- Speaker #0
Hello, je m'appelle Elisa Vettillard et vous écoutez Détonnante, le podcast qui donne la parole à des femmes différentes. Parfois par choix, souvent par nécessité, ces femmes font autrement, bousculent les normes, les stéréotypes et nos certitudes. Parce qu'il existe mille et une façons d'être femme, d'être soi. Alors, bonne écoute ! Dans cet épisode, je reçois Sandra. Bonjour Sandra ! Bonjour Elisa ! Alors je suis très contente de te recevoir et même un peu impressionnée car tu fais partie de ces femmes qui osent aller au bout de leurs projets et même s'aventurer professionnellement là où on ne les attendait pas forcément. Tu es donc peintre en bâtiment depuis un peu plus de 20 ans, tu exerces un métier qu'on associe encore assez largement aux hommes puisque c'est factuel environ 6% de femmes dans la profession. Tu es chef d'entreprise et également présidente de l'association Les Filles du BTP. Merci beaucoup d'être là Sandra.
- Speaker #1
Merci à toi de me recevoir.
- Speaker #0
Alors est-ce que tu peux te présenter en quelques mots ce que tu fais aujourd'hui dans ta vie pro, perso ?
- Speaker #1
Alors je m'appelle Sandra Martin, j'ai 44 ans, je vis entre Aix et Marseille. Je suis donc peintre en bâtiment et en décoration depuis 20 ans. J'ai une petite fille de 6 ans et je suis mariée à Julien qui est architecte. Merci. Alors concrètement c'est quoi ton travail ? quoi ton métier en quelques mots pour expliquer un peu aux gens comme moi qui finalement n'y connaissent pas grand chose en travaux ? Alors moi je suis, je rénove les maisons, voilà je rénove les appartements alors pas de A à Z parce que moi je suis vraiment une peintre qui fait que ce travail là mais voilà j'aide les gens à mettre un peu de couleur dans leur vie.
- Speaker #0
Voilà c'est une belle définition. Alors du coup tu peux te retrouver à faire des murs à l'intérieur mais aussi des façades en extérieur ?
- Speaker #1
Alors moi je ne fais pas de façade, ce que je vais faire en extérieur ça va être simplement peut-être le portail ou des gardes corps, les volets. Mais après je suis vraiment plus à l'intérieur et à la base il faut quand même le dire j'ai commencé à faire de la peinture parce que j'adorais la déco d'intérieur. Donc le but c'est pas de faire des façades.
- Speaker #0
Et au niveau des sols aussi ça t'arrive d'intervenir ?
- Speaker #1
Alors pour des bétons cirés ou de la peinture de sol oui. Après, c'est un peu plus rare quand même.
- Speaker #0
Et j'ai vu que tu faisais aussi tout ce qui est mur à la chaux, ces choses-là ? Oui, c'est ça.
- Speaker #1
J'ai fait mon apprentissage dans des entreprises qui étaient pas mal sur la déco. Et du coup, j'ai appris des effets décoratifs un peu sympas que je propose.
- Speaker #0
D'accord, merci. Alors, c'est vrai que je suis très contente de te recevoir aujourd'hui parce que peintre en bâtiment pour une femme, c'est un métier un peu détonnant. C'est pas le métier auquel on... spontanément les petites filles surtout à ton époque même si je le précise.
- Speaker #1
Exactement. Tu n'es pas très vieille mais bon voilà c'était il y a 20 ans alors comment toi t'es arrivé jusqu'à ce métier là ? Qu'est-ce qui s'est passé ? Est-ce que tu te souviens d'un moment peut-être où tu t'es dit c'est ça que je veux faire ? Et à ce moment-là, il y a eu une de mes familles qui m'a proposé de peindre leur maison. Donc à la place de garder les enfants le dernier mois de jeune fille au père en Angleterre, j'ai repeint la maison des propriétaires et ça a commencé à faire son chemin à ce moment-là. Ensuite je suis allée à la fac, j'ai fait anglais pour avoir un petit peu... On va dire que ça suivait l'année de jeune fille au père. Et puis là franchement je voyais que je n'étais pas du tout à ma place et la déco c'était vraiment ma passion. À ce moment-là j'étais vraiment obsédée par ça. les meubles, l'architecture et tout ça. J'étais vraiment passionnée. Et de fil en aiguille, j'ai commencé à faire une petite formation de décoration d'intérieur. Je savais que ça n'allait pas me mener très loin parce qu'à 20 ans, où je devais avoir 19-20 ans, c'est vraiment pas ça. Enfin, je n'allais pas être crédible auprès des clients, clairement.
- Speaker #0
Donc tu as tout de suite été très lucide sur le fait que ce serait compliqué d'être décoratrice d'intérieur. Ah oui,
- Speaker #1
complètement.
- Speaker #0
Et c'est à ce moment-là que tu as eu l'idée ? d'être peintre en bâtiment ?
- Speaker #1
Oui, c'est ça. En fait, en parlant avec des personnes qui s'occupent de Pôle emploi ou je crois que c'est les CIO. Conseillers. Oui, un truc comme ça d'information là. Tout à fait. Parce que je ne trouvais pas de voix clairement. Et c'est une dame qui m'a dit « Mais écoutez, si vous aimez peindre, faites peindre » . Et là, je me suis dit « Oui, en fait, c'est trop fait pour moi, j'adore. J'ai fait ça en Angleterre, j'ai fait ça chez moi » . Et là j'ai du coup cherché la formation donc je suis partie faire une année de CAP en candidature libre et j'ai cherché un patron pour faire cette année-là.
- Speaker #0
Et alors quand tu as décidé de t'orienter vers ce métier plutôt manuel, plutôt masculin, comment a réagi ton entourage ?
- Speaker #1
Ils étaient un peu étonnés mais après bon j'attends pas trop la vie des hommes. pour faire ce que j'aime, donc clairement c'était pas un sujet. Le gros sujet c'était vraiment les années d'apprentissage, parce qu'en fait on est très peu payé, et là voilà c'était compliqué parce que moi j'avais déjà rien à part. Donc voilà c'était des périodes un peu complexes, mais après voilà j'ai très très vite travaillé en plus du travail.
- Speaker #0
Et une fois que tu as commencé cette formation, tu n'as plus jamais douté ?
- Speaker #1
Ah non pas du tout. En fait j'étais tellement heureuse d'avoir trouvé ma voie Et ça a été tellement un déclic, en fait, je veux dire, même 20 ans après, fatiguée. Je ne sais pas ce que je pourrais faire d'autre. C'est-à-dire, c'est vraiment ma vie, quoi. Ah non,
- Speaker #0
mais t'en parles, t'as des paillettes dans les yeux encore. Oui,
- Speaker #1
parce qu'en fait, tu sais que t'es à ta place, quoi.
- Speaker #0
Et est-ce que pendant ta formation, t'as rencontré des freins par rapport à ton genre, en fait ?
- Speaker #1
Ah ben déjà, rien que le fait de devoir appeler 250 entreprises pour rentrer dans une année de CAP.
- Speaker #0
Parce que t'étais une femme ?
- Speaker #1
Ah oui, clairement. Oui, oui, oui. On me disait c'est pour votre fils. Je disais mais madame j'ai 22 ans. Non, non, c'est pour moi. Mais madame on porte des trucs lourds, on va poncer. Je disais oui, oui, oui, mais je connais. Et après dans les premiers chantiers où j'étais apprentie et vraiment un monsieur qui dit mais elle va rester la petite. Et là le contre-maître de la boîte a dit mais bien sûr qu'elle va rester, c'est même elle qui va perdre en fait. Après honnêtement... Je ne peux pas dire qu'en 20 ans, j'ai eu beaucoup de soucis. C'était vraiment les débuts parce que les gens avaient des a priori. Et après, je peux les comprendre. C'était aussi il y a quand même pas mal d'années. On était moins sur la déco. C'était du bâtiment vraiment pur. Donc, les gens, ils ne comprenaient vraiment pas, je pense, les collègues, pourquoi j'étais là.
- Speaker #0
Par passion.
- Speaker #1
Par passion. Mais oui, c'était un peu compliqué. Après, je pense que c'était l'époque.
- Speaker #0
Est-ce que ça t'a forgé un petit peu le caractère, justement, ces mises à l'épreuve ?
- Speaker #1
Alors... Ça a peut-être un peu forgé. Disons qu'on essaie toujours d'être irréprochable. Je me devais d'être irréprochable pour pas qu'on me reproche d'être une fille. Après, ça va franchement. Honnêtement, même dans mes collègues, j'ai pas eu trop de soucis. Mais c'est lié beaucoup aussi à mon caractère. Voilà, je me laisse pas faire, donc forcément. Et alors aujourd'hui encore, c'est vrai que les femmes représentent à peu près 12% des effectifs dans le BTP. Tout métier confondu.
- Speaker #0
Pourquoi ? Toi qui es au cœur du métier, pourquoi tu penses qu'il y a si peu de femmes ? Est-ce que c'est, tu en parlais tout à l'heure, les stéréotypes ou est-ce que c'est plus ancré que ça, c'est presque sociétal, c'est simplement qu'une femme elle ne va pas penser, comme toi tu n'y avais pas forcément pensé, à aller vers ces métiers là ?
- Speaker #1
Alors on va dire que les gens, je pense que les gens déjà de mon âge, on n'avait pas beaucoup d'informations déjà de base, on n'avait pas internet. C'est vrai qu'on s'est quand même... C'était une autre époque. Exactement, on a grandi dans une époque où, je ne sais pas, on a des métiers très classiques. Je pense que maintenant, les gens viennent plus à l'artisanat en reconversion professionnelle parce que moi, je connais beaucoup de filles qui viennent d'autres métiers. Et je pense que c'est plus des métiers passion qu'on faisait peut-être pas avant parce que les parents voulaient aussi qu'on fasse peut-être des études. Aujourd'hui,
- Speaker #0
tu dis qu'il y a plus de femmes qui viennent à ce métier, mais après un premier métier en reconversion.
- Speaker #1
Nous, dans l'association, on a énormément de femmes qui viennent d'autres métiers. Qui étaient cadres dans des grosses boîtes.
- Speaker #0
Et qui deviennent peintres en bâtiment.
- Speaker #1
Et qui deviennent peintres en bâtiment ou muralistes ou même plaquistes électriciennes.
- Speaker #0
C'est vrai, cette idée aussi peut-être assez répandue qu'être sur un chantier c'est quand même physique. Donc ça aussi, ça peut être un frein. Qu'est-ce que tu réponds à ça ?
- Speaker #1
Alors oui, c'est physique. Après, quand on fait un métier qu'on aime, franchement, tant que le corps... va bien, tant qu'on n'est pas trop usé physiquement, ça va honnêtement. Nous en peinture on n'est pas énormément outillée, on n'a pas beaucoup de choses à déplacer finalement, contrairement à d'autres métiers qui sont plus ingrats je trouve physiquement.
- Speaker #0
Est-ce qu'on t'a déjà refusé un chantier parce que tu étais une femme ?
- Speaker #1
Non, depuis que je suis à mon compte en fait on m'appelle parce que je suis une femme. Donc dans un sens il y a un côté finition qui est pas mal... Je pense que quand... Enfin moi de toute Elle n'est que faite par le bouche à oreille. Du coup, les gens sont en confiance parce qu'on a déjà travaillé chez quelqu'un qu'ils connaissent. Ça s'est bien passé. On laisse un chantier propre. On est sympa. On bavarde. Donc non, franchement, là-dessus, je n'ai pas eu de soucis personnellement.
- Speaker #0
Et tu dis qu'on te confie des chantiers parce que tu es une femme. Ça, c'est vrai ?
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Parce que plus soigneuse ?
- Speaker #1
Oui, plus soigneuse. Et puis peut-être qu'on a plus envie de laisser ses clés à une femme ? Déjà quand on est une femme toute seule par exemple, où moi j'ai beaucoup de clientes âgées à la retraite, je pense que ça fait partie de mes petits atouts.
- Speaker #0
Et alors depuis tout à l'heure tu es en face de moi et tu as vraiment ce beau sourire quand tu parles de ton métier. Qu'est-ce que tu aimes dans ton métier ?
- Speaker #1
J'aime tout en fait. On fait plaisir à des gens. Déjà j'adore rencontrer les gens. Chaque personne a une histoire et c'est beau aussi lors de ses chantiers de parler, d'échanger parce qu'on ne fait pas que travailler en fait, on rencontre de l'humain. On laisse des maisons complètement différentes, rénovées, les gens sont contents. Et je trouve que c'est une belle reconnaissance de notre travail. Et puis on revient aussi sur ces chantiers puisqu'on refait tout le temps des choses. On voit les enfants grandir, on voit les gens vieillir, changer de situation. Je trouve que c'est beau, nous on grandit, ils grandissent aussi. Alors c'est quoi justement, tu parles de revenir sur les chantiers,
- Speaker #0
ton rythme de travail ? Une journée type avec Sandra, ça ressemble à quoi ?
- Speaker #1
On part de chez moi, on est en charge de tout mon matériel. Je vais chez mon fournisseur la plupart du temps au début de chantier. Après avoir déposé ma fille à l'école bien sûr.
- Speaker #0
Voilà.
- Speaker #1
Voilà, ne l'oublions pas. Et après les chantiers se suivent et se ressemblent parce qu'on passe trois jours à peu près à protéger, faire des préparations.
- Speaker #0
Trois jours de préparation ?
- Speaker #1
Ouais, au moins souvent. On a au moins deux jours d'enduit. de grattage et tout ça. Donc c'est vrai que ça se suit, c'est toujours à peu près pareil, mais on change juste de lieu.
- Speaker #0
Et tu rentres du boulot, il est quelle heure ?
- Speaker #1
Alors moi je rentre assez tôt avec les années là puisque bon moi j'ai 44 ans, ma fille en a 6, mon mari est absent 15 jours par mois donc forcément mes horaires ont vachement changé. On va dire que quand j'étais célibataire et seule, je traînais sur les chantiers le soir pour avancer, je travaillais le week-end, je prenais même très peu de vacances. Depuis que j'ai ma fille, clairement je suis aux heures de l'école et de ses sports.
- Speaker #0
Donc tu arrives à jongler comme ça avec ta vie de chef d'entreprise, de peintre en bâtiment, de maman ?
- Speaker #1
Le fait d'être à son compte quand même, ça aide énormément parce qu'on peut au moins décider des horaires de nos arrivées et de nos départs selon les contraintes qu'on a. En fait, il y a beaucoup, il y a l'humain qui est vraiment présent. Et si je dis que ma fille a piscine et qu'il faut absolument que je parte à 16h, tout le monde est content. Allez-y Sandra, la petite attend. Donc vraiment là-dessus, moi j'ai vraiment des clients en or. Ça se voit. Ça change, je vais au travail, je suis heureuse en fait.
- Speaker #0
Ça fait tellement plaisir à entendre. Et est-ce que tu te sens justement un peu différente des autres mamans par exemple à l'école, de tes amis avec ce métier ?
- Speaker #1
Oui, oui, c'est sûr, clairement. En fait j'ai une autre façon de voir les choses, une autre façon de vivre. J'arrive à l'école, je suis en blanc de travail. Oui. Je suis peut-être parfois et souvent en retard parce que j'ai quitté le chantier un peu en retard. Après, pareil, dans les amis, on ne peut pas parler vraiment de ce qu'on fait au quotidien parce que ça n'intéresse personne clairement.
- Speaker #0
Tu n'as pas d'amis proches dans le BTP ?
- Speaker #1
Alors, j'ai mes copines maintenant de l'assaut. Mais sinon avant, non, j'étais très isolée sur mes chantiers.
- Speaker #0
D'accord. Alors parle-nous justement de ton assaut. qui s'appelle les filles du BTP dont tu es présidente.
- Speaker #1
Alors, c'est une association qui répertorie, enfin pas toutes les femmes du bâtiment malheureusement, mais peut-être qu'un jour on y arrivera. En tout cas, toutes les filles du bâtiment qui le veulent peuvent nous rejoindre. On fait toute partie du BTP dans divers métiers. On représente un peu tous les métiers. On est là vraiment essentiellement pour s'aider, se retrouver, se partager du quotidien, Des galères, en fait le soutien qu'on peut trouver avec les autres femmes qui ont les mêmes problèmes que nous et qui rencontrent les mêmes soit difficultés, soit même... En règle générale c'est beaucoup les difficultés qu'on partage puisque c'est là où on va essayer de retrouver un peu de réconfort et de soutien.
- Speaker #0
Et quand tu dis difficultés, c'est des difficultés qui sont justement propres au fait d'être une femme ?
- Speaker #1
Dans ce métier ? Voilà. Même si. Oui, voilà. Parce que c'était vraiment clairement ça. Après, dans ma carrière, je n'ai pas eu à le faire. Je pense aussi que quand on a confiance en soi et qu'on sait de quoi on parle, forcément, on inspire une confiance à l'autre. Si j'hésite un peu et que je ne suis pas certaine, forcément, mes clients ne vont pas être sûrs de moi. Si j'arrive avec un aplomb et si je sais de quoi je parle, forcément, ça change la donne là-dessus. Ce que je peux remarquer maintenant avec les filles... c'est surtout comme elles sont en reconversion on va dire qu'elles n'ont pas l'expérience que j'ai pu avoir tout au long de ma carrière avec ces trois années peut-être d'apprentissage et c'est là où elles manquent un peu de légitimité mais je pense qu'il y a en vrai si elles avaient vraiment confiance en elles ou qu'elles se sentaient vraiment sûres de leur parcours et de leurs compétences ça ne se ressentirait peut-être pas sur les clients ou sur la famille mais en règle générale c'est ce qu'elles disent c'est compliqué
- Speaker #0
Et donc votre association, elle vient combler un peu ce manque-là de soutien entre femmes.
- Speaker #1
Oui et puis l'isolement surtout parce qu'en fait on est beaucoup toutes seules sur nos chantiers.
- Speaker #0
Toi tu travailles toute seule ?
- Speaker #1
Oui moi je suis quasiment tout seul. Ça m'arrive de temps en temps de travailler soit avec des copains peintres, soit avec des copines peintres parce que maintenant que j'ai ce réseau-là ça aide. Mais en règle générale on est quand même assez seul. Donc le fait d'avoir une... communauté avec nous, avec qui on parle quasiment quotidiennement. C'est quand même de la force en plus.
- Speaker #0
Et vous vous rencontrez physiquement ?
- Speaker #1
Alors oui, on part région, on essaye de se faire des événements de temps en temps, une fois ou deux par an, quand on y arrive, parce qu'après c'est compliqué aussi de gérer.
- Speaker #0
J'imagine.
- Speaker #1
tous ces emplois de tant de femmes et de mamans, mais on essaie, on y arrive quand même.
- Speaker #0
Est-ce que tu n'as pas un peu l'impression d'avoir été une pionnière dans ton métier ? Parce que tu dis qu'aujourd'hui, il y a de plus en plus de femmes qui arrivent sur ce métier, même si ça reste encore une minorité. Et toi, c'était il y a 20 ans. Est-ce que tu n'as pas un peu l'impression d'ouvrir la voie ?
- Speaker #1
Non, mais clairement, j'ai l'impression d'être une pionnière. Non, mais c'est vrai, je fais partie des plus âgées et celles qui ont le plus d'ancienneté. Donc oui, forcément. Oui, oui. Et je suis contente qu'il y en ait énormément maintenant, en fait. Voilà, ça me fait plaisir parce que je me dis, moi j'étais tellement seule. Je trouve que c'est une chance maintenant pour elle d'être nombreuse et d'avoir tout ça, tous ces réseaux qui font qu'on peut se retrouver entre nous.
- Speaker #0
Et alors, qu'est-ce que tu dirais à une femme ou à une jeune fille qui a envie mais qui hésite à se lancer ?
- Speaker #1
Moi, je lui dis, quelle que soit ta passion, fonce. Tu seras légitime si c'est ce que tu veux faire. Et puis dans le bâtiment... On va essayer avec les filles du BTP d'ailleurs d'aller à la rencontre des CFA pour essayer un peu de proposer nos services. S'ils ont envie qu'on vienne, qu'on parle de nos carrières et de nos parcours, pourquoi pas ?
- Speaker #0
Ce serait très inspirant pour les jeunes filles. Et puis de voir la femme aussi, parce que moi j'étais en face de toi, la femme derrière la peintre, c'est pas la femme qu'on peut imaginer, tout à l'heure tu disais « moi j'arrive à l'école, tu travailles » , etc., Moi, devant, j'ai une femme aux ongles peints, aux cheveux longs. Tu es très féminine. Comment tu jongles cette féminité avec ton métier ?
- Speaker #1
J'essaie de rester féminine parce qu'on est souvent habillée en blanc de travail et on n'est pas très propre. Mais on est quand même assez féminines toutes. Je pense que parfois, c'est même reproché aux filles sur des réseaux comme Instagram.
- Speaker #0
Ah bon ?
- Speaker #1
Oui, on a les ongles faits. Donc ? On ne sait pas peindre.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Voilà, donc où on a des fossiles, je ne sais pas. C'est vraiment des critiques très physiques.
- Speaker #0
D'accord. Parce que tu travailles dans le BTP, tu devrais être un peu masculine.
- Speaker #1
Ouais, peut-être. Ou peut-être on devrait l'être pour être légitime, je ne sais pas. En tout cas, on est assez féminines toutes et je trouve ça très bien. Et au contraire, je trouve qu'on montre qu'on est là et on peut arriver en jupe même.
- Speaker #0
C'est vrai ?
- Speaker #1
Pourquoi pas. Ça m'arrive si je dois me changer.
- Speaker #0
Et peut-être qu'au contraire, tu as plaisir aussi à switcher entre tes deux vies et à passer de la salopette à la jupe.
- Speaker #1
Oui, ça fait plaisir aussi parce que... Il y a même des périodes où j'ai voulu arrêter ce métier à cause du physique, parce que j'avais trop mal aux épaules. Puis il y a des périodes, c'est intense.
- Speaker #0
Je suis étonnée que tu me dises ça parce que depuis tout à l'heure, j'ai vraiment l'impression que c'est ta vocation depuis le début.
- Speaker #1
C'est ma vocation mais après malheureusement, le physique à un moment donné, il rattrapera tout. Moi, ça fait 20 ans, ça fait peut-être 17 ans que j'ai des tendines sous les épaules donc ça n'aide pas. Et je me suis dit au moins j'aurai des copines de travail, j'aurai un monde autour de mon travail et je serai habillée un peu... Voilà, en fille quoi, en femme. Et finalement bon bah je suis toujours là. Donc en fait même si la possibilité de ne plus aller sur des chantiers était possible c'est vrai que quand même... ça titille. Ouais c'est compliqué quoi.
- Speaker #0
Et je voulais juste rebondir sur le fait que tu aies mené une grossesse pendant ta carrière. Comment tu as pu justement mener à bien cette grossesse ? Te reposer, prendre soin du bébé alors que tu es sur un travail physique ?
- Speaker #1
Alors moi je me suis tombée enceinte, j'avais tout 37 ans, donc c'est assez tard. J'ai travaillé jusqu'aux 6 mois de grossesse. Après j'ai trouvé ça trop compliqué.
- Speaker #0
Oui je comprends.
- Speaker #1
Après c'était peut-être lié à l'âge parce qu'on a dernièrement une des filles de la SAU qui a mené sa grossesse et son travail jusqu'au bout. Donc physiquement je pense après tout dépend comment on sent. Moi j'étais fatiguée et j'avais mal partout.
- Speaker #0
Et qu'est-ce que tu lui transmets à ta fille comme valeur ?
- Speaker #1
Le travail. En plus, le travail physique. Elle vient très souvent sur mes chantiers. C'est une petite fille du BTP.
- Speaker #0
C'est une fille du BTP ? Elle tient le pinceau ?
- Speaker #1
Elle adore la seau. Elle adore venir m'aider. Elle adore venir sur mes chantiers. Elle adore mes clients aussi. Forcément.
- Speaker #0
Toi, tu seras vraiment un exemple pour ta petite-fille pour qu'elle puisse avoir ce champ très large au niveau... de son choix professionnel.
- Speaker #1
Oui, c'est ce que je lui dis. Dès maintenant, en fait, lui dit « Tu peux tout faire. Tant que toi, tu l'as décidé, c'est toi qui pourras être décisionnaire sur ta vie. Donc, c'est à toi de faire tes choix et tes passions et ce qui t'anime, même si on te dit que ce n'est pas possible ou que c'est compliqué. »
- Speaker #0
Tu en es un très bel exemple. Merci. C'est sincère. Merci beaucoup pour notre échange. Alors, je ne sais pas si tu as remarqué, mais le podcast se termine souvent par un petit quiz. Le petit quiz détonnant. Donc, tu réponds spontanément sans te prendre la tête. Alors,
- Speaker #1
je dirais mauvaise idée. Je dirais bonne si les préparations sont bien faites.
- Speaker #0
D'accord. La sous-couche, est-ce que c'est vraiment obligatoire ?
- Speaker #1
C'est vraiment obligatoire.
- Speaker #0
Sur le chantier, t'es plutôt bière ou café ? Café. Si tu étais un pot de peinture, tu serais mat, satin ou velours ? Alors moi, je suis partisane du mat. Ta tenue de travail préférée, salopette ou bleu de travail ?
- Speaker #1
Alors, bleu de travail. Et enfin, en trois mots pour toi, être une femme, c'est ? C'est... j'allais dire compliqué. Mais oui ! Allez, un mot ! Non, c'est un challenge, peut-être. Voilà, c'est un challenge. Parce que c'est vrai, on est tout le temps obligé de... De prouver, de prouver, ouais. Quoi, je ne sais pas, mais après, voilà, il faut des nanas comme nous qui montrent la voie.
- Speaker #0
Écoute, merci Sandra, merci beaucoup pour ton témoignage. Ton parcours, il est vraiment très inspirant, très détonnant. Et tu montres qu'il n'y a pas de métier pour les femmes ou pour les hommes, seulement des envies, des compétences et des chemins à tracer. Alors merci beaucoup. Merci beaucoup. Cet épisode se termine. J'espère qu'il vous a plu. Je vous remercie beaucoup de l'avoir écouté. Détonnante, c'est un nouveau podcast. C'est une rencontre toutes les deux semaines avec une femme inspirante, différente, qui nous raconte son parcours, son histoire. Si vous aimez ce podcast, si vous avez envie... de découvrir d'autres témoignages, alors vous pouvez vous abonner sur votre plateforme d'écoute et aussi mettre des petites étoiles. Et bien sûr, suivre le compte Instagram d'étonnante.podcast Allez, je vous dis à bientôt !