- Speaker #0
Hello, je m'appelle Elisabeth Hillard et vous écoutez D'étonnante, le podcast qui donne la parole à des femmes différentes. Parfois par choix, souvent par nécessité, ces femmes font autrement, bousculent les normes, les stéréotypes et nos certitudes. Parce qu'il existe mille et une façons d'être femme, d'être soi. Alors, bonne écoute ! Aujourd'hui, je reçois Roxane Tabatabé, la jeune réalisatrice du documentaire Fosséenne. Bonjour !
- Speaker #1
Bonjour Elisa.
- Speaker #0
Alors j'ai eu la chance de voir ton film dans lequel tu es allée à la rencontre de cinq femmes de Marseille. Cinq parcours très différents mais reliés par quelque chose de discret, de puissant je dirais. À ces femmes c'est leur manière d'habiter la ville, de créer, de travailler, de résister parfois et surtout d'avancer. Donc dans cet épisode, aujourd'hui, on va revenir sur ton parcours, sur ton métier de réalisatrice. sur la manière dont on apprend à filmer les autres, mais aussi sur ce que ça veut dire de raconter des femmes sans les enfermer dans une seule image. Et puis évidemment, on parlera de Marseille, de ce que cette ville révèle, de ce qu'elle cache et de ce qu'elle permet peut-être aussi de raconter autrement. Alors je sais que tu étais un peu timide à l'idée de venir à mon micro, alors je te laisse prendre tout ton temps pour te présenter.
- Speaker #1
Merci beaucoup. Du coup, je m'appelle Roxane Tabatabé, j'ai 30 ans et je suis réalisatrice à Marseille. J'ai travaillé pendant un petit moment en Angleterre, à Londres.
- Speaker #0
D'accord, merci Roxane. Donc tu le disais, tu as grandi en Suisse, tu as vécu à Londres et aujourd'hui te voilà à Marseille. Mais si on remonte au tout début, à quoi ressemblait la Roxane enfant ? Est-ce que tu étais déjà attirée par les histoires des autres ?
- Speaker #1
Peut-être pas tant les histoires des autres, mais j'avais un côté un peu rêveuse. Donc je me faisais beaucoup d'histoires. Et ensuite j'ai aimé écouter en grandissant les histoires notamment de mes grands-parents. Et leur apprendre aussi, moi, mes histoires à moi. Essayer de faire en sorte que nos deux mondes puissent un peu cohabiter. Donc je crois que c'est ça qui a fait que je me suis intéressée aux histoires des autres pour les inclure dans les miennes en étant enfant.
- Speaker #0
Et donc tu commençais à créer, à écrire. Comment ça se passait quand tu étais petite ? Tu disais de rejoindre un peu ces deux mondes.
- Speaker #1
Non, c'était en leur posant des questions. J'avais l'esprit d'un enfant, donc je voulais me rendre compte depuis combien de temps eux y vivaient. Ce qu'ils avaient vécu avant que moi je rentre dans leur vie, parce que ça me semblait lunaire qu'ils avaient pu vivre sans moi à un moment donné. Donc c'était ça un peu que j'essayais de comprendre. Donc c'était vraiment leur posant plein de questions.
- Speaker #0
Et alors quand on est petite fille, réalisatrice, je sais pas pour toi, mais moi en tout cas c'est pas un métier que je connaissais forcément. À quel moment le cinéma ou l'envie d'aller plus loin dans l'audiovisuel est venue ?
- Speaker #1
Effectivement moi non plus je connaissais pas du tout ce que ça sous-entendait d'être réalisatrice, mais j'ai su depuis... très très petite que je voulais travailler dans le cinéma sans vraiment comprendre ce que ça voulait dire, ni même les tenants et les aboutissants. Mais je sais que c'était un métier qui m'attirait beaucoup.
- Speaker #0
Et quand tu dis cinéma, est-ce que c'était plutôt le jeu des acteurs, les émotions que ça te suscitait, ou déjà t'avais cette envie d'être derrière la caméra ?
- Speaker #1
Non, l'idée d'être derrière la caméra vraiment. L'idée de pouvoir en fait réunir les gens. Et pour la petite anecdote, j'ai une famille qui est très différente, on est beaucoup de frères et sœurs et mes parents sont assez différents.
- Speaker #0
Vous êtes combien de frères et sœurs ?
- Speaker #1
On est cinq enfants.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Et en fait, les moments où on se réunissait tous pour passer du temps ensemble, c'était pour regarder des films, notamment. Et je sais que j'avais cette envie de pouvoir, moi aussi, réunir des gens et faire en sorte qu'ils passent des moments tous ensemble.
- Speaker #0
D'accord. Donc, c'était vraiment cette envie de créer toi-même le film. Et alors, quand tu as eu cette envie-là, tu t'es tout de suite dit, il va falloir que je fasse des études, ou c'est plutôt l'expérience, je vais m'acheter un caméscope, une caméra ?
- Speaker #1
Alors, je me suis acheté une première caméra. Je gagnais de l'argent en faisant des babysitting, en fait. Et je préférais moins manger le midi pour pouvoir essayer de mettre le plus de sous de côté pour pouvoir m'acheter la caméra. J'ai réussi à m'acheter une première caméra. Et après, je filmais. Ma famille, c'était un peu mes cobayes, mes petits cousins, ma petite sœur. Et après, c'était juste pour pouvoir un peu faire des images. Mes amis aussi, quand on faisait des anniversaires.
- Speaker #0
Et après, tu faisais les montages ?
- Speaker #1
Oui, alors après, c'était très basique. Je ne faisais pas grand-chose avec ces images-là, mais c'est vrai que ça me plaisait beaucoup de faire ça.
- Speaker #0
Et donc, après des études dans l'audiovisuel, comment ça se passe quand tu découvres un peu les métiers qu'il y a autour du cinéma, justement ?
- Speaker #1
Alors, j'ai fait un concours d'entrée pour entrer dans une école en Angleterre, à Londres. On m'a appris en un an, parce que je n'ai fait qu'un an d'études, après j'ai travaillé directement. En un an, on m'a appris qu'est-ce que ça voulait dire faire du montage, qu'est-ce que ça voulait dire être perchiste, qu'est-ce que ça voulait dire être... chef opérateur, assistant caméra, premier assistant, deuxième assistant, tous des métiers dont je ne connaissais même pas l'existence au final. Donc du coup, ça a ouvert un champ des possibilités qui était immense. Et j'ai eu la chance l'été après cette première année de rencontrer un réalisateur. sur un clip qui m'a pris sous son aile et je ne suis plus retournée à l'école et j'ai continué avec lui.
- Speaker #0
Donc c'est aussi beaucoup un métier d'expérience, de réseau.
- Speaker #1
Exactement, je pense que c'est que ça.
- Speaker #0
Et alors qu'est-ce qui t'a amenée à Marseille ? Est-ce que cette ville a changé ton regard de réalisatrice ?
- Speaker #1
Alors c'est le Covid qui m'a amenée à Marseille et le Brexit aussi parce que j'ai mon visa qui a été refusé en Angleterre. Je me suis retrouvée à Marseille grâce au Covid parce qu'après je suis allée... En vacances tout simplement ici, j'ai eu un coup de cœur pour cette ville.
- Speaker #0
Tu ne connaissais pas avant ?
- Speaker #1
Pas du tout, je ne connaissais pas du tout, je ne connaissais personne, je n'avais vraiment aucune connaissance ici. Et j'ai eu un vrai coup de cœur pour Marseille, et du coup j'ai décidé de m'y installer.
- Speaker #0
Et alors quand on découvre Marseille pour la première fois avec les yeux que tu as, les yeux d'une réalisatrice, de l'image, qu'est-ce qu'on voit ?
- Speaker #1
Je trouve qu'on voit le fait que c'est très électrique, et qu'après ma bord, on pourrait penser que c'est une ville d'hommes.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Je trouve qu'il y a énormément d'hommes dans les terrasses, dans les cafés, dans la rue. Leur énergie, elle se ressent beaucoup. Une fois qu'on s'y penche un peu plus et qu'on observe un peu mieux, je trouve qu'au contraire, c'est une ville de femmes.
- Speaker #0
Et ça va m'amener à parler tout à l'heure de ton documentaire, justement, Les Fosséennes. Est-ce que tu dirais que Marseille t'a imposé un nouveau récit ? Parce que c'est vrai que tu as une façon de raconter les autres qui est hyper intéressante. On est à la fois dans la discrétion et à la fois on ressent beaucoup d'émotions. Ou est-ce que c'est déjà ta façon de faire, en fait, de faire émerger des histoires qui ont l'air simples en apparence, mais qui sont vraiment très humaines, je trouve ?
- Speaker #1
Alors, je ne pense pas que Marseille m'a imposée, mais je pense que Marseille m'a permis d'étendre cette vision que j'avais déjà un peu. Je n'aime pas me mettre en avant. Ça,
- Speaker #0
je le vois.
- Speaker #1
Je n'aime pas parler de moi. Et du coup, je trouve que Marseille, elle m'a permis de mieux voir, en fait, plein de chemins de vie différents et plein de manières de... de raconter aussi Marseille de manière différente. C'est très différent qu'on soit du centre-ville ou des quartiers sud, des quartiers nord. Il y a mille visages en fait de Marseille et ça, ça m'a beaucoup aidée je pense.
- Speaker #0
C'est cette pluralité qu'on retrouve d'ailleurs dans ton documentaire. Comment tu définirais cette pluralité ?
- Speaker #1
En fait, par rapport au contraste en vérité. Dans les contrastes que Marseille offre, il y a un côté qui est très solaire, qui est très... électrique de manière positive, mais il y a aussi un côté qui est électrique de manière négative et un côté un peu plus sombre aussi de Marseille. Il y a beaucoup de violence. La violence, elle est très banalisée et je pense que la pluralité, elle se trouve aussi ici, à Marseille, même si on la prend comme un personnage, en fait, elle est plurielle. Elle est à la fois très tendre, mais en même temps, elle peut être violente. On peut lui faire confiance, mais elle peut aussi nous trahir. Et je pense que c'est ça aussi qu'elle nous offre et qu'elle offre aux habitants et ça se ressent chez ses habitants.
- Speaker #0
Et c'est cette pluralité qui t'inspire aussi pour tes projets ? dont le documentaire dont tu vas nous parler tout à l'heure.
- Speaker #1
Oui, beaucoup, oui.
- Speaker #0
Parce que c'est vrai que moi qui l'ai vu, je trouve qu'on est quand même un peu en dehors des stéréotypes qu'on a parfois sur les documentaires ou sur les films qu'on voit de Marseille. Et pour autant, tu réussis quand même à montrer des profils de femmes différentes. Et bon, alors on va rentrer dans le projet parce que là, sinon, ça fait trop de teasing. Est-ce que tu peux expliquer rapidement aux auditeurs en quoi consiste justement ton documentaire ? Si tu devais résumer.
- Speaker #1
Alors si je devais résumer Fosséenne, c'est l'histoire de cinq femmes qui font rayonner Marseille dans l'ombre et font rayonner Marseille grâce à leur travail et grâce à leur envie de transmettre quelque chose qu'elles ont appris tout en laissant encore une fois Marseille au centre de leur activité. On a une danseuse, on a une créatrice de mode, on a une sportive de haut niveau, on a une jeune entrepreneuse et on a une DJ qui est aussi chef déco. On a du coup vraiment plein de femmes différentes et qui puisent leur force sur le territoire marseillais.
- Speaker #0
Et comment tu les as rencontrées ces femmes ?
- Speaker #1
Alors je les ai rencontrées grâce à l'agence dans laquelle je travaille, la firme.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Et je les ai aussi rencontrées de par connaissance du réseau de la firme.
- Speaker #0
Tu avais d'autres candidates ou tu les as tout de suite visualisées, tu as tout de suite eu envie de les raconter ?
- Speaker #1
On a travaillé le casting pour Fausse N avec les producteurs, avec Gilson Soares et Zino Saïd. et... On a vraiment tout de suite eu une liste très brève de ces femmes-là et on a tout de suite vraiment pensé à elles parce que leur énergie, on vraiment parlait d'elles-mêmes au final et on avait envie de pouvoir les mettre en avant de cette manière-là.
- Speaker #0
Et alors quand on crée un film comme ça, désolée je pose plein de questions, mais c'est parce que c'est vraiment un univers qui m'est inconnu et je pense que beaucoup d'auditeurs aussi. Donc là tu te dis, je vais écrire un film sur des femmes. De Marseille, c'est comme ça qu'il naît le projet ou c'est plutôt je rencontre des femmes et donc j'ai envie d'écrire un film sur des femmes ?
- Speaker #1
Non, c'est j'ai envie d'écrire un film sur les femmes à Marseille et ensuite je les rencontre et ensuite on écrit et ensuite on lance la production.
- Speaker #0
Alors le film il est documentaire alors quand tu dis t'écris c'est-à-dire que tu leur donnes quand même des directives, des choses à dire ? ou c'est assez naturel et ça se fait spontanément ?
- Speaker #1
Non, en fait, quand je dis j'écris, c'est que tout au préalable du tournage, je les ai rencontrés et on a eu une discussion un peu comme on a toi et moi maintenant, où j'ai pris des notes de certaines choses qu'elles m'ont racontées, qui moi m'ont touchée, où j'ai cru sentir en tout cas en elles peut-être un peu une lumière dans leurs yeux quand elles m'ont parlé de certains aspects de leur vie. Et après, j'ai construit des questions autour de ces aspects-là, aussi avec un des producteurs, Gilson Soares. qui m'a beaucoup aidée.
- Speaker #0
Elles ont réussi à se détendre, à se livrer avec la caméra parce que c'est vrai que rien que moi qui enregistre des podcasts, parfois le micro crée un malaise, les personnes ont du mal à se livrer, alors que j'imagine avec une grosse caméra, des micros, des perches...
- Speaker #1
Ah oui, c'est un exercice archi-difficile et je suis tellement reconnaissante parce que moi je sais que je ne l'aurais jamais fait. Et j'ai essayé le plus possible, j'ai quand même beaucoup parlé avec chacune d'entre elles avant le tournage. L'idée que je voulais faire aussi vraiment du documentaire, même si c'est moi qui le réalise, c'est une co-réalisation en vérité. Elles l'ont toutes réalisée avec moi parce que c'est leur vie qu'on met en avant, c'est leur quotidien, c'est leur appartement, c'est leurs amis, c'est leur famille, c'est leur nièce. C'est intime. C'est tellement intime et du coup, je suis très reconnaissante de la lumière qu'on met sur le projet et qu'on met sur mon nom. Mais en vérité, elles ont fait tout autant que moi et je trouve que ça, c'est aussi important. et je pense que c'est ça qui a aussi aidé Pour qu'elles soient finalement assez détendues ou le plus détendues possible devant la caméra, c'est qu'elles ont compris et j'ai réussi à leur faire comprendre. En tout cas, j'espère qu'on est dans une relation déjà en premier lieu un peu de sororité quand même, mais aussi vraiment une collaboration. C'est ça que je voulais mettre en avant.
- Speaker #0
Ces femmes, elles sont très différentes, mais il y a quand même quelque chose qui les relie. Alors, je ne sais pas si c'est la sororité, si c'est leur envie de faire bouger les choses, de résister un peu à la ville. il y a quelque chose de féministe aussi dans ton film.
- Speaker #1
Oui, je pense qu'il y a l'idée de ne pas vouloir rentrer dans des stéréotypes. Les stéréotypes qu'on peut se faire de la femme marseillaise parce qu'on peut dire ce qu'on veut. Je pense qu'il y a des gens qui ont malheureusement encore ce stéréotype en tête. Je crois aussi qu'elles ont toutes cette envie de faire bouger les choses avec leur force, leur corps, leur tête, leur esprit, leur intelligence. J'espère que ça se ressent le plus possible en tout cas.
- Speaker #0
Et ce projet, tu l'as voulu pour des femmes. C'était important ? pour toi de montrer spécifiquement des femmes à l'écran ?
- Speaker #1
Peut-être pas de cette manière-là, mais de le montrer de manière différente, en tout cas. Je ne suis pas du tout fermée à faire des projets qui mettent peut-être plus en avant aussi des hommes.
- Speaker #0
Bien sûr.
- Speaker #1
Parler d'un autre type de masculinité, parler d'un autre type de virilité, c'est des sujets qui m'intéressent énormément. Mais c'est vrai que là, j'étais plus dans une phase de réflexion. J'avais envie de mettre en avant, en tout cas, une énergie féminine, on va dire.
- Speaker #0
Mais c'est réussi. parce que justement on a des femmes modernes et qui cassent bien les stéréotypes dans ton film, est-ce qu'il y a des choses des profils des traits de caractère justement que tu souhaitais éviter de montrer dans ton film ?
- Speaker #1
Je pense que je ne voulais pas rentrer dans une forme de pathos où on se sent désolé pour elle où on se sent un peu empathique moi je ne voulais pas qu'il y ait de l'empathie je voulais qu'on regarde et qu'on se sente inspiré et qu'on voit qu'elles sont admirables. Il n'y a aucune d'entre elles qui est désolée d'être qui elle est, de parler de la manière dont elle parle, d'avoir l'énergie qu'elle a. Et elles ont toute la tête haute quand elles marchent. Et ça, je voulais vraiment retranscrire parce que je trouve que ça se voit beaucoup. Et j'ai essayé le plus possible de le retranscrire à l'image.
- Speaker #0
Eh bien, c'est réussi parce que c'est vrai qu'elle donne envie, je trouve, de se bouger, d'être fière de qui on est. Donc si c'était ça le pari, c'est vraiment réussi. C'est vraiment un film que j'ai beaucoup aimé. Quand les spectateurs regardent ton film, S'il y a deux, trois choses que tu souhaites qu'ils retiennent, qu'est-ce que c'est ?
- Speaker #1
Peut-être l'idée de la transmission, de continuer à transmettre ce qu'on sait, de continuer à se transmettre ce qu'on connaît aux autres, aux gens qui sont près de nous, et aussi de ne pas s'excuser d'être une femme, au contraire.
- Speaker #0
Et alors justement, le fait d'être une femme dans le métier du cinéma, est-ce que c'est... Un univers qui est très mixte, est-ce qu'au contraire c'est très masculin ?
- Speaker #1
D'un point de vue technique, c'est un univers qui est plutôt masculin. Les machinistes, toutes les personnes qui s'occupent de la lumière, des caméras, c'est quand même un métier qui est grandement masculin. Dans la production, tout ce qui est l'organisation, c'est plutôt féminin.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Mais moi j'ai été formée par un homme, par un réalisateur qui m'a pris sous son aile. Ils étaient une équipe d'hommes et ils m'ont toujours fait me sentir à ma place. Je n'ai jamais eu un ressenti négatif par rapport à ça, alors j'ai peut-être eu beaucoup de chance. Et aujourd'hui encore, je travaille dans une équipe où ce n'est que des hommes, et je me sens aussi très bien et je me sens très écoutée. Donc je pense qu'il y a certains types de métiers qui sont effectivement un peu plus à tendance masculine et d'autres un peu plus à tendance féminine, mais je pense que dans les deux cas, on peut très bien réussir à s'épanouir.
- Speaker #0
Et alors aujourd'hui, quels sont tes projets ? Maintenant que le documentaire est sorti, est-ce qu'il y a des retombées ? Est-ce que ça t'amène vers d'autres projets ?
- Speaker #1
Il y a des retombées très positives, comme ce podcast, auquel je ne m'attendais pas du tout. J'essaie de construire un autre projet, effectivement, autour cette fois de la bike life. Donc, toutes les femmes qui font de la motocross.
- Speaker #0
Donc, encore avec des femmes.
- Speaker #1
Encore avec des femmes, oui.
- Speaker #0
Vous n'y serez pas un peu féministe quand même ?
- Speaker #1
Mais je pense que toutes les femmes le sont au final, mais juste parce qu'on travaille, on est libre. Et encore une fois, on se débrouille.
- Speaker #0
Est-ce que le fait d'être une femme, c'est aussi une façon différente peut-être de mettre la lumière sur les autres, de prendre le temps de montrer certains aspects ? Je ne sais pas, une douceur ? Alors là, je suis complètement avec les clichés, je ne sais pas.
- Speaker #1
Non, je pense qu'une autre femme réalisera les choses d'une autre manière que moi parce qu'elle n'a pas la même origine, elle n'a pas grandi dans la même famille. Je veux dire, c'est toutes ces choses-là qui font de moi qui je suis et qui font de moi, de ma personne, avoir un certain regard sur les choses. et du coup que... Les mains de quelqu'un vont beaucoup me toucher, la manière dont elle parle avec ses mains, alors que quelqu'un, ça va être plutôt de son regard, je ne sais pas.
- Speaker #0
Et alors aux personnes qui nous écoutent, qui aiment l'image, qui aiment tout ce qui va être autour du cinéma, du film, c'est un milieu qui peut faire peur ou on peut se dire, quand on ne vient pas de ce milieu-là, quand on n'a pas de réseau, ah ben non, ce n'est pas pour moi, je ne sais pas. Et quels conseils tu pourrais donner ?
- Speaker #1
Franchement, c'est difficile. Moi, je sais qu'à Londres, pendant plus de deux ans, j'ai dû travailler à côté, j'ai dû donner des cours, j'ai dû faire du babysitting, j'ai dû faire tous les boulots du monde, j'ai dû faire des cafés dans des tournages pendant je ne sais pas combien d'heures sous moins 5 degrés avec de la neige. C'est très difficile, mais il faut s'accrocher. Mais ce n'est pas inatteignable. Ce n'est pas un métier qui est que réservé à une élite ou ce n'est pas un métier qui est que réservé au fils d'eux. déjà un réalisateur, déjà un producteur, déjà un acteur, même si on ne va pas se cacher, c'est quand même beaucoup ça. Il y a quand même la place pour d'autres personnes et pour nous de s'exprimer, tout simplement.
- Speaker #0
Et alors aujourd'hui, est-ce que tu vis de ton métier de réalisatrice ?
- Speaker #1
Alors, pas de mon métier de réalisatrice, mais de mon métier de chef de projet dans l'agence La Firme.
- Speaker #0
D'accord. Et alors, qu'est-ce qu'on peut te souhaiter pour évoluer au-delà de ce projet des femmes bikeuses ? Est-ce que c'est d'aller vers des films plus... plus long, c'est quoi l'évolution souhaitée quand on est comme ça une jeune réalisatrice à succès ?
- Speaker #1
Alors à succès, je ne sais pas encore, j'espère bientôt, mais je ne sais pas de pouvoir continuer à m'épanouir là-dedans et de continuer surtout à raconter les histoires que j'ai envie de raconter. Je pense que c'est ça.
- Speaker #0
Et alors c'est qui les réalisateurs qui t'inspirent ?
- Speaker #1
Il y en a trop. Ça c'est compliqué comme question. Ou alors des films qui t'ont inspiré. Une séparation, c'est un film iranien. Alors je fais un peu de la propagande parce que je suis d'origine iranienne.
- Speaker #0
D'accord, mais je ne l'avais pas noté ça, moi j'étais partie sur la Suisse.
- Speaker #1
Ah oui, je suis née en Suisse, mais je suis d'origine iranienne. Tabatabé, c'est iranien, et Roxane aussi. Donc je suis très fière de mes racines iraniennes. Et je pense que de manière générale, en fait, le cinéma iranien, c'est un cinéma qui est extraordinaire, parce que c'est un cinéma justement qui met en avant les gens, mais de manière très intime. La caméra, elle est là, elle observe, et on a toute une vie de famille qui se déroule sous nos yeux, pendant des fois deux heures, deux heures et demie, donc c'est des films un peu longs. C'est des films qui nous font vraiment rentrer dans la culture iranienne, dans la société iranienne. Ce ne sont pas des films qui vont mettre en avant le corps des femmes pour vendre le film. Ce sont des métiers qui mettent en avant la femme, par son énergie, par sa motivation, par l'envie qu'elle a de sauver toute sa famille. Ce sont des films qui sont très féministes, c'est des films qui sont très humanistes aussi de manière générale, parce qu'ils mettent aussi les hommes en avant de manière très discrète, mais très puissante. Et je crois que c'est un cinéma qui m'inspire beaucoup. Donc je ne pourrais pas citer, il y a trop de films, il y a trop de réalisateurs iraniens et je regretterais trop après en écoutant le podcast de ne pas avoir cité un tel ou un tel. Mais un premier en tout cas que je peux citer peut-être pour vraiment rentrer dans le cinéma iranien, c'est soit Persepolis. Peut-être comme c'est intéressant d'avoir un peu une partie de l'histoire. Ou alors Une séparation. C'est deux très beaux films.
- Speaker #0
Alors c'est vraiment marrant le moment qui vient de se passer parce que je ne savais pas du tout que tu étais d'origine iranienne. Et la façon dont tu as décrit les films qui t'ont inspiré. Je trouve que c'est la façon dont aujourd'hui tu arrives à montrer les gens. Derrière cette apparence simplicité, on percevait quelque chose de beaucoup plus intime et profond, tout en étant discret.
- Speaker #1
C'est sans doute de là que te vient peut-être ton inspiration. Oui, peut-être. Merci beaucoup, c'est un très beau compliment.
- Speaker #0
Écoute, je te remercie beaucoup d'avoir raconté ton parcours, de nous partager un petit peu ta vision du cinéma et des femmes et de Marseille. Pour terminer, j'ai un petit quiz pour toi. Alors je suis partie sur un portrait chinois, version Marseille et cinéma, donc pas de pression, il n'y a pas de mauvaise réponse.
- Speaker #1
Ok.
- Speaker #0
Si ton documentaire phocéen était une couleur, ce serait plutôt le bleu du vieux port au matin ou l'orange du soleil couchant sur les toits ?
- Speaker #1
Le bleu du vieux port au matin.
- Speaker #0
Si ton documentaire était un son, ce serait plutôt le bruit des vagues, un rire de femme ou les tumultes de la ville ?
- Speaker #1
Un rire de femme. J'en étais sûre.
- Speaker #0
Si Marseille était un... personnage de film ? Ce serait une héroïne discrète, une héroïne secrète ou une rebelle ?
- Speaker #1
Une rebelle.
- Speaker #0
Et si toi, tu étais un plan de cinéma, tu serais plutôt un plan large qui observe ou un gros plan très intime ?
- Speaker #1
Je ne sais pas, un peu des deux.
- Speaker #0
Un peu des deux ? Bon, ça va, j'accepte ta réponse. Et enfin, pour toi, Roxane, c'est quoi être une femme ?
- Speaker #1
C'est être libre. J'espère en tout cas. C'est être libre.
- Speaker #0
Merci Roxane.
- Speaker #1
Merci beaucoup.
- Speaker #0
Alors merci pour ton témoignage. On sent dans ton travail quelque chose de très simple en apparence, mais en réalité très précieux. C'est vraiment cette attention aux gens, une attention aux détails, une attention aux trajectoires qu'on ne regarde pas toujours assez. Ton regard, c'est un regard qui prend le temps. Et ça, aujourd'hui, ça devient presque rare de prendre le temps. Alors merci d'avoir pris ce temps avec nous. Et surtout, merci de continuer à filmer des histoires qui sans toi, resteraient peut-être dans l'ombre. Et pour voir ou revoir ton film Fosséenne, est-ce que tu peux nous dire comment ça se passe ?
- Speaker #1
C'est sur YouTube, vous tapez documentaire Fosséenne et vous pouvez le voir et le revoir et le re-revoir et débattre de ça. Eh bien alors rendez-vous sur YouTube pour voir Fosséenne. Merci Roxane. Merci beaucoup, merci beaucoup.
- Speaker #0
Cet épisode se termine, j'espère qu'il vous a plu, je vous remercie beaucoup de l'avoir écouté. D'étonnante, c'est un nouveau podcast. C'est une rencontre toutes les deux semaines avec une femme inspirante, différente. qui nous raconte son parcours, son histoire. Si vous aimez ce podcast, si vous avez envie de découvrir d'autres témoignages, alors vous pouvez vous abonner sur votre plateforme d'écoute et aussi mettre des petites étoiles. Et bien sûr, suivre le compte Instagram d'étonnante.podcast. Allez, je vous dis à bientôt !