- Léa
« Demain dans la Terre » , on donne la voix à celles et ceux qui participent à imaginer et bâtir dès aujourd'hui l'avenir agricole et alimentaire de nos territoires. Bonjour à toutes et tous, je suis Léa, chargée de sensibilisation pour l'association Terre et Humanisme, et je vais animer cette rencontre. Aujourd'hui, il s'agit de notre premier épisode sur ce nouveau format avec un nouveau titre « Demain dans la Terre » . Merci à Arnaud pour cette idée. Un nouveau format qu'on a pensé pour pouvoir inviter plusieurs intervenantes et intervenants. autour d'un sujet précis. Notre trame, ce sont les 12 axes de la résilience agricole et alimentaire des territoires, inspirés du travail des greniers d'Abondance. Pour ce premier épisode, je vous propose de plonger, sans mauvais jeu de mots bien sûr, dans le sujet de l'eau. L'eau nous concerne toutes et tous au quotidien. Elle est une ressource essentielle à la vie et aux écosystèmes, mais aussi aux activités humaines. On la boit, on s'y baigne, on arrose nos jardins. Et on irrigue nos champs avec. Et pourtant, on n'y fait pas toujours attention. On a l'impression qu'elle est là, comme par magie, en ouvrant le robinet. Mais c'est quand elle vient à manquer qu'on commence à se questionner. Plusieurs menaces viennent aujourd'hui mettre en péril cette ressource. Mais heureusement, des solutions existent pour une gestion plus durable de l'eau sur nos territoires. Et c'est ce qu'on va aborder aujourd'hui avec nos invités de choix. J'ai nommé Olivier Hébrard, docteur en sciences de l'eau et en agroécologie. Salut !
- Olivier
Bonjour !
- Léa
Brian Four, chargé de mission milieu aquatique et agroécologie à l'EPTB du bassin versant de l'Ardèche. Bonjour !
- Brian
Bonjour !
- Léa
Et Arnaud Vens, formateur en agroécologie et jardinier ici à Terre Humanisme.
- Arnaud
Bonjour à tous !
- Léa
Salut ! Donc bonjour à tous les trois et merci de participer à ce podcast. Alors pour commencer, j'aimerais bien savoir qui vous êtes, ce que vous faites, donc est-ce que vous pourriez vous présenter chacun votre rôle ? dans la gestion de l'eau sur le territoire et ou votre expertise générale sur le sujet. On peut commencer par Olivier, par exemple.
- Olivier
Bonjour à toutes et à tous. Merci Léa. Rapidement, pour dire ce que je fais, je suis à la fois hydrologue, géologue, agronome et spécialiste de l'approche globale. Ce que j'aime bien faire, c'est les liens entre les différentes disciplines pour comprendre quand on touche au sol, quel impact sur le végétal, sur l'eau, etc., Et j'accompagne, je conseille des projets en agroécologie et en gestion de l'eau. Et aujourd'hui dans ce qu'on appelle l'hydrologie régénérative, qui est la gestion intégrée de la ressource en eau. Comment on retient mieux l'eau dans le paysage ? Et donc depuis très longtemps, je m'intéresse à tout ça et de manière assez fine, notamment sur la question des vapeurs transpiration, déflutration, etc.
- Léa
On aura l'occasion d'en reparler tout à l'heure. Merci. Brian ?
- Brian
Bonjour à tous, merci Léa. Moi je suis chargé de mission comme tu disais milieu aquatique et agroécologie à l'EPTB de l'Ardèche. C'est donc une collectivité territoriale qui finalement est issue d'un groupement des 11 collectivités du bassin versant de l'Ardèche. Finalement sur lesquelles si tu veux ils nous ont délégué la compétence GEMAPI. La compétence GEMAPI c'est ce qu'on paye tous sur la facture d'eau. Et c'est gestion des milieux aquatiques et des préventions inondations donc à l'échelle de l'ensemble du bassin versant de l'Ardèche. Plus particulièrement, moi je travaille sur l'entrée milieu aquatique, du coup tout ce qui va être gestion des rivières, des sources, zones humides, jusqu'à finalement le cours d'eau Ardèche, le plus grand. Et puis après j'ai aussi un volet agroécologie, où là je vais plus particulièrement travailler sur un projet qui s'appelle paiement pour services environnementaux, et sur lequel on accompagne un groupe d'agriculteurs volontaires, justement pour favoriser un petit peu et accélérer cette transition agroécologique. C'est soutenu par l'Agence de l'eau, en partenariat avec la Chambre d'agriculture 07. Et puis finalement, on a aussi derrière nous une partie animation et un accompagnement technique là-dessus pour essayer de changer ces pratiques. Mais je détaillerai plus par la suite si vous voulez.
- Léa
Merci. Et Arnaud ?
- Arnaud
Moi, du coup, en tant qu'animateur jardinier, formateur en agroécologie, j'interviens aux différents publics, surtout les particuliers, pour les former ou intervenir sur certains types d'ateliers. autour des grandes pratiques de l'agroécologie au jardin. Et donc, bien sûr, l'eau, la gestion de l'eau au jardin en fait partie. Et donc, on essaie d'inculquer aux gens au maximum à la fois les bonnes pratiques à avoir au jardin, que ce soit gérer l'excès d'eau, le manque d'eau, et aussi quel type d'aménagement on peut faire chez soi.
- Léa
Et tu as aussi co-écrit un livre un peu sur le sujet, on peut dire.
- Arnaud
Oui, avec Frédéric Fortin, on a édité pour Terre Humanisme au mois de mars un livre d'édition Actes Sud qui s'appelle du coup adapter son jardin nourricier au changement climatique. Effectivement, le sujet de l'eau est assez central dans ce livre.
- Léa
Merci Arnaud, merci à tous les trois. Alors pour un peu planter le décor, je me disais que pour commencer, ce serait intéressant d'avoir un état des lieux, un petit peu de la ressource en eau sur notre territoire du Sud-Ardèche, enfin bassin versant de l'Ardèche. Donc c'est quoi les particularités hydrologiques de notre territoire, Brian par exemple ?
- Brian
On est sur un territoire qui est justement basé sur une météo qui est sévenole, c'est-à-dire avec des périodes d'étiage assez longues. des événements climatiques intenses, c'est-à-dire des fortes pluies avec une intensité, une durée qui peut être plus ou moins forte mais qui se renforce. On en parlera plus tard, je suppose. Mais pour le coup, on n'est pas du tout sur une pluie assez lisse et homogène au cours de l'année. C'est vraiment des événements climatiques intenses et des périodes d'assait qui peuvent être importantes, même en période hivernale même si globalement, on a quand même plus d'eau l'hiver que l'été. Une période estivale est très longue sans eau ou avec très peu d'eau. Mais globalement, on est sur un territoire qui est assez profond déficitaire en eau, on n'a pas des gros cumuls, à part l'année dernière et quelques années un peu extraordinaires pour le coup, notamment sur des secteurs très localisés. Mais globalement, on est autour de 600 mm, 700 mm par an, ce qui est assez peu à l'échelle national, par rapport au contexte national. Et donc globalement, il faut faire avec ce qu'on a, c'est-à-dire une quantité d'eau réduite et qui arrive souvent avec des épisodes sévenoles, donc de pluie intense.
- Léa
Et est-ce qu'on a des chiffres sur la situation actuelle des cours d'eau, des nappes sur le sud Ardèche ?
- Brian
Oui, je ne sais pas, je peux répondre. On a quand même quelques suivis. Du coup, il y a des stations de jaugeage que ce soit pour voir un petit peu au niveau des nappes. Et puis derrière, sur les débits d'étiage, les débits tout au long de l'année, puisqu'il y a des stations de suivi sur l'ensemble des grands cours d'eau, sur l'Ardèche à plusieurs niveaux, sur la Baume et aussi sur le Chassezac. Ce qui nous permet d'avoir une bonne idée quand même des débits que l'on a sur les cours d'eau. Avec ce qui est le plus intéressant à retenir, je pense, c'est que globalement, l'axe Chazak ou l'axe Ardèche sont des débits que vous voyez l'été qui ne sont pas réels puisque au moment du pic, en plein été, c'est à dire à peu près au 15 août, 90% de ce qui passe dans les cours d'eau, c'est en fait issu du soutien des tiages. C'est à dire ce qui provient des deux barrages qui permettent de stocker de l'eau en période de haute eau hivernale. et de la restituer progressivement durant toute la période estivale.
- Léa
Donc pour le commun des mortels, c'est des lâchers de barrages ?
- Brian
Exactement. On va le faire simple. Celle idée. Progressif qui permet d'avoir du début juillet jusqu'à mi-septembre un peu plus d'eau dans ces deux rivières. Ce qui permet de soutenir les usages. On pourrait parler de fréquentation avec le canoë, mais ce n'est pas uniquement ça. Il ne faut pas résoudre et restreindre ça à ça. C'est pour ça que c'est assez important à le souligner. Il y a aussi les usages agricoles, notamment le soutien qui permet aussi quand même... voilà lorsqu'on parle de 90% de réduction des débits il ya certaines espèces qui ne seraient peut-être plus là aujourd'hui c'est aussi lié à nos activités autour mais il faut bien se rendre compte que basse voilà tout n'est pas ou tout blanc ou tout noir il ya quand même des côtés positifs et des côtés certes négatifs avec ses soutiens des tiages peuvent causer aussi par ailleurs quelques soucis de gestion aussi pour les milieux avec lorsqu'on a certains éclusés ou autres mais quand même globalement ça permet d'avoir un peu plus d'eau en période estivale et du coup pour la vie aquatique aussi et pour les différents usages qu'on a sur le territoire.
- Léa
Alors justement, sur ces usages, c'est quoi les usages de l'eau chez nous ? Mais finalement, c'est un petit peu les mêmes ailleurs, j'imagine. Mais est-ce qu'on peut rappeler pour le grand public quels sont les usages de l'eau domestique, professionnel ?
- Brian
Oui, après, ils sont divers. Mais globalement, sur le bassin versant, par exemple, il faut savoir que c'est à peu près 26% à l'année. Si on part sur une moyenne annuelle, sur l'ensemble des consommations d'eau et d'usines, utilisation d'eau qu'on peut avoir, il y a à peu près 26% qui sont pour l'agriculture, 3% pour l'industrie. C'est un peu caractéristique de notre territoire, on a assez peu d'industrie donc c'est assez peu, voilà, 3%, c'est assez faible. Et puis après le reste, c'est quand même plus de 71% du coup pour l'adduction eau potable et les usages qui sont liés à cette eau potable.
- Léa
Très bien. Et est-ce qu'on a un chiffre sur l'irrigation des jardins dans ces usages ?
- Brian
On n'a pas ce niveau de précision pour le coup. En agricole, c'est ce que je disais, on est plutôt sur l'ordre de 4,4%. millions de mètres cubes. Là, c'est du déclaratif aussi. Il faut savoir qu'on est loin d'avoir tous les forages recensés, tous les prélèvements sur les petits cours d'eau notamment qui sont recensés. Ça donne une indication. On est en train de travailler là-dessus avec les services de l'État mais on essaye de faire ça au mieux pour que tout le monde accepte d'y aller. La partie eau potable qui est utilisée par contre par les usagers qui soient d'ailleurs en résidence principale ou pour le tourisme notamment pour les jardins, on n'a pas de chiffre très précis là-dessus.
- Léa
Ok. Alors, on rentre dans le dur du sujet. Vous diriez peut-être Olivier, tu peux nous en parler, quelles sont les principales menaces pour la quantité, la qualité ? et de l'eau, les principales menaces sur l'eau aujourd'hui ?
- Olivier
Alors, les menaces, je vais faire un lien, je vais rebondir sur ce qu'a dit Brianne. Sur ce qu'a dit Brianne, excuse-moi. En fait, déjà par rapport aux barrages, donc effectivement ils sont souvent utiles aujourd'hui par rapport au soutien, mais en fait ils sont arrivés aussi parce qu'on a très fortement dégradé par le passé les milieux ça c'est général à l'échelle de la planète, lorsqu'on fait des bêtises on a fait et on continue à le faire sur plein d'endroits, où en gros on a coupé massivement la forêt, c'est-à-dire au début du 19e siècle, on est arrivé jusqu'à... pardon, il restait 4 millions de kilomètres carrés de forêt, si je ne dis pas de bêtises, je ne me trompe pas, et à l'époque romaine on était à 40 millions, c'est-à-dire qu'on est arrivé au 10e de ce qu'il y avait à l'époque romaine, La plupart des sols, les mieux sont comportés comme des éponges en fait de manière naturelle. La nature...
- Léa
- Tu parles de quel territoire ?
- Olivier
- Partout ! De manière générique. Je vais venir après sur l'Ardèche. De manière globale, que ce soit en Ardèche, en France, dans le monde, un peu partout en fait la nature a tout conçu de manière à ce que les mieux se comportent, gère bien à la fois les excès et les manques d'eau. Ça c'est le côté... Voilà la nature elle fait des choses de manière ultra logique. On a aussi déboisé très fortement pour arriver à 4 millions d'hectares, donc le dixième. Et c'est là où il y a des histoires comme l'histoire de l'Égoile. On a très fortement déboisé et donc quand on déboise, après souvent c'était le pâturage qui arrivait, surpâturage, parce que c'était l'économie de l'époque et c'est ce qui arrive aujourd'hui dans certains pays où l'économie dominante est basée sur le pâturage. Donc qui dit surpâturage ? Érosion, perte des sols, perte de l'eau qui peut être stockée dans les milieux. Et donc aujourd'hui même si en Ardèche et d'autres départements, ça s'est reboisé. En apparence, on a malgré tout perdu beaucoup de sol et beaucoup de capacité d'éponge sur les territoires. Ce qui fait que l'eau passe trop vite, surtout compte tenu du contexte d'événement à Seven Hall qu'a évoqué Brianne. L'eau ne fait que passer, elle passe pas trop vite à la mer et donc les barrages sont un moyen de bloquer ça. Donc ça c'est le premier truc, il faudrait trouver un moyen de mieux retenir l'eau. du coup dans le paysage et on y reviendra plus largement plus tard. Et le deuxième facteur, la chape qui est en train de nous tomber dessus, c'est l'accélération des changements climatiques. Là comme je vous disais, je suis arrivé avec des données fraîchement dépouillées de 2025. C'était la station Limgaron mais c'est les mêmes choses, les mêmes dynamiques sur les données sur des stations météo de basse altitude à Aratéchoise, c'est qu'on a une explosion des températures élevées. estivales maximales notamment. Je regarde celle-là, je reviendrai plus tard, parce qu'elles ont un effet sur la philologie des végétaux. Ces végétations estivales vont aussi engendrer plus d'évaporation des sols et plus de transpiration des végétaux. En gros, à pluie égale, on va perdre beaucoup plus d'eau par évaporation et transpiration. Ce qu'on appelle la demande climatique, l'évapotranspiration potentielle, va solliciter au milieu beaucoup plus d'eau pour répondre. dans les bilans hydrologiques qu'on appelle la balance, du coup même si on a à peu près la même quantité de pluie mais en plus distribuée de plus en plus irrégulière, on a par contre de plus en plus de pertes par évaporation et transpiration. Et c'est ça la principale menace. Donc il va falloir composer, avoir des stratégies, et c'est ce qu'on va évoquer à tous ensemble tout à l'heure, pour retenir au maximum l'eau et avoir des stratégies pour ne pas que cette eau parte trop par évaporation, transpiration, etc. Enfin voilà. Donc c'est ça la grosse menace qui arrive. En gros, pour donner des chiffres, sur les températures estivales maximales entre les années 1960 et aujourd'hui, dans le sud Ardèche, on a pris une température journalière maximale, c'est-à-dire qu'on prend à chaque jour le maximum atteint, et on fait la moyenne chez moi de juin, juillet, août. Et on regarde, et on compare ce qu'il y avait il y a 60 ans aujourd'hui, et on est à plus de 4 degrés de différence. C'est-à-dire qu'un arbre qui est né dans les années 60, se prend aujourd'hui 4 degrés de plus l'été. Sauf qu'au-delà de certaines températures, la physiologie, le fonctionnement de ces arbres n'est plus le même. et les légumes, enfin voilà.
- Léa
Bien sûr, et ça s'observe déjà.
- Olivier
Et là, ça s'observe clairement. Là, on est en train de franchir des seuils qui sont assez critiques.
- Léa
Et alors donc là, tu parles des menaces sur la quantité d'eau, mais est-ce qu'il y a aussi des menaces sur la qualité de l'eau ? Est-ce que c'est les mêmes ?
- Olivier
Alors, ce n'est pas les mêmes, bon, je ne sais pas.
- Brian
Oui, oui, je peux compléter un peu au niveau local, puisqu'on a une... On a fait une étude, elle est assez récente, c'est terminé en fin 2023, c'est la stratégie Ardèche 2050 à l'EPTB. Et justement, l'idée, c'était de faire un peu le bilan de ce qu'on avait en termes de Puma, les changements qu'il y avait déjà eu, et puis quelles prévisions, et du coup, c'est-à-dire quelles tendances on allait pour prévoir une stratégie, essayer de développer une stratégie avec des actions pour essayer de répondre justement aux enjeux du territoire. Et par rapport à ce que tu viens de dire, ça colle assez bien. Déjà, sur les 60 dernières années, on en parlait tout à l'heure, on est déjà à plus de 2,5 degrés par rapport à l'ERP industriel. Et puis, on a donc, en lien avec ce que tu disais, plus 38% d'évapotranspiration à l'échelle locale. C'est ce qui a été démontré par cette étude.
- Léa
En moyenne sur l'année ?
- Brian
En moyenne, oui. C'est une moyenne annuelle pour le coup. Ce qui impacte déjà fortement, en effet, l'eau disponible ou la quantité d'eau qu'on va pouvoir stocker localement, puisque de toute façon, elle va s'évaporer avec ces arbres-là. Et puis au-delà de ça, pour compléter un peu sur le territoire, sur les plateaux on a aussi autre chose, c'est pas juste le déboisement, il y a aussi des tourbières qui ont été exploitées. Donc on a perdu en quantité de tourbes disponibles, qui est vraiment la qualité entre guillemets, la quantité d'éponges disponible pour stocker cette eau, et notamment sur les têtes de bassin versant, donc sur les sources qui restent les plus fraîches, sur lesquelles on peut avoir de la neige l'hiver, et donc un temps de stockage résiduel qui va augmenter, et donc en lien avec ça finalement on se retrouve, plus le reste, parce que Au-delà de ce que tu disais du déboisement, il y a en effet ces zones humides, ces tourbières de tête de bassin versant qui ont été dégradées. Mais il ne faut pas oublier aussi qu'on est sur des cours d'eau en Ardèche, mais ce n'est pas que ici, qui ont tendance à s'inciser, puisqu'en fait avoir voulu les contraindre à un endroit donné, puisqu'on a nos activités qui se sont développées autour, que ce soit l'urbanisation ou même l'agriculture. On veut aujourd'hui que les parcelles soient globalement une parcelle qui est à un endroit. On ne veut pas que ça évolue et on ne veut pas qu'elle puisse se faire renier. ce qui est problématique en effet pour les agriculteurs directement qui vivent autour, problématique lorsqu'on est à côté d'une zone urbaine par exemple. Mais finalement ça a une autre contrainte importante sur la qualité et la quantité d'eau disponible, c'est que ces cours d'eau en 5-6 ans, ils n'ont plus de capacité, ils ne sont plus liés avec leur aquifère autour de la rivière et donc on a tendance à drainer et finalement assécher ces aquifères autour, ce qui en retour pose d'autres soucis parce qu'il faut irriguer plus pour avoir finalement des... et des productions qui arrivent à se tenir autour du cours d'eau, mais surtout on ne retient presque plus d'eau. Et donc, bah oui, l'eau elle passe et puis en fait, on a du mal à la retenir sur site. Et là aussi, on est en train de travailler là-dessus, on est en train d'essayer d'élaborer, c'est moi qui travaille dessus, une stratégie donc sur la gestion finalement des zones humides et des cours d'eau et de leur espace de bon fonctionnement pour essayer d'avoir une vision un peu globale et qu'est-ce qu'on peut faire justement pour favoriser l'infiltration, limiter cette incision des cours d'eau ? à une échelle temporelle avec des actions qui commencerait dans les prochaines années à venir et puis avec un pas de temps qui s'augmenterait ensuite par la suite pour essayer de répondre justement à ces enjeux du territoire sur lequel par exemple pour l'agriculture, je me n'ai plus un peu la parole, je vais aller vite, mais pour l'agriculture on est aujourd'hui tout à l'heure je disais à 4,4 millions de mètres cubes par an, la stratégie Ardèche 2050, les prévisions c'est si on reste avec justement cet évapotranspiration qui augmente, éventuellement les cultures qui... Si on les maintient comme ça, voire on irrigue de plus en plus, on passerait de 4,4 millions à 12 millions de mètres cubes par an de demandes pour l'agriculture. Et donc là-bas, lorsqu'on fait les comptes, par exemple ce qu'on stocke dans les deux barrages en haut, déjà il faudrait arriver toujours à les remplir en 2050, c'est 22 millions de mètres cubes. qu'on permet et qui sont utilisés ensuite l'été pour avoir ce soutien des tiages. Donc voilà, on a vraiment une équation, il va falloir aller certes vers la sobriété, mais ça ne suffira pas. Donc voilà, il y a toute une dynamique et quelque chose à reprendre à la base pour essayer de trouver des solutions un peu innovantes fondées sur la nature parce que de toute façon, il va falloir partir là-dessus, on ne peut pas lancer des projets à tout va, des millions et des millions. Donc il va falloir aussi travailler avec ces solutions fondées sur la nature. Alors justement...
- Léa
C'est quoi les solutions ? Quelles sont les solutions ? Ce n'est pas clé en main, j'imagine. Quelles sont les adaptations déjà à prévoir sur le territoire et puis comment on peut s'y préparer au mieux ? Et du coup aussi, quels acteurs sont impliqués ? C'est-à-dire ce qu'on peut faire au niveau individuel, au niveau collectif, comment on se concerte avec tous les acteurs pour définir des solutions collectives ? Donc, voilà, vous avez peut-être tous des choses à dire là-dessus. Qui c'est qui veut prendre la parole en premier ?
- Olivier
Allez, je peux me lancer ?
- Léa
Olivier, vas-y.
- Olivier
Oui, je pense qu'on va avoir tous des choses à dire là-dessus, oui. Pardon. Oui, donc il faut que tous on soit impliqués de la même manière que... Chaque consommateur a un consommateur. Donc ça commence... En gros, la mer, elle commence à son robinet déjà. Donc c'est ceux qui le peuvent en toilettes sèches, c'est la consommation de légumes locaux, enfin voilà, toutes les choses, les grands principes qu'on connaît, qui sont valables de manière globale pour l'agroécologie, et ça au niveau individuel, il n'y a pas de soucis. Et ensuite, à mesure qu'on va aller à l'échelle du... de la ferme, du paysage de manière globale c'est de réfléchir comment mieux retenir l'eau dans le paysage. C'est vrai que tout a été en lien notamment à ce qu'on a évoqué, que ce soit les tourbières, que ce soit le déboisement, beaucoup d'eau file beaucoup trop vite à la mer, en fait elle tombe, elle part et va à la mer donc elle ne participe pas à l'ensemble des cycles sur les continents en fait et notamment en Ardèche voilà puisqu'elle descend trop vite, du coup elle passe et fait que les gens la regardent passer en gros. Donc d'où des fois certaines idées de la retenir maladroitement on va dire. Et donc voilà, il faut plutôt que réfléchir, le meilleur moyen de la stocker de manière des fois un peu maladroite on va dire... Tu parles de quoi quand tu dis ? Clairement tous les travers des bassines par exemple, je ne suis pas forcément très fan. Le meilleur moyen de stocker de l'eau, c'est dans le sol, dans les paysages et aussi dans les aquifères. C'est-à-dire que cette eau qui passe, c'est de l'eau, comme l'a dit Brian, qui aujourd'hui, quand on incise les cours d'eau, elle passe trop vite. Elle n'a plus le temps d'être freinée et d'avoir la possibilité localement de descendre dans les aquifères. Et donc c'est de réfléchir comment on peut mieux recharger les aquifères. En tout cas, plus on améliore le sol en vivant, toutes les pratiques agroécologistes qu'on peut appliquer au milieu naturel, gestion globale, c'est de retenir cette eau, donc à la fois qu'elle soit dans les sols pour améliorer le fourrage, améliorer la gestion des arbres, on reviendra en détail après. Et ensuite, qu'une partie de cette eau puisse s'infiltrer. Donc cette eau qui s'infiltre, c'est des quantités qui sont largement plus supérieures à celles qu'on peut stocker dans des bassines. Sauf que l'eau est de qualité, elle est fraîche, elle est disponible quand on veut, elle est... à laval elle ressort dans les sources, elle va alimenter les rivières pendant les débits d'étiage. Donc cette eau peut être utilisée pour les loisirs, pour l'agriculture, pour la biodiversité. Voilà donc c'est vraiment la meilleure eau, c'est de la refaire s'infiltrer, optimiser là-dessus et travailler de manière à l'échelle du paysage. Voilà donc ensuite ça ne fait pas tout, alors c'est ce qu'on appelle globalement l'hydrologie régénérative. Ça se fait pas du jour au lendemain aussi ? le paysage, il y a des mauvaises pratiques. Il y a des choses où on fait que l'eau part trop vite et du coup il faut re-réfléchir à comment la ralentir et qu'elle s'affecte mieux. Donc voilà, là il y a beaucoup de choses à faire mais je vais laisser compléter rien.
- Brian
Oui, après ça c'est en effet un... Par exemple, le PTB, on va avoir des actions pour le grand public, justement la gestion de l'eau au jardin, des choses comme ça.
- Léa
Je vais te demander quelques actions clés. Voilà,
- Brian
on a ce genre d'action avec l'association Ville notamment qui fait ça aussi pour le PTB. Mais pour le coup, au-delà de ça, on a vraiment à l'échelle plus macro, je dirais, un rôle d'assemblée pour mettre tout le monde autour de la table, essayer de discuter un peu comment se partage l'eau, comment on gère l'eau à l'échelle du territoire. et puis derrière c'est avec les urbanistes, ça va être avec le monde agricole, ça va être avec même si c'est l'industrie 3% c'est important quand même, ça va être avec tout ce qui va être les acteurs du tourisme, puisque c'est pas juste les canoës, c'est aussi les gens qui viennent du coup pour profiter de ces activités ici, pour profiter du territoire, mais disons qu'il faut travailler à tous les étages à cette sobriété, comment on fait que cette eau finalement, on ne perméabilise pas tout, qu'on laisse de l'espace disponible dans cet espace justement, que je disais tout à l'heure, de bon fonctionnement des cours d'eau et des zones humides, où là on se dit c'est un minima des espaces qu'on se laisse pour favoriser l'infiltration de l'eau, la rétention de l'eau dans les sols, et ça va pas juste y mettre autour du cours d'eau, c'est vraiment des espaces plus larges. par exemple la commission locale de l'eau, qui va ensuite décider finalement de ces orientations qu'on se donne, éclairées avec les différents groupes techniques qu'on va pouvoir avoir, pour essayer de préciser un petit peu quel impact de telle ou telle activité, ou quel intérêt de telle ou telle pratique. Et ensuite c'est retranscrit aussi par derrière dans le schéma d'aménagement et de gestion de l'eau, à l'échelle du territoire. Et ça c'est vraiment ce qui va nous donner l'orientation, la stratégie finalement, pour gérer l'eau à l'échelle du territoire.
- Léa
C'est terminé pour cette première partie de notre émission « Demain dans la Terre » sur le thème de l'eau. Je vous donne rendez-vous le mois prochain pour la deuxième partie. Merci et à très bientôt !