- Emeline (hôte)
Bonjour à tous et bienvenue sur Deuxième Génération, le podcast qui parcourt les expériences de la deuxième génération, celles des enfants d'immigrés. Alors c'est le premier épisode avec un invité, et il était normal pour moi d'inviter la personne qui fait de moi une seconde génération, à savoir mon papa. Alors il est invité en tant que papa, effectivement d'enfant d'issue de la seconde génération, également en tant qu'homme qui lui-même a vécu un parcours migratoire, mais aussi en tant que psychologue. Et c'est autour de ces trois facettes qu'on a échangé. Alors on a parlé de son histoire, de son arrivée en France, de l'importance de son... de l'école d'ailleurs dans son parcours, de son rôle de père, mais surtout de l'importance d'ouvrir un dialogue entre générations. Parce qu'en fait, mieux connaître ses parents, c'est mieux comprendre le schéma éducatif dans lequel ils nous ont élevés et c'est aussi tout simplement mieux les connaître. On a discuté de l'identité, du fait de ne pas se perdre dans l'assimilation, sans pour autant vouloir que nos enfants nous ressemblent à tout prix. Alors si vous êtes parent, vous trouverez peut-être des idées, des pistes. Et si vous êtes comme moi, une personne de la seconde génération, J'espère que cet épisode vous donnera des clés pour entamer ou continuer cette conversation avec vos parents et aussi pour réfléchir à ce qu'on veut transmettre à nos enfants, à savoir la troisième génération. Alors papa, tu peux te présenter de la façon dont tu le souhaites.
- Maxime Kaboré (Papa)
Je suis Maxime Kabore, je suis né le 14 février 1966 à Ouagadougou, à l'hôpital Galagadou. C'était le plus grand hôpital. et c'est toujours le plus grand hôpital de Burkina Faso. Et donc je suis d'une famille nombreuse, mon père était gendarme et nous avons vécu dans la caserne, dans le camp de Paspanga, à Ouaga. Et j'ai quelques bons souvenirs et après nous sommes allés à Dedugu, mon père a été affecté là et là... J'étais encore dans le camp militaire et j'allais à l'école. Je suis donc resté dans mes primaires à Didougou. Après, j'ai été à l'école militaire. J'ai fait le putain de l'unité du Cadiogo, c'était une école de privilégiés, n'est-ce pas ? C'était un concours. Et là, c'est vrai, je me suis forgé une personnalité. Après, elle a fait ma tue de l'école en 1995. Donc, nous avons été valsés dans plusieurs établissements de la ville de Ouagadougou, et dans d'autres régions aussi, du Waukina. Et après, je me suis inscrit à l'université après le baccalauréat. lauréat série D pour faire la psychologie. Et deux ans après, donc en 1990, je suis venu en France et pour poursuivre dans la licence. Et de là, je me suis marié, j'ai eu des enfants, et voilà, toute l'histoire est là. Maintenant, bon, c'est sûr que je suis un homme comblé, content d'être là.
- Emeline (hôte)
Ok. Tu peux nous en dire un peu plus sur les raisons pour lesquelles Du coup, t'as... T'as quitté le... le Burkina, pourquoi la France et pourquoi tu y es resté au final ?
- Maxime Kaboré (Papa)
En fait, en réalité, lorsque l'on s'inscrit à l'université de Ouagadougou, à l'époque, dans les années 88, j'étais à l'université et après deux ans, j'ai eu le diplôme d'études universitaires générales d'Eugre et la licence est faite. donc à l'étranger il n'y a pas une licence de psychologie donc au Burkina Faso et bon j'ai été orienté à Paris et c'est vraiment une c'est un privilège de venir en Europe à l'époque en tout cas c'était un privilège que venir, je dirais, dans ce pays, c'était le vide, n'est-ce pas ? Et à Paris, je n'ai pas souhaité rester à Paris parce que c'était un climat un peu africain. On rabâchait toujours les mêmes choses du pays. C'était une discussion sans fin. Moi, je préférais aller en province et puis je suis allé à Caen parce que là, je voulais découvrir la France dans sa profondeur. et j'ai pas eu tort d'être parti de Paris. Donc ce sont les études qui m'ont emmené en tout cas en France.
- Emeline (hôte)
Et c'est quoi la chose qui a été la plus compliquée pour toi ?
- Maxime Kaboré (Papa)
Ici c'est vraiment l'égard de l'autre parce qu'on te regarde comme quelque chose d'étrange. C'est vrai que je suis un étranger mais je ne suis pas étrange et c'est clair que c'est la la méconnaissance de l'autre, mais surtout, bon, c'est surtout par moi la difficulté même de s'intégrer. parce qu'à l'époque on avait la bourse et la bourse venait à Arma, c'était vraiment très compliqué. Et même pour se loger, c'était vraiment la galère. On s'entraidait entre étudiants, ceux qui avaient la bourse avec des logements et ceux qui avaient perdu la bourse parce qu'ils n'étaient plus dans le circuit. Ben, on les hébergait. parce que c'était la solidarité africaine qui continuait et c'était vraiment ça qui était un peu plus difficile d'allier un peu cette lutte pour la survie et avec les études parce que bon on est quand même venu pour faire des études il fallait quand même les réussir parce que si tu ne les réussissais pas, tu n'avais plus la possibilité d'avoir ton document de la commune, enfin de la préfecture renouvelée et tu t'es retrouvé dans la clandestinité. Il y a beaucoup d'étudiants qui ont perdu donc la bourse et qui n'ont plus eu la possibilité de renouveler leur carte de séjour et qui se sont retrouvés du jour au lendemain dans une situation de difficulté au niveau administratif. donc je crois que c'était un peu ça qui était difficile mais bon Dans l'ensemble, je me suis dit que c'est la méconnaissance de l'autre qui crée un peu cette peur. Sinon, quand j'ai commencé à être ouvert, et je suis quelqu'un de très ouvert, je me suis rendu compte que les Occidentaux, les Blancs qui étaient là, qui ne connaissaient pas beaucoup l'Afrique, ont pris confiance et j'avais beaucoup d'amis. Donc, un Français avec qui je passais beaucoup de temps, il venait tout le temps dans ma chambre, universitaire et c'était les... moments de convivialité, d'échanges, et c'était agréable.
- Emeline (hôte)
Après tu es resté en France, tu t'es marié, tu as eu des enfants.
- Maxime Kaboré (Papa)
Oui en fait, je terminais donc ma licence, je suis inscrit en maîtrise, et c'est là que j'ai fait la connaissance de... Ma première femme qui m'a fait des enfants, 4 ans, n'est-ce pas, c'était bien. Et vraiment, c'était aussi l'occasion de manifester ma culture. Parce que moi, je suis en Europe, mais je reste quand même à Ghetto, au Burkina Faso, et fier de l'être. C'était ce brassage, cette découverte de l'autre. et c'est pas facile quand beaucoup de gens disent je ne suis pas raciste mais grand à permettre à ce que un noir soit dans la vie de ta fille c'est pas toujours facile et c'est sûr que j'ai connu un peu c'est ces moments un peu de ne pas dériger mais propos un peu étrange en tout cas le dompter ou déplacés comme si nous étions de la forêt c'est l'imaginaire n'est ce pas collectif des français qui pensent que Nous vivons toujours sur les branches, dans les arbres, et que nous ne sommes pas des gens civilisés. Et à l'époque, on me pose des questions. Je me dis, mais vous croyez quoi ? On a des maisons en Afrique, on circule, on est bien. Nous ne sommes pas dans la rue. Et il y a beaucoup d'Européens qui vivent en Afrique, qui s'y plaisent et qui souhaitent même rester. Donc, ça veut dire que, bon, moi, je dis toujours, euh mon père disait qu'il n'y a pas de bon pays, il n'y a que des gens qui savent s'adapter là où ils sont. Donc c'est clair, c'est s'adapter là où... Et je pense que quand on s'adapte, on respecte ceux qui nous accueillent, on essaie d'être... d'être une côtoisie. Enfin, c'est l'humain, je pense, quelle que soit la couleur de la peau. Il y a des Français qui sont un peu réticents, mais y'a... Et j'ai connu aussi beaucoup de familles, surtout dans la zone de Caen, qui sont vraiment des familles d'une hospitalité, d'un accueil. J'étais tellement intéressé de connaître davantage sur les Africains. Parce que des fois, j'arrivais dans une localité, c'était la première fois qu'ils voyaient un noir. Donc, je voyais des enfants qui venaient me toucher. Il faut savoir si ça va. Et les parents étaient souvent gênés. J'ai dit non, mais laissez faire. les enfants, c'est comme ça. C'est la découverte de l'autre. Moi, je suis assez ouvert. Je trouve que c'est agréable et je prends pas mal les choses parce que, bon, faut pas être d'une susceptibilité parce que si chaque fois, tu dois t'offusquer parce que quelqu'un pense différemment, bon, tu ne vas plus vivre. Donc, moi, je parle du principe que, voilà, les gens ont peur parce qu'ils connaissent pas. Et quand ils apprennent davantage à connaître la personne, on se rend bien bien compte que cette voiture et le visage s'illumine Au fur et à mesure que la conversation s'est faite, il s'est rendu compte que non, tout compte fait, on a fait des chaires, on respire le même air, l'oxygène est fait pour tout le monde, on a les mêmes sensations. la même douleur, c'est le même sang qui coule dans nos veines. Au-delà de la couleur de la peau, ce sont des êtres humains, par entière.
- Emeline (hôte)
Et est-ce que, du coup, tu t'es marié avec une Française blanche, mais est-ce que tu t'es posé la question de savoir si... Si tu n'allais pas perdre un petit peu de ton identité en restant en France et en épousant une Française ?
- Maxime Kaboré (Papa)
Non, je ne me suis pas posé la question au début, parce que moi, quand on est dans les sentiments, c'est une question qu'on ne se pose pas ou qu'on se refuse. Donc on est dans l'euphorie, on est dans l'action, on n'est plus dans la réflexion. Mais ce qui est certain, moi je savais très bien que j'ai toujours cette capacité de m'adapter à l'autre. l'autre mais je reste moi même et je n'avais pas vraiment cette crainte de rester moi même parce que écoutez on dit que ce soit la durée d'un bout de bois dans l'océan et les mélangements et caïma c'est parce que je vais avoir la nation de français que tout d'un coup je suis devenu français et c'est ça le je reste moi même et mais c'est clair que j'apprends aussi à connaître davantage la culture de l'autre et c'est un brassage de culture je crois que j'ai pas eu vraiment la peur de perdre mon identité et d'être dilué n'est ce pas dans cette masse occidentale non aucunement maintenant je savais très bien que j'avais une responsabilité aussi de transmettre à mes enfants ces valeurs qui sont les miennes parce que je ne suis pas je suis de nulle part j'ai une histoire j'ai un environnement j'ai un passé voilà je peux pas être là directement comme si finalement Je commence à exister à partir du moment où je suis en France. Non, j'existais avant et j'avais quand même mon histoire. Et je crois que c'était important pour moi de transmettre cela. Et je crois que quand j'avais des rencontres avec la famille... de mon ex-épouse. Je faisais en sorte que mon pays soit connu davantage. Il y a des questions qui étaient posées. Certains n'avaient jamais entendu parler du pays. Certains me se posaient la question, mais c'est situé où ? Voilà. Vous parlez de français ? Oui, bien sûr, on parle de français. français enfin ils sont émerveillés de savoir que bon on arrive à communiquer et puis moi je leur dis voilà c'est comme ça nous vivons c'est comme ça nous avons une solidarité et quand je leur ai parlé n'est ce pas de mes frères et soeurs à l'époque c'était une quarantaine alors là c'était vraiment oh la la c'était toujours l'étonnement mais en même temps on se pose la question comment est-ce possible que autant de personnes vivent ensemble sans qu'ils aient... des histoires quoi mais c'est dans notre mentalité il y a un chef de famille puis il y a des enfants et puis bon il y a une bonne entente entre les enfants donc c'est autre chose c'est autre chose et moi je trouve que c'est un enrichissement d'avoir
- Emeline (hôte)
deux cultures différentes et je crois que c'est un plus t'as beaucoup parlé d'école du coup quel était le rôle de l'école dans ton dans ton parcours et dans ta réussite.
- Maxime Kaboré (Papa)
Mais écoutez, je pense que déjà... J'étais à l'école primaire, j'étais parmi les meilleurs. Donc, c'était l'école qui pouvait nous sauver. Il n'y avait même pas une... Ce n'était pas une option, c'était une obligation. Et mon père, je me rappelle encore, disait aux enseignants, écoutez, il faut les frapper si jamais ils n'écoutent pas. Donc, je savais très bien qu'il fallait être parmi les meilleurs. Et à l'école, on était corrigés. Il y avait des sanctions corporelles, c'est clair. C'est pas comme ici. Il ne faut même pas oser dire quoi que ce soit à un enfant. Mais cette éducation, j'en garde un bon souvenir parce que ça nous a forgé, ça nous a donné vraiment cette envie d'apprendre. Et l'école, c'était pour moi le salut. C'est comment faire pour sortir dans ce milieu, dans ce calcan, sans l'école. Et l'école m'a hissé. La preuve, c'est qu'après les primaires, j'étais, maintenant, j'ai quitté l'éducation pour aller en capitale, dans une école vraiment, une école d'élite. et de là, on était fort. dans le cadre militaire et avec des meilleurs enseignants et puis pour moi après bon la suite pour l'université. L'école pour nous c'est vraiment le temple du savoir, de l'excellence et bon c'est sûr qu'on peut réussir sans être forcément allé à l'école mais dans le contexte africain, dans le contexte où nous avons vécu, l'école c'était la porte de sortie puisque finalement Finalement, chaque parent souhaitait que son enfant aille à l'école. Il y a un fonctionnaire et quand on est fonctionnaire, on a échappé à la misère puisque la SLA, Bansuel, on est vraiment content de dire à mon enfant qu'il est fonctionnaire. Donc la fonction publique était vraiment le top modèle de la réussite. Dans mon cas, je pense qu'on a fait l'école militaire et on a eu cette formation, cette discipline, cette exigence. Ça nous a donné beaucoup de caractère et ça nous a forgé pour réussir nos études. Et moi, la réussite universitaire, c'était pour moi aussi une façon de rendre hommage à ma famille et de montrer qu'on peut partir de rien. et arriver à quelque chose.
- Emeline (hôte)
Du coup, toi, tu es le cliché type quoi ? De la méritocratie, tu dirais ?
- Maxime Kaboré (Papa)
Mais oui, bien sûr. Je crois que tout ce que j'ai, c'est le fruit de mon travail. Je suis pour que ceux qui ont travaillé puissent en jouir. pleinement du fruit de leurs efforts. Je n'ai pas eu, moi, de parents ou de bras longs ou de gens qui m'ont, je dirais, propulsé là où je suis. Pas des avantages, c'est pas par nomination, c'est le mérite, c'est le travail, c'est l'exigence personnelle. Voilà, c'est l'envie de dire, voilà, je suis là, j'ai un devoir. responsabilité c'est de faire sa famille de la misère et ça ça nous oblige à être parmi les meilleurs et c'est pas être moyen en fait non pas le choix peut pas être moyen il faut être parmi les meilleurs c'est ce monde actuel c'est pas un monde qui accepte les médiocres ou ceux qui sont nonchalants c'est tellement lourd faut batailler là pour moi Je pense que là où je suis, c'est la grâce de Dieu, certes, mais je trouve qu'il faut vraiment mériter ce que l'on a.
- Emeline (hôte)
Il y a une phrase que tu nous as souvent dit quand on était enfant, c'est « si j'avais eu vos possibilités, à l'heure actuelle, je serais astronaute » .
- Maxime Kaboré (Papa)
Oui, parce que c'était mon rêve d'aller dans les étoiles. C'est une image. Je peux vous dire que d'où je viens, arrivé là où je suis, je... Le dit sans prétention, c'est vraiment un espoir. Pour moi, c'est un miracle parce qu'il y a des gens qui n'ont pas eu cette vie assez misérable et qui ne sont pas allés loin. Ils ont été bien entourés, ils ne sont pas allés loin. Nous, nous n'avons pas connu la vie luxueuse. Et c'est clair, je me dis, à partir du moment où je suis arrivé, je me suis battu, pour être là où je suis, j'ai eu des enfants, je trouve que celui qui n'est pas plus grand que ses parents n'est pas digne de lui. Et je crois qu'il faut travailler à être mieux que ses parents. Et je pense que vous avez eu dix fois plus que ce que moi j'ai pu avoir. Et je me dis, j'allais à l'école souvent sans avoir de chaussures, je n'avais pas souvent les vêtements, Enfin, ce n'était peut-être pas un ou deux vêtements qu'on avait. On avait souvent le soir pour porter le lendemain parce qu'on n'avait pas le choix. Et puis, par moments, on allait à l'école, il n'y avait pas à manger. Je me rappelle, en 1974, il y a eu une famine. Je devais certainement avoir dans les huit ans comme ça. Je me souviens encore de la galère, la souffrance. On allait à l'école, souvent le ventre creux. Et il fallait réviser, marquer tout. Il fallait souvent être dans des situations... devoir avoir un petit bout de pain pour passer toute la journée, alors qu'il fait très chaud. Mais on était quand même conscients qu'il fallait vraiment se battre, parce que si on ne réussissait pas à l'école, on avait chaud à la maison. On va avoir le père qui est là et qui fait tout. Donc je me dis, vous avez eu la chance d'avoir beaucoup plus que moi, et je me dis, si j'avais eu ces mêmes conditions, Bah écoute je serais vraiment plus loin.
- Emeline (hôte)
C'est une des raisons pour lesquelles tu n'acceptais pas nos échecs. Non,
- Maxime Kaboré (Papa)
mais je pense que quand on a tout pour réussir, vous avez vraiment eu les meilleures conditions. Moi, je suis désolé, vous n'avez jamais manqué de rien. C'est le plan scolaire, vous avez eu... Il y a tout, et puis vous mangez bien, il n'y a pas la pression. Vous avez une maison. je pense que ici le système était fait de telle sorte que ceux qui veulent réussir pouvaient réussir. En Afrique, il y a des fois où on peut vouloir, mais malheureusement, les conditions de vie sont telles que ces enfants ne se peuvent pas scolariser parce que les parents ne peuvent pas financièrement supporter les frais. Et même si on dit que l'école est gratuite, il faut encore amener les enfants à l'école, il faut les nourrir. Et souvent, ceux qui sont dans les villages... Mais ici, vous avez tout. Je pense que le chèque n'est pas ici une... une possibilité c'est quelque chose à bannir
- Emeline (hôte)
Oui, après on va quand même noter que nous on a grandi dans un milieu plus ou moins privilégié que d'autres parce que toi tu as eu la chance de faire des études d'avoir un métier qui te permettait d'avoir de la disponibilité d'avoir des ressources etc. Donc ce qui a fait que tu as pu être un père présent à la maison qu'on n'a jamais été vraiment seul et qu'on n'a pas manqué de moyens financiers, mais ce n'est pas le cas de tout.
- Maxime Kaboré (Papa)
Oui, mais il y a des fois des familles ici qui sont dans la précarité, parce que finalement, pour plusieurs raisons, je trouve que le système est, malgré tout, assez performant pour venir en aide, n'est-ce pas, à ceux qui en ont besoin. C'est clair, ici, il y a les milieux sociaux qui sont là, il y a des structures qui aident. En Afrique, on n'a pas ça. C'est vrai qu'il y a la solidarité familiale, mais je trouve que si on veut vraiment s'en sortir, on peut. Maintenant, c'est sûr que si un enfant a des conditions matérielles, je dirais, optimales, mais qui n'a pas d'affection, qui n'a pas de présence de parents, ça, c'est autre chose. C'est des carences affectives qui sont là, qui peuvent influencer sur le taux scolaire de l'enfant. Mais tout est fait en sorte que... Les enfants peuvent réussir. Je ne comprends pas pourquoi je travaille dans un centre social et je vois souvent des jeunes de 16-17 ans. Je les prends à partir de 18 ans, mais certains ont été placés très tôt. Mais quand ils viennent ici, ils ne savent même pas s'exprimer en français. Là, vraiment, je trouve qu'il y a quelque chose qui a manqué à un moment donné.
- Emeline (hôte)
D'ailleurs, la notion de privilège et de méritocratie, ce sera l'objet de l'épisode suivant. Donc, on va bien rentrer. dans le vif de ce sujet-là. Mais, je veux dire, nous, on est un produit de la reproduction sociale. Par exemple, je ne peux pas dire que j'ai un double master juste par mon mérite. Tu vois ce que je veux dire ? Parce que j'ai eu accès à des connaissances très tôt. J'ai eu deux parents qui avaient tous les deux plus de deux master 2. Pour moi, avoir un master, c'était l'exigence même que tu nous demandais. C'était comme si j'avais le bac. Alors que pour notre famille... Donc je suis un produit tout simplement de la reproduction sociale.
- Maxime Kaboré (Papa)
Mais enfin, il a fallu aussi que tu acceptes aussi cette idée de... C'est vrai que l'éducation a une part importante, et puis l'héritage familial aussi. a aussi une incidence sur la réussite. Je peux comprendre qu'il y a une corrélation entre le fait que les parents... Voilà. Oui, elle est très puissante, oui, mais je trouve qu'aussi, il ne faut pas enlever l'aspect. Il a fallu que la personne aussi travaille pour arriver à là. Sinon, on a quand même aussi des familles, des gens qui sont ici des familles plus légères, entre guillemets, mais qui sont restés quand même dans un décoursage scolaire. Ça veut dire que quelque part, je pense qu'il y a cette reproduction qui a une part importante, mais elle ne peut pas être simplement limitée, cette réussite-là, à cette reproduction. Il y a quand même une part individuelle. qui rentrent en ligne de compte.
- Emeline (hôte)
Je suis tout à fait d'accord qu'il y a une part individuelle, mais du coup, l'environnement fait tellement, surtout dans nos... Par exemple, c'est beaucoup plus marqué en France qu'en Belgique. Parce qu'en France, par exemple, tu vas à l'école dans ton quartier et t'as pas le choix. Par exemple, nous, ici, tu as choisi de nous mettre dans une autre école pour ne pas justement qu'on soit dans une école dans notre quartier parce que tu estimais qu'elle n'était pas assez élevée. Mais par exemple, en France, tu es directement dans une inégalité sociale ou si tu habites dans un quartier un peu... défavorisé, ton école sera également défavorisée et donc du coup ton parcours est déjà un petit peu... Alors qu'en Belgique c'est tout à fait différent. Si par exemple, même si on habite dans un quartier défavorisé, si tu souhaites nous mettre dans une école privée à l'autre bout de la ville, c'est notre problème, ce sera à nous de nous débrouiller mais on aura au moins la possibilité de le faire.
- Maxime Kaboré (Papa)
Exactement, je pense que le système belge quand même permet cette liberté de choix. Je crois que moi, je préférais mettre mes enfants dans les écoles que j'estimais être... qui ont une saine exigence en termes de discipline, en termes de rigueur aussi au niveau scolaire. C'est vrai que c'est plus loin et c'est plus coûteux, quelque part, c'est ça aussi. C'est un investissement, mais je trouvais que... Bien sûr, donc ça influence effectivement le rendement aussi scolaire parce que bon, je crois que c'est pas pareil quand on est dans un environnement avec une tâche sociale un peu... Forcément, on n'a pas d'autres ambitions puisqu'on végète avec des gens qui... Voilà, c'est comme dans tout. Je crois que quand tu es dans un environnement élitiste où les gens ont envie, forcément, ça t'influence, mais... je crois que bon c'était aussi le fait que ayant fait des études poussées la mère aussi a quand même un niveau élevé en termes d'instruction, forcément ça influence sur le rendement des enfants c'est sûr,
- Emeline (hôte)
et surtout que pour toi ça a été l'école a été la solution comme tu l'as dit, de ton salut donc forcément dans ton schéma l'école est la réussite pour moi l'école c'est clair,
- Maxime Kaboré (Papa)
je peux concevoir, n'est-ce pas Ah bon, je fais un doctorant. en sociologie, je n'ai pas dit que tous mes enfants doivent être des docteurs, mais enfin je pense qu'un master pour moi, c'est à partir de ce moment que je peux commencer à parler. Donc, c'est comme ça. C'est peut-être trop demandé, mais je trouve qu'il faut pousser les enfants à l'excellence. Moi, je n'aime pas les gens qui ont des capacités et qui ne vont pas au bout de leurs capacités.
- Emeline (hôte)
Tu sais, tu m'as déjà dit aussi quelque chose quand on était enfant, que on devait travailler deux fois plus que les autres pour au final n'avoir que la même chose, voire même la moitié.
- Maxime Kaboré (Papa)
Oui, parce que finalement, écoute, je crois que la difficulté déjà d'être un étranger, comme moi, c'était faire quatre fois plus pour être. Maintenant, quand vous êtes des métisses, vous les faites deux fois plus. C'est-à-dire, maintenant si tu avances... enfants de la seconde génération, encore la troisième, ça peut-être c'est une fois plus. Ça c'est ce qu'on peut dire. Mais c'est qui cette heure ? Ce n'est pas évident. Quand je me ramène bien compte, je suis directeur du centre social ici, quand les gens viennent, j'accueille des sans-abri, mais on me voit, on pense que je suis moi-même, mais sans-abri. Quand je dis que c'est le directeur, c'est que ce sont des tournées illégales, parce que ce n'est pas habitué à ce qu'un étranger puisse s'occuper des nationaux. Donc forcément, l'étranger doit toujours être en position de demandeur. Et là... mais bon ça me fait rire parce que je trouve que c'est la méconnaissance de l'autre tout ça sinon je trouve que dans votre cas j'étais très exigeant parce que j'estime que ce monde actuel est un monde d'exigence et pour pouvoir être parmi les meilleurs et c'est ce que mes parents souhaitent que ces enfants réussissent et soient parmi les meilleurs moi je n'aime pas les gens meilleurs donc je ne ne rejette pas ceux qui sont d'une classe sociale, je dirais, un peu difficile. Mais je trouve que quand on peut et qu'on a toutes les conditions de réussir, on doit chercher l'excellence. Et c'est ce que j'ai souhaité pour mes enfants. Et je pense que j'ai quand même réussi à imposer cela.
- Emeline (hôte)
Qu'est-ce que tu as voulu absolument nous transmettre ?
- Maxime Kaboré (Papa)
Moi, des valeurs d'esprit du travail. Pour moi, le travail, c'est clair. Celui qui ne travaille pas ne doit pas manger. Voilà, c'est clair. Oui, mais il faut travailler. Ce n'est pas... je suis désolé on peut pas rester là à vouloir dépendre de l'assistanat ou de l'aide publique non faut travailler voilà quand on a la santé on a travaillé puis tu as le cerveau tu t'en fais grâce à votre cerveau faut travailler ça c'est le valeur du travail faut être intègre intègre l'intégrité moi je suis boukina bea c'est le pays des hommes intègre il faut être intègre il faut avoir une seule propriété quelqu'un de vrai et ne pas faire de faux semblants on a nos défauts mais des fois de vraies religions. gens. Et puis surtout, des valeurs de solidarité. Il faut être solidaire parce que quelque part, on ne peut pas aujourd'hui dire, j'ai réussi, mais ta réussite doit être aussi une occasion pour permettre à d'autres personnes aussi de réussir. Donc, il faut toujours dans sa vie ouvrir les fenêtres pour qu'il y ait des boulders pour d'autres personnes.
- Emeline (hôte)
Ah oui, mais je pense que c'est important. Il faut ouvrir les fenêtres. Dans ta vie, tu es enfermé. Qu'est-ce que tu apportes à l'autre ? Je crois que la vie n'a le sens que lorsqu'on peut être utile à son prochain. Et quand on a des possibilités, qu'on se rende utile à ceux qui ont moins et ceux qui n'ont pas eu la même chance d'avoir des parents qui ont été dans les grandes universités. On peut donner son temps, donner son énergie. Pour que de plus en plus, en tout cas, l'obscurité recule et que la lumière jaillisse et que la pauvreté recule et que les gens soient dans une forme d'espace. Je dirais, moi, je ne suis pas pour l'égalité, mais je suis pour l'équité. Je ne suis pas égalitaire, je suis pour l'équité. Il faut quand même que ce soit équitable. Ceux qui ont plus besoin doivent recevoir plus et ceux qui ont moins besoin doivent recevoir moins. Voilà. Et ceux qui ont des grands moyens doivent participer plus que ceux qui ont peu. Voilà. Donc c'est une forme de rééquilibrage où l'on donne beaucoup plus à ceux qui en ont beaucoup moins. Donc pour moi, c'est cette humanité-là que je prône, le partage. Donc ce sont des valeurs que j'ai voulu transmettre à mes enfants. Et surtout, être honnête avec soi et ne pas faire des faux-fuyants. Et puis j'ai toujours dit, on récolte ce qu'on a sémé. Qui casse paye ? Tu sèmes le bien, tu récoltes le bien. Tu sèmes le mal, mais tu vas récolter le mal. Voilà, qui sème le vent avec la tempête. Si tu n'es pas honnête, tôt ou tard, tu seras pris. Et tu assuivras les conséquences. Donc, pour moi, c'est d'être honnête, travailleur, être solidaire, et surtout avoir la probabilité d'être intègre. Ce sont ces valeurs que j'ai voulu transmettre à mes enfants. Et surtout, l'amour de son prochain. Pour moi, nous sommes tous des êtres humains, et il n'y a pas de raison que l'on considère les gens plus que d'autres. en tenant compte de leur classe sociale ou de la couleur de leur peau ou de leur appartenance religieuse ou quoi, tout être humain est un être humain. Chacun mérite la considération, chacun mérite des vies dans la dignité et dans le respect de sa personne. Et je crois que c'est ce qui me motive le plus dans l'éducation.
- Maxime Kaboré (Papa)
Comment et pourquoi c'était important pour toi qu'on ait un lien avec le Burkina ?
- Emeline (hôte)
Oui, mais bien sûr, je ne venais pas sortir de nulle part. Écoutez, moi, c'est mon pays, c'est mon pays d'origine. C'est parce que finalement, je me sens français. J'aime la France. J'ai l'ancienneté française. Je peux quand même vouloir... Non, j'aime la Belgique, c'est ce qui m'accueille. Donc, je me sens aussi belge. Donc, en fait, en réalité, je suis insurgé du monde. Mais je trouve que c'est important que les enfants sachent d'où viennent les parents. Il n'y a pas lieu seulement des synthétiseurs, car ils font une partie. Voilà, la France, parce que votre mère est française. Et oubliez l'Afrique, parce que votre père est africain et fier de l'être. Et bon, pour moi c'était important, non seulement de montrer à ma famille que j'ai des enfants, c'est que c'est important pour moi de se dire, voilà, mais je ne les ai pas oubliés, je n'ai pas réuni mon pays, mais que mes enfants sachent que je ne suis pas sorti de nulle part. J'ai un pays, c'est là où j'ai été. élevé, éduqué. Et j'ai voulu vous faire voir aussi les endroits où je suis quand même passé. C'était important pour moi de vous faire connaître l'école où j'ai été, les primaires, le village, j'ai même été au village, tout ça. Et pour moi, c'est le retour à la source. Parce que quand on oublie d'où on vient, on ne sait pas où on va. Et je crois que c'est important de garder ce lien-là. Et pour moi, c'est une exigence. C'est une responsabilité. Si je ne l'avais pas fait, j'aurais manqué mon devoir de père. Surtout, je n'aurais pas fait honneur à mon père. Je crois que quand je suis allé là-bas, tout le monde était content de voir mes enfants. Ils appellent mes blancs, mes petits blancs. C'est clair, même si c'est des bêtises. Mais pour eux, c'est des blancs. Ce qui est clair, c'est blanc. Et c'est vrai que j'étais honoré de savoir que j'étais accepté. Mais surtout pour eux, c'est un honneur de savoir qu'il y a des Blancs cabourés. On dit des cabourés blancs. Et donc, c'est très important pour moi que vous ayez cette connaissance de mon pays d'origine.
- Maxime Kaboré (Papa)
Du coup, je change un petit peu de casquette. Là, je vais te poser deux questions pour le psychologue. En tant que psy, c'est quoi les effets d'une histoire familiale qui n'a pas été transmise ? Où il y a un non-dit par rapport à peut-être pourquoi les parents ont quitté, ou ils n'ont peut-être pas de contact avec le pays d'origine. Quels sont les conséquences identitaires pour l'enfant ?
- Emeline (hôte)
Je pense que quand on ne sait pas d'où on vient, qu'il y a des questions qui ne sont pas éclaircies, c'est le flou, ça détrouille même la personnalité parce qu'on navigue à vue. On navigue à vue, on perd ses repères, et on ne peut pas envisager l'avenir si on ne connaît pas le passé. Et c'est pour cette raison qu'il y a beaucoup d'enfants qui sont là, qui vivent sans avoir de référence, parce que ces gens n'ont pas de référence, puisque les parents n'ont pas voulu leur transmettre quelque chose. Et il y a des questionnements qui se posent, et ce qui est dangereux, c'est que ces enfants finissent par se créer eux-mêmes un monde, qui est carrément, je dirais, en contradiction avec le monde réel. Soit on peut tomber dans l'autre extrême en voulant... fantasmé sur le plan positif en disant oui c'est comme ça c'est comme Alice au pays des merveilles on s'imagine un monde voilà ou bien on part aussi de l'autre côté en pensant que mais ça doit être l'enfer s'il nous en parle pas c'est que c'est un pays horrible il a voulu occulter cela alors que non je pense que on ne doit pas avoir honte d'où on vient et je pense que ça a des conséquences psychologiques graves sur les enfants. dans leur identification, dans leur quête d'identité et dans leur façon d'entrevoir le monde. Parce que je dis toujours, lorsque le passé est occulté, l'avenir me paraît incertain et le présent pénible.
- Maxime Kaboré (Papa)
Mais ça a beaucoup été le cas pour les parents qui ont, justement pour ne pas que leur enfant soit discriminé, ont vraiment tenté une assimilation et vraiment, du coup, occulté tout leur passé pour eux-mêmes. Du coup, ils se sont même recréés une identité à eux-mêmes. mais donc du coup, pour les enfants... Pour les enfants aussi.
- Emeline (hôte)
Mais ce n'est pas bien. Je trouve qu'il ne faut pas empêcher les gens de rester ce qu'ils sont. Parce qu'on ne peut pas régner ce qu'on est en réalité. C'est notre moi pour France. C'est quelque chose qui fait de nous ce que nous sommes en réalité. On ne peut pas vous dire non, parce qu'on a vécu ici 30 ans, même si on a vécu plus ici en Europe qu'en Afrique. Même si tu as fait deux ou trois ans en Afrique, tu gardes quand même avec tout cette histoire africaine. Je crois qu'il ne faut pas occulter cela et je crois que c'est une erreur grave de vouloir simplement laver tout et dire « c'est bien, je suis devenu maintenant un occidental, je n'ai plus d'histoire » . En n'ayant plus d'histoire, on se crée des histoires. On se crée des histoires et ça devient problématique parce que quelque part, le cerveau de l'enfant, à un moment donné, c'est comme les enfants qui sont issus de parents inconnus. À un moment donné, les enfants veulent savoir quels sont les géniteurs. Et pour le plan historique aussi, c'est pareil. Et c'est une souffrance terrible parce que, comme je disais, quand les gens veulent tout leur enlever, ils ont quitté. C'est déjà une perte quand on quitte son pays. Ne croyez pas qu'on gagne, mais on perd. Et souvent ce qu'on perd est plus que ce que l'on gagne. Mais on ne peut pas le dire parce que quelque part, on est dans un pays étranger. On doit quand même dire qu'on est privilégié parce qu'on a quand même réussi à échapper. Donc on doit montrer quand même qu'on est bien, sinon c'est la honte. Mais en même temps, on se rend compte que ceux qui sont restés, par moments sont encore mieux que ceux qui sont partis. On se dit mais à quoi bon avoir fait tout ce trajet pour venir être dans une situation pareille ? Et souvent, cette nostalgie du pays amène certaines personnes à faire tomber dans l'inverse aussi, à vouloir que les enfants fassent comme eux quand ils sont au pays. Alors qu'au pays, les choses ont changé. Mais eux, ils sont restés toujours dans leur schéma ancien. Ils veulent imposer tout, une éducation à l'africaine. Alors que non, les enfants, ils sont ici, ils sont nés ici, pas moins, et ils comprennent pas pourquoi il y aurait un traitement différent avec les autres enfants qui sont ici, qui ont accès à tout, qui ont une forme de liberté, entre guillemets. Et nous, on veut toujours... Non, non, non, je crois qu'il faut s'adapter à cette situation. C'est vrai qu'il faut transmettre des valeurs. Il faut quand même transmettre cette chose, mais il faut tenir compte aussi de l'environnement dans lequel on se trouve. Je crois que refuser de parler... C'est une souffrance même pour ceux qui refusent de parler parce qu'ils intériorisent beaucoup de choses. Et ça, ça risque de créer des problèmes psychosomatiques, n'est-ce pas ? Graves, terribles, n'est-ce pas ? Et surtout, c'est de boucher l'horizon aux enfants en leur faisant occulter une partie importante de leur histoire, l'histoire familiale. Et là, quand on le fait, c'est comme si on mettait un mieux devant eux par rapport à l'avenir.
- Maxime Kaboré (Papa)
Aussi par rapport à la relation parent-enfant, le fait de connaître l'histoire de son parent. Du coup, on apprend de son parent en tant que personne. Par exemple, moi, c'était en 2017, quand on était seuls tous les deux au Burkina, et que tu m'as un peu fait tourner, et que tu m'as un petit peu raconté tes anecdotes d'adolescent, etc. Mais en fait, j'ai enlevé un peu le visuel de papa que tu étais, et donc je t'ai juste vue en tant qu'ado, en tant qu'ado qui avait ses rêves, etc., qui avait ses convictions, qui a mené certaines batailles, etc. Et ça reconnecte vraiment. Donc du coup, ça m'a vraiment encore plus fait aimer le pays, parce que le Burkina, d'ailleurs, t'es contente de ça. On y va même avec ou sans toi, ça n'a jamais été un problème. Mais du coup, ça reconnecte l'enfant avec le parent, mais également d'un pied d'égalité d'humain à humain. Tu vois ? Parce que je me dis, ah, mais c'est pas que mon papa, il a vécu ça, ça, ça, ça, ça. C'était un homme qui avait de l'ambition, qui s'est battu pour... pour avoir ce qu'il a aujourd'hui. Et forcément, ça explique beaucoup l'exigence que tu as eue envers nous, même si des fois, on trouvait que c'était un petit peu trop dur. Mais c'est vraiment au début de la vingtaine que j'ai compris pourquoi tu avais, à ce point-là, une exigence, mais folle avec les études.
- Emeline (hôte)
Bien sûr. Mais en fait, je crois que les parents veulent protéger les enfants en voulant éviter des traumatismes, en disant, moi, j'ai vécu des situations difficiles, je vais parier à mon enfant. de connaître tout cela, mais c'est mal agir. Parce qu'en le faisant, on fait pire que mieux. Parce que là, l'enfant ne connaît pas réellement l'histoire de ses parents. Et quand on ne connaît pas l'histoire de ses parents, c'est comme si on part à un voyage où on n'a pas eu de boussole. On n'a pas eu des repères, on ne sait pas baliser le chemin. Alors que non, là, en voyant, en te montrant là où j'ai été, tu comprends davantage pourquoi. j'étais exigeant dans tel ou tel domaine, parce que moi-même, c'est ce qui m'a sauvé. Et donc, je parle du principe que je ne dis pas que c'est vraiment la meilleure chose, mais c'était ce qui était bien pour moi, en tout cas, de vous transmettre, parce que c'était mon référent, c'était la manière que j'ai été, en tout cas, éduqué. Donc, c'est une... L'importance pour moi que vous soyez informés de mon vécu. Je n'ai pas honte de mon passé. Je suis clair, transparent. Maintenant, il y a des choses qui sont pas utiles à dire, ce qui ne les défie pas, ce qui n'amène pas une connaissance.
- Maxime Kaboré (Papa)
Je crois pas parce que je veux savoir que tes oncles aussi m'ont raconté tes anecdotes, vu que tu ne l'as pas toujours raconté non plus. Mais, mais... Il y a beaucoup de choses que tu m'as reprochées dans mon caractère. Et je me suis dit, je sais que ça ne vient pas de loin. Parce que mes rébellions, comme tu dis, par rapport à mes convictions, ma volonté de justice, etc. C'est des choses que tu ne m'as pas dites. Parce que tu avais l'âge de la véhémence d'un jeune adulte. Et je pense que tu ne voulais peut-être pas m'encourager non plus. Mais je me suis dit, ok, les combats que je mène... et les convictions que j'ai, effectivement, ne viennent pas de nulle part. Mais la force que j'ai de vouloir faire les choses, j'ai vraiment compris que ça venait de là. Mais du coup, je l'ai appris lors de ce voyage-là.
- Emeline (hôte)
Oui, mais je trouve qu'il y a des choses sur soi que les autres doivent raconter. C'est toujours... Sinon, non, c'est sûr. Ce n'est pas que... Non, ma vie, je trouve que... C'est bien que d'autres personnes aussi, l'image qu'ils ont, la perception qu'ils ont de la personne, c'est aussi bien que d'autres personnes aussi parlent de leur père, de comment ils l'ont vécu, tout ça. Mieux que moi-même, parce que si j'ai dit, peut-être qu'il y aurait une part de subjectivité, et puis je n'ai peut-être pas assez de recul. Mais c'est bien qu'ils sachent. Je crois que quelque part, chaque enfant s'efforce aussi avec l'histoire de son père. ses parents. Je trouve que on croit souvent qu'on fait ces choses de façon... non ça vient de quelque part il faut le savoir et puis bon moi je ne suis pas du principe que je ne peux pas moi exiger à mes enfants ce que moi-même... je sais qui j'étais donc je suis assez tolérant à ce niveau, je suis très tolérant j'ai exigence certes mais Moi je suis un humaniste, je trouve que ce qui... On ne peut pas forcer quelqu'un dans ses convictions, parce que moi je n'ai jamais été obligé, j'ai toujours été un rebelle, donc je peux comprendre la rébellion aussi. Maintenant, il y a la bonne rébellion, c'est-à-dire, je crois que j'ai toujours cherché ce sentiment de justice, moi j'ai toujours été un révolutionnaire, j'ai toujours été contre l'injustice. Je n'aime pas que l'on brime les gens. Je n'aime pas que l'on se serve de son statut social pour écraser les autres. Pour moi, c'est quelque chose qui m'énerve. Ça me repugne, n'est-ce pas, de voir des gens qui veulent imposer tout. Non, laisser les gens... Les parents doivent donner des instruments, des outils aux enfants. Mais les enfants doivent construire avec ces outils. Donc, la façon de construire tout ça... Chaque enfant doit avoir la liberté. Sinon, ça devient quoi ? On fait des automates alors ? Ou bien robotiser les enfants, les formater ? Non, moi, je pense qu'il y a une part de liberté qu'il faut laisser, mais le socle doit être là. Et je pense que c'est mieux d'avoir un enfant qui a des convictions qu'un enfant sans convictions, qu'un enfant manipulable, qu'un enfant qui vacille souvent.
- Maxime Kaboré (Papa)
Et une petite question de fin, si tu avais un conseil à donner ? là maintenant du coup aux enfants de cette deuxième génération pour en apprendre davantage et sur leurs parents et sur leur pays d'origine comment ils peuvent aborder une conversation comme ça avec leurs parents je pense qu'il faut que ces enfants soient déjà fiers de ce qu'ils sont c'est
- Emeline (hôte)
une richesse d'être la seconde génération, d'avoir un héritage culturel des deux parents. Et peu importe là où vous vivez, que ce soit en Afrique, que ce soit ici en Occident, que ce soit dans le pays d'un des deux parents, il faut rester soi-même et surtout faire en sorte que ces enfants connaissent l'histoire de leurs parents. Ça c'est important. Pour moi, c'est primordial. Tu ne peux pas être en relation avec un parent, une vraie relation saine, si tu ne connais pas son histoire. Et ça c'est important. Sinon l'histoire sera toujours tronquée. Et tu ne peux pas être en relation sans connaître le pays. Parce que tu peux connaître le parent, mais connaître aussi le pays permet aussi de connaître l'environnement dans lequel le parent a vécu. Comment il a entrepris l'éducation et l'éducation que vous avez reçue est aussi en partie liée à la sienne. Donc connaître l'histoire de ses parents, c'est connaître sa propre histoire aussi et c'est forger une histoire qui soit en tout cas porteuse d'avenir pour ses propres enfants. Parce que tu ne peux pas donner ce que tu avais reçu. Si les enfants de la seconde génération n'apprennent pas à connaître la propre histoire de leur famille, Ils ne pourront pas forger leur propre famille avec des enfants qu'ils vont avoir. Parce que ce sont des enfants qui seront toujours, je dirais, handicapés quelque part. Il y aura toujours un côté bancal. Il y aura toujours un creux. Alors qu'il faut, non, je crois que c'est une richesse. Et il n'y a pas de honte à connaître l'histoire de ses parents. Au contraire, c'est une richesse. Peu importe les conditions dans lesquelles les parents ont vécu, ça doit nous forger davantage à faire mieux, à faire plus, et à dire... S'ils ont fait ça, et malgré tout, ils ont quand même réussi à nous éduquer, on a aussi un devoir et une responsabilité de faire plus. Je pense qu'il y a une exigence, en tout cas, de redevabilité, n'est-ce pas ? Une exigence de souvenir, puis une exigence, en tout cas, de transmettre. Donc, je crois que c'est ce que je dirais.
- Maxime Kaboré (Papa)
Intéressant. Et est-ce que là, tu as de mémoire une station, un film, un livre ou une chanson à nous conseiller ?
- Emeline (hôte)
Je pense que pour moi, le genre qui pourrait relater tout ça, c'est « We refuse to be » . What the world has to be. Nous refusons d'être ce qu'ils veulent qu'on soit. We are what we are. Bon, allez. Écoutez ces chants. Écoutez les paroles. Et je pense que c'est typiquement adressé, selon moi, à la seconde génération.
- Maxime Kaboré (Papa)
Merci, papa.
- Emeline (hôte)
What you wanted us to be. We are what we are. That's the way it's going to be.