d'ailleurs, pour arriver à ces conclusions, c'est intéressant de voir comment l'ARCOM a bossé. Ils n'ont pas posé des questions théoriques. Ils ont utilisé des cas pratiques hypersensibles.
- Speaker #2
Ouais, de vrais crash-tests.
- Speaker #1
Ils ont testé les réactions des Français face à des thématiques très dures, comme le président ukrainien Zelensky, les soignants opposés au vaccin ou des images de manifestations liées à l'immigration. Et je précise tout de suite pour nos auditeurs, pour être absolument clair, l'étude ne juge pas du tout le fond de ces débats politiques.
- Speaker #2
Non, bien sûr, l'ARCOM n'est pas là pour dire qui a raison ou... tort sur la géopolitique ou la santé.
- Speaker #1
C'est ça. Ces sujets, ils servent uniquement de révélateurs. Mais pourquoi avoir choisi des thèmes aussi inflammables pour leurs tests ?
- Speaker #2
La méthodologie, elle visait spécifiquement à engager l'affect des participants. Les chercheurs savent très bien que la rationalité humaine, c'est pas une forteresse constante.
- Speaker #1
Ouais, on n'est pas des robots.
- Speaker #2
Exactement. Quand on te présente une info neutre, genre la météo ou le score d'un match de foot dont tu te fiches, ton esprit critique fonctionne à plein régime.
- Speaker #1
Mais si on touche à une corde sensible ?
- Speaker #2
Voilà. Dès qu'un sujet vient percuter tes valeurs morales, tes peurs profondes ou ton identité politique, c'est l'émotion qui prend direct le volant.
- Speaker #1
Et les capacités d'analyse, elles sautent par la fenêtre.
- Speaker #2
Elles s'effondrent. Et à ce moment-là, on a... tous tendance à croire instantanément sans vérifier tout ce qui conforte notre vision du monde. C'est le fameux biais de confirmation dans toute sa splendeur.
- Speaker #1
Et c'est tellement humain au final. Mais le rapport fait aussi un focus qui m'a interpellé sur la tranche des 15-24 ans. Les plus jeunes donc. Et il décrit leur posture avec une phrase que je trouve géniale. Une vigilance active, mais des repères fragiles.
- Speaker #2
C'est une super synthèse de leur situation.
- Speaker #1
En gros, ils ne sont pas crédules. Ils doutent. Ils savent qu'on essaye de les manipuler en permanence. Mais j'ai l'impression qu'ils doutent. tellement de tout que le concept même de vérité factuelle devient super relatif pour eux.
- Speaker #2
C'est tout à fait le constat. Mais le problème, en fait, il vient surtout de l'architecture, même de ce qu'ils consultent toute la journée.
- Speaker #1
L'interface des applications.
- Speaker #2
Ouais, lui, des plateformes comme sur TikTok ou Instagram. Ça crée ce que les sociologues appellent un effondrement du contexte.
- Speaker #1
Ah, c'est intéressant ça. Explique un peu.
- Speaker #2
Visuellement, sur ton téléphone, tout est placé exactement sur le même plan. Dans ton flux de vidéos, tu vas avoir une enquête d'investigation ultra poussée qui a nécessité 6 mois de boulot et 3 validations juridiques. Elle occupe le même espace visuel qu'une vidéo bidon.
- Speaker #1
Le même format vertical, la même musique en fond.
- Speaker #2
C'est ça. Elle a exactement le même poids visuel que la vidéo d'un inconnu total qui hurle une théorie du complot depuis le siège de sa voiture.
- Speaker #1
C'est terrifiant vu comme ça en fait. La hiérarchie visuelle est complètement plate. Et donc, si le contenant est identique... Le cerveau, surtout quand t'es jeune et que tu scrolles à toute vitesse, il a un mal de chien à différencier la valeur réelle du contenu.
- Speaker #2
Bien sûr.
- Speaker #1
Si le grand reporter du JT et le poste de CryptoBoy99 pèsent le même point dans le flux, pourquoi le gamin ferait confiance à l'un plus qu'à l'autre ?
- Speaker #2
Et voilà d'où vient la fameuse fragilité des repères. La vigilance est là, les jeunes savent qu'il y a des pièges partout, mais on leur a enlevé la boussole institutionnelle claire pour s'orienter.
- Speaker #1
Ce qui nous propulse vers la dernière grande étape de notre réflexion est... peut-être la plus importante, les pistes de solutions.
- Speaker #2
Ouais, comment on sort de là ?
- Speaker #1
Parce que si le problème, c'est pas juste que les gens sont bêtes ou inattentifs, mais bien que l'architecture même de l'information sur Internet détruit la confiance, comment on reconstruit tout ça ? L'Arcom esquisse les fondations de ce qu'ils appellent les médias de demain.
- Speaker #2
Et manifestement, ça passera pas par des petites retouches. On s'en sortira pas juste en rajoutant quelques algorithmes de modération en plus chez Meta ou X.
- Speaker #1
Le rapport dit quoi là-dessus ?
- Speaker #2
Il est super catégorique, la réponse purement technique, c'est une impasse totale. Il faut une approche écosystémique, globale.
- Speaker #1
Donc on commence par quoi ? L'école ?
- Speaker #2
Oui, ça commence par l'éducation aux médias et à l'information. Et attention, pas juste comme une petite option marginale au collège, mais vraiment comme une compétence de survie civique fondamentale, qu'il faut enseigner massivement, surtout aux publics qui sont très éloignés des institutions classiques.
- Speaker #1
Ok, l'éducation, c'est le temps long. Mais dans l'immédiat ?
- Speaker #2
Ensuite, il y a la contrainte légale. C'est là que le DSA entre en jeu. Forcer les plateformes sous peine d'amende colossale à évaluer et surtout atténuer les risques systémiques de leurs propres algorithmes de recommandation.
- Speaker #1
Et il y a un truc très paradoxal dans le rapport, c'est que l'intelligence artificielle, celle-là même qui pose tant de problèmes de génération de faux, elle est aussi présentée comme une partie du bouclier pour l'avenir.
- Speaker #2
Absolument. C'est le côté pile de la pièce. Face au volume astronomique de données générées chaque seconde, Le cerveau humain, des modérateurs, ne peut plus suivre.
- Speaker #1
Si physiquement impossible, oui.
- Speaker #2
Seuls des outils d'IA très puissants peuvent détecter en temps réel des campagnes massives de botnets ou reparer des manipulations d'images complexes avant que ça devienne viral. L'IA, ça devient le radar indispensable pour assister les humains.
- Speaker #1
Mais au-delà de la modération pure, c'est la notion même de vérification, le fameux fact-checking, qui est complètement bouleversé. L'étude montre que le fact-checking traditionnel, fait par les journalistes, Il reste respecté. Mais il y a des nouveaux formats qui émergent et qui cartonnent de fou, surtout chez les jeunes.
- Speaker #2
Ouais, les habitudes changent vite.
- Speaker #1
L'étude parle du debunking fait par des influenceurs sur YouTube ou Twitch. Et surtout, des fameuses community notes. Les notes communautaires sur des réseaux comme X, où ce sont les utilisateurs eux-mêmes qui ajoutent du contexte sous un poste douteux.
- Speaker #2
Et ça, c'est un vrai tournant. L'étude indique que les moins de 35 ans trouvent ce système... extrêmement efficace et digne de confiance.
- Speaker #1
Mais pourquoi ça marche si bien ? C'est juste l'avis de la foule, non ?
- Speaker #2
Pas exactement. Le succès des Community Notes, il est fascinant parce qu'il repose sur une mécanique algorithmique très particulière. C'est pas juste un vulgaire vote de popularité où la majorité écrase la minorité.
- Speaker #1
C'est quoi la différence, mon ?
- Speaker #2
Pour qu'une note communautaire soit validée et affichée publiquement sous le tweet, le système exige un consensus entre des utilisateurs qui, d'habitude, ont des comportements de navigation et des opinions politiques diamétralement opposées.
- Speaker #1
Attends, attends. Tu veux dire que pour que la note qui corrige une fake news apparaisse, il faut que des gens de l'extrême gauche et de l'extrême droite, qui s'écharpent toute la journée sur le réseau, tombent d'accord sur le fait factuel ?
- Speaker #2
C'est exactement le principe. C'est ce qu'on appelle un algorithme de bridging ou un algorithme de création de pont. Si seuls les partisans d'un même bord politique valident la note, elle n'est jamais publiée.
- Speaker #1
Ah ouais ? C'est brillant !
- Speaker #2
Le fait que l'algorithme exige cet accord transpartisan, ça lui donne une légitimité énorme. Surtout auprès d'un public jeune qui se méfie viscéralement des verdicts tombés d'en haut par la figure d'autorité classique.
- Speaker #1
Mais alors ? Ça soulève une question presque existentielle pour la presse traditionnelle.
- Speaker #2
C'est le cœur du problème.
- Speaker #1
Si un jeune de 20 ans a besoin d'un algorithme, de bridging ou d'un youtuber dans sa chambre pour croire à un fait établi, c'est un désaveu total pour les grandes rédactions, non ? Je veux dire, pendant des décennies, il suffisait qu'un grand journal comme Le Monde ou Le Figaro imprime un article pour que par défaut ce soit considéré comme vrai.
- Speaker #2
L'autorité coulait de source.
- Speaker #1
Aujourd'hui, on nous dit que l'auditoire préfère la validation d'une foule anonyme sur Internet ou d'un influenceur. Les métiers de demain. Ils ne doivent pas repenser de fond en comble la façon dont ils prouvent leur travail. Parce que le tampon « croyez-nous sur parole, on a une carte de presse » , ça ne marche plus du tout.
- Speaker #2
C'est la réflexion structurante la plus critique issue de tout ce panorama. Les médias traditionnels doivent intégrer d'urgence que l'autorité ne se présume plus. Elle doit se démontrer à chaque article, chaque jour.
- Speaker #1
On passe d'une logique de simple transmission d'informations à une logique de certification de la réalité.
- Speaker #2
C'est le terme exact. Et concrètement, ça implique une exigence de transparence radicale.
- Speaker #1
C'est-à-dire ?
- Speaker #2
Dans la production quotidienne d'un article, ça change quoi pour le journaliste ? Ça veut dire qu'un média de demain devra systématiquement montrer son brouillon. Fini les boîtes noires journalistiques.
- Speaker #1
Il va falloir tout sourcer publiquement.
- Speaker #2
Oui, rendre visibles ces sources de manière interactive. Publier les jeux de données brutes sur lesquels une enquête s'appuie. Expliquer pas à pas la méthodologie employée et... et peut-être même, chose rare, rendre compte des incertitudes quand on ne sait pas tout.
- Speaker #1
Donc intégrer la preuve au cœur de la lecture.
- Speaker #2
Les médias devront intégrer dans leur propre interface web cette lisibilité de la preuve que le public recherche aujourd'hui dans les formats participatifs ou dans les longues vidéos d'investigation sur YouTube.
- Speaker #1
Faut combler le fossé entre la rigueur de la méthode journalistique qui existe et la perception souvent opaque qu'en a le public.
- Speaker #2
Tout à fait.
- Speaker #1
Si on rassemble un peu toutes les pièces du puzzle, L'étude de l'Arcom de 2026 dresse un constat qui est quand même assez implacable. La désinformation, et surtout cette fameuse malinformation toxique, c'est plus une simple anomalie qu'on peut corriger avec un patch.
- Speaker #2
Non, c'est devenu la nouvelle gravité de notre environnement numérique en fait.
- Speaker #1
L'architecture même du web favorise structurellement l'engagement émotionnel au détriment de la vérité factuelle.
- Speaker #2
Le diagnostic est posé et il est clair. La solution, comme on l'a vu, passera par une alliance très complexe rail. La régulation européenne d'un côté pour contraindre les géants du net, l'IA défensive de l'autre pour absorber le choc volumétrique.
- Speaker #1
Et bien sûr, cette mutation profonde des médias en certificateurs de réalité transparents. Sans oublier le travail de fond sur l'éducation, l'esprit critique à l'école.
- Speaker #2
Exactement.
- Speaker #1
Et d'ailleurs, en parlant de notre propre esprit critique, toutes ces données sur l'émotion m'amènent à une réflexion un peu piquante pour conclure.
- Speaker #2
Je t'écoute.
- Speaker #1
On a beaucoup parlé des algorithmes toxiques, de méta ou X, de l'IA génératif qui truque tout, des usines à trolls étrangères. En fait, on a pointé plein de coupables à l'extérieur.
- Speaker #2
C'est vrai.
- Speaker #1
Mais puisque l'étude prouve que notre plus grande faille, au final, c'est notre besoin viscéral d'avoir raison et de confirmer nos propres croyances.
- Speaker #2
Notre biais de confirmation, oui.
- Speaker #1
Est-ce que la véritable première ligne de défense, celle qui dépend de chacun de nous dès aujourd'hui, sans attendre les lois ou l'IA, ce serait pas... Tout simplement d'apprendre à se méfier instinctivement de toute information qui nous fait un peu trop plaisir à lire.
- Speaker #0
Merci d'avoir écouté ce récap du rapport de l'ARCOM Les Français et les fausses informations, généré avec Google Notebook LM. Je suis preneur de tous vos retours à propos de ce format. Je vous donne rendez-vous prochainement pour de nouvelles interviews inédites où l'on va continuer d'explorer le futur des médias à l'heure du numérique. En attendant, pour ne pas manquer les prochains épisodes, abonnez-vous à ce podcast. et mettez les commentaires et étoiles adéquates. DeepMedia est un podcast autoproduit par FollowMeConseil, agence de formation et conseil stratégique spécialisée en IA générative et social media. A très bientôt !