Speaker #0Bienvenue dans Design, matière et sens, le podcast qui explore l'aura unique du design, des matières fascinantes et des sens qui les subliment. Je m'appelle Claire Chinellato, designer produit industriel et luxe et directrice artistique basée en Corse. À travers ce podcast, je vous invite entreprises, entrepreneurs, âmes créatives et designers à éveiller votre curiosité et à découvrir des créations. et thématiques passionnantes. Ensemble, regardons le monde sous un nouvel œil, celui du design global. C'est parti ! Si vous avez lancé cet épisode sur le bois, c'est que vous avez probablement écouté le tout premier pour développer vos connaissances et obtenir quelques outils pour mieux le choisir. Puisque vous avez affûté votre regard sur cette formidable matière, il est maintenant temps de se pencher sur ses majeures étapes de transformation, ses applications et enfin ses innovations à travers les siècles. Pour comprendre les différentes applications et innovations d'un bois, il faut repartir au cœur de la forêt pour suivre tout son cheminement. Transformer une matière vivante demande effectivement de passer par de nombreuses étapes et d'en connaître ses enjeux. surtout Si derrière cet épisode, vous envisagez de créer ou de choisir certaines pièces en bois, vos choix ne pourront être qu'éclairés, renforcés et enrichis. Bon, si nous nous étions penchés sur la forêt, le pouvoir de la communication des arbres au premier épisode, il est maintenant l'heure de sortir la tronçonneuse et l'élagueuse, on va couper du bois. Une fois abattue, l'arbre est débarrassé de ses branches et change de statut pour devenir une boule. Celle-ci est alors segmentée en plusieurs parties pour différents usages. La plus grande section du tronc s'appelle la bille, également appelée la bille de pied. Elle est la partie la plus proche du sol et elle ne comporte pas de départ de branche. La bille est destinée à la charpente ou à l'ameublement et est clairement la partie la plus recherchée. Juste après sera expédiée... La surbille, la partie intermédiaire, souvent utilisée pour des pièces plus petites, où l'on commence à remarquer les premiers départs de branches. Pour finir, le billon, la section courte de l'arbre, avec le plus de nœuds visibles dans le bois, c'est-à-dire de départs de branches. Celui-ci sera récupéré et destiné aux objets du quotidien. On le considère comme le bois ayant la qualité la plus faible de l'agrume. Ces sections considérées comme des produits semi-finis poursuivront leur chemin dans les scieries, afin d'être débité en plusieurs parties, selon leur destination finale et la quantité de bois. C'est souvent à partir de là que l'on peut retrouver parfois des visiteurs. Très intéressante pour les créateurs ou personnes en quête de pièces de bois uniques, l'étape du sciage se réalise selon plusieurs méthodes. En premier passage, on peut citer le sciage sur dos, une découpe tangentielle visant les parties les plus extérieures du bois. Elles dessinent de beaux motifs flammés mais n'assurent pas de grande stabilité de la matière. On retrouve notamment des risques de gonflement et de déformation du bois au séchage. En seconde couche intervient le sciage sur faux quartier, une découpe intermédiaire entre les dosses et le cœur de l'arbre. Ces parties assurent une meilleure stabilité et un veinage plus homogène. Enfin vient le sciage du cœur de l'arbre appelé sciage sur quartier. Les motifs obtenus sur le bois sont les plus réguliers. On dit que le bois est droit de fil. C'est LA partie qui comporte le moins de défauts et de déformations potentielles au séchage. En scierie, il existe plein d'autres formes de débit selon les usages et les effets souhaités, mais il s'agit de techniques plus chères, car elles demandent plus de manipulations, comme le sciage moreau, hollandais, maille, ou bien la technique de déroulage et de tranchage. Le déroulage, comme son nom l'indique, fait littéralement rouler le billon. le long d'une lame à la manière d'un taille-crayon et permet d'obtenir de grandes feuilles de bois pour la fabrication de panneaux en contreplaqué ou pour de l'emballage. Le procédé est vraiment, mais vraiment magique à voir. Je vous conseille d'aller le regarder sur YouTube. Afin de faciliter ce type de sciage, on sélectionne en règle générale les bois légers et peu résistants comme le peuplier, le doux glace, l'être et bien d'autres essences. Dans certaines conditions, on peut obtenir des feuilles de plaquage de 0,5 à 10 mm d'épaisseur. Le tranchage, lui, tranche la feuille de bois, feuille par feuille, avec une coupe sur le plan longitudinal, et est très intéressant, car il peut créer des motifs et plaquages pour du mobilier ou de la décoration haut de gamme. Cette technique permet d'obtenir des rendus magnifiques, mais demande de sélectionner des pièces régulières et au fil le plus droit possible. Pour vous donner une idée, 1 mètre cube de bois donne 50 mètres carrés de planche, contre jusqu'à 2000 mètres carrés en plaquage. À vous de choisir la technique. Vous devriez, avec ces éléments, pouvoir choisir de façon plus précise vos pièces de bois et comment imaginer de nouvelles applications. Comme abordé dans notre précédent épisode, le bois possède un taux d'humidité moyen de 12%. Selon son essence et la technique employée, ces planches peuvent demander quelques jours à plusieurs années pour être prêtes. Je vous parle donc ici de l'étape du séchage. Pourquoi je vous parle du séchage dans ce podcast ? Eh bien parce que c'est une étape... primordial dans la transformation du bois et qu'on a parfois tendance à oublier son côté impact environnemental. La méthode naturelle est bien sûr la plus longue. Comptez grosso modo une année de séchage par centimètre d'épaisseur de bois. Le taux d'humidité obtenu sera légèrement plus élevé qu'avec des machines, mais bien moins énergivore pour notre planète. La tonnellerie haut de gamme, par exemple, utilise d'ailleurs encore majoritairement cette technique. Les méthodes artificielles, elles, nécessitent des moyens financiers, techniques et énergétiques bien plus grands. Les résultats obtenus se comptent en jours ou quelques semaines. On n'utilise évidemment pas les mêmes essences de bois selon les techniques et les volumes. L'avantage principal est bel et bien le gain de temps et d'espace de stockage. Attention, ces techniques ne permettent pas en revanche d'évolution aromatique, c'est-à-dire qu'on ne peut pas se servir du bois pour aromatiser des boissons comme du vin par exemple. La plus commune reste le séchage dans une étuve. Le bois est placé dans une enceinte chauffée avec contrôle de l'humidité et de l'air. On y retire la sève à l'aide de vapeur d'eau. Il existe aussi bien sûr d'autres types de séchage, comme le séchage sous vide ou via ventilation avec des courants d'air chauds, comme le séchage solaire. Le séchage solaire est une technique plus écologique mais très longue. On peut également trouver des séchages par sel chimique, par infrarouge ou par four, mais ces séchages sont rares. Bien sûr, quand je vous parle d'impact, vous vous doutez bien qu'il y a d'autres facteurs que celui du séchage. D'où l'importance de bien connaître le parcours d'un bois, ses labels, ses classes et ses étapes de transformation. Nous devons donc à notre échelle prendre conscience de ce que nous achetons, consommons et sélectionnons au quotidien. Si le bois fait partie des matières communes et régulièrement présentes dans nos vies, celui-ci mérite une réelle considération. La première grande transformation du bois, vous l'avez compris, c'est bien sûr le bois massif. Ok, mais après ? Après, viennent ensuite les bois reconstitués, omniprésents dans nos intérieurs contemporains. Le contreplaqué, par exemple, est constitué de fines feuilles de bois croisées et collées. Cette structure lui confère une excellente stabilité. On le retrouve dans le mobilier, les cloisons, les aménagements sur mesure et même en architecture d'intérieur apparente. Les produits dits « reconstitués » , comme les agglomérés, consomment en moyenne près de deux fois plus de CO2 qu'un bois massif équivalent, avec leur procédé de transformation, sans parler de la toxicité de certaines colles. Vous connaissez sûrement également l'OSB, qui est bien plus brut visuellement. Il est composé de gros copeaux orientés dans tous les sens. On le retrouve notamment régulièrement dans l'utilisation de planchers ou de caisses de transport, de structures secondaires ou de cloisons. ou volontairement laissés visibles dans des projets au parti-prix un peu plus industriels. Les panneaux de fibre, comme le MDF, eux, permettent une grande précision. Ils sont très utilisés pour les façades de mobilier, pour les portes, les moulures, les pièces peintes ou laquées. Ils peuvent même être teintés dans la masse et servir également de cloison dans des espaces. Je m'en étais servi comme support de présentation pour mon stand de master, pour vous dire. Attention, cela dit, ces matériaux nécessitent davantage de transformation, donc de colle et d'énergie, ce qui augmente leur impact environnemental. Je prendrai le temps, dans un nouvel épisode, de vous expliquer plus en profondeur chaque produit, c'est promis. Dans la transformation du bois, on retrouve aussi des transformations plus hybrides, comme le lamellé collé. Il assemble plusieurs lamelles de bois massifs dans le sens des fibres, afin de créer des pièces plus longues, plus résistantes et plus stables. Cette technique est aujourd'hui... essentielles pour les grandes portées architecturales, les charpentes contemporaines et certains mobiliers structurels. Elle permet au bois de rivaliser avec le béton ou l'acier, tout en conservant une lecture plus chaleureuse et vivante de la matière. Enfin, il y a le plaquage, souvent associé au mobilier et à la décoration haut de gamme. Le plaquage consiste à appliquer de fines feuilles de bois naturelles sur un support stable. Il permet de valoriser des essences rares, de dessiner des motifs précis et maîtrisés, de réduire la quantité de matière utilisée, tout en conservant l'esthétique du bois massif. Le plaquage est très présent dans le mobilier sur mesure, l'agencement intérieur, la marqueterie contemporaine et l'univers du luxe. Ces transformations montrent que le bois n'est jamais une matière figée. Il se décline, se transforme, s'assemble, se compose, toujours en fonction des usages, des contraintes techniques et des intentions de design. Et c'est justement cette capacité d'adaptation qui a ouvert la voie à des techniques plus spectaculaires, à de véritables innovations. Si vous pensez que l'innovation dans le bois s'arrête ici, Alors les exemples qui suivent vont vous bluffer. Commençons par une pièce historique, j'ai nommé la chaise numéro 14 de Michael Thonet. Une création emblématique du XIXe siècle qui fut le premier modèle industriel produit en série utilisant la technique du cintrage à vapeur. Un procédé consistant à chauffer et à humidifier le bois pour le rendre malléable et pour le mouler à des gabarits. Le résultat, des bois courbés aux formes organiques et hypnotisantes. De toute évidence, je dois également vous citer le formidable travail de la marqueterie et de l'ébénisterie. La marqueterie consiste à assembler de fines couches de bois de différentes essences pour créer des motifs décoratifs, un savoir-faire transmis depuis la Renaissance. L'atelier Jean Brieuc en est un parfait exemple, avec sa création « Mille fleurs » exposée au Musée des Arts et Métiers à Paris. est récompensé par le prix de l'intelligence de la main Talent d'exception 2025 de la fondation Bettencourt-Schuller. Un paravent inspiré de tapisseries médiévales exceptionnelles en marqueterie et broderie de perles. Pour l'anecdote, il existe aussi de la marqueterie de paille que l'on retrouve dans les plus belles boutiques de luxe au monde. Pour rester sur le prix de l'intelligence de la main, foncez découvrir les bénisteries de Steven Leprizé. Steven, si tu passes par là, j'espère qu'on pourra faire un nouvel épisode ensemble. Les bénisteries se concentrent sur la fabrication et l'ornementation de meubles en bois précieux. Steven et ses équipes vous feront découvrir le bois comme le bois larmé, que l'on a retrouvé sur des sacs Hermès, ou bien le bois souple gonflable. Oui, oui, gonflable. Je vous laisse son site et toutes mes références de créateurs en légende. Si vous pensez que l'innovation dans le bois s'arrête ici, alors ces trois derniers exemples vont vous bluffer. Le yakizugi, le bois translucide et la poussière. Le yakizugi ou chou sugiban est une méthode traditionnelle originaire du Japon visant à protéger le bois massif. Cette technique, aussi belle qu'efficace, consiste à brûler la surface d'une planche de bois pour la rendre plus résistante au feu, aux attaques fongiques et aux insectes. Une pièce de yakizugi peut atteindre jusqu'à 80 ans. d'espérance de vie. Vous voulez une touche quasi futuriste ? Découvrez le bois translucide. Créé en architecture par Thimothée Boitouzet, ce matériau novateur est obtenu en remplaçant la lignine par une résine spécifique à base de polymère, rendant le bois translucide tout en conservant sa résistance. On dit que ce rendu final pourrait rendre le bois translucide jusqu'à six fois plus résistant que la normale. Le bois translucide est aujourd'hui exploité dans l'automobile, le produit, et l'aménagement d'espaces. Avant de conclure, j'aimerais vous parler d'un dernier sujet, encore trop peu évoqué, la poussière de bois. Car oui, dans les scieries, les ateliers de menuiserie ou des menisteries, le bois ne disparaît jamais vraiment. Il se fragmente, se transforme, mais il reste une ressource. Ce résidu ultra fin, longtemps considéré comme un déchet, est aujourd'hui revalorisé de multiples façons. Mélangé à des liants naturels ou biosourcés, La poussière de bois permet aujourd'hui de créer des panneaux moulés, des objets du quotidien, des revêtements, voire même des matériaux composites imprimables en 3D. Certains designers vont encore plus loin et travaillent désormais la poussière comme une matière première à part entière, capable d'être pressée, injectée ou moulée, donnant naissance à des nouvelles formes parfois surprenantes mais toujours très sensées. Un exemple particulièrement marquant est celui du designer Roc H. Biel. À partir de poussières de bois de hêtres issues d'ateliers, il développe un matériau dense et sculptural qu'il transforme en mobilier. Ces pièces, inspirées de l'architecture classique et notamment des colonnes antiques, semblent taillées dans la pierre alors qu'elles sont en réalité composées de résidus de bois compressés. Un travail remarquable qui questionne à la fois notre rapport à la matière, à la valeur du déchet et à la mémoire des formes. On retrouve aussi ces poussières intégrées dans des bétons de bois, des matériaux isolants, des briques composites ou encore des objets à faible empreinte carbone pensés pour l'architecture et le design produit. Ces démarches montrent une chose essentielle: Le bois n'est plus seulement exploité pour ce qu'il est entier, mais pour tout ce qu'il génère. Rien n'est anodin, ni la planche, ni la chute, ni même la poussière. Cela nous invite à porter un regard différent sur la matière. Un regard plus attentif, plus responsable, mais aussi plus créatif. Pour conclure, le bois est une matière intemporelle et en perpétuelle évolution. Une ressource fascinante entre nature, artisanat et innovation. De la communication souterraine des arbres aux nouvelles applications technologiques, il continue de se réinventer et de nous émerveiller. L'épisode touche déjà à sa fin. J'espère que celui-ci vous aura inspiré. et donner envie d'intégrer cette formidable matière dans vos projets et de la voir sous un nouvel angle. Merci d'avoir écouté cet épisode de Design, Matière et Sens. Si cet épisode vous a plu, n'hésitez pas à le partager autour de vous, à me laisser une note ou un commentaire. Chaque geste de votre part est un immense soutien sur cette chaîne et ça fait toujours super plaisir d'avoir vos retours. Rendez-vous très bientôt ! pour un prochain épisode où nous explorerons d'autres facettes du design et de ces matières. En attendant, prenez soin de vous et restez curieux.