Speaker #0bienvenue dans design matière essence le podcast qui explore l'aura unique du design des matières fascinantes et des sens qui les subliment je m'appelle claire Chinellato designer produits industriels et luxe et directrice artistique basée en corse à travers ce podcast je vous invite entreprises entrepreneurs âmes créatives et designers à éveiller votre curiosité et à découvrir des créations et thématiques passionnantes. Ensemble, regardons le monde sous un nouvel œil, celui du design global. C'est parti ! Aujourd'hui, j'ai envie de vous parler d'un moment parfois redouté ou que vous avez déjà peut-être vécu autour d'un projet mais que personne ne sait vraiment comment traverser. S'il touche en effet pratiquement tous les domaines, je ne l'ai pourtant pas vraiment vu passer dans les posts, articles, LinkedIn ou même podcasts, alors je me suis dit qu'on allait le démystifier ensemble. Imaginez-vous deux secondes, vous êtes dans votre bureau, votre designer arrive avec votre projet dans les mains, c'est le jour où il va vous présenter ça ou ses propositions. Alors évidemment, vous êtes super curieux dès que vous vous en êtes rendu, vous ouvrez les documents ensemble et là, gros plan. Vous avez beau être très vite pour le travail, ça c'est sûr, mais il y a quelque chose qui bloque. Vous ne savez pas si c'est bien ou pas. Vous ressentez quelque chose, mais vous n'arrivez pas à mettre le doigt dessus. En fait, vous vous dites, soit c'est bien pour ne pas bloquer l'autre, ou à l'inverse, vous allez dire, ok, c'est pas tout à fait ça, sans savoir vraiment l'expliquer. Et là, la conversation, elle risque d'être longue et de tourner en rond. Ce moment n'existe pas parce que vous n'êtes pas qualifié. ne vous a jamais donné les bons outils pour le traverser. Si vous vous reconnaissez dans cet exemple, alors ça tombe très bien parce que dans cet épisode, vous allez comprendre pourquoi la première réaction face à un projet peut trahir et ce que ça peut coûter quand on l'écoute trop vite ou pas assez. Vous découvrirez ensuite trois questions qui remplacent vos goûts personnels par vos objectifs stratégiques. Enfin, je vous parlerai d'une méthode concrète en trois étapes pour transformer ce que vous ressentez en retour. utile et actionnable. Commençons, c'est parti ! Quand on découvre un design, notre cerveau fait quelque chose de très naturel. Il réagit avant de réfléchir. En quelques dixièmes de seconde, on a déjà une impression. On aime, on n'aime pas, quelque chose nous attire ou nous résiste. Et cette réaction, aussi sincère soit-elle, on la prend pour un jugement, alors qu'elle n'est que le point de départ. Le problème, ce n'est pas d'avoir cette réaction. Le problème, c'est de s'arrêter là. Et pour illustrer ce que ça peut produire à grande échelle, j'ai une anecdote parfaite à vous raconter. En 2009, Tropicana, la marque de jus d'orange mondialement connue, a décidé de moderniser son packaging historique. A l'époque, l'intention était quand même plutôt légitime, parce que l'emballage existant était jugé beaucoup trop classique, pas assez contemporain, bref, on a compris. Alors, une grande agence a été mandatée, avec un budget quand même assez important. 35 millions de dollars investis et le nouveau packaging a été lancé. En seulement deux semaines, les ventes se sont effondrées. La marque a enregistré 20 millions de dollars de pertes et a dû faire marche arrière en urgence en revenant à son ancien design. Mais qu'est-ce qui s'est passé ? Eh bien, le logo mythique, il a été rendu illisible en raison de son orientation verticale. Difficile à déchiffrer en rayon. L'orange. percé d'une paille qui est quand même l'élément iconique de la marque et qui est tout de suite reconnaissable a été remplacé par un verre de jus d'orange, beaucoup moins distinctif. Et donc, les consommateurs ne reconnaissaient tout simplement plus le produit dans les rayons. Ce qui m'intéresse le plus dans cette histoire, c'est que tout ce projet de refonte, il a très probablement été mené et finalisé sans soumettre la moindre variante à un panel de consommateurs. Ou du moins, il n'a pas suffisamment fait de tests Merci. et de processus d'itération. Il n'y a pas eu, à mon sens, de retour externe avant le lancement. On a décidé, on a produit, et puis on a lancé, et on a payé le prix fort. Ce cas, il nous dit quelque chose d'essentiel. Le design, il ne se valide pas dans une salle de réunion entre personnes convaincues. Il se valide en dialogue, avec les bons outils, les bonnes questions et les bonnes personnes autour de la table. Avant d'aller plus loin, je veux m'arrêter sur quelque chose qui bloque. beaucoup d'entreprises dans leur relation au design, c'est souvent la peur cachée que les allers-retours soient le signe que quelque chose va mal, ou que ça va être beaucoup trop long. Alors soyons clairs, dans un processus de design, itérer, ça n'est pas du tout un problème, c'est la méthode et l'assurance que les solutions qui seront proposées seront les plus durables et les plus justes. En design produit, en design thinking, en expérience utilisateur, on teste, on observe, on ajuste et on recommence. Pas parce qu'on s'est trompé, mais parce que c'est comme ça qu'on affine. Chaque retour, chaque ajustement, chaque version qui évolue rapproche le projet de quelque chose de plus juste, de plus efficace, de plus aligné avec la réalité de votre cible. C'est un processus vivant, pas une ligne droite. Alors évidemment, on ne parle pas d'imprimer 300 brochures. pour les jeter à chaque itération. Le contexte change tout. Une campagne print, elle n'a évidemment pas la même élasticité qu'une maquette digitale ou un prototype produit. Mais dans tous les cas, l'état d'esprit reste le même. Accueillir les ajustements comme des opportunités, pas comme des signaux d'alarme. Ce que Tropicana aurait économisé avec quelques itérations bien menées et quelques retours consommateurs en amont ? Probablement 20 millions de dollars et surtout sa crédibilité. Il y a d'autres situations que je vois parfois autour de moi et qui sont toutes aussi coûteuses. Le silence par peur de vexer, de ne pas être légitime. On reçoit une proposition, quelque chose qui ne convient pas vraiment, mais on ne sait pas trop comment le dire. Alors, vu qu'on n'est pas designer, on doute de notre légitimité à donner un avis. Qu'est-ce qui se passe ? On valide, mollement, vaguement, en espérant que ça ira. Et puis arrive le moment fatidique. L'impression se lance, la campagne est en ligne. le produit est entre les mains de vos clients. Et là, ce qui ne convenait pas vraiment peut devenir un problème concret, visible et coûteux pour vous. Ce que beaucoup d'entreprises ne réalisent pas forcément, c'est que la plupart des prestations design intègrent des allers-retours dans le contrat. Et ce n'est pas du tout un aveu de faiblesse de les utiliser, c'est exactement pour ça qu'ils existent. Ils sont là pour affiner, préciser, aligner. Les utiliser, c'est travailler intelligemment. pas les utiliser par politesse ou vous réveiller au dernier moment en vous rendant compte que le résultat final ne correspond pas, c'est devoir recommencer une mission en entier et ça c'est souvent payer deux fois le prix pour une seule chose. Dire ce qui ne convient pas avec les bons mots au bon moment, c'est rendre service à tout le monde. À votre projet, à votre designer, à votre planning et à votre budget. Pour sortir, du terrain, de l'opinion personnelle et entrer dans celui de l'objectif stratégique, il suffit de se poser trois questions. Pas avant de regarder le design, mais en le regardant. En un, est-ce que ça sert l'objectif ? Rappelez-vous ce que vous aviez demandé au départ. Regardez votre brief. Attirer de nouveaux clients ? Répondre à une problématique spatiale ? Proposer un service plus inclusif ? Une solution, elle peut être élégante, attractive, travaillée et pourtant... elle peut passer à côté complètement de sa mission. À l'inverse, quelque chose de très minimaliste peut répondre exactement à votre problématique. Le critère numéro 1, c'est donc l'alignement entre le rendu et l'attention. Pas la beauté, pas l'esthétique. En 2, est-ce que ma cible le comprend immédiatement ? Votre designer, il travaille pour vos clients, pas pour vous. Oui, désolé. La bonne question, elle n'est donc pas est-ce que ça me plaît, mais est-ce que la... personne à qui ce visuel s'adresse va le comprendre en quelques secondes, sans effort, sans hésitation. Tropicana l'a appris à ses dépens. Un design qui demande à être expliqué a déjà perdu une partie de sa bataille. En 3, est-ce que c'est cohérent avec ce qu'on est ? Un design ne vit jamais seul. Il s'inscrit dans un écosystème. Votre site, vos réseaux, une place, vos supports, vos valeurs. La question à se poser est simple. Est-ce que cette solution appartient à notre univers ? Est-ce qu'il renforce ce qu'on veut transmettre ou est-ce qu'il crée une légère dissonance dont on n'arrive pas à identifier la source ? Ces trois questions ne remplacent pas l'œil du designer, elles vous donnent un langage commun pour dialoguer avec l'us. Maintenant que vous avez vos réponses aux trois questions, comment les formuler pour que ça soit vraiment utile ? Parce que quelque chose me gêne, mais je ne sais pas trop quoi, ou... Je ne sais pas pourquoi, mais bon, ce n'est pas encore ça. Objectivement, ce ne sont pas des retours qui mettent votre designer sur une piste claire. Alors, le risque, évidemment, c'est que votre designer, en réponse, vous fasse un retour qui est encore plus lourd. Pas parce qu'il manque de talent, mais parce qu'il n'a pas les informations dont il a besoin pour ajuster. Pour y remédier, je vous propose une méthode en trois temps. Observation, impact, direction. Observation. décrivez ce que vous voyez factuellement, sans jugement. Pas ce que vous ressentez, mais ce que vous constatez. Exemple, le titre est en bas du visuel, les couleurs sont très sombres, il y a beaucoup d'éléments qui occupent l'espace. en impact, dites ce que ça produit en lien avec votre objectif ou votre cible. Du coup, le regard ne sait pas naturellement où aller en premier, ça génère une atmosphère très sérieuse, ce qui pourrait un peu éloigner une clientèle plus jeune, le message principal a du mal à émerger, etc. Et enfin, direction. Ouvrez une piste sans imposer une solution précise. Est-ce qu'on pourrait explorer quelque chose de plus aéré ? J'aimerais qu'on teste la version où l'appel à l'action respire davantage. Vous donnez une direction, mais vous laissez votre designer trouver le chemin. La nuance ici est importante. Il ne s'agit pas de dire à votre designer qu'il s'est trompé, il s'agit de lui donner des informations qu'il n'avait peut-être pas, parce que vous connaissez votre site, votre contexte, votre histoire mieux que personne. C'est quand même ça la vraie collaboration. Concrètement, en deux exemples, pour ancrer la méthode. Si vous avez quelqu'un qui bloque un peu sur la couleur, Sans le méthode, vous risquez de répondre à votre designer « la couleur ne me plaît pas trop, est-ce qu'on ne pourrait pas essayer autre chose ? » Alors qu'avec la méthode, vous allez très probablement lui répondre que « cette teinte me semble un peu froide par rapport à la chaleur qu'on veut dégager au sein de l'entreprise, est-ce qu'on ne pourrait pas explorer des tons un peu plus enveloppants ? » En dernier exemple, si on vous amène à un nouveau service que vous trouvez trop lent, sans le méthode, vous allez probablement répondre par un « c'est pas assez dynamique » . Alors qu'avec cette méthode, vous pourrez préciser votre besoin par « j'ai l'impression que la solution amène encore beaucoup d'étapes qui risquent de rendre l'expérience trop longue pour mes clients, qu'est-ce qu'on pourrait activer ensemble pour l'optimiser ? » Dans les deux cas, vous ne corrigez pas, vous enrichissez. Et c'est une différence que tout bon designer saura reconnaître et valoriser. Je voudrais vous partager comment cette dynamique se passe de mon côté quand je développe des projets avec des entrepreneurs, organismes. ou entreprise. Quand je sens que le professionnel en face de moi a un doute, qu'il hésite entre deux directions, qu'il ne parvient pas à trancher, ma première réaction est de ne jamais le mettre sous pression. Je lui laisse un temps de respiration. Parce qu'une validation arrachée à la minute, ça n'est pas une vraie validation, c'est une réponse de confort. Et une réponse de confort, ça se paie toujours plus tard. Quand je vois que quelque chose lui trotte dans la tête sans qu'il arrive à mettre le doigt dessus, Je ne le laisse jamais face à ce flou. Je questionne, je creuse les ressentis, je pose les mots M-O-T-S sur les mots, M-A-U-X comme j'aime le dire, et je reformule ce que j'entends. Je ramène doucement la conversation vers des éléments concrets, les objectifs du projet, la cible, le positionnement, ce qu'on avait décidé ensemble au départ, pas pour convaincre, simplement pour recadrer. Et dans 99% des cas, ce travail de dialogue fait émerger la réponse la plus juste. Les modifications qui en découlent sont logiques, utiles et surtout peu nombreuses, parce qu'elles touchent exactement ce qui devait être ajusté, pas tout le reste. Le 1% pour les curieux, c'est le cas de la personne dont l'entreprise manque encore cruellement de structuration ou dont les attentes ne sont pas encore suffisamment ancrées pour être formulables. Ou alors, c'est ce qu'on appelle encore en psychologie cognitive les biais de confirmation. C'est cette tendance à valider ce qu'on pense déjà, quoi qu'on vous montre. Dans ces situations, même le meilleur processus de design ne peut pas tout résoudre, parce que le frein n'est plus dans le visuel, le produit, l'espace, il est ailleurs. Mais pour tout le reste, et c'est l'immense majorité des cas, le dialogue structuré, la patience et les bonnes questions suffisent à débloquer ce qui semblait coincé. Pour terminer, je vais vous citer deux comportements très humains. mais qui ont tendance, malheureusement, à nuire au projet. Le premier, c'est le fait d'intervenir dans le fichier. Déplacer un élément, changer une couleur directement, faire un croquis par-dessus le travail existant juste pour montrer l'idée. L'intention, elle est bonne, mais attention, si vous récupérez les fichiers que vous voulez le faire vous-même, en faisant ça, vous prenez en charge une partie du travail créatif sans avoir le contexte global. Votre designer, il a une logique, il a des compétences, un métier particulier, une cohérence. sur le système, qui est le seul à maîtriser à ce stade. Une modification isolée, ça peut fragiliser un équilibre invisible. Le second, c'est le fait de valider sans s'être posé les questions. Dire « c'est bien » pour avancer parce qu'on est débordé ou qu'on ne sait pas trop quoi dire, ça semble anodin. Mais souvenez-vous de Tropicana. Une validation floue, c'est souvent une bombe à retardement. Elle revient bien souvent au moment le plus inopportun, à l'impression, au lancement, devant un client. Alors, vaut mieux prendre deux minutes de recul maintenant et utiliser les allers-retours prévus dans votre contrat. Exprimez clairement vos observations et les ressentis par rapport à vos objectifs en vous appuyant sur la méthode qu'on vient de citer. Vous évitez des semaines de correction, voire de devoir repayer une mission avec votre designer plus tard. Ce qu'il faut retenir aujourd'hui, c'est que le fait de valider un design ne demande pas d'être designer. Ça demande d'être ancré dans votre objectif, attentif à votre cible et capable de mettre des mots sur ce que vous percevez. Avec ces outils, vous ne devenez pas expert en design, vous devenez un interlocuteur précieux pour ceux qui le sont. Et c'est exactement là que la magie d'une bonne collaboration opère. L'épisode touche déjà à sa fin. Merci ! d'avoir écouté ce podcast de Design, Matière et Sens. Si cet épisode vous a parlé, partagez-le à vos équipes et à toutes celles et ceux qui, un jour, se sont potentiellement retrouvés quelque peu confus face à un rendu. Si vous souhaitez soutenir la chaîne, prenez quelques secondes en laissant un commentaire ou une note sur Spotify, Apple Podcasts, Deezer ou YouTube. Chaque geste participe grandement à sa visibilité et je vous en remercie d'avance. On se retrouve bientôt ! pour un nouvel épisode de Design, Matière et Sens autour d'une matière, d'un sujet ou d'une pratique concrète pour mieux vivre et comprendre le design au quotidien. D'ici là, prenez soin de vous et restez curieux.