Speaker #0Bienvenue dans Design, Matière et Sens, le podcast qui explore l'aura unique du design, des matières fascinantes et des sens qui les subliment. Je m'appelle Claire Chinellato, designer produit industriel & luxe et directrice artistique basée en Corse. À travers ce podcast, je vous invite entreprises, entrepreneurs, âmes créatives et designers à éveiller votre curiosité et à découvrir des créations et thématiques passionnantes. Ensemble, regardons le monde-ci dans un nouvel œil, celui du design global. C'est parti ! Aujourd'hui, je vous propose de plonger dans une approche qui transforme notre manière de concevoir les produits, espèces, services et matériaux qui nous entourent. Le biomimétisme. Dans cet épisode, je vous propose d'explorer ce qu'est réellement le biomimétisme, sa définition, son usage et les exemples emblématiques qui l'ont popularisé. Nous irons aussi du côté d'innovations plus discrètes, parfois méconnues, qui transforment pourtant la construction, le médical, la technologie ou bien la prévention. Nous verrons comment le biomimétisme nourrit aussi les démarches prospectives, notamment grâce au travail d'une créatrice majeure basée au Massachusetts. Enfin, vous découvrirez en six points une méthode concrète pour amorcer une approche bio-inspirée dans vos projets. Commençons par la base. Qu'est-ce que le biomimétisme ? Le biomimétisme, ou la bio-inspiration, désigne l'acte de s'inspirer des formes, des processus, des fonctions du vivant, plantes, animaux, écosystèmes, pour créer des innovations adaptées à nos besoins. Il regroupe des solutions scientifiques et d'ingénierie inspirées par le vivant, qui répondent à des problématiques humaines ou environnementales. L'idée est simple, mais radicale. Plutôt que d'imposer des logiques purement industrielles ou artificielles sur nos conceptions, on observe ce que la nature, fruit de plusieurs milliards d'années d'évolution, a déjà optimisé, et on transpose ses leçons au design, à l'architecture, au matériau, au service, et j'en passe. Le biomimétisme peut s'appliquer de manière multidisciplinaire à des micro-échelles. matériaux, surfaces, nanostructures comme à des échelles macroscopiques, bâtiments, infrastructures, services urbains, écosystèmes. Le biomimétisme offre plusieurs bénéfices puissants que je peux vous lister en quatre grands points. En 1, la durabilité et efficacité énergétique. Les solutions inspirées de la nature tendent à être économes en ressources, en énergie et souvent biodégradables ou moins polluantes. En 2, l'optimisation structurelle. La nature possède des structures très efficaces. Prenons l'exemple des os, des coquilles, des toiles d'araignées, des formes et matériaux optimisés pour la résistance, la légèreté et la flexibilité. En 3, l'intégration à l'environnement. Plutôt que de construire contre la nature, on construit avec. Des bâtiments, des objets ou des services qui s'intègrent de façon harmonieuse à l'écosystème, parfois participative ou même régénérative. Et enfin en 4, l'innovation transversale. En mêlant biologie, ingénierie, design, computation, le biomimétisme ouvre des voies nouvelles, inattendues, souvent hybrides, pour inventer autrement. Je suis sûre que vous allez rapidement reconnaître ces catégories dans cet épisode. Aujourd'hui, il existe bien des cadres pour structurer cette démarche, notamment des normes internationales et françaises qui viennent à poser une méthode claire. Elles ne sont pas obligatoires. bien sûr, mais elles permettent d'acter une logique de conception de façon plus rigoureuse et engagée. Si le sujet vous intéresse, je vous ai listé des références dans la légende de l'épisode pour aller plus loin. Le biomimétisme n'est absolument pas uniquement théorique, vous l'avez compris, celui-ci a pléthore d'applications dans de nombreux domaines, et je vous propose de démarrer par trois références majeures. En termes d'optimisation structurelle, je suis sûre que vous connaissez le velcro. Ce "scratch" s'inspire des crochets des fruits de la bardane qui s'accrochent dans les boucles du pelage et des tissus. Aujourd'hui, le velcro est un système de fermeture textile par contact très efficace que l'on retrouve dans de nombreux vêtements, notamment pour les enfants, mais aussi dans le matériel médical. En intégration à l'environnement, vous connaissez peut-être également les winglets des avions, avec ses ailes légèrement recourbées aux pointes vers le haut, pour s'inspirer de certains oiseaux comme les cigognes ou les rapaces. Cette modification apporte aujourd'hui aux appareils une meilleure portance, moins de turbulences et une économie de carburant pouvant atteindre les 7%. Enfin, si l'on se penche sur la durabilité et l'efficacité énergétique, je suis sûre que vous avez déjà entendu parler du fameux nez du TGV japonais de 1990, inspiré de la forme du bec des Martin Pêcheurs. L'inspiration de cet oiseau, qui est reconnu pour fendre l'eau en plongeant, a été un grand succès et a permis au TGV d'avoir aujourd'hui une bien meilleure pénétration dans l'air, en passant de 210 à 320 km heure de Galnique. 15% d'énergie électrique et de réduire de 25 décibels ces nuisances sonores par rapport à l'ancien modèle. Dans ce podcast, j'ai eu envie d'ouvrir un peu plus les innovations, en espérant que vous en découvrirez de nouvelles, pour vous montrer toute la richesse et la transversalité du biomimétisme. Vous allez voir que certains exemples font partie des produits et solutions du quotidien et que d'autres, plus prospectives, pourraient nous permettre d'améliorer significativement nos vies et nos environnements. Bon. Je ne vais pas passer par quatre chemins. Quand j'ai imaginé cet épisode, il était pour moi impossible de ne pas vous parler de mon idole Neri Oxman. Cette femme est ma figure phare du design. Une immense source d'inspiration que je suis avec assiduité depuis plusieurs années et qui incarne ce que le biomimétisme peut avoir de plus radical, visionnaire et transversal. Pour moi, elle est vraiment à l'acmé du design durable. Neri Oxman est ce que l'on peut apparenter à un véritable couteau suisse. Architecte, designer, chercheuse, elle dirige le groupe de recherche Mediated Mater au MIT dans le Massachusetts et développe une philosophie qu'elle a appelée Material Ecology. Une écologie matérielle qui réconcilie art, science, design et ingénierie. Neri Oxman et ses équipes conçoivent avec, pour et par la nature. L'épisode Netflix "Abstract" présente d'ailleurs avec brio leur approche, je vous recommande très vivement d'aller le regarder. Comment se formalise concrètement leur travail ? Par des projets mêlant biologie, impression 3D, technique, IA et architecture computationnelle. Un travail de laboratoire incroyable au potentiel vivant que je peux vous illustrer avec deux de leurs projets. Le Synthetic Apiary est un projet porté sur l'idée de rouxer un environnement intérieur contrôlée pour les abeilles, capable de simuler les conditions idéales de vie, lumière, humidité, température, avec pour objectif le fait de soutenir la biodiversité et de répondre ainsi à la crise des colonies d'abeilles. Un espace conçu comme un habitant, mais pensé comme un organisme vivant. Bien que la problématique relevée soit lourde, je veux ici vous montrer que le biomimétisme n'est pas obligatoirement centré humain et qu'il peut s'appliquer ici à d'autres espèces. Dans cette même vision, le projet EDEN propose une tour architecturale vivante et régénérative. Une construction expérimentale conjuguant, entre autres grâce à l'IA, les caractéristiques typiques d'un environnement humain et non humain au sein d'une même organisation. L'ambition ici est claire. Créer un espace acteur de son environnement. Régulation thermique, captation de carbone, production de ressources et soutien à la biodiversité. Eden rentre en opposition avec les constructions dites « neutres en CO2 » et se veut créatrice de biodiversité. Ce qu'il faut retenir ici, c'est que le biomimétisme n'est pas qu'une question de forme ou de fonction. Il est une passerelle entre nature, technologie et société. Un moyen de repenser notre rapport au monde, non plus comme dominateur, mais comme cohabitant. Cette approche systémique nous invite à sortir d'une considération cloisonnée de nos objets, nos espaces et nos services. À la manière du design global, chaque matériau, chaque structure, chaque fonction participe à un cycle écologique, un écosystème, une symbiose. Bon, on peut dire que les présentations sont faites ? Évidemment, je vous ai listé toute une autre palette de projets dans le monde pour vous montrer la puissance et la systémie de la pratique. Vous vous êtes déjà demandé comment aujourd'hui nous repensons l'organisation des grandes villes ? Eh bien je vous le donne en mille, avec certaines méthodologies du vivant. Le chercheur japonais Toshiyuki Nakagaki a analysé le comportement des blobs. Le blob, si vous ne voyez pas ce que c'est, est un organisme unicellulaire jaune vif, sans cerveau, apparu il y a environ un milliard d'années, et qui n'est ni une plante, ni un animal. Les chercheurs l'étudient de très près. pour développer et améliorer les agencements publics comme les réseaux ferrés et les résultats obtenus sont bluffants. Les blobs proposent des solutions plus rapides et moins coûteuses que celles pensées par des ingénieurs. Nous le savons toutes et tous, la lumière est une précieuse source de vie. Savez-vous d'ailleurs que la résolution et la puissance colorimétrique de nos écrans rentrent littéralement en compétition avec les sèches ? Celles-ci sont étudiées par de nombreux centres pour leur capacité à changer de couleur et à créer des motifs époustouflants. Quand on sait que 76% des espèces marines sont bioluminescentes, les entreprises ont vraiment de quoi s'en inspirer pour les supports numériques. Et tant qu'on reste dans les fonds marins, quoi de plus époustouflant que de se tourner vers la crevette mante ? Cette petite crevette multicolore peut sembler adorable de prime abord, elle cache pour autant des secrets bien gardés. Car la crevette menthe fait partie des espèces possédant les yeux les plus performants du règne animal. Elle est capable de détecter des couleurs invisibles par l'homme, située dans l'ultraviolet et peut également détecter la polarisation de la lumière. Ses précieuses compétences sont analysées dans de nombreux domaines comme l'automobile pour concevoir des caméras autonomes. Ces caméras sont aujourd'hui capables de notifier la présence d'autres véhicules trois fois plus loin qu'une caméra d'optique classique. On sait également que les cellules cancéreuses sont visibles grâce à la polarisation de la lumière. La crevette mante participe donc depuis plusieurs années dans la recherche médicale, dans la détection des cancers précoces. Depuis quelques années, de plus en plus de projets exploitant des chutes de matière naturelle voient le jour et s'inspirent du vivant. Vous ne voyez pas ? J'ai un parfait exemple pour vous : une entreprise japonaise a imaginé des casques de chantier en carbonate de calcium, soit des coquilles Saint-Jacques réduites en poudre. Cette innovation, couplée à une surface nervurée comme les coquillages, a permis d'obtenir des casques 30% plus résistants que les casques classiques. Pour rester dans la construction, j'ai un autre très bel exemple en tête. Il s'agit du formidable travail collaboratif de l'université allemande de Stuttgart et de Fribourg. qui se sont inspirées des pommes de pin pour une architecture. Pourquoi ? Parce que la pomme de pin s'ouvre et se referme selon le taux d'humidité environnant. Et donc, partant de ce constat, les équipes ont donc conçu une matière hygromorphe imprimée en 4D à base de cellulose. Ils ont ainsi créé un matériau dont les molécules se dilatent et laissent passer la lumière du soleil à travers les vitres. Solar Gate est donc le premier système d'ombrage intelligent capable de s'adapter aux conditions météorologiques sans nécessiter d'énergie. Le biomimétisme offre une fenêtre éclatante de possibilités. En parlant d'ailleurs de fenêtres, je citais souvent les verres auto-nettoyants inspirés des feuilles de lotus dans mes cours de matériaux aux étudiants. Il existe bien sûr aujourd'hui de nombreux autres revêtements auto-purifiants, nanostructurés ou résistants inspirés de feuilles d'hydrofuge. ou bien de peaux animales comme le phoque, le requin ou le chameau. Ces innovations ont permis d'obtenir des surfaces protectrices, légères, résistantes et même des objets au potentiel remarquable. Au-delà de la surface, s'intéresser aux structures internes du vivant permet d'optimiser et de renforcer de nombreux éléments dans nos quotidiens. Imiter par exemple la structure des os ou des coraux maximise la résistance de certaines matières tout en minimisant leurs quantités comme les plâtres pour les bras, les dalles de béton intelligentes, les sacs, les architectures, et j'en passe. Imiter le vivant, c'est évidemment aussi bien plus inclusif, comme les éoliennes du docteur Daniel Fabre en forme de tulipes. Chaque année, celles-ci évitent la mort de plusieurs oiseaux, car elles sont plus visibles et optimisées pour ces espèces. Avec tous ces exemples, je veux vraiment vous prouver que le biomimétisme s'inscrit comme un levier transversal. Design Produits, Architecture, Espaces, Services, Matériaux. écologie, technologie, tout peut devenir terrain d'application. Le potentiel dormant est immense et il ne demande qu'à se réveiller. Ces innovations vous ont inspiré mais vous ne savez pas vraiment comment adapter la démarche à vos projets ? Ça tombe bien, je vous ai listé cette approche globale en six exemples concrets. C'est parti ! En un, évidemment, observer la nature. Regarder autour de vous. Avaisser un bois. Regarder une plante, un animal. Observer un insecte. un nid, une coquille, et demandez-vous qu'est-ce que la nature a déjà fait ici ? A quoi a-t-elle répondu comme problématique ou comme besoin ? Et surtout, comment a-t-elle fait ? En deux, repérez un problème ou un besoin. Isolation, recyclabilité, adaptation climatique, confort, mobilité, et identifiez des modèles naturels qui répondent à des problématiques analogues. Comment ce principe pourrait nourrir vos propres projets ? Structure osseuse, texture, toile d'araignée, habitat d'animaux ? système végétaux, cohabitation d'espèces, et j'en passe. Des fois, passer vos réflexions sur papier peut vous aider, pas besoin d'être un expert en dessin. En 3, analysez en profondeur. Une fois l'idée identifiée, décomposez-la un maximum pour mieux la comprendre. De quelle façon cette espèce s'adapte à son environnement ? Comment cette structure se répare-t-elle ? Comment ce principe s'adapte, se dégrade ou se renouvelle ? Comment interagissent-ils avec l'évolution des saisons ? En 4, transposez les fonctions. Formulez les contraintes de votre projet. usage, échelle, durabilité, matériaux, fabrication. Puis imaginez comment appliquer ces principes à l'échelle humaine par des méthodes de design, des matériaux, des processus de fabrication. Imaginez grand et imaginez libre, avant de trier vos idées avec votre cahier des charges. En 5, prototyper et expérimenter. Tester des ébauches, des matériaux, des formes, est une étape primordiale en design et en biomimétisme. Recourez si possible à des techniques hybrides, impressions 3D, biomatériaux, robotiques, fabrication digitale, maquettes, prototypes, parce qu'il est extrêmement rare de réussir du premier coup, voire même inquiétant. Observez les performances, l'impact écologique, la fonctionnalité, le confort, l'ergonomie, la durabilité de vos solutions et ajustez-les, retravaillez-les, améliorez-les pour peaufiner votre concept et obtenir un résultat. un résultat impactant et durable. Enfin, en 6, intégrer et penser contexte. Pensez le cycle de vie, le contexte d'usage, l'environnement et la compatibilité avec d'autres systèmes. Quel est l'impact global de votre solution d'un point de vue écologique, social, économique ? Quelle est sa durée de vie ? Quelles sont ses limites ? Cette méthodologie vous donnera une approche concrète en faisant de la nature une bibliothèque de solutions. habitées, avec des créations responsables et résilientes. Je serais ravie de découvrir vos idées avec les parallèles auxquels vous avez pu penser en appliquant ces conseils. Pour me contacter, rendez-vous dans la légende de l'épisode pour mon mail ou mon compte Instagram. Pour parler du biomimétisme, c'est bien, pour le voir, c'est quand même encore mieux. Alors, où peut-on découvrir la pratique autour de nous ? Dans nos régions, nos territoires, sur des lieux de culture, des musées, des centres de design ? ou des expositions temporaires pour sensibiliser à ces approches. En Corse, à Bastia, il y a par exemple la Cité des sciences Casa di e Scenze qui aborde régulièrement ce domaine et avec de très belles thématiques. À Paris, je peux aussi vous introduire le salon Biomim'Expo. C'est LE rendez-vous national du biomimétisme. Chaque année, Biomim' Expo rassemble chercheurs, designers, entreprises, écoles, studios de création, urbanistes et institutions qui travaillent sur le vivant avec des solutions bio-inspirées. On y retrouve des thèmes variés, architecture vivante, matériaux bio-inspirés, design, santé, agriculture, énergie, robotique ou bien même ville durable. Également, impossible de ne pas vous citer le hub national du biomimétisme, j'ai nommé Ceebios. Celui-ci met en place des visites, workshops, conférences et organise des démonstrations de matériaux bio-inspirés. Ceebios, Centre européen d'excellence en biomimétisme de Senlis, fait partie des acteurs T en France et travaille avec l'industrie, les écoles et les designers. À l'international, plusieurs institutions jouent un rôle important pour diffuser le biomimétisme. À Barcelone, par exemple, le Museo del Disseny explore régulièrement les matériaux vivants et la biofabrication. Aux États-Unis, le Biomimicry Institute mène des programmes éducatifs et des expositions dans le monde entier. On retrouve notamment un Biomimicry Institute au Japon, qui travaille sur les vies intelligentes avec les startups et pouvoirs publics. Ces innovations permettent de rendre accessible la pensée biomimétique, d'ouvrir au public des pistes nouvelles, de nourrir l'imaginaire collectif, ce qui est essentiel si l'on veut que ces idées infusent aussi les pratiques quotidiennes, les projets urbains et les productions. Pour conclure, le biomimétisme nous rappelle que la nature n'est pas un décor ou une ressource à exploiter. Elle est une bibliothèque de savoir, de formes, de fonctions, de stratégies, qui se sont affinées pendant des milliards d'années. En s'inspirant de cette sagesse profonde, les designers, architectes, ingénieurs, entrepreneurs peuvent inventer un autre rapport au monde, plus respectueux, plus intelligent, plus durable. Nos produits, nos espaces, nos services peuvent devenir des prolongements de la nature, des ponts entre le vivant et le construit, des objets de sens et de responsabilité. L'épisode touche déjà à sa fin. Merci d'avoir écouté ce podcast. Si le biomimétisme vous parle, partagez-le, discutez-en et expérimentez-le. On se retrouve bientôt pour un prochain épisode de Design Matière Essence autour d'un autre levier du design global ou d'une autre source d'inspiration. D'ici là, prenez soin de vous et restez curieux.