- Speaker #0
Aujourd'hui dans Dessine-moi une école, nous allons parler d'un pilier essentiel de l'école. Le professeur, l'instituteur, le maître. Sans lui, sans elle, l'école ne tient pas. Le métier de professeur des écoles est souvent décrit comme difficile, épouvant, parfois même en perte de sens. Et pourtant, pour celles et ceux qui l'exercent, Il reste un métier profondément humain, un métier de transmission, un métier de feu intérieur. Dans cet épisode, nous avons choisi de donner la parole à deux femmes, deux générations, deux moments de vie, deux parcours différents mais une même vocation. Elles vont nous raconter l'étincelle qui les a conduites vers ce métier et ce qui, aujourd'hui encore, nourrit leur enthousiasme et leur engagement quotidien auprès des élèves. J'ai le plaisir de recevoir Pauline Deville. Bonjour Pauline.
- Speaker #1
Bonjour Florence.
- Speaker #0
Vous êtes professeure des écoles depuis dix ans, après un premier parcours dans la banque aussi pendant dix ans. Et vous êtes aujourd'hui directrice de l'école libre La Fontaine à Cuérius.
- Speaker #1
Oui, exactement.
- Speaker #0
Et puis nous recevons également France Gilbert. Bonjour France.
- Speaker #2
Bonjour Florence.
- Speaker #0
Et actuellement, vous êtes en formation à l'ILFM, l'Institut libre de la Fondation pour l'école, et tu te prépares à enseigner en école libre dès l'an prochain.
- Speaker #2
Exactement.
- Speaker #0
Alors, nous allons commencer par l'ancienne garde, Pauline. Donc, Pauline, est-ce que vous pouvez se présenter en quelques phrases, s'il vous plaît ?
- Speaker #1
Eh bien, moi, je n'étais pas du tout destinée au chemin de l'école au priori, puisque je suis ingénieure agricole. Et comme vous l'avez dit, j'ai passé d'abord dix ans en banque auprès des agriculteurs en tant que conseiller, puisque c'était la ligne droite, enfin pas tout à fait droite, mais en tout cas en lien avec mon diplôme d'ingénieur. Mais j'y ai découvert de la formation pour adultes et aussi de l'assistance en termes de management. Et parallèlement à cela, s'est montée une école libre à côté de chez moi, l'école La Fontaine. Et il se trouve qu'il cherchait des bénévoles dans des domaines plutôt d'éveil. Et j'ai proposé mon aide dans tout ce qui était scientifique. Et rapidement, j'ai réalisé à quel point ce projet me nourrissait. Et de ce moment de bénévolat pendant quelques années, j'ai ressenti ensuite le besoin et j'ai eu l'opportunité de prendre un congé parental avec la naissance de mon quatrième enfant et de m'engager. auprès de l'école La Fontaine. Sauf que je ne voulais pas être prise comme pour une maman qui, gentiment, avait très envie de s'engager pour être plus disponible pour ses enfants, mais je voulais vraiment avoir du contenu à transmettre et une méthode bien transmettre. Donc, parallèlement, je me suis formée auprès de l'ILFM pendant trois ans, pour avoir cette possibilité d'être et à la fois enseignant et formée, et d'avoir le temps pour chaque chose. Et puis voilà. Donc ça c'est... Depuis dix ans, je suis maîtresse de CE1 et depuis l'année dernière, directrice de cette école, appelée à cette direction à la suite de la fondatrice Marthe de Sutter.
- Speaker #0
Et lorsque vous regardez votre parcours, même avant d'intégrer cette école, est-ce que vous avez toujours senti un désir d'enseigner, même en sourdine, ou est-ce que ça s'est vraiment révélé au contact des enfants ?
- Speaker #1
On peut considérer que c'est insourdisant parce que je ne m'en étais pas du tout rendu compte. En fait, c'est en relisant le parcours ces dernières années que je me dis, en fait, effectivement, beaucoup de petites étapes m'ont fait réaliser à quel point j'aimais transmettre, déjà par le biais de soutien scolaire au lycée. Aussi, un frère, un dernier frère avec qui j'ai beaucoup d'écart et que j'ai accompagné un peu dans sa scolarité. Et puis, finalement, dans mon domaine bancaire, j'ai réalisé à quel point j'aimais transmettre ou à mes collègues ou aux clients. faire comprendre comment fonctionnaient les systèmes, les produits financiers, etc. Et dans tous ces moments de vie, j'ai réalisé à quel point je ressentais de la joie de voir les yeux pétillés de celui qui était en face de moi, de réaliser, de se dire, ah mais j'ai compris. C'est facile. Et donc, finalement, c'est naturellement que cette transition s'est faite.
- Speaker #0
Et est-ce qu'il y a un moment précis, une rencontre, une expérience ou une évidence où vous avez dit ça y est, ce métier, je veux le faire ?
- Speaker #1
Eh bien, je dirais que la première des choses, c'était d'avoir franchi le cap de cette école pour une réunion d'information pour un projet éventuel, qui était déjà bien avancé, mais bien mûri, j'allais dire dans la tête des fondateurs, mais de création de cette école. Et moi, je venais simplement en voisine découvrir ce que c'était. Je n'étais pas concernée, je n'avais pas encore d'enfant d'âge, en âge d'être scolarisée. Et là, déjà, ça a commencé à m'interpeller. Et puis, c'est pour ça que j'ai proposé ce bénévolat en matière de science. Et je crois que le déclencheur, il est vraiment quelque chose de très concret. C'est un élève qui, pendant un cours de science, me dit, je demande, qu'est-ce que c'est qu'un botaniste ? Et l'élève qui me dit, ça doit être quelqu'un qui met des bottes. Et là, c'est un fait très précis, mais en fait, ce jour-là, je me suis dit, en fait, cette simplicité, cette joie, cette insouciance des enfants, cet appétit d'apprendre, en fait, c'est vraiment de ça dont j'ai besoin.
- Speaker #0
Donc, vous avez rejoint cette école, qui est une école au sein d'une ferme, dans un petit village Picard. Et donc là, maintenant que vous y êtes depuis dix ans à temps plein, si on reprend vos années d'enseignement, on parle souvent d'un métier difficile, parfois décourageant. Qu'est-ce qui concrètement vous aide à bien vivre ce métier et à vous faire grandir ?
- Speaker #1
Je dirais que déjà, il a fallu opérer une transition par rapport à mon précédent métier. Donc, ça nécessitait une formation et ça n'aurait jamais pu bien fonctionner sans soutien familial. C'était déjà la première pierre, c'est sûr. La nécessité de se former aussi de manière qualitative. Donc, ça, j'ai tout de suite demandé à la fondatrice, qu'est-ce que je pourrais suivre comme cursus qui me permettent d'avoir et les connaissances académiques et pédagogiques auprès des élèves. Donc là, j'ai tout de suite, Madame de Sutter m'a tout de suite recommandé de passer par l'ILFM. Et puis, cette possibilité extraordinaire de pouvoir prendre un temps partiel pour commencer, pour pouvoir avoir et du temps face aux élèves, et du temps de préparation, et du temps de correction. Parce que ce qui est difficile, c'est tout ce temps en amont qui n'est pas face aux élèves. Et si on n'a pas suffisamment pris ce temps, on n'est pas tranquille face aux élèves, prêt à accueillir tous ces imprévus qui jaillissent en classe. Et là, j'ai vraiment pu démarrer sereinement mon parcours. Donc, moi, j'ai du mal à dire que c'est difficile à vivre cette vie parce que pour moi, c'est une reconversion professionnelle. Donc, c'est un vrai choix assumé après dix ans d'une autre carrière. Donc, beaucoup d'énergie dans l'envie de changer de cap. Donc, peut-être que ça aide à appréhender le changement. En tout cas, j'ai vraiment grandi et bien grandi dans cette école. par le biais d'une équipe structurante, d'une fondatrice vraiment aidante et puis d'un soutien familial conséquent.
- Speaker #0
Et donc au quotidien, à quoi reconnaissez-vous que vous êtes vraiment à votre place ? Est-ce qu'il y a quelque chose de particulier ?
- Speaker #1
Eh bien, je m'en rends vraiment compte par le sourire des enfants. Je m'en rends encore plus compte maintenant que je suis directrice parce que c'est moi qui accueille au portail. Quand je vois les enfants, au moment où j'ouvre le portail, il y en a déjà une quinzaine qui sont prêts et ultra prêts à rentrer dans l'école et les entend dire « Oui ! » comme ça en rentrant. Je suis émerveillée tous les jours. Et d'ailleurs, les parents sont complètement surpris aussi et ils partent eux aussi heureux de leur côté vivre leur vie d'adulte pendant cette journée d'école. Donc ça, ça me fait me dire que je suis à ma place. La deuxième chose qui me fait me dire que je suis à ma place, c'est aussi quand j'entends les enfants me dire « Ah, mais j'ai compris ! » Je me dis, bon, donc, ce n'est pas le tout d'avoir une notion à transmettre. Il faut être sûr que le récepteur en face, à savoir l'enfant ou les collègues, moi en tant que directrice, parce que finalement, je me dis que mon équipe, c'est aussi un ensemble de personnes que j'ai à accompagner dans leur croissance d'adultes. Eh bien, les voir et les entendre dire j'ai compris. Eh bien, là, je me dis que je suis à ma place.
- Speaker #0
Et alors, est-ce que vous pouvez nous faire entrer dans votre classe et nous donner un petit peu l'ambiance ? L'ambiance de votre classe, est-ce que vous y faites concrètement ?
- Speaker #1
Eh bien, je dirais que mon moteur principal, c'est la joie, c'est l'humour, mais pas trop décalé non plus parce qu'il faut bien prendre en compte le public qu'on a en face de soi. Donc, des enfants, pour ma part, cette année du CE1 et du CE2, ils ne peuvent pas comprendre des degrés bien au-delà du premier degré. Mais c'est quand même à apprendre par le biais du... la dédramatisation, des petites pointes d'humour qu'on est là pour apprendre, que par les échecs, en fait, on grandit, par les erreurs que peut faire la maîtresse parfois, que ce soit dans les erreurs de langage, les ne pas, par exemple, qui sautent à l'oral, et on se dit, ah, mais en fait, si on veut transmettre une belle langue, il faut être des modèles en tant qu'enseignant. Eh bien, par le canal, par le biais de cette joie, les enfants, on les voit heureux et ont envie d'apprendre. Et à l'école La Frontaine, une particularité, c'est le travail par le biais de la feuille de route, c'est-à-dire en fait une checklist de tout ce que l'enfant va faire dans sa journée, même dans sa semaine, avec beaucoup d'adaptations bien entendu, on n'est pas dans un carcan. Mais de voir des enfants qui ont envie de faire et qui disent « Ah, mais après, on va faire ça ! » En fait, ça me rend heureuse tous les matins d'aller travailler.
- Speaker #0
Et alors, devenir directrice, est-ce que pour vous, ça a été une rupture ou au contraire une continuité naturelle dans votre mission d'enseignante ?
- Speaker #1
Alors, Madame de Sutter est venue me chercher. Et comme elle le dit bien naturellement, parce que... Une petite école comme ça qui se monte et qui maintenant a été créée en 2010, donc maintenant 15 ans. Forcément que la croissance de cette école, elle repose sur l'aide aux débeautés, j'allais dire, de ce que chacun peut apporter. Et naturellement, habitant en plus pas très loin de l'école, j'avais du temps à consacrer pour des petites choses qui sortaient de ma mission de purement d'enseignant. Donc, j'ai senti que la mission de direction m'intéressait. Quand elle me l'a proposé, je me suis dit que c'était la suite logique parce que tout ce côté transmettre aux enfants, les voir grandir, les voir se construire. J'ai réalisé à quel point aussi les enseignants avaient besoin de ressentir ça eux aussi en tant qu'adultes. Donc, j'avais envie de les accompagner aussi dans ce projet, ne serait-ce que comprendre profondément le projet. Pas juste avoir signé pour le projet de l'école La Fontaine, mais vraiment. réaliser à quel point eux étaient une cheville ouvrière indispensable à la transmission de ce projet aux enfants.
- Speaker #0
Et qu'est-ce que cette responsabilité vous a appris sur l'école d'aujourd'hui ?
- Speaker #1
Je dirais qu'on transmet ce que l'on est, on transmet ce que l'on a profondément en soi. Et par cette école libre... et donc différente du système classique où j'ai eu de très bonnes années aussi et une maman qui a travaillé dans l'éducation nationale je vois que là à quel point dans une école libre on peut s'emparer de cette liberté et on peut donner sa patte donner sa touche et transmettre des choses précieuses une culture, une capacité euh... de critique dans le sens positif, c'est-à-dire non pas j'aime ou je n'aime pas, mais voilà pourquoi j'aime ou je n'aime pas, et donc transmettre la paix. Et l'école aujourd'hui, au-delà de l'aspect scolaire, je réalise à quel point elle prépare la génération de demain, et c'est indispensable de transmettre, de nourrir l'intégralité de l'être de l'enfant, et même de ses collègues en fait, c'est pour ça aussi que j'ai accepté cette mission de direction. réaliser à quel point on a de multiples dimensions qu'il faut prendre le temps et donc ne gaspillons pas ce temps. Il faut prendre le temps pour éduquer tous nos axes de croissance. Et je suis bien consciente grâce à l'école dans laquelle je travaille, que il faut bien choisir le cadre dans lequel on veut travailler et s'emparer en ce qui concerne les écoles libres de cette liberté pédagogique vraiment qui nous est donnée. pour transmettre à tout va.
- Speaker #0
Le grand mot. Voilà,
- Speaker #1
vraiment.
- Speaker #0
Et donc, vous êtes passée quand même d'un métier à un autre. Comment avez-vous fait pour vous emparer de ces nouvelles missions de direction ?
- Speaker #1
Pour la direction, le choix du métier, choisir le métier de direction ?
- Speaker #0
Oui, comment avez-vous fait la transition ?
- Speaker #1
Parce qu'en fait, c'est finalement très imbriqué pour moi, direction et enseignement, parce que pour être... Je trouve ça intéressant, en tout cas, pour ma part. d'être à la fois enseignant et directeur parce qu'on incarne vraiment dans les décisions qu'on prend, dans les choses qu'on peut imposer à notre équipe qui parfois sont exigeantes, le fait de les vivre soi-même en tant qu'enseignant, eh bien, ça donne plus de poids, j'allais dire, à ce qu'on va demander comme effort parce qu'on est impliqué. La transition s'est faite assez bien parce que je suis passée de collègue à directrice, mais en fait en étant encore collègue, vraiment. Et puis là aussi, j'ai encore cherché à me former. L'année dernière, je suis rentrée dans la formation des directeurs par le biais de Altea Academia et de l'ILFM. Et j'ai eu l'occasion de rencontrer une quinzaine de directeurs avec qui je suis encore en réseau aujourd'hui. On partage nos problématiques et on avance et on construit ensemble. Et puis, bien entendu, je suis accompagnée au quotidien par la fondatrice qui, maintenant, est la présidente.
- Speaker #0
D'accord. Et donc, en quoi être professeur des écoles peut-il transformer une vie ?
- Speaker #1
Alors, c'est intéressant sur cette question d'une vie, parce que je dirais que ça a changé ma vie, mais je me rends bien compte aussi à quel point ça change leur vie, aux enfants ou à mes collègues. C'est-à-dire que... En tant qu'enseignant, déjà dans un premier temps, sans parler de l'aspect direction, je me rends compte à quel point on a un pouvoir très important de transmettre des valeurs, parce que les enfants sont des vraies éponges. Et pour ma part, je voulais leur transmettre le plaisir de travailler, le goût de l'effort, réaliser qu'on peut poser des questions, qu'il n'y a pas de questions bêtes. Par contre, il y a une nécessité d'attention pour ne pas faire répéter plusieurs fois la maîtresse. à quel point c'est important d'être curieux et de se donner et de chercher à être en relation avec les autres. Et le fait de moi être facilement en relation avec eux, je sens une vraie liberté des enfants à être en paix les uns avec les autres, envie d'être en relation les uns avec les autres. Donc en cela, ça change leur vie parce que je travaille vraiment à leur manière d'être les uns avec les autres. Et moi, ça a changé ma vie. Parce que d'un métier qui était pourtant très intéressant et porteur de sens aussi dans le milieu bancaire, oui, bien sûr, il y avait des relations humaines, mais je n'avais pas à transmettre de valeur. Alors que là, je sens profondément des valeurs de respect, de bienveillance, de goût au travail qui se développent, parce que ces enfants, je les ai tous les jours. Alors qu'un métier, par exemple, bancaire, on voit les clients une fois par mois ou moins. Et là, il y a vraiment une continuité. Donc voilà, ça a vraiment changé, ça c'est sûr. Je ne regrette même pas cette reconversion professionnelle.
- Speaker #0
Bon, merci Pauline, ça donne très envie finalement de suivre votre exemple. Et donc après le temps de l'expérience, votre expérience, vient maintenant le temps de l'élan, celui des débuts, des questions, des espérances. Et France, toi tu es au début de ce chemin. Quand et comment est née ton envie de devenir professeure des écoles ?
- Speaker #2
Alors pour moi, c'était... Ce n'est pas une idée qui est venue très tôt parce que quand j'étais collégienne, je désirais faire de la cuisine. Donc après mon bac, je suis rentrée dans une école de cuisine. Finalement, au bout d'un an, j'ai arrêté et je me suis dirigée vers une fac de lettres parce que je voulais faire quelque chose qui me plaisait, quelque chose qui me nous laissait intellectuellement et qui restait assez général pour pouvoir choisir. Parallèlement à ça, je faisais beaucoup de scoutisme et d'animation. J'étais beaucoup auprès des jeunes et je voyais autour de moi des jeunes qui n'étaient pas très heureux à l'école, pour lesquels ce n'était pas un lieu d'épanouissement. Et quand en deuxième année à l'université, ils nous ont demandé de monter un dossier sur un métier qui nous intéressait, j'ai décidé de monter un dossier que j'ai intitulé « On s'ennuie autrement, s'adapter aux enfants, à leurs besoins, à leurs projets » . Et en montant ce dossier, en rencontrant des professionnels de l'éducation, en faisant également des stages, notamment un dans une école libre à l'Académie du Puy du Fou, j'ai découvert ILFM et j'ai ce désir qui arrivait en moi d'enseigner peut-être ou en tout cas de faire un métier qui avait du sens autour de l'éducation, de la transmission. J'ai fini mon année. J'ai fini ma licence et je suis partie un an en Afrique pour affiner un peu ce projet. Parce qu'entre tous les métiers possibles autour de l'éducation, de l'enseignement, ce n'était pas très défini dans ma tête. Et pendant cette année de mission en Afrique, on m'a confié une place de moyenne et de grande section. Et c'est à ce moment-là que j'ai vraiment réalisé que c'est ce que je voulais faire. J'ai aussi ressenti ce besoin de me former encore, de me sentir légitime à être enseignante pour affiner mes connaissances académiques et pédagogiques. Et c'est comme ça que je suis arrivée cette année en formation initiale à l'ILFM.
- Speaker #0
D'accord. Et alors, qu'est-ce qui, dans ta formation aujourd'hui, nourrit ton désir d'enseignement ou vient le conforter ?
- Speaker #2
Ce qui, aujourd'hui, nourrit cette envie, ce besoin que j'ai en moi, c'est d'abord la richesse des enseignements qui me donne envie d'en savoir plus, qui me donne envie ensuite de l'appliquer, de voir les choses vues en œuvre dans des classes. Et comme vous disiez aussi, Pauline, ce qui vient conforter cette envie de cette formation que je fais aujourd'hui, c'est de voir la joie des enfants quand ils comprennent quelque chose, quand ils se patientent sur le sujet et leur joie en passant le pas de la porte en arrivant à l'école, ça confirme tout à fait mon désir.
- Speaker #0
Et donc France, au-delà des savoirs, qu'est-ce que cette formation t'apporte en confiance, en regard sur les élèves et sur toi-même ?
- Speaker #2
Alors, tout d'abord, par rapport à la confiance, c'est une formation assez exigeante. Et donc, la satisfaction du devoir accompli en tant qu'élève, et également tout ce qui est l'organisation entre les périodes de stage, les périodes de travail en autonomie, les périodes de formation, de voir que mon travail porte du coup, ça me donne beaucoup de confiance et la certitude que quand j'aurai ma classe, je saurais m'en sortir dans le côté organisationnel. Et ce qui m'apporte aussi beaucoup de confiance, c'est la reconnaissance des professeurs et des formateurs, notamment en stage. C'est très gratifiant d'être félicité par les professeurs et par les directeurs. De plus, dans la posture, à force de faire des stages, d'échanger avec nos formateurs, avec les professionnels du métier qu'on rencontre, ça me permet d'avoir des clés. pour être plus à l'aise face aux élèves. Et également, les retours de stage avec les autres élèves de la formation sont très précieux pour se nourrir un peu des expériences de chacun. Et enfin, cette formation m'apporte une meilleure connaissance des besoins de l'enfant aux différents âges. Et également, j'ai compris l'importance de l'encouragement et de l'effort personnel pour les enfants, de leur besoin d'être unique, même dans un groupe classe. un enfant qui peut être reconnu avec ses besoins particuliers et ses talents. Et pour mon regard sur moi-même, j'ai appris en stage, j'ai découvert mes faiblesses face à une classe, et cette formation m'offre la possibilité d'en reparler, que ce soit avec mes formatrices, avec mes camarades, avec les professeurs que je rencontre en stage, et ça me permet de trouver des réponses et des astuces. Et parce que c'est une formation qui nous présente différentes pédagogies. Ça me permet aussi d'affiner la pédagogie vers laquelle je veux me tourner. Que ce soit des pédagogies alternatives, plutôt classiques, également dans quel type d'école est-ce que je voudrais enseigner. Petit à petit, je découvre là où je suis vraiment le plus à l'aise avec les élèves et avec les méthodes d'enseignement.
- Speaker #0
D'accord. Et justement, est-ce que tu peux nous parler un petit peu des écoles dans lesquelles tu as fait tes stages ?
- Speaker #2
Oui, j'ai fait un premier stage à l'école Saint-Projet. à Bordeaux, pendant lequel j'ai découvert le fonctionnement d'une école. C'était un stage assez général, je passais une journée dans chaque classe. Donc c'était très intéressant de voir les liens qui se faisaient entre les différentes classes, avec le suivi des élèves, la cohérence qu'il y a entre les professeurs. J'ai fait mon deuxième stage à l'école Lésirondelle, à Vouillé, dans la Vienne. C'est une école qui a des pédagogies alternatives, qui se base beaucoup sur la pédagogie de Montessori, sur les pédagogies de projet. Donc c'était une classe auquel je n'étais pas un peu surprise, car j'étais dans une classe avec des élèves du CE2 à la quatrième. C'était deux yurtes qui accueillaient les élèves. On était dans un écolieu et c'était quelque chose qui était tout à fait différent. Ce stage m'a permis de me poser beaucoup de questions. de comprendre vraiment comment moi je voulais fonctionner quand j'aurai ma classe plus tard. Et j'ai découvert avec bonheur le matériel, notamment le matériel Montessori pour les mathématiques qui était très utilisé dans cette classe. Ça a été très enrichissant de ce point de vue-là. Et je viens tout juste de finir un stage en classe de CP à l'école Saint-Dominique-Savio à Écully dans le Rhône et c'était très chouette d'avoir une classe de pouvoir vraiment comprendre l'apprentissage et l'enseignement de la lecture.
- Speaker #0
Oui, c'est une vraie classe charnière.
- Speaker #2
Oui, complètement. Et c'est un stage pendant lequel j'ai eu l'occasion de prendre la classe en autonomie deux jours. Avec certaines autres parties de cours où la professeure de CP m'observait et me faisait des retours. Et j'ai vraiment senti que j'avais ma place dans cette classe. J'ai eu énormément de chance avec ma maître de stage qui m'a fait me sentir à l'aise et qui m'a permis d'occuper vraiment la place de professeur quand c'était à mon tour de donner la classe.
- Speaker #0
Et alors, quelles sont aujourd'hui tes principales craintes avant d'entrer pleinement dans le métier ?
- Speaker #2
Une crainte qui s'atténue petit à petit, c'est celle de ne pas être à la hauteur des apports des élèves et je suis bien contente que la formation ne soit pas finie et qu'elle continue parce que petit à petit J'ai des réponses, j'ai des clés qui m'aident à peut-être faire diminuer cette crainte. Et une seconde crainte qui m'interroge, c'est ce challenge des prochaines générations d'élèves qui grandissent dans un monde qui change très vite, qui ne prend pas toujours soin d'eux. Et ça va être quel sera mon rôle en tant qu'enseignante dans leur vie, dans leur apprentissage. être une réponse, être un appui, être un support pour les aider à grandir, pour les aider à forger leur caractère. Oui, voilà.
- Speaker #0
D'accord. Oui, alors Pauline veut réagir à ce que tu dis.
- Speaker #1
Je partage complètement l'importance de notre figure face aux enfants parce qu'on les a toute la journée. Même après dix ans d'expérience, je trouve que ça reste difficile et un enjeu de taille de mesurer chaque geste et chaque parole qu'on va adresser à chaque enfant de cette journée. Et ce n'est pas au groupe classe, c'est à chaque enfant de cette journée, dans notre manière de les accueillir, de les écouter personnellement, de leur donner envie de croître en confiance, de savoir les écouter quand parfois ils n'ont pas, par exemple, par la présence des écrans, Euh... finalement pas un temps de parole suffisant à la maison parce qu'il est occupé par plein d'autres activités. Et c'est vraiment difficile et en même temps réjouissant. C'est une partie du métier et elle prend beaucoup de place. Et c'est ce qui fait que même en restant dans un même niveau pendant plusieurs années, en fait, on ne s'ennuie pas parce que les élèves changent tous les ans et tout est à remettre en œuvre tous les ans.
- Speaker #0
Et France, déjà, est-ce qu'il y a un âge vers lequel tu te penses ? te portent le plus naturellement pour l'année prochaine ?
- Speaker #2
Je crois qu'après mes trois stages, j'aurai tendance à dire vers l'âge du cycle 2, entre le CP et le CO2. Oui,
- Speaker #0
D'accord. Pauline, est-ce que vous voulez réagir à nouveau à tous les propos de France, à son élan de jeunesse ?
- Speaker #1
Oui, je me retrouve vraiment dix ans en arrière. et pourtant comme c'était une reconversion professionnelle je suis repassée sur les bancs de l'école à un peu plus de 30 ans et j'avais ces mêmes interrogations et même si le monde est encore plus en mouvement beaucoup plus en changement aujourd'hui peut-être qu'il y a 10 ans dans ce que j'entends de France je vois vraiment euh... Cette sérénité à s'engager dans le métier par une formation forte. Moi, c'est ça qui m'a complètement tranquillisée. Oui, certes, devant moi, j'ai des enfants différents tous les ans, mais de savoir que j'ai une compétence académique et de la gestion de classe qui m'a été transmise par des méthodes éprouvées et pas une seule méthode, mais le croisement de plein de méthodes proposées à l'ILFM, des stages, etc. où on nous encourage vraiment à passer dans différents stages, dans différents niveaux, pour nous rendre compte de ce qui est fait pour nous ou pas, de ce qui correspond à notre personnalité, eh bien, ça permet de démarrer sereinement, dans la mesure du possible. C'est-à-dire que, bien sûr, il y aura beaucoup d'aléas, mais il y a un certain nombre de choses qui nous ont été transmises via l'ILFM, qui permettent de démarrer en disant... Je peux être sûre de moi, pour prendre cette première classe, j'ai déjà, en termes d'être à la hauteur des élèves, j'ai déjà le savoir qu'il faut minimum pour que ça se passe bien.
- Speaker #0
France, si tu avais une seule phrase à dire à quelqu'un qui hésite encore aujourd'hui à devenir professeur des écoles, quelle serait cette phrase ?
- Speaker #2
Moi, je pense que je dirais qu'il y a un véritable enjeu dans notre société aujourd'hui et que l'école, c'est l'endroit dans lequel on va donner aux enfants des clés du savoir. pour les rendre libres et heureux. Et la formation est très enrichissante, autant pour le métier que personnellement. Alors je dirais que ça vaut le coup d'y aller.
- Speaker #0
Merci France. Pauline ?
- Speaker #1
Moi, je donnerais quelque chose de très concret. Le paysage éducatif français est très varié. On n'est pas fait pour toutes les écoles, pour tous les projets éducatifs. Donc, quelqu'un qui s'interroge pour rentrer dans ce métier d'enseignement, que ce soit dans le cadre d'une reconversion professionnelle ou tout simplement en sortant du bac ou bac plus deux, eh bien, c'est important d'aller passer une journée d'immersion dans diverses écoles qui nous attirent pour voir si vraiment on adhère au projet. Et rien qu'en une journée déjà d'immersion, ça peut vraiment conforter notre choix de rentrer dans ce projet d'une part, mais plus généralement, même, est-ce que j'ai envie de cette vie d'enseignant, de cette gestion de classe qui fait partie du métier, qui pour ma part me dynamise, mais qui peut parfois décourager certains enseignants. Et pour autant, en fait, avec, je le redis encore, des formations, il y a plein de trucs et astuces, j'allais dire. qui nous permettent de bien vivre cette gestion de classe et justement d'être, finalement, d'en trouver de l'énergie.
- Speaker #0
Merci beaucoup à toutes les deux pour votre flamme qui donne envie d'embrasser ce métier. Et pour nos auditeurs qui souhaiteraient en savoir plus éventuellement sur la formation à l'ILFM, les portes ouvertes ont lieu ces mois de février et mars. Et vous êtes les bienvenus pour découvrir cette formation et ce métier. Merci Pauline, merci beaucoup Florence et à bientôt.
- Speaker #1
Merci Florence, à bientôt.
- Speaker #2
Le podcast vous a été présenté par la Fondation pour l'école, fondation reconnue d'utilité publique. Elle agit depuis 2008 en vue de permettre la réussite de chaque enfant, de contribuer à la qualité du paysage scolaire et d'inspirer les acteurs du renouveau éducatif. Son action passe par le soutien, la formation et la promotion des écoles libres dites hors contrat, appelées aussi indépendantes. Pour soutenir financièrement ce renouveau, rendez-vous sur le site de la Fondation pour l'école, www.fondationpourl'école.com .org