- Speaker #0
bienvenue dans design matière essence le podcast qui explore l'aura unique du design des matières fascinantes et des sens qui les subliment je m'appelle claire kiné l'atôt designer produits industriels et luxe et directrice artistique basée en corse à travers ce podcast je vous invite entreprises entrepreneurs âmes créatives et designers à éveiller votre curiosité et à découvrir des créations et thématiques passionnantes. Ensemble, regardons le monde sous un nouvel œil, celui du design global. C'est parti ! Vous vous êtes récemment rendu sur le site des impôts ? Moi, oui. Et même s'ils ont changé quelques détails, on ne va pas se mentir, c'est toujours Koh-Lanta ! pour comprendre où cliquer si on n'a rien oublié avant de se déconnecter. Faire des démarches en ligne est une vraie prise de tête pour des millions de Français chaque année. Autre anecdote très concrète. Sur certains tronçons d'autoroutes en France, a été décidé de supprimer les péages physiques pour passer au tout numérique. Formidable ! Les conducteurs doivent donc retenir quand et où ils sont arrivés et sortis pour déclarer sur Internet dans les 72 heures leur trajet. Et je vous le donne en mille. Si vous ne le faites pas, vous vous prenez une belle amende. Maintenant, imaginez deux secondes que vous êtes une personne âgée ou que vous n'avez pas fait attention à ce changement, et qu'en prime, la technologie, c'est clairement pas votre truc. Là, c'est la bonne blague. Aujourd'hui, nous allons aborder un sujet devenu incontournable, qui peut sembler optionnel, voire superficiel, mais qui pourtant s'avère crucial et déterminant dans nos usages du quotidien. Je vous parle bien sûr ici de l'inclusion numérique. On évoque en effet beaucoup la transformation digitale, l'innovation, l'intelligence artificielle, la rapidité ou encore l'expérience utilisateur. Mais derrière, une question essentielle se cache. Pour qui conçoit-on vraiment le numérique ? Et surtout, qui laisse-t-on de côté, parfois même sans s'en rendre compte ? Dans cet épisode, nous allons donc voir ensemble ce qu'est réellement le numérique inclusif, pourquoi il ne concerne pas uniquement les designers ou les développeurs, Comment peut-on l'intégrer dans la conception de notre site ou de nos services ? En quoi devient-il un enjeu territorial, économique et collectif ? Et enfin, comment les entreprises, les structures publiques et les porteurs de projets peuvent intégrer ce sujet au quotidien et concrètement ? Pour enrichir cet épisode, j'aurai le plaisir d'échanger avec deux regards complémentaires. Celui d'un développeur web spécialisé en accessibilité numérique pour comprendre comment l'inclusivité s'intègre dans les sites web d'aujourd'hui, comment penser des outils plus justes dès la conception, quelles normes existent, quels réflexes adopter ou encore quelles sont ses limites. Puis, vous découvrirez le regard d'une collectivité portée à l'échelle d'un territoire, autour du numérique responsable avec des acteurs engagés. Ensemble, nous parlerons d'accompagnement des entreprises, d'action à destination du grand public, de stratégie territoriale, et du rôle que peut jouer le design dans cette dynamique. Le numérique inclusif ne se limite pas à rendre un site plus lisible ou à grossir un bouton sur une interface. Il touche en réalité quelque chose de beaucoup plus vaste. Notre manière de concevoir des outils, des services, des processus, des parcours, des objets numériques et même des territoires. Cela peut concerner une interface web mal pensée pour une personne malvoyante, un parcours administratif abscond. pour des personnes peu à l'aise avec le numérique, un manque de repères sonores ou tactiles, une information mal hiérarchisée, un service digital qui ne prend tout simplement pas en compte la diversité des usages, des rythmes, des capacités ou des contextes de vie. En d'autres termes, parler de numérique inclusif, c'est parler d'accès, d'équilibre, de justice, d'usage réel et surtout de responsabilité de conception. Et vous allez le voir, le design ne se contente pas d'être concerné par ce sujet. puisqu'il est en réalité au cœur même de la réponse. Restez avec moi, on commence par poser les bases. Qu'est-ce que le numérique inclusif exactement ? En quelques mots, le numérique inclusif consiste à concevoir des outils, services, interfaces ou environnements numériques qui puissent être compris, utilisés et appropriés par le plus grand nombre, quelles que soient les capacités, les fragilités, l'âge, le contexte social, le niveau de maîtrise numérique ou les contraintes du quotidien. Il ne s'agit donc pas uniquement de parler de handicap, même si la question de handicap en fait évidemment partie. Le numérique inclusif concerne aussi les personnes âgées, les personnes maîtrisant peu les codes digitaux, les publics en situation de précarité numérique, les personnes ayant des troubles cognitifs, les malvoyants, les non-voyants ou malentendants, les personnes dyslexiques, mais aussi tout simplement toutes celles et ceux qui ont besoin d'un service clair, fluide, compréhensible et non-excluant. Et c'est justement là que le sujet devient intéressant pour le design. Parce qu'un design inclusif, ce n'est pas uniquement faire joli ou mettre en norme. C'est penser la hiérarchisation de l'information, la lisibilité, le confort d'usage, les repères visuels, sonores ou tactiles, la charge mentale, la simplicité des parcours et surtout la diversité réelle des expériences usagées. Quand une interface est trop petite, complexe, rapide, chargée, abstraite, standardisée, elle peut exclure. Quand un accessoire numérique n'offre aucun retour tactile, aucune guidance vocale ou aucune logique intuitive, il peut lui aussi exclure. Autrement dit, l'inclusivité n'est pas une surcouche, c'est une philosophie de conception. Et cette philosophie, elle peut s'appliquer également à un site internet, une application, une borne, un objet connecté, un service public numérique, un parcours administratif, une plateforme de réservation ou encore un dispositif plus hybride incluant objet, interface et accompagnement humain. Pour rendre tout cela plus concret, j'ai eu envie de commencer par l'échelle du projet, du terrain, du site web, en train de se faire avec quelqu'un qui travaille chaque jour avec des entreprises et entrepreneurs. Aujourd'hui, j'ai donc le plaisir d'échanger avec Maxime Roudier, développeur web avec qui je travaille sur différents projets depuis quelques années. Et ce qui fait que j'adore travailler avec Maxime, c'est justement sa capacité et sa grande attention à inclure l'ensemble des usagers concernés dans les projets. dans les conceptions que l'on fait ensemble. Maxime, il se forme régulièrement pour accompagner les structures à optimiser leur interface. L'idée ici, c'est de comprendre comment le numérique inclusif se joue dans le développement d'un site web aujourd'hui. Bonjour Maxime.
- Speaker #1
Salut Claire. Et bonjour à tous et à toutes.
- Speaker #0
Je suis ravie de te recevoir dans ce podcast pour parler de ce sujet. Merci beaucoup d'être là. J'ai quelques questions pour toi afin que les personnes qui nous écoutent l'explorent de manière concrète au quotidien. On va commencer par la première question. Quelle différence relèves-tu entre un site classique et un site qui a réellement été pensé de manière inclusive ?
- Speaker #1
À mon sens, un site dont l'inclusivité a été correctement pensée est en fait très simple d'utilisation. On remarque qu'en cherchant à rendre la navigation fluide pour le plus grand nombre, on améliore l'expérience utilisateur globale, même pour les personnes valides.
- Speaker #0
C'est très intéressant, merci beaucoup. Ça m'amène vers une deuxième question. Quelles sont les erreurs ou oublis les plus fréquents ? que tu peux observer aujourd'hui sur des sites web ?
- Speaker #1
Alors, il y en a parfois beaucoup. Mais je dirais que l'erreur la plus fréquente, c'est sans doute le contraste de couleurs. Alors, pour faire un petit point vocabulaire, le contraste, c'est simple, c'est l'écart de luminosité entre deux couleurs. Un ratio de contraste, il peut aller de 1 à 21. 1 étant un texte blanc sur du blanc, très peu visible, on est d'accord. Et 21, ça correspond à un texte noir sur du blanc. Sachant que le seuil minimum recommandé par les référentiels d'accessibilité, il est de 4,5. Et on se rend compte que ce problème de contraste insuffisant, donc moins de 4,5, il est assez présent sur les sites. Et bizarrement, il est compréhensible ce problème. Parce que pour une personne ayant une bonne vue, un contraste, il peut paraître parfois tout à fait correct. Et donc, on passe totalement à côté de ce problème. Pour régler ce problème-là, on peut s'accompagner d'outils spécialisés. Il en existe des gratuits qui permettent de vérifier le ratio de contraste de chaque texte par rapport à sa couleur de fond.
- Speaker #0
Tu retraces à merveille ces différents schémas. Je te rejoins complètement avec mon expérience de designer. Ça m'amène vers la troisième question. Est-ce qu'il existe des normes, justement des référentiels ou des obligations que les entreprises devraient connaître ?
- Speaker #1
Oui, tout à fait. Premièrement, il faut savoir qu'il existe les Web Content Accessibility Guidelines, ou WCAG, qui est un ensemble de règles qui posent les bases mondiales de l'accessibilité web. Alors, en France, il en a été découlé le référentiel général... d'amélioration de la flexibilité, ou RG2A, dont la version 5 est annoncée pour début 2020, c'est-à-dire. Alors, élément intéressant, au Luxembourg, ils ont choisi d'en créer plusieurs des documents. Il y a le RAM qui réglemente les applications mobiles, le RAWeb pour les sites web et le RAPDF pour les documents PDF. Alors, ce qu'il y a de bien avec tous ces documents-là, c'est qu'ils sont généralement, non seulement composés d'une liste de critères, mais aussi de tests plutôt simples à réaliser, que vous pouvez tous et toutes faire sur votre site. afin de repérer les erreurs d'accessibilité. Pour finir sur le plan légal, en France, le RGAA est obligatoire pour les sites de services publics, les organismes ayant une mission d'intérêt général, ainsi que les sites des grandes entreprises privées dépassant un certain seuil de chiffre d'affaires ou selon leur secteur d'activité. Cela dit, pour savoir si vous êtes soumise à la réglementation, je vous invite à vous renseigner sur le site Obligali, qui permet à travers un petit questionnaire de vérifier vos obligations en termes d'accessibilité.
- Speaker #0
Merci beaucoup. pour ces précieux retours. Je sais que les auditeurs et les auditrices vont être très contents d'entendre ces informations. Ça m'amène à notre quatrième question. Est-ce qu'un site inclusif, ça apporte des contraintes ou un coût supplémentaire sur un site pour les entreprises ? Parce qu'on sait que c'est un sujet.
- Speaker #1
Oui, cela peut effectivement engendrer des contraintes et des coûts supplémentaires. Mais c'est surtout lorsque l'accessibilité n'a pas été pensée dès le départ. J'ai pu remarquer dans différents projets que parfois, reprendre un site existant pour le rendre accessible, ça peut coûter plus cher que de le recréer entièrement de zéro. Alors, pour vous représenter cela, je prends souvent une image qui peut paraître assez bête, mais qui illustre assez bien ce principe, je trouve. C'est la porte d'un mètre quarante. Imaginez un magasin construit avec une porte d'entrée d'un mètre quarante. Cette porte, elle remplit techniquement sa fonction. Tout le monde peut accéder au magasin, mais elle exclut de nombreuses personnes. Les personnes de plus d'un mètre quarante qui, au mieux, auront du mal à rentrer et au pire, vont renoncer à venir dans le magasin. Voilà. Pour résoudre ce problème, il faudra changer la porte pour une porte plus grande. Mais le fait de la modifier après coup impliquera non seulement de changer la porte, mais aussi de refaire le mur qui l'entoure. Ce qui représente un coût bien plus élevé que si l'on avait prévu une hauteur suffisante dès la construction. Eh bien l'accessibilité, c'est exactement pareil. Anticipée, elle ne coûte presque rien. Alors qu'ajoutée après coup, elle peut coûter assez cher.
- Speaker #0
Merci beaucoup. Alors, ça nous amène à une dernière question. Maxime, si tu devais nous donner 5 conseils pour une entreprise qui veut monter ou améliorer son site concrètement, quels seraient-ils ?
- Speaker #1
Je pense que je commencerais par le contraste des textes. Je vous en ai déjà parlé, mais c'est un sujet récurrent et assez sous-estimé à mon sens. Un contraste insuffisant, il peut rendre un texte invisible pour une partie de vos utilisateurs et utilisatrices. Et pour vous donner une idée de l'ampleur de l'impact, on peut se baser sur une statistique, c'est que les études estiment que 8% des hommes sont daltoniens et c'est le cas pour 0,5% des femmes. Rien qu'en France, cela représente 3 millions de personnes et dans le monde, 340 millions. C'est pourquoi c'est un point que je vous recommande de vérifier, d'autant qu'il existe des outils assez simples pour le faire et qu'il est également assez simple de foncer ou éclaircir une couleur si elle est incorrecte. Pour ce qui est du second point, je pense aux textes alternatifs des images. Dans un site web, on distingue Merci. les images décoratives, des images porteuses d'informations. Les images décoratives, elles doivent être ignorées par les lecteurs d'écran. En fait, une image qui n'apporte pas d'informations à une personne voyante ne devrait pas en apporter à une personne non voyante. Pour ce qui est des images porteuses d'informations, elles sont importantes au même titre qu'un texte. Et les lecteurs d'écran, ne pouvant pas les lire, une description textuelle se doit d'être renseignée en complément, et c'est ce qu'on appelle le texte alternatif. Concrètement, Imaginez l'image. d'une affiche de spectacle. Sans texte alternatif, une personne aveugle ne saura tout simplement pas de quoi il s'agit. Le texte alternatif, il doit reprendre les informations essentielles de l'image, par exemple, affiche du spectacle de danse et de chant du mardi 4 juin à 21h, et ainsi, l'ensemble des utilisateurs et utilisatrices ont la même quantité d'informations. Autre élément intéressant, à l'image d'un plan d'un lieu ou d'un sommaire pour un livre, c'est le plan du site. Il s'agit d'une page dédiée qui liste l'ensemble des pages et des publications de votre site de manière organisée. Celle-ci est majoritairement destinée aux personnes ayant des troubles cognitifs et de l'orientation, mais cette page, elle peut être très utile à tous et à toutes pour se repérer rapidement et obtenir une vue d'ensemble de votre plateforme. Et bizarrement, c'est une page qui n'est pas présente sur beaucoup de sites et pourtant, elle est recommandée. Ensuite, je trouve qu'un élément qui est souvent négligé, c'est les étiquettes de formulaires. Dans un formulaire classique, on trouve plusieurs champs. Par exemple, pour un formulaire de contact, nom, adresse mail, peut-être téléphone, sujet et message. Cependant, on trouve fréquemment des champs avec un intitulé qui est placé non pas au-dessus, mais dans le champ. Alors ça existe, c'est ce qu'on appelle un Play Solder. Le problème de cet élément, c'est qu'il est supprimé une fois que l'utilisateur ou l'utilisatrice commence à saisir du texte. Problématique ainsi pour les personnes TDA, TDAH ou ayant d'autres troubles cognitifs, puisqu'elles n'ont plus le titre du chant. et par conséquent, elles peuvent se retrouver perdues dans les différents champs du formulaire. Ce problème peut également être bloquant pour une personne aveugle qui utilise un lecteur d'écran. L'absence d'intitulé faisant que le champ ne sera annoncé que comme champ texte. Et donc, sans aucune autre indication sur ce qu'il faut y saisir, ce champ a de grandes chances de rester vide. Pour finir, j'aimerais vous parler de la navigation clavier. C'est un point assez important car beaucoup d'utilisateurs et utilisatrices naviguent sans souris ou trackpad, uniquement à l'aide de leur clavier. Notamment les personnes aveugles et les personnes handicapées moteur. Ainsi, un menu, une pop-up ou un bouton avec lequel on ne pourrait pas interagir uniquement via le clavier, ça deviendrait fortement bloquant. Par ailleurs, en naviguant au clavier, vous verrez ce que l'on appelle le focus. C'est un indicateur visuel, souvent un contour bleu, qui montre où se trouve le curseur lors de la navigation clavier. Attention, s'il est invisible, on navigue à l'aveugle. Et cela va poser de sérieux problèmes. Imaginez-vous naviguer avec une souris invisible. Ouais, ça n'a pas l'air simple. Je vous invite donc à vérifier si votre navigation au clavier est cohérente grâce à la touche tabulation pour se déplacer et à la touche entrée et espace pour actionner les différents éléments interactifs.
- Speaker #0
Oui, effectivement, c'est rassurant. Je te rejoins sur cette réflexion. N'hésitez surtout pas à vous renseigner sur ce côté-là. Un grand merci à toi, Maxime. Je suis vraiment ravie de t'avoir parmi nous.
- Speaker #1
Merci à toi pour l'invitation et bonne continuation à toutes et à tous.
- Speaker #0
Grâce à tes retours, on comprend bien ici que l'inclusivité numérique n'est pas une simple intention. Elle se joue dans des décisions extrêmement précises. La structure d'une page Merci. la lisibilité d'un texte, la logique d'un parcours, la présence ou non d'un retour d'usage. Et surtout, on voit bien que ces questions ne devraient pas arriver à la fin du projet comme une case à cocher. Pour les intégrer dès le départ dans le processus même de conception, on vous a donc fait une petite surprise Maxime et moi dans cet épisode. Vous trouverez en légende un lien vers une fiche guide avec de belles références et conseils pour vous aider à l'améliorer. J'espère vraiment que ça vous aidera, que ça sera très utile pour vous, vous m'en direz des nouvelles. Évidemment, parler de numérique inclusif, ça ne s'arrête pas du tout au domaine de l'entreprise puisque ça touche tout le monde. Ça parle aussi de collectif, de territoire, d'accompagnement, de culture, de médiation et de montée en compétences. Et c'est justement ce que j'avais envie d'explorer à présent à l'échelle d'un territoire. Pour cette seconde partie, j'ai eu envie de déplacer le regard, passer de l'échelle de l'individu à la communauté. du site web à l'écosystème, de l'outil à une approche commune. J'aurai donc le plaisir d'échanger avec Alexandre Vicamp et Pierre-Amaria Louchian, tous les deux chargés du développement du numérique responsable en Corse, notamment avec le projet Smartizula. Nous allons voir comment ces sujets sont portés aujourd'hui auprès du grand public, des entreprises et des acteurs locaux. Alexandre, Pierre-Amaria, bonjour.
- Speaker #2
Bonjour Claire.
- Speaker #0
Merci beaucoup de participer à cet épisode, je suis vraiment ravie de vous retrouver ici. J'avais à cœur d'ouvrir l'inclusion numérique avec vous parce que j'ai pu voir notamment dans les dernières interventions à vos côtés que vous intégriez concrètement l'inclusion numérique sur le territoire et j'aimerais beaucoup que vous puissiez nous le partager ici. Parlons peu, parlons bien. Alexandre, tu es chef des usages et des services numériques au sein de la collectivité. Quand on parle de numérique inclusif, à l'échelle d'un territoire, de quoi parle-t-on exactement ? Ça s'appuie sur quel constat ?
- Speaker #2
Alors ? Quand on parle de numérique inclusif à l'échelle d'un territoire, on parle avant tout d'égalité. L'idée, ce n'est pas uniquement d'avoir accès aux réseaux, aux équipements numériques, mais bien de permettre à tout un chacun de comprendre et de maîtriser les outils numériques à disposition. C'est-à-dire de les utiliser de manière conscientisée, si j'ose dire. D'une certaine manière, la technologie, elle n'est ni bonne ni mauvaise en elle-même. C'est l'usage qu'on en fait. Mais encore faut-il être conscient des opportunités qu'elle offre et des menaces qu'elle porte. Le numérique est partout. et conditionnent nos vies. Une partie de la population en reste pourtant éloignée, parfois par manque d'équipement, parfois par manque de compétences, parfois aussi par appréhension ou isolement. En Corse, cette question prend une dimension toute particulière à cause de nos spécificités comme la géographie, la diversité de nos territoires. Être entre les zones urbaines, périurbaines, nos villages ruraux ou nos territoires de montagne, les réalités sont très différentes et très contrastées. Et c'est justement pour cela que la collectivité de Corse porte une stratégie globale avec Smartizula. C'est-à-dire développer des infrastructures, oui, mais aussi accompagner les usages, former, sensibiliser et rendre le numérique plus humain, plus accessible, plus responsable, plus éthique, plus souverain. Pour faire du territoire corse une île d'inclusion numérique, c'est-à-dire faire en sorte que le numérique reste un levier d'émancipation et non un facteur supplémentaire de fracture sociale ou territoriale.
- Speaker #0
Merci beaucoup, c'est très intéressant. Ça m'amène à la deuxième question. Pourquoi ces sujets sont justement devenus importants aujourd'hui pour une collectivité ou pour un territoire comme la Corse ?
- Speaker #2
Alors le numérique, ce n'est plus simplement un sujet technique, il est devenu un fait social total. C'est un concept cher à l'anthropologue Pascal Plantard. Ça signifie qu'il traverse tous les aspects de notre vie. Accès aux droits, éducation, santé, emploi, relations sociales, culture, économie ou encore citoyenneté. Et pour une collectivité comme la nôtre, l'enjeu est, si j'ose dire, de réussir la transformation sociétale qui est à l'œuvre en mettant la technique au service des hommes et non l'inverse.
- Speaker #0
Merci beaucoup. Pierre-Amari, à toi qui es chargé des projets en numérique responsable à la collectivité de Corse, pourrais-tu nous partager concrètement quelles sont les actions ou dispositifs mis en place pour accompagner les entreprises ou le grand public dans les grandes lignes ?
- Speaker #3
Alors oui, pour que l'inclusion numérique ne reste pas un concept abstrait, la collectivité de Corse agit concrètement sur le terrain à travers trois leviers majeurs. On soutient et on déploie des bras armés sur le terrain, on accompagne les acteurs de l'inclusion numérique, les espaces publics, numérique et les conseillers numériques, et leur mission, c'est d'assurer le dernier maître en allant directement au contact des usagers lors d'ateliers pratiques. Pour les citoyens, il s'agit d'acquérir des bonnes pratiques numériques indispensables, comme la gestion des mails ou la sécurisation des données personnelles. Pour les entreprises, ça passe par des actions de sensibilisation aux enjeux cruciaux de la visibilité en ligne et de la cybersécurité. Ensuite, la collectivité de Corse joue vraiment un rôle de chef d'orchestre. Notre rôle, c'est de casser les silos pour créer une véritable synergie et connecter l'ensemble des forces vives du territoire. L'objectif de cette coordination est simple. Si un citoyen ou une entreprise formule un besoin spécifique, nous devons être capables de l'orienter immédiatement vers l'acteur local le plus à même d'y répondre. Notre priorité absolue, c'est qu'un citoyen dispose du même niveau de service qu'il réside en centre-ville ou en milieu rural. Pour garantir cette équité, on travaille quotidiennement à l'élaboration d'une cartographie de l'inclusion. Et cet outil stratégique nous permet d'identifier précisément les zones blanches de l'accompagnement afin d'y injecter des ressources en priorité.
- Speaker #0
C'est très intéressant, merci beaucoup. Ça m'amène à une quatrième question. Comment travaille-t-on l'inclusivité quand les réalités terrain sont très diverses d'un territoire à un autre, ce qui est le cas par exemple en Corse ?
- Speaker #3
Oui, c'est là que le défi devient passionnant. La Corse, elle a une géographie complexe et une démographie variée, donc on ne travaille pas de la même manière dans un quartier prioritaire de la ville que dans une commune de haute montagne. Le secret, c'est l'agilité. On ne plaque pas un modèle unique, on adapte la réponse aux besoins locaux. Pour cela, on va effectuer un diagnostic territorial. Donc avant d'agir, on écoute les problématiques d'un artisan en zone rurale, que ce soit ses problèmes de connexion ou son temps de trajet, ne vont pas être celles d'un senior en centre-ville qui va peut-être souffrir d'un isolement social ou d'une peur de l'outil numérique. Alors on va travailler aussi sur la... proximité et la mobilité. Pour répondre à l'isolement, on favorise des dispositifs qui vont au plus près des habitants. L'inclusivité, c'est réduire la distance, qu'elle soit physique et psychologique, cette distance avec la technologie numérique. Enfin, on co-construit, on s'appuie sur les forces vives locales, les maires, les acteurs sociaux, car ce sont eux qui connaissent les réalités quotidiennes. Et mon rôle de coordinatrice, c'est de leur donner des outils financiers ou méthodologiques pour que leur projet d'inclusion numérique voie le jour durablement. En résumé, il faut créer du lien. On utilise le numérique comme un outil, mais l'objectif final, ça reste profondément l'humain et le social. Donc faire de la technologie un vecteur d'émancipation et non une barrière supplémentaire.
- Speaker #0
Un grand merci pour cette réponse. Alors, lors de la journée du numérique responsable cette année, j'ai eu le plaisir de participer à ce temps fort à vos côtés pour mettre en lumière les expériences et les idées des acteurs du territoire de Corse, mais aussi de la région d'Occitanie. Pour celles et ceux que ça intéresse, je vous partage le livrable issu de cette journée dans la légende de l'épisode. Piera Maria, tu as brillamment organisé cette belle journée à ce propos. Est-ce que tu peux nous donner trois sujets ou besoins qui ont émergé autour de l'inclusivité ?
- Speaker #3
En premier, je dirais inscrire des pratiques de design dès le début des expériences utilisateurs. Aussi, sensibiliser les publics et les entreprises aux enjeux du numérique et à ses utilisations. Et peut-être enfin, rendre accessible au plus grand nombre du matériel informatique reconditionné via des dons ou des associations.
- Speaker #0
Tout à fait, exactement. On va pouvoir terminer par une dernière question. On croit un territoire, il peut accompagner ou aider le public ou le privé à l'inclusivité numérique ?
- Speaker #2
Alors, d'abord, il est nécessaire de proposer une trajectoire commune pour le territoire. La question est, de quel numérique voulons-nous ? Un numérique plus citoyen, plus humain, plus responsable, plus souverain, plus éthique ? Plutôt vers là. que nous allons, c'est tout le sens de la démarche Smarties. Ensuite, notre rôle, c'est de susciter l'adhésion autour de cette trajectoire commune et des valeurs qu'elle porte. Et enfin, notre rôle, c'est surtout d'être un facilitateur, un catalyseur, c'est-à-dire que nous devons faciliter l'émergence des transformations numériques dont la Corse et les Corses ont besoin. Cela signifie de soutenir des dynamiques, favoriser les coopérations, créer des passerelles entre les acteurs, partager des ressources, des méthodes, fournir des communs, etc. Et pour conclure, l'enjeu. principal, il reste humain. Ce n'est pas parce qu'on parle de numérique que l'humain doit disparaître. L'humain doit rester au cœur de l'action qui est menée, notamment quand on parle d'inclusion numérique.
- Speaker #0
Un grand merci pour vos retours et vos précieux partages.
- Speaker #2
Merci à toi, Claire.
- Speaker #3
Merci beaucoup à toi, Claire, pour cette invitation.
- Speaker #0
Ce qui me semble particulièrement important ici, c'est que l'inclusivité numérique apparaît non plus comme une simple question d'outils, mais comme une question de société. Un territoire ne peut pas se contenter de proposer des services numériques. Il doit aussi se demander qui peut réellement y accéder, qui les comprend, qui les utilise et qui reste à distance. Et c'est précisément là que le design global a un rôle à jouer. On peut notamment citer le laboratoire d'innovation publique. qui ont souvent une démarche clé et qui intègrent du design pour aider les élus, agents, associations et acteurs du territoire à développer des solutions inclusives et responsables. En Corse, on a le Corsica Lab par exemple. Vous l'avez compris, le design permet de faire dialoguer les usages, les contraintes, les différents publics, systèmes et réalités de terrain. Un designer ne travaille jamais seul. il se place comme un médiateur de savoir technique, stratégique et stratégique. et d'expérience et collabore avec de nombreux autres professionnels et acteurs, collectivités, webmasters, laboratoires, agents, grands publics et j'en passe. Terminons cet épisode avec 5 conseils concrets et rapidement applicables pour toutes celles et ceux qui souhaitent engager une réflexion plus juste autour du numérique inclusif. En 1, intégrer l'inclusivité dès le brief. N'attendez pas la fin du projet pour vous demander si votre site, votre service ou votre outil est accessible. Posez-vous la question dès le départ. Vous pouvez vous aider de persona pour cette démarche. Vous retrouverez dans ma chaîne un épisode entièrement dédié à ce sujet. En deux, testez avec de vrais publics. Ne vous fiez pas uniquement à vos intuitions et à votre regard. Faites relire, testez, manipulez les outils par des profils différents. Seigneur, personne malentendante, malvoyante, personne peu à l'aise avec le numérique, personne ayant des besoins cognitifs spécifiques. Petit tips, vous pouvez vous rapprocher d'associations. Et si, à l'écoute de ce podcast, vous souhaitez devenir testeur ou testeuse vous-même, je serai ravie de vous accueillir au sein de notre communauté à l'agence. J'invite tout type de profil à me rejoindre pour venir tester en avant-première des concepts, interfaces et produits sur lesquels je travaille pour proposer des solutions plus durables et plus justes autour de nous. Pour vous manifester, il vous suffit de m'écrire un mail, mon adresse étant légende. En 3, l'expérience dans sa globalité. L'inclusivité ne concerne pas seulement l'écran. Elle peut aussi toucher l'objet, le support, le parcours de service, l'accompagnement humain, les consignes, les retours sonores ou tactiles, la compréhension globale d'un dispositif. Un parcours clair, une hiérarchie lisible, un vocabulaire adapté et une navigation fluide rendront votre projet bien plus accessible. et impactant. Enfin, en 4, acceptez de vous faire accompagner. Parce que, on le sait, vous faites déjà beaucoup tout le temps. Auditez un site, interrogez des experts, mobilisez des publics test, ou travaillez avec des profils complémentaires, c'est un vrai métier et c'est souvent un gain de temps, de qualité et de cohérence sur le long terme. Je serais bien sûr ravie de pouvoir vous aider à ce sujet. L'épisode touche déjà à sa fin. Merci beaucoup ! d'avoir écouté cet épisode de Design Matière Essence. J'espère que celui-ci vous aura permis de regarder le numérique sous un angle plus sensible, plus humain et plus transversal. Derrière une interface, un site, un objet numérique ou un service digital se rattachent toujours des personnes, des rythmes de vie, des fragilités, des habitudes, des empêchements, des attentes et des usages parfois très différents de ceux que l'on imagine. Prendre cela en compte, ce n'est pas complexifier inutilement un projet, bien au contraire, c'est lui donner plus de sens plus de stratégie, plus de portée et plus de cohérence. Merci également à nos invités pour leur regard, leur retour d'expérience et leur savoir-faire partagé au sein de cet épisode. Si celui-ci vous a plu, n'hésitez pas à le partager autour de vous, auprès d'une entreprise, d'une collectivité, un proche, un designer, un entrepreneur ou toute personne qui travaille de près ou de loin sur des outils, services ou expériences numériques. On se retrouve très bientôt pour un nouvel épisode de Design Matière Essence où l'on explorera de nouveaux sujets passionnants En attendant, prenez soin de vous et restez curieux !