- Speaker #0
Dessine-moi une école.
- Speaker #1
Décrochage scolaire, perte de confiance, sentiment d'échec. Pour trop d'adolescents, surtout dans les territoires ruraux, l'école semble parfois fermer ses portes. Et pourtant, à l'affaire, dans l'Aisne, en Picardie, une autre réalité existe. Ici, grâce aux écoles du réseau Excellence Ruralité, des élèves parmi les plus défavorisés réussissent autant que les plus favorisés. Preuve qu'avec de bons moyens, la confiance se reconstruit et la réussite devient possible, partout. Dans cet épisode, nous allons voir comment une école peut redonner confiance, ambition et goût du travail à des adolescents qui n'y croyaient plus. Et pour en parler, j'ai le plaisir d'accueillir Pierre-François Chanut. Bonjour Pierre-François.
- Speaker #2
Bonjour Florence.
- Speaker #1
Vous êtes directeur pédagogique dans le réseau Excellence Ruralité. Vous avez dirigé le cours Clovis, l'école pilote, et vous accompagnez aujourd'hui les équipes éducatives des différents établissements qui accueillent des jeunes des territoires ruraux, jeunes souvent en difficulté, et vous leur permettez de trouver confiance et estime de soi. Alors pouvez-vous nous resituer en quelques phrases ce qu'est le réseau Excellence Ruralité ?
- Speaker #2
Alors le réseau Excellence Ruralité, c'est un réseau qui a été fondé en 2017 par Jean-Baptiste Noyac et Hervé Catalin. qui s'est donné pour mission de créer des écoles dans les zones périphériques que Christophe Guillouis avait nommées comme France périphérique, dans les zones des ruralités ou des petites villes. En gros, si on veut schématiser un peu dans les territoires exclus de la mondialisation, les perdants de la mondialisation. Ce sont des espaces où il y a souvent un fort taux de décrochage, un fort taux de chômage des jeunes. Et donc, Jean-Baptiste Nouillac a créé le cours Clovis, qui est l'école pilote du réseau, à la fer dans l'Aisne, parce que l'Aisne était le département le plus touché par le décrochage scolaire. Et le plus fort taux de décrochage scolaire de l'Aisne, c'était la fer. Donc, on s'est dit, si ça fonctionne à la fer, c'est que ça fonctionnera partout. Et il a installé le cours Clovis.
- Speaker #1
D'accord. Et donc, aujourd'hui, il y a trois écoles en France.
- Speaker #2
C'est ça. Donc, le cours Clovis à la fer. Il y a le cours Aliénor d'Aquitaine. à Esse, à côté de Confolant, et il y a le Cour Vauban, le petit dernier qui a ouvert en septembre, qui est à Étang-sur-un-Rou, à un quart d'heure, un minute, d'Autun.
- Speaker #1
D'accord, des noms que l'on ne connaît pas du tout. Voilà. Alors, quelle forme prend aujourd'hui la... Vous avez rencontré beaucoup d'adolescents, quelle forme prend aujourd'hui la résignation chez ces adolescents que vous rencontrez et qui viennent au cours Clovis, par exemple ?
- Speaker #2
Je ne sais pas s'il y a une forme particulière à notre temps d'aujourd'hui, mais en tout cas, ce qu'on peut constater chez les élèves que nous accueillons, c'est que la résignation se constate par un découragement dans tout ce qu'il y a à entreprendre, l'envie de rien faire, l'infatisme on pourrait dire, mais je ne pense pas que ce soit lié à la fainéantise, c'est vraiment un découragement, c'est à quoi bon faire, puisque j'y arriverai pas. puisque c'est trop dur, puisque la marche est trop élevée. Parce que c'est aussi très lié, je pense, à une estime de soi très abîmée par un parcours familial souvent compliqué, par un parcours scolaire compliqué. Nous, on a des élèves qui viennent chez nous, qui viennent au cours Clovis, qui ont eu des situations d'harcèlement important, des situations d'échec scolaire, évidemment, qui ont intégré le fait qu'ils ne peuvent pas, qu'ils n'arrivent pas, qu'ils n'ont pas de talent, qu'ils n'ont pas de qualité propre. qui n'ont même pas d'intérêt, tout simplement. Et donc, vraiment, ce découragement à entreprendre, à faire, à se lancer dans des projets, et puis une confiance en eux très abîmée, parce qu'on a des élèves qui regardent, enfin, évidemment pas tous, mais on a des élèves qui arrivent complètement découragés, qui ne regardent pas dans les yeux quand on dit bonjour. Le premier travail, c'est vraiment le matin au portail, le directeur, c'est « bonjour, regardez-moi dans les yeux quand vous dites bonjour » . Et à force de le faire répéter, de le répéter, en fait, ça...
- Speaker #1
C'est la première petite marche qui leur permet de...
- Speaker #2
Exactement. Parce que le réflexe, c'est de regarder ses pieds, regarder à droite, regarder à gauche. Vraiment une perte d'estime d'eux-mêmes.
- Speaker #1
Et donc ça, vous avez l'impression que c'est plus le cas sur les territoires ruraux ? Vous avez des éléments de comparaison ? Ou pas spécialement ?
- Speaker #2
Moi, j'ai travaillé des années en banlieue parisienne et aussi en région nantaise. Je dirais que... Les problématiques sont répandues dans le territoire sur le mal-être de la jeunesse, il est partout. Mais je pense qu'il y a des facteurs aggravants en ruralité.
- Speaker #1
D'accord. Et les écrans sont en partie liés à cela ou pas du tout ? Oui, beaucoup.
- Speaker #2
Je pense beaucoup. Alors, en fait, dans les particularités de la ruralité, je pense qu'il y a les distances. On est loin de ses amis. Je sais qu'en banlieue, les copains sont dans la même tour, dans la même rue. Donc, on se retrouve en bas, on va taper un foot au city. Il y a beaucoup d'infrastructures. Je sais que j'ai travaillé au Val-Fouré. Il y a une patinoire, une bibliothèque, un club d'avions, une piscine. Je ne dis pas que c'est des quartiers faciles, loin de là. Mais il y a tout un tas de choses. Et puis, les gens habitent proches les uns des autres. Un jeune garçon de 12 ans, il n'a pas besoin de mobilette pour aller. Mobilette, ça fait vieux. C'est un scooter. Il n'a pas besoin de moyens de locomotion pour aller voir ses copains. Alors qu'en ruralité, le gars qui veut sortir avec ses potes...
- Speaker #1
Ah, ils ne sont pas au village. Non,
- Speaker #2
pas du tout. Donc, du coup, on se réfugie dans les écrans, on va s'occuper comme on peut.
- Speaker #1
Oui, et dans l'imagerie populaire, on pourrait penser qu'à la campagne, les enfants ont encore un lien avec la terre, mais ce n'est plus forcément le cas.
- Speaker #2
Non, il y en a, il y en a beaucoup. Je sais que j'ai été surpris du nombre d'enfants qui allaient à la pêche, par exemple. Des choses comme ça. Il y en a. Mais ceux qu'on identifie au début comme les découragés, ils se camouflent d'autant plus facilement dans les réseaux sociaux, dans les séries Netflix, dans les jeux vidéo, parce que d'avoir le courage d'aller voir ses potes, ça demande un peu d'engagement.
- Speaker #1
Quelles sont les familles qui frappent à la porte de vos écoles ? Ce sont des familles complètement découragées ?
- Speaker #2
Il y a de tout. Quand on a ouvert en 2017, c'était beaucoup le cas. C'était vraiment des cas d'échecs scolaires, de grosses difficultés sociales. Aujourd'hui, on a encore beaucoup d'élèves qui viennent pour des raisons de harcèlement, des raisons de niveau scolaire déplorable, des raisons d'incompréhension famille-école, des choses comme ça. Mais on a aussi, comme on a ouvert un primaire en 2021, aujourd'hui on accueille des élèves du CP à la troisième. En primaire, on a quelques familles qui commencent à avoir des vraies questions éducatives, ou qui nous choisissent. pas parce que ça n'a pas marché ailleurs mais parce qu'ils ont vu le projet et qu'ils y croient donc je dirais qu'on a un tiers de familles qui viennent pour ce qu'on est et un deux tiers qui viennent parce que de grosses difficultés que nous sommes apparemment que les parents identifient comme une
- Speaker #1
possible réponse aux problèmes rencontrés par leurs enfants et donc pour ces enfants qui arrivent et qui n'ont pas choisi forcément de venir chez vous mais qui se retrouvent là parce que c'est leur dernière chance Merci. Quels sont les premiers gestes éducatifs que vous posez ? Vous parliez de se serrer la main, regarder, et ensuite, quelles sont les sources d'excellence en réalité ?
- Speaker #2
Regarder dans les yeux, serrer la main, ça redonne un peu de dignité, de respect humain, de connexion aussi. Mais le premier travail à faire, je pense, par les équipes, c'est vraiment aider l'enfant à rejoindre l'enfant où il est, déjà. comprendre sa détresse ou sa difficulté ou même sa colère parfois. On a des élèves parfois qui arrivent, qui sont en colère contre le monde entier. Ne surtout pas mettre cette colère ou cette angoisse sur le boisseau, mais l'identifier, la verbaliser avec lui. Je vois que vous êtes en colère, je comprends que vous soyez en colère, j'ai constaté une colère, le faire parler, etc. Donc vraiment le rejoindre où il est, pas lui dire c'est pas bien d'être en colère. Parce qu'en fait c'est une émotion déjà, c'est pas lui qui l'a choisi. Et puis on connaît pas sa vie, il a peut-être des tas de raisons d'être en colère que nous Je sais que ça m'avait fait une claque quand je suis arrivé en 2019. Il y a un élève qui ne faisait jamais ses devoirs. Alors, c'était la tannée pour les profs. Et puis, un jour, il y a un prof qui me le ramène dans mon bureau, excédé. Ce que je comprends tout à fait, d'ailleurs. Parce qu'il n'avait encore pas fait sa géo. Il arrive dans mon bureau. C'était la dixième fois, peut-être, qu'il venait dans mon bureau pour ça. Donc, le prof retourne à sa classe. J'ai le bec carton devant moi. Et puis, je tape des points sur la table. Je dis, ça suffit maintenant. Expliquez-moi votre soirée. pourquoi vous n'avez pas travaillé. Je m'attendais à « j'ai joué à la console toute la soirée » . Et là, le petit gars se met à fondre en larmes et puis il me dit « j'ai aidé papa à faire ses bagages parce qu'il va en prison » . Et là, du coup, on se dit « en fait, évidemment qu'il fait passager haut » . Alors, les autres fois, il avait la console. Bien d'accord, mais n'empêche que cette fois-là, c'était papa qui va en prison. Donc, rejoindre les enfants là où ils en sont, c'est quand même primordial. Et la deuxième étape, je dirais, c'est aider l'enfant à sortir de soi. lui donner des occasions de sortir de soi, des occasions de se dépasser, de dépasser ses limites, qu'il constate lui-même qu'il peut aller plus loin que ce qu'il croyait. Au cours Clovis, on a mis en place ce qu'on appelle la capitainerie. C'est géré par le prof de sport. Le prof de sport organise tous les mercredis après-midi et une semaine par vacances des activités extrascolaires, sportives, artistiques. Il va camper une nuit pendant les vacances, il leur fait faire de la rando. Et bon, c'est pas des commandos, mais il y a des élèves qui se pensaient incapables de dormir une nuit sous la tente. et qui maintenant attendent ça avec impatience, qui se sont fait des randonnées de 10 bornes et qui se rendent compte qu'en fait, ce n'était pas si dur, que c'était sympa.
- Speaker #1
Et ça, c'est obligatoire ? Non,
- Speaker #2
c'est sur la base du volontariat. On oriente évidemment les enfants. Le professeur de sport qui gère cette capitainerie propose et vend son projet, surtout aux enfants.
- Speaker #1
Ils font le choix et donc finalement c'est aussi un...
- Speaker #2
En fait, la notion d'engagement dans cette capitainerie est importante parce que, comme on va les pousser à se dépasser, c'est très difficile si c'est obligatoire de le faire. Mais voilà, donner des occasions aux enfants de se dépasser et puis les responsabiliser. Ça a vraiment leur donner des responsabilités. Il y a cette citation de Don Bosco que j'aime beaucoup, alors je ne vais pas la dire exactement. Mais de mémoire, c'est les enfants, les jeunes n'ont pas besoin d'adultes qui leur disent comment faire, mais qui leur disent j'ai besoin de toi. Et franchement, je pense qu'avec les enfants, les jeunes les plus abîmés, leur dire j'ai besoin de toi pour ça, il faut un gars qui gère ce truc-là, et je te le demande parce que toi on est capable, je pense que c'est vraiment un outil formidable. La responsabilisation, alors des responsabilités adaptées évidemment, ne pas les mettre en situation d'échec. Si on a un élève... On sait qu'un élève a déjà fumé des cigarettes en cachette dans l'école. Lui confier peut-être une mission tout seul à l'abri des regards, c'est le mettre aussi en danger de recommencer à fumer une cigarette. Donc il faut faire attention à ça. Et puis pas non plus de responsabilités trop faibles qui risqueraient de les rendre un peu... Oui, trop faciles, c'est pas la peine. Trop faciles, c'est pas la peine. Et puis même un peu de les humilier. J'avais un exemple, alors que je n'ai pas vécu moi-même, mais que que Jean-Marie Petitclair se plaisait à expliquer où il racontait dans une classe une jeune fille de cinquième qui, quand elle rentrait à la maison, s'occupait de ses trois frères et soeurs jusqu'à 21h, le temps que maman rentre. Donc elle faisait les douches, elle était la petite maman du haut de ses douze ans, de ses frères et soeurs. Et arrivé dans sa classe, le maître ou le professeur lui disait, toi tu seras responsable de la craie.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #2
Bon. Il ne faut pas se foutre d'eux non plus. Donc vraiment, ajuster les responsabilités aux capacités des enfants et ne surtout pas les amoindrir. Faire sortir de soi et responsabiliser. Et puis valoriser les réussites. Je sais que souvent quand on est prof, moi j'étais prof, je suis prof depuis 2011, et quand on est prof, on a très facilement tendance à valoriser la réussite scolaire, évidemment. Prof d'histoire, une synthèse en troisième, sans faute d'orthographe, avec un plan en trois parties. Alors là, je faisais l'éloge du gamin pendant cinq minutes. Mais en fait, vraiment, valoriser toutes les réussites. Pas que les réussites scolaires, les réussites éducatives. Parce que si on se cantonne aux réussites académiques, celui qui galère, il ne sera jamais valorisé, alors qu'il a un tas de compétences et de valeurs. Et l'enfant découragé, dont on parlait au début, ne va rarement s'exprimer dans les résultats scolaires, parce que c'est d'office valoriser les résultats scolaires. Donc l'enfant découragé, c'est l'enfant qui n'est valorisé sur rien, alors qu'il a des tas d'occasions d'être valorisé. Je sais qu'au cours Clovis, on a mis en place les ateliers émanuels le jeudi. Et donc là, ça permet aux enfants d'exprimer des talents, de découvrir des talents, autre que les talents académiques qu'on peut exprimer en classe. Donc on a l'atelier bricolage, on a l'atelier théâtre, on a l'atelier cuisine, etc.
- Speaker #1
Donc là, ils choisissent l'atelier ?
- Speaker #2
Ils choisissent l'atelier, ils s'inscrivent en début d'année et ils s'inscrivent deux fois dans l'année. Ils peuvent changer en trois années. Et moi, j'ai l'exemple de Mathéo, un garçon qui était arrivé en sixième chez nous avec des difficultés scolaires abyssales. En troisième, on l'a emmené jusqu'en troisième. Des difficultés de lecture, je pense que... d'écriture, bref, abyssales. Donc, il était parti pour faire un collège où il aurait été le nullos de sa classe pendant quatre ans, parce que notes catastrophiques, parce que des difficultés à parler correctement, même. pas du tout du handicap, mais des fautes de français à l'oral, des fautes d'accords, des vocabulaires très restreints. Et un vrai talent manuel. Son père est maçon, maçon-carleur, et lui, il suit son père depuis qu'il est petit, et il était dans l'atelier bricolage, et c'était le king de l'atelier bricolage. Il savait utiliser n'importe quel outil qu'on lui proposait, et donc il était très valorisé sur ça. Et donc, dans sa classe, il y avait une ambiance... Enfin, il était... reconnu pour ce qu'il est. Oui, en classe, il avait des notes qui n'étaient vraiment pas très bonnes. Il avait des difficultés à travailler, mais en fait, il avait sa place dans sa classe. Il avait quelque chose à apporter aux autres. Il était valorisable dans ses réussites.
- Speaker #1
Et quelle est la place que vous donnez à l'échec ? Comment est-ce que vous aidez les enfants à rebondir ?
- Speaker #2
Le vrai défi lorsqu'un enfant est confronté à un échec, c'est de l'aider à ne pas s'identifier à cet échec. Rater quelque chose, nous on part vraiment du principe qu'une erreur, qu'un échec, c'est une formidable occasion de progression. Et surtout, tu n'es pas ton échec. Tu as eu 2 sur 20 en maths, mais même un échec éducatif. Tu as menti à ton meilleur copain et tu t'en veux. En fait, tu n'es pas cet acte-là. tu as fait un acte, tu as posé un acte personne n'est parfait, tout le monde peut se tromper maintenant aujourd'hui ce qui compte c'est qu'est-ce que tu vas faire avec ça t'as eu 2 sur 20 c'est une note, ce n'est pas toi c'est la quantité de connaissances de compétences sur tel sujet à tel moment c'est 2 sur 20, ok c'est pas chouette, qu'est-ce que tu fais maintenant tourner vraiment l'échec vers l'avenir parce que l'échec il est passé de toute façon
- Speaker #1
Comment est-ce que vous faites pour que toute la communauté éducative ait ce même regard, ce même amour que vous avez ?
- Speaker #2
On travaille vraiment en équipe. Je crois que c'est une des particularités, pas une des particularités, mais c'est quelque chose qu'on a vraiment mis en place chez Excellence Ruralité, c'est le travail d'équipe. On a une réunion toutes les semaines en équipe avec le directeur. C'est le directeur qui recrute son équipe et ça, c'est vraiment primordial. Les formations sont faites en commun. Il y a des formations individuelles, mais... On fait beaucoup de formations en équipe pour que justement, il y ait cette cohérence du monde adulte à l'école. Et puis les professeurs sont des professeurs éducateurs. Ça c'est très important et pour le coup, lors du recrutement, c'est très très clair. Je donne souvent l'exemple, je n'en sais rien, mais on est là pour transmettre des connaissances. On ne fait pas grandir une tête, on ne fait pas grandir un cerveau, on fait grandir une personne. Donc le cours de maths, le professeur de maths a identifié trois objectifs pour son cours sur Pythagore. Et au milieu de son cours, il se rend compte que dans sa classe, il y a eu une vraie dispute entre plusieurs personnes, que les tensions sont présentes, que j'en sais rien, que du coup, il y a de l'insolence, il y a de la tension, il s'insulte entre eux. Bref, en fait, là, on fait une pause et on va gérer ce problème-là, parce que c'est aussi important que de savoir Pythagore, en fait. De savoir gérer des conflits, de savoir écouter les émotions des autres, savoir exprimer les siennes.
- Speaker #1
Pour les finaux faibles et pauvres.
- Speaker #2
Exactement. Et donc, on a mis... Alors, évidemment, c'est mieux quand ça se passe en dehors du cours de maths.
- Speaker #1
Pour pouvoir avancer en maths.
- Speaker #2
Pour pouvoir avancer en maths, quand même. Mais on a mis en place, du coup, des systèmes. On a le temps d'échange en classe toutes les semaines, qui est un temps très formalisé, issu de la discipline positive. Où vraiment, les élèves, toute la semaine, ont un ordre du jour à remplir de ce temps d'échange en classe. Où ils notent sur un papier ou sur un cahier ou dans une boîte à idées. Ils notent les sujets qu'ils aimeraient aborder. Ça peut être des disputes entre eux. Ça peut être un cours... qui se passe mal pour toute ou toute raison. Ça peut être, on ne sait rien, l'organisation du déjeuner. N'importe quel souci qu'ils ont dans la classe, ils le mettent dedans et puis ça sera traité une fois ou deux par semaine, lors de ce temps d'échange en classe.
- Speaker #1
Entre eux ou avec le professeur ? Entre eux et avec l'enseignant. Avec le professeur principal,
- Speaker #2
exactement. Ou la maîtresse ou le maître en primaire. Parce que ça commence dès le CP. Évidemment, c'est adapté en CP. En troisième, on ne fait pas la même chose. Et l'idée, c'est vraiment de mettre à plat tous ces problèmes-là. c'est très formalisé, on commence par un tour des merci chacun remercie quelqu'un pour quelque chose qui s'est passé dans les semaines et ensuite on va tirer les éléments de l'ordre du jour et c'est les élèves qui vont chercher des solutions, c'est pas le professeur qui va dire écoutez, il faut faire ci, il faut faire ça, c'est vraiment eux qui vont avec un bâton de parole prendre la parole chacun à leur tour avec leurs idées de solutions et puis les solutions seront votées à main levée par la classe et c'est pas le professeur qui va dire non, celle-là c'est mieux, celle-là c'est moins bien parce qu'en fait ce qui compte, évidemment qu'il y aura des solutions qui seront moins bien que d'autres qui seront votés à l'unanimité. Mais ce qui compte, c'est vraiment faire la relecture avec eux de l'efficacité de la solution prise. Et donc, la semaine d'après, si on a décidé que, par exemple, pour la mise en rang, c'est toujours le bazar, ils ont nommé un chef de rang, et puis ils ont fait un ordre du rang, etc. Eh bien, deux semaines après, dans l'ordre du jour, il y aura évaluation de la solution sur le rang. Et eux, ils vont dire eux-mêmes, « Non, ça ne marche pas, c'est toujours le bordel. » Ou alors, « Ah ouais, c'est nickel, franchement. » Eh bien, si c'est nickel, on continue. Si ça ne marche pas, on réinterroge et on retourne. Et en fait, l'idée... C'est vraiment d'aider les élèves à trouver des solutions concrètes pour leur vie de classe. Ça décharge aussi l'instituteur ou le professeur d'avoir à tout porter sur les épaules. Ce qui est important, c'est que ce n'est pas eux qui choisissent si oui ou non il faut être en rang.
- Speaker #1
Il y a quand même quelques règles là.
- Speaker #2
En fait, c'est vraiment un cadre ferme. Et dans ce cadre ferme, c'est eux qui s'approprient ce cadre et l'application du cadre. Donc le rang, c'est le professeur qui décide que pour rentrer en classe, il faut être en rang, en silence, dans le calme, pouvoir se préparer à travailler parce que c'est bon pour eux.
- Speaker #1
Et c'est eux qui ont eu l'idée de l'évaluation de leur pratique ? Où là, le professeur met aussi des idées ? Non, non,
- Speaker #2
c'est un professeur qui revient. Non, j'allais dire parfois c'est eux qui... Mais non, ça n'arrive pas. Mais l'enseignant remet le sujet sur le tapis et les interroge sur la décision qu'on a prise pour Laurent, est-ce que ça fonctionne ? Et là, pour le coup, ils sont très vrais en fait. Si ça ne marche pas, ils le disent tout de suite. Et puis, moi je sais que ça fait des années maintenant que je pratique ça, ils ont parfois des solutions auxquelles je n'aurais jamais pensé et qui fonctionnent.
- Speaker #1
Par exemple ?
- Speaker #2
C'est tout bête, on avait fait un voyage au Puy-du-Fou. avec une classe, avec des primaires, en CE2, puis on avait divisé les élèves en groupes, en équipes d'élèves, avec le chef d'équipe, etc. Et on avait fait un temps d'échange en classe pour trouver des solutions, pour préparer ce voyage-là, sur qui va prendre quelle responsabilité dans le bus, on a les règles du bus, c'est ça, qu'est-ce qu'on va faire pour les appliquer, tac, tac. Et puis on avait une solution, c'était, une question, c'était si quelqu'un se perd, c'est eux qui avaient posé ça. Si quelqu'un se paume, parce que... Ils étaient jamais allés au Puy du Fou, ils vont rarement dans une grande ville, donc si quelqu'un se paume, qu'est-ce qu'on fait ? Donc on avait eu plein d'idées, puis il y a un petit gars de CE2 qui dit « si on est perdu, on se met près d'un arbre » . Tout le monde dit « mais quoi ? Pourquoi tu dis ça ? C'est quoi l'intérêt ? » Et en fait, il dit « mais non, mais près d'un arbre, personne ne passe. Si on reste sur le chemin, on va être au milieu de tout le monde, personne ne va nous voir, alors que si on est au pied d'un arbre... » Et tous les autres, même les grands, étaient là, « Bah ouais, c'est pas mal, c'est tout. Allez, on fait ça. » Et donc, on avait décidé... Et en fait, ce n'était pas bête du tout. Alors, heureusement, on n'a perdu personne. On n'a pas pu le voir.
- Speaker #1
On a vu qu'il y avait d'arbres aussi sur le parc. C'est ça.
- Speaker #2
Mais bon, c'est une solution auquel moi, j'aurais jamais pensé, ça c'est sûr.
- Speaker #1
Et alors, est-ce que vous avez l'exemple d'un élève qui, par exemple, n'est plus de chez lui, était vraiment fermé et qui a retrouvé les étoiles dans les yeux après avoir passé un temps dans votre école ?
- Speaker #2
Oui, quand j'ai vu votre question, j'ai pensé à Noémie. C'est une élève qui est arrivée chez nous en cinquième, qui avait été harcelée pour le coup très fort, et qui avait psychologiquement, jamais de violence physique, mais psychologiquement, ça a été assez dur, et qui s'était renfermée sur elle-même, qui avait vraiment acquis la certitude de son incompétence. C'était flagrant. Alors elle, typiquement, elle est arrivée en cinquième, elle a mis des mois à nous regarder dans les yeux. Elle a mis des mois à comprendre qu'elle pouvait réussir un contrôle. Mais vraiment, elle mimait le travail en études le soir, par exemple. Elle ne travaillait pas.
- Speaker #1
Elle recopiait ses cours comme un dictaphone,
- Speaker #2
en se convainquant que c'était du travail et qu'elle avait fait son travail.
- Speaker #1
Sans mettre de sens à quoi que ce soit. Exactement.
- Speaker #2
Et elle a vraiment, assez vite, eu confiance dans les adultes. Parce que même si elle était très renfermée quand elle est arrivée, je pense qu'elle avait un naturel. sociable qui avait été brimée mais naturellement elle aimait ça donc très vite elle s'est mise à parler aux profs à sourire avoir confiance dans les profs et s'est fait une ou deux très bonnes copines et en fait c'était parti et en troisième elle a eu son brevet avec mention assez bien alors
- Speaker #1
que alors que bon c'était pas c'était pas gagné du tout oui donc finalement le fait de commencer à avoir des amis ça crée quelque chose de fort vous aider à cela
- Speaker #2
Tout à fait, c'est la reconnaissance des pères. En fait, un élève qui va être reconnu par ses profs, mais qui va être moqué par les autres élèves, il n'en a rien à foutre de ce que pensent les profs. Parce que ce qui compte à l'adolescence, c'est d'être admis au sein de ses pères. Et c'est là que le harcèlement en collège est vraiment très difficile. En primaire, évidemment, le harcèlement en primaire, c'est très dur. Mais si on a ses parents, si on a des profs, si on a des frères et sœurs, des cousins, on peut amoindrir le risque. En collège, c'est très dur, parce qu'en collège, le regard de ses parents, on n'a plus le poids qu'il avait quand il était en CE2. Donc, l'acceptation par les pairs, c'est très important. Et donc, nous, on a mis en place aussi, alors on n'a rien inventé non plus, mais le système des équipes, avec un chef d'équipe. Le déjeuner du midi se prend toujours en équipe. Jamais personne ne mange tout seul. Le rassemblement du matin, c'est en équipe. Tout le monde a sa place, qui lui est propre. C'est-à-dire qu'un élève qui est absent un jour, il y a un trou dans le rassemblement. Et ça, inconsciemment, c'est important, c'est leur place. Personne ne la prend, ta place. Donc la pédagogie des équipes, c'est vraiment quelque chose d'important pour ça.
- Speaker #1
Et alors, est-ce que vous pouvez nous raconter l'histoire d'un jeune qui a fait sa scolarité au cours Clovis et qui s'est découvert une passion grâce à ce que vous, vous avez pu mettre en place ?
- Speaker #2
Oui, alors là, je pense à une jeune fille, il s'appelle Lola qui a été Toujours assez bonne élève, mais assez paumée. Elle est sortie du cours Clovis. Je ne pense pas qu'elle ait eu de retournement comme une crêpe pendant sa scolarité chez nous. Mais en tout cas, elle est partie dans les études ultérieurement. Elle s'est un peu perdue, elle le dit elle-même, mais dans des études d'art plastique. Elle n'a pas aimé, elle a fait un peu tout ci, tout ça. Un jour, elle a tout laissé tomber, tout arrêté. Et puis, dans ses idées, je pense qu'elle a repensé au cours Clovis. Et en fait, elle a postulé comme service civique.
- Speaker #1
Ah oui ? D'accord.
- Speaker #2
Pour s'occuper, pour savoir quoi faire.
- Speaker #1
Pour revenir à l'école.
- Speaker #2
Pour revenir à l'école. Peut-être qu'elle avait été touchée par la relation avec les adultes de l'école. Et donc, elle a fait un an de service civique, enfin, dix mois de service civique chez nous. Et elle s'est découvert une passion pour l'enseignement. Et là, aujourd'hui, elle est en licence MEF. en sciences de l'enseignement et elle veut être institutrice. Elle souhaiterait être institutrice au cours Chloé. Je suis très content d'elle de l'avoir retrouvée. Aujourd'hui, elle est investie dans l'association. Elle a vraiment pris le tour par les cornes. Moi, je n'ai pas d'inquiétude quant à sa capacité à devenir une bonne institutrice.
- Speaker #1
C'est beau. Là, vous indiquez que les professeurs sont aussi éducateurs. mais aussi que vous avez un lien très fort avec les femmes. Vous essayez de dessiner un lien avec les familles pour qu'il y ait vraiment une cohérence éducative. Comment est-ce que vous faites cela ?
- Speaker #2
C'est un vrai défi. La clé, c'est vraiment la... Comment dire ? Notre pédagogie fonctionne toujours quand la confiance entre la famille et l'école est maintenue. C'est automatique. Quand les parents font confiance à l'école et quand l'école fait confiance à la famille et que ce lien n'est pas rompu, ça fonctionne toujours. et pas que chez nous, je pense, dans tous les établissements. Mais du coup, c'est un vrai défi pour tout le monde parce que cette confiance, elle se construit tout le temps.
- Speaker #1
Oui, il y a beaucoup de sujets.
- Speaker #2
Il y a énormément de sujets. Et puis dans une société qui n'aide pas à la confiance, quand même, on a, pareil, je vais encore citer Jean-Marie Petitclerc, mais la cohérence du monde adulte, aujourd'hui, c'est un vrai défi parce que quand lui donnait l'exemple de quand il était petit, qu'il allait à pied à l'école tout seul et que sa mère lui a dit, attention, tu passeras devant la boulangère. Je vais chercher mon pain tout à l'heure. Si elle me dit qu'elle a vu un zigoto faire le zouave, puis fais gaffe parce que juste avant l'école, il y a le poissonnier et moi, je vais passer. Et là, inconsciemment, il s'est dit, mais en fait, les règles de maman, c'est les règles du monde adulte. Ce n'est pas maman qui les choisit, c'est le monde adulte qui est comme ça. Donc, la règle a un poids bien plus fort que si c'était le caprice de maman. Et aujourd'hui, malheureusement, cette cohérence du monde adulte, elle est abîmée. Il y a des élèves qui vous disent... qui peuvent vous dire, vous êtes gentil, mais cette règle-là, moi à la maison, pas du tout. Ou alors, qui disent à leur père, papa c'est comme ça pour toi. Vous savez la fameuse, pourquoi papa c'est comme ça ? Oui, maintenant c'est comme ça pour toi, mais quand je vais chez Timéo, c'est pas comme ça. Ou quand je vais à l'école, on me dit autre chose, etc. Donc cette cohérence du monde adulte, c'est un vrai défi. Et elle est possible, vraiment, dans ce lien de confiance qui est à construire par la discussion, par la relation constante. le directeur au cours Clovis, il a un vrai rôle de... communication avec les familles. Si je devais faire un pourcentage de temps passé, je ne sais pas, mais c'est un très gros pourcentage de son temps de travail, c'est la relation famille, accueillir les parents qui ont des questions, qui ont des difficultés, qui ont des remises en question de l'école. Vraiment, il est très disponible pour pouvoir maintenir cette confiance famille-école qui est indispensable à l'éducation des enfants qu'on accueille.
- Speaker #1
Oui, et ça doit être peut-être plus difficile pour vous, parce que les familles sont bien abîmées parfois dans celles que vous recevez. Comment est-ce que vous pouvez donner des bases claires qu'elles peuvent tenir chez elles et qui peuvent être cohérentes avec ce que vous proposez à l'école ?
- Speaker #2
Oui, c'est difficile. Après, il n'y a pas une seule famille, autant abîmée qu'elle soit, qui n'inscrit pas son fils avec une volonté, un vrai désir de progrès éducatif ou de réussite éducative pour leurs enfants. Il peut y avoir très vite un découragement de « bon, je paye une école, ils peuvent se débrouiller avec mon gamin » . Mais il y a toujours au moins au départ, en fait, ils font la démarche de l'inscrire. Et ça, c'est déjà un choix important pour eux. Après, nous, on essaye de proposer aux familles. Alors, en termes de relation avec le prof, il y a quatre rendez-vous obligatoires par an. Un à la rentrée et un par trimestre. Les familles ont les numéros des professeurs et du directeur. Et les professeurs, évidemment, ont aussi les numéros. Donc, on peut échanger des textos, on peut rendre des comptes. très rapidement sur quelque chose qui s'est bien passé ou qui s'est mal passé.
- Speaker #0
Et puis on propose aussi à chaque période ce qu'on appelle le café des parents. Ce sont des formations sur l'éducation qu'on propose aux familles et au corps professoral. Ça c'est important. Ce n'est pas l'école, ce n'est pas le corps professoral qui va apprendre aux parents à être parents.
- Speaker #1
Il faut être sur le banc avec les parents.
- Speaker #0
Exactement. C'est vraiment des professionnels de l'éducation sur tel sujet, sur les écrans, sur l'affectivité, sur tout un tas de sujets qui touchent les familles, qui viennent former les profs et les parents. lors d'un café des parents, donc c'est de 18h à 20h à peu près. On aurait pu appeler ça l'apéro des parents, mais ça n'aurait pas eu le même sérieux. Dans les faits, c'est un apéro, une formation, mais on appelle ça le café des parents. Et c'est vraiment, voilà, pour essayer de donner des clés éducatives, aujourd'hui, c'est rare, c'est difficile.
- Speaker #1
Oui, et vous voyez des parents qui progressent eux-mêmes dans certaines... Par exemple, pour le port du portable ou la façon dont ils s'en servent à la maison. Est-ce qu'il a... parviennent à changer eux-mêmes pour aider leurs enfants à être moins addicts ?
- Speaker #0
Oui, c'est difficile de voir les fruits concrets, mais oui, on a des parents qui travaillent avec l'école sur ces problèmes d'écran. On a des parents, c'était des grands-parents d'ailleurs, qui s'occupaient d'un élève, Mathéo, et qui s'occupaient de leur petit-fils, et qui voulaient carrément nous donner la console pour la garder à l'école.
- Speaker #1
Et alors, que peuvent faire les parents pour renforcer l'estime de soi au quotidien pour les enfants ? des adolescents ?
- Speaker #0
J'aurais peut-être deux points à identifier, mais vraiment, écouter les jeunes, passer du temps avec eux. Ça, c'est quelque chose qu'on voit, nous, dans les familles qui viennent chez nous souvent, c'est que le soir, les familles, elles sont éclatées même si elles sont dans la maison. C'est que chacun a son écran. Chacun va dans sa chambre sur son écran et il n'y a plus de temps. On a des élèves qui nous disent, moi, le soir, je vais à la console, je descends manger un truc au frigo debout et puis je remonte jouer à la console et puis... Et puis, de toute façon, papa, il est devant la télé, il fait pareil. Et puis, maman, elle est sur son téléphone, elle fait pareil. Donc, vraiment, passez du temps en famille. Parce que... Le repas familial, mais même le week-end, passer un temps dédié avec les enfants, faire même des travaux, du bricolage, du potager, mais avec les enfants. Des passes de rugby, j'en sais rien. Passez du temps, parce que c'est dans ces moments-là qu'ils vont vous parler. Et puis, le temps passe vite. Si ce n'est pas dans dix ans que vous direz, j'aurais dû lui parler de ça.
- Speaker #1
En fait,
- Speaker #0
ce sera trop tard. passer du temps avec les enfants, et puis profiter des moindres occasions. Je sais que les enfants se confient pas facilement, surtout les ados, alors, se confient très difficilement. Si votre ado vient vous voir pour vous poser une question importante sur l'affectivité, sur ce qu'ils veulent faire plus tard, sur comment toi, t'as rencontré maman, j'en sais rien, ben... poser ce qu'on est en train de faire. Et ce n'est pas facile parce qu'on a toujours mille trucs.
- Speaker #1
Et puis généralement, ils viennent au mauvais moment.
- Speaker #0
Exactement. Ils viennent quand maman est en train de faire leur repas. Et donc vraiment, poser ce qu'on fait, 10 minutes. Et puis si vraiment on n'a pas le temps, lui dire, écoute, c'est très intéressant. Est-ce que ça te dit qu'on en reparle à tel moment ? Mais sauter sur cette occasion-là, parce qu'en fait, il y en a très peu des occasions comme ça. Donc vraiment, prendre le temps de ces moments-là. Et puis, le deuxième point, c'était vraiment être exigeant avec ses enfants. Mais exigeant et bienveillant. Et l'exigence, c'est vraiment une preuve d'amour. C'est vraiment être exigeant, c'est dire, faire comprendre à l'enfant qu'il est capable, en fait. Si on le maintient dans un cocon, dans un coton de confort, parce que le pauvre chouchou, quand même, il ne faudrait pas qu'il puisse être déçu, être triste. En fait, on va à l'encontre de ce qu'on voudrait faire, parce qu'il va se convaincre lui-même de son incapacité à affronter le monde, en fait. Donc vraiment être exigeant et bienveillant. La bienveillance, c'est, par exemple, ce que je dis, c'est faire attention au verbe être. Quand on est parent ou éducateur, c'est faire très attention à l'emploi du verbe être. Un enfant qui ment, c'est pas un menteur. C'est un enfant qui ment, à ce moment-là. Et si vous lui dites t'es un menteur, il va accepter l'idée que c'est un menteur et que ça changera pas.
- Speaker #1
En dosser le rôle.
- Speaker #0
Exactement, c'est exactement ça. Personnellement, moi, j'ai pas été traumatisé du tout, mais j'étais maladroit. Et donc c'était lui, il est maladroit. Maman, c'était lui, c'est notre maladroit. Et bien j'ai compris très tard que je n'étais pas tant que ça. Que je n'étais pas parti de l'équipe.
- Speaker #1
Tu devais enlever ta chemise. Voilà. Et pour finir, Pierre-François, est-ce que vous avez un message pour les jeunes qui ont perdu confiance ? Et puis aussi un autre pour ceux qui veulent s'engager à leur côté au sein du réseau Excellence en Réalité, par exemple.
- Speaker #0
Oui, si j'avais un message à dire aux jeunes, vraiment, c'est « Aie confiance en toi et en l'avenir, mais aie confiance, tu ne sais pas encore » . tous tes talents. Mais ce que tu peux être sûr, c'est que t'en as. Tu les connais pas, tu les as peut-être pas vus, tu les as pas identifiés, le monde les a peut-être pas encore vus, les autres le savent pas, mais et confiance, t'en as. T'inquiète pas. Tu le sauras un jour. Et puis pour ceux qui souhaiteraient rejoindre l'aventure en excellence ruralité ou qui souhaiteraient même travailler dans le monde de l'éducation, faites confiance aux jeunes. Faites leur confiance, même aux plus cabossés. Ils ont forcément une petite pépite au fond d'eux, une petite corde à faire vibrer. Il faut la trouver, votre travail, c'est vraiment de la trouver, de la faire vibrer. Et puis surtout, lâchez rien tant que vous ne l'avez pas trouvé. On a des élèves parfois qui peuvent nous décourager. D'ailleurs, c'est... souvent les plus découragés, leur but, c'est de nous décourager, c'est de nous faire bien comprendre qu'ils valent rien, ne vous inquiétez pas, laissez-moi tranquille. Accrochez-vous, malgré eux, accrochez-vous sur eux, parce que c'est faux, ils valent énormément.
- Speaker #1
Merci beaucoup, Pierre-François. Je vous remercie,
- Speaker #0
un grand merci à vous.
- Speaker #1
Merci, et à bientôt.
- Speaker #0
A bientôt.
- Speaker #2
Le podcast vous a été présenté par la Fondation pour l'école, fondation reconnue d'utilité publique. Elle agit depuis 2008 en vue de permettre la réussite de chaque enfant, de contribuer à la qualité du paysage scolaire. et d'inspirer les acteurs du renouveau éducatif. Son action passe par le soutien, la formation et la promotion des écoles libres dites hors contrat, appelées aussi indépendantes.