Speaker #0Alors, tout d'abord, bonjour. Je vais te demander d'imaginer qu'on est potes et que je te parle de League of Legends, de Twitch, de Discord, mais toi ça te parle pas du tout. Tu crois que c'est juste des gens qui jouent ou juste ça ne te dit trop rien. Et peut-être même que t'as déjà eu un mec par le passé qui t'a dit « Ouais, désolé, ce soir je peux pas, je suis sur Discord avec des potes en train de jouer » . Si ça t'intéresse ce que je vais dire, je te conseille de rester même deux minutes, parce que cet épisode, ça va être une façon, pour moi, d'expliquer ce que je fais sur Internet. Moi, je m'appelle Fallon, si tu ne me connais pas, et aujourd'hui, j'ai envie d'expliquer quelque chose de simple. Comment moi, je suis passée de jouer simplement en cachette sur ma Nintendo ou sur ma PS2 à parler à une caméra pendant que je joue à un jeu, en sachant que la moitié de mes potes ne doivent pas comprendre ce que je fais. Bienvenue dans Internet Phone Club, c'est une chronique de mon podcast Phone Room. Et ici, on parle d'Internet comme si on était assis sur un lit à 2h du matin en train de décortiquer des phénomènes qu'on ne comprend pas trop. Je ne suis pas là pour dire qu'Internet, pardon, c'est toxique, ni pour dire que c'est la meilleure chose au monde. Je suis juste là pour décrypter pourquoi ça prend autant de place dans nos vies et pourquoi chez moi, ça a commencé très tôt. Alors, sans plus tarder, je te laisse t'installer confortablement si tu as besoin de te poser. Prends un café, un chocolat chaud, un thé, peu importe. Et je te souhaite une agréable écoute. Mes premiers souvenirs de jeux vidéo, ça n'a rien à voir avec League of Legends. Ça commence avec la PS2 de mon beau-père. Il était militaire et quand il partait en mission, il me laissait sa console à la maison. Un jour, il m'a dit un truc du style « tu peux jouer le soir, mais ne le dis pas trop à ta mère » . Donc mes premiers insomnies viennent sûrement de là, parce que je jouais à Tekken tard le soir, dans ma chambre. avec le son de ma télé Disney un peu baissée. Et j'avais ce sentiment d'être dans une bulle un peu secrète. Mais j'avoue, j'avoue que j'ai menti. Excusez-moi, il ne m'a pas autorisé à jouer tard le soir. Il m'a autorisé à y jouer le week-end. Et moi, j'étais là, ouais, mais le week-end, je joue avec ma sœur au Barbie, etc. Parce que ma sœur, elle aimait trop ça. Et j'étais là, bah ouais, mais je jouais tard le soir du coup. À côté de ça, j'avais aussi ma Nintendo DS Lite. En plus, elle était rose. Non, mais je vous jure. Genre, littéralement, dans ma chambre, ma télé était rose. Ma Nintendo aussi. C'était n'importe quoi. Mais bref, pour en revenir à ce que je disais, Nintendogs, Animal Crossing, Léa Babysitter, My Sims, j'avais tout ça et je jouais sous la couette avec juste la lumière de l'écran. On se sait tous ceux qui avaient la Nintendo. Tout le monde dormait et moi, j'étais dans ma... petite ville là en train de vagabonder avec mon petit chien, mon petit chihuahua là. S'il n'y a pas de chihuahua je crois à Dandy Dandog, je ne sais plus. Mais bref, voilà pour vous dire, vous faire un dessin. Sur le PC Familia je passais beaucoup d'heures aussi sur des jeux dits pour filles jeuxdefille.fr, Amour sucré, My Bimbo même des jeux où t'embrasses un mec mais tu dois pas te faire choper pendant que ça se passe enfin voilà. C'était très cliché, mais c'était surtout un endroit où je pouvais inventer des personnages, choisir leurs vêtements, leurs histoires, leurs crushs. Parfois aussi, les week-ends, j'allais chez mon cousin et je jouais à GTA. Chez mes cousines aussi, on jouait à My Sims, on s'échangeait des jeux et tout. Et quand j'y repense, je me rends compte que tout était déjà là. Je changeais de monde. créer un personnage, rejouer une scène autant de fois que je veux. Personne ne dit de moi que je suis une gameuse, mais quelqu'un qui n'est pas dans ces univers-là doit se dire « Ouais, elle est souvent sur l'ordi, c'est wow » . Non, mais dans ma tête, je vous explique juste, je ne suis pas une gameuse comme on l'entend. Dans le sens traditionnel du terme, peut-être que je suis une gameuse, mais quand on est... sur Twitch, Discord, etc., on voit ce que c'est être un vrai gamer. Et dans ma tête, pour moi, je le suis pas. Mais Internet reste un endroit très important. Parce que petit à petit... L'ordi, il sert moins à jouer et plus à vivre des choses, expérimenter. Au collège, le centre de tout mon univers, c'est MSN, Skyblog. Je rentre le mercredi, je pose mon sac, je vais direct sur le PC de ma mère, je me coche, je parle avec une fille de ma classe, je spam les whiz, je mets des statues un peu dramatiques en mode « regardez, je suis là, j'existe » . Et un jour, avec cette même... « Pote dont je viens de vous parler, on s'est pris la tête. » Enfin, moi, je savais que la relation n'était pas réciproque comme je la vivais. Mais je me suis juste dit « C'est la Toussaint, on est en vacances, je raconte ma journée. » Je lui ai dit « Vas-y, je pars, je sors mon chien, je reviens. » Et je vois qu'elle n'a pas répondu. Et je dis « Désolée, j'étais partie sortir ma chienne. » Et là, elle me dit « Je m'en bats les couilles. » Cette phrase, elle paraît simple. Sur le moment, j'avoue que j'étais là, peut-être qu'elle troll. Enfin, je n'avais pas le mot troll en tête à ce moment-là, quand j'étais jeune. C'était plus peut-être qu'elle me vanne, genre. Et en fait, pas du tout. Elle me dit non, je ne rigole pas, tu me casses vraiment les couilles. Et ça m'a traumatisée parce que je me suis mise à pleurer. Je ne comprenais pas ce qui était en train de m'arriver. Et je me suis dit, attends, comment ça ? On se voit demain au collège, jeudi. On se voit. Comment tu peux me parler comme ça ? Moi, j'ai juste pleuré. Ma mère, elle rentre dans ma chambre parce qu'il n'y a pas de clanche, il n'y a pas de clé. Voilà, c'est fun. Elle voit, elle prend le clavier, elle répond à ma place pour me défendre. Ça, j'avoue que c'était cool de sa part, mais à ses yeux, c'était Internet. Il fallait juste fermer le clapet et puis c'était fini. Mais même si j'avais fermé mon PC portable... J'y étais retournée plus tard dans la nuit parce que je voulais juste vérifier que c'était pas juste... Je voulais vérifier si elle était vraiment fâchée et en fait, elle n'a pas répondu à ma mère. Même quand je l'ai croisée au collège, elle m'a un peu vesquie. Et pour moi, c'était la preuve et la confirmation qu'elle ne m'appréciait pas autant que je le pensais. Et donc, c'était difficile, sachant que j'avais fait énormément confiance et que je la connaissais depuis la primaire. Pour moi, c'était déjà une amitié qui se fit sûre. avec l'idée que je n'étais pas cette amie qu'elle voulait. Je vous ai parlé aussi de Skyblog, mais plus particulièrement, je vais vous parler de ce que j'y faisais. Et ça va parce qu'en parallèle, je vais quand même mon Skyblog, donc je parlais à plein de gens parce que j'étais fan de la série de tout mon cœur. Mon pseudo, c'était donc quelque chose du style Antonella du 27. Et il faut dire que ce doit être le premier pseudo que j'ai eu sur Internet. Et donc, je passais mon temps à lire les blogs, à répondre aux commentaires. Et j'écrivais sur cette méchante de la série, comme si c'était une star. Et je deviens obsédée par l'actrice qui l'incarne, Brenda Annika. Et je finis par être aussi obsédée par Whitney Spears parce que c'est son inspiration, son style vestimentaire. Voilà, pour vous la faire course. Et ma mère, elle, elle voit surtout que j'ai un blog alors qu'elle me l'avait interdit. Un fameux après-midi, un mercredi après-midi encore une fois. Et elle me laissait aller chez ma voisine de palier. Et elle a tout mélangé. parce qu'elle croyait que ma voisine me montrait des skyblogs et tout, sauf qu'elle me montrait des choses encore plus graves. Mais voilà, je n'allais pas dire à ma mère, tu sais, elle m'a montré du porno. Voilà, voilà. On est au collège, by the way. Donc, ma mère mélange tout parce qu'elle voit que j'ai skyblog dans l'historique. Elle me dit, ah, tu es allée chez elle, donc tu l'as créé quand tu étais chez elle, c'est ça ? Alors que je l'ai créé depuis chez nous. Et elle me demande de supprimer mon skyblog. et en fait je trouve l'astuce de recréer un autre skyblog. Et je lui dis « Ouais, c'est fait, j'ai supprimé. » Et dès qu'elle a le dos tourné et que le mercredi, je suis seule, je lui retombe. Logique. Donc, je faisais semblant de jouer à jeuxdefis.fr, mais en parallèle, je postais des articles, des gifs, des textes sur mes personnages préférés. Et je crois que je cherchais déjà un endroit rien qu'à moi, même si physiquement, j'étais dans la chambre de ma mère. Le PC, c'était mon coin. et j'aimais trop y être. À ce moment-là, je pense que Internet, c'est déjà mon refuge et je ne peux pas l'exprimer autrement que j'ai le droit d'être obsédée par une série et par un personnage en particulier et ce n'est pas si grave parce que ma mère me juge quand je suis dans le canapé, que je regarde la série et que je n'ai personne à qui en parler. Ensuite, arrive Twitter. J'ai à peu près 14 ans. Je crie un compte et mon tout premier tweet fandom, c'est une vanne éclatée sur Niall O'Ran de One Direction et les carottes, mais je me souviens plus ce que c'était. Et je le supprime très vite parce que j'ai honte. Donc j'ai commencé à prendre la main comme ça. Et déjà, il y avait envie de dire moi aussi, je suis fan. de One Direction. Je lisais beaucoup de fanfiction aussi sur Wattpad. J'étais à fond dessus. Et puis, j'ai glissé lentement vers les séries. Un soir, ils rediffusent la saison 1 de Teen Wolf. Je suis devant ma télé. Je clique sur un hashtag au hasard et je tombe sur des gens qui commentent la même scène que moi avec Styles au même moment. Donc, on rit les mêmes blagues. On écrit en caps lock. On spam le clavier. Et je me souviens très bien de ce moment où je me suis dit « Ok, je ne regarde plus la série toute seule. Là, je suis communément avec d'autres gens et c'est trop cool. » J'ai fini par intégrer des groupes Ausha. Je parlais beaucoup dedans et je suis devenue un peu la psy de certains groupes. J'étais celle qui écoutait, qui conseillait, qui essayait de faire rire. Sans que ce soit gênant, comme vous le savez, parce que mon ami là qui m'a rembarrée violemment. elles ne supportaient pas l'idée que je veuille être juste une simple amie. Et là, j'ai trouvé ma place dans des cercles intimes. Et même maintenant, mes deux meilleures amies d'Internet, on se voit deux à trois fois tous les ans. Et ça fait plus de dix ans qu'on se connaît, donc depuis qu'on est en seconde quand même. Et pour moi, même si on ne s'était jamais vues en vrai, elles m'ont donné la liberté. d'avoir une vraie place quelque part, une identité même si c'est sur internet, un rôle précis dans un petit monde, à l'écart de tout ce que je vivais en seconde quand je me faisais à moitié bully et que je le vivais très mal. Et petit à petit je commence à croire que, quand j'étais au lycée du moins, je pensais qu'il fallait à tout prix que je sois tout le temps là, connectée, donc je dormais beaucoup moins, j'ai commencé à dormir à des 3h du matin, je repoussais l'heure de dormir. Et aussi, il faut savoir que de base, je regardais beaucoup de séries tardivement les week-ends avec ma grand-mère. Parce que ma mère voyait beaucoup ses copines et qu'il fallait bien que j'aille quelque part, avec mes frères et sœurs du moins. Parce qu'elle ne faisait peut-être pas confiance au jeune âge. Ah, attendez. Donc je dormais moins, je repoussais lors du coucher. Je faisais des nuits blanches et j'allais en cours comme si tout était OK. Et il y a aussi eu des tensions, des jalousies, des petits dramas. C'est rien de spectaculaire, mais quand tu es ado et que tu t'attaches à des gens, même sur Internet, ça fait hyper mal parce que quand dans la vraie vie, tu as du mal à t'intégrer et à avoir ta place, là, tu te rends compte que tu peux être intéressante sans forcément que les gens relient ça à ton apparence physique. Et ouais, ça a donné un sens à mon existence, j'avoue. Ça m'a aidée à... Enfin, je pense que ça m'a aidée à être un peu plus déprimée parce que je me renfermais sur moi. Mais en même temps, parfois, le monde extérieur me paraissait trop étouffant et ma seule façon de cope, c'était d'aller sur Internet. En terminale, je me suis sentie de plus en plus perdue. Il y avait des petits conflits avec mes meilleurs amis à ce moment-là dans la vraie vie. Et j'avoue que je savais pas trop quoi faire après le bac. Tout le monde avait l'air d'avoir son plan fixe et moi, ce n'était pas trop le cas, même si j'avais dit à ma mère que je voulais faire du droit, j'étais là, je ne sais plus. Et j'ai commencé à aller mal, genre vraiment. Malgré ça, je restais connectée et avec le recul, je voulais en profiter un maximum parce que je savais qu'après le bac, il fallait être plus sérieuse, s'investir un minimum dans les études. si je me réorientais, etc. Et ma mère, je me rappelle qu'elle me confisquait souvent mon tel. Et même mes potes, là, si elles écoutent le podcast, elles vont savoir de quoi je parle parce que souvent, je revenais et je leur disais, j'avais pas mon tel pendant un mois. Ça, c'était ma phrase. Ou alors, je leur disais avant que je sois punie, je leur disais, écoutez les filles, là, ma mère, elle va me prendre mon tel. Voilà. Et à chaque fois que je le récupérais, c'est comme une bouffée de dopamine parce que t'as été privée de quelque chose sur lequel tu es Merci. Je passe énormément de temps et je passais beaucoup de nuits en DM, à envoyer des messages vocaux sur iMessage. Et ça comptait beaucoup plus que dormir parce que je confondais à cette époque de ma vie le fait d'être là tout le temps et juste être aimée. Peu importe que je sois là ou non, les gens savent qu'ils m'aiment pour ce que je suis en fait. Mais moi, dans ma tête, j'étais là, non, il faut absolument que je sois là et que je serve à quelque chose, que je sois utile. Sinon, elles ne vont plus être mes amies. Pour continuer là-dessus, en 2020, tout se déplace sur Discord. Pour situer Discord, c'est une appli où tu as juste des salons écrits et vocaux, comme des mini-salons où tu ne peux pas s'y dire bonjour, jouer, discuter. Quelqu'un peut te stream un film, comme vous pouvez écouter de la musique ensemble, tout à fait possible, et tu rigoles, tu te confies, tu te dis « purée, c'est comme des... » potes avec qui tu peux passer le temps que tu veux, quand tu veux, ils te disent ouais là je suis up, tu veux venir et tu lances le salon vocal et même si t'entends juste des voix t'as l'impression qu'ils sont avec toi dans la même pièce et on peut devenir amis, voire plus que ça. J'ai fait la rencontre de cet ex qui m'avait montré un streamer, Twitch, Discord, etc. Et je me suis séparée de lui, mais j'avais gardé mon compte Discord. En septembre, j'emménage seule en cruise à Montreuil. Donc, j'ai des cours en distanciel. Voilà, ça, c'était fun. En plus, j'étais confinée. Petit studio, loin de ma famille. J'ouvrais très peu les volets parce que j'étais en dépression et je mangeais très peu. J'ai perdu peut-être 5 à 7 kilos pendant cette période-là. De septembre à... à décembre 2020 du moins, je veillais très tard aussi la nuit, je traînais sur internet, je parlais avec un flirt sur une appli et il me dit « Vas-y, je joue à Assassin's Creed, viens Discord. » Et je dis « Ah, mais je ne l'ai pas, il faut que j'installe. » Donc je l'installe sur mon tel, alors que de base, je l'avais juste sur mon PC. Un soir de décembre, il me dit « Vas-y, je suis sur Abo, me tape des barres, rejoins-moi. » Et moi, je n'avais jamais trop joué à Abo quand j'avais 12-13 ans, ça ne m'a jamais trop intéressée et je me suis dit « Vas-y, p***. » pourquoi pas, j'ai rien à faire je sais pas comment occuper mes journées je me sens seule, c'est pas comme quand j'avais mes frères et soeurs dont je devais m'occuper et sur abo, on est en voc en même temps et je rencontre Laurine et Erwan on est en 2020 et sachez que 5 ans plus tard on est toujours potes après ça, après les soirées abo Erwan il m'invite sur son serveur discord en janvier 2021 avec sa bande de potes et certains soirs on jouait à Among Us. Et pour faire simple, Among Us c'est comme le loup-garou, tu dois trouver qui ment dans le groupe. Donc c'était parfait pour me faire rager, parce que je ne supporte pas quand on veut mettre dans la sauce, alors que c'est moi le loup-garou ou l'imposteur. Et ça, ça les faisait beaucoup rire. Donc je passais des très bonnes soirées aussi. Et moi j'étais très vite connue aussi comme celle qui s'énerve. pour un rien, eux ils m'ont troll, ils m'ont accusé pour rien et tout, et honnêtement moi je me tapais aussi des barres même si je rageais beaucoup, un soir on arrête Among Us, il est 23h, 23h30, y'en a qui taffent le lendemain et tout, c'est ça qui est cool, c'est que tu peux être adulte, lancer Discord, jouer avec tes potes, et puis 23h30 passer, tu dis ouais les gars, faut que j'y aille parce que demain je taffe Et à ce moment-là, moi j'étais encore étudiante, donc j'ai dit bon, j'arrive pas à dormir. Donc je rejoins mon pote Yanis qui est en VOC tout seul, et je viens prendre ses nouvelles, je viens lui dire est-ce que ça va et tout. Il me dit « Ah, tu veux que je te stream mon jeu ? » Et c'est quelque chose que je ne reconnais pas, League of Legends. Et c'est un jeu qui est certes connu, mais sachez que c'est aussi... Ça a aussi la réputation d'être hyper compétitif et surtout très toxique. Je ne vais pas vous cacher que c'est un peu vrai. Il y a deux équipes qui s'affrontent sur une carte et les deux essaient de détruire la base de l'autre. Mais c'est plus compliqué que ça. Ça a une réputation de rendre les gens fous. Je vois des petites créatures qui avancent avec plein de spells à l'écran et je ne comprends strictement rien. Je lui dis « c'est quoi ton jeu ? » Il me répond « ne touche pas à ça » . C'est l'enfer. Tu ne veux pas lancer. Tu ne veux pas y toucher. J'ai dit OK. Et dans ma tête, il y a comme une sorte de challenge que je m'impose à moi-même en me disant, vas-y, je l'installe et je vois ce que ça donne. Je prends mon petit PC HP d'étudiante, je télécharge, je ligue, je rejoins un serveur pour rencontrer des gens et j'apprends à jouer alors que je n'y connais rien et que c'est très effrayant de sortir de sa zone de confort. quand tu n'es pas une joueuse PC et que toute ta vie, tu as été sur console. Au début, je joue au milieu de la map avec des personnages comme Lux, Harry. Je passe ensuite sur un autre rôle où je peux faire plus de dégâts, faire plus de choses avec ma souris. Et un jour, je me fais démonter, donc je change encore de rôle. Je découvre un univers. qui m'est très éloignée de base, et ça devient vraiment ancré dans mon quotidien, au point où j'en fais presque un trait de personnalité, finalement. À ce moment-là de ma vie, il faut dire que quand tu passes autant de temps quelque part, que tu te sens seule, que c'est tous les jours les mêmes voix, que tu racontes des choses que tu ne dis pas ailleurs, parfois ça peut même dépasser le cadre de l'amitié. Je vais parler de ma première vraie relation amoureuse née en ligne. Parce que pour moi, c'était mon vrai premier amour, dans le sens que j'ai vraiment aimé la personne. Et un jour, tellement je m'attache à cette personne, parce qu'on s'échange des poèmes, des playlists, on passe beaucoup de temps à regarder des séries, des films, etc. Il me fait « vas-y, j'ai envie de te rencontrer » . Et je fais quelque chose que la moi de 14 ans n'aurait jamais imaginé parce que ma mère m'interdisait de rentrer en contact avec des gens d'Internet parce que ça effrayait forcément. Et je monte dans un train, je n'avais jamais vu sa tête. Je me dis, purée, je vais faire plus de 500 kilomètres pour voir quelqu'un en Savoie alors que je suis à Paris. Et je ne sais pas si je vais tomber sur un cinquantenaire ou... On ne sait pas en fait. Donc je suis dans le train, j'ai le ventre serré, j'ai menti à ma mère. J'ai dit que j'étais... en train de faire mes cours alors que j'étais dans le train. J'avais les mains moites, j'avais les jambes qui tremblaient. J'ai cru que le sol allait se dérober sous mes pieds. Et je me suis dit, mais qu'est-ce que je suis en train de faire ? La rencontre, elle se passe mieux que prévu. La relation, je ne vais pas vous faire un dessin, c'était une situation, donc ça s'est mal terminé. Et ça prouve juste quelque chose. Cette relation m'a prouvé que je pouvais vivre quelque chose en ligne. et que ça peut devenir très réel et concret, comme avec mes amis de Twitter avec qui on est restés potes. Et pendant longtemps, je crois que pour être en sécurité, je me disais, vas-y, il faut absolument que je sois tout le temps là. Et je pense que ça m'a fait défaut parce que j'ai commencé à être un peu paranoïaque, à me dire, mais à qui il parle le soir quand il est sur Discord ? Et lui, il avait les mêmes craintes. Genre, il m'avait exprimé qu'il ressentait un brin de jalousie quand je jouais avec d'autres potes. Donc, c'est tout un cercle où tu te dis, en fait, il faut que je sois connectée pour lui dire, t'inquiète, tout va bien, le rassurer, alors qu'on est à distance et qu'on s'est vu en vrai et que ça a renforcé tout ça. Je ne vous explique pas le bordel. Mais c'est pour dire qu'entre ce qui se passe sur Internet et la vie réelle, il y a juste un entre-deux qui est la complexité des relations humaines. Et ça, ça peut être épuisant. Et pendant que je découvre League, je tombe aussi dans le monde des streamers, que ce soit par le biais de mes ex, des potes. J'entends parler de streamers français, je regarde des lives par-ci, par-là. Je découvre la scène e-sport. Je vais même à la LEC, un événement où des joueurs pros s'affrontent sur scène devant plus de 50 000 personnes parfois. En 2022, je me dis, vas-y, je passe de mon petit PC portable... éclater un vrai setup, j'ai un ordinateur plus puissant, une tour, deux écrans, une caméra, une chaise confortable, un bon micro, un clavier, voilà tout, la totale. Même si je ne dis pas comme ça, je suis en train de m'installer un véritable petit studio qui désormais, même là quand j'enregistre mon podcast, m'est utile. En mai 2022, sous l'impulsion de mes potes, Je me lance sur Twitch. Donc Twitch, c'est ce site où tu peux regarder des gens jouer, mais pas seulement. Il faut savoir qu'on peut aussi discuter, cuisiner, bosser. Il y a tout un tas de choses que tu peux faire parce que c'est du live stream. C'est comme quand vous regardez des lives TikTok. C'est la même chose, mais en plus poussé, à une interaction plus vive, je dirais. Et je me dis, au pire, je joue et je parle et on verra bien. C'est à 10 000 lieux de ce que je pensais que ce serait. Je pensais que streamer, c'était juste cliquer, la webcam s'allume, tu papotes avec les gens. Et en réalité, ça exige beaucoup plus de compétences. Il faut que tu réfléchisses à ce que tu vas faire, que tu prépares des scènes, on appelle ça, quand tu as ton écran et que tu as le chat à côté et tout. Donc le chat, c'est là où les gens écrivent. Tu vérifies ton son, ton micro. Tu dois trouver un titre de stream. pour que les gens cliquent et viennent voir, tu dois réagir à ce que disent les gens. Et tu fais ça tout en jouant ou en regardant des vidéos. Et parfois, tu es un peu psy parce que les gens te posent des questions spécifiques. C'est un peu inattendu et c'est ça qui fait que c'est cool, les live streams. Et je découvre aussi la face cachée, les soirs où le chat est silencieux, où j'ai que cinq viewers, où je me demande pourquoi je parle toute seule, pourquoi je continue. Et tout ça, c'est une charge mentale. Parce que tu dois préparer un live, parfois tu peux juste lancer l'improviste et tu te dis « purée, j'aurais pas dû lancer comme ça » . Et ça, tu le fais en parallèle. de ton taf, tes études. Et c'est pour juste vous donner une idée. Et moi, j'avoue que je ne suis pas régulière. J'essaie de l'être, même sur mon podcast et même sur le stream. Mais les gens reviennent quand même. Et ça, c'est cool. Par exemple, cette année, j'ai gagné des dizaines de followers en streamant moins qu'avant. Et ça m'a juste fait comprendre que ce n'est pas qu'une histoire de statistiques ou de chiffres à faire. Parce que moi, ce qui m'intéresse, c'est surtout de parler aux gens et pas de monétiser la chaîne dans le sens où j'aurais des revenus. C'est surtout pour créer un lien. Et de l'extérieur, pour mes amis qui ne sont pas dans ces mondes-là, ça ressemble juste à « Vas-y, c'est quoi cette icône violette ? » « Pourquoi elle a l'air de crier dans son micro ? Vas-y, c'est un peu exagéré. » Je pense que ce qu'on ne voit pas, c'est tout ce qu'il y a autour. Le temps de préparer, de réfléchir à un sujet, à un visuel, à un format. L'énergie qu'il faut pour rester présente, parler, même quand il n'y a pas grand monde. Et le psy vide dans ton petit cœur quand tu coupes le live et que tu dis c'était chouette, mais j'aurais bien aimé qu'il y ait un peu plus de personnes, qu'il y ait un peu plus d'interactions. Et puis, il y a les compromis que tu fais. Parce que ça m'est arrivé de me dire, est-ce que je ne sacrifie pas mon cours de yoga ? ou une soirée vraiment off avec des gens. Et ça, ça va que je ne le fais pas, parce que je ne veux pas non plus me priver de choses dans la vraie vie qui me font du bien. Mais si je ne stream pas, j'ai aussi l'impression de mettre de côté une partie de moi qui n'existe que là-bas, ou bien que je pourrais façonner autrement. Et en réalité, je pense que ces passions-là, ces passions pour le jeu, le stream... C'est pas si éloigné des passions que j'ai comme le yoga lat, le fait de courir aussi. C'est comme un hobby que je pourrais aborder pendant des heures sans voir le temps passer, si quelqu'un s'y intéresse un minimum. Et je pense que ce que je veux, c'est pas que les gens aiment le jeu ou de tout comprendre, mais... Juste que la prochaine fois que je suis en stream, que vous puissiez vous dire « Ah, mais en fait, elle est dans cet endroit un peu spécial où elle joue, où elle parle avec des gens, c'est convivial aussi. » Voilà. Donc, pour moi, c'est un cheminement entier de mon existence quand je réfléchis à ce que je fais sur Internet parce que je repense à... à Tekken dans ma chambre, au WizMSN, à mon Skyblog, au hashtag Teen Wolf sur Twitter, au Vocal Discord, à cette version de moi qui accepte d'allumer une caméra, même s'il n'y a que trois personnes dans le chat. Et ça, j'avais envie que vous le sachiez. J'avais envie que vous vous dites, c'est pas aussi simple et maintenant je comprends un peu mieux. Voilà. Donc si tu t'es reconnue même un peu dans ce que j'ai raconté, que... tu as le sentiment de me comprendre un peu mieux si tu es une amie à moi ou que tu es extérieur à tout ça, que tu me connais de Twitch Discord et que tu voulais savoir un peu plus de choses sur moi et bien tu peux m'envoyer ton histoire si tu as une petite origin story avec internet, que ce soit les blogs les forums, Tumblr, TikTok Reddit, etc. ou juste revenir pour la suite parce que oui on est derrière des écrans mais on n'est pas obligé de traverser tout ça tout seul Le prochain épisode d'Internet Phone Club parlera de ce que c'est d'être une meuf sur Discord et dans le milieu du gaming. Quand ta voix et ton pseudo deviennent ton visage. Je le ferai avec Faye Lynn qui est aussi streameuse sur Twitch. Et j'ai vraiment hâte parce que je pense que ça parlera autant à celles qui vivent ça tous les jours qu'à celles et ceux qui n'y comprennent rien mais qui ont envie de comprendre. Merci d'avoir passé ce moment avec moi. Je te souhaite une très belle journée ou une très belle nuit selon le moment où tu écoutes. On se retrouve bientôt dans Internet Phone Club. C'était Fallon, je vous fais de très gros bisous. Ciao, ciao !