- Léa
Demain dans la terre, on donne la voix à celles et ceux qui participent à imaginer et bâtir dès aujourd'hui l'avenir agricole et alimentaire de nos territoires. Bonjour à toutes et tous, je suis Léa, chargée de sensibilisation pour l'association Terre et Humanisme, et j'anime cet échange sur la thématique de l'eau avec Olivier Hébrard, docteur en sciences de l'eau et agroécologie. Brianne Four, chargée de mission milieu aquatique et agroécologie à l'EPTB Bassin versant de l'Ardèche. et Arnovance, formateur en agroécologie. La première partie de cet épisode a été diffusée le mois dernier et voici donc la deuxième partie. Dans cette première partie, nous avons abordé un état des lieux de la ressource en eau sur le territoire sud-ardéchois ainsi que les menaces et problématiques auxquelles se préparer.
- Olivier
Maintenant, place aux solutions pour mieux gérer l'eau. Bonne écoute ! Donc tu dis c'est de la concertation,
- Léa
on se met d'accord pour... proposer des choses. Est-ce que tu peux nous donner des exemples de projets qui ont été menés par le PTB ou qui sont en cours plus concrètement ?
- Olivier
Là, typiquement, tout ce qui va être gestion de l'eau au jardin, mais ça c'est vraiment une petite partie de la sensibilisation. Donc on a vraiment des actions de communication, de sensibilisation du grand public parce qu'en effet c'est quand même non négligeable. Je disais tout à l'heure l'AEP c'est 71% sur le bassin versant. Alors c'est à peu près moitié-moitié, c'est 56% pour les permanents. et 45% pour le tourisme, sachant que c'est presque essentiellement durant les périodes d'étiage où ces 45% sont utilisés finalement. C'est là où c'est un peu compliqué parce que c'est quand on n'a pas d'eau que les besoins sont forts. Donc voilà, il y a vraiment un travail à faire avec les représentants du monde du tourisme et ça pour le coup, c'est déjà des choses sur lesquelles on travaille avec eux pour les orienter à avoir une meilleure gestion de l'eau potable, mais aussi du traitement des eaux usées, parce qu'il faut savoir que les eaux usées après le traitement dans les stations d'épuration, ça revient en cours d'eau. Dans des cours d'eau qui ont des débits très faibles l'été, c'est problématique parce qu'il y a peu de dilution et donc on augmente la pollution et donc les effets sur les milieux aquatiques. Donc là,
- Léa
on en vient à la menace sur la qualité de l'eau.
- Olivier
On revient sur une menace sur la qualité de l'eau. Donc il y a l'eutrophisation, il va y avoir ces cyanobactéries après pour les usagers directement. Et puis, il y a le manque d'eau, il va y avoir en lien avec cette eutrophisation le manque d'oxygène, donc la mortalité pour toute une diversité aquatique. Voilà, on travaille avec les différents acteurs. On peut porter des actions à l'élaboration des plans de prévention de risque d'inondation avec les communautés de communes. Mon collègue va travailler plutôt sur l'aspect quantitatif. D'autres collègues, avec moi, vont travailler plutôt sur ce qui est restauration des milieux aquatiques, justement. Les stratégies de gestion de ces espaces de bon fonctionnement et donc des cours d'eau et ce qui est autour, ce qui permet de maintenir leur fonctionnement jusqu'à la restauration. Et par exemple, si vous passez sur le pont de Saint-Privat, on se demande pourquoi on met un bulle pour aller déplacer des milliers de mètres cubes de sédiments. La rivière Baume au pont de Saint-Privat, elle était calée sur la dalle. Il n'y a plus d'échange entre la nappe et puis finalement les sédiments. Donc l'eau se réchauffe, elle se dégrade en termes de qualité. Elle n'a pas possibilité de se rafraîchir, en tout cas difficilement. Il n'y a plus d'habitat pour la vie aquatique puisqu'on est sur une dalle lisse où tous les écoulements s'accélèrent. Donc on renforce cette problématique d'incision. On accélère les écoulements aussi en période d'inondation. Ça veut dire plus vite, plus fort pour les villages en aval. Et donc l'idée c'est vraiment d'essayer de restaurer ces tapis alluvial pour qu'on ait des échanges entre la nappe... le sédiment et la partie visible de l'iceberg, l'eau qu'on voit dans le cours d'eau, qui est en fait une très petite proportion de l'ensemble de cette quantité d'eau, pour finalement l'épurer naturellement et faire en sorte qu'elle se stocke mieux, qu'elle se rafraîchisse dans ces sédiments. Même si en effet ça paraît des chantiers un peu démesurés, on peut l'entendre, d'ailleurs c'est le genre de critique qu'on a souvent. D'ailleurs l'idée n'est pas de faire en sorte de mettre ces matériaux ici et qu'ils restent là, qu'il soit repris par les rivières et qu'il est calé progressivement un peu partout dans les zones où on est déficitaire. En tout cas, c'est une démarche de manœuvre qu'on peut se donner aujourd'hui et qu'on a aujourd'hui pour essayer de restaurer ces milieux qui sont déjà fortement dégradés. Et tant qu'on n'arrive pas à restaurer en tout cas la mobilité ou la capacité à ces cours d'eau de reprendre des sédiments sur les côtés, c'est très compliqué. Donc c'est pour ça qu'on travaille à ça, par exemple, en projet de restauration.
- Léa
Oui, on vient rattraper des erreurs commises par le passé.
- Brian
Si je peux me permettre juste pour compléter. Et donc les solutions qu'il vient d'évoquer, c'est à la fois ça permet de gérer les excès d'eau et les manques d'eau. C'est ça qui est génial, c'est qu'on gère les deux problèmes en même temps. Et c'est ça qui est bien. Que ce soit par l'aménagement paysager global des versants ou des zones alluviales pour les reconnecter avec les aquifères sous-jacents qui sont à côté. Ces actions-là permettent à la fois de tamponner très fortement les crues, les épisodes sévenoles, et du coup de gérer mieux les manques d'eau l'été. C'est-à-dire qu'au lieu d'avoir de l'eau qui passe d'un coup, qui fait un hydrogramme de cru, au lieu d'avoir juste un pic, on étale ce pic et notamment on rend les étiages avec beaucoup plus d'eau, les rivières, les terres. C'est vraiment l'idée, c'est comment on peut la retenir pour qu'elle soit redistribuée et comment on reconnecte sous-sol et surface.
- Léa
Et alors en termes de pratiques agricoles par exemple, ce qu'on peut mettre en place pour stocker l'eau, pour économiser l'eau, pour garder l'eau dans le sol, pour essayer de pallier ce manque ou ces sécheresses ou éventuellement aussi ce trop plein ?
- Brian
Alors, puisqu'on voit passer beaucoup de choses actuellement.
- Léa
Alors les mégabacines justement ?
- Brian
Les mégabacines, ça on oublie direct.
- Léa
Est-ce que tu peux nous dire juste en deux mots pour que tout le monde comprenne qu'est-ce qui pose problème selon toi et selon la croûte, en tout cas tel que t'es à l'humanisme là ?
- Brian
Sur les mégabacines, c'est un stockage sur bâche aérien soit en fonction de l'eau, théoriquement l'hiver, il y en a trop dans les fleuves ou rivières. soit dans des aquifères, mais ça a été beaucoup dans les aquifères. Et cette eau, donc ces grandes masses sont à l'air avec une évaporation très conséquente, la production d'algues. Voilà. Et souvent, très souvent, elles cautionnent des systèmes qui sont déjà plus fonctionnels, des systèmes agricoles qui sont dépassés. Je vais parler de ce que je connais chez moi. Je suis du département de l'Hérault, comme ça je ne me fais pas les glisser. Sur la vigne, voilà. On irrigue de plus en plus la vigne dans l'Hérault et souvent... Alors je ne suis pas contre l'irrigation sur la vigne, mais c'est à des moments bien précis, très parcimonieuse, mais aujourd'hui on utilise l'irrigation pour faire du volume pour produire en masse etc. que l'on va distiller ensuite et donc souvent les bassines vont cautionner un système agricole qui est pas du tout résilient en fait c'est l'ensemble sur chaque niveau où ça va pas alors qu'on infiltre mieux l'eau, elle a dispo dans les aquifères etc. alors qu'il y a beaucoup de potentialité à ce niveau là et ensuite en phase il faut mettre des agriculteurs qui se justifient, qui vont être plus en phase avec le climat, voilà
- Léa
Par exemple des nouvelles essences végétales ?
- Brian
on vient de plus en plus sur la main d'yeux, la vigne, on peut tout faire avec. Soit on part dans les travers de mettre de l'eau, de la faire n'importe comment, on gère mal les sols, on prend des cépages qui ne sont pas du tout résistants à la chaleur, etc., avec des pratiques... Tout ce que la modernité agricole nous a amené, soit si on met tous les éléments, par exemple sur la vigne bout à bout, plantés sur des terrasses, sur des courbes de niveau, des cépages qui sont résistants, plante les porte-grèves sur place, qu'on grève dessus. Ça c'est un des principaux leviers par exemple. Tous les anciens faisaient ça et la vigne résiste beaucoup plus au niveau de l'eau. Elle va raciner en profondeur plutôt que sur le côté. Donc il y a ces choses-là qui sont des leviers assez puissants. Bien évidemment après tout ce que vous faites à TH ça c'est le gros levier ultra puissant. C'est la vie du sol, les sols couverts, les couverts végétaux. C'est le premier levier. C'est quand il pleut que l'eau ne ruisselle pas, qu'elle soit bloquée et qu'en fait on peut... J'expliquais rien. au niveau des cours d'eau, c'est le faire au niveau de chaque centimètre carré de sol. En fait l'eau elle tombe, elle ne doit pas ruisseller dans la nature, de manière naturelle et presque sous chaque latitude à la base. Même un mieux sommaire, il y a des essences végétales qui étaient censées s'adapter, qui cassaient ce ruissellement, qui bloquent l'eau, qu'elle s'infiltre etc. Donc ça c'est vraiment la priorité. Aujourd'hui quand ça ne suffit pas ou dans certains cas après on pourra ajouter les aménagements type baissière, comme des fossés où on va bloquer l'eau dans le paysage. sur les courbes de niveau pour qu'elles soient freinées, donc elles stagnent, elles sont redistribuées, mais du temps s'infiltre. Donc là, elle va mieux recharger une hape, elle va dynamiser l'aval. Mais ce type d'ouvrage demande une certaine technicité, une bonne connaissance de la géologie sur la sande, du sol, du contexte climatique. Aujourd'hui, un des traverses, c'est qu'on voit beaucoup d'improvisations des non-experts sur ce type de pratique où ce n'est pas évident. Et alors,
- Léa
quelle serait la solution ? Il faudrait accompagner le monde paysan pour leur expliquer comment faire des baissières ?
- Brian
Oui, mais la priorité, c'est déjà arriver à bien gérer les sols. Déjà, si tous les paysans ou les agriculteurs au sens large arrivaient à bien gérer leurs sols avec des sols vivants, couverts une grosse partie de l'année, des petites parcelles, un maximum de haies, ce qu'était l'agriculture avant, déjà, on rend les mieux beaucoup plus résilients. Ensuite, les aménagements peuvent être complémentaires. Ici en France, encore sous nos latitudes, c'est la dernière situation. Moi, c'est plutôt... plutôt au niveau des P.O. ou de l'autre côté de la Mitterrandais. Mais ici, si on gère bien les sols, on a encore d'un margement. Parce que, en fait, si on fait des aménagements un peu lourds comme ça, le risque c'est ok, on va bien gérer l'été, on retient bien l'eau, etc. Mais l'hiver, il y a le risque de saturation. Donc dès lors qu'une zone est argileuse, pleine nord, le moindre rouage mal disposé, c'est ce qu'on appelle l'hydromorphie, les sols vont être saturés à nous. Alors que quand on gère bien avec la vie des sols, comme dans les jardins de terre humanisme, ça se gère par eux-mêmes les excès et les manques d'eau. Et c'est ça qui est chouette. après il faut multiplier les mares je laisse un peu là,
- Olivier
je ne veux pas mon opposé la parole et puis on pourra donner aussi la parole à Arnaud moi je parle plutôt des jardins une échelle plus petite on y viendra juste après si je peux rebondir en effet ces baissières ou même les béalières ça peut avoir un intérêt mais en effet sur nos contextes climatiques Ça peut aussi être problématique parce que l'été, il y a assez peu d'eau dans les cours d'eau. Si on continue de la diviser, on sait qu'au moment où l'agriculture en a besoin, c'est là où finalement, on n'a plus beaucoup d'eau déjà dans les milieux aquatiques. Mais l'idée, ce serait plutôt de les connecter peut-être au début de printemps, lorsqu'il y a encore assez d'eau, pour justement favoriser l'infiltration d'eau dans les territoires. Et après, on les déconnecte des cours d'eau parce que là, ça devient problématique et critique pour ces milieux aquatiques qui sont déjà en fragilité. La première entrée avant d'aller chercher de l'eau qui passe, etc. C'est vraiment en effet de stocker celles qui tombent à l'endroit où elles tombent. Un sol riche en matière organique, il a une capacité de stockage d'eau qui est beaucoup plus importante qu'un sol minéral. D'ailleurs un sol minéral, il n'a pas grand intérêt même pour les plantes. Donc de toute façon, on a tout intérêt à favoriser un retour je dirais progressif à la quantité de matière organique qui est dans les sols qui était durant les 70 dernières années très fortement dégradée, ce qui n'était pas du tout le cas avant et ce qui cause aussi derrière un problème de stabilité qui renforce finalement l'érosion de ces sols-là. et donc diminuent leur capacité à stocker de l'eau. Donc en effet, la première entrée, c'est bien dès qu'on peut le faire, il va falloir essayer d'avoir une structure racinaire qui permet facilement de capter l'eau, de la faire descendre le long des racines, qu'elle se stocke dans le sol et pas qu'elle retourne directement au cours d'eau et qu'elle traverse notre territoire et qu'elle parte jusqu'à la mer. Après, si on en revient un peu aux actions qu'on peut porter, on a justement un projet que je présentais en introduction sur les paiements pour services environnementaux. C'était un petit peu l'objectif qu'on se tendait à se dire. Il y a plusieurs indicateurs de performance des exploitations agricoles qui ont contractualisé. Et l'objectif, c'était bien de les rémunérer pour améliorer leur pratique, pour accélérer la transition agroécologique à l'échelle du territoire. Et sur plusieurs entrées, il y a l'entrée qualité des milieux, puisqu'il y a un indice de traitement herbicide. Donc l'idée, c'était d'utiliser moins d'herbicides, moins d'herbicides dans les milieux aquatiques. Il y avait le pourcentage de couverture du sol. Il y avait la quantité d'azote minéral utilisé. L'idée, ce n'était pas de plus utiliser d'engrais. mais par contre d'aller plutôt sur des engrais organiques. Et voilà, donc il y avait tous ces indicateurs-là et parfaitement on a essayé de faire en sorte d'aller vers cette transition et globalement on a quand même des retours qui sont assez intéressants. Juste pour en présenter deux ou trois, le pourcentage de couverture du sol, il a augmenté de 4,5% dans les exploitations.
- Léa
Donc là on parle du territoire... Oui,
- Olivier
les 30 exploitations qu'on suit sur le bassin versant de l'Arc d'Eche qui représentent 30 exploitations pour 1600 hectares.
- Léa
Donc ces exploitations étaient volontaires pour participer à ce projet ? Oui, exactement,
- Olivier
à ce projet. Et donc ça, c'est juste couverture du sol. Après, si on prend l'azote minéral, forte diminution, puisque en moyenne, c'est moins 54% d'utilisation d'azote minéral. Et la médiane même, du coup, ça dépend des exploitations, c'est moins 88%. Donc ça devient assez énorme. Et surtout, par exemple, ces 13 exploitations qui n'utilisent plus aujourd'hui d'azote minéral contre 6 au lancement. Et puis après, si je prends les fréquences de traitement herbicides, là, c'est pareil, c'est une diminution de 50% en moyenne, une médiane à moins 60%. On passe même 6 exploitants qui ont complètement réussi à sortir de l'utilisation des herbicides. Après, il resterait honnêtement à comparer avec les données du territoire, parce qu'on n'a pas ces données-là, en tout cas on n'a pas eu le temps de faire le bilan. Mais là, on arrive à la quatrième année sur 5 et finalement, on se dit qu'il y a quand même des choses qui ont changé. Donc voilà, c'est une petite pierre à l'édifice. Sur 1600 hectares, ça commence à compter un petit peu.
- Léa
Dans les autres actions qui peuvent avoir aussi un effet, on a le jardin. On sait aussi que jardiner peut participer à faire revenir la biodiversité, favoriser la qualité des sols, de l'environnement, etc. Arnaud, est-ce que tu veux nous en dire un petit peu plus sur les usages de l'eau au jardin ?
- Arnaud
Avec plaisir. Il y a pas mal de similitudes à prendre entre le jardin et l'agricole. De toute façon, peut-être juste pour rebondir sur une pratique agricole, on ne l'a pas évoquée mais j'y ai pensé, peut-être certains connaissent l'ABC, donc l'agriculture biologique de conservation. Ça c'est une grande pratique relativement peu développée en France mais beaucoup plus par exemple aux Etats-Unis notamment où ils sont largement en avance sur ce genre de choses. En fait, on vient complètement arrêter le labo et du coup forcément qui arrête du labo, on dit meilleure vie du sol, moins de minérisation, donc plus de matières organiques, l'aspect érosif qui diminue, donc potentiellement plus de stockage. Mais bon, ça demande effectivement du nouveau matériel, de la formation. Donc c'est quand même des assez gros changements pour l'agriculture. Mais en tout cas, l'ABC a... Il y a beaucoup de gens, de plus en plus en tout cas en France, qui réussissent à la fois à faire de la culture biologique et à la fois ne pas labourer. Et voilà, c'est un peu le Graal, on peut dire, en termes de solutions agricoles. Pour le coup, un jardinier au jardin, ça, on y arrive très bien. Parce que voilà, on est sur des petites parcelles, on a du temps, on a moins la pression de rendement entre guillemets. Donc voilà, on peut se permettre d'avoir des très très bonnes pratiques au jardin. Et comme le disait Olivier tout à l'heure, effectivement en agroécologie, la priorité avant tout c'est d'avoir un sol vivant au maximum. Mais ça c'est un peu ce qu'on... En agricole c'est pareil, essayer d'avoir un couvert... végétales au maximum à l'année. Là par exemple, on est en ce moment au mois de septembre ici au jardin pédagogique à la Blachère où on est en train de recycler nos cultures d'été en forme de compost qui sera utilisé l'année prochaine au printemps. Et donc du coup nos parcelles qui se libèrent on est en train de passer petit à petit en engrais vert. Un engrais vert c'est quoi ? C'est un mélange de plantes, minimum céréales légumineuses, c'est la base qu'on implante là, qui a eu le temps justement de s'implanter avant l'hiver. Il va continuer à faire de la photosynthèse tout l'hiver, à grandir, à protéger le sol et en fait L'intérêt de l'engrais vert, donc cette couverture végétale vivante, c'est que l'intégralité de la plante ne va pas être utilisée pour se nourrir elle-même. Ce n'est pas un légume. Mais par contre, ça va nourrir le sol. Donc l'intégralité de ce couvert végétal va être fauché, écrasé, occulté, il y a différentes manières. L'intégralité de la partie, à la fois les feuilles, mais aussi les racines, qui sont très importantes, vont être complètement décomposées par la vie du sol au printemps. Et derrière, on aura augmenté le taux de matière organique du sol. On aura nourri le sol. Quand je dis nourrir le sol, en fait, c'est nourrir la vie du sol. Donc les bactéries, les champignons, les vers de terre. Le vers de terre, par exemple, très important, notamment par rapport à l'achat de l'eau. Différents types de vers de terre. Mais si on prend le vers de terre commun qui fait des galeries verticales, il va permettre à l'eau de pénétrer dans le sol au profondeur et d'être connectée au milieu derrière.
- Léa
Donc la technique des engrais verts, elle est aussi utilisable en agriculture ?
- Arnaud
Oui, dans les deux cas, il y a vraiment des grandes similitudes. On parlait beaucoup de la vigne. Là, c'est quand même des nouvelles pratiques qu'on voit en vigne de plus en plus. Effectivement, les rangs de vignes où le sol est laissé à nu une grosse partie de l'année, on en a parlé, ça pose souci. Les enherber au maximum à l'année, ça, c'est l'idéal. Et de plus en plus, il y a des agriculteurs qui se mettent à la fois à mettre des couverts végétaux divers, souvent avec beaucoup de mélange de légumineuses. L'intérêt de la légumineuse étant que ça... La plante va stocker de l'azote de l'air via une symbiose qu'elle a avec des bactéries dans le sol. Et du coup, ça limite les apports d'engrais chimiques qui sont en général beaucoup plus lessivables et donc du coup, qui impactent la qualité de l'eau aussi. Et donc ces couverts végétaux en vigne, ils ont tout un tas d'avantages. Et en plus, ils permettent aussi de limiter les apports en engrais aussi azotés chimiques au printemps. Je vais parler d'ombrage, d'ombrillère. Alors ça, en agricole, vu qu'on est vraiment sur des grandes surfaces, c'est quand même plus compliqué. Ça pose aussi d'autres problématiques, on va dire. Ça peut être aussi controversé, d'ailleurs, le photovoltaïque agricole. Ça, c'est encore une fois, peut-être pas le temps de rentrer dans toutes les controverses.
- Léa
En tout cas,
- Arnaud
au jardin, nous, avec les changements climatiques partout en France, mais notamment ici, on est quand même en climat méditerranéen, surtout l'été. On a dû apporter, en plus de l'agroforesterie, donc la présence de l'arbre avec les légumes en dessous. En plus de ça, on a dû depuis des années rajouter de l'ombrage via des structures. des ombrières, que ce soit en canis, des ombrières avec de la vigne, avec de l'apaciflore, avec différents types de plantes, que ce soit des canis ou des toiles d'ombrage qu'on vient mettre en juillet. Et ça pour le coup, ça fait une dizaine d'années qu'on a vraiment augmenté la quantité d'ombrage justement pour diminuer les apports, avoir moins d'évapotranspiration et puis moins de réchauffement du sol. Ça permet de garder un peu plus l'eau, d'avoir des plantes moins stressées. Olivier a tout à l'heure parlé un peu de la physiologie des plantes C'est des températures qui explosent maintenant l'été. Tu disais, il y a quelques dizaines d'années, il y a 50 ans, on dépassait rarement les 35 degrés l'été. Et là, maintenant, ça devient presque la norme. Effectivement, ça devient compliqué pour des légumes d'avoir des températures trop hautes. Donc apporter de l'ombrage, ça fait vraiment partie des aménagements faciles à mettre au jardin qui deviennent très importants maintenant.
- Léa
Et puis en termes de récupération des eaux de pluie, peut-être qu'il y a des choses intéressantes à faire aussi pour les particuliers ?
- Arnaud
Oui, la majorité de l'eau qu'on stocke ici vient des épidodes sépénaux justement. Plus la Mitterrand est chaude, Donc plus on peut avoir des épisodes sévénoles sévères derrière, qui dit météorite n'est plus chaude, dit plus d'eau qui s'évapore. Et donc potentiellement cette eau, elle retombe à un moment donné et donc elle va retomber sur les sévènes. Donc nous, on essaye de récupérer cette eau en excès dans une des grandes cuves qu'on a dans les jardins. Par exemple, là ça fait deux années de suite qu'on a tellement des gros épisodes en octobre-novembre qu'en fait on remplit notre cuve intégralement en 2-3 épisodes sévénoles. C'est-à-dire que toutes les pluies derrière, on n'a pas récupéré. En tout cas, c'est reparti dans le paysage. que ça suffisait. Et donc l'intégralité ici des toitures, même de la serre, du tunnel, de différents bâtiments, on récupère l'eau. On a aussi certains ruissellements, parce qu'on a des zones des jardins ici où on a tellement peu d'épaisseur de sol que quand il pleut 100 mm d'eau, on a quand même des ruissellements, même si on a des sols qui sont améliorés, même si on a des bons aménagements. Donc on récupère une partie de ruissellement. Et enfin, toutes les eaux utilisées ici passent dans une phytoépuration. On consomme environ 150 m3 du réseau potable par an. Et donc l'intégralité de ces eaux usées traitées partent dans une mare à la fin. Et le surplus de la mare, on ne le fait pas tous les ans, mais on se permet parfois d'utiliser l'eau de cette mare pour irriguer les jardins. En gros, c'est un bonus qu'on se permet les années où on en a besoin.
- Léa
Et donc, les particuliers, à leur échelle, peuvent aussi créer une mare au jardin, par exemple ?
- Arnaud
La mare, effectivement, on appelle ça aussi des jardins de pluie, c'est-à-dire des mares pas forcément permanentes qui sont connectées du coup au milieu, ce qui permet justement qu'on a des gros excès d'eau, d'amener ces eaux au lieu qu'elles ruissellent et qu'elles éventuellement inondent en dessous le voisin. de les stocker temporairement chez soi et qu'elles tentent justement de s'infiltrer, d'hydrater le paysage, le milieu et puis d'alimenter potentiellement les sources en aval. Et après quand c'est possible, stocker de l'eau dans des cuves, dans ce qu'on a. Il y a de plus en plus de communes qui aident les particuliers avec des petites subventions pour s'équiper de ce genre de cuve et on ne le dira jamais assez, vraiment l'eau de pluie c'est vraiment la meilleure eau qu'on a au jardin de toute façon. Elle est peu chargée en sel minéraux et autres, contrairement à des eaux de forage ou même à des eaux du réseau. Pas de risque de stalinisation des sols, elle est a priori pas polluée. Donc vraiment l'eau de pluie c'est la meilleure eau qu'on ait pour l'irrigation et surtout au jardin. Donc il ne faut vraiment pas se priver de la stocker quand on peut chez soi.
- Léa
Merci Arnaud. On arrive bientôt à la fin de ce temps, de cette rencontre. J'ai envie de vous redonner la parole un peu à tous les deux, Brian et Olivier. Qu'est-ce que vous aimeriez dire, sachant que le sujet c'est aussi la résilience de nos territoires ? Donc qu'est-ce qu'on peut porter comme message pour nos auditeurs et auditrices à ce sujet ?
- Olivier
À la première, ça va quand même être la sobriété. Il va falloir qu'on en passe par là. Ça ne suffira pas. Tout le monde fasse un effort en effet sur la sobriété. En effet, récupérer l'autre. pluie, surtout sur la période en effet automnale, hivernale, lorsqu'il y en a beaucoup. Mais par contre, essayer de déconnecter un peu ça du réseau en période estivale pour que justement ça reparte quand même au milieu. Mais pas uniquement cette Ausha, c'est aussi notre vie de tous les jours, c'est les douches, ça va être les piscines par exemple. Mais là typiquement, on a un travail avec les collectivités territoriales lors de la révision des PLUI pour essayer d'aller réfléchir à... comment on peut essayer de contraindre entre guillemets la création de nouvelles piscines, des choses comme ça. Donc après ça se construit petit à petit, on ne le fait pas du jour au lendemain, mais voilà, on va dans ce sens-là, donc il y a quand même des choses qui se mettent en place, je pense que ça va dans le bon sens. Donc ça c'est les premiers éléments, après il y aura certes d'autres choix plus globaux à faire, sur quelle agriculture est possible dans des contextes météorologiques typiquement ici dans les Cévennes, et je pense qu'en effet, même si on améliore la qualité des sols etc., ce sera peut-être pas suffisant. Donc en effet avoir une bonne réflexion aussi. ensuite mettre ça en action, c'est pas irréalisable. On a encore une marge de manœuvre qui n'est pas négligeable, mais il ne faudra pas trop attendre.
- Léa
Merci. Olivier, la note finale ?
- Brian
Pour compléter, Brianne, c'est exactement ça. C'est la sobriété. Le premier levier, c'est la sobriété et la sobriété surtout. Alors sur la consommation locale, bien évidemment, je me suis amusé. Nous, on est 11 foyers là où on est en toilette d'éche. Sur une année, c'est 500 m3 d'économiser. En gros, c'est quasiment le volume de la cuve de TH à nous. Donc, c'est quand même colossal. Et ensuite, c'est chaque geste. Enfin voilà, on peut vraiment réduire très fortement sa consommation d'eau. Mais c'est valable pour ça, pour les légumes qu'on achète et pour tout ce qu'on achète. C'est-à-dire acheter quelque chose qui fait l'autre bout de la planète, comme la fast fashion, on en entend parler aussi.
- Léa
La consommation de viande aussi ?
- Brian
Voilà, de viande, tout ça. Mais après, la viande, si c'est une viande qui pâture... Viande où c'est des animaux qui sont en plein air intégral, en montagne, juste à côté. Au final l'impact il est faible. Mais si c'est de la viande, un McDo ou un truc équivalent intensif, ce n'est pas du tout le même impact. Mais après c'est aussi tous les impacts de tout ce qu'on achète. Un jean, un t-shirt et voilà. Aujourd'hui tout accélère. Et ce qu'on va acheter, on va impacter aussi les cycles douces de l'autre bout de la planète. Donc il y a ça. Et donc il faut aussi se dire, c'est pareil, on parle de l'eau mais... au facteur aggravant, ça va être l'augmentation des températures que j'évoquais tout à l'heure, qui va se répercuter différemment selon les territoires. Mais en termes d'évaporation, d'humidité, etc., quand je vois des gens qui sont plein soleil dans leur climat à l'arrêt sur un parking et qui sont dedans à faire tourner la voiture juste pour avoir la clim, voilà, ça, pour moi, c'est le summum de ce qu'il ne faut pas faire. Et tout ça, en fait, c'est mis bout à bout chaque... Chacun de nos gestes a un impact. C'est vraiment de se dire, purée, maintenant, il faut qu'on soit tous résilients. Et si on met tout bout à bout, il n'y aura pas de souci, ça va le faire. Mais voilà, tant qu'on fera des bêtises, ça ne le fera pas.
- Léa
Et à la fois, chacun de nos gestes a un impact, mais il y a quand même des gros gestes qui ont plus d'impact. Certains qui ont plus d'impact,
- Brian
voilà. Mais c'est comme ça, en faisant des petits gestes, aussi qu'on va inspirer d'autres à peut-être dire qu'ils font des gros gestes ou dire, ah, peut-être...
- Léa
On peut faire autrement.
- Brian
On peut faire autrement. En tout cas, on a les moyens de changer le monde. Mais il faut qu'on s'y mette tous autour de la table. Et avec plein de leviers différents.
- Léa
On espère que cet échange permettra peut-être d'ouvrir encore plus les yeux à des personnes qui nous écouteront. Sinon, ce ne sera qu'une goutte d'eau, je dirais. Merci en tout cas d'avoir participé, de nous avoir donné des petits éclairages en plus sur l'eau.
- Olivier
Merci pour l'invitation.
- Léa
Et puis, à bientôt.
- Olivier
Merci à tous.