- Speaker #0
Hello, je m'appelle Elisa Vettillard et vous écoutez D'étonnante, le podcast qui donne la parole à des femmes différentes. Parfois par choix, souvent par nécessité, ces femmes font autrement, bousculent les normes, les stéréotypes et nos certitudes. Parce qu'il existe mille et une façons d'être femme, d'être soi. Alors, bonne écoute ! Dans cet épisode, je reçois Myriam Lamar. Bonjour Myriam.
- Speaker #1
Bonjour Elisa.
- Speaker #0
Et pour celles et ceux qui ne la connaissent pas encore, Myriam c'est une légende. Première femme française sacrée championne d'Europe, puis championne du monde en boxe anglaise et française. Une pionnière, une acharnée, une femme déterminée qui a ouvert les portes du ring à toute une génération. Sa carrière, celle d'assueur, du mental, du courage, mais aussi peut-être des sacrifices et des combats, les vrais comme les symboliques. Et aujourd'hui, j'ai envie d'aller découvrir qui est la femme derrière la championne. La mer. la compagne, la professionnelle, l'humaine. Merci beaucoup Myriam d'avoir accepté mon invitation. Je te laisse te présenter.
- Speaker #1
Le plaisir est pour moi Elisa, donc Myriam Lamarre, 50 ans, ancienne sportive de haut niveau, on peut le dire aujourd'hui.
- Speaker #0
Merci Myriam. Comme je le disais en intro, tu es vraiment une pionnière puisque tu es la première française à être sacrée championne du monde de boxe. Qu'est-ce qui t'a poussé sur un ring alors que tu étais toute jeune ? dans une discipline où les femmes représentaient moins de 10% des effectifs.
- Speaker #1
Alors, ce qui m'a poussée d'aller à la boxe, on va revenir un petit peu en arrière, c'est que moi je suis une sportive dans l'âme avant tout. Et que quand j'ai rencontré la boxe, je faisais de l'athlétisme. Au niveau national, en junior. Et les rencontres de la vie m'ont amenée à croiser le chemin, notamment à la piscine. d'un ancien boxeur professionnel. Il m'approche, il était avec ses enfants, il me dit, mais tu fais du sport, toi, t'es athlétique. Je lui dis, oui, je fais de l'athlète. Il m'a dit, je t'aurais bien vu faire de la boxe. Il me dit, je m'entraîne au club à côté du gymnase Manoukian à Aubervilliers, la ville où j'ai grandi. Et si tu veux, un jour, viens essayer. On est ouverts tous les soirs, tous les matins. Et en fait, un soir, j'ai pris, j'ai passé la porte du club.
- Speaker #0
Et t'avais quel âge ?
- Speaker #1
J'avais 15 ans.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Et ça a été un coup de poudre tapé dans un sac, en fait. C'était une sensation unique. Mon corps vibrait, en fait. Ce que j'avais en athlée, également, mais pas de la même manière et pas aussi intense.
- Speaker #0
Tu n'avais jamais ressenti ça ?
- Speaker #1
Non. Et malheureusement, pour des raisons économiques, à l'âge de 15 ans, mes parents n'avaient pas... Ma mère n'avait pas les moyens de me payer un club. Donc, je suis restée en athlée et j'ai délaissé, malheureusement, la salle de boxe. Et à l'âge de... 19 ans, je travaillais et j'avais aujourd'hui les moyens de pouvoir me payer un club. Et c'est là que j'ai fait vraiment mon entrée, où j'ai pu après jamais quitter la boxe.
- Speaker #0
Et qu'est-ce que tu ressens sur un ring que tu ressens nulle part ailleurs ?
- Speaker #1
Sur un ring, on est face à soi-même. Et face à toutes ces certitudes et ces incertitudes, liées au travail qu'on a produit en amont, à nos peurs, à nos forces, et surtout à nos rêves. Quand on est hyper focus sur ce que l'on fait, Et généralement, ça fonctionne parce qu'on a décidé de ce qu'on voulait être et décidé de ce qu'on voulait devenir.
- Speaker #0
Tu ressens tout ça quand tu es dans un combat ?
- Speaker #1
Oui, la maîtrise de ce que l'on fait, la maîtrise de ce que l'on veut et la maîtrise de ce que l'on va devenir.
- Speaker #0
Et donc, à partir de tes 19 ans, tu intensifies ton entraînement, tu vas être coachée par un professionnel. Comment ça va se passer ?
- Speaker #1
Alors, je passe par plusieurs étapes. Je passe du pied-point en full, du pied-point en kick. Je vais vivre... trois ans en Martinique, et là, tout s'accélère. J'ai un très gros physique, j'ai une très grosse volonté d'y arriver. J'ai un objectif en tête, et inconsciemment, je prends le chemin pour atteindre cet objectif.
- Speaker #0
Alors, quand tu dis que c'est un objectif en tête, c'était déjà d'être championne ?
- Speaker #1
Absolument. J'avais... Ce désir est né, j'avais quatre ans.
- Speaker #0
Tu voulais être championne à quatre ans ? Oui. Championne de quoi ?
- Speaker #1
Championne de natation. D'accord. C'est le jour où j'ai vu deux sœurs s'entraîner, qui nageaient extrêmement bien. Et ça m'a fait rêver. mais vraiment rêver. Et j'ai dit, je veux être une grande championne un jour.
- Speaker #0
Et donc, quand tu pars en Martinique, c'est avec cet objectif-là d'entraînement ?
- Speaker #1
Cet objectif ne m'a plus jamais quitté, en fait. Quel que soit le sport, puisque moi, je suis une sportive dans l'âme, j'aime tous les sports. Vraiment beaucoup de sports. C'est ce que ça fait à la tête et au corps, en fait. La pratique du sport, c'est le meilleur médicament au monde.
- Speaker #0
Et est-ce qu'à cette époque, quand tu t'entraînais pour devenir une championne, c'était quand même... Les femmes étaient assez... peu représentée dans cette discipline, est-ce que tu sentais que tu ouvrais la voie que tu allais peut-être créer des vocations ou tout ça tu ne le pensais pas encore ?
- Speaker #1
Non, je me suis jamais, très concrètement en fait, je ne me suis jamais pris la tête avec ça.
- Speaker #0
Ça n'a pas été une question de ton genre ?
- Speaker #1
Pas du tout.
- Speaker #0
Pas du tout, ok.
- Speaker #1
Je suis assez mauvaise cliente en fait par rapport à toutes ces questions sociétales, c'est que je savais tellement ce que je voulais.
- Speaker #0
Mais tant mieux !
- Speaker #1
Il n'y a personne qui pouvait m'enlever ce rêve et surtout avec la vie que j'avais l'enfance que j'ai eue, ça en pesait encore plus. Je ne sais pas si le fait d'avoir cette détermination ça dégageait en termes d'aura. J'avais bien conscience que le féminin avait son histoire à marquer dans tous les domaines et notamment dans le sport. Pas seulement à mon sport mais aux autres. Plus que je soutenais l'équipe de France Féminine de Rennes. le foot, les individuels, en escrime, en athlée surtout, en natation, les JO, vous imaginez comment je les suivais. Et c'était une source de motivation juste extraordinaire pour moi.
- Speaker #0
Donc tellement déterminée que finalement la question homme ou femme, ce n'était pas un sujet avec tes entraîneurs ?
- Speaker #1
Pas du tout.
- Speaker #0
Ok. Et c'est à partir de quelle année que ta carrière a vraiment pris un autre tournant ?
- Speaker #1
le premier documentaire sur France 2. la boxe française au féminin, et où j'ai mis un chaos retentissant à mon adversaire qui était russe en 1 minute 18. Ça a été le début, en fait, de la montée, de l'ascension, de la reconnaissance.
- Speaker #0
J'ai vu justement des vidéos de toi. D'ailleurs, j'invite tout le monde à aller regarder un combat de Myriam à la fin de l'épisode. C'est vraiment incroyable. Moi qui ne suis pas une habituée de ce sport, j'ai trouvé que c'est très intense. Et j'ai trouvé en toi une rage, une envie d'aller au contact. D'où elle vient cette envie ?
- Speaker #1
Je pense que c'est déjà ma personnalité, de l'objectif que je me suis fixé, qui était de championne olympique. Malheureusement, je ne pourrais jamais atteindre cet objectif, mais j'en ai fait le deuil.
- Speaker #0
C'était représenter la boxe au JO ?
- Speaker #1
Alors justement, non. Pas durant toute ma carrière, jusqu'à deux ans avant l'arrêt de ma carrière. Donc pour répondre à ta question... Moi, quand je regarde mes combats, je ressens plus de la détermination que de l'agressivité.
- Speaker #0
Ah oui, je ne parle pas d'agressivité.
- Speaker #1
Il en faut, sinon on ne gagne pas. On ne gagne pas et on n'a pas une belle boxe, on n'a pas une belle gestuelle. Puis après, il y a beaucoup, beaucoup, beaucoup de travail. C'est le plus important.
- Speaker #0
Tu t'entraînais combien d'heures par semaine ?
- Speaker #1
Il faut compter entre 2 et 4 heures par jour. Parce que c'est un sport à vitesse. Donc, s'entraîner longtemps, ça ne sert à rien.
- Speaker #0
Et comment tu gérais la pression qui peut accompagner souvent le sport à haut niveau ?
- Speaker #1
La pression, c'était une pression canalisée. J'avais tellement travaillé à l'entraînement qu'il n'y avait pas beaucoup de doutes. Et les doutes que j'ai eus sur le ring, c'est quand j'ai perdu maman et que sur le premier combat avec Mathis, j'ai boxé la vie et pas l'adversaire. Le manque de lucidité que j'avais par rapport au moment présent. Dans le couloir, sur le chemin du ring, Je me suis dit, mais qu'est-ce que je fais là ?
- Speaker #0
Pour la première fois, tu te posais cette question ?
- Speaker #1
Pour la première fois de ma vie, c'était, qu'est-ce que je fais là ?
- Speaker #0
Tu n'avais pas la réponse à ce moment-là ?
- Speaker #1
Non. En fait, je ne comprenais pas pourquoi je me posais cette question déjà. Et je l'ai compris deux ans après, quand j'ai réanalysé le combat, j'ai réalisé que ce n'était pas le bon jour. Pourtant, je n'avais jamais été aussi prête pour un combat et pour le gagner. Physiquement ? Physiquement, mentalement. Voilà, j'ai réalisé que je n'étais pas à 100%.
- Speaker #0
Quand tu parles de tout ça, on sent à quel point le mental est hyper important dans la gestion de ton combat.
- Speaker #1
De la carrière.
- Speaker #0
De la carrière.
- Speaker #1
De la carrière, oui. Alors ça ne veut pas dire qu'on n'a pas de up and down, mais il faut les accueillir, travailler dessus, les analyser.
- Speaker #0
Et vous êtes accompagné, vous les sportifs de haut niveau, sur le côté psychologique avec un coach ou un professionnel de la santé ?
- Speaker #1
Alors la France est vachement à la traîne avec ça, vraiment. Moi, quand j'ai perdu maman, j'ai décidé de faire une thérapie parce que je suis tombée en dépression. Et donc, j'ai pris très, très rapidement les choses à bras-le-corps. Et j'ai décidé de garder cette thérapie pour tout.
- Speaker #0
Pour la vie.
- Speaker #1
Pour la vie, pour le coaching de la vie, de la carrière, de la famille, du perso, de la femme que je suis, qui est devenue maman. J'ai décidé de garder cette, je l'appelle ma béquille. C'est très aidant.
- Speaker #0
Donc, c'est plus tout. toi, à titre personnel, qui t'es tournée vers un professionnel, que dans le sport où on t'a accompagnée, tu vis un coaching ?
- Speaker #1
Le monde de la boxe, par rapport aux autres sports, même si ça commence vraiment à se former, à se démocratiser, est un peu, je dirais, en retard. Parce que c'est un sport de mecs, à culture masculine, donc on est des hommes, on n'a pas besoin de béquilles, on n'a pas besoin de faire de thérapie, on n'a pas besoin d'avoir un... coach qui nous aide à atteindre notre objectif. C'est encore présent ça ?
- Speaker #0
Oui,
- Speaker #1
c'est encore présent. Il y a de plus en plus d'athlètes qui reconnaissent avoir besoin d'un suivi pour atteindre leurs objectifs et de les accompagner. Et ça ne remet pas en cause la virilité, c'est juste accepter et reconnaître officiellement et médiatiquement qu'on n'est pas des surhommes, on n'est pas des machines, on est des êtres humains. Ça ne fait pas de nous un homme ou une femme amoindri et faible. Donc moi j'ai pris ce parti-là. Je suis très contente d'avoir fait ce choix parce que ça m'a sorti très très rapidement de la dépression. Recentrer, recadrer, soutenir, aider.
- Speaker #0
Et physiquement, comment on accepte de recevoir des coups, d'avoir mal, d'avoir le nez cassé, d'avoir un cocard ?
- Speaker #1
C'est un apprentissage physique. Les sports de combat. En général, on va tout de suite porter atteinte à votre espace vital, qui est pour le commun des mortels inconcevable. C'est-à-dire être bousculé, être tapé. être cogné. Sauf que quand vous rentrez dans un ring, c'est complètement structuré. C'est un apprentissage psychologique à faire avant d'être réellement à l'aise avec cette pratique.
- Speaker #0
Et quand tu te reçois un coup qui va vraiment te faire mal, qu'est-ce que tu ressens pour ton adversaire ?
- Speaker #1
Les coups qui m'ont fait le plus mal, ce n'est pas ceux de la boxe, ce sont ceux de la vie.
- Speaker #0
J'ai beaucoup de mal à ce qu'on entre personnellement, moi, dans ma sphère. Tu parlais de zone de contact ou mon espace vital. et c'est ça qui m'intrigue en fait. Toi, tu franchis cette limite, on vient vers toi et alors après, quand on se retrouve avec la personne qu'on a boxée, est-ce qu'il y a une solidarité entre vous ?
- Speaker #1
Absolument, il y a un respect, il y a un très grand respect, il y a une très grande fraternité, il y a beaucoup d'amitié souvent avec les boxeurs qui se rencontrent. Ah oui, vous vous entendez bien ? Oui, moi j'ai gardé contact avec pas mal de mes adversaires. À dire vrai, la boxe c'est un sport extrêmement encadré où on a vraiment tout un ensemble de règles qui fait que... on s'exprime en toute sécurité.
- Speaker #0
Oui, c'est ça. Tant qu'on respecte les règles, c'est OK.
- Speaker #1
Absolument. Et c'est un jeu à deux qui est encadré par des juges, des arbitres. Et ça fait de nous de grandes guerrières et de grands guerriers. Ce qui, pour le commun des mortels, je répète, n'est pas accessible.
- Speaker #0
Et tu disais tout à l'heure que c'était un sport quand même assez viril, considéré comme viril. Comment, toi, t'as vécu ta féminité en pratiquant ce sport viril à haute dose ?
- Speaker #1
C'est un peu paradoxal parce que moi, je me suis réconciliée avec ma féminité. Quand je suis devenue professionnelle, j'avais d'un seul coup tous les médias figés sur moi. Et je me suis dit, bon, si je reste comme ça, je pense que je ne vais pas séduire. Et c'était peut-être aussi le déclic pour dire, on va explorer ce qui est à toi, ce qui t'appartient, ta féminité.
- Speaker #0
Donc, il y a vraiment eu cette réflexion de te dire, je vais... voir comment je peux être féminine moi aussi, en dehors du ring.
- Speaker #1
Exactement, ça a bien marché. Sans me trahir, en me respectant.
- Speaker #0
Ouais, et tu te sentais féminine.
- Speaker #1
Je me sentais bien.
- Speaker #0
Et est-ce que le fait de consacrer toute ta trentaine, vingtaine, trentaine à la boxe, à haut niveau, avec, tu le disais, un planning qui te prend beaucoup de temps, beaucoup d'heures d'entraînement, est-ce que tu avais la place et l'envie pour une vie sentimentale à ce moment-là ?
- Speaker #1
Il y avait la place. pour une vie sentimentale qui, malheureusement, avec le recul aujourd'hui, je peux dire que j'ai fait les choix que je pouvais faire à ce moment-là qui n'ont pas forcément été les meilleurs, mais qui m'ont beaucoup appris. Mais c'est très compliqué d'être un sportif de haut niveau avec une vie sentimentale.
- Speaker #0
Est-ce que ça laisse peu de place à l'autre aussi pour intégrer cette vie-là ?
- Speaker #1
Mais à tous les niveaux, ça laisse peu de place. Vous avez beaucoup de gens qui ont du mal à avoir une personnalité médiatique à côté d'eux.
- Speaker #0
Il faut aussi que la personne comprenne que ta priorité, peut-être à ce moment-là, c'était ta carrière.
- Speaker #1
Oui, pourtant, je pense que beaucoup de sportifs, au contraire, à cœur de donner la place. Moi, j'avais à cœur de donner la place à quelqu'un à mes côtés parce qu'on a besoin d'être accompagné. On a envie d'être accompagné. Et aussi, surtout, pour partager ce bonheur, pour partager cette réussite ou alors même ces douleurs. dans la défaite, dans la douleur physique, dans le coup de mou.
- Speaker #0
Et tu as pu trouver ce soutien-là, toi ?
- Speaker #1
Et malheureusement, non.
- Speaker #0
Non.
- Speaker #1
Très peu.
- Speaker #0
Et comme souvent dans le sport de haut niveau, la carrière s'arrête assez jeune. Toi, ce fut ton cas, puisque je sais que tu as été à la retraite sportive à 39 ans, très jeune. Comment tu as appréhendé cette nouvelle vie qui s'offrait à toi,
- Speaker #1
ce qu'on appelle cette petite mort ? C'est extrêmement difficile.
- Speaker #0
C'est dur comme mot.
- Speaker #1
Extrêmement difficile pour un athlète. C'est une période ultra délicate que peu de gens savent accompagner. C'est vraiment une grande tempête dans la vie d'une femme ou d'un homme, cette fin de carrière.
- Speaker #0
Est-ce que concrètement tu passes d'une carrière où tu t'entraînes beaucoup, tu es sous le feu des projecteurs, à quoi après ?
- Speaker #1
Merci. que ça, c'est le corps, c'est l'âme. Après, oui, il y a toute cette lumière, mais moi, j'ai toujours gardé les pieds sur terre. J'ai mangé du média pendant plus de 20 ans. C'est très fatigant, très freinant.
- Speaker #0
Et comment tu t'es réorientée ? Est-ce que tu continues aujourd'hui, ou les années qui ont suivi ta retraite, à boxer, à entraîner ?
- Speaker #1
Je continue de faire des cours. de boxe au travers de mon coaching, mais je ne suis pas dans un club. Il m'arrive de beaucoup voyager aussi avec mes clients au travers du monde pour mon coaching Delta. Donc pour en revenir à la fin de carrière, comment je l'ai vécu ? Comme c'est un sport d'anticipation. J'ai un peu anticipé la fin de ma carrière où j'ai investi dans un établissement, dans une brasserie plus précisément. Un an avant la fin de ma carrière, j'ai un petit patrimoine immobilier et je suis assez multitâche dans ma vie où j'essaye un peu de calmer le jeu parce que quand on est maman et quand on rentre un petit peu dans l'âge, on essaye de concentrer son énergie sur l'essentiel.
- Speaker #0
On va y venir parce qu'à l'époque où tu étais championne, ça ne se faisait pas vraiment de faire une pause bébé. Aujourd'hui, on le voit maintenant chez les athlètes de haut niveau. Mais à cette époque, c'est vrai qu'on permettait assez peu aux femmes de stopper leur carrière. Est-ce que pour autant, si ça avait été possible à cette époque, tu en avais envie, toi, d'un enfant ?
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Donc tu aurais pu faire cette pause bébé à cette époque ? Très honnêtement,
- Speaker #1
je ne me suis pas posé la question. Je pensais le faire après ma carrière. Pas aussi tard, parce que j'ai commencé le processus, j'avais 36 ans et j'ai eu bébé à 46.
- Speaker #0
D'accord, donc il t'a fallu 10 ans pour tomber enceinte ?
- Speaker #1
Oui, mais ça, je dirais que c'est plus par rapport à un parcours de vie, à une histoire familiale.
- Speaker #0
Et avoir ce bébé, quand on s'imagine 10 ans, c'est très très long. C'était ça ton plus gros combat ?
- Speaker #1
Oui, c'est vraiment ma plus belle victoire. ça a été, oui, le plus... Le plus grand combat que j'ai fait, c'est en dehors des rings et c'est celui-ci.
- Speaker #0
Est-ce que tu veux bien nous parler un peu de ta maternité ?
- Speaker #1
Extraordinaire. J'avais vraiment envie de porter cet enfant, de se parler pendant neuf mois, de se découvrir. Et comme j'avais en même temps extrêmement peur...
- Speaker #0
D'être enceinte ou d'être maman ?
- Speaker #1
Non, j'avais extrêmement peur qu'il se passe quelque chose pendant ma grossesse. Je me suis protégée au niveau émotionnel. J'étais plutôt très... plus actuelle que émotionnelle, sentimentale. Elle a déjà aimé mon enfant, mon bébé qui était dans le ventre. J'avais tellement peur qu'il se passe quoi que ce soit.
- Speaker #0
Alors que pourtant, tu connais bien ton corps.
- Speaker #1
Oui, je connais bien mon cœur, mais là, c'était une découverte totale. Donc, j'avais la lucidité de dire ça, je ne maîtrise pas en fait.
- Speaker #0
Et comment tu as géré une grossesse à 45 ans du coup ?
- Speaker #1
Eh bien, franchement, elle a été... Je ne vais pas dire que c'est un moment extraordinaire à passer. Ce n'est pas vrai, ce serait mentir. Mais ma grossesse s'est très bien passée, sans réels gros soucis.
- Speaker #0
Est-ce que tu as trouvé que c'était dur physiquement, toi la sportive ?
- Speaker #1
Oui, la partie la plus difficile, c'était au huitième mois, puisque je me suis entraînée jusqu'à huit mois. Et huit mois et une semaine, ça a commencé à être difficile pour le ventre, pour le dos, des douleurs en fait qui apparaissent. Où je pense le corps dit, c'est pour bientôt. Et ma grande frustration, mais bon, on ne peut pas tout avoir non plus. C'est de ne pas avoir accouché de manière naturelle et d'avoir une césarienne parce que bébé ne supportait pas les contractions.
- Speaker #0
Et alors aujourd'hui, il a quel âge ce petit bébé ?
- Speaker #1
Ce petit bonhomme, il a 4 ans et demi aujourd'hui.
- Speaker #0
4 ans et demi. Et qu'est-ce que tu lui transmets à ton fils comme valeur ?
- Speaker #1
Déjà, le courage. C'est vrai que je suis assez insistante là-dessus. Le courage, la négation. Enfin, le pousser sans le dégoûter, sans le frustrer, mais juste lui expliquer. face à ses doutes, face à ses peurs, que c'est normal d'avoir peur. Mais avec la peur, on peut quand même continuer d'avancer.
- Speaker #0
Est-ce qu'il est au courant de ta carrière ?
- Speaker #1
Alors, je ne lui prends pas la tête avec ça, parce que j'ai des exemples. Non, mais c'est surtout d'avoir des exemples de parents, athlètes qui grandissent à l'opposé de la réussite sportive de leurs parents, parce qu'eux, ils ont trop de... pression et ils ont peur de ne pas faire comme les parents. Moi, je n'ai absolument pas envie de ça. Mon fils est complètement différent de moi. Il est dans la douceur. C'est peut-être son âge qui fait ça. Il est dans l'intellect, il est dans l'égo. Et j'accepte et je m'adapte à lui. Ce n'est pas lui qui s'adapte à moi, c'est moi qui s'adapte à lui.
- Speaker #0
C'est vrai qu'en début d'émission, avant le podcast... On parlait toutes les deux du fait qu'il y ait encore assez peu de petites filles qui aillent vers le sport de boxe. Est-ce que toi, tu laisseras toutes les portes ouvertes à ton garçon pour choisir ses activités ?
- Speaker #1
Complètement. J'adorerais franchement qu'il soit boxeur.
- Speaker #0
Bien sûr.
- Speaker #1
Même pratiquant jujitsu, MMA, parce que j'adore ces sports. Je pratique, mais si mon fils fait un autre sport, qu'il en fasse un déjà, ce sera extraordinaire. qu'il ait la culture sportive. Voilà, juste ça.
- Speaker #0
Lui transmettre ce goût du sport.
- Speaker #1
Lui transmettre. Mais j'ai juste envie que mon fils soit heureux et en bonne santé. C'est tout. Donc, si moi, je dois m'éduquer et avaler mes frustrations pour son bonheur, c'est pas grave. Comme je dis, c'est une éducation de tous les jours. d'être maman. On ne naît pas maman, on le devient vraiment.
- Speaker #0
On apprend chaque jour.
- Speaker #1
On apprend chaque jour, exactement.
- Speaker #0
On apprend à être parent.
- Speaker #1
Et on se découvre en tant qu'être humain, en tant que femme.
- Speaker #0
Est-ce que tu te sens encore championne ?
- Speaker #1
Je pense que je le serai toujours. C'est plus les gens qui me le rappellent que moi. Mais j'ai très envie, là j'ai eu beaucoup de mal à garder un rythme sportif avec mon fils, parce que je l'ai fait toute seule. Mais j'ai très envie de reprendre l'entraînement, le sport de manière régulière, me relancer des défis. sportif, je travaille beaucoup là-dessus.
- Speaker #0
Je ne savais pas si tu voulais parler du fait que tu avais eu ton bébé toute seule. Là aussi, c'est un choix de ta part, c'était une détermination comme quand tu disais que tu voulais être championne, tu voulais être mère à tout prix.
- Speaker #1
Ça n'a pas été un choix, c'est quelque chose qui s'est imposé à moi parce qu'à ce moment-là j'étais en couple. Mais quand j'ai rencontré la personne, j'étais déjà en processus et comme j'avais beaucoup d'amour pour cette personne, j'ai attendu 4 ans et au bout. Au bout de 4 ans, j'ai dit stop. Je veux vraiment être maman et la personne n'était pas prête. Et je me suis séparée pour aller faire mon bébé.
- Speaker #0
Et c'est pas trop dur le quotidien d'une maman solo ?
- Speaker #1
Très.
- Speaker #0
Très prenant ?
- Speaker #1
On ne peut pas dire que c'est facile. Mais c'est la chose quand même. Je dis Dieu merci tous les jours.
- Speaker #0
À t'entendre parler, on a quand même l'impression, moi qui étais en face de moi, que tu as les yeux qui... pétille depuis que tu parles de ton fils. J'ai l'impression que c'est quand même ta plus belle victoire.
- Speaker #1
C'est mon plus beau cadeau de ma vie, en fait. Et en plus, c'est tous les jours. J'ai eu raison de me battre et je suis ravie d'avoir la chance d'être maman.
- Speaker #0
Merci beaucoup pour tes mots, Myriam. Est-ce que tu aurais des conseils à donner à ceux qui, peut-être, ont envie d'aller vers un sport, ça peut être la boxe ou un autre, mais qui ont peur, qui ont des appréhensions ?
- Speaker #1
Alors, je parlerais plutôt d'a priori, moi. malheureusement sociétaux. Et en fait, non, il ne faut surtout pas, au contraire, hésiter à aller faire de la boxe parce que c'est le seul sport qui pourra répondre à votre question, à vos questions, pardon, et à vos besoins au niveau mental. Sur le plan physique, il y a tellement de choix, mais la boxe, c'est vraiment le seul sport où, au niveau psychologique, vous allez rentrer dans un travail sans vous prendre la tête et en vous défoulant.
- Speaker #0
Merci Myriam.
- Speaker #1
Je t'en prie, merci à toi.
- Speaker #0
Alors maintenant, comme à chaque fin d'épisode, je te propose de répondre à un petit quiz Myriam, sans te prendre la tête, de façon spontanée.
- Speaker #1
Ok.
- Speaker #0
Dans ton quotidien de maman, ton plus grand combat ?
- Speaker #1
De faire manger mon fils.
- Speaker #0
Des légumes ?
- Speaker #1
Non, non, pas du tout, de le faire manger tout court.
- Speaker #0
Ok. Derrière la carapace, plutôt cœur d'artichaut ou cœur de pierre ?
- Speaker #1
Non, cœur d'artichaut.
- Speaker #0
Ton mantra pour garder confiance en soi ?
- Speaker #1
Ne pas perdre de vue mes objectifs.
- Speaker #0
Ton péché mignon post-entraînement ? Pâte bolo ou tartine Nutella ?
- Speaker #1
Ah non, pâte bolo.
- Speaker #0
Pâte bolo, salée alors. Et pour finir, c'est quoi ta plus grande victoire dans la vie ? Mais je crois qu'on a déjà la réponse.
- Speaker #1
Oui, mon fils.
- Speaker #0
Merci Myriam pour ce partage puissant, humble et inspirant. On a découvert une championne, mais surtout une femme déterminée, sensible, engagée, une mère qui avance avec force et douceur. Tu nous rappelles que les combats ne se gagnent pas seulement sur le ring, mais aussi dans la vie, dans les choix, dans les renoncements. et dans les rêves qu'on ose poursuivre.
- Speaker #1
Merci à toi, Lisa.
- Speaker #0
Cet épisode se termine. J'espère qu'il vous a plu. Je vous remercie beaucoup d'avoir écouté. D'étonnante, c'est un nouveau podcast. C'est une rencontre toutes les deux semaines avec une femme inspirante, différente, qui nous raconte son parcours, son histoire. Si vous aimez ce podcast, si vous avez envie de découvrir d'autres témoignages, alors vous pouvez vous abonner sur votre plateforme d'écoute et aussi mettre des petites étoiles. Et bien sûr, suivre le compte. Instagram d'étonnante.podcast Allez, je vous dis à bientôt !