- Speaker #0
Hello, je m'appelle Elisabeth Hillard et vous écoutez D'étonnante, le podcast qui donne la parole à des femmes différentes. Parfois par choix, souvent par nécessité, ces femmes font autrement, bousculent les normes, les stéréotypes et nos certitudes. Parce qu'il existe mille et une façons d'être femme, d'être soi. Alors, bonne écoute ! Aujourd'hui, je reçois une femme qui bouscule toutes les évidences. Bienvenue Clara Mattei !
- Speaker #1
Merci !
- Speaker #0
Alors Clara, tu as déjà deux titres de championne de France en e-sport, en natation. C'est un titre certes impressionnant, mais ton parcours l'est encore plus. Car le sport pour toi, ça n'a pas toujours été une évidence. Tu es née avec une maladie qui a conduit à l'amputation de tes jambes et de tes doigts dès l'enfance. Et donc j'ai lu dans une de tes interviews que tu as longtemps pensé que tu n'étais pas légitime pour le sport. Et un jour, tout va changer. Aujourd'hui, tu nages. Et tu gagnes ! Et tu vas nous raconter tout ça, comment tu trouves toute cette énergie, comment tu vis ta vie de jeune femme, de championne, bref, j'ai plein de questions. Mais avant, je te laisse te présenter.
- Speaker #1
Bonjour, je m'appelle Clara Mattei, j'ai 30 ans, j'habite sur Marseille et je fais de la natation en dispo.
- Speaker #0
Alors j'ai vu, quand je t'ai découvert, j'ai été voir ton profil Instagram et j'ai vu que tu te définissais comme, je cite, ouvrez les guillemets, Pleine d'énergie, en kit et un peu raccourci, mais édition limitée. Fermez les guillemets. C'est quoi pour toi être une édition limitée ?
- Speaker #1
Il n'y en a pas deux comme moi, normalement. Au vu de toutes les cicatrices que j'ai, les amputations, etc. Je pense être un modèle unique.
- Speaker #0
Avec de l'auto-dérision apparemment.
- Speaker #1
Un petit peu, vaut mieux.
- Speaker #0
Alors on va reprendre l'histoire du début, Clara, parce que c'est très jeune que ton handicap est survenu. Tu avais 9 mois. quand tu as dû être amputé des jambes. Alors en France, je rappelle que ça reste quand même rare chez les enfants, mais ce n'est pas exceptionnel non plus. J'ai le chiffre de 150 enfants qui naissent chaque année sans un membre, peut-être à réajuster. Dans ton cas, c'était quelques mois après la naissance. Est-ce que tu veux bien nous raconter ce qui s'est passé ?
- Speaker #1
Je suis née comme un enfant normal. Et à l'âge de 9 mois, j'ai une maladie qui s'est déclarée. C'était une méningite purpura fulminant méningocoque. Et en fait, c'est la circulation qui ne se fait plus. Donc ça commence aux extrémités, le bout des doigts, le bout des orteils, le bout des oreilles, le bout du nez. Et au fur et à mesure, ça nécrose le membre et puis ça remonte jusqu'au cerveau. Donc du coup, j'avais 9 mois et c'est très vif comme maladie. Le matin, j'étais en bonne santé, puis très vite, j'étais dans le coma. Et donc du coup, de cette maladie, j'en ai quelques petites séquelles, mais c'est instant. Je ne garde pas de traitement ou quoi que ce soit. C'est vraiment la maladie, on essaie de sauver l'enfant, on voit ce qu'on fait après avec les séquelles. Et donc du coup je suis amputée des deux jambes sous le genou, de quelques phalanges, un doigt, et puis j'ai plusieurs cicatrices sur les bras et les jambes.
- Speaker #0
D'accord, et une fois qu'on a procédé à ces amputations, tu étais sauvée ?
- Speaker #1
Voilà, après il fallait sauver ce qu'on pouvait sauver. Au départ j'avais encore ma jambe gauche, on essayait de savoir est-ce qu'on la gardait, est-ce qu'on la gardait pas. Enfin, les chirurgiens, les médecins et mes parents. Et après, du coup, c'est que des opérations pour améliorer et diminuer les séquelles de la maladie.
- Speaker #0
Et donc, c'était tes parents qui ont dû prendre ces décisions pour sauver leur petite fille.
- Speaker #1
Exactement. C'était très compliqué pour eux parce que les hôpitaux, ils ne connaissaient pas. Et même, ma mère m'a souvent dit que même le mot amputation, elle avait du mal à le concevoir. Elle pensait qu'il m'amputait et qu'après, il me remettait mes doigts, il me remettait mes jambes. C'est tellement improbable que même à réaliser, mes parents ils ont un peu eu du mal au début.
- Speaker #0
Et comment tu as eu cette méningite ?
- Speaker #1
C'est un simple postillon en fait qui dans l'air il s'est transformé et une fois arrivé sur moi ça a déclenché cette maladie.
- Speaker #0
Pour tes parents ça a dû être complètement la surprise dans le mauvais sens du terme. La sidération. Oui la sidération, c'est le mot que je cherchais.
- Speaker #1
Ah oui ça a été complètement ça et puis... J'étais leur premier enfant, donc ils ne savaient vraiment pas comment faire. Donc ils se sont vraiment dit, ils ont dit aux médecins de faire ce qui était le mieux pour moi. Et pour en venir avec ma jambe gauche, ils ont dit que c'était mieux d'amputer, que mes deux jambes soient amputées. Pour l'appareillage, c'était plus simple d'être appareillée de deux jambes que d'avoir une jambe qu'on traîne un petit peu.
- Speaker #0
Alors toi, j'imagine que tu n'as pas de souvenirs de tout ça. Donc tu as grandi comme ça, dans ce corps qui te semblait différent ou qui te semblait normal parce que c'était ton corps ?
- Speaker #1
Il me semblait différent, mais ce n'était pas quelque chose de négatif. Mais je ne le voyais pas comme un handicap à proprement parler, en fait. C'était une différence, je n'étais pas comme les autres, mais il y en avait qui avaient un patch sur l'œil, par exemple dans la cour, et moi, je n'avais pas de jambes.
- Speaker #0
Et alors à l'école, comment ça s'est passé ton enfance concrètement ? Est-ce que tu trouves que ça a été un... frein social pour te faire des amis, parce qu'on sait que la cour de récré c'est pas toujours très tendre, ou Clara, elle assumait et ça se passait bien ?
- Speaker #1
École maternelle, primaire, on est des enfants, on avance un peu, je trouve qu'on est un peu tête baissée, on fonce et on y va, et si quelqu'un est sympa dans la cour, quelqu'un est sympa. Après moi c'est vrai qu'en école primaire j'avais une AVS, c'était une assistante de vie scolaire, donc c'était quelqu'un qui était là avec moi, toujours au fond de la classe, pour écrire mes cours. quand ça demandait trop d'écriture. Ou entre midi et deux, j'avais le besoin d'enlever mes prothèses parce que je ne les supportais encore pas beaucoup. Donc j'avais toujours une AVS, mais qui était là un peu comme un petit ange gardien, tu vois, un peu dans le coin. Et du coup, il n'y avait aucun souci pour les interactions sociales. J'ai toujours eu des copines, etc. Et des copains. Après, le collège, c'est autre chose. Je trouve qu'il y a plus une réflexion. On va vouloir montrer les différences. Le collège, c'était complètement tout autre. que j'ai plus mal vécu d'ailleurs. Et après le lycée, encore une autre ambiance, je trouve, où au contraire, on veut s'assumer, on veut prouver qu'on est différent des autres.
- Speaker #0
Après, c'est vrai que l'adolescence, de manière générale, pour tout le monde, c'est une période un peu trouble. Donc j'imagine que quand en plus, on n'est pas comme les autres, c'est peut-être certainement plus difficile avec les moqueries ou le regard des autres qui peut-être dure aussi parfois sur soi.
- Speaker #1
La construction est moins évidente, je pense. Parce que comme tu dis, le regard que les autres ont sur toi va aussi construire le regard que tu as sur toi. Et c'est difficile de réussir à trouver un juste milieu entre ce qu'ils pensent n'est pas ce que je suis et je peux faire autre que le regard qu'ils portent sur moi.
- Speaker #0
Puis l'apparence est quand même très très importante à cet âge-là. Que ce soit dans les fringues qu'on porte, les marques, le fait que certaines copines se développent plus vite que d'autres, tout ça, il y a ce rapport à la séduction aussi qui arrive.
- Speaker #1
Mais même dans des détails bêtes, je me souviens, c'était la mode des slims, donc les jeans super serrés. Moi, dans les prothèses, ça ne rentrait pas sur les prothèses. Et ma mère me disait, mais des pattes d'eff ! Je suis en mode, mais non, ils ont tous des jeans slims, pas du tout ! Donc c'est vrai que c'est compliqué de réussir à faire comme les autres et de ne pas pouvoir faire comme les autres. Et en même temps, avoir une vie sociale et être à l'aise avec son corps et une vie amoureuse aussi.
- Speaker #0
Et avoir des petits copains, des petites copines ?
- Speaker #1
Au collège, non. Et après, sur la suite, le lycée, etc. Oui, bien sûr, les petits flirts, etc. Oui, complètement.
- Speaker #0
Et donc, tu grandis, mais tu passes aussi beaucoup de temps dans les hôpitaux. On ne va peut-être pas lister toutes les opérations parce que je crois que malheureusement, il y en a beaucoup.
- Speaker #1
Il y en a quelques-unes.
- Speaker #0
Mais comment ça se passe quand on est une petite fille, une jeune fille et qu'on passe autant de temps à l'hôpital ?
- Speaker #1
Comme je te disais, quand on est enfant, on fonce un peu tête baissée, on ne se rend pas compte des choses. On réfléchit pas trop, je sais que j'avais à peu près une opération par an, et c'était mes parents qui décidaient un petit peu quelle opération pour améliorer mon quotidien. Quand ils voyaient que j'avais des difficultés à faire certains actes de la vie quotidienne, ils consultaient un peu les chirurgiens pour voir ce qu'on pouvait faire. Et ça me posait pas grandement souci. Je savais que j'allais à l'hôpital aux vacances de février, mais j'étais dans un service où il y avait des enfants, il y avait...
- Speaker #0
C'est pas rien quand même de... Voilà, les rendez-vous préopératoires, l'anesthésie, le réveil, les cicatrices, les soins.
- Speaker #1
Mais quand on est habitué, au final, il y en a qui faisaient du sport le mercredi après-midi. Moi, j'allais aux prothèses. En fait, ça ne m'a vraiment jamais posé souci. Peut-être aussi parce que mes parents ne me l'ont jamais fait ressentir comme quoi c'était un poids, au final, cette organisation. Et j'ai toujours bien accepté. Bon, après, c'est sûr que les opérations, quand c'est douloureux, le réveil où tu vomis, quoi que ce soit, c'est jamais agréable. Mais ça fait partie de mon quotidien, de ma manière de vivre, de grandir. Et ça ne m'a vraiment jamais pesé durant l'enfance. C'est après, justement, encore une fois, quand le cerveau commence à trop réfléchir, que tu te dis « Ah ben non, je vais peut-être rater ça si je fais cette opération. » Et du coup, tu as plus de freins, tu as plus d'appréhension.
- Speaker #0
Et tu avais quand même cette insouciance d'enfant propre à l'enfance.
- Speaker #1
Ah oui, complètement. Et les hôpitaux, ça me... J'aimais bien, quoi, je pense.
- Speaker #0
J'aimais bien.
- Speaker #1
J'ai jamais pleuré pour aller à l'hôpital ou quoi. Genre vraiment, c'était ma deuxième maison et c'était pas dérangeant que ce soit ma deuxième maison.
- Speaker #0
Et donc tu grandis comme ça, on sent avec une famille aimante, un bon cercle d'amis proches et vient le temps des études supérieures. Alors là, est-ce que ça se complique ? Est-ce que c'est facile d'aller étudier quand on est en situation de handicap comme c'est ton cas ?
- Speaker #1
Déjà, c'est compliqué pour les gens, on va dire, normaux, savoir ce qu'on veut faire.
- Speaker #0
C'est pas faux.
- Speaker #1
où on veut s'orienter, se réorienter. C'est super compliqué. Et après, c'est vrai que le handicap fait que t'es un petit peu obligé d'anticiper en avance. Parce que du coup, tu sais que quand tu vas aller dans une filière, il va y avoir des rendez-vous... avec des docteurs pour savoir les aménagements de type tiers temps. Par exemple, moi à chaque fois que j'ai eu des examens, j'avais des tiers temps pour avoir plus de temps pour composer ou un ordinateur de près pour rédiger. Donc ça demande plus d'anticipation.
- Speaker #0
Est-ce que ça a orienté le choix de tes études ?
- Speaker #1
Au début, non. Parce qu'en fait, après le bac, je n'avais pas trop quoi faire. Du coup, je suis partie dans une licence psychologie.
- Speaker #0
On s'en est nombreux à savoir quoi faire après le bac.
- Speaker #1
Du coup, j'ai testé un peu la vie étudiante ex-soise. Et puis bon, j'ai vu que je n'allais nulle part. donc du coup j'ai fait une intervention qu'il fallait que je fasse du coup j'ai été pendant 6 mois en centre de rééducation et mes parents m'ont dit serre-toi de ce moment pour savoir ce que tu veux où tu veux t'orienter et puis encore une fois d'être à l'hôpital j'étais tellement bien que mes études du coup je les ai choisis un petit peu en lien avec ça et je suis partie de base sur un BTS parce que ça me faisait peur de partir sur de longues études donc j'ai commencé par un BTS, une licence Et ensuite un master pour travailler dans la qualité et la gestion des risques en santé. Donc au final, je continuerai d'être à l'hôpital.
- Speaker #0
Tu restes à l'hôpital, d'accord. Et alors, tu grandis, tu trouves un travail.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Alors comment ça se passe ? Alors, on comprend que tu travailles à l'hôpital, donc on espère que c'est une structure adaptée. Mais comment ça se passe de manière générale le travail quand on est en situation de handicap ? Et d'ailleurs, il y a un chiffre que je tiens à rappeler. Parce qu'on entend, on sait que c'est quand même, le marché de l'emploi est assez inégal pour les personnes en situation, les travailleurs handicapés. Alors que 85% des handicaps surviennent au cours de la vie, autrement dit ça pourrait être nous, ça peut arriver à tout le monde. Comment tu expliques, toi qui es directement concernée, que le marché de l'emploi soit encore si difficile d'accès ?
- Speaker #1
Je pense que les employeurs ils sont très frileux. Parce que le mot handicap, il fait un peu peur. Quand on entend un personnel en situation de handicap, on dirait qu'il va falloir mettre en place plein de choses pour lui, etc. Du coup, je pense qu'il y a ce truc comme ça de l'inconnu un peu. Genre, on ne va pas employer quelqu'un en situation de handicap si on ne sait pas vraiment quels sont ses aménagements. Moi-même, quand je cherchais un travail, je ne mettais pas que j'étais en situation de handicap. Pourtant, j'ai eu la RQTH, reconnaissance de travail handicapé. Mais dans mes loisirs, je mettais natation, handisport. Au moins, il y a un petit clin d'œil. Peut-être que si ils regardent bien les CV, ça fera un petit peu écho et que la question se posera ensuite lors de l'entretien. Parce que pareil, j'avais peur que ça effraie et que ça freine du coup les employeurs. Et après, je pense que c'est une question de communication entre les employeurs et les employés. Dire ses besoins et il faut que la structure après soit aussi OK pour écouter les besoins de la personne. Mais je pense que ça dépend aussi du handicap. Moi j'ai un handicap pas glamour mais j'ai que deux jambes en moins. J'ai pas de besoin d'aménagement particulier. C'est pas comme quelqu'un qui est en fauteuil par exemple et là où les infrastructures ne peuvent pas des fois être adaptées de par le bâtiment ou de par même la profession elle-même. Donc je pense aussi que ça dépend des handicaps et comme c'est tellement du cas par cas, je pense que ça demanderait trop...
- Speaker #0
Trop de travail et pourtant, il y a des personnes qui sont aussi là pour ça, pour essayer de faire du cas par cas et de trouver des emplois adaptés pour chaque personne. Parce qu'une personne en fauteuil n'aura pas les mêmes besoins qu'une autre personne en fauteuil également. Tout dépend aussi des gens.
- Speaker #1
Et tu penses que ça peut être un frein à l'embauche ? Par exemple, quelqu'un qui arrive par surprise en fauteuil rond. Ah oui,
- Speaker #0
même pas un frein, je pense que c'est une porte fermée directe.
- Speaker #1
Ça t'est déjà arrivé de voir ce regard-là de peur de frein ? dans le milieu pro ou dans ta vie perso, d'arriver et de sentir que ça fait peur ?
- Speaker #0
Dans le milieu perso, par exemple, sur les applications de rencontres, si on ne dit pas qu'on est handicapé, ça pose souci dès le premier rendez-vous.
- Speaker #1
Ça t'est arrivé vers ça ?
- Speaker #0
Non, je préviens avant, histoire de ne pas avoir de lapin. Non, je préviens. Mais d'un point de vue professionnel, oui, je pense que ça... Ils peuvent s'en servir tantôt dans le sens que l'employé n'a pas été honnête, ce qui peut s'avérer être... Et en même temps, quand tu postules, tu ne postules pas pour une personne, tu postules pour des compétences. Mais ce n'est pas la bonne démarche à suivre, de ne pas prévenir.
- Speaker #1
Oui, il faut prévenir. Et donc, je fais un petit rebond sur la situation amoureuse. Tu disais que sur les applis de rencontre, il faut prévenir aussi. Toi, comment tu as rencontré ton petit copain ?
- Speaker #0
J'ai rencontré mon chéri d'ami,
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
Vraiment. Donc, du coup, il a très bien vu que je n'étais pas entière. Il a vu dès le départ. Voilà, il a vu dès le départ. Du coup, il n'y a pas eu le truc de devoir annoncer par une application de rencontre quand tu as parlé plusieurs jours avec quelqu'un, lui dire au fait, je n'ai pas de jambes. Il n'y a pas eu à faire ça.
- Speaker #1
Ça, j'imagine que ça doit être un sujet qui est difficile à amener quand tu parles à quelqu'un, que ça matche bien. Et il faut quand même lui dire.
- Speaker #0
Oui, pour éviter, pour être encore une fois honnête avec la personne. Mais ça m'est arrivé que du coup, il y a des personnes qui ne répondent pas par la suite. Alors qu'un date était prévu, mais bon.
- Speaker #1
Ok.
- Speaker #0
Mais il faut aussi respecter ça. Pas tout le monde est à l'aise avec le handicap. C'est quelque chose que je respecte entièrement.
- Speaker #1
Et donc aujourd'hui, on parle d'un petit chéri, on parle d'un fiancé même, je crois. Exact.
- Speaker #0
Un futur mari pour 2027.
- Speaker #1
Félicitations. C'est super. On va maintenant arriver au sujet que j'introduisais un petit peu tout à l'heure, le sport. Dans un des entretiens que j'ai pu lire, j'ai été assez surprise de voir que tu as été dispensée de sport toute ta scolarité. Qu'est-ce que ça a créé chez toi d'être sur le banc de touche, on peut dire ?
- Speaker #0
On dit que quand on a un handicap, encore plus au collège, on se sent différent des autres. Mais du coup, être sur le côté, on se sent encore plus différent des autres. Donc du coup, c'est vrai qu'il y a une petite frustration d'encore plus devoir prouver que t'es comme les autres, etc. Et du coup, j'ai été dispensée. J'ai été très souvent, au départ, j'allais aux cours de sport, mais à force d'être assise sur le banc...
- Speaker #1
Mais c'est le prof qui te disait, toi, tu fais pas de sport ? C'est tout. toi qui te mettais en retrait ou c'était comme ça ?
- Speaker #0
Ben c'était comme ça je pense qu'il voyait quelqu'un en situation de handicap, il se disait, ça faisait partie un peu des aménagements comme je te disais le tiers temps il y avait aussi le truc de bon ben elle fera pas de sport parce que c'est trop compliqué, puis des fois fallait aller à pied au gymnase qui était pas forcément à côté après des fois selon si c'était piscine, c'était peut-être trop compliqué enlever les jambes,
- Speaker #1
la gestion Et ça te rendait triste de pas participer au sport avec tes copains, copines ?
- Speaker #0
Je suis quelqu'un d'assez fataliste au final J'étais en mode, bon, c'est comme ça.
- Speaker #1
Et tu faisais du sport, toi, à côté ? Non. D'accord. Je suis pas une championne qui ne faisait pas de sport pendant son enfance. Mais je faisais du théâtre et de la chorale. Et alors, qu'est-ce qui t'a poussée à te mettre au sport ?
- Speaker #0
C'était en 2019. J'étais en Master 2. Et j'ai vu une pub sur Instagram. C'était le Comité Paralympique Sportif Français. qui avait lancé un programme qui s'appelait La Relève et leur objectif c'était de trouver les athlètes paralympiques de demain parce que du coup il y avait les JO de Paris 2024 qui s'organisaient etc.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
Et ils s'étaient rendu compte qu'ils avaient trop peu de sportifs de haut niveau en situation de handicap.
- Speaker #1
Ok.
- Speaker #0
Donc ils ont lancé ce programme pour un petit peu appeler les gens à venir, à postuler et ça a été mon cas. Du coup j'ai vu ça, je me suis dit mais pourquoi pas. J'ai jamais fait de sport. Là,
- Speaker #1
d'un coup, tu t'es dit, moi aussi, je peux faire du sport.
- Speaker #0
Je me suis dit, quand même, je marche avec des prothèses toute la journée, donc je vais avoir un bon cardio, peut-être. Je ne sais pas, je me suis dit, ça avait l'air sympa, le monde du sport. Mes parents ne sont pas du tout sportifs, donc je ne connais pas vraiment le monde du sport, je le disais de mes yeux d'extérieur. Et donc, du coup, j'ai postulé. À la relève ? À la relève, exact. Alors,
- Speaker #1
explique-nous ce qu'ils font à la relève.
- Speaker #0
Alors, à mon époque, du moins à l'édition 1, ils allaient dans des villes. Maintenant, c'est tout sur Paris, au sein de l'INSEP. Et au vu de ton handicap, justement, je trouve qu'il y a un peu ce cas par cas que je te disais du monde professionnel, mais là, dans le monde sportif, au vu de ton handicap, ils testent ta force, ton endurance, la coordination de tes mouvements. Ta rapidité.
- Speaker #1
Et là, on est vraiment sur du cas par cas.
- Speaker #0
Et là, voilà, on est vraiment sur du cas par cas. Et au vu de ton handicap, dans quel sport tu peux performer ?
- Speaker #1
C'est vraiment telle personne, on vous voit sur telle discipline. Voilà,
- Speaker #0
c'est ça. Moi, on m'avait du coup orientée vers le badminton, le triathlon et la natation.
- Speaker #1
Ok.
- Speaker #0
Alors que moi, je voyais des gens amputés courir, tu vois, Oscar Victorius, etc. Du coup, je pensais que j'allais aller sur ce sport-là. Je m'étais même projetée à me dire que j'allais courir avec des lames et tout. Et vraiment, comme ils font au cas par cas, vu que mon handicap, ce n'est pas seulement l'amputation, c'est aussi les bras. Ce que je n'ai pas dit au début, mais ça a aussi touché la croissance de mes membres inférieurs et supérieurs. Du coup, j'ai de plus petits membres. Mon handicap n'est pas que les jambes, mais c'est aussi les bras qui sont plus courts, les mains qui ne sont pas complètes. Et donc, du coup, là, il rentre en jeu la classification d'un athlète en e-sport. Selon le sport, tu n'es pas dans la même catégorie. Et ça, c'est toute une science, parce que chaque sport a ses niveaux de classification. Ah,
- Speaker #1
attends, si je comprends bien, c'est que selon le handicap, tu vas avoir des classifications dans une même discipline ? Exactement.
- Speaker #0
Et du coup, ce qui va faire que tu vas avoir un nombre de points et que tu vas pouvoir performer...
- Speaker #1
Pour arriver vers de l'égalité. Exactement.
- Speaker #0
Pour te dire l'exemple de la natation, le handicap moteur au sein de la natation, il est répartorié en 10 catégories. Et du coup, t'as un... Merci. d'examen de classification où t'es mesuré par des kinés. Ils mesurent tes membres, ils mesurent ta force, ils voient dans l'eau comment t'arrives à gérer ton corps. Et donc du coup, ça, à la relève, ils en ont conscience. Quand ils m'orientent vers ces trois sports-là, c'est parce qu'ils savent que sur l'athlétisme, on ne peut pas mettre dans n'importe quelle catégorie parce que soit on me met avec des gens qui n'ont pas de jambes, mais qui ont leurs bras, donc ils vont pouvoir se propulser. Soit des gens qui n'ont pas leurs bras, mais du coup qui ont leurs jambes, donc ils vont pouvoir appuyer sur les jambes. Ou alors, les personnes de petite taille, mais dans ce cas-là, c'est que le lancer de poids. Donc, c'est vraiment du vrai cas par cas. Ils m'orientent vers ces trois sports. Et ce qui fait que je choisis la natation, c'est parce que le badminton, il faut avoir ses jambes, ses prothèses pour le faire. Et moi, mon objectif, si je fais des études de sport, c'était que ça n'empiète pas, que je ne me blesse pas. Et que je ne me retrouve pas ensuite bloquée parce que j'ai trop forcé au sport. Le triathlon, du coup, il fallait soit courir, soit faire du vélo. Et du coup, je me suis dit, la natation... J'ai pas mes jambes, donc je peux pas me blesser. Puis j'avais lu quelque part, où tu disais que parfois, c'est vrai que les prothèses, ça peut aussi créer des irritations,
- Speaker #1
te faire mal. Oui,
- Speaker #0
complètement. Sachant que moi, j'ai des moignons qui sont pas lisses, parce que du coup, mon amputation, il y a des cicatrices, etc. Donc du coup, c'est pour ça que je me suis orientée vers la natation.
- Speaker #1
Donc la natation sans prothèse. Alors comment tu nageais avant de devenir une championne ?
- Speaker #0
Je flotte. Je nageais la grenouille, le petit chien. Je savais nager, parce que c'est important de savoir nager, en plus, quand on habite à Marseille. Mais j'avais appris à nager avec mes parents.
- Speaker #1
D'accord, donc tu étais loin d'être une championne.
- Speaker #0
Oui, je nageais pas les nages conformes. Le crawl, je ne savais pas le nager, par exemple.
- Speaker #1
Et alors, petit à petit, il se met en place un entraînement ?
- Speaker #0
Oui, je me rapproche d'un disport Marseille, qui a des entraînements de natation.
- Speaker #1
Et donc, au début, est-ce que c'était avec un objectif d'aller décrocher un titre ? purement pour te mettre au sport.
- Speaker #0
J'avoue qu'au début, quand tu vois, ils recherchent les athlètes paralympiques de demain, il y a un peu l'adrénaline.
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #0
Après, tu te rends compte que le sport, c'est dur.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
C'est pas parce que t'as vu de la lumière que tu vas avoir une médaille à la fin. Et c'est compliqué déjà d'apprendre la pratique de la natation puis de réussir à aller aux 3 entraînements par semaine.
- Speaker #1
C'est ça. Donc t'as 3 entraînements par semaine. Donc assez vite, se met quand même une discipline, je veux dire, Trois entraînements par semaine, plus ton travail.
- Speaker #0
Pas évidente, parce que j'étais en études. Donc il y a aussi le rythme étudiant. Les entraînements, c'était le jeudi soir. Alors que c'est les soirs étudiantes qui étaient aussi le jeudi soir.
- Speaker #1
Il faut faire un choix.
- Speaker #0
Le samedi matin, il faut le vouloir faire du sport. Je trouve qu'il y a trop ce truc de glamourisation du sport. On a beaucoup vu les athlètes de Paris 2024. Et les gens pensent qu'ils sont juste allés à l'entraînement.
- Speaker #1
Non, c'est une discipline. C'est une vraie discipline,
- Speaker #0
une vraie rigueur. Et il faut vraiment l'avoir. Et moi qui y ai commencé tard, je l'avais pas du tout.
- Speaker #1
T'avais quel âge ?
- Speaker #0
25 ans.
- Speaker #1
Qu'est-ce que tu ressens quand tu commences à apprendre, tu disais, le crawl, toutes ces nages que tu connaissais pas ?
- Speaker #0
C'était terrible. C'était terrible parce que j'avais l'impression de me noyer, littéralement. Je disais à mes parents, mais je vais pas y aller. C'était super compliqué parce que là, en fait, j'avais l'impression de me mettre face à des difficultés que je m'imposais moi-même. Comme si un petit peu le handicap m'imposait des difficultés que j'avais pas le choix. Et là, j'avais le choix de vivre tranquille et je me suis dit, vas-y, mets-toi au sport et oblige-toi à savoir nager.
- Speaker #1
Alors, qu'est-ce qui t'a donné envie de tenir ?
- Speaker #0
Le défi.
- Speaker #1
Le défi que tu t'es lancé à toi-même.
- Speaker #0
Oui, le défi de réussir à nager et de réussir à performer aussi parce qu'au départ... Quand j'ai commencé à nager, mes potes étaient en mode « ça va, vous êtes tellement peu dans votre discipline, c'est bon, Paris 2024, tu y seras » . Alors qu'en fait non, c'est pas parce qu'il y a trois handicapés dans une catégorie qu'automatiquement t'es sur le podium. Pas du tout, il y a ce vrai truc élitiste du sport, du landisport, et il y a ce vrai défi sportif derrière.
- Speaker #1
Et donc ce titre de championne de France handisport en 150 mètres 3 nages, c'est un peu la dérive. du 200 mètres 4 nages, est-ce que tu peux nous détailler les nages qu'il y a ?
- Speaker #0
Oui, alors dans ma catégorie de handicap, vu que je suis en S4, j'ai pas le papillon.
- Speaker #1
D'accord, t'as pas le papillon. Donc du coup,
- Speaker #0
c'est 150 mètres 3 nages, c'est dos, bras, scroll.
- Speaker #1
Première compétition en 2022.
- Speaker #0
Exact.
- Speaker #1
Premier titre.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Est-ce que tu réalises à ce moment-là ?
- Speaker #0
Pas du tout. Déjà, j'avais pas vraiment même compris le principe des championnats de France, que le matin c'était les séries, que l'après-midi c'était les finales. Donc moi le matin j'avais tout donné, et puis après on m'a dit il faut y retourner le soir à 18h, j'étais en mode ah bon ? J'avais pas compris ! Du coup il y a vraiment ce truc de... je comprends pas mais en même temps c'est super excitant. J'avais battu mon chrono sur cette nage-là, sur ce jour-là, mais parce qu'en fait je partais tellement un peu de nulle part que je pouvais que m'améliorer, et je me suis nettement améliorée vu que j'ai pas mal remonté mon temps et ça m'a valu du coup un titre.
- Speaker #1
Mais tu réalises ce qui se passe quand ça t'arrive ?
- Speaker #0
Non. Je me souviens des émotions que j'avais à ce moment-là et j'avais un peu comme si c'était un rêve du mal à réaliser. C'était retranscrit en direct sur YouTube et du coup, il y avait tous mes proches, mes amis, ma famille qui regardaient en direct, qui m'envoyaient des WhatsApp, etc. Et c'était vraiment, j'avais l'impression d'être sur un nuage sportif.
- Speaker #1
Puis ça a dû te porter pour continuer l'entraînement, continuer ton sport, ta discipline, ta rigueur. tu le faisais tout à l'heure, parce que tu pars quand même d'un corps... empêcher, entre guillemets, à un corps performant, comment tu vis ce changement de regard ? Est-ce que d'ailleurs ça change le regard que tu portes sur toi ?
- Speaker #0
Complètement. Quand je te disais que c'était un peu le défi de continuer les entraînements, il y a eu aussi le défi parce que t'arrives pas direct au championnat de France, t'as les inter-régions, les régions, etc.
- Speaker #1
Oui, ce qui s'est quand même passé trois ans entre 2019 et ce premier temps. Parce qu'il y a eu le Covid. Ah oui, il y a eu le Covid en plus.
- Speaker #0
Il y a eu le Covid qui a fermé les piscines, qui a ensuite réouvert les piscines, mais il y avait le couvre-feu. Du coup, comme je travaillais, j'ai vraiment nagé à partir de septembre 2021. Mes premiers championnats de France étaient en juin 2022. C'est dur, mais ce n'est pas le corps qui me fait souffrir, c'est la technique. Je n'ai pas la technique et je la cherche.
- Speaker #1
Tu dis que tu la cherches parce que le fait que tu aies un corps particulier, c'est une technique qui va être propre à toi ?
- Speaker #0
Je pense que comme j'ai toujours grandi avec mon corps, j'ai toujours trouvé des manières de compenser. Et donc du coup, même dans la nage que je fais, quand je faisais le petit chien ou la petite grenouille, je pense que je ne faisais pas la vraie nage officielle, mais que mes parents n'ont pas cherché à comprendre parce que tant que je ne me noyais pas, c'était l'essentiel.
- Speaker #1
C'est déjà bien.
- Speaker #0
Donc du coup, il a fallu, je pense, corriger des défauts de nage.
- Speaker #1
Et ton entraîneur, il sait s'adapter ?
- Speaker #0
Elle est en situation de handicap, elle aussi. Donc du coup, elle sait que tous les corps sont différents et elle m'a donné des petits tips pour essayer de m'améliorer et surtout de réussir à nager conformément pour éviter la disqualification. pour les épreuves.
- Speaker #1
Et j'ai lu que tu disais que dans l'eau, tu n'avais pas de douleur. Tu devais te sentir libre.
- Speaker #0
Du coup, mes moignons ne sont pas resserrés dans mes prothèses. Je me sens vraiment libre, un peu comme quand tu enlèves tes chaussures de ski le soir.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
Même si tu es trop contente d'avoir fait du ski, tu es contente d'enlever un peu les après-ski quand même.
- Speaker #1
Et donc, l'objectif, c'est quoi ?
- Speaker #0
L'objectif, c'est de continuer à nager. Je ne suis plus sûre de vouloir le sport d'élite.
- Speaker #1
Ah !
- Speaker #0
Parce que c'est une telle rigueur et il faut mettre tellement sa vie entre parenthèses. Et je ne suis pas sûre de vouloir ça pour ma vie. Parce que j'ai une vie sociale, j'ai une vie amoureuse, j'ai une vie professionnelle.
- Speaker #1
C'est beaucoup.
- Speaker #0
C'est beaucoup. Je trouve qu'il faut, pour réussir à déjà combiner tout ça, il faut vraiment avoir un sacré mental, du temps, etc. Moi, je vais continuer à faire trois fois par semaine du sport, aller aux compétitions, etc. Mais Los Angeles 2028, je pense que ça ne sera pas pour moi. Mais c'est pas pour autant que j'arrête de nager ou quoi que ce soit, tu vois. Mais l'élite, ça demande trop de... Sacrifices ? Trop de sacrifices. Je pense pas avoir la mentalité pour donner autant de sacrifices au sport, même si les émotions sont dingues, et même si je me donne quand même les moyens d'arriver à un bon sport, par exemple là je rentre de week-end de stage de perfectionnement, où j'ai nagé 4h samedi, 4h dimanche, c'est pas mal, j'ai quand même dit tout un week-end je nage. Mais ce n'est pas pour autant que je me dis que je veux faire davantage de sacrifices pour aller à Los Angeles.
- Speaker #1
Mais c'est déjà incroyable quand je t'écoute, quand je te vois. Il n'y a jamais de plainte, jamais de pourquoi moi. C'est naturel cette joie de vivre qui te...
- Speaker #0
Je pense que c'est dû aussi à mon éducation. Mes parents étaient pour beaucoup. Je ne suis pas née comme ça. C'est eux aussi qui m'ont aidée à me développer dans ce sens.
- Speaker #1
Et tu n'as jamais de colère ou de tristesse ?
- Speaker #0
Deux fois, il y a des coups de mots, mais ce n'est pas de la tristesse, c'est un coup de mot.
- Speaker #1
En tout cas, tu es une jeune femme pétillante en face de moi. J'aimerais bien savoir un petit peu quelle femme tu es. Donc, on sait que tu fais du sport, que tu travailles. Mais je m'aimerais aussi que tu me parles un petit peu de ce que c'est d'être une femme. dans le milieu du sport ?
- Speaker #0
Déjà, on est peu. Et tout à l'heure, tu me parlais de légitimité à faire du sport. Je pense aussi, c'est pour ça que je n'ai pas cherché, quand j'étais dispensée de sport, je pense que c'est aussi pour ça que je n'ai pas trop cherché à faire du sport par moi-même, parce que je ne voyais pas trop de femmes handicapées faire du sport. Du coup, j'étais un peu en mode, si ce n'est pas dans les schémas que je vois, c'est que ça ne doit pas y être. Tu n'avais pas de modèle ? Non, aucun.
- Speaker #1
Et tu réalises qu'aujourd'hui, tu es un modèle pour beaucoup de femmes ou d'hommes même qui sont en situation de handicap ou qui se retrouvent handicapées et qui se disent « moi aussi, je peux faire des choses, je peux me dépasser » .
- Speaker #0
Je trouve ça cool que ça leur donne l'idée. Si ça peut être une petite graine, c'est chouette parce qu'on revient juste sur le sport élite-pas-élite. Le sport, ça apporte tellement de choses au-delà d'une médaille au JO ou au para. D'autant plus pour les personnes en situation de handicap. Certains, ça leur permet de se muscler. et du coup de mieux se tenir dans leur fauteuil ou ça leur permet de moins utiliser les cannes parce que du coup leur souffle a été amélioré de par la pratique du sport et du coup je trouve ça chouette que ça fasse une petite graine et que c'est pas pour autant que t'es obligé d'aller dans la gloire et Paris et tout le tralala voilà on a fait un petit écart non t'inquiète c'est hyper intéressant ton point de vue,
- Speaker #1
ton expérience et donc on en était à la question de la femme parfois les contraintes qu'il peut y avoir. Je pense par exemple aux menstruations, à la grossesse.
- Speaker #0
Ah bah c'est... Bon moi je suis sous pilule qui fait que je n'ai pas de règles. Donc j'ai pas ce souci de me dire quand c'est que tombent les compétitions, etc. Mais j'aimerais bien arrêter la pilule pour le côté nocif que ça apporte au corps. Mais j'ai ce truc de me dire ça va être trop compliqué de gérer ça avec les compètes. Donc il y a ce truc, petite charge mentale, mais dans un petit coin de la tête quand même. Pareil pour la grossesse, je suis avec mon chéri, je n'ai pas de projet bébé imminent, mais à un moment donné, ça va arriver. Je me dis, du coup, quelle saison je décide de mettre entre parenthèses ? Du coup, c'est vrai que ça prend une petite part de ton cerveau, même minime, mais ça prend quand même une petite part de ton cerveau à y réfléchir. Après, il y en a plein des femmes qui disent que justement, ça a été un défi de revenir après une grossesse quand le corps a changé. Mais du coup, c'est un défi, c'est une difficulté, mais quand même supplémentaire.
- Speaker #1
J'aime pas le mot contrainte, mais c'est quand même des spécificités. Un critère supplémentaire. Voilà, c'est ça. Et alors, dans ta vie, être une jeune femme handicapée avec un petit copain, comment ça se passe ? Est-ce que tu sens parfois des regards appuyés ? Est-ce que c'est facile ? Est-ce que c'est un sujet ? Est-ce qu'au contraire, ça ne l'est pas ?
- Speaker #0
Je vois certains regards appuyés, comme tu dis.
- Speaker #1
Ton petit copain, il est en situation de handicap ? Non,
- Speaker #0
pas du tout. C'est un mec valide, très bien. Mais je vois des fois dans le regard... Parce que du coup, j'étais en centre de rééducation, j'ai eu une intervention en 2023-2024. Donc du coup, j'étais en fauteuil, sans prothèse, sans jambes ni rien. Oui,
- Speaker #1
j'ai vu pendant six mois.
- Speaker #0
Exactement, pareil, c'était une opération que je reculais parce que je n'avais pas fait cette opération, parce que je voulais consacrer du temps aux études. Puis après les études, tu as les CDD, du coup tu es en mode HVN, CDI. Donc j'ai reculé un peu. Oui, grosse intervention. Oui, grosse intervention. Et donc du coup, j'étais en fauteuil, en centre de rééducation. Et quand on sortait les week-ends, je voyais dans le regard... Les regards des gens qui regardaient mon chéri en mode « Quel homme courageux ! »
- Speaker #1
Ah ouais ?
- Speaker #0
Ouais, je ressentais ça vraiment, le « Oh là là, il a du courage, il pousse sa femme ! » Même si c'était pas mon futur à l'époque. Mais du coup, il y a vraiment ce regard de... De la compassion,
- Speaker #1
de l'empathie, de l'empathie. De l'empathie, de prendre soin de toi.
- Speaker #0
Mais je le voyais plus pour lui que pour toi. Que pour moi, de « Ah bah c'est cool, elle est handicapée, elle vit sa petite vie, enfin tu vois... » C'est comme les regards des enfants, les regards des enfants, ça me gêne plus. Ils regardent les enfants, ils me regardent.
- Speaker #1
C'est curieux les enfants.
- Speaker #0
Oui, c'est curieux. Puis vraiment, ça ne me dérange vraiment pas. Quand ils veulent poser des questions, je vois qu'ils sont prêts à discuter. Je vais capter leur regard pour aussi une discussion. Ou alors, je vois les parents qui tirent les mains. Du coup, je sens que ce n'est pas forcément le bon moment.
- Speaker #1
C'est tabou. Il y a ce côté qui fait peur.
- Speaker #0
Il y a ce côté complètement tabou qui s'arrange avec le temps. Parce que quand même, parmi les 24... Oui, il y a une évolution de la société, je trouve. avec Paris 2024 sur justement mettre le handicap en valeur et de manière très positive, je trouve que sur ça ça a complètement changé le regard des gens, mais même la politique sur ça je trouve qu'il y a beaucoup plus de prévention, de communication même dans les écoles je fais des fois de la sensibilisation dans les écoles, ça je pense que ça existait pas forcément avant, du moins moi j'ai jamais vu quelqu'un en situation de handicap venir dans mon école Donc là tu vas dans les écoles et tu parles de Merci.
- Speaker #1
de toi ?
- Speaker #0
Du handicap, du sport, puis des fois, souvent, c'est des questions ouvertes. Donc, c'est les enfants qui disent, est-ce que tu te couches avec tes jambes ? Comment tu fais tes lacets ? Des questions comme ça qui, au final, désacralisent le handicap et enlèvent tout tabou. C'est trop bien. Chaque expérience comme ça, je trouve ça génial.
- Speaker #1
Et puis, il y a eu une expo photo récente que j'ai vue à Marseille.
- Speaker #0
Avec la ville de Marseille, c'était « Je suis légitime » . C'était sur les femmes sportives, pas forcément les femmes en situation de handicap. mais des femmes sportives. Et on était du coup deux en situation de handicap à faire ce jeu-ci.
- Speaker #1
Mais c'est au contraire super, je trouve, d'avoir mélangé les deux. Complètement. De ne pas faire de cas de ça.
- Speaker #0
Complètement. Et du coup, si ça peut, pareil, encore une fois, planter une petite graine quelque part, c'est chouette.
- Speaker #1
Est-ce que ça aurait un petit conseil où tout ton témoignage est rassurant, mais un conseil particulier à livrer à quelqu'un qui est dans ta situation ou à des parents dont l'enfant est dans ta situation ?
- Speaker #0
Le conseil, c'est ne pas se cacher. En fait, l'handicap ne doit pas être la première image, enfin je trouve, avec ma vision, ne doit pas être l'image première, mais ne doit pas être cachée. Parce que moi, tout le collège, j'ai passé mon collège avec un gilet, alors que je crains la chaleur et tout, mais j'avais un gilet noir pour cacher mes mains. Je cachais tout le temps ma main, j'ai souvent le réflexe de cacher ma main. Et parce qu'elle n'est pas très esthétique, elle sert, elle me sert à plein de choses, mais elle n'est pas très esthétique, donc souvent je la cachais parce qu'elle me gênait. Et du coup, le petit conseil que je dirais, c'est de Pas caché en fait. Si les parents cachent, ça va encore plus créer quelque chose je trouve chez l'enfant.
- Speaker #1
Mais toi j'ai l'impression que tes parents ils t'ont donné de belles valeurs et de confiance en toi.
- Speaker #0
Ma mère me mettait toutes les sandales possibles et inimaginables, me mettait le vernis sur les petits doigts de pied et tout, les robes etc. Mais j'avais l'esthétique des prothèses donc du coup je cachais pas la prothèse, elle était là vu que j'étais en jupe, en robe. Mais il y avait l'esthétique parce que je trouvais ça plus... enfin c'était le cas, c'était harmonieux et mes prothèses elles étaient comme ça.
- Speaker #1
Merci beaucoup Clara, c'était un très beau témoignage.
- Speaker #0
Merci à toi.
- Speaker #1
Avant de terminer notre échange, j'ai un petit quiz pour toi. Tu connais, c'est la tradition. Alors, ce qui te définit le mieux, déterminé, optimiste ou têtu ?
- Speaker #0
Optimiste.
- Speaker #1
Je crois que c'est une bonne réponse. Ton mantra pour garder le sourire ?
- Speaker #0
Il y a une phrase de Coluche qui dit « On n'est pas responsable de la gueule qu'on a, mais on est responsable de la gueule qu'on fait » .
- Speaker #1
Si ta vie était une nage, ce serait ? Le dos, la brasse ou le crawl ?
- Speaker #0
La brasse. Le dos, c'est tu ne sais pas où tu vas et le crawl, je ne savais pas le nager avant.
- Speaker #1
Les sports que tu rêves d'essayer ?
- Speaker #0
L'escalade et le parachute.
- Speaker #1
Et enfin, Clara, être une femme pour toi, c'est chouette.
- Speaker #0
C'est chouette. C'est côté positif, c'est côté négatif et puis il suffit d'en faire une chouette expérience.
- Speaker #1
Écoute, merci pour cet échange. Tu m'as beaucoup touchée. Je savais en fait, avant de te rencontrer, que j'allais être impressionnée et c'est vraiment le cas. Merci parce que tu as vraiment une manière de regarder la vie autrement. Tu ne te définis pas par ce qui te manque, mais par tout ce que tu fais avec. Tu nous montres que les limites, elles ne sont pas toujours là où on les imagine et que parfois, il suffit d'un pas ou d'un plongeon pour toi, pour changer toute une trajectoire. Alors merci pour ta force, ton humour et cette énergie que tu transmets. c'était... un très très chouette témoignage cet épisode se termine j'espère qu'il vous a plu je vous remercie beaucoup de l'avoir écouté D'étonnante c'est un nouveau podcast c'est une rencontre toutes les deux semaines avec une femme inspirante, différente qui nous raconte son parcours, son histoire si vous aimez ce podcast si vous avez envie de découvrir d'autres témoignages alors vous pouvez vous abonner sur votre plateforme d'écoute et aussi mettre des petites étoiles et bien sûr suivre le compte Instagram d'étonnante.podcast Allez, je vous dis à bientôt !